samedi 8 juin 2013

TURQUIE : Erdogan est grillé...La plupart de ces gens ne sont pas sortis pour sauver le parc Gezi, mais pour manifester contre la politique qu’il symbolise

Il y aura plus d’affrontements, peut-être de tirs réels, plus de dégâts économiques, plus de conflits avant que quelqu’un n’ose déposer le Sultan. Le processus peut prendre des semaines, voire des mois, mais, quelle qu’en soit l’issue, Erdogan finira par perdre. Il ne peut y avoir de marche arrière, il est grillé.
La petite manifestation contre la destruction d’un parc à Istanbul n’a d’abord fait la une d’aucun média. Mais lorsque la police est intervenue très violemment pour permettre aux ouvriers de couper quelques arbres, la situation a explosé. En quelques jours, plus de 100 000 personnes sortaient dans les rues et affrontaient la police.La plupart de ces gens ne sont pas sortis pour sauver le parc Gezi, mais pour manifester contre la politique qu’il symbolise. La plupart des gens veulent garder le parc et sont opposés au plus grand projet de rénovation de la place centrale Taksim. Taksim c’est les manifestations du 1er mai, le centre culturel Ataturk et un espace collectif urbain.L’AKP (parti islamiste d’Erdogan) souhaite y faire revivre l’ère ottomane et mettre plus de religion dans la vie publique. Sa clique dirigeante a donc décidé de raser le parc pour construire une réplique des Baraques d’artillerie ottomanes (Taksim Military Barracks ou Halil Pasha Artillery Barraks, construites en 1806 sous le sultan Selim III, édifice monumental partiellement détruit en 1909, transformé en célèbre stade de football, détruit à nouveau en 1940 - NDT) pour en faire un centre commercial et une mosquée. Une commission gouvernementale avait donné un avis contraire au projet, avis qui a été passé outre. Les manifestants ont été refoulés par des forces de polices très brutales. C’est cette façon autoritaire d’imposer les intérêts d’un parti contre l’intérêt commun qui a poussé les gens à sortir dans les rues.Le tribunal a donné au gouvernement une chance unique de calmer les manifestations. Il a décidé que le projet devait être stoppé jusqu’à ce que la question puisse être jugée. Erdogan aurait pu se soumettre à la décision de justice et promettre de la respecter. Au contraire, il a répété que le gouvernement continuerait de « réaliser le rêve » des dirigeants, construirait les Barraks et transformerait la place Taksim.L’AKP d’Erdogan méprise l’opinion publique sur les questions politiques, ne s’intéresse qu’aux intérêts des siens et à une victoire majoritaire aux prochaines élections. Les forces politiques alternatives à l’AKP ne sont pas suffisamment puissantes ou sont trop dogmatiques pour être des concurrents sérieux. La Turquie est donc devenue une démocratie vide et un État à parti unique. Les médias turcs sont étouffés. Les journalistes qui osent critiquer le gouvernement perdent leur travail voire sont envoyés en prison. Les entreprises médiatiques sont menacées à partir d’allégations douteuses d’évasion fiscale. De nombreuses chaines de télévision n’osaient pas informer sur les manifestations et ont attendu jusqu’à maintenant pour les suivre.L’AKP poursuit une politique néolibérale avec la privatisation des entreprises nationales chaque fois qu’il le peut et déteste les syndicats ouvriers. Pendant quelques années, il a été très efficace en termes de croissance économique, mais la plus grande partie de cette croissance est due aux capitaux étrangers, du Golfe principalement.Le déficit budgétaire de la Turquie est d’environ 10 % du PNB par an. C’est une situation qui ne peut durer. C’est en grande partie de l’argent « chaud » qui représente des investissements à court terme. Ce sont des capitaux qui fuiront lorsque l’histoire actuelle de la croissance turque commencera à faiblir. La bourse turque avait déjà commencé à chuter avant les manifestations. Aujourd’hui, elle a plongé à nouveau de 10 % et les taux d’intérêts bondissent.Erdogan a traité les manifestants d’alcooliques, de SDF, d’extrémistes et de pilleurs. Des vidéos montrent des « pilleurs » en train d’essayer de voler un distributeur de billets. Ils portaient de façon tout à fait visible l’équipement de la police anti-émeute. Erdogan a accusé Twitter et autres réseaux sociaux d’être responsables des manifestations et a affirmé que l’opposition avait incité les manifestants. Il a insinué qu’ils étaient sous le contrôle d’agents étrangers. Bien sûr, certains manifestants sont membres des partis d’opposition et les fans de foot des trois grands clubs d’Istanbul qui se sont unis pour affronter la police ne sont pas des innocents. Mais la façon dont ces manifestations ont éclaté et se sont étendues en deux jours dans environ cinquante autres villes ne témoigne pas d’une main étrangère politique. Cela ressemble plutôt à l’explosion collective d’une frustration qui couvait depuis longtemps sous la poigne autoritaire d’Erdogan.Erdogan est parti pour une semaine de visite en Afrique du Nord. Avant de partir, il a déclaré qu’il pourrait difficilement retenir les 50 % de votants qui ont voté pour son parti aux dernières élections. Il a fait la quasi-unanimité d’une large majorité de Turcs contre lui. Mais il existe toujours une menace de lancer des contre manifestations qui finiraient inévitablement en davantage d’affrontements. Un manifestant a été tué par une voiture qui s’est jetée sur lui. Le conducteur, selon certains, aurait été motivé par les discours agressifs d’Erdogan.Si la police est du côté du gouvernement, l’armée ne l’est pas. Plusieurs généraux sont emprisonnés, soupçonnés d’avoir fomenté un coup d’État et le corps des officiers ne soutient pas l’homme qui les a fait emprisonner. L’économie déjà affectée par la guerre contre la Syrie, va l’être encore davantage par la fuite des capitaux. L’industrie du tourisme, si importante, va subir de nouvelles pertes. L’un des quatre grands syndicats, qui compte 240 000 membres, a fait appel à la grève. Le processus de paix avec les Kurdes est encore vague et les attaques de la guérilla du PKK peuvent facilement se reproduire.Erdogan a en outre, des concurrents à l’intérieur de son propre parti. S’il ne peut pas garantir une économie en bonne santé et la paix des rues, les couteaux vont sortir des poches. Le président Gul, un des grands ennemis d’Erdogan, est déjà en train de se mettre en position. Il se dénonce aujourd’hui son absolutisme en expliquant que la démocratie ne se limite pas aux élections.Restent maintenant quatre possibilités pour sortir de cette tempête :- Les manifestants s’essoufflent et s’affaiblissent. Peu probable, selon moi, particulièrement si les syndicats se joignent au mouvement.- Erdogan fait profil bas, annule le projet Taksim et s’excuse. Ce qui irait à l’encontre de tout ce que l’on connaît de lui et semble improbable.- Les militaires font un coup d’État. Il est douteux qu’une majorité de Turques soutiennent un nouveau coup et les militaires n’ont probablement pas envie d’assumer ces responsabilités.- Une faction du AKP d’Erdogan fait un coup à l’intérieur du parti contre lui et l’expulse.Pour ma part, je parierais sur la troisième possibilité, mais cela prendra du temps, plus d’affrontements, peut-être de tirs réels, plus de dégâts économiques, plus de conflits avant que quelqu’un n’ose déposer le Sultan. Le processus peut prendre des semaines, voire des mois, mais, quelle qu’en soit l’issue, Erdogan finira par perdre. Il ne peut y avoir de marche arrière, il est grillé.
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Qui seront les maîtres de la Syrie ? Les masques tombent !....ce sont le Qatar et l’Arabie Saoudite - parrains et pourvoyeurs de fonds à la rébellion, qui se disputent le leadership sur l’opposition syrienne - qui dictent les priorités et tirent les ficelles.

...Qui sont donc ces gens qui dénoncent la dictature d’Assad et s’avèrent plus dictatoriaux que le président syrien ?
En fait, ces gens, manipulés par le Qatar, vivent pour la plupart d’entre eux à l’étranger depuis des décennies, ont la double nationalité et perdu toute attache avec leur pays d’origine. Ils sont déconnectés de la réalité de la Syrie.

Des centaines, des milliers de Syriens tombent chaque jour, chaque semaine, chaque mois. Et cela dure depuis deux ans. Qui s’en inquiète, du moment que les objectifs assignés à la « révolte » – que l’on sait, désormais, commanditée par le Qatar et l’Arabie Saoudite – n’ont pu, jusqu’ici, être atteints.
Ces objectifs sont de faire chuter l’actuel régime de Damas. Aussi, les Syriens continueront de mourir et refusent les diktats d’où qu’ils viennent. Ceux qui combattent avec acharnement le gouvernement syrien, réunis sous le générique de « Coalition de l’opposition » ne sont pas Syriens – pour ceux qui se réclament comme tels – qui se sont vendus à l’étranger pour un pouvoir dont ils ne seront, dans le meilleur des cas, que les gérants. Le vrai centre de décision sera au Qatar et sans doute aussi, en Arabie Saoudite.
Lors du forum de l’opposition tenu à Istanbul, la semaine dernière, il est clairement apparu que ladite opposition n’avait aucune consistance et que ce sont le Qatar et l’Arabie Saoudite - parrains et pourvoyeurs de fonds à la rébellion, qui se disputent le leadership sur l’opposition syrienne - qui dictent les priorités et tirent les ficelles. Les deux pays ont d’ailleurs exigé l’élargissement de la Coalition et imposé leurs hommes au Conseil national syrien.
S’il y avait encore un doute quant à la réalité d’une « opposition syrienne » il vient d’être balayé à Istanbul où les financiers de la rébellion ont eu le dernier mot avec un compromis qui favorise leurs intérêts plutôt que le retour de la paix en Syrie. En effet, dès le début des événements, « l’opposition » syrienne s’est comportée comme quelqu’un qui vient prendre possession de son domaine, exigeant, avant toute chose et sans autre forme de procès, le départ de Assad et du « régime » syrien. C’était plus facile à dire qu’à faire, la Syrie étant loin d’être un territoire conquis. Relayée par ses soutiens – les États-Unis, la France et le Qatar notamment – l’opposition exigeait donc le départ de Assad. Avec qui les membres de « l’opposition » – qui s’entredéchirent et ne sont d’accord sur rien – comptaient-ils négocier ? Avec eux-mêmes ? Le Qatar et son compagnon saoudien ? Dans de tels cas de figure, les négociations ont lieu entre les parties belligérantes. On négocie avec l’ennemi, pas avec ses soutiens militaires et politique ou ses « tuteurs ». Qui sont donc ces gens qui dénoncent la dictature d’Assad et s’avèrent plus dictatoriaux que le président syrien ?
En fait, ces gens, manipulés par le Qatar, vivent pour la plupart d’entre eux à l’étranger depuis des décennies, ont la double nationalité et perdu toute attache avec leur pays d’origine. Ils sont déconnectés de la réalité de la Syrie. En fait, des militants syriens – qui croyaient sincèrement que cette « opposition » allait changer les chose – ont fini par se rendre à l’évidence et accusent la Coalition d’être désormais « partie du problème ». D’autres militants relèvent : « Nous ne pouvons pas soutenir des gens qui sont devenus des opposants uniquement par intérêt personnel » et d’autres de renchérir : « Nous ne voulons pas qu’un régime égoïste vienne en remplacer un autre. »
En fait, la Coalition qui n’arrive pas à élire un président à la place de Ahmed Moaz al-Khatib, démissionnaire, a perdu tout crédit, y compris parmi ses soutiens, notamment occidentaux qui, cependant, ne veulent pas faire marche arrière, mais contraints de jeter du lest. Ce qui explique que Washington soit parvenu à un accord avec Moscou pour réactiver la conférence internationale sur la Syrie. Washington a ainsi quelque peu baissé le ton. Le Qatar qui imposa la rébellion à la Ligue arabe en lieu et place de l’Etat syrien, ne cache plus le jeu prépondérant qu’il joue dans la déstabilisation de la Syrie. De son côté, la Coalition de « l’opposition » - composite, faite de bric et de broc – a montré son vrai visage, celui d’exécutants incapables de donner le change. En fait, les masques sont tombés sur le jeu trouble des uns, les manoeuvres sordides des autres. Ainsi, les États-Unis, la France et la Grande-Bretagne qui auraient dû imposer le dialogue, ont contribué à faire lever l’embargo sur les armes à la rébellion. Dès le début, il y avait anguille sous roche et ce qui a été abusivement qualifié de « Printemps » en Syrie, n’a été qu’un paravent qui a créé l’opportunité de déstabiliser ce pays. La Syrie est surtout victime des manoeuvres et des appétits du Qatar et de ses alliés occidentaux.
* http://www.lexpressiondz.com/edito/175182-les-masques-tombent.html
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Moyen-Orient : la guerre de l’eau ...Israël veut assoiffer les Palestiniens,On consomme 350 litres d’eau par jour et par habitant à Tel Aviv ou à al-Qods occupée. En face, dans les territoires occupés, on ne dispose pas même de 20 litres. Le Proche-Orient concentrera de ce fait, toutes les tensions.

Aujourd’hui, selon la Banque Mondiale, 90% de l’eau captée dans ces nappes passe de l’autre côté du mur de séparation pour irriguer les cultures israéliennes, les Palestiniens n’ayant droit qu’aux 10% restants. A l’Est enfin, l’occupation de la Cisjordanie permet à Israël de contrôler les eaux du Jourdain aux dépens de la Jordanie, accentuant les tensions entre les deux pays.
Quatre pays : la Syrie, la Jordanie, Israël et la Palestine se disputent des ressources en eau parmi les plus faibles au monde.
Le Jourdain et sa source, sur le plateau du Golan, vidé de ses eaux par Israël et la Jordanie, se réduit aujourd’hui à un mince filet d’eau. Le Yarmouk, son affluent, retenu dans les innombrables barrages syriens, n’irrigue plus la Jordanie. Dans ce contexte, l’eau attise toutes les convoitises. Le contrôle de ces ressources est un enjeu majeur. Au Proche-Orient, l’eau a été au centre de toutes les guerres, elle a été gagnée par la force des armes. L’Etat sioniste y jouait sa survie. On consomme 350 litres d’eau par jour et par habitant à Tel Aviv ou à al-Qods occupée. En face, dans les territoires occupés, on ne dispose pas même de 20 litres. Le Proche-Orient concentrera de ce fait, toutes les tensions. 
Au Moyen-Orient, on peut même affirmer sans risque de se tromper que tous les conflits qui opposent les cinq pays depuis le début du XXe siècle, ont pour cause principale ou seconde, avec le pétrole, l’accès durable à cette source de vie. 
L’eau au Proche-Orient provient de trois sources qui coulent dans trois rivières qui se réunissent dans le Jourdain. Le premier affluent du Jourdain, le Hasbani, prend naissance au Liban. Son débit annuel est de 140 millions de mètres cubes. Le second, le Banias, prend sa source en Syrie, avec un débit annuel de 140 millions de mètres cubes. 
Le troisième, le Dan, se forme sur le territoire israélien à partir de diverses sources, dont un certain nombre se situent sur le plateau occupé du Golan. Son débit est de l’ordre de 250 millions de mètres cubes. Ces trois rivières se rejoignent à 6 kilomètres en amont de l’ancien lac Houleh pour former les deux bras du Haut Jourdain. Le débit annuel moyen atteint alors 640 millions de mètres cubes. 
15 kilomètres plus bas, le Jourdain atteint le lac Tibériade. Lorsqu’il sort du lac, son débit tombe à 500 millions de mètres cubes, principalement à cause de l’évaporation. 10 kilomètres en aval, il est rejoint par son principal affluent, le Yarmouk, qui lui apporte un débit supplémentaire de 538 millions de mètres cubes. Pour en arriver là, celui-ci, dont la source se situe en Syrie (Djebel Druze), aura traversé la Jordanie. Dès lors, le Jourdain suit pendant encore 50 kilomètres la «frontière» entre la Jordanie et la Cisjordanie puis se jette dans la mer Morte. Au bout de ce parcours, le débit annuel moyen du Jourdain est de l’ordre de 1 880 millions de mètres cubes. Ce volume apparaît bien dérisoire comparé à ceux de l’Euphrate (32 milliards de mètres cubes) et du Nil (74 milliards de mètres cubes). D’autant que ces ressources doivent être partagées entre tous les pays riverains, constitués à partir de découpages territoriaux fluctuants au gré des évolutions politiques locales et internationales, depuis le démantèlement de l’Empire ottoman  à la fin de la 1re Guerre Mondiale, la création de l’Etat sioniste en 1948 et les conflits récurrents dans la région.  Quelle est la politique de ces pays en matière de gestion des ressources d’eau ? Comment ces pays, certains encore en guerre, gèrent-ils cette situation ?
 
Main basse  israélienne sur les sources de l’eau 
Déjà en 1941, le sioniste Ben Gourion déclarait : «Nous devons nous rappeler que, pour parvenir à enraciner l’Etat juif, il faudra que les eaux du Jourdain et du Litani soient comprises à l’intérieur de nos frontières.» A la création de l’Etat sioniste, tout a été manigancé dans cet objectif. Dès 1953, Israël commence à dériver les eaux du Lac de Tibériade pour irriguer la côte et le Néguev, sans consulter la Syrie ni la Jordanie, et prélève une partie des eaux du Jourdain. En 1964 le «National Water Carrier» (transport de l’eau par canalisations) est opérationnel. La Syrie et la Jordanie entreprennent alors la construction de barrages sur le Yarmouk et le détournement du Baniyas pour retenir l’eau en amont du Lac de Tibériade et ainsi empêcher Israël de l’y siphonner. Israël les accuse alors de l’agresser et bombarde les travaux jusqu’au déclenchement de la guerre des Six Jours. 
Le Liban suspecte aussi Israël de pomper son eau souterraine depuis le Bassin de Hasbani River. La guerre de 1967 permet à Israël d’accaparer les ressources de Ghaza, de la Cisjordanie et du Golan. L’annexion du Golan, surnommé le «château d’eau», permet le contrôle du bassin d’alimentation amont du Jourdain, et se traduit par l’expulsion de la majorité de la population (100 000 personnes), ce qui, du même coup, permet à Israël de récupérer l’eau qui n’est plus localement consommée.
La Syrie, bien entendu, exige le retrait sur les limites fixées par la décision de cessez-le-feu des Nations unies du 4 juin 1967. Ce qu’Israël refuse. Pour les Syriens la question est présentée comme une affaire de souveraineté sur un territoire lui appartenant, avant d’être un problème d’eau. Il est vrai qu’elle ne tire que 2% des eaux du Jourdain et qu’elle dispose d’autres ressources à partir de l’Euphrate, dont la source se trouve en Turquie. Toutefois, cette dépendance de la Turquie n’est pas sans risque malgré l’accord signé entre les deux pays en 1987 garantissant un débit minimum du fleuve à la frontière syrienne. La Syrie exige donc le retrait d’Israël avant toute discussion sur l’eau. Au contraire, pour Israël, aucun accord de retrait ne peut se concevoir sans une garantie d’approvisionnement en eau à partir du Golan.
En 1994, Israël et la Jordanie signent un traité de paix avec un volet sur l’eau défavorable aux Jordaniens. Avec la Syrie qui propose de tout négocier, notamment l’eau, contre un retrait total de l’occupant du Golan, les discussions reprises en 1999 ont été brusquement interrompues par Ehoud Barak. Quant aux accords d’Oslo de 1993, s’ils reconnaissent (formellement) «les droits de l’eau des Palestiniens», ils renvoient leur négociation aux discussions finales sur le statut des Territoires palestiniens...! Même des responsables israéliens dits modérés ont refusé de s’engager sur l’eau dans le protocole de Genève.
 
Israël veut assoiffer les Palestiniens
La Cisjordanie recèle en son sous-sol d’importantes nappes phréatiques, immédiatement mises à profit. 
Aujourd’hui, selon la Banque Mondiale, 90% de l’eau captée dans ces nappes passe de l’autre côté du mur de séparation pour irriguer les cultures israéliennes, les Palestiniens n’ayant droit qu’aux 10% restants. A l’Est enfin, l’occupation de la Cisjordanie permet à Israël de contrôler les eaux du Jourdain aux dépens de la Jordanie, accentuant les tensions entre les deux pays. En 1995, le traité de paix a instauré une collaboration entre ces deux Etats sur le problème de l’eau. Un espoir pour cette région où la paix ne semble pas pouvoir se dessiner sans un partage plus équitable des ressources.
Depuis la deuxième Intifada, la situation s’est encore dégradée, puisque l’armée israélienne et les colons attaquent de manière presque systématique les puits, empêchent les Palestiniens d’accéder à l’eau et à terme essaient de les pousser à quitter leur terres. 
L’eau des aquifères de Cisjordanie est revendiquée par les Palestiniens, qui soulignent qu’Israël exploite par ses puits profonds et 80-90% des nappes qui devraient leur revenir, car elles sont situées sous les collines de Cisjordanie. Ils estiment de plus que l’État israélien a violé la Convention de Genève (stipulant le statu quo des sols de territoires occupés) en creusant des puits pour ses propres implantations, tandis qu’il gelait l’exploitation palestinienne de l’eau. Par ailleurs ces puits auraient asséché ceux moins profonds de villages traditionnels. Pour Ghaza, le problème provient des puits creusés dans la nappe phréatique. Selon l’Autorité palestinienne, les 
Israéliens ont pompé dans les nappes aux abords immédiats de la bande de Ghaza, causant ainsi la forte salinisation actuelle des puits.
Le tracé du Mur suit une logique délibérée : maximum de terres, minimum de population, en vue de l’annexion et de l’expansion future des colonies. Le tracé de ce dernier suit soigneusement les principales colonies, mais est aussi calé sur la mainmise sur les meilleures terres et sur la récupération optimale des accès à l’eau. Séparer les puits des terres conduit d’abord à assécher ces dernières, à la perte des investissements et des récoltes, puis à l’abandon et donc à la récupération par Israël au titre de la «loi» sur les «terrains non cultivés». Par exemple, dans les régions de Qalqiliya et Tulkarem, en juin 2003, plus de 50 % des terres irriguées sont isolées et plus de 5 % détruites, 50 puits sur 140 et 200 citernes se retrouvent isolés ou en zone tampon, 30 km de réseau d’irrigation et 25 puits et citernes ont été détruits, affectant 51 communes, soit plus de 200 000 personnes, dont 40% sont maintenant sans ressources.
Un rapport de l’ONU indique qu’entre la signature des accords d’Oslo en 1993 et 1999, 780 puits fournissant de l’eau à usage domestique et pour l’irrigation ont été détruits. Quant aux secteurs, où, malgré tout, subsistent quelques productions, comme les serres à Qalqiliya, la fermeture des voies de communication rend impossible toute commercialisation. 
Israël refuse à ce jour toute négociation sur ce sujet, tant avec l’Autorité Palestinienne qu’avec ses voisins, comme le prouve sa politique au sud-Liban et au Golan. La politique internationale de l’eau, qui avait été initiée dans les années 50 avec le Plan Johnston, a été mise sous le boisseau par Israël. Ce statu quo ne peut déboucher que sur une catastrophe annoncée. Selon les experts la prochaine guerre dans la région sera certainement celle de l’eau.
G. H
La Tribune d'Algérie