samedi 5 octobre 2013

MONDIAL 2012 AU QATAR : L’épine dans le pied de la FIFA


Alors que la Qatar est sous le feu des critiques pour son traitement des travailleurs étrangers, le comité exécutif de la Fifa devrait reporter la décision de se prononcer sur le déplacement du Mondial 2022 en hiver. Explications.
Des signes d'enlisement
Trois ans après avoir été désigné pour organiser la Mondial 2022, le Qatar traverse une forte zone de turbulences. Épine dans le pied de la Fifa, la Coupe du monde dans l'Émirat du Golfe n'en finit plus de diviser le monde du foot. Le président de la fédération internationale, Sepp Blatter, qui avait voté pour la candidature des États-Unis en décembre 2010, a laissé entendre récemment que son organisation avait commis « une erreur » en confiant le Mondial au Qatar avant de mettre en lumière « des influences directes de chefs de gouvernement européens » sur ce vote de la discorde. Le président des États-Unis Barack Obama, qui soutenait alors la candidature de son pays, n'avait pas hésité à qualifier le choix de la Fifa de « mauvaise décision. »
Le spectre d'un nouveau vote
En dépit des recommandations du rapport d'inspection de la Fifa, qui avait classé le dossier qatarien « à haut risque » pour les joueurs en raison des fortes chaleurs (plus de 50°), quatorze des vingt-deux membres siégeant à l'époque au comité exécutif de la Fifa avaient choisi le Qatar. Cinq d'entre eux en ont depuis été évincés pour avoir trempé dans des affaires de corruption. Depuis les promesses qatariennes de climatiser l'ensemble des stades n'arrivent pas à convaincre les acteurs du football que la compétition ne sera pas altérée par les fortes chaleurs des mois de juin et juillet.
Équation insoluble
Réunis à Zurich afin de se prononcer sur la possibilité de déplacer le tournoi en hiver, le Comité exécutif de la Fifa devrait annoncer vendredi en début d'après-midi le report de sa décision et la mise en place une commission ad hoc pour étudier les conséquences d'un bouleversement du calendrier. Loin de résoudre le casse-tête du Mondial 2022, le changement de dates ouvre au contraire sur une équation insoluble. Dans un rapport confidentiel, l'association des Ligues européennes (EPFL) a pointé les conséquences désastreuses notamment d'un point de vue économique d'un tel chambardement, qui concernerait trois saisons. Richard Scudamore, le patron de la puissante Premier League anglaise, a manifesté une ferme opposition au projet : « Si on ne peut pas jouer l'été au Qatar, alors il faut changer de lieu. » Son homologue de la Football League (les divisons inférieures anglaises) a jeudi invité la Fifa à revoter : « Si le processus n'était pas valide. Il en faut un nouveau. »
Campagne de sensibilisation
Face à la campagne de sensibilisation mondiale sur le statut des travailleurs étrangers au Qatar, le comité exécutif de la Fifa n'a d'autres choix que de gagner du temps. « Même si ce n'est pas relié aux stades de la FIFA, parce que nous n'avons pas commencé à travailler, chaque mort est un mort de trop. Cela nous inquiète mais je suis sûr qu'avec l'implication de tout le monde, on parviendra à changer une situation qui n'est pas acceptable », a indiqué jeudi Walter de Gregorio le directeur de communication de la Fifa, avant d'assurer que la candidature qatarienne n'était pas menacée : « Il n'y a aucun doute. Le Mondial 2022 se déroulera au Qatar. Il s'agit seulement de savoir si ce sera en été ou en hiver. » Pour l'heure aucune décision n'a été prise puisque le cas du Qatar n'a pas été discuté lors de la première journée de la réunion du cénacle du football international. C'est tout du moins ce que le président de l'UEFA Michel Platini a indiqué jeudi en quittant le siège la Fifa à Zurich.
Pression des télés américaines
La probable création, ce vendredi, d'une commission ad hoc pour étudier la question laisse néanmoins penser que l'inversion du calendrier a du plomb dans l'aile. Cette décision s'explique en large partie par la pression des sponsors et diffuseurs, notamment nord-américains, de la Fifa. Les télés américaines, qui ont dépensé de grosses sommes d'argent pour acquérir les droits des Coupe du Monde 2018 et 2022 (314 M€ pour Fox News) ne veulent pas que les dates estivales des tournois soient changées (une clause de leurs contrats avec la Fifa leur donne un droit de regard sur la temporalité des événements). Déplacer le Mondial 2022 en janvier ou février reviendrait à se heurter à la concurrence des Jeux olympiques d'hiver, choisir le mois de novembre ou d'avril reviendrait à mordre sur le calendrier des grands sport US (NFL ou NBA). Devant cette équation insoluble, la Fifa préfère attendre. En espérant, pour certains de ses membres, que le rapport d'enquête en cours sur les conditions d'attributions des Mondiaux 2018 et 2022 ne finisse par terrasser le projet qatarien.
Source : Le Figaro
http://www.lefigaro.fr/football/2013/10/03/02003-20131003ARTSPO00598-qatar8201-la-fifa-prete-a-jouer-la-montre-sur-le-mondial-en-hiver.php?m_i=v8wvY0ei8JsJcMesdiUWoVwmVsDG85kpV3ZHTlK4lpyi7Kz1s

La carte a été publiée par le New York Times. Le nouveau Monde arabe dessiné par les Étasuniens….. La machine est en route, elle est pilotée par les commanditaires du printemps arabe et la sous-traitance est assurée par ces groupes terroristes sous la bannière d’Al Qaîda au Maghreb islamique…


D’aucuns n’ignorent que les prémices d’une nouvelle carte, notamment au Proche-Orient, constituaient déjà dès 1957 un objectif pour les Étasuniens.
Plusieurs révoltes, présumées populaires, ont marqué le monde arabo-musulman.
Des soulèvements pour ainsi dire programmés, d’où s’est dessinée la nouvelle carte de cette partie du monde .
Dans la rubrique Opinion de son édition du 28 septembre dernier, le New York Times a publié une analyse d’une spécialiste en géopolitique, Robin Wright, experte du monde arabo-musulman où elle souligne clairement « que la carte du Moyen-Orient pourrait être lentement redessinée, de sorte que cinq États (l’Arabie Saoudite, l’Irak, la Syrie, le Yémen et... la Libye) pourraient éclater en 14 entités, sans oublier la possibilité de trois cités-États à Misrata (Libye), Baghdad et Jabal Druze (Syrie) ».
L’auteur de l’article redessine, selon sa lecture basée sur les donnes du terrain, une nouvelle carte « homogène » du monde arabo-musulman. Selon elle, la naissance d’un État kurde entre la Syrie et l’Irak, un État sunnite qui regrouperait les sunnites irakiens et syriens. La minorité chiite alaouite, estime-t-elle, qui gouverne actuellement la Syrie serait repoussée dans un corridor le long de la Méditerranée. Comme souligné plus haut « la Libye serait fractionnée en trois États sur des bases ethniques et tribales », c’est le cas de le dire d’ailleurs.
Plus loin, dans son intervention sur les colonnes du NYT, Robin Wright pense que le sud de l’Irak deviendrait un État chiite, alors qu’« une partie du Yémen du Sud pourrait rejoindre l’Arabie Saoudite désireuse d’avoir de nouveaux débouchés maritimes à cause de la menace iranienne potentielle de fermer le détroit d’Ormuz » d’où la division du Yémen en deux États.
Mais pas que ça, pour cette spécialiste, l’Arabie Saoudite n’échappera pas au grand changement de la carte géopolitique, ce pays « pourrait se disloquer en cinq États correspondant aux cinq régions qui ont précédé l’actuel régime ».
Cette analyste n’a certainement pas tort. L’un des pays, à savoir la Libye, qui a été ravagé par ce qu’on appelle le « printemps arabe », a déclaré ouvertement sa partition en trois départements indépendants. Les violences qui ont éclaté dans ce pays sous prétexte de la liberté et la démocratie, ont plongé la population libyenne dans un sombre présent sans lendemain. Il ne s’agit plus d’une crise politique que peuvent traverser même les pays les plus développés, mais d’une insécurité totale et des rivalités sanglantes tribales. Le gouvernement mis en place n’a pas été en mesure d’unifier les rangs et d’imposer la loi. En un mot, ce fut une « somalisation » de la Libye. Pour cette analyste, le même cas pourrait être cadré avec des pays en pleine crise politico-sécuritaire.
D’aucuns n’ignorent que les prémices d’une nouvelle carte, notamment au Proche-Orient constituaient déjà dès 1957 un objectif pour les Étasuniens, mais surtout pour l’État qu’on appelle Israël dont la stratégie, rapportent plusieurs articles publiés depuis 1982, « consiste à favoriser l’éclatement des pays arabes sur des bases confessionnelles ou ethniques ».
Le site Étude Géopolitique met en évidence un article de Charles Saint-Prot (octobre 2006) qui reprend une publication purue, en février 1982, par la revue de l’Organisation sioniste mondiale Kivunim (Directions), sous le titre « Une stratégie pour Israël dans la décennie 1980 », où un journaliste israélien qui avait travaillé pour le ministère israélien des Affaires étrangères, « soutenait que le plan de décomposition du Liban en petits cantons confessionnels, à laquelle les Israéliens travaillaient depuis la fin des années 1960 avec la complicité de certains extrémistes maronites, devait être appliquée à tout le monde arabe, notamment à l’Irak (trois États : sunnite, kurde et chiite), à la Syrie (trois Etats : alaouite, druze, sunnite), à la Jordanie (une partie pour les Bédouins et l’autre pour les Palestiniens) et à l’Arabie Saoudite qui devait être amputée de ses provinces pétrolières et ramenée à une mosaïque tribale ».
La machine est en route, elle est pilotée par les commanditaires du printemps arabe et la sous-traitance est assurée par ces groupes terroristes sous la bannière d’Al Qaîda au Maghreb islamique et on se demande encore qui est derrière cette organisation criminelle par excellence.



Israël et les monarchies, même combat ?.... l’acharnement d’Israël - par Américains interposés - à vouloir frapper les sites nucléaires iraniens n’a d’égale que la haine que les monarques du Golfe portent au président syrien, Bachar Al Assad.


L’antienne, « l’ennemi de ton ennemi est ton ami » va-t-elle avoir du crédit au Moyen-Orient où Israël et les monarchies du Golfe expriment les mêmes griefs à l’encontre des Etats-Unis après leur renoncement à frapper la Syrie ? En effet, l’Etat hébreu et les autocrates moyen-orientaux sont mécontents autant du développement de la situation en Syrie, contraire à leurs espoirs, que de l’apaisement intervenu ces derniers jours dans les relations entre Washington et Téhéran.
Cette convergence d’intérêts des sionistes et des monarques absolus du Golfe est plutôt bizarre et est détonante eu égard aux réactions courroucées des uns et des autres. En fait, l’acharnement d’Israël - par Américains interposés - à vouloir frapper les sites nucléaires iraniens n’a d’égale que la haine que les monarques du Golfe portent au président syrien, Bachar Al Assad. Voilà ce que l’on pourrait qualifier de fauteurs de troubles. Plutôt que de chercher à résoudre par des moyens pacifiques les différends qui les opposent à la Syrie et à l’Iran, Israël et les monarchies concentrent leurs efforts à ouvrir de nouveaux foyers de guerre, mettant à contribution la puissance militaire américaine, à défaut de pouvoir le faire eux-mêmes. Et pour cause ! Alors que le dégel intervenu entre Washington et Téhéran a été accueilli avec satisfaction par la communauté internationale, Israël et les monarques se démarquent de cette approbation unanime en fustigeant, quasiment de concert, l’approche US pour une solution diplomatique des dossiers syrien et iranien qu’Obama semble - nonobstant un possible retour en arrière - désormais privilégier.
Le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, qui rencontrait lundi dernier, le chef de l’Etat américain, Barack Obama, lui réclama le « démantèlement » des sites nucléaires iraniens exigeant que « l’Iran démantèle complètement son programme nucléaire militaire » tout en demandant le maintien des sanctions actuelles contre ce pays. Et celui qui pose de telles exigences dirige un pays, Israël, qui réalise des recherches approfondies dans le nucléaire militaire ; qui n’est pas partie du TNP (Traité de non-prolifération nucléaire) - auquel adhère l’Iran - ; qui possède des ogives atomiques - estimées selon les experts occidentaux entre 80 et 280 têtes atomiques - sans qu’elles soient déclarées ; qui interdit aux inspecteurs de l’Aiea (Agence internationale de l’énergie atomique) de contrôler le site de Dimona.
Comme le rappelle fort à propos le chef de la diplomatie iranienne, Mohammed Javad Zarif : « Depuis 22 ans, le régime sioniste ment en répétant sans cesse que l’Iran aura la bombe atomique dans six mois. Le monde doit comprendre après toutes ces années la réalité de ces mensonges et éviter qu’ils se reproduisent. » Toutefois, les campagnes d’Israël et les gros mensonges qui l’accompagnent font oublier au monde qu’Israël figure dans le « top 9 » des puissances nucléaires.
Notons cette autre anomalie, les conférences internationales sur le désarmement nucléaire du Moyen-Orient, concernent tous les pays de la région, sauf... Israël. Cela pour Israël. Et l’Arabie Saoudite ? Riyadh, chef de file du Conseil de coopération du Golfe (CCG) et principal soutien des jihadistes en Syrie, espérait fermement une intervention américaine contre le régime de Bachar al Assad. C’est dire la déception, sans doute la frustration, - « (...) nous nous attendions à la frappe qu’il (Obama) avait promise pour punir le régime syrien » s’exclamait dépité un analyste saoudien - d’un pays prêt à se vendre au diable pour peu qu’on fasse le travail à sa place. Israël et l’Arabie Saoudite font « jonction » au carrefour syro-iranien, pointant du doigt leurs « ennemis communs ».
Pourquoi ces deux puissances régionales, Israël (seule puissance nucléaire de la région) et l’Arabie Saoudite (dont l’arsenal militaire conventionnel est unique du genre au Moyen-Orient, acheté aux Etats-Unis à coup de milliards de dollars), ne se font-elles pas « justice » si tant est que le droit soit de leur côté ? Or, l’une et l’autre comptaient sur les Américains et étaient prêtes à les « conseiller », sur la manière de « frapper » ces pays irréductibles. Evidemment, l’Arabie Saoudite qui acquiert beaucoup de ferraille américaine qui ne lui sert absolument à rien - près de 90 milliards de dollars de commandes pour les prochaines années - outre ses robinets pétroliers grands ouverts pour les USA, s’attend en retour à ce que Washington - qui déjà protège le trône saoudite contre les dangers intérieurs - le défende contre le méchant voisin iranien. Or, à en croire des révélations faites par certains médias et sources militaires américains, Washington préparerait un coup de Jarnac à Riyadh. Question : l’Arabie n’étant pas Israël, qui protégera le trône saoudien de ses « amis » ?



Les confessions d’un assassin financier : L’affaire du blanchiment d’argent saoudien


En 1974. un diplomate saoudien me montra des photos de Riyad, la capitale de son pays. On voyait sur l’une d’elles un troupeau de chèvres fouillant dans des tas d’ordures à l’extérieur d’un édifice gouvernemental. Quand je lui demandai pourquoi ces chèvres étaient là, il me répondit qu’elles étaient le principal système d’élimination des déchets de la ville. Cette réponse me choqua. « Aucun Saoudien qui se respecte ne ramasserait les ordures, me dit-il. Nous laissons cela aux animaux. »
À l’époque, je faisais partie d’un groupe de consultants qui commençaient à rassembler les éléments d’une solution à la crise du pétrole. Ce troupeau de chèvres m’aida à voir dans quelle direction cette solution pouvait évoluer, étant donné le peu de développement qu’avait connu ce pays depuis trois siècles.
L’histoire de l’Arabie saoudite fut fortement marquée par la violence et le fanatisme. Au XVIW siècle, Muhammad Ibn Séoud, un chef de guerre local, s’unit aux fondamentalistes de la secte ultraconservatrice des wahhabites. Durant les deux siècles qui suivirent, la famille des Séoud et ses alliés wahhabites conquirent la plus grande partie de la péninsule arabique, y compris les deux villes saintes de l’islam. La Mecque et Médine.
Lors d’un sommet à Koweït, les ministres arabes du Pétrole étudièrent aussi d’autres options. Le représentant irakien proposa avec véhémence de prendre les États-Unis pour cible. Il proposa aux autres délégués de nationaliser les compagnies américaines établies dans le monde arabe, d’imposer un embargo pétrolier total aux États-Unis et à tous les autres pays qui appuyaient Israël, et de retirer des banques américaines tous les capitaux arabes.
Washington se mit à négocier avec les Saoudiens, leur offrant une assistance technique, du matériel et un entraînement militaires, ainsi que l’occasion de moderniser leur pays, en échange de pétrodollars et, mieux encore, de l’assurance qu’il n’y aurait plus jamais d’embargo pétrolier. Les négociations aboutirent à la création d’un organisation extraordinaire, la Commission économique conjointe américano-saoudienne. Connue sous le nom de JECOR, elle s’appuyait sur un concept innovateur tout à fait à l’opposé des programmes traditionnels d’aide à l’étranger ; c’est l’argent saoudien qui servirait à engager des compagnie américaines pour développer l’Arabie saoudite.
Je fus convoqué. On me dit que mon rôle serait crucial et que tout ce que je ferai ou apprendrai devait demeurer strictement confidentiel. De mon point de vue privilégié cela ressemblait à une opération clandestine.
Mon travail consistait à prévoir ce qui pouvait arriver en Arabie saoudite si l’on investissait de grosses sommes d’argent dans son infrastructure et à établir des scénarios pour la dépense de cet argent. En bref, je devais utiliser toute mon imagination pour justifier l’infusion de centaines de millions de dollars dans l’économie saoudienne de manière à en faire profiter des compagnies de construction et d’ingénierie américaines. On me demanda de travailler seul, sans faire appel à mes assistants, et je fus séquestré dans une petite salle de conférences située plusieurs étages plus haut que mon département. On me prévint que mon travail était une affaire de sécurité nationale,(...)
Je comprenais évidemment que l’objectif principal n’était pas le même que d’habitude, c’est-à-dire d’endetter ce pays à jamais, mais plutôt de trouver des moyens de rediriger vers les États-Unis une grande partie des pétrodollars. L’économie saoudienne deviendrait alors de plus en plus liée à la nôtre et dépendante d’elle ; l’Arabie saoudite s’occidentaliserait davantage et finirait par adhérer entièrement à notre système.
Nous espérions tous que ce plan deviendrait un modèle pour le reste du monde. Les globe-trotters saoudiens vanteraient nos réalisations et inviteraient les dirigeants de plusieurs pays à venir voir les miracles accomplis par nous en Arabie saoudite ; ces dirigeants feraient ensuite appel à nous pour que nous concevions un plan semblable pour leur pays, et, dans la plupart des cas, puisqu’il s’agirait de pays ne faisant pas partie de l’Opep, ils s’arrangeraient pour se faire financer par la Banque mondiale ou autrement, de sorte qu’ils finiraient par se retrouver criblés de dettes. L’empire global serait bien servi.
Autant pour des planificateurs que pour des ingénieurs et des constructeurs, l’Arabie saoudite constituait donc l’occasion rêvée ; elle présentait un intérêt économique sans précédent, puisque ce pays sous-développé qui désirait se moderniser très rapidement possédait des ressources financières pratiquement illimitées.
Je ne perdis jamais de vue nos véritables objectifs : maximiser les paiements qui seraient versés aux compagnies américaines et rendre l’Arabie saoudite de plus en plus dépendante des États-Unis. Ces deux objectifs étaient inextricablement liés, car la plupart des projets à réaliser nécessiteraient des améliorations et des services continuels ; ils étaient d’une si grande complexité technique que les compagnies qui les auraient réalisés devraient constamment les maintenir et les moderniser.
Au-delà de l’aspect purement économique, l’Arabie saoudite deviendrait dépendante de nous d’une autre façon.
La modernisation de ce royaume riche en gisements pétrolifères déclencherait des réactions hostiles. Par exemple, les musulmans conservateurs seraient furieux ; Israël et d’autres pays voisins se sentiraient menacés. Le développement économique de l’Arabie saoudite susciterait sans doute la croissance d’une autre industrie, celle de la protection de la péninsule arabique. Des compagnies privées spécialisées dans ce genre d’activité, ainsi que l’industrie militaire américaine, pouvaient s’attendre à de généreux contrats, et encore une fois, à des ententes de gestion et de service à long terme. Leur présence nécessiterait une autre phase de projets d’ingénierie et de construction, dont des aéroports, des bases de missiles et de personnel, ainsi que toute l’infrastructure associée à ces installations.
J’expédiais mes rapports par courrier interne, dans des enveloppes scellées et adressées au "Directeur de projets du ministère des Finances".
L’un des vice-présidents créa même une formule que nous utilisâmes ensuite fréquemment pour décrire le royaume ; « une vache que nous pourrons traire jusqu’à notre retraite ». Mais, pour moi, cette formule évoquait toujours des chèvres plutôt que des vaches ...
Il s’agissait là d’une approche innovatrice pour la création de travaux lucratifs dans des pays qui n’avaient pas besoin d’emprunter aux banques internationales. L’Iran et l’Irak, par exemple, s’imposaient aussitôt à l’esprit.
La nature humaine étant ce qu’elle est, nous pressentions que les dirigeants de tels pays auraient vraisemblablement envie d’imiter l’Arabie saoudite.
Je travaillai intensément à cette phase "visionnaire" durant environ huit mois, quoique jamais plus de quelques jours à la fois, séquestré dans ma salle de conférences privée ou dans mon appartement surplombant les jardins publics de Boston.
Selon ce projet en évolution, Washington demandait aux Saoudiens de garantir le maintien de l’approvisionnement en pétrole à un niveau qui pourrait évidemment fluctuer, mais qui demeurerait toujours acceptable aux États-Unis et à leurs alliés. Si jamais d’autres pays, comme l’Iran, l’Irak, l’Indonésie ou le Venezuela, menaçaient de mettre l’embargo, l’Arabie saoudite pourrait combler le vide avec ses immenses réserves, ce qui suffirait à décourager les autres pays d’envisager un embargo. En échange de cette garantie, Washington offrait à la maison des Saoud un soutien politique total et non équivoque, et, si nécessaire, un appui militaire, lui assurant ainsi qu’elle continuerait à diriger le pays.
La famille royale pouvait difficilement refuser cette offre, étant donné la position géographique de l’Arabie saoudite, son absence de puissance militaire et sa grande vulnérabilité à ses voisins, comme l’Iran, la Syrie, l’Irak et Israël. Naturellement, Washington utilisa cet avantage pour imposer une autre condition essentielle, qui redéfinissait le rôle des assassins financiers dans le monde et servirait de modèle à de futures interventions dans d’autres pays, plus particulièrement l’Iraq. Rétrospectivement, j’ai parfois de la difficulté à comprendre comment l’Arabie saoudite a pu accepter cette condition. Il est certain que les autres pays du monde arabe, ceux de l’Opep et d’autres pays islamiques, furent choqués quand découvrirent les termes de l’entente et la façon dont la famille royale s’était rendue aux demandes de Washington.
La condition était celle-ci : l’Arabie saoudite utiliserait ses pétrodollars pour acheter des titres d’État américains ; en retour, les intérêts rapportés par ces titres seraient dépensés par le ministère américain des Finances de manière à permettre à l’Arabie saoudite de passer d’une société médiévale au monde moderne et industrialisé. En d’autres termes, les intérêts composés générés par les milliards de dollars de revenus du pétrole du royaume serviraient à payer des compagnies américaines pour qu’elles réalisent la vision que j’aurais présentée (ainsi sans doute que quelques-uns de nos compétiteurs) afin de faire de l’Arabie saoudite une puissance industrielle moderne. Notre propre ministère des Finances nous engagerait, aux frais des Saoudiens, pour construire des infrastructures et même des villes entières dans toute la péninsule arabique.
De notre point de vue, les perspectives de profits semblaient illimitées. Il s’agissait d’une entente favorable aux deux parties et pouvant créer un étonnant précédent. Ce qui rendait l’entente encore plus alléchante, c’est que personne n’avait à obtenir l’approbation du Congrès, un processus abhorré par les compagnies (...)
Pour mettre en marche le processus, un membre haut placé du gouvernement fut dépêché en Arabie saoudite afin de remplir une mission extrêmement confidentielle. Je n’en ai jamais eu la preuve, mais je crois bien qu’il s’agissait d’Henry Kissinger.
Qui que fut cet envoyé, il devait d’abord rappeler aux membres de la famille royale ce qui s’était passé en Iran quand Mossadegh avait tenté d’expulser les intérêts pétroliers britanniques. Ensuite, il devait leur présenter un plan trop attrayant pour qu’ils le refusent, tout en leur faisant comprendre qu’ils n’avaient pas tellement le choix. Je n’ai vraiment aucun doute là-dessus : on leur laissa l’impression très nette que, s’ils acceptaient notre offre, nous soutiendrions et protégerions leur régime, et que, s’ils la refusaient, ils subiraient le même sort que Mossadegh. L’envoyé revint à Washington avec un message des Saoudiens disant qu’ils obtempéraient.
Il ne restait plus qu’un léger obstacle : nous devions convaincre certains membres clés du gouvernement saoudien.
Il s’agissait là d’une affaire de famille, nous a-t-on dit. Bien que l’Arabie saoudite ne fût pas une démocratie, un consensus semblait nécessaire au sein de la maison des Saoud.
En 1975, je fus affecté auprès de l’un de ces membres clés. Pour moi, il était le prince W., bien que je n’ai jamais su s’il était réellement couronné. J’avais pour mission de le convaincre que l’affaire du blanchiment d’argent saoudien serait très profitable à son pays ainsi qu’à lui-même.
La tâche fut plus difficile qu’elle n’avait paru de prime abord. Le prince W. se déclara bon wahhabite et affirma qu’il ne voulait pas voir son pays s’engager sur la voie de la commercialisation occidentale. Il affirma aussi comprendre la nature insidieuse de notre proposition. Nous avions, dit-il, le même objectif que les croisés du précédent millénaire : la christianisation du monde arabe. En fait, il avait partiellement raison. À mon avis, la seule différence entre nous et les croisés résidait dans le registre. Les catholiques médiévaux prétendaient vouloir sauver les musulmans du purgatoire, tandis que nous prétendions vouloir aider les Saoudiens à se moderniser. En vérité, je crois que les croisés, tout comme la corporatocratie, cherchaient d’abord à étendre leur empire.
Mis à part ses croyances religieuses, le prince W. avait un faible pour les jolies blondes... Il semble presque ridicule de mentionner ce qui est maintenant devenu un stéréotype injuste, et je dois préciser que le prince W. est le seul de tous les Saoudiens que j’ai connu qui eût ce penchant, ou, tout au moins, qui ait bien voulu me le laisser voir. Cela a pourtant joué un rôle dans la réalisation de cette entente historique, ce qui démontre bien jusqu’où j’étais prêt à aller pour remplir ma mission.
L’entente passée entre les États-Unis et l’Arabie saoudite transforma le royaume presque du jour au lendemain ; l’énergie, l’éducation et les communications. Comme le fit observer Thomas Lippman en 2003 :
"L’Arabie saoudite est aujourd’hui un pays d’autoroutes, d’ordinateurs, de centres commerciaux climatisés comportant les mêmes boutiques chics que l’on trouve dans les riches banlieues américaines, d’élégants hôtels, de fast-foods, de télévision par satellite, d’hôpitaux modernes, de hautes tours à bureaux et de parcs d’amusement offrant un tourbillon d’attractions."
L’affaire du blanchiment d’argent saoudien et la Commission conjointe créèrent aussi des précédents en jurisprudence internationale.
Plus subtil et, finalement, plus néfaste fut le rôle joué par l’Arabie saoudite dans le financement du terrorisme international. Les États-Unis n’ont aucunement caché leur désir de voir la maison des Saoud financer la guerre d’Oussama Ben Laden contre les Soviétiques en Afghanistan dans les années 80, et Riyad et Washington ont fourni ensemble aux moudjahidin environ trois millions et demi de dollars.
Cependant, la participation américaine et saoudienne alla beaucoup plus loin.
Après les attentats du 11 septembre 2001 contre le World Trade Center et le Pentagone, on découvrit d’autres preuves des relations secrètes entre Washington et Riyad.
En octobre 2003, le magazine Vanity Fair concluait ainsi :
"La famille Bush et la maison des Saoud, les deux plus puissantes dynasties du monde, ont des liens personnels, commerciaux et politiques très étroits depuis plus de vingt ans (...)
Dans le secteur privé, les Saoudiens ont soutenu Harken Energy, une compagnie pétrolière en difficulté dont George w. Bush était l’un des investisseurs. Plus récemment, I’ancien président George H.W. Bush et son vieil allié James A. Baker III, ancien secrétaire à la Défense, se sont présentés devant des Saoudiens à des collectes de fonds pour le groupe Carlyle, la plus grande firme de financement du monde, prétendument.
Aujourd’hui, l’ancien président Bush continue de servir de conseiller à cette firme, dont l’un des investisseurs serait un Saoudien accusé d’entretenir des liens avec des groupes de soutien au terrorisme (...)
Quelques jours à peine après le 11 septembre 2001, de riches Saoudiens, dont des membres de la famille Ben Laden, furent évacués des États-Unis par jet privé. On ignore qui a autorisé ces vols, et les passagers n’ont pas été interrogés. La longue relation de la famille Bush avec les Saoudiens aurait-elle facilité les choses ? "
Le présent nous appartient. Le temps est venu pour chacun et chacune de prendre position, de poser les questions importantes, d’interroger son âme et d’agir.
Ce sont les choix que vous avez faits en réponse aux hasards de votre vie qui vous ont conduit où vous êtes maintenant.
John Perkins
Les confessions d’un assassin financier [1]
[1] http://www.amazon.fr/Les-confessions-dun-assassin-financier/dp/2896260013