jeudi 2 août 2012

Cuba, l’île de la santé - Cuba reste une référence mondiale dans le domaine de la santé, notamment pour les nations du Tiers-monde.

"Le Blocus a été instauré par les Etats-Unis au nom de la "Démocratie" et du "Monde Libre". Mais le monde est-il plus démocratique lorsqu’une machine-outil tombe en panne faute de pièces détachées ? Le monde est-il plus libre lorsqu’un médecin cubain opère sans anésthésie ?"

Depuis le triomphe de la Révolution en 1959, le développement de la médecine a été la grande priorité du gouvernement cubain, qui a transformé l’île des Caraïbes en une référence mondiale dans ce domaine. En effet, à ce jour, Cuba est le pays du monde qui compte le nombre de médecins le plus élevé par habitant.
En 2012, Cuba a formé plus de 11 000 nouveaux docteurs, lesquels ont accompli leur cursus de six ans, au sein de ses facultés de médecine reconnues pour l’excellence de leurs enseignements. Il s’agit de la plus importante promotion médicale de l’histoire du pays, qui a fait du développement de la médecine et du bien être social les priorités nationales. Parmi ces nouveaux médecins, 5 315 sont cubains et 5 694 sont issus de 59 pays d’Amérique latine, d’Afrique, d’Asie et même des Etats-Unis, dont une majorité de Boliviens (2400), Nicaraguayens (429), Péruviens (453), Equatoriens (308), Colombiens (175) et Guatémaltèques (170). Ainsi, en une année, Cuba a formé près de deux fois plus de médecins que le nombre total dont elle disposait en 1959 [1].
En effet, lors du triomphe de la Révolution, Cuba ne comptait que 6 286 médecins. Parmi ces derniers, 3 000 avaient choisi de quitter le pays pour se rendre aux Etats-Unis, attirés par les opportunités professionnelles que leur offrait Washington. Au nom de la guerre politique et idéologique qui l’opposait au nouveau gouvernement de Fidel Castro, l’administration Eisenhower avait décidé de vider la nation de son capital humain, au point de créer une grave crise sanitaire [2].
Face à cela, Cuba s’était engagée à investir massivement dans la médecine, en universalisant l’accès aux études supérieures et instaurant la gratuité dans tous les cursus. Ainsi, il existe aujourd’hui 24 facultés de médicine (contre une seule en 1959) dans treize des quinze provinces cubaines, et le pays dispose de plus de 43 000 professeurs de médecine. Depuis 1959, près de 109 000 médecins ont été formés à Cuba [3]. Avec un médecin pour 148 habitants (67,2 médecins pour 10 000 habitants, 78 622 au total) selon l’Organisation mondiale de la Santé, Cuba est la nation au monde la mieux pourvue dans ce secteur. Le pays dispose de161 hôpitaux et 452 polycliniques [4].
Pour le cursus 2011-2012, le nombre total de diplômés en Sciences médicales, comprenant 21 profils professionnels (médecins, stomatologues, infirmiers, psychologues, technologie de santé, etc.…), s’élève à 32 171, aussi bien cubains qu’étrangers [5].

L’Ecole latino-américaine de Médecine de La Havane

En plus des cursus dispensés au sein des 24 facultés de médecine du pays, Cuba forme également des étudiants étrangers à l’Ecole latino-américaine de Médecine de la Havane. En 1998, suite à l’Ouragan Mitch qui avait ravagé l’Amérique centrale et la Caraïbe, Fidel Castro a décidé de créer l’Ecole latino-américaine de médicine de La Havane (ELAM) – inaugurée le 15 novembre 1999 – afin de former à Cuba les futurs médecins du monde sous-développé.
« Former des médecins prêts à se rendre là où l’on a le plus besoin d’eux et à y rester aussi longtemps que ce sera nécessaire, telle est la raison d’être de notre école depuis sa fondation », explique le docteur Miladys Castilla, vice-rectrice de l’ELAM [6]. Actuellement, 24 000 étudiants en provenance de 116 pays d’Amérique latine, de la Caraïbe, d’Afrique, d’Asie, d’Océanie, mais également des Etats-Unis (500 par promotion) se forment gratuitement à Cuba. Entre la première promotion de 2005 et 2010, 8 594 jeunes docteurs de 54 pays ont été formés à l’ELAM [7]. Les promotions de 2011 et 2012 ont été exceptionnelles avec près de 8 000 diplômés. Au total, près de 15 000 médecins ont été formés à l’ELAM dans 25 spécialités différentes [8].
L’Organisation mondiale de la santé a rendu hommage au travail de l’ELAM :
L’Organisation mondiale de la santé a rendu hommage au travail de l’ELAM :
« L’Ecole latino-américaine de médecine de La Havane accueille des jeunes gens passionnés venus de pays en développement et les renvoie chez une fois qu’ils sont devenus médecins. Il s’agit de favoriser l’équité en matière de santé […].
Outre sa taille, l’ELAM […] partage cette exigence de “responsabilité sociale”. L’Organisation mondiale de la Santé définit la responsabilité sociale des écoles médicales comme “l’obligation de faire en sorte que leurs activités d’enseignement, de recherche et de services visent à répondre aux préoccupations prioritaires en matière de santé de la collectivité, de la région et/ou du pays qu’elles ont pour mandat de servir”.
Le but de l’ELAM est de former des médecins qui assurent avant tout un service public dans les communautés urbaines et rurales défavorisées, en leur inculquant des compétences élargies en matière de soins de santé primaires, de la promotion de la santé au traitement et à la réadaptation. En échange de l’engagement non contraignant de pratiquer dans des zones mal desservies, les étudiants reçoivent une bourse complète accompagnée d’un petit pécule mensuel et n’ont aucune dette une fois diplômés.
[¨Pour ce qui est du recrutement], la préférence est donnée aux candidats financièrement défavorisés qui, sinon, ne pourraient pas se permettre de faire des études de médecine. “Il en résulte que 75% [des] étudiants viennent de communautés qui ont besoin de médecins et que les minorités ethniques sont bien représentées, de même que les peuples autochtones” […].
Les nouveaux médecins sont au travail dans la plupart des pays des Amériques, y compris aux Etats-Unis, dans divers pays africains et dans de nombreux pays anglophones de la région des Caraïbes.
Des écoles comme l’ELAM défient en même temps l’enseignement de la médecine dans le monde d’avoir des préoccupations plus sociales. Comme le souligne Charles Boelen, ancien coordonnateur à l’OMS du programme Ressources humaines pour la santé, ‘Cette notion de responsabilité sociale doit être prise en compte partout dans le monde, même dans les cercles médicaux traditionnels …. Le monde a un urgent besoin de ce genre de bâtisseurs dévoués de nouveaux paradigmes en matière d’enseignement de la médecine... [9]’ ».

La solidarité internationale

De la même manière, dans le cadre de ses programmes de collaboration internationale, Cuba forme également chaque année près de 29 000 étudiants étrangers en sciences médicales dans trois filières : médecine, infirmerie et technologie de santé, au sein de huit pays du monde (Venezuela, Bolivie, Angola, Tanzanie, Guinée Bissau, Guinée Equatoriale, Timor Oriental [10]).
Depuis 1963 et l’envoi de la première mission médicale humanitaire en Algérie, Cuba s’est engagée à soigner les populations pauvres à travers la planète, au nom de la solidarité internationaliste et des sept principes de la médecine cubaine (équité, gratuité, solidarité, accessibilité, universalité, coresponsabilité et justice) [11]. Les missions humanitaires cubaines s’étendent sur quatre continents et revêtent un caractère unique. En effet, aucune autre nation au monde, y compris les plus développées, n’a tissé un tel réseau de coopération humanitaire à travers à la planète. Ainsi, depuis leur lancement, près de 132 000 médecins cubains et autres personnels de santé ont bénévolement œuvré dans 102 pays [12]. Au total, plus de 85 millions de personnes ont été soignées à travers la planète par les médecins cubains qui ont ainsi sauvé 615 000 vies [13]. Actuellement 31 000 collaborateurs médicaux offrent leurs services dans 69 nations du Tiers Monde [14].
Selon le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), « l’un des exemples les plus réussis de la coopération cubaine avec le Tiers-monde a été le Programme Intégral de Santé pour l’Amérique centrale, la Caraïbe et l’Afrique [15] ».
Dans le cadre de l’Alliance Bolivarienne pour les Peuples de notre Amérique (ALBA), Cuba et le Venezuela ont décidé de lancer en juillet 2004 une vaste campagne humanitaire continentale portant le nom d’Opération Miracle. Elle consiste à opérer gratuitement les Latino-américains pauvres atteints de cataractes et autres maladies oculaires, mais qui se trouvent dans l’impossibilité de financer une opération qui coûte entre 5 000 et 10 000 dollars selon les pays. Cette mission humanitaire a été depuis étendue à d’autres latitudes (Afrique, Asie). L’Opération Miracle de 49 centres ophtalmologiques dans 15 pays d’Amérique latine et de la Caraïbe [16]. En 2011, plus de deux millions de personnes en provenance de 35 pays ont pu retrouver la vue [17].

La médecine de catastrophe

Concernant la médecine de catastrophe, le Centre pour la politique internationale de Washington, dirigé par Wayne S. Smith, ancien ambassadeur étasunien à Cuba, note dans un rapport que « l’efficacité du système cubain ne fait aucun doute. Seuls quelques Cubains ont perdu la vie dans les 16 ouragans les plus importants qui ont frappé l’île lors de la dernière décennie, et la probabilité de perdre la vie lors d’un ouragan aux Etats-Unis est 15 fois supérieure à celle de Cuba [18] ».
Le rapport ajoute que
« contrairement aux Etats-Unis, la médecine de catastrophe à Cuba fait partie intégrante du cursus médical, et l’éducation de la population sur la façon d’agir débute à l’école élémentaire […]. Même les petits enfants prennent part aux exercices, et apprennent les premiers soins ainsi que les techniques de survie, souvent à travers des dessins animés, ainsi que la manière de faire pousser des herbes médicinales et trouver de la nourriture en cas de catastrophe naturelle. Le résultat est l’acquisition d’une forte culture de prévention et d’une préparation sans équivalent [19] ».

Un indice de développement humain élevé

Cet investissement dans le domaine de la santé – 10% du budget national – a permis à Cuba d’obtenir des résultats exceptionnels. Ainsi, grâce, entre autres, à sa médecine préventive, l’île des Caraïbes dispose du taux de mortalité infantile – 4,9 pour mille (contre 60 pour mille en 1959) – le plus bas d’Amérique – inférieur à celui du Canada et des Etats-Unis – et du Tiers-monde. De la même manière, l’espérance de vie des Cubains – 78,8 ans (contre 60 ans en 1959) – est similaire à celle des nations les plus développées [20].
Ce développement humain et social est salué par les plus importantes institutions internationales. Ainsi, le Fond des Nations unies pour la population note que Cuba « a adopté il y a plus d’un demi-siècle des programmes sociaux très avancés, qui ont permis au pays d’atteindre des indicateurs sociaux et démographiques comparables à ceux des pays développés ». Le Fond ajoute que « Cuba démontre que les limites des économies en développement ne constituent pas nécessairement un obstacle insurmontable pour le progrès de l’état de santé, le changement démographique et le bien-être [21] ».
Cuba reste une référence mondiale dans le domaine de la santé, notamment pour les nations du Tiers-monde. Elle démontre qu’il est possible d’atteindre un haut niveau de développement social, malgré des ressources limitées et d’un état de siège économique extrêmement sévère imposé par les Etats-Unis depuis 1960, à condition de placer l’être humain au centre du projet de société.
Salim Lamrani
Opera Mundi
[http://operamundi.uol.com.br/conteudo/opiniao/23324/cuba+a+i...
URL de cet article 17330
http://www.legrandsoir.info/cuba-l-ile-de-la-sante.html

SYRIE : Peut-on exiger une vraie information sans être partisan de la Syrie de Bachar Al-Assad ? Le traitement médiatique de la guerre en Syrie .

Il suffit aujourd’hui simplement de s’interroger sur un sujet ou les médias -dans leur majorité- ont un parti pris pour tomber dans le viseur des cerveaux bien-pensants. Le cas de la guerre actuelle en Syrie en est un exemple parmi tant d’autres.
Toute personne, journaliste, écrivain, homme/femme politique, ou simple citoyen qui ose s’interroger sur le bien-fondé de ladite rébellion syrienne ne peut être qu’un complotiste nourri aux sites antisémites et aux thèses nauséabondes.
"Comment pouvez-vous soutenir le tyran Bachar Al-Assad ?! Vous savez ce qu’il se passe là-bas ?!
Vous n’y êtes pas allé ! Vous avez vu les images ?! C’est un bain de sang ! Ils ont bien raison de se révolter !!
Le sujet est souvent pris sous l’angle émotionnel, sur le Net et en particulier les réseaux sociaux, on diffuse en masse des photos de cadavres, de personnes mutilées, d’enfants carbonisés.
On le sait bien, cette méthode dispense souvent d’avoir à expliquer les évènements en profondeur et dans leur complexité.
Car c’est bien de cela dont il s’agit, d’une situation bien plus complexe que ne le laissent penser les diffuseurs d’images morbides et les journalistes de grands médias parlant de bombardement massifs, de morts civils et de répression.
Comment le spectateur du JT peut t-il se faire une opinion du conflit et en comprendre les éléments constitutifs dans ce cas.
Cela relève de l’impossible.
La ligne suivie par les grands médias est en revanche elle, dénuée de complexité : il s’agit d’une guerre civile opposant un dictateur et son armée meurtrière à un peuple révolté menée par d’héroïques combattants. Florence Aubenas dans un article du Monde datant du 30 juillet parle même d’un "rebelle" de l’armée syrienne libre comme d’un "un grand type aux yeux verts, beau comme un soldat de cinéma."
Il est très facile de manipuler l’opinion ainsi, d’autant que concrètement, la Syrie de Bachar Al-Assad n’est pas un paradis de démocratie, et qu’il existe au sein du régime et de ses affiliés une corruption importante.
Ensuite il s’agit de mettre toutes les "révolutions arabes" dans le même panier.
Tunisie, Egypte, Yémen, Libye, Syrie, tout ça c’est la même chose : il s’agit de régimes dictatoriaux contre lesquels les peuples de ces pays se sont révoltés.

Dans nos médias de masse, peu importent les particularités de chaque pays et de chaque conflit, ce sont tous des pays "arabes", donc tous dictatoriaux, les gens y crèvent tous la dalle et ne peuvent pas s’exprimer, donc la révolte est légitime. La révolution est légitime.
Il est intéressant de voir comme les journalistes apprécient les révolutions loin de leur pays, plus particulièrement lorsqu’il s’agit de révoltes contre des régimes diabolisés, mais rejette ce mot aussitôt qu’il s’agit de contester l’ordre libéral, dès lors la "révolution" est implacablement associée au chaos, à la gauche radicale, au communisme, au goulag..
Les médias de masse mettent davantage l’accent sur les ripostes de l’armée syrienne que sur les attaques des "rebelles".
Car quel que soit la position que l’on prend, tout le monde est d’accord pour reconnaître que l’ASL entreprend des attaques et commet des attentats sur le sol syrien. Ainsi les journalistes ne peuvent faire autrement que de reconnaître que l’armée syrienne mène des contre-offensives. Elle mène des contre-attaques comme le ferait n’importe quelle armée nationale face à une guérilla armée.
Après, il est possible évidemment de débattre de l’ampleur de ces contre-attaques.
Il y a une autre chose frappante dans la couverture médiatique sur le conflit syrien : la plupart des chiffres sur les "massacres" commis par l’armée syrienne sont donnés par l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH).
Il est étonnant de voir que des médias censés être neutres, utilisent des chiffres d’une ONG clairement engagée en faveur des insurgés syriens.
Mais une question vitale devrait se poser : qui est l’armée syrienne libre ? et qui sont les membres du conseil national syrien ?
Qui sont ceux qui combattent et que l’ont présente si souvent comme des combattants de la liberté massacrés par le régime syrien.
Il ne s’agit pas ici de prendre position contre Bachar Al-Assad ou contre le CNS, mais de se poser les questions essentielles à la compréhension du conflit. Et pour cela il faut connaitre les belligérants.
En quoi montrer une image romanesque des combattants anti-régime va t-il aider à cela ?
Si l’ASL fut formée par des militaires syriens déserteurs, elle ne se limite pas à cela.
En premier lieu, soulevons un point essentiel : la place des combattants étrangers au sein de l’opposition syrienne.
Parmi eux : nous trouvons Mahdi Al-Harati, l’un des leaders de la rébellion libyenne qui a renversé et tué le colonel Kadhafi.
AL-Harati fut le numéro deux du gouvernement militaire de Tripoli derrière l’ancien djihadiste Abdelhakim Belhadj.
Il dirige aujourd’hui le groupe islamiste extrémiste Liwa al-Umma qui combat aux côtés de l’ASL et qui est très présent dans l’actuelle bataille d’Alep (la deuxième ville du pays).
Il y a quelques jours, le journaliste hollandais à peine libéré Jeroen Oerlemans affirmait qu’il n’avait vu aucun syrien dans le camp djihadiste où il se trouvait.
L’ASL et ses alliés ont pu compter sur l’arrivée d’un certain nombre de combattants salafistes venues de Lybie mais aussi de tout le monde Arabe et d’Europe.
Elle a une base en Turquie, et reçoit le soutien de ce pays ainsi que du Qatar, de l’Arabie Saoudite, des Etats-Unis et de la plupart des pays européens.
Mais l’opposition syrienne si elle est unie dans le combat, ne forme pas une force homogène.
Il existe en son sein des islamistes radicaux, des libéraux, etc.
Les grands médias sont en train de nous vendre chacun à leur façon (directe ou indirecte) une Syrie post-Assad, démocratique, débarrassée de la violence et du totalitarisme. Nul besoin d’être un spécialiste de politique internationale pour comprendre qu’il s’agit d’une énorme tarte à la crème déjà servie.
Quand nous nous rappelons de ce qu’ils disaient sur la Libye post-Kadhafi, et quand nous constatons ce qu’est devenu ce pays depuis sa chute, nous pouvons légitimement nous interroger sur la nature de l’information qui nous est diffusée sur le conflit syrien.
Il y a peu l’ex ministre des affaires étrangères français Bernard-Henri Levy affirmait sur le plateau d’Eric Naulleau et Eric Zemmour que l’objectif en Libye n’était pas d’établir la démocratie et la laïcité mais d’en finir avec l’ère Kadhafi.
Ce même BHL affirmait à la une de Libération : "Quoi qu’il arrive la Libye nouvelle sera meilleure".
En cas de renversement de Bachar Al-Assad, ce sont ces mêmes journalistes qui se choqueront des massacres de Chrétiens syriens (12% de la population) et de la minorité alaouite par certains rebelles. Comme ils ont été pris pour cible en Irak après la victoire américaine. Dans le village de Hama le Père Basilios Nassar fut assassiné pour avoir tenté d’aider un homme agressé en pleine rue. A Homs plus de 200 Chrétiens furent tués par des rebelles.
Mais le plus écœurant dans tout cela c’est certainement le deux poids deux mesures opéré par les grands médias, car ceux-ci ont étrangement été peu bavards lors de la répression des manifestants dans le Royaume de Bahreïn par les troupes saoudiennes avec la bénédiction des Etats-Unis, grands alliés des deux monarchies.
La bataille pour l’information n’existe donc pas que dans les dictatures visibles au JT. Elle n’est pas près de s’arrêter, et les forces en présence dans chaque camp restent très inégales. C’est peut être sur ce terrain que les journalistes devraient commencer à être parties prenantes.
Frédéric André
URL de cet article 17347 http://www.legrandsoir.info/le-traitement-mediatique-de-la-guerre-en-syrie.html

SYRIE : Les réfugiés palestiniens en Syrie sont en danger !

« Les flammes s’approchent rapidement de Yarmouk car on essaie d’entraîner les Palestiniens dans le feu », écrit le reporter Rashad Abu Shawar.

Yarmouk est le camp de réfugiés palestiniens le plus grand de la Syrie. Ses habitants forment presque un quart de toute la population réfugiée qui s’élève à presque 500.000 personnes. Malgré la mémoire qui dure et l’insistance à demander son droit au retour en Palestine, la communauté palestinienne de Syrie est, dans l’ensemble, pareille à toute autre communauté ordinaire.
Bien entendu, « ordinaire » n’est pas toujours un terme qui va avec les malheureux réfugiés palestiniens se trouvant dans les pays arabes. Ghassan Kanafani, romancier palestinien de renom, a écrit un jour : « Oh Palestiniens, ne misez pas sur une mort naturelle ». Il exprimait avec fierté la façon dont son peuple envisage toutes les possibilités. Kanafani a été lui-même assassiné, en même temps que sa nièce, dans un attentat à la voiture piégée, orchestré par le Mossad israélien à Beyrouth en juillet 1972.
Les réfugiés palestiniens de Syrie ne peuvent s’attendre à exister en dehors d’un contexte de danger et d’imprévisible. Leurs frères du Liban ont compris la même leçon il y a des années. Les Palestiniens du Koweït ont été victimes de représailles importantes en 1991, avec d’autres communautés accusées d’être favorablement disposées envers Saddam Hussein. Comme on pouvait s’y attendre, la petite communauté d’Irak a reçu sa part de mauvais traitement après l’invasion américaine de 2003.
Cela ne veut pas dire que la communauté palestinienne est la seule à souffrir en temps de guerre. Mais du fait qu’il n’y ait pas de choix, la situation des réfugiés palestiniens est souvent la plus dangereuse et désespérée. Ils sont apatrides. La plupart des états arabes leur accorde délibérément un statut légal précaire sous diverses formes, afin de les contenir et de les contrôler. Le problème est cependant aggravé par des guerres qui provoquent des exodes massifs. Les réfugiés apatrides sont toujours coincés, et par conséquent vulnérables à la souffrance et aux abus continuels.
Avant 2003, une petite communauté de 35.000 Palestiniens résidait en Irak. Ils ne se mêlaient pas souvent de controverse politique. Toutefois, quand les États-Unis ont envahi, ils ont constitué une cible facile pour les diverses milices, les forces armées américaines et les bandes criminelles. Beaucoup se sont fait tuer. D’autres ont tourné en rond, cherchant en vain un refuge autre part en Irak, et des milliers d’entre eux se sont trouvés coincés dans des camps de réfugiés aux frontières de la Jordanie et de la Syrie. Cette situation a montré que le problème des réfugiés palestiniens était plus que jamais réel et urgent. Les circonstances désespérées des Palestiniens ont aussi fait honte aux Arabes qui n’ont jamais cessé de déclarer des guerres verbales mais qui ont omis d’accueillir les réfugiés en fuite. Même les factions palestiniennes, occupées à leurs querelles internes, n’ont fait que de lamentables déclarations de soutien, qui ne risquaient rien.
La situation en Syrie promet d’être pire encore. Traditionnellement, il y a de l’animosité entre la Syrie et certaines factions palestiniennes, y compris le Fatah, le parti qui domine l’OLP, et aussi l’Autorité Palestinienne (PA) basée à Ramallah. Tandis que Damas a accueilli diverses factions palestiniennes de gauche au cours des années, le Hamas ne s’est installé à Damas qu’après la rupture avec la Jordanie. Ces derniers mois, le Hamas a quitté discrètement ses bureaux de Damas. Il était impossible au mouvement islamique de fonctionner dans une situation où on le forçait à prendre parti. Dans ses efforts pour atteindre un terrain d’entente – soutenir le peuple syrien tout en combattant les efforts venus de l’étranger destinés à affaiblir la Syrie – il n’a pas été entendu. Certains gouvernements arabes ont voulu absolument faire pression sur les responsables du Hamas pour qu’ils prennent une décision concluante sur un conflit alors qu’ils n’y sont pour rien – et finir par les forcer à se séparer de la Syrie.
Le discours politique concernant la Syrie est le récit qui polarise le plus, parmi ceux qui sont liés au Printemps Arabe. Les Palestiniens sont pris au piège dans cette polarisation. Al Jazeera a fait du tort aux réfugiés palestiniens en voulant contextualiser les Palestiniens dans un débat général sur la Syrie. Dans le réseau de télévision, on sait ce qui arrive aux Palestiniens apatrides et vulnérables. Les reporters avaient bien documenté l’humiliation subie par les Palestiniens en Irak. Même si c’était pour des raisons simplement humanitaires, les médias arabes devraient présenter comme neutre la présence des Palestiniens dans le conflit syrien.
Les Palestiniens sont déjà pris pour cibles. On signale 300 morts en Syrie depuis le début du conflit. L’AP dit qu’elle est en contact avec les autorités syriennes afin d’assurer la sécurité de l’importante population de réfugiés. On signale un grand nombre de meurtres commis à Yarmouk. Les médias arabes qui s’opposent au gouvernement syrien de Bashar Assad, rejettent la responsabilité de viser les Palestiniens sur les forces de sécurité syriennes. Mais d’autres médias ne racontent pas la même histoire.
« Dans le pire incident, 16 membres de l’Armée de Libération de la Palestine, que soutiennent les autorités syriennes, ont été tués après avoir été arrêtés et kidnappés par des terroristes », nous apprend Khaled Abu Toumeh dans le Jerusalem Post du 20 juillet. Les corps des Palestiniens, dont la gorge avait été coupée, ont été découverts en plein champ dans la banlieue de Damas ».
Une déclaration faite le 16 juillet par l’État-major conjoint de l’Armée Syrienne Libre, et mentionnée par l’AFP, a qualifié les dirigeants palestiniens se trouvant sur le sol syrien, de « cibles légitimes ». Vu que la coopération entre les diverses factions de l’OLP et la Syrie remonte à des dizaines d’années, cette appellation ressemble à une menace de mort pour un grand nombre de Palestiniens de Syrie. L’Armée de Libération de la Palestine, pour une fois, joue plus ou moins un rôle symbolique. Elle s’est très peu impliquée dans des actions militaires, que ce soit à l’intérieur ou à l’extérieur de la Syrie. L’atroce massacre de ces hommes laisse à penser qu’il s’agit d’une tentative flagrante de punition contre des Palestiniens innocents.
Les réfugiés palestiniens pourraient très bien être de nouveau en fuite, tellement la situation est dangereuse. Les factions palestiniennes doivent mettre de côté leur intérêt personnel et s’unir, même temporairement, afin de protéger les réfugiés palestiniens de Syrie. L’agence des réfugiés des Nations-Unies, UNHCR, dont le but principal est « d’assurer les droits et le bien-être des réfugiés », doit agir dès à présent pour assurer la sécurité des réfugiés palestiniens dans quelque sinistre scénario à venir. La Ligue Arabe, qui n’a pour ainsi dire rien fait dans le passé pour protéger les réfugiés palestiniens chaque fois que ceux-ci se retrouvaient pris dans des conflits régionaux, doit agir cette fois-ci afin de compenser ses omissions du passé.
Il n’y a rien de pire que d’être un réfugié en fuite, sauf d’être un réfugié en fuite maintes et maintes fois, avec un statut légal d’apatridité perpétuelle, et sans pays où trouver un abri. Quant aux médias arabes, il faut qu’ils sachent que leur insistance à vouloir représenter les Palestiniens comme des complices dans le carnage en Syrie, équivaut à les préparer à un désastre d’importance majeure, pour na pas dire plus.
Par RAMZY BAROUD
Ramzy Baroud est rédacteur en chef de PalestineChronicle.com. Il est l’auteur de The Second Palestinian Intifada : A Chronicle of a People’s Struggle et de “My Father Was a Freedom Fighter : Gaza’s Untold Story” (Pluto Press, London).
(Traduit par Ch. C. pour CAPJPO-EuroPalestine)
Source : http://www.counterpunch.org/2012/07...
CAPJPO-EuroPalestine