vendredi 13 avril 2012

Venezuela en 1998 : Un coup d'Etat "made in USA"

Il y a dix ans, Hugo Chavez, élu président du Venezuela en 1998, était victime d’un coup d’Etat qui devait avorter en 48 heures grâce à l’intervention massive de la population des quartiers populaires de Caracas.
Tout commence le 11 avril lorsqu’une manifestation de l’opposition, guidée par les télévisions privées [1], se dirige vers le palais présidentiel devant lequel sont rassemblés en masse des partisans de Chavez. La police tente de s’interposer jusqu’à ce que de mystérieux « snippers » postés sur les édifices alentours ouvrent le feu et abattent 16 manifestants (surtout des pro-Chavez).

Les télévisions privées s’empressent d’accuser Chavez d’avoir ordonné d’ouvrir le feu. Une scène tronquée accréditant ce mensonge est diffusée en boucle par les télévisions vénézuéliennes et est reprise telle quelle par les médias occidentaux. Elle fournit le prétexte recherché par les putschistes.

Dans la nuit du 11 au 12, des militaires factieux exigent de Chavez qu’il démissionne sinon ils feront bombarder le palais présidentiel où il est réuni avec son gouvernement. Chavez refuse mais, afin d’éviter un bain de sang, il accepte de se constituer prisonnier. Il est arrêté et emmené dans un lieu secret.

Dans l’après-midi du 12, les instigateurs de putsch conduit par Pedro Carmona, dirigeant patronal, s’autoproclament « gouvernement de transition ». Ils décident immédiatement de dissoudre l’Assemblée nationale, d’annuler la Constitution et de renvoyer les juges de la Cour suprême.

Mais l’information de l’emprisonnement de Chavez parvient à circuler dans les quartiers populaires grâce au bouche à oreille, aux courriels sur Internet, aux téléphones portables...

De leur côté, les autorités cubaines, en relation avec des partisans de Chavez dans le pays, parviennent à alerter les diplomates et les médias internationaux sur la réalité de la situation vénézuélienne. Notamment sur le fait qu’une grande partie de l’armée est hostile au coup d’Etat.

Si bien que, dès la matinée du 13 avril, des centaines de milliers de Caraqueños venus majoritairement des quartiers populaires envahissent les rues de la capitale et entourent le palais présidentiel, exigeant le retour de Chavez. Finalement, les putschistes sont chassés du bâtiment grâce à l’intervention de la Garde présidentielle restée fidèle au président.

Au petit matin du 14, une unité héliportée rejoint le lieu de détention de Chavez, le libère et le reconduit à Caracas. Le coup d’Etat a échoué d'une manière lamentable.

Pedro Carmona se réfugiera en Colombie tandis que la plupart des généraux félons émigrent aux Etats-Unis.

LES COMPLICES

La préparation de ce coup d’Etat a été coordonnée avec l’administration des Etats-Unis, notamment avec la CIA et sa couverture publique, la National Endowment for Democracy (NED) qui, selon le New York Times du 25 avril, a financé les conspirateurs.
Dès le 13 avril, le Washington Post confirme que « ces dernières semaines, les visites de membres de divers groupes d'opposition se sont succédés à l'ambassade des Etats-Unis. Parmi eux figuraient des généraux en retraite, des patrons de médias et des politiciens de l'opposition ».

A la même date, trois navires américains pénètrent dans les eaux territoriales vénézuéliennes tandis que leurs hélicoptères survolent l'île de La Orchila, lieu de détention de Chavez. Quant à l'AFP, dans une dépêche du 22 avril, elle fait état de la présence de deux officiers américains au quartier général des putschistes.

Dès le premier jour des évènements, aucune réaction émanant de personnalités américaines ne condamne le renversement du gouvernement vénézuélien démocratiquement élu. Au contraire.

Ari Fleisher, porte-parole de la Maison-Blanche, justifie le coup d'Etat : « Chavez n'a jamais bénéficié du soutien de la population, des pays voisins et certainement pas du président Bush ».
Charles Shapiro, ambassadeur des États-Unis au Venezuela, légitime le fait accompli : « Nous soutenons l'intention annoncée par le gouvernement transitoire de renforcer les institutions et les processus démocratiques dans le cadre d'un respect des droits de l'Homme et de l'État de droit ».

Quant à l’Union européenne, elle se distingue par une déclaration de soutien ouvert aux putschistes :

« [L'Union européenne] fait confiance au gouvernement de transition pour respecter les valeurs et les institutions démocratiques afin de régler la crise actuelle dans le cadre de la concorde nationale et dans le respect des droits et libertés fondamentales ».

[1] Les médias privés vénézuéliens, entre les mains de riches propriétaires, détiennent 95% des fréquences radio et TV. Privilège qui leur a permis d’entretenir une campagne virulente de diffamation contre Hugo Chavez dès le lendemain de son élection.

Jean-Pierre Dubois - blanqui.29@orange.fr



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