lundi 5 décembre 2011

SYRIE : Une opposition divisée et faible, au service d’agendas extérieurs

Les réalités sur le terrain en Syrie montrent que les oppositions sont non seulement incapables de constituer une alternative au pouvoir actuel mais qu’elles défendent des agendas répondant aux intérêts de puissances régionales et internationales et non pas à ceux du peuple syrien.

Les modestes rassemblements du vendredi 28 octobre, à l’appel de l’opposition, font pâle figue devant les millions de personnes (les agences de presse occidentales ont avancé le chiffre de centaines de milliers) descendues dans les rues de Damas, Alep, Hassaka, Soueida et Lattaquié, pour exprimer leur soutien au programme de réforme du président Bachar al-Assad et leur rejet total de toute ingérence étrangère dans les affaires de la Syrie. Ces manifestations monstres, organisées huit mois après le début des troubles, prouvent que le président conserve une très grande popularité en dépit des campagnes médiatiques impitoyables dont il est victime dans le but de ternir son image auprès de son peuple.
De plus, le nom donné par l’opposition à la mobilisation du 28 octobre est très éloquent: «le vendredi de la zone d’exclusion aérienne». Un appel on ne peut plus clair à une intervention occidentale –de type libyen- contre le pays. Lorsqu’on lit la presse du Golfe, on comprend que l’action de l’opposition syrienne s’inscrit parfaitement dans le cadre de stratégies régionales qui n’ont rien à voir avec les réformes et la démocratisation de la Syrie. Le quotidien koweïtien Al-Qabas écrit que la Ligue arabe a averti qu'une intervention internationale serait inévitable si sa médiation visant à arrêter la violence échouait. Citant des sources arabes bien informées, Al-Qabas affirme: «Si une solution arabe échouait, la Syrie devrait s'attendre à une intervention étrangère et à un embargo économique.»
Face à ces menaces, le président Assad a rappelé que la Syrie est un élément central dans la région. «Il existe une ligne de faille et si vous jouez avec la Terre vous risquez de provoquer un séisme. Voulez-vous connaître un nouvel Afghanistan ou même des dizaines d'Afghanistan? La Syrie n'hésitera pas à embraser toute la région. Si l'idée est de diviser la Syrie, cela reviendra à diviser toute la région», a-t-il dit dans une interview accordée au Sunday Telegraph britannique (Voir ci-dessous).
Pour alimenter la machine infernale médiatique, les oppositions syriennes et leurs mentors étrangers ont eu une nouvelle fois recours au mensonge. Un amalgame a été fait en affirmant que les extrémistes armés tués lors d’attaques contre l’Armée sont des manifestants tombés sous les balles des forces de l’ordre. Pourtant, aucun manifestant pacifique n’a été tué le 28 octobre et tous ceux qui sont morts participaient à des attaques ou des embuscades contre les troupes régulières.
Pendant ce temps, de profondes divisions continuent d’apparaitre dans les rangs du Conseil national syrien d’Istanbul (CNS), créé à l’initiative des services de renseignements turcs et américains. Les Kurdes membres de ce rassemblement ont publié un communiqué dénonçant les déclarations de responsables de ce Conseil qualifiant le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) d’organisation «terroriste». Ensuite, une lutte de pouvoir oppose le président du CNS, Burhan Ghalioun, et l’opposant Haitham el-Maleh, chacun d’eux souhaitant être le chef. Les différends sont tellement graves que les Turcs et les Qataris sont intervenus avec vigueur pour empêcher qu’ils ne dégénèrent en rupture totale.
Enfin, le dénommé Mohammad Rahhal, chef autoproclamé des «Comités de coordination de la révolution», a reconnu que quatre groupes armés relevant de l’opposition sont actifs sur le terrain en Syrie. Il a avoué que des hommes armés se glissent parmi les manifestants depuis le début des troubles en mars, ce qui conforte la thèse du gouvernement syrien qui affirme que des hommes armés infiltrent les manifestations pacifiques et tirent sur les forces de l’ordre pour provoquer des ripostes et faire couler le sang.
D’autre part, les opposants de l’extérieur ont violemment critiqué l’opposant Michel Kilo pour avoir écrit un article appelant ses collègues à réfléchir à la possibilité de participer à un dialogue avec le gouvernement dans le but de mettre en œuvre les réformes et sortir le pays de l’impasse.
La crise syrienne semble désormais gouvernée par le principe du dernier quart d’heure. L’opposition téléguidée de l’extérieur se dirige à grand pas vers le terrorisme et le sectarisme, avec la multiplication des enlèvements et des liquidations à caractère confessionnel, notamment dans la région de Homs. Alors que la majorité du peuple soutien le président et l’armée, Une armée engagée depuis trois jours dans une vaste opération à Homs pour débarrasser la région de la terreur exercée par des extrémistes islamistes, armés et financées par la Turquie et le Qatar, pour le compte des Etats-Unis et d’Israël.
Source : Tendances de l'Orient

SYRIE : Moyen Orient - Une logique de guerre froide !

......il y a très peu de risques que ce régime saute pour les raisons suivantes: le double veto russe et chinois le protège d’une résolution au Conseil de sécurité adoptant de nouvelles sanctions contre lui ou autorisant une action militaire, et l’équation établie par le secrétaire général du Hezbollah dans son dernier discours, qui annonce une guerre régionale en cas d’attaque contre la Syrie, le protège d’une action militaire de la Turquie.

L'internationalisation de la crise syrienne replonge le Moyen-Orient dans la logique de la guerre froide, qui, pendant plusieurs décennies, a permis à la Syrie de jouer les équilibres dans la cours des grands. Damas renoue avec la politique des alliances et tente de tirer les dividendes d'une crise qui menace d'embraser militairement la région, d'Israël à l'Afghanistan, en passant par le Liban, la Syrie, l'Irak, l'Iran et les pétromonarchies du Golfe. Le risque de conflagration a jusqu’à présent dissuadé l'Otan, la Turquie et Israël d'intervenir militairement contre l'axe Damas-Téhéran allié au Hezbollah et au Hamas. La Russie et la Chine ont pour leur part, réussi à neutraliser les démarches occidentales visant la Syrie et l'Iran au Conseil de sécurité. Le régime syrien semble loin d'être isolé. Bien au contraire, le retrait américain de l'Irak, perçu comme une défaite à Washington, risque de renforcer le front anti-américain, dans la région. Face à cette perspective alarmante, les pays occidentaux et leurs alliés arabes espèrent renverser le régime syrien, perçu comme le «maillon faible» de cette coalition hostile. C'est ce qu'affirme le néoconservateur américain Elliott Abrams. «La fin du régime d'Assad représentera un grand gain pour les Etats-Unis», affirme-t-il dans la publication du Council on Foreign Relations d'octobre.
C'est dans cette optique que les pays arabes dirigés par le Qatar se lancent dans une course contre la montre en imposant des délais, des exigences et des sanctions, qu'aucune partie ne semble vouloir respecter, à commencer par la Ligue elle-même et l'opposition syrienne radicale, liée à l’Occident.
L'initiative arabe, qui prévoyait l'arrêt des violences et l'ouverture d'un dialogue entre le régime et l'opposition, est restée sans lendemain. L'armée syrienne multiplie les succès contre les enclaves rebelles, alimentées par un flot d'armes et d'argent en provenance des pays voisins. Le Conseil national syrien (CNS), par la voie de Borhane Ghalioun et ses alliés islamistes, ont rejeté le dialogue proposé par la Ligue, contrairement au pouvoir syrien. Plusieurs membres du Comité national pour le changement démocratique (CNCD, opposition de l’intérieur) ont, en revanche, accepté de dialoguer. En visite au siège de la Ligue arabe au Caire, une délégation syrienne regroupant des membres du CNCD et des opposants respectés dont Michel Kilo, Haitham Manaa et Fayez Sara a été violemment agressée par des partisans du CNS, qui appellent l'armée turque à envahir le nord de la Syrie afin de démocratiser le pays. C'est dans cet esprit que les partisans des Frères musulmans syriens ont agressé, le 20 novembre, une délégation d'acteurs et comédiens arabes en visite au Caire pour protester contre la suspension de la Syrie à la Ligue arabe.
Le secrétaire général des Frères musulmans syrien Riad Chakfi a appelé le 18 novembre l'armée turque à envahir le nord de la Syrie pour y établir une zone tampon, se basant sur l'identité sunnite de la Turquie, à laquelle s'identifie la confrérie.

Exorciser les illusions
L'Iran apparait comme le grand vainqueur en Irak et se prépare à combler le vide laissé par les Américains. L'axe Damas-Téhéran, lié par des intérêts convergents avec la Russie et la Chine, fait front commun pour briser le monopole militaire et pétrolier américain dans le Golfe et dans la mer Caspienne, autour duquel Washington a établi des bases militaires. S'ajoute également aux yeux de la Russie, la menace turque, qui, depuis l'effondrement du bloc de l'Est en 1991, étend son influence politico-économique dans le Caucase russe, dans les Etats turcophones et islamiques de l'ex-Union Soviétique, en Asie centrale, ainsi qu'au Moyen-Orient et en Afrique du nord, sur les traces de l'empire ottomans, comme le rappelle Erdogan. Cette perspective inquiète également la Chine, qui fait face à un mouvement islamiste sécessionniste à l'est. Depuis le début de la crise en Syrie, Damas et Moscou sont ouvertement opposés au gouvernement islamiste de Recep Tayyep Erdogan, qui espère reproduire son modèle de gouvernement islamique pro-occidental à Damas.
Dans son édition du 18 novembre, le journal gouvernemental turc Sabah révèle des plans militaires turcs pour l'établissement d'une zone d'exclusion aérienne au nord de la Syrie, puis d'une zone tampon d'une profondeur de 5 km, allant jusqu'à la ville d'Alep à l'ouest, pour favoriser le déclenchement d'une guerre civile contre le pouvoir damascène.
La Syrie a immédiatement répliqué et lancé une opération militaire pour «exorciser les illusions», en établissant une zone militaire d'une profondeur de 20 km le long de la frontière turque. Damas joue également la carte kurde, susceptible de remettre en cause l'intégrité territoriale de la Turquie en cas de guerre.
A cela, s'ajoutent les déclarations des dirigeants iraniens, qui menacent d'allumer tous les fronts en cas d'attaque contre ses installations nucléaires et contre la Syrie. Téhéran et Moscou ont haussé le ton en expédiant des navires de guerre russes et iraniens aux larges des côtes syriennes, au moment où le président Assad se déclarait prêt à combattre.
Face à ce tableau tendu, les pays occidentaux et leurs alliés musulmans ne disposent d'aucun moyen pour renverser le pouvoir, à l'exception des sanctions politiques et économiques qui semblent loin de menacer la pérennité du régime.
Et même si la Ligue arabe maintien ses pressions sur le régime et transmettre le dossier syrien au Conseil de sécurité, on retournera dans la case de départ avec un double veto russo-chinois.  

Ligne de fracture au Liban
La situation en Syrie est devenue la ligne de fracture entre les deux camps rivaux au Liban, et quoi qu’ils en disent, tous deux attendent avec impatience l’issue du bras de fer qui se joue dans ce pays pour définir leur nouveau plan de campagne.
Selon des sources de la majorité parlementaire libanaise, la nouvelle échéance pour la Syrie est le début de l’année 2012. Le régime aura passé le cap le plus dur et les pressions internationales devraient alors baisser en intensité pour de multiples raisons. La plus importante consiste dans l’achèvement du retrait américain d’Irak, un départ qui ressemble de plus en plus à une défaite stratégique et qui permettra à l’Iran de se retrouver à la frontière de la Syrie via l’Irak, où la République islamique ne cesse d’augmenter son influence. D’autres raisons sont liées à l’entrée des États-Unis dans une période préélectorale qui les empêche de prendre des décisions importantes à l’étranger. A partir du premier trimestre 2012, le monde devrait avoir d’autres priorités que la Syrie, notamment avec la crise économique grandissante dans la zone euro et dans le reste du monde.
Au cours des prochaines semaines, le régime syrien va donc subir le maximum de pressions. Mais de l’avis de nombreux observateurs, il y a très peu de risques que ce régime saute pour les raisons suivantes: le double veto russe et chinois le protège d’une résolution au Conseil de sécurité adoptant de nouvelles sanctions contre lui ou autorisant une action militaire, et l’équation établie par le secrétaire général du Hezbollah dans son dernier discours, qui annonce une guerre régionale en cas d’attaque contre la Syrie, le protège d’une action militaire de la Turquie.
Source : Tendances de l'Orient