jeudi 15 novembre 2012

"La face cachée des révolutions arabes",Les « printemps arabes » ont inventé la guerre « low cost »

...La thèse que je défends est celle de l’implication des États-Unis dans les révoltes de la rue arabe par l’intermédiaire d’un réseau d’organismes américains spécialisés dans l’ "exportation" de la démocratie. À ce titre, on peut citer l’United States Agency for International Development (USAID), la National Endowment for Democracy (NED), l’International Republican Institute (IRI), le National Democratic Institute for International Affairs (NDI), Freedom House (FH) ou l’Open Society Institute (OSI). Ce sont d’ailleurs ces mêmes organismes qui ont contribué à la réussite des révolutions colorées qui se sont déroulées dans certains pays de l’Est ou des ex-Républiques soviétiques : Serbie (2000), Géorgie (2003), Ukraine (2004) et Kirghizstan (2005)...

Les bouleversements qui caractérisent depuis plus de deux ans de nombreux pays du monde arabe sont diversement analysés. Pour certains, ces « révolutions » ne sont ni plus ni moins que le produit de laboratoires spécialisés dans la déstabilisation d’États de la région dont les politiques gênent les intérêts des puissances occidentales et des États-Unis en particulier. Pour d’autres, elles sont la conséquence de régimes dictatoriaux à bout de souffle. Ahmed Bensaada, chercheur au Canada, plaide en faveur d’une lecture qui ferait la synthèse entre les deux thèses.

Un livre va sortir bientôt sur la question des printemps arabes. De quoi s’agit-il ?
Le livre dont il est question s’intitule "La face cachée des révolutions arabes". Publié par les éditions Ellipses, il sortira à Paris le 4 décembre 2012. Cet ouvrage, auquel j’ai contribué, est un livre collectif dirigé par M. Éric Denécé, directeur du Centre Français de Recherche sur le Renseignement (CF2R). Pas moins de 24 auteurs de différents horizons y ont participé, ce qui en fait un ouvrage très riche et très bien documenté qui contribuera très certainement à la compréhension de ce qui est communément appelé le "printemps arabe" . Ainsi, on pourra y lire des textes écrits par aussi bien des chercheurs que des journalistes, des philosophes ou des politiques.
Le livre est structuré en 3 parties :
a) Analyse et déconstruction des révolutions nationales,
b) Le rôle majeur des acteurs étrangers 
c) Les conséquences internationales du printemps arabe.
Cela en fait un des premiers ouvrages avec une vue d’ensemble sur les différentes facettes des révoltes qui ont secoué les rues arabes depuis près de deux ans.
Vous y contribuez : quelle thèse défendez-vous ?
La thèse que je défends est celle de l’implication des États-Unis dans les révoltes de la rue arabe par l’intermédiaire d’un réseau d’organismes américains spécialisés dans l’ "exportation" de la démocratie. À ce titre, on peut citer l’United States Agency for International Development (USAID), la National Endowment for Democracy (NED), l’International Republican Institute (IRI), le National Democratic Institute for International Affairs (NDI), Freedom House (FH) ou l’Open Society Institute (OSI). Ce sont d’ailleurs ces mêmes organismes qui ont contribué à la réussite des révolutions colorées qui se sont déroulées dans certains pays de l’Est ou des ex-Républiques soviétiques : Serbie (2000), Géorgie (2003), Ukraine (2004) et Kirghizstan (2005).
L’implication américaine peut se diviser en deux volets distincts mais complémentaires : un concernant le cyberespace et l’autre l’espace réel. Le premier consiste en la formation de cyberactivistes arabes (faisant partie de ce qui est communément appelé la "Ligue arabe du Net" ) à la maîtrise du cyberespace. La seconde est relative à la maîtrise des techniques de lutte non-violente théorisées par le philosophe américain Gene Sharp et mise en pratique par le « Center for Applied Non Violent Action and Strategies » (CANVAS), dirigé par d’anciens dissidents serbes qui ont participé aux révolutions colorées.
Les arguments ainsi que des dizaines de références sont présentés aussi bien dans mon livre "Arabesque américaine : Le rôle des États-Unis dans les révoltes de la rue arabe" (Éditions Michel Brûlé, Montréal, 2011 ; Éditions Synergie, Alger, 2012) que dans un chapitre intitulé « Le rôle des États-Unis dans le printemps arabe » du nouveau livre à paraître : "La face cachée des révolutions arabes". À noter que dans ce second ouvrage, certaines informations ont été mises à jour alors que d’autres concernant la Libye et la Syrie ont été ajoutées. En effet, à la sortie du premier livre, les révoltes dans ces deux pays n’en étaient qu’à leurs débuts.
Qu’est-ce qui fait dire aujourd’hui que les « printemps arabes » ont été conçus dans des laboratoires en dehors de toute volonté des peuples alors qu’il y a dans les pays de la région un véritable problème de gouvernance et de déficit démocratiques ?
Certes, ce ne sont pas les États-Unis qui ont provoqué le "printemps" arabe. Les révoltes qui ont balayé la rue arabe sont une conséquence de l’absence de démocratie, de justice sociale et de confiance entre les dirigeants et leur peuple. Tout ceci constitue un « terreau fertile » à la déstabilisation. Ce terreau est constitué de femmes et d’hommes qui ont perdu confiance en leurs dirigeants dont la pérennité maladive ne laisse entrevoir aucune lueur d’espoir. Pour eux, la fin justifie les moyens.
Cependant, l’implication américaine dans ce processus n’est pas anodine, loin de là. Les sommes investies, les formations offertes, l’engagement militaire et les gesticulations diplomatiques de haut niveau le confirment. D’ailleurs, cette implication n’a pas commencé avec les soulèvements de la rue arabe, mais bien avant. Par exemple, on estime qu’entre 2005 et 2010, pas moins de 10 000 Égyptiens ont été formés par les organismes cités précédemment. Ces organismes ont déboursé près de 20 millions de dollars par an en Égypte, montant qui a doublé en 2011. C’est d’ailleurs pour cette raison qu’en 2012, certains de ces organismes ont été poursuivis par la justice égyptienne qui les a accusés de « financement illicite ». Rappelons à ce sujet que 19 américains ont été impliqués dans cette affaire dont Sam LaHood, le directeur Égypte de l’IRI et fils du secrétaire américain aux Transports Ray LaHood.
Qu’est-ce qui fait qu’on « emballe » dans le même sac des « printemps » qui ne s’expriment pas de la même façon selon que l’on soit en Égypte où le processus qui a mis à terre Moubarak et son régime a bien fonctionné ou en Syrie, un pays qui risque aujourd’hui le morcellement ?
Il est vrai que les révoltes ont chacune leur propre dynamique. Celles qui ont touché la Tunisie et l’Égypte sont assez similaires. Par contre, bien qu’ayant débuté de manière semblable aux deux premières, les révoltes libyennes et syriennes se sont rapidement transformées en guerres civiles "classiques" avec une ingérence étrangère ostensible. Il faut néanmoins souligner que les États-Unis ont joué un rôle central dans tous ces cas, même si dans les deux derniers la collaboration de certains pays de l’OTAN (France, Grande-Bretagne, Turquie) et arabes (Qatar et Arabie Saoudite) a été importante.
De l’analyse des révoltes du « printemps » arabe, deux leçons peuvent être tirées. La première est que les pays occidentaux (aidés par des pays arabes collaborateurs) peuvent contribuer à changer les régimes et les gouvernements arabes avec un risque quasi-nul de pertes humaines et un investissement très rentable. En Libye, par exemple, des dizaines de milliers de personnes ont été tuées alors que les pertes occidentales sont nulles malgré les dizaines de milliers de frappes aériennes des forces de l’OTAN. D’autre part, le ministre de la défense français avait mentionné que le coût total de l’opération en Libye pour la France pourrait être estimé à 320 millions d’euros au 30 septembre 2011. Des broutilles si on compare ces chiffres avec, par exemple, le coût de l’intervention occidentale en Irak et en Afghanistan où les pertes en vies humaines des coalisés et leurs investissements ont été beaucoup plus conséquents. Avec le "printemps arabe" , le concept de guerre « low cost » vient d’être inventé. Évidemment, le faible coût est pour les Occidentaux et non pour les Arabes.
La seconde leçon à méditer est que les pays occidentaux peuvent passer, sans états d’âme, d’une approche non-violente à la Gene Sharp à une guerre ouverte (sous l’égide de l’ONU ou non) avec les moyens militaires de l’OTAN, tout en brandissant, de temps à autres, l’épouvantail de la Cour pénale internationale (CPI).
Ne sommes-nous pas dans la thèse du « complot ourdi par l’Occident » ?
Le développement d’une thèse sur le rôle des États-Unis dans les révoltes arabes est triplement problématique pour un auteur. Primo, cela peut lui faire porter l’étiquette d’un anti-Américain paranoïaque hanté par des visions conspirationnistes. Secundo, cela risque de le faire passer pour un protecteur, voire un admirateur d’autocrates tyranniques et de dirigeants mégalomanes qui n’ont que trop longtemps usurpé le pouvoir. Tertio, il n’est pas impossible qu’il se fasse taxer d’ennemi de la « noble et grandiose révolution du peuple ».
En fait, dès que le discours d’un intellectuel est différent de celui des médias majeurs, on l’accuse automatiquement de « flirter avec la théorie du complot » . Dans le cas précis des révoltes arabes, le complot vient plutôt de ces médias « mainstream » qui veulent nous faire croire à la spontanéité des révoltes arabes. Je vous rappelle la citation de F.D. Roosevelt : « En politique, rien n’arrive par hasard. Si quelque chose se produit, vous pouvez parier que cela a été planifié ainsi » . Les informations contenues dans les deux livres sont basées sur des faits dont toutes les références sont vérifiables. Je vous rappelle aussi que les médias majeurs qui créent et diffusent l’information proviennent des pays impliqués dans la "printanisation" des Arabes. Ils donnent tous le même son de cloche en hissant un des belligérants (celui qui est contre le gouvernement en place) au rang de héros et en affublant l’autre du rôle du bourreau. La vérité est beaucoup plus complexe et ne se résume pas à un portrait dichromatique en noir et blanc. Un travail journalistique intègre et honnête s’évertuerait plutôt à analyser les différents tons de gris.
L’autre galéjade véhiculée par ces médias veut que ce qui intéresse les Occidentaux, c’est apporter la bonne parole dans ces pays sous forme de démocratie. Dans ce cas, pourquoi ces mêmes Occidentaux n’aident-ils pas les citoyens du Bahreïn à jouir, eux aussi, de la démocratie alors que cela fait des mois que la révolte secoue ce royaume ? Et ces pays comme le Qatar et l’Arabie Saoudite qui veulent instaurer la démocratie dans les pays arabes, ne devrait-ils pas commencer par eux-mêmes ?
Ainsi, tant que les journalistes de ces médias ne feront pas leur travail correctement, c’est à des personnes comme nous, sans affinité quelconque avec les belligérants, que revient la tâche de démêler l’écheveau de la vérité.
Ahmed BENSAADA
Cette interview a été publié dans le journal « Reporters’ du 11 novembre 2012
Entretien réalisé par Nordine Azzouz (Journal « Reporters »)
http://www.ahmedbensaada.com/index.php?option=com_content&am...
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Iran : quatre mythes à déboulonner...Il existe quelques mythes fameux sur l’Iran que beaucoup de gens dans le monde en sont venus à croire, et j’aimerais les rejeter du mieux que je peux.

...Vous ne pourrez connaître ce pays méconnu qu’en rejetant les préjugés et en passant quelques semaines à voyager dans la plus vieille civilisation au monde pour voir de vos propres yeux ce que vous ne pourrez jamais voir sur Fox News, CNN, BBC, ni dans le Washington Post et le New York Times....

Ce n’est pas moi qui le dis, mais je l’ai entendu dire par des dizaines de touristes, de journalistes et d’universitaires étrangers qui avaient voyagé en Iran ces dernières années : l’Iran est le pays le plus mal connu et le moins bien compris de la planète.
Tentative concertée et plaisante, les médias internationaux dominants ont entamé une grosse opération consistant à dépeindre l’Iran comme un pays dangereux, anormal, bizarre et horrible qui cherche à développer des armes nucléaires dans le but d’anéantir Israël. Les Iraniens sont représentés sans vergogne comme des fanatiques, des terroristes et des gens non civilisés, l’Iran dans son entier étant dépeint comme un désert reculé où on ne trouvera pas la moindre trace de civilisation , d’urbanité ou de modernité.
Diaboliser et isoler l’Iran peut être vu comme une partie d’une campagne globale et multiforme pour ostraciser et avilir le monde musulman, campagne intensifiée depuis les attaques du 11 septembre qui ont été attribuées aux musulmans et ont provoqué la Guerre contre le Terrorisme.
Avant de venir en Iran, tous les touristes craignent d’être tués ou au minimum arrêtés pour espionnage. Ils perçoivent l’Iran en fonction des stéréotypes et clichés que les médias de masse leur présentent, et beaucoup d’entre eux ne se rendent même pas compte que les Iraniens sont ces même Perses qui peuplèrent la Perse ancienne pendant plus de 7.500 ans.
Il existe quelques mythes fameux sur l’Iran que beaucoup de gens dans le monde en sont venus à croire, et j’aimerais les rejeter du mieux que je peux.
1. Les Iraniens sont des terroristes
Si nous interprétons et traduisons “terrorisme” comme un acte de coercition, de terreur ou d’assassinat de gens innocents dans le but de répandre l’horreur ou de faire étalage de bravoure et d’influence, l’Iran ne peut être qualifié de terroriste voire d’État soutenant le terrorisme, comme le prétendent les fervents ennemis de l’Iran. La dernière fois que l’Iran a envahi et attaqué une nation souveraine date de 1738, quand le roi afsharide Nâdir Châh envahit l’Inde. Ce qui veut dire que depuis 274 ans, l’Iran est un pays pacifique qui n’a jamais fait de mal ni tourmenté d’autres pays, pas même ses voisins, même si ses voisins l’ont constamment provoqué en conspirant contre lui.
Ces données sont à comparer aux guerres sanglantes incessantes dans lesquelles les États-Unis se sont impliqués. Depuis son indépendance en 1776, les États-Unis ont participé à plus de 50 expéditions militaires. John Tirman, dans son livre sensationnel de 2011 “The Deaths of Others” - [Les Morts des Autres], étudie en détail les victimes des guerres étatsuniennes au cours des trois derniers siècles.
Contrairement à beaucoup d’entre nous qui n’osent s’interroger sur le manque d’attention accordée par le public des États-Unis et les médias dominants aux victimes civiles des guerres de l’Oncle Sam, Tirman décrit dans le détail “le destin des civils dans les guerres américaines”. Il reconnaît dans son livre qu’au cours des seules guerres de Corée, du Vietnam et d’Irak, six à sept millions de personnes ont été tuées, dont une majorité de civils innocents. Pas besoin d’être un historien spécialisé pour comprendre combien de civils désarmés, y compris des femmes et des enfants, sont morts des expéditions militaires des États-Unis dans le monde. Une étude complète réalisée par James A. Lucas et publiée par Counter Currents en 2007 décrit minutieusement les pertes causées par les guerres étatsuniennes.
”Le public américain n’est sans doute pas conscient de ces chiffres et en sait moins encore sur les guerres de proximité dont les États-Unis sont également responsables. Les guerres récentes ont fait entre 9 et 14 millions de morts en Afghanistan, Angola, République Démocratique du Congo, Timor oriental, Guatemala, Indonésie, Pakistan et Soudan” écrit-il.
Imaginez juste un instant que ce soit l’Iran qui ait détruit et tué les vies de plusieurs millions de citoyens innocents dans des dizaines de guerres et attaques contre d’autres pays. Que serait-il arrivé ? Alors, qui mérite réellement le titre de “sponsor étatique du terrorisme“ ? Serait-ce qu’être tué de la main d’un soldat américain serait un honneur ? Serait-ce que les États-Unis ont le droit d’effacer des milliers de vies à leur gré, sans en être tenu pour responsables ?
2. Les Iraniens ne sont pas civilisés
La plupart de ceux qui pensent l’Iran comme un pays non civilisé et sans culture sont simplement inconscients des réalités de l’impressionnante culture et civilisation antique de l’Iran. L’Iran est le plus vieux pays au monde du point de vue de la date de sa formation. Les premières implantations dans la Perse antique remontent à 4.000 av.J-C. Les premiers artefacts archéologiques iraniens trouvés dans les sites de Kashafrud et Ganj Par remontent au paléolithique inférieur, c’est à dire autour de moins 300.000 ans.
Le plus grand musée d’archéologie paléolithique du Moyen-Orient se trouve dans la ville iranienne de Kermanshah. Les plus anciens réservoirs d’eau artificiels au monde se trouvent en Iran. L’Iran est le producteur et exportateurs numéro Un de tapis artisanaux, qui sont un élément constitutif de la culture perse. Les principales collections de joyaux impériaux appartiennent à l’Iran. L’architecture iranienne est caractéristique de l’architecture islamique et des dizaines de magnifiques mosquées, caravansérails, églises, pont et palais anciens sont visibles partout en Iran et témoignent du fait que l’architecture iranienne est un héritage sans égal qui n’a pas de concurrent dans le monde.
Dans l’histoire les Iraniens ont apporté des contributions inestimables et sans prix à la culture, la science, l’économie et le style de vie du monde. Cela vous intéressera peut-être de savoir que les première briques utilisées dans les réalisations architecturales ont été faites par des Iraniens. Le premier ziggourat a été édifié en Iran sur le site archéologique de Sialk. Vers 5.000 av. J-C, les Iraniens ont été le premier peuple à inventer le târ (luth) dont les descendants ont mené au développement de la guitare. La première déclaration des droits de l’homme a été compilée en Iran par Cyrus le Grand de 576 à 529 av. J-C, on la connaît aujourd’hui comme le Cylindre de Cyrus conservé au British Museum. Le premier yach-kal (réfrigérateur antique) a été conçu en Iran au IVème siècle av.J-C. Selon les découvertes archéologiques, les Iraniens ont inventé les premières batteries qu’ils utilisaient sans doute pour électrogalvaniser. Le scientifique iranien Rhazès fut le premier universitaire au monde à introduire l’usage systématique de l’alcool [éthanol] en médecine vers 846 ap. J-C. Le Canon de la Médecine, qui est considéré comme un des manuels les plus fondamentaux et pionniers dans l’histoire de la médecine moderne, a été écrit par le scientifique iranien Avicenne il y a près de mille ans.
Mais oublions toutes ces découvertes et performances culturelles et scientifiques des Iraniens au cours de l’histoire. Ce qui fait des Iraniens un peuple différent des autres nations et leur confère une identité unique et incomparable, c’est leur sens de la civilité, de la courtoisie et de la modestie. Jamais vous ne trouverez dans le cinéma iranien le genre de violence qui est diffus dans les films américains. Les conversations quotidiennes des Iraniens entre eux sont émaillées de proverbes, de poésie et de connotations littéraires. Les compliments aux femmes, aux anciens et aux enfants font partie du mode de vie et de la culture des Iraniens. La modestie et l’humilité sont pour les Iraniens une vertu, alors que dans beaucoup de pays occidentaux, plus vous êtes assertif et énergique, plus vous serez acceptable. Voilà des choses que beaucoup de gens ignorent à propos de l’Iran.
3. Le gouvernement iranien réprime les femmes
Le dogme selon lequel l’Iran n’est pas un endroit sûr pour les femmes et le gouvernement iranien réprime et élimine les femmes fait foi pour beaucoup de gens dans le monde, et la raison n’est autre que les machinations machiavéliques des médias dominants. Il n’y a pas une parcelle de preuve attestant cette affirmation, alors qu’il en existe énormément pour confirmer le contraire.
Tandis que les femmes d’Arabie saoudite, alliée inconditionnelle des États-Unis, n’ont ni le droit de vote ni celui de conduire une voiture, les femmes iraniennnes fréquentent les universités, les instituts scientifiques et même les postes gouvernementaux. Le Ministre iranien de la Santé, le Docteur Marzieh Vahid Dastjerdi, est une femme. La Vice-Présidence pour la science et la recherche est assurée par une femme. Pendant plusieurs années, c’est une femme, le Dr Masoumeh Ebtekar, qui était à la tête du Département de l’Environnement. Selon le Ministère des Sciences, de la Recherche et des Technologies, 60% des nouveaux étudiants inscrits dans des universités iraniennes en 2012 sont du genre féminin. J’ignore quels critères les opposants au gouvernement iranien basent leur jugement sur la situation des femmes iraniennes. Depuis la Révolution islamique de 1979, le Parlement iranien (Majlis) a plusieurs députées à chaque session. Si le nombre de députées n’est pas égal à celui des parlementaires du genre masculin, ce n’est pas parce que le gouvernement impose des restrictions. C’est simplement parce que les gens n’ont pas voté pour elles ! Je pense que dans certains cas le gouvernement a même été plus indulgent avec les femmes qu’avec les hommes. C’est une coutume internationale non écrite que les femmes, comme les hommes, soient recrutées pour le service militaire, mais en Iran, les femmes sont exemptées de la conscription parce que le gouvernement pense que cela pourrait leur nuire. Donc, quelqu’un peut-il me dire de quelle façon le gouvernement iranien réprime les femmes ?
4. L’Iran développe des armes nucléaires
Oui ; il y a eu une forte controverse sur le programme nucléaire iranien, mais je pense que ceux qui ont créé un tel chambard ont un peu oublié que le programme nucléaire iranien a été initié par le gouvernement des États-Unis dans les années ’50, dans le cadre du programme “Des Atomes pour la Paix” du Président Eisenhower. A cette époque, l’Iran était un allié des USA, et donc autorisé à développer l’énergie nucléaire. A présent que l’Iran n’est plus un fervent allié des États-Unis, il n’aurait pas le droit de développer l’énergie nucléaire, même dans des buts pacifiques. Imaginez la profondeur de cette hypocrisie !
Ceux qui prétendent que l’Iran a l’intention de créer l’arme nucléaire n’ont aucune preuve validant leur thèse. C’est une fois encore la propagande des médias dominants qui incite les gens à penser ainsi. Malgré le fait que l’Iran subisse quatre cycles de sanctions du Conseil de Sécurité de l’ONU et différents types de sanctions de la part des États-Unis et de ses alliés, aucun rapport de l’Agence Internationale de l’Energie Atomique n’a pu fournir de preuves crédibles ni démontrer que le programme nucléaire iranien aurait une dimension militaire. Même les National Intelligence Estimates (NIE) 2010 affirment que l’Iran n’a pas l’intention de construire des armes nucléaires. Je ne comprends donc pas pourquoi les États-Unis et leurs alliés européens prétendent aussi catégoriquement que l’Iran développe des armes nucléaires et devraient être arrêté.
Les sanctions que les États-Unis ont imposées à l’Iran réclament un lourd tribut aux citoyens iraniens ordinaires. Ils se voient privés de médicaments, de nourriture, de biens humanitaires et d’autres biens basiques à la suite de ces sanctions. La valeur de la devise iranienne (rial) s’est incroyablement dépréciée et les hommes d’affaires font face à de sérieux problèmes pour importer des marchandises d’autres pays. Voyager à l’étranger est devenu terriblement difficile à cause de l’augmentation du prix du trafic aérien et aussi parce que les ambassades étrangères ont mis de sérieux obstacles aux visas émis pour les citoyens iraniens.
C’est un châtiment collectif innommable contre les Iraniens pour un crime qu’ils n’ont jamais commis.
Il existe bien d’autres mythes concernant l’Iran et la vie quotidienne en Iran qui devraient être exposés aux gens dans le monde entier ; je me suis contenté d’en expliquer les plus flagrants. Ceux qui ont compris les réalités iraniennes riront devant la fausseté ridicule et la désinformation que la machine de propagande occidentale fabrique à propos de l’Iran. Le meilleur exemple d’engagement d’un citoyen américain à l’Iran “réel” est sans doute incarné par Richard Nelson Frye [92 ans], professeur émérite d’iranien à l’université Harvard, qui, il y a quelques années, a demandé au Président iranien d’être enterré près de l’antique cité d’Ispahan.
Sortez-vous de l’esprit la propagande et la médiatisation outrancière au sujet de l’Iran. Vous ne pourrez connaître ce pays méconnu qu’en rejetant les préjugés et en passant quelques semaines à voyager dans la plus vieille civilisation au monde pour voir de vos propres yeux ce que vous ne pourrez jamais voir sur Fox News, CNN, BBC, ni dans le Washington Post et le New York Times.

Kourosh Ziabari
Info-Palestine