mardi 8 novembre 2016

Maroc : Crise sociale après la mascarade électoral et avant la COP 22


Depuis le 28 octobre, des manifestations de masse ont lieu dans plusieurs villes du Maroc. Moins d’un mois après la farce électorale largement boycottée, le peuple redescend dans la rue contre la hagra (le mépris).

L’élément déclencheur a été un simple « fait divers » : un vendeur de poisson, Mouhsine Fikri, âgé de 31 ans, a vu son gagne pain confisqué par la police, en dehors de toute procédure légale. Cherchant à les récupérer dans la benne à ordures, il a été broyé sur l’ordre, semble-t-il, des mêmes agents de la police.
Comme en Tunisie en 2010 pour Mohamed Bou’azizi, cet événement, largement diffusé sur Internet, est apparu comme le symbole d’un système qui broie les pauvres à tous les niveaux, ainsi que du sentiment d’impunité qui règne dans le royaume.
Les manifestations largement spontanées se répandent comme une tâche d’huile dans le Rif ainsi que dans tous le Maroc. Les initiatives du pouvoir (visite du ministre de l’Intérieur à la famille du défunt, commission d’enquête, report de la visite de Mohamed VI en Éthiopie,…) ne calment pas la colère. La population du Rif, où les événements se sont déroulés, garde la mémoire des jeunes assassinés lors de la mobilisation du Mouvement 20 Février dans la même ville, pour qui aucune justice n’a été rendue, cinq ans après.
Depuis quelque jour, les scandales sur la monarchie font la une de la presse (sauf au Maroc). WikiLeaks révèle, via l’affaire des emails d’Hillary Clinton, que le roi Mohamed VI a fait un don de 12 millions de dollars à la Fondation Clinton. Que le roi Mohamed VI offre son aide financière pour les frais de justice et conseille même des avocats au chanteur Saad Lamjarred, décoré par lui, et arrêté pour "viol aggravé" à Paris vendredi 28 octobre, tandis que le peuple soufre de la misère, du chômage, de la corruption et du mépris des élites. Le peuple marocain dit stop à la Hogra, aux mépris, la l’injustice sociale et aux discriminations.
Ces mobilisations interviennent après des élections législatives qui ont eu lieu le 7 octobre 2016. Elles ont été remportées par le Parti de la justice et du développement (PJD, islamo-conservateur monarchiste) qui a obtenu 125 députés, contre 102 à son principal rival, le Parti Authenticité et Modernité (PAM, social libéral monarchistes), sur un total de 395 sièges.
Le roi Mohamed VI vient de nommer Abdelilah Benkirane du PJD comme chef de gouvernement pour un second mandat. Ces élections se sont tenues sous la houlette d’un pouvoir qui a façonné une constitution lui décernant la totalité des pouvoirs. Elles ont pour rôle de conférer une légitimité politique à cette monarchie de droit divin.
Les partis politiques en lice sont tous des partis monarchistes qui s’attellent à gérer la politique du régime. Le mode de scrutin est un scrutin proportionnel à plus fort reste avec un mécanisme de découpage qui accentue le morcellement de la scène politique. La loi organique relative aux partis politiques en vigueur garantie la sacralité de la monarchie.
La Gauche marocaine était divisé pour ces élections : la Voie Démocratique appelait au boycott des élections, contrairement à la Fédération de la gauche démocratique (FGD gauche qui réclame une monarchie constitutionnelle à l’espagnole) a obtenu 2 sièges. La FDG, alliance de trois partis de gauche dite radicale : le Parti socialiste unifié (PSU), le Parti de l’avant-garde démocratique et socialiste (PADS) et le Congrès national Ittihadi ainsi que le mouvement de la société civile Clarté Ambition et Courage (CAC), n’a pas su convaincre les Marocains.
Auteure d’une très bonne campagne électorale, la porte-parole Nabila Mounib a pâti des déchirements de la gauche radicale. La Gauche Verte (parti issue du PSU et des Verts marocains) obtient 1 siège. Nous ne considérons pas les communistes marocains dans la gauche radicale, car le PPS (qui obtient 12 sièges contre 16 auparavant) s’est allié au islamo-conservateur du PJD, ce qui a affaibli la gauche et pousse une bonne partie du peuple de gauche à bouder le scrutin.
Le taux d’abstention élevé (55 %) reflète le rejet d’une grande partie de la population pour cette mascarade démocratique. Ces élections sont intervenues dans un recul de la dynamique de masse initiée par le Mouvement du 20 février qui réclamait la justice sociale, la liberté et la dignité. Par des concessions, le pouvoir a réussi à reprendre l’initiative et contenir la colère populaire dans un cadre de paix sociale relative avec cette constitution. Malgré des luttes sociales qui ne cessent de grandir, elles sont éparpillées et souffrent d’un manque de centralisation pour constituer un rapport de forces.
A une semaine de l’ouverture de la COP 22, qui se déroule du 7 au 18 novembre 2026 à Marrakech, commence le jour ou le Maroc fête la célébration annuelle du Sahara Occidental. L’image d’un régime stable, vole en éclat et montre son vrai visage. Celui du colonialisme, du mépris, des affairistes et du capitalisme. En effet le 28 juin dernier, un bateau en provenance d’Italie, se dirigeait vers le port de Jorf Lasfar. À son bord près de 2500 tonnes de déchets à destination d’une cimenterie à Casablanca pour être incinérée. Pourquoi en plein débat public sur les déchets plastiques, à quelques mois de la COP22, a-t-on laissé faire, comme si de rien n’était, l’importation d’Europe de déchets qui nuisent à l’environnement et à la santé au Maroc ? Encore et toujours ce même mépris que dénonce le peuple marocain.

Source : PRESSE-TOI A GAUCHE
 

mardi 1 novembre 2016

Russie, Arabie Saoudite, ONU & « Droit de l’Homme » : Moscou éjectée et Riyad élue, cherchez l’erreur ?



L'ONU a encore frappé.
La Russie se retrouve derrière les portes du Conseil des Droits de l'Homme pour trois ans au moins, alors que l'Arabie Saoudite y entre.
"Bizarre, vous avez dit bizarre ? Tiens comme c'est Bizarre"
L'ONU, ce "machin", est totalement hors d'une quelconque éthique. En éjectant la Russie au profit de l'Arabie Saoudite, nos dirigeants ont encore prouvé leur allégeance aux puits de pétrole plutôt qu'à la raison.
Non sans vouloir flatter l'égo du deuxième acheteur d'arme au monde, l'ONU a encore démontrée l'inefficacité criante dont elle fait preuve.
Laisser les portes closes à la Russie sur fond de crise humanitaire à Alep est un scandale. Quand on sait comment la perfide Arabie Saoudite se comporte au Yémen, peut-on vraiment repprocher quelque chose à la Russie ? Peut-on réellement penser que la Russie respecte moins les Droits de l'Homme que l'Arabie Saoudite ?
L'Arabie Saoudite, c'est tout de même ce magnifique pays où l'on exécute de manière exotique sur fond de croyances religieuses d'un autre temps. C'est ce pays où les femmes sont loin d'être l'égal de l'homme.
Mais pour l'Organisation des Neurasthéniques Uniformisés, l'Arabie Saoudite serait pourtant un pays de Droit de l'Homme, une terre d'asile pour opprimés, une arche de noé pour mécréants ! Alors, allons-y ! Décapitations et lapidations pour tout le monde ! Vous reprendrez peut être une petite crucifiction après ma petite dame ?
Les Droits de l'Homme c'est bien permettre à certains hommes d'avoir plus de droits que d'autres non ?
L'Arabie Saoudite qui sponsorise les groupes djihadites et amène un peu plus de spiritualité à ces différents groupes tel que l'Etat Islamique, n'a-t-elle pas le droit de siéger avec les plus grands bandits moralisateurs ? N'est-ce pas ? Pourquoi n'aurait-elle pas droit de siéger autour de la table de la bienscéance ?
Qu'elle est belle l'Organisation des Neurasthéniques Uniformisés ! Et plus encore, quand il s'agit des Corrompus des Droits de l’Homme !
L'ONU, cette institution où a été rejetté le plan de paix au Yémen, par le président du Yémen en exil en Arabie Saoudite. L'Arabie Saoudite, ce perfide pays à la tête de la coalition qui doit rétablir l'ordre et ramener au pouvoir le président élu contre les forces armées chiites dans la région. Mais ici au Yémen, il n'y a pas de crime de guerre. Les morts ne se comptent pas, vu qu'ils ne se voient pas. Les médias occidentaux ne se pressent pas dans ces recoins du monde. Recoins perdus où les américains testent encore leurs drones à l'abri des regards en toute impunité (comme à chaque fois avec les drones d'ailleurs...).
Nous y voilà, au comble du ridicule, où l'on fait la place belle à des idéologies mortifères dans un conseil censé respecter la vie. Mais le ridicule ne tue pas, malheureusement pour les votants de cette décision, ô combien historique dans le cynisme.
L'ONU, tout comme l'OTAN, ne reste finalement que le bras diplomatique de l'Oncle Sam, suivi de ses larbins. S'abaissant encore plus bas que terre, au grand plaisir de la psychopatique famille Saoud.
Elle est pas belle la vie ?
Nos gouvernants viennent de nous indiquer que la Charia est compatible avec les Droits de l'Homme ! Un beau signal pour des perspectives de paix à travers le monde ! ONU Akbar !
Par Leonard
lundi 31 octobre 2016
Source : Agoravox

lundi 31 octobre 2016

Crimes de guerre saoudiens au Yémen avec la bénédiction et les armes occidentales



Les raids aériens de la coalition menée par l’Arabie Saoudite au Yémen sont déjà responsables de plus de 2 400 morts civiles, y compris des patients hospitalisés par Médecins Sans Frontières et des enfants dans une école coranique. Le Yémen, écrasé par la pauvreté et dépendant des importations pour 80% de son alimentation, est coupé de ses approvisionnements vitaux par le blocus maritime de Riyad. Plus de 1,5 million d’enfants souffrent déjà de malnutrition, dont 370 000 d’entre eux de manière critique. Les soins médicaux sont insuffisants, car l’Arabie Saoudite bombarde les usines pharmaceutiques et limite l’importation de médicaments. Les médias allemands [et français] font rarement état de la catastrophe humanitaire au Yémen, pour laquelle Riyad, l’un des principaux alliés de Berlin [et de Paris] au Moyen-Orient, est responsable. La guerre de Riyad au Yémen contre les insurgés Houthis vise également à faire reculer l’influence iranienne, servant ainsi également les intérêts de l’élite allemande [et française].
Dès le début de leur agression contre le Yémen, l’Arabie Saoudite et sa coalition militaire [1] ont recouru aux raids aériens, causant de nombreuses victimes civiles, certains ayant rapidement été considérés comme des crimes de guerre. 18 victimes civiles étaient déjà signalées après les premiers raids aériens le 25 mars 2015. Le même jour, la Maison Blanche a annoncé que le Président Barack Obama avait autorisé « la fourniture de soutien logistique et de renseignements » à la coalition saoudienne et avait établi une cellule de planification commune avec l’Arabie Saoudite pour coordonner son soutien [2]. En outre, le secrétaire d’État américain John Kerry a annoncé que l’assistance US incluait un « ciblage » militaire [3]. Cependant, cela a été rapidement réfuté officiellement – pour une bonne raison : le 14 avril, le Haut-commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, Zeid Ra’ad Al Hussein, s’est senti obligé de critiquer vivement les nombreuses attaques contre les civils yéménites. Au moins 364 civils avaient déjà perdu la vie depuis le début du conflit, une part considérable étant due aux raids aériens de la coalition saoudienne, selon Al Hussein. Des hôpitaux, des écoles, des mosquées et des quartiers résidentiels ont été détruits lors des raids aériens. Le Haut-commissaire a demandé des enquêtes [4].

« Compréhension totale »

Les raids aériens dirigés par les Saoudiens contre des civils et le grand nombre de victimes civiles n’ont pas empêché le gouvernement allemand d’approuver explicitement cette guerre. Le jour suivant les premiers raids aériens qui ont causé 18 victimes civiles, le ministre allemand des Affaires étrangères Frank-Walter Steinmeier a affirmé sa « compréhension totale à l’égard des opérations saoudiennes » [5]. Le ministère des Affaires étrangères a émis plusieurs déclarations selon lesquelles les attaques de l’Arabie Saoudite contre le Yémen étaient « conformes au droit international », et qu’il n’y a « aucun doute que les opérations saoudiennes sont autorisées par le droit international » [6]. Alors que Berlin était occupé à soutenir Riyad, les organisations de défense des droits de l’homme essayaient d’évaluer la situation sur le terrain. Les 15 et 16 mai 2015, Human Rights Watch a profité d’un cessez-le-feu de cinq jours pour mener des enquêtes sur le terrain à Saada. La ville de Saada, un bastion Houthi, était l’une des régions les plus touchées par les raids aériens de Riyad dans sa guerre contre le mouvement Houthi. Entre autres, l’organisation a documenté six attaques contre des maisons résidentielles, dont l’une a tué 27 membres d’une même famille, dont 17 enfants. Les frappes aériennes ont également frappé une école, une station-service bondée et cinq marchés, pour lesquels il n’y avait aucune preuve d’activité militaire. Selon Human Rights Watch, ces attaques semblent avoir été des crimes de guerre [7].

Bloqués dans la faim

Depuis lors, des allégations sérieuses ont régulièrement été soulevées concernant la manière dont la coalition dirigée par l’Arabie Saoudite mène sa guerre au Yémen. Riyad avait déjà imposé un blocus maritime le 26 mars 2015, immédiatement après les premiers bombardements, qui ont presque complètement interrompu les importations du Yémen, avec des conséquences désastreuses. Avant l’imposition du blocus, environ 80% des besoins alimentaires du pays provenaient de l’étranger, dont 90% de son blé et tout son riz [8]. Seule une petite partie de ce qui est nécessaire parvient au Yémen depuis que le blocus a été imposé. En dépit des activités désespérées des Nations Unies et de diverses organisations humanitaires, il y a un grave manque de nourriture, de carburant et de médicaments. Sur les 26 millions de Yéménites, 21,2 millions – 82% de la population – dépendent désormais de l’aide humanitaire; 14,4 millions n’ont pas suffisamment de nourriture ; 7,6% sont touchés par de graves pénuries alimentaires ; 1,5 million d’enfants souffrent de sous-alimentation – dont 370 000 de manière critique. Récemment, l’UNICEF a sonné l’alarme. Malgré d’énormes efforts, les organisations humanitaires n’ont pu atténuer la misère que dans une mesure limitée, a annoncé l’agence. Tout doit être fait pour normaliser l’approvisionnement alimentaire et le système de santé. Bien sûr, cela présupposerait que l’Arabie Saoudite, l’un des principaux alliés [des pays occidentaux] du Moyen-Orient, lève son blocus qui dure depuis une année et demie.
Tout récemment, l’UNICEF a de nouveau dénoncé un crime de guerre évident commis par la coalition dirigée par Riyad. Le 13 août 2016 au matin, une école coranique a été touchée lors d’un bombardement sur Saada, dans le nord du pays. Au moins sept enfants, âgés de six à quatorze ans, ont été tués, les survivants blessés ayant été emmenés à l’hôpital. Quelques jours auparavant, l’UNICEF avait signalé que 1 121 enfants avaient été tués pendant la guerre. Selon les Nations Unies, 4 125 civils ont été tués dans cette guerre, dont 60% – plus de 2 400 personnes – lors de raids aériens de la coalition militaire dirigée par l’Arabie saoudite. En août, Human Rights Watch et Amnesty International ont annoncé avoir « documenté plus de 70 attaques aériennes illégales de la coalition, dont certaines pourraient constituer des crimes de guerre, qui ont tué plus de 900 civils, et 19 attaques utilisant des bombes à sous-munitions internationalement interdites » [9]. Même des usines de médicaments, des centres de stockage d’aliments et des hôpitaux clairement identifiés pour lesquels Médecins sans frontières avait fourni les coordonnées GPS ont été bombardés [10]. Les données indiquent que plus d’un tiers des raids aériens menés par l’Arabie saoudite sur le Yémen ont frappé des sites civils [11]. Le récent bombardement contre un bâtiment dans lequel plus d’un millier de personnes s’étaient rassemblées pour assister à une cérémonie funéraire ajoute un autre crime de guerre saoudien à la liste, avec plus de 140 personnes tuées.
Contrairement aux crimes de guerre allégués ou réels à Alep, exploités actuellement à des fins de propagande de politique étrangère [12], Berlin, autant que possible, ferme les yeux sur les crimes de guerre imputés aux Saoudiens – pour deux raisons. La première est que contrairement aux gouvernements syrien et russe, le clan dirigeant à Riyad est considéré comme un administrateur fidèle des intérêts occidentaux au Moyen-Orient. La deuxième se trouve dans les ramifications du conflit au Yémen. Début 2015, le Président du Yémen, Abd Rabbo Mansour Hadi, allié des Saoudiens et considéré comme pro-occidental, a été renversé par le mouvement rebelle Houthi du Yémen du Nord, qui est considéré – même si c’est souvent exagéré – comme proche de l’Iran, et ayant clairement des positions anti-occidentales. « La perspective qu’en plus du détroit d’Ormuz, l’Iran – pays protecteur des Houthis – puisse également prendre le contrôle des détroits entre le Yémen et l’Afrique, à travers lesquels des millions de barils de pétrole sont transportés quotidiennement, a horrifié beaucoup de personnes » en Occident, a rapporté un expert allemand du Moyen-Orient en mars 2015, au début de la guerre [13]. Par conséquent, Berlin ne soulève aucune objection à l’action militaire de Riyad contre les Houthis – et donc aussi contre l’Iran.
Loin d’avoir à redouter des conséquences pour ses crimes de guerre, comme son bombardement d’une cérémonie funéraire à Sanaa, l’Arabie Saoudite continue à recevoir des équipements militaires allemands – y compris des armes qu’elle utilise au Yémen. Les négociations actuelles sur la livraison de nouveaux Eurofighters à l’armée de l’air saoudienne n’en sont que le dernier exemple.
Traduit par  Eve Harguindey
Notes
[1] Au début, cinq membres du Conseil de coopération du Golfe (GCC) ont participé à la guerre au Yémen, l’Arabie saoudite, les Emirats Arabes Unis, le Qatar, le Bahreïn et le Koweït, ainsi que la Jordanie, l’Egypte, le Soudan et le Maroc.
[2] Déclaration de la porte-parole du Conseil de sécurité nationale Bernadette Meehan sur la situation au Yémen. www.whitehouse.gov, 25.03.2015.
[3] Saudi and Arab allies bomb Houthi positions in Yemen. www.aljazeera.com 26.03.2015.
[4] Yemen: Zeid calls for investigations into civilian casualties. www.ohchr.org 14.04.2015.
[5] "Die Lage ist gefährlich, nicht nur für die Golfregion". www.bild.de 27.03.2015. See In Flammen.
[6] Stellungnahmen von Sprechern des Auswärtigen Amts vor der Bundespressekonferenz. See In Flames (II).
[7] Human Rights Watch: Targeting Saada. Unlawful Coalition Airstrikes on Saada City in Yemen. London, June 2015.
[8] Omer Karasapan: Conflict, famine, refugees, and IDPs: A perfect storm in Yemen? www.brookings.edu 14.04.2015.
[9] UN: Create International Inquiry on Yemen. www.hrw.org 26.08.2016.
[10] Priyanka Motaparthy: US Should Stop Making Excuses for Saudi Violations in Yemen. www.hrw.org 06.10.2016.
[11] Ewen MacAskill, Paul Torpey: One in three Saudi air raids on Yemen hit civilian sites, data shows. www.theguardian.com 16.09.2016.
[13] Rainer Hermann: Neues, altes Arabien. Frankfurter Allgemeine Zeitung 30.03.2015.

jeudi 20 octobre 2016

Les médias au service des oligarchies et des puissants, ils sont presque devenus l’instrument d’une dictature exercée sur les consciences.



Une opinion publique méfiante croit, non sans raison, que les médias et notamment les grands quotidiens nationaux, servent les puissants parce que leurs propriétaires ne sont pas des patrons de presse mais plutôt des financiers ou des industriels. Le temps des Beuve-Méry et autres Jean Daniel est révolu. Le Monde, Libé, Le Point et bien d’autres journaux sont tenus par des industriels, comme du reste la première chaîne de télévision sur le clavier de la télécommande mais aussi par l’audience, sans oublier les autres chaînes en libre accès sur la TNT. L’opinion pense alors que les journalistes sont muselés par leur patron, hésitant à publier des reportages pouvant gêner les activités financières et industrielles des propriétaires de médias. Ou même à écrire des choses pas très convenables sur le monde économique. Ainsi, les gens de la rue se méfient des médias, croyant que les journalistes sont aux ordres du système. Ce faisant, les gens sont copieusement leurrés car la connivence entre médias et puissants est bien plus subtile, sans être organisée, car l’esprit des médias se propage tel un cortège d’ectoplasmes par-delà les patrons de chaînes et journaux.
La propagation de l’idéologie ultralibérale avec la promotion de la réussite matérielle, des parvenus et autres célébrités, ne repose pas sur une ligne rédactionnelle imposée par les patrons de médias mais sur un phénomène médiatique bien plus subtil qu’on pourrait appeler la gentrification des studios de télé et radio. L’espace médiatique fonctionne comme un milieu urbain avec des critères de sélection bien plus drastique. On n’occupe pas un plateau de télé comme une place dans un centre ville huppé. Par contre, occuper un logement dans ces quartiers chics demande des moyens financiers important et c’est ce phénomène que les sociologues appellent gentrification. Les couches sociales les plus basses sont maintenues à la périphérie alors que l’argent devient un moyen de sélection pour habiter dans les quartiers des centres-villes baptisés avec des noms évocateurs. A Bordeaux, on connaît le triangle d’or cerné par trois artères aux enseignes prestigieuses. A Nice, c’est le carré d’or, qui court du boulevard Gambetta jusqu’à la place Masséna et qui en fait est un rectangle limité au nord par le boulevard Victor Hugo. Dans les médias, il y a les studios des matinales de radio et les deux plateaux du JT de 20 heures sur la Une et la Deux. C’est un peu l’équivalent des quartiers en or. Pour y pénétrer, il faut une notoriété importante et le plus souvent, disposer d’un niveau de vie conséquent.
Les médias concourent ainsi à doter les personnalités d’un capital image. On pense en général que les célébrités sont conviées sur les plateaux télé parce qu’elles ont une importance et jouent un rôle utile dans la société. C’est souvent l’inverse. Il suffit de passer régulièrement aux heures de grande écoute pour paraître important. Le phénomène ne date pas d’hier. Déjà le sociologue Cazeneuve, alors président de l’ORTF, avait analysé la naissance du phénomène de starisation en concluant que la télévision octroyait à des personnes bien ordinaires une notoriété usurpée. Le phénomène s’est intensifié avec la multiplication des chaînes. Dans les talk show à grande écoute, on peut voir les médiarques s’inviter mutuellement. Nagui ou Patrick Sébastien par exemple. Qu’ont-ils fait ? Sauver des gens au péril de leur vie, faire des découvertes scientifiques, composer ou écrire des œuvres, négocier des tournants politiques critiques, écrire des essais fulgurants ? Non, juste amuser et divertir. On notera que le cumul des apparitions médiatiques est devenu courant, dans tous les secteurs du divertissement, jeux télévisés, variété, cinéma, chansonnette, livres grand public et même la politique qui est devenu un divertissement. Les ministres passent chez Ruquier ou Ardisson. D’insipides chanteurs sont régulièrement invités et les autres fois, ce sont de piètres humoristes qui ne font même plus rire. On s’étonne du fiasco de Sophia Aram sur la Deux mais cette fille est un fiasco. N’importe quelle oreille attentive le savait, après avoir écouté ses fades prestations dans la matinale d’Inter.
D’autres faits médiatiques méritent une analyse, montrant que les plateaux sont à l’instar des clubs select comme le Jockey ou le Rotary, ouverts moyennant un statut très spécial. On aura remarqué que les gens sélect bénéficient d’avantages dont ne dispose pas le citoyen ordinaire, par exemple lors d’une mise en cause dans une affaire. Le citoyen ira devant les tribunaux s’expliquer mais la célébrité peut à certaines occasions se défendre sur le plateau du JT. On l’a constaté souvent, pour des managers comme J.M. Messier, des affairistes comme B. Tapie, des politiciens comme J.M Cahuzac. Les autres fois, ce sont des chanteurs ou acteurs déjà surexposés qui viennent parfaire leur promo. Cette visibilité médiatique assortie d’un cumul et d’une surexposition finit par engendrer auprès du public la représentation d’un monde supérieur, séparé, fait d’individus méritant leurs avantages et doués d’une aura qui est souvent artificielle. Les médias contribuent à renforcer le monde des puissants, des dominants, des oligarques. Les gens de la rue peuvent alors se sentir dépréciés, privés de talent, d’estime, de reconnaissance, destinés à accepter le sort économique que le système leur accorde.
Le jeu médiatique est idéologiquement orienté mais sans coordination. Simplement une soumission des responsables médiatiques face aux puissants, dominants et autres célébrités qu’ils se plaisent à bousculer de temps à autre pour laisser accroire à une liberté de la presse mais face auxquels ils montrent une révérence bien récompensée car par le jeu de miroir les médiarques se donnent une prestance et une aura proportionnelle aux rayonnement médiatique de leurs invités. Tout ce « beau monde » se regarde dans la glace et se voit dans le miroir de la classe supérieure, légitimant une conscience de classe diffusée dans les populations. Les directeurs et autres producteurs d’émissions de masses ont en effet des revenus assez conséquents, 5 à 10 milles euros le mois, voire plus, et les animateurs encore plus ce qui ne peut que les inciter à quelque connivence avec l’hyper classe qui émarge bien plus haut. Les gens de peu n’ont que peu de visibilité médiatique. Quelques séries télé leur sont dédiées, entre Louis la brocante et la famille d’accueil. Les médias légitiment la place des puissants en la renforçant tout en proposant aux populations des émissions de divertissement sur la cuisine, la déco et le jardinage. Les intellectuels invités sur les plateaux de grande écoute ne font que légitimer le système ou à en livrer une contestation tellement vaine et irréalisable qu’elle devient la complainte des gens frustrés autant que la justification en filigrane iconique des maîtres du système.
Cela étant établi, on pourra questionner un peu plus en profondeur ce que révèle le phénomène de visibilité médiatique des élites, autrement dit de gentrification des plateaux de télévision. Comme dans les systèmes vivants, l’organisation d’un système, qu’il soit moléculaire ou social, repose sur une organisation de l’information. La gentrification des médias participe à la loi d’organisation et de domination des élites du système grâce à cette surexposition. Une bataille se joue sur l’occupation du terrain. On peut lui opposer les principes de civilisation bien peu armés pour lutter contre un système qui rassemble en une connivence universelle ceux qui admirent, les populations de l’âge technumérique, et ceux qui se font admirer, les puissants, les célébrités, les élites. Finalement on ne découvre rien de neuf. La communication et les images ont toujours été l’instrument des puissants. Les médias contemporains ne sont qu’un moyen perfectionné et transformé pour cette emprise du monde des élites qui cette fois a gagné la lutte des classes. Parce que les gens ne lisent plus en s’appropriant le sens du monde.
Les médiarques ne sont pas des valets, ni des domestiques, ils prennent une bonne part d’avantage (aura et revenus) en déroulant le tapis face aux puissants, se croyant eux aussi devenus des maîtres au point de jouer les justiciers, les moralistes, les professeurs d’allégeance, les comptables de l’économie, les staliniens en costume de Zorro, les prescripteurs, appuyant notamment les options militaristes du président. Les médias sont presque devenus l’instrument d’une dictature exercée sur les consciences, pire que les religions d’antan mais les citoyens ont les moyens de résister et s’ils ne le font pas, ne les plaignons pas, ils ne sont pas les victimes mais les coupables de ce déni de civilisation.