dimanche 23 février 2014

Ukraine : Coup d’État Pro-US ……Ce coup d’État a été immédiatement salué comme un « retour à la démocratie » (sic) par les puissances occidentales.


Sous le contrôle et en présence de diplomates états-uniens, la Verkhvna Rada ukrainienne a opéré un coup d’État, les 22 et 23 février 2014.
Le Parlement a d’abord pris acte de la démission forcée de son président et élu à sa place l’ancien patron des services secrets, Olexandre Tourtchinov.
Puis, 328 députés sur 450 ont abrogé la Constitution et lui ont substitué celle de 2004 , c’est-à-dire sans référendum et en situation d’urgence en violation des articles 156 et 157 de la Constitution.
Dans la foulée, les députés ont destitué le président de la République, Viktor Ianoukovytch, sans respecter la procédure d’empeichement et sans contrôle de la Cour constitutionnelle, c’est-à-dire en violation de l’article 111 de la Constitution.
Ils ont voté la libération de l’ancien Premier ministre et milliardaire, Ioulia Tymochenko, condamnée à 7 ans de réclusion pour abus de pouvoir, et dont Olexandre Tourtchinov est le fondé de pouvoir.
Enfin, le lendemain, ils ont proclamé Olexandre Tourtchinov président par intérim, en violation de l’article 112 de la Constitution.
Outrepassant ses pouvoirs intérimaires, le « président » Tourtchinov a nommé son ami Valentin Nalivaytchenko à la tête des services secrets, puis il a convoqué une élection présidentielle au 25 mai à laquelle Ioulia Tymochenko devrait être candidate.
Ce coup d’État a été immédiatement salué comme un « retour à la démocratie » (sic) par les puissances occidentales.
Source : Reseau Voltaire

samedi 22 février 2014

Venezuela : information d’un vrai journaliste sur place…..Retour d´autant plus nécessaire pour capter, après la Libye, la Syrie ou les derniers évènements ukrainiens á quel point l´Empire fait preuve d´un cynisme sanguinaire pour éliminer les gouvernements qui ne s´alignent pas sur ses intérêts.

A lire les médias internationaux en ce mois de février 2014, on pourrait croire que le Venezuela est –de nouveau- à feu et à sang. Le coupable désigné par les grandes entreprises de communication est toujours le même depuis maintenant 15 ans : le gouvernement bolivarien massacrerait de nouveau son peuple comme s´il s´agissait du passe temps favori des élites politiques révolutionnaires depuis l´accession d´Hugo Chavez à la présidence de la République.
Oubliés les onze chavistes assassinés au lendemain de la victoire électorale de Nicolas Maduro en avril 2013, passée sous silence la large victoire du camps bolivarien aux municipales de décembre 2013, gommé le soutien populaire dont bénéficie la Révolution, les vénézuéliens seraient désormais face à un « régime » qu´ils réprouvent et qui n´hésite pas á faire feu contre ses compatriotes. Un retour sur les derniers évènements qui ont secoué le Venezuela est donc nécessaire pour prendre la mesure de ce qui se déroule en ce moment au pays de Bolivar et de Chavez. Retour d´autant plus nécessaire pour capter, après la Libye, la Syrie ou les derniers évènements ukrainiens á quel point l´Empire fait preuve d´un cynisme sanguinaire pour éliminer les gouvernements qui ne s´alignent pas sur ses intérêts.
Article publié sur Venezuela Infos : http://venezuelainfos.wordpress.com...
Guerre interne dans l´opposition
L´opposition vénézuélienne n´est pas un bloc monolithique. Même si tous les partis partagent un programme commun (1) , les stratégies de prises de pouvoir et surtout les ambitions personnelles ne manquent jamais de raviver les tensions au sein de la contrerévolution, Or le leadership qu´Henrique Capriles s´était construit depuis sa victoire aux primaires de la plateforme unitaire de l´opposition (Mesa de Unidad Démocratica -MUD) en février 2012 s´est quelque peu érodé au fil des quatre défaites électorales (2) . Lors des élections municipales de décembre 2013, le parti de Leopoldo Lopez, Voluntad Popular a même remporté plus de mairies que Primero Justicia, le parti de Capriles.
Le questionnement interne suite aux défaites dans les urnes a ravivé les vieux démons d´une opposition prête à considérer légitime tous les chemins possibles pour conquérir le pouvoir.
Profitant d´un mécontentement compréhensible d´une partie de la population face à une guerre économique qui affecte quotidiennement les vénézuéliens (3) , le secteur le plus extrême de l´opposition a décidé de passer à l´attaque.
Dés les premiers jours de l´année 2014, Leopoldo Lopez, Maria Corina Machado ou Antonio Ledezma appelaient au "soulèvement" comme moyen "démocratique" pour chasser le gouvernement (4). Les vrais démocrates apprécieront l´oxymore. Rappelons que l´unique moyen démocratique pour changer de gouvernement est la convocation d´un referendum révocatoire à mi-mandat, c´est à dire à partir d´avril 2016.
Leopoldo Lopez ne s´arrêtera pas là. Au cours d´un meeting, le 2 février 2014, il lance à ses partisans : "les problèmes dont souffre le peuple ont un coupable. Ce coupable est le pouvoir national (…) nous ne pouvons plus dire que le problème c´est seulement Nicolas Maduro. Le problème ce sont tous les pouvoirs publics nationaux"(5) . Coup d´Etat, vous avez dit coup d´Etat ?
Au cours du même meeting, Maria Corina Machado affirmera que "la seule réponse possible, c´est la rébellion (…). Certains disent qu´il faut attendre les élections dans je-ne-sais-trop combien d´années (…) Le Venezuela ne peut plus attendre" (6) . Le message de confrontation est lancé au gouvernement mais aussi à la MUD et à Capriles. La tentative de mainmise sur l´opposition par les secteurs les plus anti-démocratiques de l´antichavisme est confirmé par Leopoldo Lopez lorsqu´il convoque une manifestation pour le 12 février 2014 : "Notre lutte passe par la rue (…) je suis sûr que ce 12 février, nous verrons Henrique Capriles dans la rue. Je lance un appel [à tous les dirigeants de l´opposition] mais surtout à Henrique, qui a une très grande responsabilité, pour qu´il nous rejoigne dans cette clameur de changement" (7) . Les urnes ou le putsch. Les leaders de l´opposition ont les cartes en mains…
Ce qui fut annoncé arriva
Le 12 février la manifestation convoquée se dirigeât vers le siège du pouvoir judiciaire (Ministerio Publico) situé dans le centre populaire de la capitale. La plupart des dirigeants de l´opposition, dont Capriles Radonski, était aux abonnés absents. Le faible cortège était surtout composé d´étudiants des classes moyennes supérieures provenant des universités privées. Sur place, Leopoldo Lopez et Maria Corina Machado haranguaient la foule dans des termes similaires à ceux proférés quelques jours plus tôt, avant d´abandonner la manifestation sans prendre le soin de lancer le mot d´ordre de la dispersion de la manifestation. Alors que la majorité des étudiants quittait les lieux sans heurt, des groupes de choc prenaient le relais. Les pancartes pacifistes laissaient place aux jets de pierre et autres cocktails Molotov. Et tout bascula.
Au milieu des affrontements, des coups de feu furent tirés. Juan "Juancho" Montoya, un militant chaviste présent sur les lieux et Basil Da Costa un étudiant d´opposition mourraient tous deux assassinés d´une balle dans la tête. La police nationale réussit à repousser les fauteurs de trouble qui se replièrent à Chacao, arrondissement huppé de Caracas, dont le maire, Ramon Muchacho est membre du parti Primero Justicia. Quelques heures plus tard et alors que les affrontements s´étaient déplacés dans cette zone de la ville, Roberto Redman, un militant de l´opposition, qui avait porté le cadavre du jeune Basil, était à son tour assassiné. La machine médiatique internationale s´emballa. Le gouvernement fut accusé de sanglantes répressions alors que les forces de maintien de l´ordre n´utilisent aucune arme létale pour faire face aux groupuscules armés de l´opposition (8).
Les entreprises de communication privées dénoncèrent la censure gouvernementale après qu´une chaine câblée colombienne, NTN24, fut retirée de la programmation par les opérateurs de câble privés pour avoir enfreint la loi vénézuélienne de ne pas retransmettre en direct les images des violences de rue. Il ne s´agissait donc pas d´une censure opérée par le pouvoir, les media audiovisuels internationaux et nationaux ayant largement couvert la partie pacifique de la manifestation. En revanche, aucun media international ne s´est attardé à dénoncer les attaques à l´arme à feu contre le siège de la télévision publique VTV. Une employée de la chaine ayant même reçu une balle dans les côtes. Liberté d´expression à deux vitesses ?
Au soir du 12 février, on dénombrait en plus des trois morts, de nombreux blessés y compris chez les forces de l´ordre et les travailleurs du Metro de Caracas, pris d´assaut par les groupes de choc de l´opposition, 6 voitures de police incendiées, des sièges d´institutions publiques détruits, sans compter les nombreux dommages collatéraux dont ont souffert les habitants de Caracas.
Des critiques se firent entendre au sein même de l´opposition. Une journaliste du journal antichaviste El Universal, dénonça l´irresponsabilité et le manque de leadership de Leopoldo Lopez qui abandonna les étudiants lorsque les affrontements eurent commencé (9) . Le maire de Chacao publia un tweet cinglant : "nous reconnaissons le manque de leadership de l´opposition. Seul l´anarchie règne. C´est ce que nous voulons ?" (10) . Dans un premier temps, Capriles Radonski se fit écho de "la mainmise de groupes violents sur une manifestation pacifique" (11).
L´enquête démontrera, comme l´a indiqué le Ministre de l´intérieur et de la justice, Miguel Rodriguez Torres, que les deux personnes assassinées prés du Ministerio Publico le furent avec la même arme à feu, renforçant ainsi la thèse de l´infiltration de mercenaires paramilitaires d´opposition dans l´objectif de créer le chaos, et d´enflammer les tensions entre vénézuéliens. Un scénario similaire à celui vécu lors du coup d´Etat du 11 avril 2002 (12) . Les plus vulnérables à cette stratégie sont malheureusement les jeunes étudiants qui croient pouvoir renverser un gouvernement appuyé par la majorité du peuple et par l´armée.
Comme dans n´importe quel pays démocratique, la justice recherche désormais le principal responsable de ces violences, Leopoldo Lopez, pour le mettre en examen. Nous n´osons imaginer ce qu´il se serait passé si de tels évènements avaient eu lieu dans n´importe quel pays occidental. Qu´aurait fait le pouvoir français si la manifestation Jour de Colère (qui comme la manifestation de Leopoldo Lopez n´avait de mot d´ordre commun que la chute d´un gouvernement élu) s´était soldé par trois assassinats et de nombreux blessés chez les forces de l´ordre. Il y a fort à parier que ses organisateurs seraient aujourd´hui sous les verrous sans que cela n´émeuve personne ni qu´aucun parti politique, pas même le Front National, n´en vienne à les défendre.
Mais s´il s´agit du Venezuela, les media y décèlent une persécution politique. Capriles Radonski, quand à lui s´est solidarisé avec Leopoldo Lopez, tout en insistant sur les différentes stratégies qui l´opposent á son ancien comparse (13) . L´ancien candidat à la présidentielle a même appelé à une manifestation contre la violence et le paramilitarisme (sic), espérant ainsi récupérer à son compte les manifestants de ces derniers jours. Comble de l´ironie pour celui qui devrait assumer la responsabilité intellectuelle de l´assassinat de 11 militants chavistes au lendemain de sa défaite électorale aux élections présidentielles d´avril 2013 (14).
La main de l´Empire américain n´est pas une chimère
Alors que Nicolas Maduro a reçu des messages de solidarité et de condamnation des violences de l´opposition de la part de nombreux gouvernements et partis politiques de par le monde et de l´Union des Nations Sud-américaines (Unasur), le gouvernement des Etats-Unis prenait un ton menaçant. Lors d´une allocution télévisuelle, le président Maduro dénonçait que le sous-secrétaire d´Etat adjoint pour l’Amérique latine, Alex Lee, avait émis une série d´exigences (libération des responsables des violences, arrêt des poursuites contre Leopoldo Lopez, dialogue immédiat avec l´opposition) sous peine de "générer des conséquences négatives au niveau international" (15).
Cette menace à peine voilée est en fait le résultat de la participation active des Etats Unis dans les récents évènements qui secouent le Venezuela. Soulignons une fois, pour les éternels sceptiques, que la déstabilisation du gouvernement bolivarien n´aura de cesse que lorsque les Etats-Unis reprendront le contrôle du maniement de l´industrie pétrolière comme dans le passé.
En réponse, le président Maduro a décidé d´expulser du pays trois citoyens étatsuniens pour leur récente participation active dans la formation et le financement d´étudiants aux techniques de coup d´Etat soft (16).
Dans la nébuleuse d´informations sur la situation actuelle au Venezuela, de grossières manipulations médiatiques tentent de légitimer le discours de l´opposition qui dénonce la torture et la répression sanglante du gouvernement. Cette cyber-attaque est surtout un moyen de décrédibiliser le Venezuela au niveau international et de chauffer les esprits des partisans de l´opposition afin de générer une situation d´ingouvernabilité à l´instar des évènements actuels en Ukraine.
Rappelons que le Venezuela est le cinquième pays au monde qui se sert le plus de Twitter (17) . Ce réseau social, abondamment utilisé dans les autoproclamées "Révolutions" arabes, est devenu une arme de premier choix dans la déstabilisation du gouvernement bolivarien. Ainsi, des photos de répressions et de tortures, reflétant des réalités étrangères, sont envoyées massivement aux jeunes vénézuéliens leur faisant croire que les scènes se déroulent dans leur pays (18) . De retweet en retweet en passant par de nombreux hastags, un nombre non négligeable de jeunes opposants à la Révolution est ainsi manipulé.
Le camp bolivarien doit donc une fois de plus faire face aux tentatives de déstabilisation de la contrerévolution au moment précis où le gouvernement prend des mesures radicales pour lutter contre la guerre économique et contre l´insécurité.
Même si le Peuple, l´armée et la police défendent les institutions démocratiques, la vigilance est de mise. Face à la désinformation des entreprises privées de communication, la solidarité internationale est plus que jamais de vigueur afin de déjouer la propagande médiatique contre la Révolution Bolivarienne. A un an de la disparition physique du Comandante Chávez, son Peuple est bien décidé à perpétuer son héritage révolutionnaire.
Source : PRESSE-TOI A GAUCHE

vendredi 21 février 2014

ALGERIE : Le FLN pour lequel tant de vaillants patriotes ont donné leur vie n'est pas le FLN actuel

Entre le FLN en tant que mouvement de libération et le FLN en tant que parti politique il y a un Océan.
 
SANCTUARISATION DU FLN DU 1er NOVEMBRE 

Pour une révolution de l'intelligence    
«Le temps des armes n'est pas celui des lois.» Plutarque
L'Algérie célèbre demain le 57e anniversaire de la glorieuse Révolution du 1er Novembre 1954. Avec toujours le même scénario et rituellement on présente une révolution qui, en son temps, avait marqué l'Histoire. Souvenons-nous de l'Appel du 1er Novembre:
«A vous qui êtes appelés à nous juger, notre souci en diffusant la présente proclamation est de vous éclairer sur les raisons profondes qui nous ont poussés à agir en vous exposant notre programme, le sens de notre action, le bien-fondé de nos vues dont le but demeure l'indépendance nationale dans le cadre nord-africain. (...)Ce sont là, nous pensons, des raisons suffisantes qui font que notre mouvement de rénovation se présente sous l'étiquette de Front de libération nationale, se dégageant ainsi de toutes les compromissions possibles et offrant la possibilité à tous les patriotes algériens de toutes les couches sociales, de tous les partis et mouvements purement algériens, de s'intégrer dans la lutte de libération sans aucune autre considération. But: l'indépendance nationale par: la restauration de l'Etat algérien souverain, démocratique et social dans le cadre des principes islamiques. Le respect de toutes les libertés fondamentales sans distinction de races et de confessions. (...) Algérien!(...) Ton devoir est de t'y associer pour sauver notre pays et lui rendre sa liberté; le Front de libération nationale est ton front, sa victoire est la tienne». (Appel du Premier Novembre)
 
 Qu'on se le dise! Pour avoir souffert pendant 132 ans, soit environ soit plus de 48.000 jours de malheur, de sang et de larmes que nous gardons encore dans notre ADN et qui expliquent dans une large mesure notre errance actuelle, l'Algérien de ce temps, jeune plein d'idéal, élevé à la dure ou même jeune lettré décida que c'en était trop. Dans un environnement avec une chape de plomb qui paraissait durer mille ans, une vingtaine de patriotes décidèrent du déclenchement de la révolution. Ce fut l'épopée que l'on racontera encore dans cent ans. En effet, au bout d'un processus de près de 2800 jours de bombardements, d'exécutions sommaires, de tueries sans nom, l'envahisseur fut bouté hors du pays. Le Congrès de la Soummam fut l'acte fondateur de l'État algérien moderne et pilier déterminant qui permit la réussite de la Révolution algérienne. La stratégie adoptée par le Congrès de la Soummam dans le respect de la Déclaration du 1er Novembre 1954 s'oppose à toute forme de tutelle extérieure, notamment la mainmise du nassérisme sur la Révolution algérienne.

Le FLN a-t-il rempli sa mission historique?


N. Krim s'interroge à juste titre sur ce que fut la Révolution et sur la situation actuelle «(...) Evénement devenu épopée, la Guerre d'Algérie a fait école. (...) L'un dans l'autre, cette marginalisation de l'Histoire de la Révolution et de ses hommes a fait que la génération post-indépendance reste peu informée de la réalité de cette Révolution, de la bravoure d'hommes et de femmes qui ont révolutionné le concept même du combat libérateur. Ces hommes, ces femmes, qui sont-ils?
 
D'où viennent-ils? Qu'a-t-on fait pour les faire connaître au peuple algérien, plus particulièrement à une jeunesse sevrée de son passé, déboussolée et déstabilisée par les questions identitaires. Le «Front de libération nationale» lequel dirigea, orienta et mena à son terme la mission qu'il s'est donnée: libérer le pays, comment faire le distinguo entre le mouvement historique qui libéra l'Algérie et le parti politique d'aujourd'hui?
En son temps, le défunt président Mohamed Boudiaf affirmait que, justement, 
« la mission du FLN s'est achevée le 3 juillet 1962» au lendemain de l'indépendance de l'Algérie. (...) En réalité, beaucoup pensent tout bas, s'ils n'osent encore le dire tout haut, qu'il est grand temps de remettre ces trois lettres, symboles du patrimoine historique national, au Panthéon de l'Histoire. (...) Ce qu'il y a lieu de relever, est que les jeunes Algériens ont été éduqués pour croire, mais n'ont pas été formés pour savoir. La nuance, il n'y a pas lieu de la souligner, est énorme! Il est vrai aussi que la croyance peut être manipulée, et ce qui est véridique aujourd'hui, peut ne plus l'être demain. En revanche, le savoir est potentiellement dangereux car, celui-ci peut remettre en question ce qui est avancé aujourd'hui comme vérité. (...) Dès lors, est-il de bon sens de relever que l'Ecole algérienne - incapable d'inculquer aux enfants algériens les faits ayant contribué tout au long des années et des siècles à forger, et à asseoir la personnalité nationale algérienne - a échoué gravement dans la formation de l'Algérien de demain».
Justement, nous sommes en 2011. Trois Algériens sur quatre sont nés après l'Indépendance. Ils n'ont qu'un lointain rapport avec l'Histoire de leur pays qui, il faut bien le dire, a été mal enseignée et s'est contentée du dernier segment à savoir, la glorieuse révolution de Novembre
   
Le « FLN historique «  au musée avec les honneurs, et la patrie reconnaissante .

Sous Boumediene, le FLN devenu entre-temps parti d'avant-garde s'est mué en parti politique. Le FLN pris en otage par des personnes donne l'impression d'un spectre qui s'est démonétisé au cours du temps, Dans son dernier discours du 29 octobre, le responsable actuel du parti, devant une Coupole vide, s'est retrouvé seul face à une poignée de ses partisans. En dépit de l'ampleur de la crise que traverse le parti, Abdelaziz Belkhadem s'entête à la minimiser. Abdelaziz Belkhadem dénonce ce qu'il appelle «le complot» orienté contre le FLN. Il s'agit de l'envoi du FLN au musée de l'Histoire, tel que demandé par le secrétaire général de l'ONM, Saïd Abadou, et un groupe de députés à l'APN. «Ces appels à mettre le FLN au musée, on les a entendus après 1988. La demande a été formulée par le courant dit démocratique. Il n'a pas réussi. Aujourd'hui, la mission a été confiée à un autre parti, qui appartient au courant nationaliste», en faisant allusion au RND. Pourquoi le FLN dérange-t-il?»
   
Rassurons monsieur Belkhadem. Le FLN de la Révolution ne dérange pas, au contraire, le FLN historique, le FLN moteur de la Révolution de Novembre doit faire l'objet de toutes les attentions. Il ne doit plus constituer un fonds de commerce pour tous les professionnels de la politique qui ne savent faire rien d'autre que d'émarger au généreux râtelier de la République.
 
Ceci étant dit et à des degrés divers, tous les partis politiques prenant exemple sur le FLN post révolution, sont assistés par l’état,Honnêtement combien y-a t-il de militants sincères qui cotisent, qui prennent sur leur temps en dehors de leurs heures de travail pour militer et porter la bonne parole fruit de leur conviction et de leur amour pour le pays. En clair, quelle est la valeur ajoutée d'un militant, d'un chef de parti, d'un député outre le fait qu'ils attendent tous que l'Etat ne les oublie pas en fin de mois, qui du loyer d'un bâtiment du siège, loyer qui se chiffre pour certains, à plusieurs dizaines de millions, accaparés indûment au nom d'une capacité de nuisance réelle et d'une surface électorale supposée. Ce sont ces questions que se posent les jeunes qui sont à des années lumière du microcosme politicien marécageux, glauque. On l'aura compris, la révolution ne les inspire pas,ils ont d'autres préoccupations, d'autres ambitions, la plupart pensent à «s'évader» du pays par tous les moyens licites ou illicites.
On dit que vingt-deux députés veulent en finir avec la légitimité révolutionnaire et rompre avec l'exploitation politicienne d'un sigle, patrimoine de la nation, le Front de libération nationale en l'occurrence.
«Nous sommes à la veille de la révision de la loi sur les partis politiques et il est nécessaire de mettre à l'abri de toute utilisation partisane un patrimoine national qui est le sigle FLN. Une véritable transition démocratique, l'édification d'un Etat civil doivent intégrer le passage de la légitimité révolutionnaire à la légitimité des urnes, du suffrage universel.»
 
Le secrétaire général de l'Organisation nationale des moudjahidine lui-même se démarquant sur le tard, après avoir profité - appelant lui aussi à mettre le FLN au musée, veut participer à la curée anti-FLN dans sa version actuelle. Avant lui et avec une dignité et une propreté remarquables «L'architecte de la révolution» que fut le regretté Mohamed Boudiaf fut le premier à dire que le FLN avait rempli sa mission historique voulant dire qu'il ne devait pas être instrumentalisé. On dit aussi que le colonel Salah Boubnider «Sawt El Arab» l'a dit il y a 20 ans.

Dans une lettre prophétique qui n'a pas pris un pli et d'une rare lucidité, Ferhat Abbas le premier président du GPRA de l’Algérie combattante, parlait déjà du FLN et de son instrumentalisation. 
Nous lisons:  
«Pourquoi je ne suis pas d'accord avec le projet de Constitution établi par le Gouvernement? (...) A un mois de la fin de notre mandat, ce projet vient à peine de parvenir à l'Assemblée. Par contre, par la presse, par la radio, par les conférences, dites des cadres, par des déclarations ministérielles, on tente de l'imposer au peuple. (...) Or, le gouvernement vient de violer cette règle fondamentale. Il a soumis à de prétendus cadres d'un «parti qui, en fait, n'existe pas encore» [ souligné par nous], un projet de Constitution sans que l'Assemblée en ait été informée. Faire approuver par des militants qui n'ont reçu aucun de cet ordre un texte fondamental relevant des attributions essentielles des députés, c'est créer la confusion et violer la loi. (...) Le procédé relève de la mystification, de l'action psychologique.(...) Qui a choisi ces prétendus cadres? Selon quels critères ce choix a été fait? Pourquoi ces militants et pas d'autres? »  

Nous voyons que les procédés de co-optation au non d’une ‘acabbya mithyque des ‘ourouchia actuels et autres tribalismes  n’ont pas jailli du néant , il y a une paternité . Plus loin le président Abbas donne son avis sur ce que devrait être le FLN. Ecoutons le  
 
«Le FLN. ne doit pas être le parti d'une faction, mais celui du peuple»[souligné par nous] - de tout le peuple - de la même manière qu'il l'a été durant la lutte armée. (...) Ce retour aux divisions du passé est la négation même du FLN.»
 
 On le voit, les combines actuelles ne sont pas nouvelles! Là aussi il y a un héritage !  Ferhat Abbas décrit ce que devrait être le parti:
 
«Le Parti devant être la «Conscience» et le «Guide» de la nation, sa formation doit être entourée de toutes les garanties. (...) Nous ne sommes pas encore au stade d'un régime policier. Mais, si nous n'y prenons pas garde, nous y arriverons à brève échéance. Le FLN en n'étant que parti unique, (...) que pourrait-il être? On peut le prédire. Il sera condamné, par la nature des choses, à évoluer vers des structures fascistes.» Déjà, à l'époque, Ferhat Abbas dénonçait la vraie nature de certains responsables du parti: «Récemment, à Sétif, un responsable fédéral, dont le traitement, me dit-on, est de l'ordre de 100.000 francs par mois, et qui, depuis, a été révoqué, s'était attribué un appartement luxueux, une ferme de 200 hectares et l'exploitation d'un café-restaurant. A de rares exceptions près, c'est de cette manière que se manifeste le militantisme des pionniers du «socialisme algérien».(2)
 
Le président Abbas  s’adresse enfin,  à la jeunesse, d’une façon prémonitaire avec des mots qui n’ont pas pris une ride.(...)
 
Quant à notre jeunesse, elle sera condamnée à ne plus penser. Le régime fabriquera des robots, des opportunistes et des courtisans. Assurer le pain au peuple est, certes, un objectif primordial. Lui assurer cet autre pain qu'est la liberté de pensée et d'expression est également un bien précieux. (...) Nous jouons à «pile ou face» le sort du pays. Si le chef de l'État est un homme sage, modeste et clairvoyant, nos libertés seront sauvegardées. S'il a l'étoffe d'un Batista, le pays vivra sous la terreur. (...) Depuis l'Indépendance le peuple n'a pas encore été une seule fois librement consulté. Il est temps de le faire participer à la vie publique. Il est temps qu'il retrouve son enthousiasme et sa foi».(2)
 
Le refus de l'écriture de l'Histoire, toute l'Histoire, rien que l'Histoire, nous condamne ainsi chaque année à renvoyer aux calendes grecques la «mise sur rails du pays».  Comment peut-on avancer avec un système éducatif où, là encore, on fait dans la diversion? Quel avenir pour le pays en absence de stratégie énergétique qui compromet dangereusement l'avenir des générations futures? Comment redonner la parole au peuple pour qu'il soit acteur et non spectateur de son destin? Seuls le consensus, le dialogue, la parole désarmée, l'intérêt supérieur du pays permettront de réconcilier les Algériens et mettre fin à la guerre sourde de positions entre deux visions pour l'Algérie, celle d'une Algérie satellite d'une nation arabe qui n'existe pas et celle nostalgique de Fafa, d'un art de vivre type Quartier latin.

Basta!

 Avant toute chose, il nous faut rendre à César ce qui appartient à César. Le FLN pour lequel tant de vaillants patriotes ont milité, souffert en en définitive  donné leur vie n’est pas le FLN actuel. C’est un hold up qui perpétue le malaise de la fausse direction dénoncée par le président Abbas lors de sa lettre  de démission , ne vouait plus cautionner la gabegie du président Ben Bella . Il est temps de restituer au glorieux FLN ses lettres de noblesses en l’extrayant de son instrumentalisation actuelle.  J'en appelle en tant qu'universitaire à un sursaut. Basta de l'instrumentalisation du FLN qui doit être un marqueur indélébile de la dignité et de l'Histoire de l'Algérie, il doit être revendiqué par toutes les Algériennes et tous les Algériens sans exception et non pour une évanescente famille révolutionnaire dont on ne connaît aucune prouesse capable d'être signalée sinon celle d'émarger et d'avoir une capacité de nuisance, notamment en monopolisant les médias lourds, s'intronisant les seuls dépositaires de l'immense Révolution algérienne

Par ailleurs, il est plus que temps de sortir de l’immobilisme en croyant gagner du temps. Il est dangereux de maintenir un statut quo.  Le gouvernement qui dos au mur  manipule et flatte à l'envi les pulsions sans lendemain des jeunes en termes d'amusement, de football est en train insidieusement de montrer que la voie de la réussite sociale n'est pas dans l'effort au quotidien d'un travail bien fait, d'une endurance sur plusieurs décennies pour mériter de la patrie, elle est dans la voie des pentoses dérivée en biochimie- celle qui permet à un football d'engranger en un mois le gain d'un universitaire qui doit se réincarner plusieurs fois pour atteindre ces sommes. Où allons-nous quand des footballeurs, des entraîneurs sont la nouvelle référence de la réussite et d'où vient l'argent qui leur est donné?  
 
Pourquoi l'école de la formation des hommes ne fait plus rêver? Pourquoi a-t-elle cessé d'être un ascenseur social au point où les parents d'élèves cherchent à dispenser des entraînements à leurs enfants dès l'école plutôt que de leur chercher des cours de soutien? C'est cela l'échec du pays! Stériliser la technologie dans le pays, faire tout pour tenir soigneusement l'université à l'écart et s'en remettre aux étrangers pour vivoter au jour le jour tant que le pétrole et le gaz coulent encore, c'est cela encore l'échec du pays.

 En cette veille du déclenchement de la Révolution du 1er novembre, l'Algérie de la IIe République-que nous appelons de nos vœux,  sera celle que l'on construira toutes tendances confondues. Une seule exigence: l'amour de l'Algérie. La vraie identité des Algériens est ce droit et ce devoir de «vivre ensemble que l'on soit de l'Est ou de l'Ouest, du Nord ou du Sud». Nous sommes un petit pays qui se cherche, nous sommes un pays rentier qui n'invente rien, qui se contente de gérer une rente et en tentant de calmer la société par une distribution de biens accentuant encore plus la certitude que dans ce pays, il ne faut pas travailler pour réussir socialement, il faut faire des émeutes, vous aurez un appartement, un prêt, bref, vous pouvez arracher des avantages qu'un fonctionnaire moyen ne peut pas se permettre même s'il met sous après sous, il ne pourra jamais avoir un logement par le circuit classique. Il lui reste l'émeute et là ce n'est pas tout le monde qui peut se permettre.

À bien des égards, ce qui nous arrive, est arrivé parce que nous n'avons jamais placé l'intérêt supérieur du pays au-dessus des intérêts personnels. Ce n'est, certainement pas, utopique que militer pour une vision apaisée de l'Algérie.
A quand la légitimité de la compétence, du neurone, celle capable de faire sortir l'Algérie des temps morts et du piège du roukoud multiforme? La question est posée.

Professeur Chems Eddine Chitour
Ecole Polytechnique enp-edu.dz
 
Sur Cri du Peuple 1871 : http://www.mleray.info/article-algerie-87772913.html




samedi 15 février 2014

Les médias….Dans cette très honorable profession (en fait un 4ème pouvoir sans réel contre pouvoir), où, ne l’oublions pas, règne le népotisme, l’amalgame …..


LES MEDIAS :
« On reconnaît un régime totalitaire par le fait que les médias sont contrôlés par le pouvoir politique.
On reconnait un régime libéral par le fait que les médias sont la propriété (et donc contrôles) des pouvoirs financiers. »
Le système médiatique que je dénonce comporte deux domaines particuliers imbriqués l’un dans l’autre créant ainsi l’amalgame et la confusion.
Le domaine de l’information nécessaire et utile aux citoyens. Avec ses investigations, ses enquêtes journalistiques révélatrices et ses vérités accusatrices prouvées.
Le domaine de la communication mercantile et people le spectacle permanent de la presse de caniveaux !
Avec :
Ses annonces spectaculaires,
Ses exclusivités factices ;
Ses vérités manipulées ou occultées parfois mensongères ;
Sa "sondagite" permanente sur tout et n’importe quoi ;
Sans oublier sa vision lucrative avec l’omniprésence de publicité sans scrupules ni morale.
Il existe bien des moyens pour contrôler leur pouvoir. Pour ma part, malgré le tollé que cela ne manquera pas de provoquer, j’en vois un qui serait, me semble-t-il, facile à mettre en œuvre il s’agirait de taxer les médias audio-visuels en fonction de la durée effective de programmes et des émissions qu’ils diffusent.
LES JOURNALISTES :
Dans cette très honorable profession (en fait un 4ème pouvoir sans réel contre pouvoir), où, ne l’oublions pas, règne le népotisme, l’amalgame et "l’anglomanie" étasunienne, il y a pour moi et pour bien d’autres citoyens, deux catégories de journalistes avec de réelles différences qui ne sont jamais ou rarement différenciées et pour cause !
1. Les journalistes d’investigation et de terrain qui sont en fait de vrais journalistes, utiles et efficaces qui risquent fréquemment leur vie. Nous les respectons particulièrement.
2. Les journalistes de "salon", les plus connus, généralement les portes serviettes des pouvoirs(politiques, financiers, lobbys etc .), s’appuyant fréquemment sur leur déontologie, des commerciaux le plus souvent classes à « droite », soucieux d’abord de leurs intérêts et qui ne risquent que leur mise à l’écart avec de bonnes indemnités.
Et pour terminer, ces commentaires très révélateurs de John Swaiton, l’éditeur du New York Times, lors de son discours d’adieu :
"La presse libre n’existe pas. Vous, chers amis, le savez bien, moi je le sais aussi. Aucun de vous n’oserait donner son avis personnel ouvertement. Nous sommes les pantins qui sautent et qui dansent quand ils tirent sur les fils. Notre savoir faire, nos capacités et notre vie même leur appartiennent. Nous sommes les outils et les laquais des puissances financières derrière nous. Nous ne sommes rien d’autre que des intellectuels prostitués".
Henri SERRES


vendredi 14 février 2014

La divulgation d'un appel téléphonique au sujet de l’Ukraine dévoile le banditisme de Washington… « Fuck the EU » [que l'UE aille se faire foutre]

Le médias américains ont manifesté un manque d’intérêt remarquable pour la bande-son de l’appel téléphonique entre Victoria Nuland, haut responsable du secrétariat d’Etat en charge des affaires européennes et eurasiennes, et l’ambassadeur américain en Ukraine, Geoffrey Pyatt, qui a été mis en ligne sur YouTube et est devenu le sujet d'une polémique internationale depuis jeudi dernier.
La couverture médiatique qui en est faite porte essentiellement sur l’emploi de la phrase pas vraiment diplomatique « Fuck the EU » [que l'UE aille se faire foutre] en ce qui concerne l’attitude de Washington sur le rôle joué par ses partenaires dans la crise qui affecte l’Ukraine depuis près de trois mois. L’autre présentation qui est faite de l’affaire reprend loyalement la propre tentative du Département d’Etat de minimiser toute controverse en qualifiant la diffusion publique d’une conversation privée de « nouveau point bas atteint par le savoir-faire russe. »
Le gouvernement russe a vigoureusement nié les accusations américaines selon lesquelles Moscou serait responsable de la divulgation. L’accusation est en tout cas plutôt osée de la part d’un gouvernement qui a été démasqué pour espionner les conversations téléphoniques de centaines de millions de personnes aux Etats-Unis et partout dans le monde.
La véritable signification politique de la conversation téléphonique entre Nuland et Pyatt est laissée en grande partie dans l’ombre. Ce n'est pas un hasard vu que cet appel représente une révélation dévastatrice du caractère criminel et impérialiste de la politique américaine pratiquée en Ukraine et démolit les fausses prétentions « démocratiques » du gouvernement Obama.
Dans son discours sur l’état de l’Union le mois dernier, Obama avait déclaré : « En Ukraine, nous soutenons le principe que chacun a le droit de s’exprimer librement et pacifiquement, et d’avoir son mot à dire dans l’avenir de son pays. »
Ce que la bande-son montre toutefois clairement c’est que Washington emploie des méthodes de banditisme international, y compris la violence, pour faire un coup d’Etat politique visant à mettre en place un régime qui soit totalement subordonné aux intérêts géostratégiques américains. Cette opération est aussi éloignée de la démocratie que l'étaient les coups d’Etat orchestrés par les Etats-Unis dans des pays comme le Chili et l’Argentine, il y a une quarantaine d’années.
L’objectif précis des efforts des Etats-Unis est de faire passer le pouvoir politique entre les mains d’un assortiment d’oligarques ukrainiens qui sont alignés sur l’Occident et qui se sont enrichis grâce à l’appropriation privée, c'est à dire le vol, de biens publics dans le cadre de la dissolution de l’Union soviétique en 1991 par la bureaucratie stalinienne. Ce faisant, ils visent à transformer l’Ukraine en une tête de pont à la frontière même de la Russie, et dont ils veulent aussi partager le territoire et le réduire à un statut néo-colonial. Cela fait partie intégrante de leur détermination à établir l’hégémonie américaine sur tout le continent stratégique de l’Eurasie.
La conversation entre Nuland et Pyatt tourne autour des détails pratiques de ce projet. Cela consiste à attiser les sentiments anti-russes du nationalisme ukrainien et à aider les forces politiques droitières qui servent de bélier contre le gouvernement du président Viktor Ianoukovitch. L’évolution du président ukrainien en faveur d’un accord avec la Russie plutôt que d’une intégration à l’Union européenne a été l’étincelle qui a mis le feu à l’actuelle campagne en vue d’un changement de régime.
Nuland met en évidence qu'en coulisses, Washington est en train de dicter lesquels des dirigeants de l’opposition – décrits comme « les trois grands » – devraient entrer au gouvernement pour le faire basculer derrière Washington et quel rôle joueraient les autres. Arseny Iatseniouk, du parti Patrie et qui fut ministre de l’Economie et des Affaires étrangères dans le gouvernement tristement célèbre porté au pouvoir par la soi-disant Révolution orange orchestrée par Washington en 2004, est caractérisé par la secrétaire d’Etat adjointe comme « le gars qui a une expérience de l'économie et l’expérience de gouverner. »
Nuland propose que les deux autres dirigeants droitiers ayant de l'influence sur les protestations contre Ianoukovitch, l’ancien boxeur Vitali Klitschko, chef de l’Alliance ukrainienne démocratique pour la réforme ou UDAR (une abréviation signifiant « coup ») et Oleg Tyagnibok, chef du parti néofasciste Svoboda, restent « sur la touche » en continuant à attiser les foules. Iatseniouk, a-t-elle ajouté, aura « besoin de leur parler quatre fois par semaine. »
L’ambassadeur et elle parlent de deux de ces personnes en les appelant « Yats » et « Klitsch », le genre de noms habituellement réservés à des caniches.
Durant sa dernière visite à Kiev, qui a coïncidé avec la divulgation de l’appel téléphonique, Nuland a rencontré et s’est affichée publiquement avec les trois dirigeants de l’opposition mentionnés dans la conversation enregistrée – « Yats », « Klitsch » et l’homme qui est en train de jouer le rôle crucial dans l’organisation des violentes manifestations sur la place Maidan, le dirigeant de Svoboda, Tyagnibok.
Tyagnibok aurait fait l’objet l’année dernière d’une interdiction d’entrée aux Etats-Unis en raison de ses discours antisémites virulents qui félicitaient ses partisans d’intimider « la mafia judéo moscovite qui dirige l’Ukraine, » et chantaient les louanges des fascistes ukrainiens de la Seconde Guerre mondiale pour s’être battus contre les « youpins » russes, allemands « et autres racailles ». Ceci n’a toutefois pas stoppé Nuland.
En décembre 2013, au cours de sa visite précédente en Ukraine, Nuland, qui est la petite-fille d’immigrants juifs réfugiés en Amérique pour échapper aux pogroms de la Russie tsariste, avait donné un spectacle exceptionnellement répugnant en offrant, sur la place Maidan, des biscuits à des nervis de Svovoda qui vénèrent les meurtriers de masse des SS de Hitler.
Nuland incarne la continuité de la politique étrangère américaine allant des crimes commis par le gouvernement Bush à l’intensification de ces crimes sous Obama. Elle a occupé les fonctions de principale conseillère en politique étrangère de Dick Cheney lorsque le vice-président de l’époque était le fer de lance de la politique de guerre agressive, des restitutions et de la torture pratiquée à l’étranger ainsi que de la mise en place de l’infrastructure d’un Etat policier à l’intérieur du pays.
Son mari est Robert Kagan, expert en politique étrangère droitière qui a été le président fondateur du Projet pour le Nouveau Siècle américain (Project for a New American Century), le groupe de réflexion néoconservateur de Washington qui a joué un rôle clé dans la préparation politique et idéologique des guerres contre l’Irak et l’Afghanistan.
Aujourd'hui elle promeut une politique similaire aux frontières même de la Russie qui est dotée de l’arme nucléaire. Les tensions que ceci a engendré se reflètent dans la remarque « Fuck the EU. » Dans les efforts déployés pour la poursuite de ses intérêts géostratégiques, Washington manifeste une impatience croissante au sujet du refus de l’Allemagne, à ce stade du moins, d’entrer dans une confrontation frontale avec Moscou.
Cette fois-ci, la politique agressive de l’impérialisme américain jouit du soutien de différents éléments de pseudo-gauche qui gobent totalement les slogans démocratiques et humanitaires qui vont du charlatan postmoderne Slavoj Zizek à l’International Socialist Organization (ISO) et qui réussit à publier un long rapport sur les événements qui se produisent en Ukraine sans mentionner une seule fois les manigances de Washington.
La politique incendiaire de Washington constitue une menace de guerre civile en Ukraine et accroît le danger d’une conflagration mondiale. La classe ouvrière ukrainienne est incapable de s’extirper elle-même de cette crise, en restant sous la tutelle soit d’Ianoukobitch ou de ses adversaires droitiers qui représentent des factions rivales d’oligarques et qui sont d’accord pour détruire le niveau de vie et les droits de la population laborieuse. Les travailleurs ne trouveront une voie pour aller de l’avant qu’en construisant leur propre mouvement socialiste de masse indépendant et qui soit implacablement opposé à l’impérialisme et déterminé à unir leurs luttes à celles des travailleurs de Russie, d'Europe et du reste du monde.
(Article original paru le 10 février 2014)
Source : WSWS

jeudi 13 février 2014

L'Ukraine et les intellectuels pro-impérialistes….. l'intervention de l'UE risque de faire basculer l'Ukraine dans la guerre civile et le désastre social…


La « lettre ouverte sur le futur de l'Ukraine » publiée par un groupe d'universitaires et d'acteurs de la politique étrangère occidentaux est une basse défense des manifestations d'extrême-droite qui se poursuivent en Ukraine avec le soutien de Washington et de l'Union européenne (UE). Elle continue le vieux mensonge, répété sur près d'un quart de siècle de guerres et d'interventions impérialistes en Europe de l'Est depuis la dissolution de l'URSS en 1991, que les États-Unis et l'UE ne seraient animés que par un amour désintéressé de la démocratie et des droits de l'Homme.
Elle affirme, « le futur des ukrainiens dépend surtout des ukrainiens eux-mêmes. Ils ont défendu la démocratie et leur futur il y a 10 ans, au cours de la Révolution orange, et ils se battent pour ces valeurs aujourd'hui. Avec la montée du désenchantement des Européens face à l'idée d'une Europe commune, les gens en Ukraine se battent pour cette idée et pour la place de leur pays en Europe. Défendre l'Ukraine contre les tentations autoritaires de ses dirigeants corrompus est dans l'intérêt du monde démocratique. »
L'identité des agents locaux des puissances impérialistes démolit la prétention de cette lettre ouverte que les puissances impérialistes se battent pour la démocratie. Elles s'appuient sur un noyau de quelques milliers de voyous fascistes de l'organisation « Secteur droit » et du parti Svoboda pour faire tomber le régime ukrainien dans une série de manifestations de rue, le remplacer par un régime pro-UE hostile à Moscou, et imposer des mesures d'austérité sauvages. Washington et l'UE ne se battent pas pour la démocratie, mais organisent une contre-révolution sociale.
En novembre, le président ukrainien Viktor Yanukovitch a fait marche arrière sur ses plans d'intégrer l'Ukraine dans l'UE et d'imposer des dizaines de milliards de dollars de coupes sociales contre les travailleurs pour rembourser la dette de l'Ukraine envers les grandes banques. Craignant une explosion des manifestations de masse, il a accepté un renflouage de la part de la Russie à la place. L'opposition d'extrême-droite a redoublé d'efforts alors que des manifestations opposées anti-gouvernement et anti-opposition se multipliaient; contre le gouvernement dans la partie ukrainophone et contre l'opposition dans la partie russophone du pays.
Alors que l'intervention de l'UE risque de faire basculer l'Ukraine dans la guerre civile et le désastre social, cette lettre ouverte met la réalité à l'envers, présentant les développements en Ukraine comme une menace contre l'UE : « il n'est pas trop tard pour nous de changer les choses pour le mieux et d'empêcher l'Ukraine d'être une dictature. La passivité face au tournant autoritaire de l'Ukraine et à la réintégration du pays dans une nouvelle sphère impérialiste russe en expansion crée une menace pour l'intégrité de l'Union européenne. »
En fait, ni l'Ukraine ni la Russie n'ont menacé d'attaquer l'UE. C'est l'Ukraine – avec son réseau énergétique, ses bases militaires stratégiques, et son industrie lourde – qui devient de plus en plus intéréssante dans le cadre de la campagne agressive des impérialismes américains et européens qui veulent piller la région et viser la Russie. Tout en menaçant d'attaquer les principaux alliés de Moscou au Moyen-Orient, la Syrie et l'Iran, ces impérialismes menacent aussi le principal allié de Moscou en Europe de l'Est, l'Ukraine, d'un changement de régime ou d'une partition du pays.
La dynamique d'imposition d'une domination impérialiste sans entraves sur l'Europe de l'Est, qui a commencé après la restauration du capitalisme avec des interventions et des guerres de plus en plus intenses de l'OTAN en Yougoslavie dans les années 1990, a atteint un stade très avancé. Elle a mis en branle la prochaine campagne pour un changement de régime et une partition selon des lignes ethniques en Russie où Washington est déjà en train d'étudier divers groupes ethniques – Tchétchènes, Tatars ou Circassiens – dont les doléances pourraient être mobilisées contre Moscou.
Cette question est soulevée assez directement dans une partie influente de la presse occidentale. Le Financial Times de Londres a écrit dimanche, « M. Yanukovitch et M. Poutine sont des chefs d'une même trempe et avec un modèle de gouvernement similaire. Si les Ukrainiens font tomber l'homme au pouvoir à Kiev, les Russes pourraient se demander pourquoi ils ne pourraient pas faire de même avec l'homme qui est au Kremlin. »
En s’alignant sur la campagne des États-Unis et de l'UE pour dominer l'Europe de l'Est, les signataires de cette lettre ouverte embrassent les objectifs historiques de l'impérialisme allemand. Berlin a envahi par deux fois l'Ukraine au 20e siècle, en 1918 et en 1941. Il est remarquable que les auxiliaires locaux de l'impérialisme en Ukraine aujourd'hui soient les descendants politiques des fascistes ukrainiens qui ont aidé les nazis à mener l'holocauste ukrainien – une politique d'extermination de masse destinée à vider l'Ukraine de sa population pour préparer sa colonisation par des colons allemands.
Dans le même temps, à la conférence de Munich sur la sécurité cette année, des responsables allemands de haut rang ont déclaré que Berlin veut abandonner les restrictions sur l'usage de la force militaire que l'Allemagne avait respecté depuis la fin de la seconde Guerre mondiale.
Les conséquences désastreuses de la politique auto-destructrice de la bureaucratie soviétique et de l'approche inconséquente de Michaël Gorbatchev quand il a dissout l'URSS – croyant que le concept d'impérialisme n'était qu'une fiction inventée par le marxisme – apparaissent clairement.
Trotsky avait prévenu que la dissolution de l'URSS ne ferait pas que restaurer le capitalisme, mais transformerait la Russie en un état inféodé aux puissances impérialistes : « Une Russie capitaliste ne pourrait pas à présent occuper même la position de troisième ordre à laquelle la Russie tsariste était prédestinée par le cours de la guerre mondiale. Le capitalisme russe aujourd'hui serait un capitalisme dépendant, semi-colonial sans aucune perspective. La Russie numéro 2 occuperait une position quelque part entre la Russie numéro 1 et l'Inde. Le système soviétique avec son industrie nationalisée et son monopole du commerce extérieur, en dépit de toutes ses contradictions et difficultés, est un système protecteur pour l'indépendance économique et culturelle du pays. »
C'est là l'agenda établi par l'impérialisme et ses auxiliaires fascistes : ramener la Russie et l'Ukraine à un statut semi-colonial par la subversion interne, la guerre civile ou les intervention militaires extérieures. Des processus qui risquent d'entrainer la mort de millions de gens sont mis en mouvement.
Mobiliser la classe ouvrière en lutte contre la guerre impérialiste et l'exploitation néo-coloniale est la tâche centrale en Europe de l'Est. Des mises en garde doivent être faites. En l'absence d'une telle lutte, étant donné la faillite et l'impopularité des régimes oligarchiques de la région, il y a toutes les raisons de penser que des gangs fascistes déterminés – soutenus par les gouvernements impérialiste et jouissant de la couverture poltique fournie par des universitaires et des diplomates pro-impérialistes – parviendront à faire renverser les régimes existants.
Cela souligne le rôle réactionnnaire des signataires de cette lettre ouverte. Certains sont des diplomates de haut rang ou des agents impérialistes « non-alignés » - comme les ex-ministres espagnole et français des Affaires étrangères Ana Palacio et Bernard Kouchner, ou Chris Stone et Areyh Neier de l'Open Society Institute fondé par le milliardaire George Soros et lié au ministère américain des Affaires étrangères. La plupart cependant sont des universitaires et des intellectuels qui prêtent leurs noms pour donner de la crédibilité à la réaction d'extrême-droite en Ukraine, par une combinaison pernicieuse d'ignorance feinte et d'aveuglement historique.
Certains des noms sur cette liste de signataires évoquent des regrets – comme Fritz Stern, un historien qui était par le passé capable d'écrire sérieusement sur les questions historiques.
D'autres, comme celui du charlatan post-moderne Slavoj Zizek, ne sont pas une surprise. Ils ne font que confirmer l'alignement de sections affluentes de la classe moyenne sur le brigandage impérialiste, et le rôle réactionnaire joué par la pseudo-gauche dans la formation de porte-paroles de l'impérialisme.
Après des décennies de guerre intellectuelle contre le marxisme dans les universités et les médias, la vie culturelle est dans un état désastreux. Hostile à la conception marxiste de l'impérialisme et des intérêts matériels qui animent sa politique, ces couches restent insensibles aux crimes impérialistes – la destruction de Falloudja durant l'occupation américaine de l'Irak ou la campagne de meutres par drones en Afghanistan. Mais leurs stylos entrent rapidement en action dès que les politiciens de l'UE secrètent leur salive morale et dénoncent des régimes désignés comme les prochaines cibles d'une intervention impérialiste. Ils peuvent être menés par le bout du nez, jusqu'à suivre des fascistes, avec quelques invocations creuses des droits de l'Homme.
(Article original paru le 5 février 2014)
Source : wsws