samedi 25 août 2012

Syrie : faut-il mourir pour les islamistes ?...les Américains et les Français se sont mis eux-mêmes devant le risque de n’avoir bientôt plus à choisir qu’entre une reculade humiliante et un conflit frontal avec la Russie dont les conséquences seraient incalculables.

..La France aurait-elle là un intérêt particulier ? Elle avait certes reçu un mandat de la SDN en Syrie de 1919 à 1945. Or la mission multiséculaire qui justifiait sa présence dans la région, était la protection des minorités chrétiennes. Reniant cette mission historique, elle s’évertue aujourd’hui à détruire le seul régime arabe qui les protège encore et beaucoup fuient déjà les atrocités des rebelles à leur encontre. Un changement de régime à Damas signifierait l’accession au pouvoir des islamistes, et donc, comme en Irak, l’exode des deux millions de chrétiens et d’autres minorités....
Après des semaines d’emballement manichéen, plusieurs organes de presse expriment des doutes sur l’intérêt de l’engagement de la France au côté des rebelles syriens. Il était temps.
Dans cette affaire, Laurent Fabius poursuit strictement la politique d’Alain Juppé, caractérisée par un parfait alignement sur les Etats-Unis et la volonté de jouer un rôle en pointe, tant à l’ONU que sur le terrain, pour renverser le régime du président Assad. Comme s’il fallait à tout prix que la France soit, en avant de la meute, le plus rapide des chiens courants. Tout cela pourquoi ?
Les droits de l’homme ne sont, bien sûr, qu’un alibi. La dictature de la famille Assad existe depuis 40 ans sans qu’on s’en soit jamais ému ; elle s’était plutôt libéralisée ces derniers temps. Des dictatures, au demeurant, il y en a beaucoup dans le monde et des pires, à commencer par l’Arabie saoudite et le Qatar, nos alliés dans le conflit syrien. Des atrocités, il y en aurait eu bien moins si la prétendue rébellion n’avait été renforcée par des éléments étrangers, notamment d’Al Qaida, dotés d’armes sophistiquées par l’OTAN et les pays arabes. Les méthodes des rebelles, pénétrer dans les quartiers centraux pour y prendre en otage la population, y contribuent particulièrement. Les massacres ne sont évidemment pas tous à mettre sur le seul compte du régime.
La France aurait-elle là un intérêt particulier ? Elle avait certes reçu un mandat de la SDN en Syrie de 1919 à 1945. Or la mission multiséculaire qui justifiait sa présence dans la région, était la protection des minorités chrétiennes. Reniant cette mission historique, elle s’évertue aujourd’hui à détruire le seul régime arabe qui les protège encore et beaucoup fuient déjà les atrocités des rebelles à leur encontre. Un changement de régime à Damas signifierait l’accession au pouvoir des islamistes, et donc, comme en Irak, l’exode des deux millions de chrétiens et d’autres minorités.
Allons plus loin : quels sont les intérêts d’Israël et des Etats-Unis ? Il en existe, certes, mais aucun de décisif au point de justifier les risques ultimes. Détruire un allié de l’Iran ? Le contentieux avec l’Iran est essentiellement nucléaire, un sujet sur lequel l’alliance syrienne n’a guère d’impact. Isoler le Hezbollah ? Mais faut-il mettre tout un pays à feu et à sang pour cela ? L’intérêt d’Israël est-il de voir la Syrie entre les mains des islamistes ? Est-il de laisser s’approcher des Lieux saints les Turcs qui les ont contrôlés pendant 700 ans et ne l’ont pas oublié ?
Quelque bon motif que l’on puisse trouver à l’intervention indirecte, et peut-être demain directe, des Etats-Unis et de la France dans cette affaire, aucun ne paraît à la hauteur du risque encouru.
Ce risque est très clairement celui d’un conflit majeur avec la Russie.
Ne pas se méprendre sur l’attitude de Moscou
Avec quelle naïveté, les capitales occidentales espèrent « contourner le véto » russe à une action du Conseil de sécurité (dont la France vient de prendre la présidence) en Syrie ! Il est vrai que Moscou avait envoyé, en début de conflit, des signaux ambigus, laissant entendre par exemple que Bachir-el-Assad n’était pas irremplaçable. Mais ce qu’on a pris pour de la modération était-il autre chose que de la politesse diplomatique ? Pour dissiper toute équivoque, la Russie adresse depuis quelques semaines des signaux clairs qui montrent qu’avec l’appui de la Chine – et aussi des autres BRICs -, elle ne lâchera pas le régime Assad : envois d’armes et de conseillers militaires, gesticulations maritimes, dernières déclarations de Poutine lui-même.
La Russie, géographiquement proche du Proche-Orient et qui a, elle, le souci de défendre les chrétiens orthodoxes, s’accroche très fort à sa dernière position dans la région. Comment s’en étonner ? Le port de Tartous, sa seule base en Méditerranée, a pour elle un caractère vital. C’est avec beaucoup de légèreté que Washington, Paris et Londres espèrent la faire céder.
On ne mesure pas par ailleurs à quel point l’affaire libyenne a été vécue comme une humiliation et une tromperie par les Russes et les Chinois. Ils considèrent que les Occidentaux ont largement outrepassé le mandat que l’ONU, avec leur accord, avait donné et qu’on ne les y reprendra pas.
L’acharnement mis par Washington à vouloir à tout prix renverser le régime Asssad ne semble plus relever d’une rationalité ordinaire mais de l’hybris d’une grande puissance irascible qui ne supporte pas qu’on lui résiste. Celui de la France à lui emboîter le pas est, lui, parfaitement incompréhensible.
Au temps de la guerre froide, on savait que la divergence des points de vue entre les deux blocs ne devait pas laisser place aux malentendus. Si la paix a pu être alors préservée, c’est que personne n’était dupe de sa propre propagande. Acceptant leurs différences, les uns les autres pouvaient pratiquer le crisis control. Le manichéisme hystérique, illustré par les récentes déclarations de Juppé, traitant l’attitude des Russes de « criminelle », le permet-il encore ?
« Jupiter rend fous ceux qu’il veut perdre ». Est-ce ce qui arrive aujourd’hui à l’Occident ?
En poursuivant avec tant d’insistance leur offensive en Syrie par mercenaires interposés, par des sanctions et par une campagne médiatique sans précédent en temps de paix, les Américains et les Français se sont mis eux-mêmes devant le risque de n’avoir bientôt plus à choisir qu’entre une reculade humiliante et un conflit frontal avec la Russie dont les conséquences seraient incalculables.
Roland Hureaux
Source : Palestine Solidarité

Mali : Intervention militaire dans le nord du Mali: Paris souffle sur le «brasier» sahélien

.....pour Bernard Lugan, «spécialiste» de l’Afrique, «le Sahel est devenu une terre où prendre ses matières premières (uranium, fer, pétrole, etc.), y attirant outre les acteurs traditionnels, en l’occurrence la France et les Etats-Unis, de nouveaux acteurs comme la Chine». Il relève à ce propos que l’anarchie qui règne au Sahel est voulue, quand elle n’est pas provoquée....

Le ministre français de la Défense n’exclut pas le soutien militaire et logistique de son pays à la Cédéao, qui se prépare à envoyer une force militaire forte de 3300 soldats.

Intervenir militairement au nord du Mali, pour soi-disant rétablir l’ordre et éradiquer les groupes terroristes, constitue un objectif fondamental pour Paris qui compte des intérêts hautement stratégiques dans la sous-région. C’est du moins ce qui ressort de l’intervention du ministre français de la Défense, Jean-Yves Le Drian, jeudi dernier sur France 24. C’est dire que même si la défaite électorale de Sarkozy a brouillé les plans d’une intervention militaire au nord du Mali, il n’en reste pas moins que la France n’exclut pas son soutien à la Cédéao pour un tel objectif. Une Cédéao qui se prépare à envoyer une force militaire forte de 3300 soldats. Celle-ci bénéficie en fait d’un accord tacite international pour tenir un rôle de «gendarme» à l’échelle de l’Afrique de l’Ouest. Et comme par hasard, les membres de cette organisation ouest-africaine, constituent le pré carré de la «Françafrique»! Cette organisation sous-régionale qui compte surtout sur l’appui de la France, qui s’est montrée manifestement disposée et disponible à fournir matériel et logistique, semble attendre juste un feu vert de la part du Conseil de sécurité. Pour les Français, le problème ne se limite pas au Mali. C’est tout le Sahel qui se «talibanise». Ainsi, selon le ministre français de la Défense, l’arc saharo-sahélien a tous les ingrédients pour que les crises actuelles observées au Mali prennent de l’ampleur. C’est toute la rive Nord du fleuve Niger qui échappe, a noté Jean-Yves Le Drian, au contrôle des États de la région. «Les zones désertiques nigériennes sont menacées et, avec elles, les intérêts français dans l’uranium», a-t-il encore laisser comprendre. En Afrique de l’Ouest, l’organisation Aqmi est même doublée sur sa gauche par plus radical: le Mouvement pour l’unicité et le djihad en Afrique de l’Ouest (Mujao). Cet apport à Al Qaîda au Maghreb islamique (Aqmi), menace directement les intérêts français par les prises d’otages, les attentats, mais surtout par la remise en cause de leurs intérêts miniers dans la région du Sahel. Ainsi, pour Bernard Lugan, «spécialiste» de l’Afrique, «le Sahel est devenu une terre où prendre ses matières premières (uranium, fer, pétrole, etc.), y attirant outre les acteurs traditionnels, en l’occurrence la France et les Etats-Unis, de nouveaux acteurs comme la Chine». Il relève à ce propos que l’anarchie qui règne au Sahel est voulue, quand elle n’est pas provoquée. Cela explique, dit-il, par ailleurs, la position des Américains qui surveillent la région du Sahel comme du lait sur le feu. Cette situation signifie vraisemblablement, pour cet «expert», que tous les ingrédients sont réunis pour justifier une intervention au nord du Mali, notamment après l’effondrement de l’armée malienne et l’implantation d’Aqmi qui a renforcé et étendu sa zone d’action dans le nord du Mali, région, auparavant, bastion du mouvement séparatiste (Mnla). Contrairement aux opinions généralement formulées, notamment par les Occidentaux, le chef de la diplomatie de la Rasd, Mohamed Salem Ould Salek, contacté par nos soins, soutient que les groupes terroristes sont en relation directe avec les puissances étrangères qui souhaitent déstabiliser la sous-région du Sahel. Cela pour dire, explique-t-il, que les prises d’otages et les autres actions et attentats perpétrés au Sahel ne représentent, en réalité, que de fallacieux prétextes pour ceux qui cultivent des velléités interventionnistes dans la région. Plus grave, le diplomate a précisé que les autorités sahraouies disposent de preuves confirmant que certains groupes terroristes, activant dans la sous-région, travaillent sur injonction et directives de certains gouvernements, singulièrement le Maroc et ses alliés. Pour le chef de la diplomatie sahraouie, l’exemple du groupe terroriste du Mujao, apparu subitement et présenté comme une dissidence Aqmi, ayant ses bases dans le nord du Mali, est en fait une invention des services marocains, soutenu par des gouvernements étrangers souhaitant, par voie de conséquence, plonger le Sahel dans l’instabilité et l’insécurité pour permettre une intervention étrangère dans la région. A la position française s’ajoute celle du Maroc qui soutient une intervention militaire au nord du Mali qui n’a pas, notons-le, de frontières avec le Mali ou même avec la région du Sahel. Des experts des questions sécuritaires relèvent que la position marocaine s’explique notamment par le fait que le Royaume chérifien a investi beaucoup au Mali. Ainsi, ses investissements se sont multipliés ces dernières années en direction du Mali, générant des emplois pour des cadres dans deux grands secteurs. Celui de la téléphonie, puisque Maroc Telecom est devenue l’actionnaire majoritaire de la Sotelma, l’opérateur historique malien, qui a été privatisé. Le secteur bancaire est aussi générateur d’emplois. Attijari Wafa Bank est en effet, majoritaire dans la Banque Internationale pour le Commerce ((acquisition de 51% des actions de la Banque internationale du Mali pour près de 60 millions d’euros) et l’Industrie au Mali (Bicim), tandis que la Bmce Bank contrôle 55,8% de la Bank of Africa, via sa filiale BOA Mali. Une instabilité au Mali implique donc de grandes pertes financières, alors que le Maroc est en pleine crise socio-économique. Cela explique que les appels de l’opinion internationale à l’adresse de l’Algérie se multiplient pour qu’elle sorte de sa neutralité dans la crise malienne et y intervenir militairement. «Dans le nord du Mali, il faut que les Algériens sortent de leur attitude de retrait et d’expectative, il faut qu’ils se réveillent!» a déclaré Mohamed Bazoum, le ministre nigérien des Affaires étrangères, le 4 juin sur les antennes de RFI, à propos de la position algérienne sur la crise au nord du Mali et les solutions pour la résoudre. Signalons en plus, les déclarations des présidents guinéen, Alpha Condé, et son homologue nigérien, Mahamoudou Issoufou, qui, à demi-mot, s’adressaient à Alger. «Il faut intervenir militairement au Mali pour chasser les islamistes et étouffer les voix séparatistes» avaient-ils dit. Relevons par ailleurs que dans son dernier rapport sur Aqmi, le conseiller principal du président Barack Obama, en matière de sécurité internationale et de lutte contre le terrorisme, John Brennan, a noté que cette organisation criminelle s’est redéployée en nouant des liens avec les Shebab somaliens et Boko Haram nigérian, lequel semble bien structuré. Plusieurs de ses groupuscules ont tenté de franchir les frontières algériennes. Néanmoins, ces tentatives sont demeurées vaines, étant confrontées à un dispositif sécuritaire pratiquement hermétique dressé par les éléments des services de sécurité algériens, tous corps confondus.
Par Kamel LAKHDAR-CHAOUCHE
Soure : lexpressiondz.com