vendredi 13 avril 2012

Israel a assassiné plus d'opposants politiques que l'apartheid Sud-Africain avait éxècuté d'opposants judiciairement ....Israël pratique encore la peine de mort... Et sans procès !

Cette fin de semaine les Nations Unis ont tenu une réunion internationale à Genève, portant sur la question des prisonniers politiques palestiniens dans les prisons et centres de détentions israéliens. Le Professeur John Dugard a fait une présentation du statut des palestiniens engagés dans la résistance contre l’oppression israélienne. L'ancien envoyé spécial de la situation des droits de l'homme dans les territoires occupés, le Professeur Dugard, a tracé un parallèle entre le traitement des opposants et les militants politiques de l'Afrique du Sud, et mis en évidence les similarités entre les deux régimes.

Ci-dessous le sommaire de l'analyse du Professeur Dugard.
 
La délégitimisation des prisonniers politiques
 
Israël ne reconnait pas les Palestiniens engagés dans les activités résistantes contre la répression israélienne, comme combattants, opposants ou bien prisonniers "politiques". Afin d éviter de donner une quelconque légitimité a leur cause, ils sont traités en tant que "terroristes", criminels ordinaires ou bien comme détenus sécuritaires.
 
Le régime sud africain traita Nelson Mandela ainsi que les autres prisonniers politiques de son genre, de façon similaire. En outre, Israël refuse à ses prisonniers politiques ayant la qualification de combattants, le statut de prisonniers de guerre.
Il ne reconnait même pas qu'il y a un conflit entre l'Etat d'Israël et le peuple palestinien qui exerce son droit à l'auto-détermination et à l'indépendance. Les prisonniers de guerre ne peuvent pas être poursuivis et punis comme des criminels ordinaires. Bien au contraire, ils peuvent être retenus jusqu'à la fin des hostilités, après quoi ils doivent être libérés et rapatriés.
 
Le statut de prisonnier de guerre est applicable à un quelconque membre d'un groupe organisé dans le combat "contre la domination coloniale et l'occupation étrangère, et contre les régimes racistes empêchant l'exercice de leur droit à l'auto-détermination", selon l'article additionnel des Conventions de Genève de 1949, l'"article premier". Le peuple palestinien a le droit à l'auto-détermination, étant soumis à l'occupation étrangère et à une possible domination coloniale. La lutte entre l'OLP, en tant que mouvement de libération nationale et Israël, doit donc être reconnue comme un conflit armé international où les Conventions de Genève doivent s'appliquer.
 
Dans une déclaration, l'OLP s'était engagée à appliquer les Conventions de Genève ainsi que son 'article premier', tout comme l'avait fait l'ANC (Congrès national africain en Afrique du Sud). De nombreux combattants répondent aux exigences définies dans cet article. Ils sont membres d'une force organisée, soumis aux responsabilités d'une structure de commandement respectant les règles de droit humanitaire internationales.
 
Les combattants de la liberté palestiniens ne sont pas des criminels
 
Israël s'identifie à l'apartheid Sud africain en refusant de signer l'article premier des Conventions de Genève. Les clauses de l'article premier, et les avantages des Conventions de Genève pour l'OLP en tant que mouvement de libération nationale, ne sont donc pas contraignants pour Israël. Cependant, Dugard fait valoir que l'"article premier", est devenu partie intégrante du droit international conventionnel, parce-que 170 États l'ont ratifié. Israël est donc lié par le Protocole, en dépit du fait qu'il ne l'a pas signé.
 
Ainsi contrairement à leurs obligations en vertu du droit international conventionnel, les tribunaux israéliens ont rejeté l'argument que les combattants de la résistance palestinienne sont engagés dans une guerre d'auto-détermination et peuvent donc prétendre au statut de prisonnier de guerre. En outre, les tribunaux israéliens ont, ces dernières années, utilisé l'excuse que les combattants de la résistance palestinienne ne parviennent pas à se conformer aux lois des conflits armés et n'ont donc pas droit au statut de prisonnier de guerre.
 
Mais si les combattants palestiniens étaient détenus comme prisonniers de guerre, ils le seraient jusqu'à la fin de l'occupation, ce qui pourrait durer de nombreuses années. Ils seraient libérés en même temps que les personnes condamnées par les tribunaux militaires israéliens, et vus par Israël comme criminels. Ainsi, les implications pratiques du statut de prisonnier de guerre ne sont pas significatives.
 
Toutefois, les implications symboliques ou politiques de l'état de prisonnier de guerre sont importantes. Les prisonniers de guerre ne sont pas traités comme des criminels mais comme des adversaires dignes d'un conflit militaire, combattants de la liberté, engagés dans une guerre pour l'auto-détermination, dont les droits sont reconnus et déterminés par le droit international.
 
Les tribunaux militaires
 
Sous l'apartheid, les combattants de l'ANC étaient jugés selon la loi pénale. De tels procès avaient donné l'occasion aux militants de confronter leurs adversaires et d'exposer leur cause dans un procès politique. Dans l'apartheid d'Afrique du Sud, ainsi qu'en Namibie, les militants utilisaient le procès politique à bon escient. Habilement défendus par des avocats compétents et sympathisants de leur cause, dans des tribunaux civils ouverts au public et en présence de la presse et d'observateurs étrangers. Ils exploitèrent les règles de la procédure d'évidence à l'avantage de leur cause politique. L'histoire de l'apartheid est remplie de procès politiques, qui ont mis en évidence la stature des défendeurs en exposant la répression et la discrimination.
 
La plupart des combattants palestiniens sont jugés par des tribunaux militaires, malgré la préférence du droit international humanitaire pour l'impartialité des tribunaux civils. Les tribunaux militaires sont destinés à être l'exception et non la règle, selon la quatrième Convention de Genève. Ces tribunaux sont dirigés par des juges militaires sans indépendance, et siégeant à des hauteurs inaccessibles, parfois à huis clos, appliquant une loi militaire inaccessible, ayant peu d'égard pour les règles d'une procédure régulière.
 
En général, les militants palestiniens n'ont même pas la possibilité de confronter la puissance occupante, face a une audience publique et devant des juges impartiaux appliquant la loi régulière.
 
Le régime israélien assassine ses opposants politiques
 
Ceux qui refusent d'accepter la comparaison du régime répressif d'Israël dans les territoires occupés de Cisjordanie et de la bande de Gaza à celle de l'apartheid, proclament fièrement qu'au moins les prisonniers politiques palestiniens ne sont pas exécutés, et qu'Israël est un état qui a de facto aboli la peine de mort. Il est vrai que l'apartheid Sud africain exécutait des prisonniers politiques après qu’ils aient été jugés par des tribunaux civils et non militaires, dans des procès où étaient appliquées des procédures légales appropriées.
 
Mais beaucoup plus de Palestiniens ont été tués dans des assassinats ciblés de combattants, que d'hommes exécutés judiciairement pour crimes politiques en Afrique du Sud. Israël n'est pas un État abolitionniste. C'est un état qui pratique la peine capitale de manière arbitraire et capricieuse, sans aucun procès.
 
Bien que les conditions des prisonniers palestiniens sont cruelles et inhumaines, bien que les procès qui les ont envoyés en prison sont injustes, et bien que les appellations utilisées a leur encontre sont ô combien humiliantes, telles que « criminels » ou « terroristes », nous ne devrions pas oublier que les prisonniers palestiniens sont les plus chanceux. Ceux-là au moins n’ont pas été assassinés comme certains de leurs pairs par un régime qui élimine ses opposants politiques sous l'euphémisme "d'assassinats ciblés".
 
Traduit de l'anglais par Aladin pour Investig'Action

Venezuela en 1998 : Un coup d'Etat "made in USA"

Il y a dix ans, Hugo Chavez, élu président du Venezuela en 1998, était victime d’un coup d’Etat qui devait avorter en 48 heures grâce à l’intervention massive de la population des quartiers populaires de Caracas.
Tout commence le 11 avril lorsqu’une manifestation de l’opposition, guidée par les télévisions privées [1], se dirige vers le palais présidentiel devant lequel sont rassemblés en masse des partisans de Chavez. La police tente de s’interposer jusqu’à ce que de mystérieux « snippers » postés sur les édifices alentours ouvrent le feu et abattent 16 manifestants (surtout des pro-Chavez).

Les télévisions privées s’empressent d’accuser Chavez d’avoir ordonné d’ouvrir le feu. Une scène tronquée accréditant ce mensonge est diffusée en boucle par les télévisions vénézuéliennes et est reprise telle quelle par les médias occidentaux. Elle fournit le prétexte recherché par les putschistes.

Dans la nuit du 11 au 12, des militaires factieux exigent de Chavez qu’il démissionne sinon ils feront bombarder le palais présidentiel où il est réuni avec son gouvernement. Chavez refuse mais, afin d’éviter un bain de sang, il accepte de se constituer prisonnier. Il est arrêté et emmené dans un lieu secret.

Dans l’après-midi du 12, les instigateurs de putsch conduit par Pedro Carmona, dirigeant patronal, s’autoproclament « gouvernement de transition ». Ils décident immédiatement de dissoudre l’Assemblée nationale, d’annuler la Constitution et de renvoyer les juges de la Cour suprême.

Mais l’information de l’emprisonnement de Chavez parvient à circuler dans les quartiers populaires grâce au bouche à oreille, aux courriels sur Internet, aux téléphones portables...

De leur côté, les autorités cubaines, en relation avec des partisans de Chavez dans le pays, parviennent à alerter les diplomates et les médias internationaux sur la réalité de la situation vénézuélienne. Notamment sur le fait qu’une grande partie de l’armée est hostile au coup d’Etat.

Si bien que, dès la matinée du 13 avril, des centaines de milliers de Caraqueños venus majoritairement des quartiers populaires envahissent les rues de la capitale et entourent le palais présidentiel, exigeant le retour de Chavez. Finalement, les putschistes sont chassés du bâtiment grâce à l’intervention de la Garde présidentielle restée fidèle au président.

Au petit matin du 14, une unité héliportée rejoint le lieu de détention de Chavez, le libère et le reconduit à Caracas. Le coup d’Etat a échoué d'une manière lamentable.

Pedro Carmona se réfugiera en Colombie tandis que la plupart des généraux félons émigrent aux Etats-Unis.

LES COMPLICES

La préparation de ce coup d’Etat a été coordonnée avec l’administration des Etats-Unis, notamment avec la CIA et sa couverture publique, la National Endowment for Democracy (NED) qui, selon le New York Times du 25 avril, a financé les conspirateurs.
Dès le 13 avril, le Washington Post confirme que « ces dernières semaines, les visites de membres de divers groupes d'opposition se sont succédés à l'ambassade des Etats-Unis. Parmi eux figuraient des généraux en retraite, des patrons de médias et des politiciens de l'opposition ».

A la même date, trois navires américains pénètrent dans les eaux territoriales vénézuéliennes tandis que leurs hélicoptères survolent l'île de La Orchila, lieu de détention de Chavez. Quant à l'AFP, dans une dépêche du 22 avril, elle fait état de la présence de deux officiers américains au quartier général des putschistes.

Dès le premier jour des évènements, aucune réaction émanant de personnalités américaines ne condamne le renversement du gouvernement vénézuélien démocratiquement élu. Au contraire.

Ari Fleisher, porte-parole de la Maison-Blanche, justifie le coup d'Etat : « Chavez n'a jamais bénéficié du soutien de la population, des pays voisins et certainement pas du président Bush ».
Charles Shapiro, ambassadeur des États-Unis au Venezuela, légitime le fait accompli : « Nous soutenons l'intention annoncée par le gouvernement transitoire de renforcer les institutions et les processus démocratiques dans le cadre d'un respect des droits de l'Homme et de l'État de droit ».

Quant à l’Union européenne, elle se distingue par une déclaration de soutien ouvert aux putschistes :

« [L'Union européenne] fait confiance au gouvernement de transition pour respecter les valeurs et les institutions démocratiques afin de régler la crise actuelle dans le cadre de la concorde nationale et dans le respect des droits et libertés fondamentales ».

[1] Les médias privés vénézuéliens, entre les mains de riches propriétaires, détiennent 95% des fréquences radio et TV. Privilège qui leur a permis d’entretenir une campagne virulente de diffamation contre Hugo Chavez dès le lendemain de son élection.

Jean-Pierre Dubois - blanqui.29@orange.fr