Mon deuil et ma douleur vont à mon pays qui a produit
une sous-population de jeunes sans éducation, sans culture, sans travail, sans
avenir, avec pour échappatoire le vol, le deal, les trafics, les règlements de
comptes, ou le crime au service de dieu.
C’est sur les criminels qu’il faut pleurer en les
abattant ou en les traînant devant une justice qui ne s’avoue pas bourgeoise
mais qui, comme les escaliers de la butte, est dure aux malheureux. Et bien
dérisoire quand elle est le reflet des peurs de la société... Ils sont ma
douleur.
Eux, les malheureux, ne me font pas rire bien qu’ils
offrent quotidiennement une caricature de la vie et permettent de manière
sporadique à des clowns sinistres de sortir de leur boîte au bout d’un ressort,
de plastronner au nom de la liberté, de la République, devenue soudain
fraternelle, égalitaire ; mais qui mettent jour après jour un peuple à bas en
le réduisant à mendier dans les rues, à être mal logé, mal chauffé, mal nourri,
mal transporté, mal payé et réduit au chômage sans perspectives. Et en tentant
de l’abrutir en prime.
Et comme ce peuple est sans espoir, il lui reste à se
rassembler pour se réchauffer un moment autour de bougies dans la rue, lui qui
ne sait quoi faire quand il s’agit de défendre ses prérogatives, sa dignité et
son pain.
Je suis le peuple, nous sommes tous le peuple au quotidien,
et la semaine et le dimanche, enfin... nous qui ne sommes pas les parasites
dont il ne sait s’épouiller.
Mauris DWAABALA
Source : Le Grand
Soir

