mardi 9 avril 2013

Palestine : Abbas allait-il préparer en Jordanie une nouvelle capitulation ?...Libérons d’abord ces territoires et leurs lieux saints, et alors personne ne sera opposé à une tutelle hachémite.

L’ex-président palestinien Mahmoud Abbas nous a pris de court lorsqu’il s’est rendu par avion en Jordanie pour signer un accord stipulant que le roi de Jordanie, Abdallah II, était le gardien des lieux saints dans Jérusalem occupée et avait le droit de mettre en œuvre tous les efforts juridiques pour les protéger, en particulier la mosquée d’Al-Aqsa.
L’objection n’est pas ici à propos de la tutelle hachémite sur les lieux saints ou du droit du roi de Jordanie à déployer tous les efforts juridiques pour les protéger, mais sur le principe de voir l’ex-président Abbas, dont le mandat a pris fin depuis plus de trois ans, signer des accords de façon unilatérale au nom du peuple palestinien - dans la patrie et dans la diaspora - sans se référer à une institution légitime du peuple palestinien, sans consultation de ses partenaires, ni de qui que ce soit d’impliqué dans la lutte.

Quand nous disons qu’il nous a surpris, nous entendons que cet accord, qui a été signé dans une pièce close et en présence des deux dirigeants et de quelques proches collaborateurs, n’a pas été annoncé à l’avance ni expliqué, et les parlements jordanien et palestinien n’ont pas été informés de son contenu .
La seule remarque d’Abbas au sujet de cet accord a été de dire que c’était une consolidation de ce qui existe déjà. Ce sont de belles paroles. Si c’est le cas, alors pourquoi signer cet « accord historique » qui survient dans la foulée d’une visite secrète du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu à Amman, et un autre visite - celle-là publique, du président américain Barack Obama ?
Cet accord n’était certainement pas le résultat d’une initiative hâtive et il est presque certain que des comités juridiques et politiques l’ont préparé ces dernières semaines et peut-être depuis des mois, et dans le secret le plus total.
Ces questions doivent être posées : pourquoi recourir au secret et pourquoi n’y a-t-il pas de transparence afin que les peuples des deux pays puissent comprendre ce qui est proposé, en particulier dans une affaire d’une telle gravité.
L’objection n’est pas ici à propos de la tutelle hachémite sur les lieux saints ou du droit du roi de Jordanie à déployer tous les efforts juridiques pour les protéger, mais sur le principe de voir l’ex-président Abbas, dont le mandat a pris fin depuis plus de trois ans, signer des accords de façon unilatérale au nom du peuple palestinien - dans la patrie et dans la diaspora - sans se référer à une institution légitime du peuple palestinien, sans consultation de ses partenaires, ni de qui que ce soit d’impliqué dans la lutte.
Nous parlons ici des organisations de la révolution palestinienne, à commencer par le « Hamas » et le Jihad islamique, en terminant par les Fronts populaires et démocratiques (FPLP, FDLP).
Cet accord historique sur la tutelle des lieux saints peut créer un précédent. Nous craignons qu’Abbas ne signe d’autres accords avec Israël, prenant par surprise le peuple palestinien de la même manière. Il peut, unilatéralement, faire des concessions très graves au profit des Israéliens.
Ce qui nous rend soucieux e nous met en garde contre contre ce type d’initiative, c’est que des « négociations de paix » entre le gouvernement Netanyahu et l’Autorité palestinienne de Ramallah sont imminentes et qu’ il est question dans les couloirs de Washington, de Ramallah et Jérusalem occupée, de nouvelles idées américaines que le secrétaire d’État américaine John Kerry apporterait au cours de sa prochaine visite dans la région.
Il y a plusieurs explications à cet accord, et à la façon dont il a été concocté si rapidement et d’une manière qui a stupéfié beaucoup de monde du côté jordanien comme palestinien :
La première : la position de plus en plus faible du président palestinien Mahmoud Abbas, et son désir d’exporter cette crise en Jordanie et vers son roi.
La seconde : cet accord est une étape importante et préparatoire à une fédération entre la Cisjordanie et la Jordanie sous le prétexte de faire de la Palestine un état sur le papier, conformément à la recommandation de l’Assemblée générale des Nations Unies il y a trois mois.
La troisième : La présence d’un plan américano-israélien pour limiter la question de Jérusalem occupée à la question des lieux saints, et en particulier à Al-Aqsa, et exiger que les Palestiniens perdent leur souveraineté sur d’autres territoires et quartiers qui tomberont alors sous « annexion » israélienne.
Nous n’avons pas d’informations sur la nature de la « cuisine » qui se prépare à l’heure actuelle dans des pièces fermées entre des chefs arabes, israéliens et américains. Mais il est de notre droit de craindre une conspiration après avoir vu la façon dont l’administration américaine a fabriqué des raisons pour envahir l’Irak, et comment la France a fabriqué les siennes pour une intervention de l’OTAN en Libye. Pourquoi une conspiration ne se répéterait-elle pas en Palestine ? D’autant plus que le chef de cuisine dans ce nouveau complot est Tony Blair, l’envoyé international soit-disant pour la paix et un des plus grands fabricants de mensonges pour justifier l’invasion de l’Irak ?
S’il y a une volonté sincère d’établir une confédération entre la Jordanie et la Palestine, nous pouvons être d’accord à condition que les territoires palestiniens soient libérés en premier, avec Jérusalem occupée comme premier d’entre eux, et qu’un État palestinien soit établi avec une souveraineté absolue et totale sur ses territoires. Et puis, surtout, cette confédération doit être approuvée par les peuples jordanien et palestinien lors d’un référendum général et en totale transparente.
Abbas n’est pas autorisé par le peuple palestinien à signer des accords en son nom sans avoir obtenu son approbation et celle de ses institutions. Il n’est pas non plus autorisé à entamer de nouvelles négociations avec les Israéliens dans le but de parvenir à un accord sans l’autorisation absolue du peuple palestinien et de ses institutions élues - la plus éminente étant le Conseil législatif palestinien - et sans la participation de toutes les organisations et les élus de la société civile palestinienne.
Nous sommes surpris par le silence des autres organisations palestiniennes sur la signature d’accords par Abbas sans en référer à qui de droit.
Nous sommes particulièrement surpris par le silence du mouvement Hamas et des ses dirigeants, qui n’ont apparemment rien à dire à ce sujet, à moins que leur silence ne soit un signe d’acceptation.
Le peuple palestinien recherche l’unité, et sa cause est de la responsabilité de tous les Arabes et de tous les musulmans, tout comme la libération de leurs lieux saints de l’occupation israélienne. Mais il nous faut encore et toujours rappeler que Al-Aqsa est sous occupation israélienne et que son retour sous souveraineté arabe et islamique n’a pas besoin d’accords historiques. Libérons d’abord ces territoires et leurs lieux saints, et alors personne ne sera opposé à une tutelle hachémite.
Notre problème, ou plutôt notre malheur, réside dans le fait que l’Autorité palestinienne ne veut pas prendre de mesures sérieuses pour faire pression sur les Israéliens, et qu’au contraire elle empêche le peuple palestinien de lancer une intifada qui permettrait de ramener la question du conflit israélo-palestinien, de l’occupation et de son injustice, en tête de l’ordre du jour arabe et islamique, et international.
Abbas ne devrait pas aller vers l’est s’il veut s’activer, mais à l’ouest... pour lutter contre l’occupation et rendre celle-ci très coûteuse pour les occupants. Il ne faut pas oublier, non plus, que nous sommes à l’ère du printemps arabe et des révolutions contre les dictatures qui persécutent et qui méprisent leurs peuples, parlent en leur nom, et le cas échéant décident de tout sans aucune considération ou de respect pour eux.
Abdel Bari Atwan
Info-Palestine

SYRIE - Bachar Al Assad le rebelle...Si l’occident est investi du droit divin de supprimer les dictateurs, pourquoi celui-ci et pas celui-là ?

Deux ans de conflit, deux ans de virtualité, et la Syrie résiste toujours. Tous les scénarios habituels ont été tentés, en vain.
- Le scénario à l’irakienne, avec ses tentatives de soudoyer les généraux, n’a rien donné.
- Le scénario libyen, avec ses défections de hautes personnalités, non plus.
- Les massacres organisés à la roumaine, pas d’avantage.
Le tout dans une ambiance de terrorisme au quotidien comme au Pakistan, en Afghanistan et en Irak, un terrorisme semblant dire : »nous sommes toujours là, nous ne lâcherons rien, nous avons encore assez de réserve de chair humaine pour vous faire plier… ».

Quelque part, il doit y avoir quelqu’un qui est en train de se livrer à des expériences sur les humains. Ces expériences viseraient à tester jusqu’où on peut remplacer le réel par le virtuel sans que les humains ne s’en rendent compte. Depuis quelques années on assiste à toutes les formes possibles de falsifications et de distorsion de la réalité ayant des conséquences concrètes sur notre vie quotidienne et même servant de base pour toutes nos décisions. Si expérimentation il y avait, l’expérience serait concluante. Notre vie réelle peut bel et bien être basée sur du virtuel.
Ceux qui ont compris cette facette de l’esprit humain l’utilisent sans vergogne pour réaliser leurs desseins. La méthode en est fort simple. On commence d’abord par faire comme si, en mettant en place des situations à partir desquelles se créeront d’autres situations qui, elles-mêmes, serviront de bases pour encore d’autres développements, et ainsi de suite, le tout tendant à aller vers l’objectif final. A une certaine étape, on en a oublié la fausseté initiale pour ne voir que l’enchainement logique des évènements au moment où on les observe. Cette méthode a été utilisée à maintes reprises, notamment dans la création des états après la seconde guerre mondiale. L’état d’Israël en est un bel exemple, mais pas seulement. La plupart des états africains aussi. Ces états créés artificiellement, consacrant des peuples qui n’en sont pas, divisant des populations qui elles, formaient de vrais peuples, sont devenus des réalités sociologiques, économiques et politiques, sources de conflits et de guerres.
Avec le 21ème siècle, on atteint les sommets en matière de transformation du virtuel en réalité. Grâce à l’accroissement des vecteurs de l’information et du règne de l’image sur nos vies, les techniques se sont affinées. Les dernières innovations de ces techniques sont en train de s’appliquer à la Syrie. Après deux ans de manipulation où chaque situation découle de la situation précédente, on vient de passer à une étape supplémentaire visant à éliminer l’obstacle Assad, en une sorte de plan B ou C (on ne les compte plus). Quels sont les nouveaux développements ?
Après avoir créé un peuple syrien virtuel, opposé à Bachar El Assad car maltraité de tout temps par une dictature toute aussi virtuelle, on enchaine par des évènements logiques découlant de cette virtualité. Une coalition nationale d’opposition (ne tenant aucun compte de l’opposition déjà existante) est vite créée pour résister à l’oppression. Pour se défendre des massacres virtuels, la coalition se dote d’une armée composée de combattants syriens virtuels (mais terroristes djihadistes authentiques) qui mettent la Syrie à feu et à sang. Comme on peut s’y attendre, ces combattants confrontés à une armée régulière tombent comme des mouches. Mais, paradoxalement, ils ne meurent jamais. Dès qu’un djihadiste tombe, il se transforme aussitôt en civil, faisant ainsi que l’Armée syrienne tue des civils virtuels en masse.
Deux ans de conflit, deux ans de virtualité, et la Syrie résiste toujours. Tous les scénarios habituels ont été tentés, en vain. Le scénario à l’irakienne, avec ses tentatives de soudoyer les généraux, n’a rien donné. Le scénario libyen, avec ses défections de hautes personnalités, non plus. Les massacres organisés à la roumaine, pas d’avantage. Le tout dans une ambiance de terrorisme au quotidien comme au Pakistan, en Afghanistan et en Irak, un terrorisme semblant dire : »nous sommes toujours là, nous ne lâcherons rien, nous avons encore assez de réserve de chair humaine pour vous faire plier… ».
Puisque tous les scénarios classiques ont échoué, on en essaie d’autres, inédits, mais découlant toujours des situations antérieures. Une coalition d’opposition existe déjà. Elle avait été virtuellement légitimée comme opposition officielle dès sa création. Dans la foulée, elle était devenue représentative du peuple syrien. Comment, en vertu de quoi, ça n’a aucune importance, on est encore dans le virtuel. Avec le terrain déjà ainsi préparé, il est aisé de passer à l’étape suivante. L’opposition devient un gouvernement. Il suffisait juste de lui mettre un premier ministre à sa tête. Un pays en plein chaos, sans gouvernement légitime, accaparé par un clan, ayant une coalition représentante du peuple contrainte à l’exil, ce pays avait tout à fait le droit de se choisir un gouvernement. Comment ne pas y avoir pensé plus tôt ?
Un premier ministre, un gouvernement, il ne reste plus qu’à avoir des représentations à l’international. Quelques ambassadeurs sont déjà en place dans certaines capitales des amis virtuels de la Syrie. La Ligue Arabe vient d’octroyer le siège de la Syrie au gouvernement virtuel. Il est maintenant question d’aller chercher le fauteuil de l’ONU.
Toutes ces manœuvres ont une finalité : transformer un gouvernement virtuel en gouvernement légitime et envoyer le gouvernement légitime dans le néant et faire comme s’il n’avait jamais existé. Un vrai tour de passe-passe. Dans les jours ou semaines à venir, il est fort possible qu’on entende parler de l’armée syrienne comme d’une armée de mercenaires équipée et entrainée par le Hezbollah, l’Iran et Moscou. Bachar Al Assad deviendrait le chef des rebelles terrorisant des civils innocents. Sa tête sera peut-être mise à prix.
Ce scénario semble exagéré, mais pourtant on a vu pire. Qui se souvient pourquoi il est possible à la France d’octroyer l’ambassade de Syrie à la coalition ? On se rappelle que la France avait renvoyé l’ambassadrice syrienne à la suite des massacres de Houla, tout en sachant parfaitement de quoi il retournait. Malgré l’enquête ultérieure et malgré l’évidence, la France n’a pas changé sa position. En fait, une situation virtuelle n’a pas besoin d’être crédible. Son but est uniquement de servir de tremplin à d’autres évènements, dans une sorte de course effrénée vers le but final qui, ici, est « Bachar El Assad doit partir ». Dans certains cas, il est même souhaitable que la situation initiale ne soit pas crédible, mais elle doit rester assez floue pour engendrer des prises de position tranchées sur des éléments invérifiables, ce qui permet d’occulter toute discussion sur les décisions prises par les metteurs en scène. Par exemple, quand bien même Assad serait un dictateur, au nom de quoi faut-il aller tuer des syriens pour le déloger ? Si l’occident est investi du droit divin de supprimer les dictateurs, pourquoi celui-ci et pas celui-là ? Si on accepte que des milliers d’individus descendant dans la rue soient considérés comme représentatifs d’un peuple, pourquoi ne pas aussi l’accepter en France, en Espagne, en Grèce, en Arabie Saoudite ou au Bahreïn ? Il y a des questions comme celle-là à chaque étape des scénarios virtuels que l’on nous monte, mais tout est fait pour qu’il n’y ait pas lieu de les poser. On agit d’abord dans une sorte de réaction réflexe – et donc facilement compréhensible – laissant les questions complexes pour plus tard. Et plus tard, c’est jamais, car le déroulement des évènements est tellement rapide qu’il ne sert plus à rien de s’interroger sur des évènements qui sont déjà dépassés. A un stade avancé, toute interrogation autre que celles du moment est considérée comme du conspirationnisme, du négationnisme ou autres ismes créés pour la circonstance.
Dans le cas de la Syrie, nous en sommes à un stade très avancé. Ce qui s’est passé il y a deux ans ? C’est du passé. Les massacres de Houla ? Trop vieux. Même les armes chimiques commencent à s’estomper, alors que l’enquête à leur sujet a à peine commencé. Que sortira-t-il de ce nouveau scénario ? Sans doute rien, comme d’habitude, car l’obstacle à franchir est toujours là, se renforçant de jour en jour : la Russie. Malheureusement, les agresseurs continueront, tant ils seront persuadés qu’ils y arriveront un jour. Tant qu’ils n’auront pas épuisé toutes les possibilités de virtualisation qu’offre le monde d’aujourd’hui, ils continueront, comme Vil Coyote acharné à la poursuite de Assad – Bip Bip.
Avic
http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/bachar-al-assad-le-rebelle-133493