mardi 29 décembre 2015

Ajaccio. Racisme et islamophobie sous couvert de défense de l’identité corse. La déchéance de nationalité, jette de l’huile sur le feu et alimente l’islamophobie et le racisme.



« On est chez nous » ?
Ajaccio. Racisme et islamophobie sous couvert de défense de l’identité corse

Ces derniers jours, l’Île de Beauté a montré son pire visage. Après un épisode de caillassage des pompiers et des forces de l’ordre dans un quartier populaire d’Ajaccio, comme il en subvient dans d’autres banlieues des agglomérations de l’Hexagone au moment des fêtes de fin d’année ou du 14 juillet, plusieurs centaines de personnes, arborant drapeau corse et scandant des slogans racistes, ont tenté d’organiser une ratonnade en règle dans le quartier des Jardins de l’Empereur, saccageant au passage un lieu de culte musulman. Au gouvernement, on fait mine de s’offusquer. Mais tout dans la politique de Hollande et Valls, à commencer par les dernières mesures annoncées sur la déchéance de nationalité, jette de l’huile sur le feu et alimente l’islamophobie et le racisme.
Jean-Patrick Clech
Tout se précipite, donc, dans la nuit du 24 au 25 décembre, en plein réveillon, après que des actes de vandalisme ont été enregistré au cours des jours précédents aux Jardins de l’Empereur, quartier populaire d’Ajaccio qui ressemble à s’y méprendre à toutes les cités de l’Hexagone : populations racisées qui y sont ghettoïsées, un taux de chômage deux fois supérieur à la moyenne nationale sur lequel prospère la petite délinquance (la grosse délinquance, en Corse, étant l’affaire des promoteurs immobiliers, rarement inquiétés…). Ciblant pompiers et forces de répression, comme s’il s’agissait d’une seule et même chose, une dizaine de personnes encagoulées tendent donc un guet-apens aux soldats du feu. Deux pompiers sont légèrement blessés dans leur camion, dont le pare-brise a sauté, ainsi qu’un policier.

« Arabi fora ! »

Le lendemain, un rassemblement de soutien aux pompiers… et aux policiers est organisé devant les grilles de la préfecture. Parmi les 600 personnes présentes, on retrouve une bonne partie de l’arc politique et associatif de l’île qui vient d’élire à la tête du Conseil exécutif de Corse (l’équivalent du Conseil régional) Gilles Simeoni, figure de proue du nationalisme local. En fin d’après-midi, 200 à 300 manifestants se dirigent vers le quartier des Jardins de l’Empereur et la manifestation finit de prendre la tournure franchement réactionnaire qu’elle avait à l’origine.
Les auteurs de l’agression de la veille, pour les manifestants, ne peuvent être que des « arabes », puisque les événements ont eu lieu aux Jardins de l’Empereur. Les médias présentent la manifestation comme une façon de « tenter d’identifier et de retrouver les agresseurs de la veille ». Aux cris de « Arabi fora » [« Les Arabes dehors »] et « On est chez nous ! », c’est en fait une ratonnade en bonne et due forme, dans une région qui compte parmi les plus haut taux d’agressions racistes par habitant, qui se met en place. N’étant pas à un raccourci raciste près, une salle de prière est mise à sac par un groupe de manifestants, qui tentent de brûler des Corans, de même que la terrasse d’un kebab, les « arabes » des Jardins de l’empereur ne pouvant être que des « musulmans » fréquentant des kebab.
Le samedi 26, toujours pourvus de drapeaux corse et des mêmes slogans (plus français que corses, par ailleurs), plusieurs centaines de personnes défilent à nouveau dans le quartier des Jardins. Dans la soirée, le préfet, sur ordre du gouvernement, interdit les manifestations dans ce quartier jusqu’au 4 janvier, ce qui n’empêche pas des rassemblements de se tenir ailleurs dans Ajaccio le dimanche 27.

Le gouvernement plus martial que jamais

Côté gouvernement, les événements corses sont du pain béni. Dans un petit jeu désormais bien huilé, François Hollande, Manuel Valls et Bernard Cazeneuve se partagent les rôles.
On condamne les « dérapages racistes » mais on dénonce surtout les agressions « intolérables » subies par pompiers et policiers. On promet que les auteurs des attaques racistes et islamophobes seront identifiés, mais on a surtout annoncé l’interpellation de deux hommes possiblement impliqués dans le piège tendu aux pompiers pendant la nuit du réveillon. Parallèlement, le gouvernement fait mine d’être au-dessus de la mêlée et interdit les manifestations dans le quartier des Jardins. La mesure est liberticide, dans le droit fil de la lepénisation assumée de l’Exécutif, mais également stigmatisante, puisqu’elle ne concerne que les Jardins de l’Empereur dont les habitants vivent depuis dimanche une sorte de couvre-feu permanent, dans un quartier quadrillé par les CRS. Surtout, l’arrêté préfectoral, commandité par le gouvernement, vise à prévenir toute possibilité de légitime défense de ceux qui voudraient organiser la seule riposte antiraciste et anti-extrême droite qui soit : non pas en délégant ce combat à un gouvernement qui alimente le racisme et l’islamophobie et qui foule aux pieds, comme ceux qui l’ont précédé, le droit du peuple corse à disposer de lui-même, mais sur la base de la mobilisation des organisations syndicales, politiques et populaires qui refusent le poison du racisme, de la division et de la stigmatisation.

Une Corse raciste ?

Du côté du nationalisme corse, Femu Corsica, de Gilles Simeoni, et de Corsica Libera, de Jean-Guy Talamoni, ont adopté le même registre que le gouvernement. En plein processus, à leur façon, de dédiabolisation et en quête de dialogue avec Paris, Alors que le nationalisme modéré issu du nationalisme corse historique a obtenu 35% des voix aux élections du 13 décembre, se portant ainsi à la tête de l’Assemblée de Corse, ils ne sauraient faire autrement. Applaudir le préfet, quand ce dernier interdit les manifestations indique clairement quelle est leur logique politique. Simeoni et Talamoni, par ailleurs, ont eu beau jeu de souligner que leur mouvance se trouve aux « antipodes de tous les phénomènes de racisme, de xénophobie ou d’exclusion ». C’est oublier un peu rapidement que le nationalisme corse majoritaire, à l’exclusion de la gauche nationaliste, charrie avec lui un certain nombre de discours et de pratiques qui n’ont rien à envier à la droite la plus dure.
Le droit du peuple corse à l’autodétermination ne saurait, bien entendu, être assimilé à quelques centaines de racistes fascisants et islamophobes munis de fumigènes, arborant des drapeaux frappés aux couleurs de l’île et scandant quelques slogans en corse. Il est indissociable d’un combat plus général, à la fois contre Paris et la politique de sous-développement de l’île, dont pâtissent les secteurs les plus exposés et fragilisés de notre classe, à commencer par ceux des quartiers populaires d’Ajaccio, de Corte et Bastia, mais également contre les notables locaux en quête de respectabilité et les mouvances réactionnaires qui, souvent, se sont développées sous leur protection.

dimanche 27 décembre 2015

France : Déchéance de nationalité et PS. Comment un gouvernement dit de gauche peut réformer dans le sens de la droite et de l’extrême droite ? « Tout responsable de gauche et tout responsable républicain doit s’opposer à la déchéance de nationalité ».



La déchéance de nationalité sème le trouble au PS

LE SCAN POLITIQUE - En plus de diviser la majorité, la mesure, inscrite dans le projet de révision de la Constitution présenté mercredi, provoque des départs au sein du parti. Un document a été envoyé aux parlementaires PS pour les convaincre du bien-fondé du dispositif, défendu à l’origine par le FN. Publicité
Beaucoup se bouchent le nez, certains au point de quitter le parti. La décision de François Hollande d’étendre la déchéance de nationalité aux terroristes binationaux nés en France provoque des remous au sein de la majorité, et plus largement au sein du Parti socialiste. De nombreux ténors, à l’image de Martine Aubry ou d’Arnaud Montebourg, ont fait part de leur ferme opposition à cette mesure, défendue par le Front national et une partie de la droite. « Tout responsable de gauche et tout responsable républicain doit s’opposer à la déchéance de nationalité », a affirmé au Figaro Pascal Cherki, député PS frondeur. Bernard Roman, député proche de François Hollande, a résumé la situation dans L’Obs : « Près de 80% des députés socialistes sont contre, ainsi que tous les commissaires aux lois PS ». Pour rappel, le gouvernement a besoin du feu vert du Parlement puis un vote à la majorité des 3/5ème des députés et sénateurs pour faire adopter le projet de loi de réforme de la Constitution.
Le groupe PS à l’Assemblée nationale a donc décidé d’envoyer par mail un argmentaire à l’ensemble des parlementaires socialistes, jeudi. Ce document de trois pages, que Le Lab s’est procuré, défend en six points la déchéance de nationalité, et est censé convaincre les élus réfractaires. Il est rappelé que la mesure existe déjà, qu’elle s’inscrit « dans un contexte très particulier », qu’elle comporte des « effets concrets », à savoir la possibilité de la mise en place d’un éloignement, et qu’elle est « bien comprise par l’opinion publique ». L’argumentaire, non signé, déplore que la déchéance de nationalité ne puisse s’appliquer plus largement à tous les Français. « Il faudrait pouvoir déchoir tout auteur d’un crime terroriste de la nationalité française, qu’il soit bi-national ou non », est-il écrit. Dans le même temps, de nombreux élus locaux, à l’instar de Vincent Tison et Mohamed Moulay, conseillers municipaux de Joué-lès-Tours, ont demandé aux parlementaires de rejeter le texte lors de son examen, en février. Malaise et défections au PS
À Solférino, les responsables préfèrent le silence. Le premier secrétaire du PS, Jean-Christophe Cambadélis, n’a pas encore officiellement réagi. Selon son entourage, il se serait opposé « jusqu’au bout » à l’exécutif sur cette mesure. En décembre, le premier secrétaire du Parti socialiste estimait que la déchéance de nationalité n’était « pas une idée de gauche ». Le débat en interne promet de faire des étincelles.
Certains n’ont pas attendu la déclaration officielle de l’état-major du parti. Ainsi Jean-Marie Darmian, membre du PS depuis 40 ans et vice-président du département de la Gironde a annoncé jeudi sur son blog qu’il se mettait en congé du PS, afin de « pouvoir se regarder dans la glace ». Dans un long billet, il menace de quitter officiellement son parti si la mesure était effectivement adoptée. « Petit-fils et fils d’immigrés je ne supporte pas que l’on mette en cause un tant soit peu le droit du sol sans lequel ma famille m’aurait jamais pu construire ce que je suis devenu, sans lequel je ne serais jamais…socialiste », écrit-il.
Autre signe symptomatique du malaise ambiant : plusieurs militants PS de la Loire vont quitter le PS, comme le rapporte France Bleu Saint-Etienne Loire. Abdel Cherif, secrétaire général du MJS de la Loire, se dit « déçu » et même « dégoûté » du Parti socialiste dont il a annoncé sur Facebook qu’il claquait la porte.
Comment un gouvernement dit de gauche #PS peut réformer dans le sens de la droite et de l’extrême droite ? Aujourd’hui...
Il s’est également fendu d’un tweet éloquent sur son départ, se disant « libéré, délivré ».

jeudi 24 décembre 2015

CONFLIT EN SYRIE : Autre version que celle de l’OTAN. L’Europe et la Turquie ont fait de la Syrie une pépinière de terroristes.


L’OTAN pas crédible avec la Turquie en faisant partie et massacrant le Peuple Kurde ! (NDLTr.)
La coalition occidentale peut s'acharner à mettre fin à la présidence de Bachar El-Assad tant qu'elle veut, mais le peuple syrien souhaite voir ce dernier à la tête du pays aujourd'hui et dans les années à venir.
Assad est toujours soutenu en Syrie. Pourquoi ? Il fait tout son possible pour empêcher la Syrie de s’effondrer, il aspire à reconstruire la société syrienne et à retirer le pays des mains des terroristes, estime l’analyste David Macilwain dans un article paru sur le portail Information Clearing House. Les occidentaux, pour la plupart, ont une vision radicalement opposée. En plus d’autres crimes, M.Assad et les alaouites sont accusés de réprimer les autres groupes religieux en Syrie, ce qui est probablement l’une des principales raisons ayant entrainé la rébellion de 2011. L’Occident aime bien se bercer d’histoires du type "Il était une fois un terrible tyran qui habitait un vieux château avec sa terrible famille et éliminait sans pitié ses sujets à cause de leur désir de pratiquer leur religion".
© SPUTNIK. IGOR ZAREMBO Assad se rendra en Iran sous escorte aérienne russe Lorsqu’on sait que la Syrie est en fait un pays laïc, qui n’a jamais été troublé par les violences sectaires avant la guerre, ces accusations s’avèrent beaucoup moins convaincantes. Dans ce pays, les différences religieuses ou ethniques ne font pas l’objet de discriminations. Avant que les tensions religieuses n’embrasent le pays, la plupart des Syriens ignoraient l’appartenance religieuse de leurs voisins, un constat tout à fait normal pour une société laïque.
Terroristes en Syrie : l’Europe et la Turquie ont fait de la Syrie une pépinière de terroristes En réitérant comme un sortilège que Bachar el-Assad est illégitime et qu’il faut mettre fin à son règne sous lequel le peuple syrien est prétendument étouffé, les occidentaux oublient, ironiquement, qu’il n’y a encore que quelques mois ils rabâchaient à tous vents leurs rengaines à propos de leur si chère démocratie et déclaraient que c’étaient les Syriens eux-mêmes qui devaient décider du sort de leur dirigeant. Ce qui d’ailleurs a également été maintes fois demandé par Sergueï Lavrov, Vladimir Poutine et Bachar el-Assad lui-même. Or voilà que les Syriens prennent leur décision : le président Assad est leur dirigeant actuel, et il le restera dans l’avenir. Parce qu’ils savent que s’ils ont survécu jusqu’ici, c’est bel et bien grâce à lui et non pas en dépit de lui.

lundi 21 décembre 2015

YEMEN : le système des missiles utilisés par la résistance dans ses combats contre les agresseurs (INFOGRAPHIE).



Au terme de neuf mois de résistance légendaire de l’armée yéménite et des forces paramilitaires en face de l‘agression saoudienne, en dépit du grand nombre de victimes (plusieurs milliers de victimes et destruction systématique du pays), il convient d’exposer le système des missiles utilisés  par l’armée dans ses combats contre les agresseurs.


dimanche 20 décembre 2015

SYRIE – L’INTERVENTION RUSSE : L’EMPIRE CONTRE-ATTAQUE



«Voilà cinquante ans, les rues de Leningrad m’ont appris une leçon, si le combat est inévitable, frappez le premier». Vladimir Poutine

Vu le succès remarquable de l’intervention russe en Syrie, du moins jusqu’à présent, ce n’aurait pas dû être une surprise que l’Empire anglosioniste contre-attaque. La seule question était de savoir comment et quand. Nous connaissons aujourd’hui la réponse.

Le 24 novembre, l’Armée de l’air turque a fait quelque chose de totalement sans précédent dans l’histoire récente : elle a délibérément abattu un avion de combat d’un autre pays même s’il était absolument évident que cet avion ne représentait aucune menace pour la Turquie et pour le peuple turc. L’internet russe regorge de fuites plus ou moins officielles sur la manière dont cela s’est passé. Selon ces versions, les Turcs ont maintenu 12 F-16 en patrouille le long de la frontière, prêts à attaquer, ils étaient guidés par des avions AWACS et couverts par des F-15 de l’US Air Force dans le cas d’une contre-attaque russe immédiate. Peut-être. Peut-être pas. Mais cela importe peu parce que ce qui est tout à fait indéniable est que les États-Unis et l’Otan se sont immédiatement appropriés cette attaque en apportant leur plein soutien à la Turquie. L’Otan a été jusqu’à déclarer qu’elle enverrait des avions et des bateaux pour protéger la Turquie comme si c’était la Russie qui l’avait attaquée. Quant aux États-Unis, non seulement ils ont totalement soutenu la Turquie, mais maintenant ils nient aussi catégoriquement qu’il y a une preuve quelconque que celle-ci achète du pétrole à Daesh. Enfin, comme on s’y attendait, les États-Unis envoient maintenant le groupe aéronaval du porte-avion Harry S. Truman en Méditerranée orientale, officiellement pour combattre Daesh mais, en réalité, pour soutenir la Turquie et menacer la Russie. Même les Allemands envoient maintenant leurs propres avions, mais avec des ordres spécifiques de ne partager aucune information avec les Russes.
 
Alors que se passe-t-il vraiment ?

C’est simple : l’Empire a correctement identifié la faiblesse des forces russes en Syrie, et il a décidé d’utiliser la Turquie pour se doter d’un élément de déni plausible. Cette attaque n’est probablement que la première étape d’une campagne beaucoup plus vaste pour repousser la Russie loin de la frontière turque. La prochaine étape, apparemment, comprend l’envoi de troupes occidentales en Syrie, d’abord comme conseillers, mais finalement comme forces spéciales et contrôleurs aériens avancés. Les armées aériennes américaines et turques joueront le premier rôle ici, avec des avions allemands et britanniques assurant suffisamment de diversité pour parler d’une coalition internationale. Quant aux Français, coincés entre leurs partenaires russes et leurs alliés de l’Otan, ils resteront aussi insignifiants qu’avant : Hollande s’est dégonflé, de nouveau (ça vous étonne ?). Finalement, l’Otan créera un havre de facto pour ses terroristes modérés au nord de la Syrie et l’utilisera comme base pour diriger une attaque contre Raqqa. Puisque toute intervention de ce genre sera totalement illégale, l’argument du besoin de défendre la minorité turkmène sera invoqué, au nom de la R2P [responsabilité de protéger, NdT] et tout et tout. La création d’un havre de l’Otan pour les terroristes modérés pourrait être la première étape de l’éclatement de la Syrie entre plusieurs mini-États.
Si tel est vraiment le plan, alors abattre le SU-24 envoie un message puissant à la Russie : nous sommes prêts à risquer une guerre pour vous repousser, êtes-vous prêts à entrer en guerre ? La réponse douloureuse sera que non, la Russie n’est pas préparée à mener une guerre contre l’Empire tout entier à propos de la Syrie, simplement parce qu’elle n’en a pas les capacités.
Comme je l’ai déjà mentionné à plusieurs reprises, la Syrie est au-delà de la capacité de projection de forces de la Russie (grosso modo 1000 km), spécialement si cette projection de puissance doit être pratiquée en territoire hostile (ce que la Turquie est très certainement). Jusqu’ici, les Russes ont réussi, brillamment, à organiser et à soutenir leur petite force en Syrie, mais cela n’indique en rien une capacité russe à soutenir une opération aérienne majeure au-dessus de la Syrie ou, encore moins, une intervention au sol. Le fait est que l’intervention russe en Syrie a toujours été risquée et difficile, et il n’a pas fallu beaucoup de temps à l’Empire pour capitaliser sur celle-ci. Bien que je reçoive beaucoup de critiques de la part des nationalistes russes et des patriotes hourrah pour avoir dit cela, le fait est que la Russie ne peut pas protéger la Syrie des États-Unis, de l’Otan ou même du CENTCOM [centre de commandement, NdT]. Du moins en termes purement militaires. Cela ne signifie pas que la Russie n’a pas de choix en termes de représailles. La Russie a déjà entrepris ce qui suit :
Des sanctions économiques : la Russie a décrété un certain nombre de sanctions contre la Turquie, incluant le gel du projet du Turkish Stream. En outre, le tourisme en Turquie – une énorme source de revenus – est très susceptible de se réduire à un niveau insignifiant par rapport à ce qu’il était d’habitude : les Russes ne seront pas empêchés de se rendre en Turquie, mais les agences de voyage russes ne proposeront pas de visites ou d’offres touristiques. Certaines marchandises turques seront interdites en Russie et les Turcs ne seront pas invités à soumissionner pour certains types de contrats. Dans l’ensemble, ces sanctions atteindront la Turquie, mais pas gravement.
Sanctions politique : ici, la Russie utilisera l’une de ses armes les plus terrifiantes : la vérité. L’armée russe a présenté une série dévastatrice de photos et de vidéos prises par des moyens aériens et spatiaux russes prouvant que la Turquie, en effet, achète du pétrole à Daesh. Ce qui était particulièrement choquant dans cette preuve est qu’elle montrait l’échelle vraiment immense de cette contrebande : une photo a montré 1 722 camions-citernes [une file de vingt kilomètres] dans la région de Deir Ez-Zor tandis qu’une autre démontrait que 8 500 navires pétroliers sont utilisés par Daesh pour transporter jusqu’à 200 000 barils de pétrole par jour. Ce que ces images signifient est que non seulement cette contrebande est organisée au niveau de l’État turc, mais qu’il est absolument évident que les États-Unis savent tout sur elle.
De manière prévisible, les médias occidentaux n’ont pas mentionné la preuve effective, ils ont seulement parlé d’« images que les Russes affirment montrées », mais le mal est fait, en particulier pour le long terme. Maintenant, quiconque jouit d’un minimum d’intelligence sait que Erdogan est un lâche escroc. Plus important, il est maintenant devenu indéniable que la Turquie n’est pas seulement un allié mais un parrain et un financier de Daesh. Enfin, à la lumière de cette preuve, la raison pour laquelle la Turquie a décidé d’abattre le SU-24 russe devient également assez évidente : parce que les Russes bombardaient les itinéraires de contrebande de Daesh vers la Turquie.
Le coup final au prestige et à la crédibilité de Erdogan et de la Turquie est venu de Vladimir Poutine lui-même qui a dit, lors de son adresse annuelle au Parlement :
Nous savons qui se remplit les poches en Turquie et permet aux terroristes de prospérer grâce à la vente du pétrole qu’ils ont volé en Syrie. Les terroristes utilisent ces fonds pour recruter des mercenaires, acheter des armes et planifier des attaques terroristes inhumaines contre des citoyens russes et contre des civils en France, au Liban, au Mali et dans d’autres pays. Nous nous souvenons que les extrémistes armés qui opéraient dans le Caucase du Nord dans les années 1990 et 2000 ont trouvé refuge et ont reçu une aide morale et matérielle en Turquie. Ils s’y trouvent toujours.
    Cependant, le peuple turc est généreux, travailleur et capable. Nous avons beaucoup de bons amis dignes de confiance en Turquie. Permettez-moi de souligner qu’ils doivent savoir que nous ne les assimilons pas à la partie de l’élite dirigeante actuelle qui est directement responsable de la mort de nos soldats en Syrie.
    Nous n’oublierons jamais leur collusion avec les terroristes. Nous avons toujours considéré la trahison comme l’acte le plus grave et le plus honteux qui puisse être commis, et cela ne changera jamais. Je voudrais qu’ils se souviennent de cela – ceux en Turquie qui ont tiré sur nos pilotes dans le dos, ces hypocrites qui ont tenté de justifier leurs actions et de couvrir les terroristes.
    Je ne comprends même pas pourquoi ils l’ont fait. Tout différend qu’ils pouvaient avoir, tout problème, tout désaccord au sujet desquels nous ne savions rien auraient pu être réglés d’une manière différente. De plus, nous étions prêts à coopérer avec la Turquie sur toutes les questions les plus sensibles qu’elle avait soulevées ; nous étions prêts à aller encore plus loin, là où ses alliés mêmes ont refusé d’aller. Allah seul sait, je suppose, pourquoi ils ont fait ça. Et sans doute, Allah a décidé de punir la clique au pouvoir en Turquie en les privant de leur discernement et de leur raison.
    Mais s’ils s’attendaient à une réaction nerveuse ou hystérique de notre part, s’ils voulaient nous voir devenir un danger pour nous-mêmes autant que pour le monde, ils n’obtiendront rien de tel. Ils ne recevront aucune réponse visant à impressionner la galerie ou même à obtenir quelque gain politique immédiat. Ils ne l’obtiendront pas.
    Nos actions seront toujours guidées principalement par la responsabilité – envers nous-mêmes, envers notre pays, envers notre peuple. Nous n’allons pas faire cliqueter les sabres. Mais si quelqu’un s’imagine qu’ils peuvent commettre un crime de guerre odieux, tuer nos citoyens et s’en tirer, sans rien subir à part un embargo sur les importations de tomates ou quelques restrictions dans la construction ou d’autres industries, il se fait vraiment des illusions. Nous leur rappellerons ce qu’ils ont fait, plus d’une fois. Ils vont le regretter. Nous savons ce qu’il faut faire.
Bien sûr, dans une société profondément habituée au mensonge, à la malhonnêteté et à l’hypocrisie, ce sont là seulement des mots, et ils doivent être ignorés. Mais au Moyen-Orient et dans le reste du monde, ce sont des mots puissants qui disent que les Turcs auront une longue période difficile à passer pour laver leur réputation.
Mesures militaires : celles-ci sont limitées, évidemment, mais pas sans importance. Premièrement, la Russie a maintenant admis qu’elle a des S-400 en Syrie (je soupçonne qu’ils y étaient depuis longtemps). Deuxièmement, la Russie a commencé à construire une seconde base aérienne, cette fois à Shaayrat, au centre de la Syrie. Si cette base est effectivement construite, alors amener quelques AWACS russes et/ou des MiG-31 aurait du sens. Troisièmement, la Russie utilisera maintenant davantage de SU-34 modernes équipés de missiles air-air avancés au nord de la Syrie et des avions d’attaque russes seront escortés par des chasseurs SU-30SN dédiés. Cette combinaison de mesures rendra beaucoup plus difficile aux Turcs la répétition d’une telle attaque, mais je doute personnellement qu’ils aient de telles intentions, du moins pas dans un futur proche.

Évaluation

Afin de vraiment comprendre ce qu’il se passe actuellement, nous devons regarder le tableau d’ensemble. La première conséquence importante du tir contre le SU-24 est que l’Otan est devenue une alliance d’impunité. Maintenant que le précédent a été posé par l’acte de guerre de la Turquie contre la Russie, parce que c’est indéniablement ce qu’était cet attentat contre l’avion, n’importe quel membre de l’Otan peut aujourd’hui faire la même chose en se sentant protégé par l’alliance. Si demain les Lettons – par exemple – décident de mitrailler un navire de la Marine russe en mer Baltique ou si les Polonais abattent un avion russe au-dessus de Kaliningrad, ils obtiendront immédiatement la protection de l’Otan, exactement comme la Turquie vient d’en bénéficier : les États-Unis avaliseront totalement la version lettone/polonaise des événements, le Secrétaire général de l’Otan proposera d’envoyer davantage de forces en Lettonie/Pologne pour protéger ces pays de toute menace venant de l’Est et les médias vendus occidentaux fermeront les yeux devant toute preuve de l’agression lettone/polonaise. C’est une évolution extrêmement dangereuse en tant qu’elle incite fortement n’importe quel petit pays à remédier à son complexe d’infériorité en ayant le courage et la détermination d’affronter la Russie même si, bien sûr, il le fait en se cachant derrière l’Otan.
L’Otan accroît aussi délibérément sa guerre contre la Russie en admettant le Monténégro dans l’alliance et en reprenant des discussions sur l’admission de la Géorgie. Dans un sens purement militaire, l’incorporation du Monténégro dans l’Otan ne fait absolument aucune différence, mais en termes politiques c’est encore une autre manière pour l’Ouest de faire un pied de nez à la Russie et de dire : « Regardez, nous allons même incorporer vos alliés historiques dans notre Empire et vous ne pouvez rien faire contre ça. » Quant à la Géorgie, le but principal derrière la discussion de son entrée dans l’Otan est de justifier la ligne Saakachvili, c’est-à-dire récompenser son agression contre la Russie. Là encore, La Russie ne peut rien faire.
Nous sommes par conséquent confrontés à une situation extrêmement dangereuse :
    Les forces russes en Syrie sont relativement faibles et isolées
    La Turquie peut, et veut, poursuivre ses provocations sous le couvert de l’Otan
    L’Occident prépare aujourd’hui une intervention (illégale) en Syrie
    L’intervention occidentale sera dirigée contre la Syrie et la Russie
    Les politiciens de l’Otan disposent maintenant d’un moyen facile de marquer des points patriotiques en provoquant la Russie.
Si nous ôtons tout le verbiage de l’Otan sur la défense de nos membres, ce qui arrive maintenant est que l’Empire a apparemment décidé que s’engager sur le chemin de la guerre est sans danger parce que la Russie n’osera pas démarrer une guerre. En d’autres termes, c’est un jeu à qui est le plus fort dans lequel un côté met l’autre au défi de faire quelque chose. C’est exactement de cela que Poutine parlait lorsqu’il a dit  :
    Mais s’ils s’attendaient à une réaction nerveuse ou hystérique de notre part, s’ils voulaient nous voir devenir un danger pour nous-mêmes autant que pour le monde, ils n’obtiendront rien de tel. Ils ne recevront aucune réponse visant à impressionner la galerie ou même à obtenir quelque gain politique immédiat. Ils ne l’obtiendront pas. Nos actions seront toujours guidées principalement par la responsabilité – envers nous-mêmes, envers notre pays, envers notre peuple.
Ce que l’État profond de l’Empire omet est le fait que la Russie pourrait ne pas avoir d’autre choix que de se confronter à l’Empire. Oui, les Russes ne veulent pas la guerre, mais le problème ici est que, vu l’arrogance et l’orgueil impérial absolument irresponsables des élites occidentales, tout effort russe pour éviter la guerre est interprété par l’État profond occidental comme un signe de faiblesse. Autrement dit, en agissant de manière responsable, les Russes fournissent aujourd’hui à l’Occident une incitation à agir de manière encore plus irresponsable. C’est une dynamique très, très dangereuse que le Kremlin devra affronter. Poutine, apparemment, a quelque chose en tête, du moins c’est ainsi que je comprends son avertissement  :
    Mais si quelqu’un s’imagine qu’ils peut commettre un crime de guerre odieux, tuer nos citoyens et s’en tirer, sans rien subir à part un embargo sur les importations de tomates ou quelques restrictions dans la construction ou d’autres industries, il se fait vraiment des illusions. Nous leur rappellerons ce qu’ils ont fait, plus d’une fois. Ils vont le regretter. Nous savons ce qu’il faut faire.
Je n’ai aucune idée de ce à quoi il pourrait faire allusion, mais j’ai confiance que ce n’est pas de la fanfaronnade : ce n’était pas une menace aux ennemis de la Russie, mais une promesse au peuple russe. J’espère vraiment qu’il y a un plan parce que, juste maintenant, nous sommes dans une course de collision menant à la guerre. En conclusion, voici une courte citation de Poutine à laquelle les dirigeants occidentaux pourraient vouloir réfléchir :
    Voilà cinquante ans, les rues de Leningrad m’ont appris une leçon : quand le combat est inévitable, frappez le premier.
Source : The Saker Francophone