vendredi 29 juin 2012

Egypte, Tunisie, Maroc... Ce que cache la victoire des islamistes

Le candidat des Frères musulmans, Mohamed Morsi, a finalement été déclaré dimanche vainqueur de la présidentielle en Egypte. Selon la commission électorale, Mohamed Morsi a obtenu 13 millions de voix contre plus de 12 millions à son rival Ahmed Chafik, ancien premier ministre de Hosni Moubarak, dans un scrutin marqué par 49 % d’abstention. 25 juin 2012 | Mediapart.fr


Après la Tunisie, l’Egypte est donc le deuxième pays du printemps arabe – et le troisième de la région si l’on tient compte du Maroc – à mettre au pouvoir un parti islamiste. Mais que peuvent ces partis face aux forces de l’ancien régime ? Ont-ils réellement les clés pour influer sur la vie politique de leur pays ? Ont-ils enclenché un vaste processus d’islamisation des sociétés qui les ont élus ? Si les Tunisiens de Ennahda paraissent les plus à même de peser sur le destin de leur nation, ils font aussi face à de nombreux obstacles, et en premier lieu leur incapacité à maîtriser l’appareil d’Etat. Dix-huit mois après le début du mouvement révolutionnaire, enquête en Egypte, au Maroc et en Tunisie.
1- Egypte : un régime militaire avec le concours des « Frères »
En Egypte, le candidat des Frères musulmans, Mohamed Morsi, a finalement été proclamé vainqueur de la présidentielle après une semaine de flottement. Cette victoire est cependant loin d’être totale pour les Frères musulmans. Car depuis la dissolution de l’Assemblée, l’armée, qui avait pris les rênes de la transition depuis le mois de février 2011, n’abandonnera pas le pouvoir, comme elle n’avait pourtant cessé de le promettre. Vu l’ampleur de la répression organisée tout au long de l’année passée, on pouvait s’en douter.
Plus surprenante a été la stratégie adoptée par les « Frères » : la confrérie a joué un rôle contre-révolutionnaire très actif, et cultivé une proximité avec l’armée à des fin électoralistes, ce qui explique pour partie les 45 % des suffrages recueillis il y a six mois lors des élections législatives. En d’autres termes, si l’armée verrouille aujourd’hui le champ politique, c’est aussi grâce aux « Frères ». Les militants de la confrérie ont certes participé au mouvement révolutionnaire de janvier-février 2011. Mais une fois le président Moubarak déchu, la direction des Frères a pris une tout autre orientation.
Deux exemples : lors des législatives, les Frères musulmans ont fait élire sur l’une de leurs listes un général, proche du Conseil supérieur des forces armées (CSFA), qui s’est hissé par la suite à la tête de la commission de défense nationale. De cette manière, l’armée a cadenassé la seule commission capable d’examiner la gestion des entreprises publiques contrôlées par les militaires.
L’autre exemple de l’allégeance de la confrérie fut évident le 25 janvier 2012 sur la place Tahrir du Caire. Pour l’anniversaire du début de la révolution, les « Frères » se sont déployés en force, couvrant avec leurs sonos les slogans hostiles au pouvoir militaire qui, avec plus de 12 000 procès en un an, a pourtant durement frappé le mouvement révolutionnaire. De même, les bâches des « Frères » ont été utilisées pour recouvrir celles des militants et les caricatures du CSFA. Pour les révolutionnaires, ce n’est pas une surprise : depuis des mois, et notamment lors de la répression sanglante de l’avenue Mohammed-Mahmoud en novembre 2011, la confrérie se refuse à condamner le pouvoir militaire, à de rares exceptions près. Et lorsque la direction des « Frères » appelle à la mobilisation, comme au lendemain du verdict du procès Moubarak lors de l’entre-deux tours de la présidentielle, c’est pour tenter de fédérer dans les urnes un mécontentement général.
« Depuis le mois de février, les Frères se sont toujours arrangés pour noyer la voix de ceux qui appelaient à la fin du pouvoir militaire, explique la chercheuse égyptienne Chaymaa Hassabo. Leur stratégie est de faire le vide autour d’eux. D’un autre côté, le pouvoir militaire a besoin d’eux, et de leur ancrage dans la société égyptienne. Pour l’armée, c’est un relais utile, essentiel même, qui explique l’origine et la persistance de ce couple que l’on jugerait a priori contre nature. »
En appelant finalement cette semaine à la fin du pouvoir militaire, les Frères s’y prennent un peu tard. Car que vaut aujourd’hui la stratégie d’allégeance des « Frères » pour l’emporter dans les urnes, alors que le parlement est suspendu, et que le futur président s’est vu déposséder de ses prérogatives ? Comme du temps de Moubarak, les « Frères » risquent une nouvelle fois de payer cher leur rôle de premier relais du pouvoir militaire.
2- Au Maroc, le PJD, jouet du palais ?
Lors des élections législatives marocaines du 25 novembre 2011, les islamistes du Parti justice et développement (PJD) ont remporté 107 sièges sur 395, contre 47 pour la précédente législature. Le PJD devance nettement le deuxième parti, l’Istiqlal, le Rassemblement national des indépendants (RNI), le PAM (Parti de l’authenticité et de la modernité), et enfin l’Union socialiste des forces populaires (USFP). Officiellement, le taux de participation s’élève à 45,4 % sur 13,5 millions d’électeurs marocains inscrits sur les listes électorales. Comme le rappelle dans une note l’ONG Human Rights Watch, les élections se sont déroulées dans un contexte particulièrement troublé.
Pour les islamistes, c’est néanmoins une première. Mais l’état de grâce du nouveau gouvernement musulman conservateur est de courte durée : fin mai 2012, plusieurs dizaines de milliers de personnes manifestent à Casablanca pour réclamer une amélioration de la situation sociale, dans un pays où 45 % des habitants sont analphabètes, et tenus éloignés du développement économique de la côte marocaine.
La contestation populaire n’est pas le seul souci d’un parti qui sent chaque jour la pression du Palais, de ses conseillers et du roi lui-même. Malgré l’amorce d’un processus de réforme démocratique, et le surprenant discours du 9 mars 2011 (notre analyse ici), le Palais a encore en main tous les leviers de l’action politique. Très symboliquement, c’est le roi en personne qui a nommé le premier ministre Abdelilah Benkirane, du PJD. Un an après la réforme constitutionnelle a minima voulue par Mohammed VI, et approuvée par référendum, saisir le poids réel du PJD et du gouvernement relève du casse-tête.
Pour Moulay Hicham, cousin du roi qui enseigne à l’université américaine de Stanford et donne volontiers son avis, souvent critique, sur les affaires du royaume, « le succès du PJD dépendra de sa capacité et de sa volonté à faire sauter les verrous du système ».
Pour de nombreux chercheurs, l’émergence du parti musulman conservateur s’insère dans une stratégie du palais dont on peine à dessiner les contours. « Il y a au Maroc un mouvement réformiste impulsé par le régime autoritaire, qui ne trouve pas d’écho dans la population, notamment parce que les élites qui pourraient le porter n’existent pas ou n’en sont pas capables », juge Youssef Benkirane. Doctorant en sciences politiques à l’IEP de Paris, sans lien de parenté avec le premier ministre, le jeune chercheur a choisi de consacrer sa thèse aux changements politiques au Maroc, observés à travers la « crise des élites marocaines ».
Pour lui, une partie du régime est aujourd’hui à la recherche d’une certaine « dose de réforme » : « C’est la version marocaine du paradoxe de Lampedusa : il faut que tout change pour que rien ne change, juge Youssef Benkirane. Le problème, c’est que la politique marocaine des décennies passées a complètement cassé les élites politiques : d’un côté, la vieille gauche, notamment l’USFP, a été totalement récupérée et n’a plus de crédibilité auprès de la population, et de l’autre, les islamistes, avec lesquels le pouvoir joue un jeu ambigu. »
« La politique marocaine se fait toujours au Palais »
Pour comprendre ce jeu du chat et de la souris entre le Palais et les tenants de l’islam politique au Maroc, il faut remonter aux précédentes élections législatives. En 2007, année de sa création, le parti authenticité et modernité (PAM) répond alors à une nécessité tactique du Palais. Depuis plusieurs mois, le PJD est donné large vainqueur des législatives. « Il y a eu un certaine peur au Palais que les islamistes l’emportent haut la main, car il n’y avait personne en face pour faire contrepoids, explique Youssef Benkirane. On a alors lancé en politique Fouad El Himma, l’un des deux principaux conseillers du roi. Finalement, c’est l’Istiqlal qui l’a emporté, et il a fallu rebattre les cartes, créer une force politique pour empêcher que, cinq ans plus tard, le problème du PJD ne se repose. D’où la création du PAM, qui est devenu par la suite une coquille vide, sans base. »
Fin 2011, la victoire du PJD aux élections doit beaucoup à la stratégie de Abdelilah Benkirane, qui a pris la tête du parti en 2007 en affirmant haut et fort sa volonté de diriger le prochain gouvernement. Certains spécialistes de la vie politique marocaine, tel Mohammed Tozi, évoquent depuis cette année-là un divorce entre la base militante et les dirigeants du PJD. D’autant qu’en parallèle, l’association du Cheikh Yassine, « Justice et bienfaisance », qui compte plusieurs dizaines de milliers de sympathisants, maintient la pression sur les dirigeants du PJD, et fustige leurs compromissions pour mieux capter ses militants.
Privé d’une partie de sa base, soumis à l’agenda royal, le PJD peut-il réellement peser sur la vie politique marocaine et exercer un quelconque rapport de force avec le Palais ?
Ce fut le cas lors de la nomination du ministre de la justice, Mustafa Ramid. Moins modéré que Benkirane sur le plan politique, porteur d’un discours anti-corruption très vif, son profil ne plaisait pas au Palais. Mustafa Ramid avait en outre osé demander au parlement, dès le milieu des années 2000, l’abrogation de l’ancien article 19 de la constitution, qui précise que le roi est “Commandeur des croyants”. Une position courageuse que même les partis de gauche n’osaient porter. Début 2011 enfin, Ramid s’est impliqué dans le mouvement de contestation du 20 février. Sa nomination au gouvernement est donc très symbolique. Mais c’est, à ce jour, l’unique cas de figure où le premier ministre a pu faire prévaloir sa position sur celle des conseillers du roi.
En dehors du jeu des nominations politiques, le PJD porte un discours religieux quelque peu différent du projet du Palais. Du côté du parti – qui a cependant renoncé à des mesures spectaculaires comme la fermeture des débits de boisson –, on prône une islamisation de la société, sur la ligne des Frères musulmans : utiliser les forces de l’appareil d’Etat pour susciter, peu à peu, cette islamisation. Mâtiné de soufisme, le discours du Palais est plus traditionaliste et se donne l’image d’un islam ouvert et tolérant pour plaire aux alliés occidentaux. En pratique, cet islam sert volontiers les ambitions politiques du Palais, qui fait appel aux confréries soufies pour appuyer ses initiatives, comme ce fut le cas lors du référendum en juillet 2011, pour approuver la révision de la constitution voulue par le roi.
Sur le plan économique, en revanche, le PJD et le Palais sont sur la même ligne de réforme pour libéraliser l’économie marocaine. Et le reste se décide au Palais, et non au gouvernement. « Aujourd’hui, c’est la première fois, depuis très longtemps, que notre gouvernement est constitué par des hommes politiques et non des technocrates, note le chercheur Youssef Benkirane. Mais ne vous y trompez pas : les politiques ne se décident pas pour autant au niveau des ministères. C’est la tâche notamment de l’institut royal et stratégique, et d’une série de conseillers du Palais plus ou moins bien connus. La tâche du gouvernement est davantage de gérer le rythme des réformes. »
3- En Tunisie, Ennahda face à l’ancien régime
Grand vainqueur de l’élection d’octobre 2011 avec 39 % des suffrages exprimés, Ennahda a d’abord accumulé les couacs et les coups de communication ratés, avant de progresser peu à peu dans la mise en place d’une stratégie politique. Le mouvement islamiste a d’abord laissé couler ses alliés au gouvernement, le Congrès pour la république (CPR) du président Marzouki et Ettakatol, aujourd’hui deux partis profondément divisés, et dont le maintien d’ici aux prochaines législatives, annoncées pour mars 2013, n’est pas garanti.
« Dès le départ, Ettakatol et le CPR étaient trop faibles et n’avaient aucune chance de peser sur Ennahda, juge Héla Yousfi, sociologue tunisienne et maître de conférences à l’université Paris-Dauphine. C’est ça leur erreur. Ennahda, de son côté, a évité de mater les salafistes pour maintenir une proximité avec sa base radicale, et a continué à surfer sur la légitimité populaire gagnée à travers l’élection d’octobre 2011. »
Depuis le vote du printemps 2012 – et aux deux tiers des voix du bureau politique du parti – excluant toute référence à la charia dans le projet de constitution, Ennahda semble avoir trouvé une ligne politique : « Même si au niveau local, c’est plus tendu, et notamment à Gafsa où les militants nahdaouis sont impliqués dans les luttes sociales, Ennahda cherche clairement à ne surtout pas faire peur, aux Tunisiens d’une part, mais aussi à l’opinion publique internationale, estime Amin Allal, chercheur à l’Institut de recherches et d’études sur le Monde arabe et musulman/Institut d’études politiques d’Aix-en-Provence. C’est leur stratégie pour se maintenir au pouvoir, dans la perspective des prochaines élections. »
Après avoir fait preuve d’une grande clémence vis-à-vis de la frange violente des salafistes tunisiens, Ennahda a adopté un tout autre discours lors des incidents du mois de juin, il est vrai plus graves : des postes de police saccagés, une exposition vandalisée, des débits de boisson incendiés dans plusieurs villes du pays, une victime de 22 ans, tuée par balles lors de la répression des manifestations par la police... Mi-juin, plus de 150 personnes ont été arrêtées, et le dirigeant d’Ennahda, Rached Ghannouchi, n’a pas hésité à faire appel à la population pour « défendre la révolution contre les agissements des extrémistes ».
Reste le problème majeur, qui continue de brouiller les cartes de la politique tunisienne : Ennahda ne contrôle pas le ministère de l’intérieur, pas plus qu’une grande partie de l’administration régionale et judiciaire. « Ennahda et ses “alliés” n’ont pas le contrôle de l’appareil d’Etat, estime Héla Yousfi. Des militants d’Ettakatol me racontaient récemment comment ils s’étaient fait expulser de la ville de Sidi Bouzid : vous avez beau nommer des gouverneurs, comme l’a fait Ennahda, vous vous heurtez à l’administration RCD (Rassemblement constitutionnel démocratique, l’ancien parti de l’ex-président Ben Ali), toujours en place, la même que sous l’ancien régime. »
« Ils sortent par la porte, et reviennent par la fenêtre »
En cet été 2012, le bras de fer politique en Tunisie n’oppose pas les laïques pacifistes d’un côté et les salafistes enragés de l’autre, mais le gouvernement Ennahda, qui tente d’asseoir son autorité sans faire de vagues, et le timide regroupement qui émerge autour de l’ex-premier ministre, Béji Caïd Essebsi, sous le nom de « L’Appel de la Tunisie ». Ancien cadre du parti Destour à l’époque du président Bourguiba, membre du RCD sous Ben Ali, Béji Caïd Essebsi a dirigé le gouvernement de transition du 27 février 2011 à la nomination du cabinet Ennahda. Agé de 84 ans, il incarne pour une partie de l’élite tunisienne l’image d’un bourguibisme certes autoritaire, mais qui saura préserver les intérêts de la bourgeoisie tunisienne face à la force militante d’Ennahda et aux revendications sociales des classes populaires.
Au passif de Béji Caïd Essebsi, son passé mais aussi son absence de vision politique : sa gestion de la période de transition n’a pas permis de faire émerger des problématiques pourtant essentielles comme le rééquilibrage économique des régions ou la justice transitionnelle. Son mouvement n’est d’ailleurs qu’embryonnaire : pourtant proche idéologiquement de cet ancien premier ministre, le parti républicain a annoncé qu’il ne rejoindrait pas son initiative.
« Béji Caïd Essebsi n’a pas de programme, pas de vision de la société, dit la sociologue Héla Yousfi. Il est aussi conservateur qu’Ennahda, considère qu’une opposition politique est inutile en Tunisie, que nous sommes tous musulmans, etc. Mais il a les réseaux économiques, eux-mêmes proches des réseaux RCD. C’est cet affrontement qui est en cours en Tunisie : Ennahda contre ex-RCD. Et quand les dirigeants d’Ennahda ont essayé de se rapprocher des réseaux RCD, la base a grondé. Ennahda n’a pas beaucoup de marge de manœuvre. »
Quoique moribonds, les alliés d’Ennahda n’ont pas tardé à réagir à l’offensive médiatique de Béji Caïd Essebsi. Début juin, en ouverture du conseil national d’Ettakatol, le secrétaire général du parti, Mustapha Ben Jaafar, a mis en garde contre le retour de forces politiques réactionnaires. « Ils sortent par la porte, et reviennent par la fenêtre », a-t-il déclaré, au lendemain de l’annonce de la création de « L’Appel de la Tunisie », la nouvelle formation politique de Béji Caïd Essebsi. Ben Jaafar a estimé que les déclarations de l’ex-premier ministre étaient de nature à « menacer la sécurité du pays ».
Plus que Béji Caïd Essebsi, le talon d’Achille d’Ennahda pourrait être les divergences au sein de son propre état-major. Début juin, lorsque les violences ont débuté, mêlant salafistes et casseurs, Rached Ghannouchi a appelé les Tunisiens à manifester, avant d’être contredit par le ministre de l’intérieur d’Ennahda, Ali Larayedh, qui a interdit toute manifestation… « La dernière crise montre qu’ils sont capables de rester soudés, deux tendances sont bien visibles, entre ceux qui sont partis à l’étranger, et ceux qui sont restés en Tunisie sous la dictature, analyse Héla Yousfi. La tendance dure est incarnée par le ministre de l’enseignement. Elle finira peut-être par pousser vers la sortie Rached Ghannouchi. Mais je ne vois pas Ennhada imploser comme ses deux alliés, du moins pas avant les prochaines élections. »
Quelle place pour les forces de la révolution dans ce duel islamistes/ancien régime ? Ce sera l’objet du second volet de cette enquête, intitulé « Où sont passés les révolutionnaires ? ».
Pierre Puchot
Source : PRESSE-TOI A GAUCHE

Le parti révolutionnaire...ce n’est pas d’abord un appareil de militants ni une masse d’adhérents

Le parti, ce n’est pas d’abord un appareil de militants ni une masse d’adhérents, ce n’est pas d’abord des structures organisationnelles. Ce n’est pas seulement une direction mais surtout une orientation, des analyses, des perspectives et une politique. Ces dernières ne doivent pas avoir comme critère la sauvegarde du groupe, mais d’abord les intérêts de classe. Les communistes n’ont pas d’intérêts particuliers de leur groupe à défendre, disait Marx dans « Le Manifeste Communiste ». Etre communiste, ce n’est s’isoler du reste du mouvement ouvrier mais ce n’est pas non plus mettre son drapeau dans sa poche dès qu’il y a des affrontements entre perspectives opposées. La perspective communiste est celle qui n’oublie jamais la perspective du renversement total, mondial et définitif du capitalisme, même dans une période où ce changement pourrait sembler très éloigné, même si les travailleurs eux-mêmes semblent loin d’être sensibles à cette perspective. Les communistes révolutionnaires ne se servent pas de leur particularité pour se détourner du mouvement ouvrier réel et se mettre en retrait. Mais ils ne pratiquent pas non plus l’opportunisme consistant à s’adapter pour avoir plus de succès. En somme, ni sectarisme, ni opportunisme : le chemin est étroit. La confiance en l’avenir communiste ne résulte pas de la confiance dans des leaders suprêmes mais dans les capacités que les prolétaires ont déjà montré dans l’Histoire et dans la connaissance des lois de la lutte des classes. Dans le passé, ce sont les groupes et partis révolutionnaires qui se sont souvent fait bien plus de mal que la bourgeoisie ne leur en a fait. Ce n’est pas dans les prisons, dans les tortures, face aux pelotons d’exécutions que des groupes révolutionnaires ont théorisé leurs reculs, leurs capitulations, leurs dérives ou leurs renoncements. Au contraire, c’est au plus haut sommet de leurs succès qu’ils ont cédé à la pression de la réussite. Même le parti bolchevique. C’est lorsqu’ils étaient en situation de jouer un rôle important et même décisif que les groupes communistes révolutionnaires (en tout cas qui se revendiquaient de cette perspective) ont reculé politiquement. Il ne suffit pas de dénoncer ces renonciations. Il faut aussi les analyser. Elles ne concernent pas que leurs auteurs mais tous les militants révolutionnaires. Sur ce terrain aussi, qui ne tire pas des leçons du passé sera rattrapé par lui.
La première des leçons est que le sectarisme et l’opportunisme sont des frères jumeaux.
La deuxième est que ceux qui placent l’organisation (ou sa direction) au dessus des perspectives, ceux qui renoncent à l’analyse théorique, se préparent des lendemains difficiles. Il ne suffit pas de prétendre faire d’un groupe un corps homogène, prétendument imperméable aux influences extérieures (surtout celle des autres groupes révolutionnaires) pour bâtir une cohésion politique. Il faut étudier, d’abord étudier et encore étudier… Etudier les luttes passées, les conditions des révolutions, les modes de fonctionnement de la société et de la nature. Celui qui continue à apprendre du monde en changement permanent n’est pas sujet à la maladie de l’auto-centrage. Le monde ne tourne pas autour de notre nombril. Le fixer avec admiration ou avec fascination ne peut pas être une politique. Se gargariser du mot de construction du parti n’est en rien une recette pour le construire. S’approprier la conscience des fonctionnements du monde y rapproche bien plus et permet bien plus aussi de rejoindre un jour un autre mouvement de la conscience : celui d’un prolétariat qui tirera les leçons de ses propres expériences. Les autres raccourcis ou prétendus tels mènent dans le mur…

mercredi 27 juin 2012

La démocratie contre la paix...faire de la démocratie occidentale un instrument de jouissance pour soi et de malheur pour les autres...

La démocratie est à la fois le meilleur régime et celui qui permet le mieux de faire la guerre au nom de la paix, de tuer au nom des droits de l’homme, de persécuter au nom de la liberté individuelle, de conquérir des pays au nom des peuples à disposer d’eux-mêmes. 

Les preuves de l’instrumentalisation par l’Occident du terrorisme islamique à des fins géopolitiques, notamment dans les conflits libyen et syrien, s’amoncellent, et pourtant l’opinion publique occidentale continue à soutenir l’idée que nos dirigeants défendent la démocratie contre la tyrannie dans ces régions du monde. L’Occident peut ainsi s’allier ouvertement avec l’Arabie Saoudite et le Qatar, principaux pourvoyeurs de fonds aux mouvements terroristes islamistes dans le monde, leur fournir des armes, un appui logistique, des images satellites, des informations stratégiques et un soutien diplomatique sans faille, les opinions publiques refusent de voir la réalité en face et préfèrent penser que ces actions sont motivées par les valeurs démocratiques qui fondent nos sociétés.
Pour ces opinions publiques, mettre en avant le jeu pervers des Occidentaux en Orient ce n’est pas dire la vérité, c’est soutenir Assad ou Kadhafi et faire le jeu des dictatures. Ce n’est pas expliquer le monde tel qu’il fonctionne devant nos yeux avec ses complexités et ses manipulations, ses enjeux géopolitiques et les calculs cyniques de ses principaux acteurs, c’est prendre parti contre des mouvements démocratiques.
Quand les démocraties occidentales soutiennent et répandent la guerre et la terreur, comme en Libye ou en Syrie, avec les pires alliés que l’on puisse imaginer pour aller planter le drapeau de la démocratie en terres étrangères, ne faut-il pas être du côté de la paix et lutter contre les dérives de la démocratie occidentale au nom même des valeurs qu’elle est sensée représenter ? La paix n’est-elle pas un bien commun tout aussi important que cet autre bien commun qu’est la démocratie ? Quand la démocratie n’est qu’un prétexte pour des appétits prédateurs sans limite (Irak, Afghanistan, Libye, Syrie), appétits qui se traduisent par des massacres de masse de populations civiles innocentes, quand la démocratie sert d’appât pour attraper un peuple à la gorge et le jeter dans un cycle de violences dont ne sortiront que la misère, le chaos et l’asservissement généralisés, ne faut-il pas prendre la défense de la paix contre la démocratie, quoiqu’il en coûte pour sa propre réputation ?
Car il ne s’agit évidemment pas de défendre des dictateurs (comme d’habiles rhéteurs aiment à le répéter), nos dirigeants le font très bien à notre place, aussi longtemps d’ailleurs que ces dictateurs financent leurs actions ou hochent de la tête au pillage des ressources naturelles de leur pays. Il s’agit de répondre au bourgeois cultivé (celui qui lit Le Monde, le Guardian ou le New York Times et croit y trouver une description de la réalité) vivant dans les beaux quartiers de Paris, de Londres ou de New York, qui ne comprend pas que l’on puisse s’horrifier des stratégies employées pour faire tomber un dictateur. Il n’a jamais eu à se battre pour la démocratie, il l’a reçue en héritage et on l’a gavé depuis sa plus jeune enfance avec des valeurs démocratiques qui sont pour lui plus une jouissance qu’un devoir ou une obligation. Pour se sentir un citoyen méritant il n’a qu’à se soumettre avec nonchalance à la société de consommation et du spectacle et à aller voter de temps à autre pour le bonimenteur le plus présentable. Il n’y a pas de mal à cela ; c’est ainsi que vont les choses en démocratie et nous ne revendiquons pas d’autre régime politique pour gouverner le troupeau de consommateurs que nous sommes.
Ce que nous souhaitons simplement souligner, c’est que les rentiers de la démocratie (dont nous faisons partie) n’ont aucun mérite particulier dans l’essor ni dans l’existence de la démocratie occidentale et de ses valeurs. Alors, quand sans aucune nuance, tel ou tel d’entre eux approuve des guerres qui apportent la ruine, la terreur et le chaos dans des pays non démocratiques, on a envie de lui dire, “va là-bas, va t’engager aux côtés des rebelles salafistes et va admirer les massacres, les haines ethno-religieuses s’élever sur le cadavre de la laïcité, va contempler les enfants se faire trancher la tête et dis-moi s’il faut nécessairement en passer par là pour mériter la démocratie” ? Car, apparemment, pour ces rentiers, pour ces enfants gâtés de la démocratie, il s’agit juste de la mériter, pas de l’avoir, ni d’en profiter.
Si seulement cette démocratie était la promesse du sang versé et des souffrances endurées, on pourrait, en effet, comprendre l’envie du bourgeois cultivé de clouer le bec aux diseurs de mauvaise fortune et autres trouble-fête ou rabat-joie qui prennent la démocratie trop au sérieux pour jouer avec elle. Mais elle n’est, comme on l’a dit, que le prétexte d’un jeu géopolitique où l’Occident s’est allié avec des islamistes radicaux financés par l’Arabie Saoudite et le Qatar pour détruire des États-nations laïques sur des bases ethno-religieuses afin, notamment, de contrer l’influence chinoise et russe et de s’assurer l’accès à un certain nombre de ressources naturelles. On ne bâtit pas la démocratie sur le sectarisme religieux, sur le démembrement des États-nations, en envahissant un pays, en ruinant son infrastructure, en y apportant le libéralisme le plus pur (comme en Irak et en Libye), en donnant le pouvoir aux légions wahhabites qui défendent un islam intolérant et moyenâgeux. C’est mensonger et criminel de le prétendre ou de feindre de l’ignorer. À la place de la démocratie nous avons installé des fosses communes dans lesquelles nous avons jeté pêle-mêle des civils innocents et le cadavre de la paix.
Créer des guerres civiles dans des pays en paix : voila en un mot la responsabilité morale du bourgeois cultivé, rentier de la démocratie qui, dans le confort de ses certitudes sans conséquences pour lui, soutient l’impérialisme humanitaire de nos grands commis. Il y a beaucoup d’irresponsabilité et de morgue dans cette attitude qui consiste à soutenir la terreur wahhabite au nom des valeurs des Lumières et à faire de la démocratie occidentale un instrument de jouissance pour soi et de malheur pour les autres.
Comment expliquer l’aveuglement volontaire des bourgeois cultivés qui forment la masse inerte de nos opinions publiques, celle dont l’élite se joue pour fabriquer le consentement général ?
Peut-être que l’explication se trouve dans ce que nous appelons “l’ambiguïté démocratique” ou le “paradoxe démocratique” : la démocratie est à la fois le meilleur régime et celui qui permet le mieux de faire la guerre au nom de la paix, de tuer au nom des droits de l’homme, de persécuter au nom de la liberté individuelle, de conquérir des pays au nom des peuples à disposer d’eux-mêmes. Il semble qu’il y ait un caractère orwellien inhérent à la démocratie, en raison de l’image de vertu qui lui colle à la peau et qui permet, sans forcer les gens, de leur faire accepter l’inacceptable. La domination d’une élite y est discrète, invisible, sans violence excessive. On peut limiter la répression à quelques individus, torturer essentiellement ceux qui n’ont pas la qualité de citoyens (10 000 Musulmans étrangers torturés pour un Bradley Manning). L’élite démocratique ne dépend pas d’un tyran identifiable dont il suffirait de couper la tête pour remettre en cause l’ordre établi. En démocratie, la domination d’une minorité semble être le résultat d’un consentement général que l’on appelle souveraineté du peuple. L’oligarchie parvient à vendre à l’opinion publique son credo libéral, la financiarisation de son économie qui tue ses emplois, des guerres d’agression qui ne profitent qu’à une minorité, des explications du monde qui ne résistent pas à l’examen critique (11-Septembre, guerre contre le terrorisme), etc. La démocratie semble ainsi être, entre les mains de nos élites, l’instrument le plus efficace qui leur permet de se maintenir au pouvoir et d’accomplir des politiques contraires à l’intérêt général au nom même de cet intérêt général. Comme nous l’exposons dans La Démocratie ambiguë (1) : le sentiment commun est que la démocratie est infaillible, que les dirigeants ne nous trompent pas, que les médias ne nous manipulent pas. Nous évacuons toute pensée contraire comme ‘théorie du complot’, absurde paranoïa d’illuminés du Web. Le simple questionnement de la version officielle est synonyme de folie.
Il est quasiment impossible de démontrer aux citoyens d’un régime démocratique que leur pays peut, dans telle ou telle situation, incarner le mal. Les citoyens vivant en démocratie ne parviennent pas à être soupçonneux de leurs dirigeants ; ils sont de candides consommateurs qui ne peuvent pas admettre que la démocratie puissent faire le mal, car, si elle le faisait, ils ne vivraient plus dans cette démocratie immaculée qu’on leur vend, ils devraient, par conséquent, douter de la nature du régime dans lequel ils vivent, et cela, ils en sont psychologiquement et moralement incapables. À force de leur répéter qu’ils vivent en démocratie on leur a ôté l’appareil critique qui leur permettrait de voir les limites de cette affirmation.
L’esprit critique semble impuissant à renverser cette image trop flatteuse que nous avons de nos propres démocraties. Il faut avoir un esprit dissident, et pas seulement critique, pour ne pas se satisfaire de l’apparence démocratique et pour exiger que la chose corresponde au mot.
Ainsi, pour revenir sur le cas syrien, il est difficile pour la Russie ou la Chine de soutenir Bachar el-Assad car on assimile leur soutien à celui d’un régime dictatorial qui commet des crimes contre l’humanité. En revanche, et c’est là que le paradoxe apparaît, il est semble naturel et moral pour les États-Unis et leurs alliés occidentaux de soutenir les légions wahhabites (qui commettent également des crimes contre l’humanité - 2), car étant des démocraties, les États-Unis et leurs alliés ne pourraient pas vouloir le mal. Qu’importe que l’Occident utilise la guerre comme moyen de domination (en Afrique et au Moyen-orient par exemple) et que la Russie et la Chine aient principalement recours au développement économique, la morale semble toujours du côté de la ‘démocratie’.
Souligner la complexité d’une situation et expliquer l’instrumentalisation de l’idéal démocratique par les élites occidentales, plutôt que de proposer une vision monolithique d’un conflit, c’est faire honneur aux valeurs démocratiques de discussions et de libre réflexion. Que ceux qui se posent des questions se fassent insulter et traiter d’auxiliaires des dictateurs par les bourgeois cultivés est certainement triste, mais ne doit pas les décourager de continuer à faire des efforts de compréhension et d’explication et à défendre la paix contre les fausses promesses des apprentis sorciers de la démocratie qui promeuvent, sur le mode orwellien, la paix éternelle par des guerres perpétuelles et les vertus démocratiques par des crimes de masse.
Guillaume de Rouville
http://lidiotduvillage.org/2012/06/26/la-democratie-contre-l...

Syrie : certitudes et incertitudes de la guerre médiatique, l'information est devenue une arme de guerre


Il n’est pas nécessaire d’être un partisan du régime du président Assad, mais simplement un observateur aimant la vérité pour être perplexe devant les récits d’atrocités liées à ce qu’il faut bien appeler la  guerre civile de  Syrie. Le nombre total de victimes (10 000, 20 000?) est très incertain, comme il advient d’ailleurs dans  toutes les tragédies de ce genre où bienheureux est l’observateur ou l’historien qui peut déjà avoir une idée du nombre de zéros.

L’autre question est de savoir qui est responsable de ces massacres. Dès lors qu’il y a deux camps disposant d’armements létaux, on peut supposer, comme dans toutes les guerres,  que le bilan est partagé, sans doute inégalement mais partagé quand même, surtout si certains adversaires d’Assad se réclament d’Al-Qaida, qui ne passe pas pour une organisation humanitaire. Mais dès lors que sont annoncées  des atrocités, la presse occidentale, c’est-à-dire les journaux papiers à grand tirage et les grands médias audiovisuels (internet est à mettre à part) est quasi-unanime à en imputer immédiatement la responsabilité au régime.

Tel fut le cas de la récente tuerie de Houla (108 mots dont 49 enfants, dit-on. Mais qui a lancé ces chiffres si précis et qui peut les certifier?). La presse occidentale a immédiatement accusé les forces du régime d’Assad alors même que cette ville était, semble-t-il, contrôlée par l’opposition. Les pays occidentaux et arabes ont aussitôt renvoyé les ambassadeurs de Syrie en représailles contre le pouvoir en place. Or les informations reçues depuis renforcent l’hypothèse que la responsabilité de ce massacre pourrait  plutôt  revenir aux opposants (si tant est que tous les cadavres exposés aient été récoltés sur le champ de bataille et non sortis de la morgue comme ce fut le cas à Timisoara). Les mêmes doutes existent pour la plupart des incidents les plus médiatisés de ces dernières semaines.

On relève par ailleurs que la principale source des organes de presse occidentaux, le prétendu Observatoire syrien des droits de l'homme, se résume à un homme, Rami Abdulrahman, opposant exilé depuis longtemps résidant à Coventry. Quand on annonce début juin 55 morts à Al Koubeir, 87 morts à Hama, il est à l’origine de l’information.

En formulant ces observations, nous ne disons  ni que le régime d’Assad soit innocent, ni même qu’il ne  porte pas la part la plus lourde des responsabilités des massacres. Mais qu’il en porte la responsabilité exclusive, que chaque fois qu’une atrocité est connue, il faille systématiquement la lui imputer est pour le moins peu vraisemblable. D’autant que les vingt-cinq dernières années ont vu se multiplier, sur le thème humanitaire, des opérations de manipulation de l’opinion internationale de grande ampleur, chaque fois menées  avec le plus parfait professionnalisme: Timisoara, le Kosovo, les prétendues armes de destruction massive de l’Irak, le Rwanda (où certes l’opinion internationale a été informée des massacres mais pas de tous, ni même des plus graves). Admettons que la menace que le régime de Kadhafi faisait planer  sur une partie de ses compatriotes ait été bien réelle et pouvait justifier une intervention, il reste que les dégâts causés par celle-ci -150 000 victimes, selon certaines sources- ne sont pas encore connus.

déformation moralisante

Si l’on tente d’y voir clair dans les mécanismes médiatiques à l’œuvre dans ces affaires, on pourrait les ramener à deux ressorts  sociologiques simples touchant les journalistes de profession, spécialement les plus jeunes. Le premier est la déformation moralisante qui les pousse à chercher dans toute situation nécessairement complexe des bons et des méchants. Cette approche présente pour eux  plusieurs avantages: elle permet de comprendre vite (ou d’avoir l’impression de comprendre) une situation compliquée; elle  fait de chaque journaliste un missionnaire ou un justicier, non seulement rapporteur de faits mais agent du bien et, ce faisant, elle coïncide assez avec la psychologie de grand adolescent idéaliste qui est souvent celle du correspondant de guerre. Enfin, il est bien connu que présenter les choses, que ce soit dans un article ou dans un livre, en blanc et noir, à la manière d’un western, attise l’attention du public, là où une présentation toute en nuances  pourrait l’ennuyer.

Le second ressort est que le traitement particulier dont bénéficie la profession (existence de services de presse, de correspondants attitrés, d’hôtels réservés pas trop loin du front, conférences de presse) fait que les journalistes, de quelque pays qu’ils viennent et de quelque bord qu’ils soient, vivent ensemble et que celui qui débarque sans savoir où sont les bons et les méchants le demandera aux autres et aura vite fait de se rallier à l’opinion commune. Manichéisme et grégarité semblent ainsi  les deux mamelles de l’information de guerre.

Et si  les  mécanismes de travestissement des faits que nous venons de décrire sont mis en place, l’enquête de terrain est à peine nécessaire. Si l'on apprend qu’à tel endroit un massacre a été commis, il n’est plus nécessaire d’investiguer pour savoir qui en est responsable: ce ne peut être que le camp du méchant. Le correspondant de presse qui se fonde sur une idéologie manichéenne et  l’unanimité de sa corporation, n’a plus besoin de faits, il peut se contenter de ce que Kant appelait les jugements synthétiques a priori.

Outre qu’elle déforme la vérité, on voit au passage à quel point une telle attitude est potentiellement criminelle. Prenons le cas de la Syrie : les opposants au régime de Assad, qui ne sont pas nés de la dernière pluie et possèdent à fond ces mécanismes, ont intérêt aujourd’hui  à perpétrer le maximum d’atrocités: puisque celles-ci seront mises sans examen sur le compte de leur adversaire, chacune d’elle sera une victoire psychologique de plus.

toujours du côté des Etats-Unis

On pourrait arrêter là l’analyse et se contenter de mettre en cause la sociologie d’une profession particulière. Ce serait un peu court. Car, il faut bien le dire, ce mécanisme ne marche pas dans n’importe quel sens: il joue aujourd’hui toujours contre l’Etat, le régime ou la faction opposés aux Etats-Unis (sauf peut-être pour ce qui touche à la Palestine). L’Arabie saoudite, les émirats du Golfe sont tout sauf des Etats démocratiques: des femmes y sont lapidées régulièrement, les élections n’y sont pas truquées puisque il n’y en a pas, les tentatives de révolte y sont réprimées dans le sang. Mais ce sont des alliés des États-Unis et si des faits de ce genre  sont à l’occasion rapportés, ils font au total peu de bruit, passant davantage pour des accidents de parcours que pour l’expression de régimes criminels.

Ce caractère unilatéral ne se résume donc pas à une simple donnée sociologique endogène aux milieux de l‘information. L’information est devenue une arme de guerre. Et comme telle, elle fait appel aux techniques les plus sophistiquées. Elle se trouve manipulée par des gens qui en possèdent tous les ressorts et jouent sans doute comme sur du velours sur la naïveté et l’idéalisme de jeunes journalistes. Le paradoxe est que la plupart de ces correspondants de presse sont orientés à gauche, c’est-à-dire que, pris un à un, ils sont sans doute opposés à la suprématie américaine, critiques de la finance internationale qui la sous-tend, de la prison de Guantanamo ou de l’utilisation abusive de drones etc.

Qu’ils  en arrivent à être de manière à peu près systématique les fantassins de la guerre médiatique menée par la grande puissance en dit long sur  la sophistication des mécanismes à l’œuvre. Sous réserve d’une étude approfondie du sujet qui ne pourra généralement  se faire qu’avec le recul de plusieurs années, voire dizaines d’années, quand tel ou tel régime est présenté comme le plus odieux de la terre, on n’est certain que d’une chose: il déplaît à la puissance dominante. 
Roland Hureau

mardi 26 juin 2012

le soutien aveugle au terrorisme sioniste....« Celui qui voit un problème et qui ne fait rien, fait partie du problème » M. Ghandi

....Les chefs sionistes sont des êtres pervers qui ont perdu le sens des réalités. Leurs extravagances criminelles, au mépris du droit international, ont porté la violence à son paroxysme au cœur de la société palestinienne, ont fini par ruiner la paix au Moyen-Orient....

Depuis le partage de la Palestine imposé en 1947 par l’ONU (pressurée par les Etats-Unis), l’entité sioniste n’a cessé de terrifier les Palestiniens, de les emprisonner (souvent sans procès), de les diaboliser, d’anéantir leur patrimoine culturel, de les exproprier, de détruire leurs champs, de les assassiner – cela à portée du regard du monde entier. Dans les prisons de l’occupant, les conditions de détention sont épouvantables : les détenus palestiniens n’ont pas droit à un avocat ; ils sont violés à l’aide de matraques, privés de sommeil, torturés avec beaucoup de cruauté (et de plaisir)… Les enfants n’échappent pas à la barbarie : une vingtaine par jour sont trainés devant la Cour militaire de « Ofer ». « Les arrestations sont effectuées au milieu de la nuit, généralement sur simple dénonciation de quelqu’un qui n’est souvent qu’un enfant lui-même »... (1)
La politique d’apartheid, désormais banalisée, est une humiliation quotidienne. Les Palestiniens survivent dans des « bantoustans isolés, entourés de murs menaçants, de tireurs d’élite embusqués, de checkpoints, de routes réservées aux colons et de constructions incessantes de colonies juives sur la terre confisquée ». (2) Jamais dans l’histoire humaine, une force d’occupation n’a été aussi fasciste, aussi meurtrière. Jamais on n’a vu autant d’arrogance.
Les chefs sionistes sont des êtres pervers qui ont perdu le sens des réalités. Leurs extravagances criminelles, au mépris du droit international, ont porté la violence à son paroxysme au cœur de la société palestinienne, ont fini par ruiner la paix au Moyen-Orient. Alice Walker, auteur du roman « Couleur pourpre » (qui a refusé que celui-ci soit publié en Israël), affirme que la politique israélienne est pire que la ségrégation qu’elle avait subie jadis en tant que noire américaine et pire que le système d’apartheid qui a sévi en Afrique du Sud. (3)
Les atrocités commises par les colons (armés) et les soldats sont presque toujours ignorées/justifiées par les médias aux ordres. L’imposture, les mensonges et les innombrables complicités ont atteint un stade tel que l’indignation semble vaine. De temps en temps, Abbas et sa clique (Fayyad, Erekat et Qoreï) ressortent le canular appelé « processus de paix ». Pendant qu’ils simulent l’autorité, l’expansion territoriale s’accélère. « Nous sommes les rois du faire traîner et ça marche toujours ! », disent les meneurs sionistes.
Comment se fait-il que des malfrats ayant commis des crimes monstrueux, tout à fait établis et pendant tant d’années contre une population civile sans défense, réussissent encore à se faire passer pour des victimes ? Comment peut-on croire au spectre du « rejet à la mer » et aux « pogroms d’extermination » par des roquettes artisanales ? Applaudir et soutenir des êtres sanguinaires (Sharon, Lieberman, etc.), les recevoir avec tous les honneurs est extrêmement dangereux. L’incroyable lâcheté/complicité affichée par les maîtres du monde est inconcevable autant qu’insupportable.
L’appui fanatique de Washington
L’État juif, d’aucuns aujourd’hui le considèrent comme la menace la plus immédiate pour l’avenir de la planète. Qu’importe, il est aux anges : les chancelleries occidentales soutiennent ses visées hégémoniques et le Conseil de Sécurité, faisant preuve d’une irresponsabilité abyssale, lui permet d’accroître sa puissance nucléaire loin de tout contrôle…
Il y a bien sûr l’appui silencieux de l’Europe, mais il y a surtout le soutien actif et fanatique de l’allié étasunien. La politisation et la militarisation extrêmes du sionisme n’ont été possibles que grâce à ce soutien. Elles n’auraient pas été possibles sans l’appui énergique de la diaspora juive américaine, dont le pouvoir et l’influence se sont développés d’une manière phénoménale après la Seconde Guerre. Le lobby juif – nettement et notoirement israélien – est l’un des lobbies les plus imposants. Il fait partie intégrante du champ politique aux Etats-Unis. Près de trois quarts des membres du Congrès assistent à la conférence annuelle de l’AIPAC. Mark Twain a dit un jour que ces individus étaient « les esprits les plus petits […] et les cœurs les plus lâches que Dieu ait faits ». (4)
Les fameuses « négociations » avec les Israéliens sont une mascarade à couper le souffle. Les Barak, Olmert et Livni ont demandé toujours plus. La mise en scène se répète à l’infini. Il va sans dire qu’un peuple affaibli, dépossédé de tout, trahi par tous, ne peut pas négocier avec un occupant surpuissant. Les documents divulgués l’an dernier par Wikileaks montrent le mépris total de l’intervenant étasunien pour les demandes palestiniennes et son impuissance absolue à obtenir du protagoniste sioniste la moindre concession. Le fait que Washington, en tant que « médiateur », soit à la fois juge et partie montre déjà l’ampleur de la mystification.
On comprend dès lors que le travail de nettoyage ethnique en Palestine se poursuive sans aucune retenue ni contrainte. « Obama nous apprend que la sixième armée au monde – qui fabrique ses avions, ses drones, ses canons, ses satellites ses bombes atomiques – doit pouvoir et a le droit de se défendre contre des guerriers qui en sont encore aux arbalètes. Outre ses moyens propres, la communauté internationale veillera sur elle ». (5) Voilà où nous en sommes.
Un jour, l’ONU parvient à présenter une résolution contre les colonies. Que fait alors l’Empereur Obama ? Par automatisme et sans aucun scrupule, il oppose son veto, dit oui à la spoliation effrénée… Devant l’AIPAC, il déclare sagement que les Etasuniens partagent les mêmes valeurs avec l’Etat juif. Quelles valeurs ?... Et voilà que l’Histoire nous rappelle que les Etats-Unis sont une société de colons. Des colons qui ont exterminé les Amérindiens, méthodiquement et sur une longue période. « Le colonialisme de peuplement c’est ce qu’il y a de pire comme impérialisme, le genre le plus sauvage parce qu’il requiert l’élimination de la population indigène. Ce n’est pas sans relation, je crois, avec le soutien automatique des Etats-Unis à Israël, qui est aussi une société coloniale. La politique d’Israël d’une certaine façon fait écho à l’histoire étasunienne, en est une réplique ». (6)
Les Etats-Unis sont dans le fond une société raciste. Ce ne sont pas leurs soldats qui urinaient sur les cadavres de talibans en Afghanistan, qui se faisaient photographier à côté de cadavres d’Irakiens (pour le souvenir, pour montrer aux copains) ? Aujourd’hui, des touristes étasuniens affluent vers le camp de Gush Etzion, en Cisjordanie occupée, pour suivre des cours sur l’assassinat et la liquidation de « terroristes ». Ils vivent pour un temps l’excitation de l’extrémisme hébreu, assimilent « les valeurs du sionisme » et obtiennent un diplôme ! (7)
Le soutien inconditionnel à Israël s’explique, de plus, par le caractère profondément religieux de la société étasunienne, par l’idée bien incrustée dans les esprits de « la terre promise par Dieu à Israël ». Les chrétiens sionistes ont joué un rôle clé dans la prééminence accordée historiquement à Israël par le pouvoir. Et l’on notera que « le sionisme chrétien précède le sionisme juif et il est beaucoup plus puissant ». (8)
Ces brèves considérations montrent que le problème ne se limite pas aux décideurs : « le meurtre d’une nation par Israël, prévient Chomsky, est aussi commis de nos mains ». (9) Car la responsabilité des destructions et des crimes perpétrés en Palestine (comme en Irak, en Afghanistan, en Libye) repose sur les dirigeants au pouvoir autant que sur ceux qui adhèrent à leur politique. Les citoyens américains ne sont pas innocents : ils paient des impôts et acceptent tacitement le financement des crimes sionistes. Ils sont bel et bien impliqués dans l’action des politiques qu’ils ont élus. S’il est certain que ceux-ci ont trahi les Palestiniens, la société civile devrait normalement prendre la relève.
L’Europe : le crime du silence
L’Etat hébreu, doté d’une quantité excessive d’armes, est assuré en plus du soutien inconditionnel des Européens. Un tel soutien peut s’expliquer par les intérêts économiques ou/et par le sentiment de culpabilité découlant des histoires martelées sur « l’holocauste ». Il s’explique surtout par l’influence pesante et sans-gêne de Washington.
L’Apartheid fait partie des infractions visées par le Statut de Rome, mais jamais les représentants de l’Union européenne n’ont pris position contre l’apartheid israélien et son renforcement. L’accord d’association UE-Israël, foncièrement contre nature, comprend une clause formelle sur le respect des droits de l’homme. « L’UE a l’obligation d’invoquer cette clause et de punir Israël si nécessaire quand il dépasse les limites. Pour moi le problème est la lâcheté de nos politiciens qui n’ont pas la volonté politique d’affronter le pouvoir hégémonique des Etasuniens ou des Israéliens dans les affaires internationales ». (10)
L’Europe prête le flanc à toutes les fourberies. Par exemple, en Grande-Bretagne, le Fonds National Juif (JNF) se présente comme une association écologique qui œuvre pour le reboisement des terres en Palestine, alors qu’il est en réalité « un auxiliaire de l’Etat d’Israël, spécialisé dans le vol de terres palestiniennes ». Grâce au statut caritatif qu’il a acquis, le JNF parvient à recueillir de l’argent « sur le dos des contribuables britanniques ». Un membre des Verts, affirme : « Le JNF est un outil majeur de l’apartheid et du nettoyage ethnique palestinien, qui opère de manière paraétatique sur l’administration des terres ». (11)
Manifestement, l’entité sioniste sous-traite sa politique aux Etats européens. Elle profite depuis longtemps et sans vergogne de leur complicité (au moins de leur silence). Ceux-ci, à n’en pas douter, devraient rendre des comptes pour une telle collaboration. L’assentiment qui accueille les forfaits commis à répétition est une forme extrêmement grave d’entente criminelle ; il révèle aussi la faillite morale du monde « civilisé ».
En France, le gouvernement, en se livrant à un odieux chantage à l’antisémitisme, encourage l’occupation et les visées hégémoniques de l’Etat juif. Les intellectuels qui soutiennent le peuple palestinien se font insulter. Il y a un an, les 400 élus qui ont soutenu la flottille de solidarité turque ont été « nommément traités de collabos et comparés à ceux qui dénonçaient les Juifs pendant la 2ème guerre mondiale ». (12) Récemment, ceux qui ont appelé au boycott d’Israël (campagne BDS) ont été accusés de provocation, de discrimination et d’incitation à la violence. Personne ne s’est indigné des appels au boycott du Mexique, de la Chine, de la Syrie… Seul le boycott d’Israël constituerait une « discrimination contre une nation ».
Les énergumènes de la Ligue de Défense Juive ont la double nationalité, agressent et blessent des citoyens, saccagent des locaux (Librairie Résistances à Paris), recrutent sur leur site des tueurs « pour aller casser du Palestinien en Cisjordanie, s’entraînent militairement dans les locaux connus de la police française »… (13) C’est évidemment très grave, mais personne ne s’en offusque.
Aucun pays n’échappe aux intimidations des sionistes, surtout s’il est faible. Ainsi, en été dernier, la Grèce a été acculée à renoncer à son soutien à la flottille humanitaire pour Gaza. Prise en tenaille, elle a été menacée d’annulation du projet de construction d’un pipeline de gaz en Méditerranée. « Il y a un soutien public énorme pour la flottille mais le gouvernement est violemment pressuré par les Israéliens… Israël va tenter de détruire l’économie grecque s’ils laissent la flottille sortir des ports grecs ». (14) Cela fait penser à la Turquie : il suffirait de brandir le chantage sur l’Arménie pour que son gouvernement perde sa dignité sans la moindre résistance.
Pays arabes : apathie et complicité
L’Egypte, une dictature brutale, était fermement soutenue par les Etasuniens, en raison de son dévouement à « maintenir la stabilité » au Moyen-Orient. Pour les chefs sionistes, le pays voisin idéal est celui qui est dirigé par un autocrate docile. La disparition aujourd’hui de Moubarak n’est pas pour les réjouir. C’est grâce au soutien servile de ce collabo sans scrupules que la politique de nettoyage ethnique et le blocus de la bande de Gaza ont été rendus possibles.
Le jargon utilisé est particulièrement révélateur des obsessions de l’Empire. Les termes « stabilité » et « modération » ne désignent rien d’autre qu’une orientation pro-israélienne. Lorsqu’on entend que les Etats-Unis veulent « renforcer l’engagement de la Jordanie en faveur de la paix, la stabilité, la modération et la lutte contre le terrorisme », il faut comprendre : « en faveur de la soumission totale aux intérêts sécuritaires d’Israël et contre la lutte héroïque des Palestiniens ». (15)
Que dire de l’Arabie saoudite, le second allié majeur des Etasuniens (après Israël) ? Le seul souci de la dynastie wahhabite est de se maintenir au pouvoir et cela est garanti par Washington. A ce titre, K. Christison écrit : « Les USA ont réussi à endiguer toute velléité saoudienne de défendre les Palestiniens et les ont convaincus de s’aligner au moins implicitement sur Israël dans la plupart des cas, comme pendant l’attaque du Liban en 2006 ou pendant l’assaut contre Gaza de 2008-2009, ou en ce qui concerne la menace supposée que représente l’Iran. Le temps où les Saoudiens en voulaient aux USA de leur soutien à Israël pour déclarer un embargo pétrolier comme en 1973, est depuis longtemps révolu ». (16)
Le Qatar, quant à lui, a été le premier des États du Golfe à établir des relations avec l’entité sioniste. Il agit en étroite collaboration avec les Etats-Unis pour appuyer à fond leur mainmise sur la région. Actuellement, il joue le rôle du porte-monnaie dans lequel les conspirateurs occidentaux se servent sans vergogne pour financer les attaques meurtrières contre la Syrie.
Alors les questions latentes et inévitables se posent. En acquiesçant à l’hégémonie sioniste, l’Occident américano-centré ne favorise-t-il pas les menées les plus préjudiciables pour l’Etat qu’il couve ? En incitant cet Etat créé de toutes pièces à l’aveuglement et à la rigidité, en lui faisant croire qu’il peut continuer indéfiniment sur la voie de la démesure, ne le destine-t-il pas en fin de parcours à faire face à son propre sort ?
Les affairistes cyniques et les marchands de l’armement, les officines sionistes et les média-menteurs ne sauraient garantir ad vitam aeternam la constance de la relation privilégiée entre l’Empire et l’entité sioniste. « Et même si cette relation se poursuit un certain temps, sa base est maintenant beaucoup plus fragile. Si on considère, à l’autre bout de l’échiquier, les persistantes puissances régionales anti-étasuniennes [… et] le renversement des derniers dictateurs pro-étasuniens, on se rend compte que, même s’il dure, le soutien étasunien ne sera peut-être pas suffisant pour maintenir dans l’avenir un "Etat juif" raciste et ethnique au cœur d’un monde arabe en plein bouleversement ». (17)
Le doute n’est pas permis : les droits des Palestiniens sur leur terre sont imprescriptibles et inaliénables. L’injustice criminelle, la cruauté et la haine arrogantes finiront tôt ou tard par provoquer une résistance générale. Le journal israélien Yediot Ahranot le reconnaît : « la réputation d’Israël est à son plus bas niveau. Les acteurs et les académiciens nous boycottent ». (18) Aucun Empire n’est éternel. L’ouvrage de Fareed Zakaria « The Post American World » (2008) a montré que « l’émergence de la Chine et, dans une moindre mesure, de l’Inde et du Brésil, voire le retour de la Russie obligent l’hyperpuissance à moins de manichéisme ». (19) Obama, qui a lu le livre, devrait comprendre une telle vérité.
Thami BOUHMOUCH
Professeur univ., Casablanca
http://bouhmouch.blogspot.com
Juin 2012
URL de cet article 17071 http://www.legrandsoir.info/vomito-blanco-le-soutien-aveugle-au-terrorisme-sioniste.html

Paraguay (juin 2012) - Scénario d’un coup d’Etat - Wikileaks : Les Etats-Unis savaient depuis 2009 que l’opposition, au Paraguay, avait l’intention de destituer le président Fernando Lugo, selon un câble publié l’an dernier.

« Il y a des rumeurs qui courent selon lesquelles le leader de la UNACE, le général Lino Oviedo, et l’ex président Nicanor Duarte Frutos, chercheraient à destituer Fernando Lugo au moyen d’un procès politique .à l’intérieur du parlement » disait le texte qui date du 28 mars 2009, envoyé sous le sceau du secret, de l’ambassade des Etats-Unis à Asunción au Département d’Etat dont le siège est à Washington.
La divulgation, publiée en août 2011 par la fondation de Julian Assange met en évidence quelques uns des désaccords observés entre le président et son vice-président.
Selon le câble, l’objectif de Oviedo et de Duarte Frutos serait de profiter de quelques erreur de l’ancien évêque pour mettre sur pied un jugement politique au congrès et s’assurer la suprématie politique. Selon la publication, en cas de victoire du plan des leaders, Franco assumerait la présidence. Duarte, quant à lui, assumerait la présidence du sénat, devenant le troisième
Bien que le libéral (vraisemblablement au sens latino-américain : c’est-à-dire partisan de la liberté plus pour les hommes que pour les marchés) Franco soit le président, Oviedo et Duarte Frutos contrôleraient le Congrès et les tribunaux, disait la publication.
De même, le message secret parlait aussi des « requins de la politique » qui entouraient le chef de l’Etat.
« Nous pensons qu’il se trouve soumis à de grandes pressions », disait le texte, où, par la suite, était décrite la possibilité que quelques uns arrivent à ce qu’il renonce ou affronte un jugement politique.
La destitution de Fernando Lugo par le biais d’un jugement politique a été rejetée par tout le MERCOSUR et une grande partie de l’Amérique Latine : l’Argentine, le Brésil et le Vénézuéla ont déjà retiré leurs ambassadeurs au Paraguay
Informations de Russia Today
Article complet : http://actualidad.rt.com/actualidad/view/47860-WikiLeaks-EE....
Commentaire sur Cubadebate :
jose angel : c’est pour ça qu’ils veulent mettre la main sur Assange. On voit une fois de plus la main de l’Oncle Sam.
http://www.cubadebate.cu/noticias/2012/06/25/segun-cable-de-...

dimanche 24 juin 2012

TROTSKY Léon : Qu’est-ce que la révolution permanente ? (Thèses) - 30 novembre 1929

1. La théorie de la révolution permanente exige actuellement la plus grande attention de la part de tout marxiste, car le développement de la lutte idéologique et de la lutte de classe a définitivement fait sortir cette question du domaine des souvenirs des vieilles divergences entre marxistes russes et l’a posée comme la question du caractère, des liens internes et des méthodes de la révolution internationale en général.
2. Pour les pays à développement bourgeois retardataire et, en particulier pour les pays coloniaux et semi-coloniaux, la théorie de la révolution permanente signifie que la solution véritable et complète de leurs tâches démocratiques et de libération nationale ne peut être que la dictature du prolétariat, qui prend la tête de la nation opprimée, avant tout de ses masses paysannes.
3. Non seulement la question agraire mais aussi la question nationale assignent à la paysannerie, qui constitue l’énorme majorité de la population des pays arriérés, un rôle primordial dans la révolution démocratique. Sans une alliance entre le prolétariat et la paysannerie, les tâches de la révolution démocratique ne peuvent pas être résolues ; elles ne peuvent même pas être sérieusement posées. Mais l’alliance de ces deux classes ne se réalisera pas autrement que dans une lutte implacable contre l’influence de la bourgeoisie libérale nationale.
4. Quelles que soient les premières étapes épisodiques de la révolution dans les différents pays, l’alliance révolutionnaire du prolétariat et de la paysannerie n’est concevable que sous la direction politique de l’avant-garde prolétarienne organisée en parti communiste. Ce qui signifie à son tour que la victoire de la révolution démocratique n’est concevable qu’au moyen de la dictature du prolétariat qui s’appuie sur son alliance avec la paysannerie et résout, en premier lieu, les tâches de la révolution démocratique.
5. Envisagé du point de vue historique, l’ancien mot d’ordre bolchevique, la « dictature démocratique du prolétariat et de la paysannerie », exprimait exactement les rapports, caractérisés plus haut, entre le prolétariat, la paysannerie et la bourgeoisie libérale. Cela fut démontré par l’expérience d’Octobre. Mais l’ancienne formule de Lénine ne préjugeait pas quels seraient les rapports politiques réciproques du prolétariat et de la paysannerie à l’intérieur du bloc révolutionnaire. En d’autres termes, la formule admettait consciemment un certain nombre d’inconnues algébriques qui, au cours de l’expérience historique, devaient céder la place à des éléments arithmétiques précis. Cette expérience a prouvé, dans des circonstances qui éliminent toute autre interprétation, que le rôle de la paysannerie, quelle que soit son importance révolutionnaire, ne peut être un rôle indépendant et encore moins un rôle dirigeant. Le paysan suit ou l’ouvrier ou le bourgeois. Cela signifie que la « dictature démocratique du prolétariat et de la paysannerie » n’est concevable que comme dictature du prolétariat entraînant derrière lui les masses paysannes.
6. Une dictature démocratique du prolétariat et de la paysannerie, en tant que régime se distinguant, par son contenu de classe, de la dictature du prolétariat, ne serait réalisable que dans le cas où pourrait être mis sur pied un parti révolutionnaire indépendant, qui exprimerait les intérêts de la démocratie paysanne et petite-bourgeoise en général, un parti capable, avec l’aide du prolétariat, de conquérir le pouvoir et d’en déterminer le programme révolutionnaire. L’histoire moderne, notamment l’histoire de la Russie au cours des vingt-cinq dernières années, nous montre que l’obstacle infranchissable qui s’oppose à la formation d’un parti paysan est le manque d’indépendance économique et politique de la petite bourgeoisie (paysannerie) et sa profonde différenciation interne qui permet à ses couches supérieures de s’allier à la grande bourgeoisie lors d’événements décisifs, surtout lors de guerre et de révolution, tandis que ses couches inférieures s’allient au prolétariat, ce qui oblige ses couches moyennes à choisir entre ces deux forces. Entre le régime de Kerensky et le pouvoir bolchevique, entre le Kuomintang et la dictature du prolétariat, il n’y a, il ne peut y avoir aucun régime intermédiaire, c’est-à-dire aucune dictature démocratique des ouvriers et des paysans.
7. La tentative faite par l’Internationale communiste pour imposer aujourd’hui aux pays d’Orient le mot d’ordre de la dictature démocratique du prolétariat et de la paysannerie, depuis longtemps dépassé par l’histoire, ne peut avoir qu’un sens réactionnaire. Dans la mesure où l’on oppose ce mot d’ordre à celui de la dictature du prolétariat, il contribue politiquement à la dissolution et à la décomposition du prolétariat dans les masses petites-bourgeoises et crée ainsi des conditions favorables à l’hégémonie de la bourgeoisie nationale, donc à la faillite et à l’effondrement de la révolution démocratique. Introduire ce mot d’ordre dans le programme de l’Internationale communiste signifie véritablement trahir le marxisme et les traditions d’Octobre du bolchevisme.
8. La dictature du prolétariat qui a pris le pouvoir comme force dirigeante de la révolution démocratique est inévitablement et très rapidement placée devant des tâches qui la forceront à faire des incursions profondes dans le droit de propriété bourgeois. La révolution démocratique, au cours de son développement, se transforme directement en révolution socialiste et devient ainsi une révolution permanente.
9. La conquête du pouvoir par le prolétariat ne met pas un terme à la révolution, elle ne fait que l’inaugurer. La construction socialiste n’est concevable que sur la base de la lutte de classe à l’échelle nationale et internationale. Cette lutte, étant donné la domination décisive des rapports capitalistes sur l’arène mondiale, amènera inévitablement des éruptions violentes, c’est-à-dire à l’intérieur des guerres civiles et à l’extérieur des guerres révolutionnaires. C’est en cela que consiste le caractère permanent de la révolution socialiste elle-même, qu’il s’agisse d’un pays arriéré qui vient d’accomplir sa révolution démocratique ou d’un vieux pays capitaliste qui a déjà passé par une longue période de démocratie et de parlementarisme.
10. La révolution socialiste ne peut être achevée dans les limites nationales. Une des causes essentielles de la crise de la société bourgeoise vient de ce que les forces productives qu’elle a créées tendent à sortir du cadre de l’Etat national. D’où les guerres impérialistes d’une part, et l’utopie des Etats-Unis bourgeois d’Europe d’autre part. La révolution socialiste commence sur le terrain national, se développe sur l’arène internationale et s’achève sur l’arène mondiale. Ainsi la révolution socialiste devient permanente au sens nouveau et le plus large du terme : elle ne s’achève que dans le triomphe définitif de la nouvelle société sur toute notre planète.
11. Le schéma du développement de la révolution mondiale tracé plus haut élimine la question des pays « mûrs » ou « non mûrs » pour le socialisme, selon cette classification pédante et figée que le programme actuel de l’Internationale communiste a établie. Dans la mesure où le capitalisme a créé le marché mondial, la division mondiale du travail et les forces productives mondiales, il a préparé l’ensemble de l’économie mondiale à la reconstruction socialiste.
Les différents pays y arriveront avec des rythmes différents. Dans certaines circonstances, des pays arriérés peuvent arriver à la dictature du prolétariat plus rapidement que des pays avancés, mais ils parviendront au socialisme plus tard que ceux-ci.
Un pays colonial ou semi-colonial arriéré dont le prolétariat n’est pas suffisamment préparé pour grouper autour de lui la paysannerie et pour conquérir le pouvoir est de ce fait même incapable de mener à bien la révolution démocratique. Par contre, dans un pays où le prolétariat arrive au pouvoir à la suite d’une révolution démocratique, le sort ultérieur de la dictature et du socialisme dépendra moins, en fin de compte, des forces productives nationales que du développement de la révolution socialiste internationale.
12. La théorie du socialisme dans un seul pays, qui a germé sur le fumier de la réaction contre Octobre, est la seule théorie qui s’oppose d’une manière profonde et conséquente à la théorie de la révolution permanente.
La tentative faite par les épigones pour limiter, sous les coups de la critique, l’application de la théorie du socialisme dans un seul pays à la seule Russie, à cause de ses propriétés particulières (l’espace, les richesses naturelles), n’améliore rien, mais au contraire aggrave tout. La renonciation à une attitude internationale mène inévitablement au messianisme national, c’est-à-dire à la reconnaissance d’avantages et de particularités spécifiques, qui permettent à un pays de jouer un rôle auquel les autres ne sauraient s’élever.
La division mondiale du travail, la dépendance de l’industrie soviétique à l’égard de la technique étrangère, la dépendance des forces productives des pays avancés à l’égard des matières premières asiatiques, etc., rendent impossible la construction d’une société socialiste autonome, isolée dans n’importe quelle contrée du monde.
13. La théorie de Staline-Boukharine oppose non seulement d’une façon mécanique la révolution démocratique à la révolution socialiste, en dépit des expériences des révolutions russes, mais elle détache aussi la révolution nationale de la révolution internationale.
Elle place les révolutions des pays arriérés devant la tâche d’instaurer le régime irréalisable de la dictature démocratique, qu’elle oppose à la dictature du prolétariat. Ainsi, elle introduit en politique des illusions et des fictions, elle paralyse la lutte du prolétariat pour le pouvoir en Orient et elle freine la victoire des révolutions coloniales.
Du point de vue de la théorie des épigones, la conquête du pouvoir par le prolétariat constitue, à elle seule, l’accomplissement de la révolution (pour les « neuf dixièmes », selon la formule de Staline) ; elle inaugure l’époque des réformes nationales. La théorie de l’intégration du koulak dans le socialisme et la théorie de la « neutralisation » de la bourgeoisie mondiale sont, par conséquent, inséparables de la théorie du socialisme dans un seul pays. Elles tiennent et s’effondrent ensemble.
La théorie du socialisme national dégrade l’Internationale communiste, qu’elle emploie comme une arme auxiliaire utilisable dans la lutte contre une intervention armée. La politique actuelle de l’Internationale communiste, son régime et le choix de ses dirigeants correspondent parfaitement à sa déchéance et à sa transformation en troupe auxiliaire qui n’est pas destinée à résoudre des tâches qu’on lui propose d’une manière autonome.
14. Le programme de l’Internationale communiste, œuvre de Boukharine, est éclectique d’un bout à l’autre. C’est une tentative désespérée pour unir la théorie du socialisme dans un seul pays à l’internationalisme marxiste, qui est cependant inséparable du caractère permanent de la révolution mondiale. La lutte de l’opposition communiste de gauche pour une politique juste et un régime sain dans l’Internationale communiste est indissolublement liée à la lutte pour un programme marxiste. La question du programme est à son tour inséparable de celle des deux théories opposées : la théorie de la révolution permanente et la théorie du socialisme dans un seul pays. Le problème de la révolution permanente a depuis longtemps dépassé le cadre des divergences épisodiques entre Lénine et Trotsky, divergences qui, au surplus, ont été entièrement épuisées par l’histoire. Il s’agit de la lutte entre les idées fondamentales de Marx et de Lénine, d’une part, et l’éclectisme des centristes, d’autre part.
Léon Trotsky
Constantinople, le 30 novembre 1929.

LA REVOLUTION PERMANENTE - JE VOUDRAIS SANS LA NOMMER VOUS PARLER D'ELLE

Je voudrais, sans la nommer,
Vous parler d’elle
Comme d’une bien-aimée,
D’une infidèle,
Une fille bien vivante
Qui se réveille
A des lendemains qui chantent
Sous le soleil.
, Georges Moustaki 

C’est elle que l’on matraque,
Que l’on poursuit que l’on traque.
C’est elle qui se soulève,
Qui souffre et se met en grève.
C’est elle qu’on emprisonne,
Qu’on trahit qu’on abandonne,
Qui nous donne envie de vivre,
Qui donne envie de la suivre
Jusqu’au bout, jusqu’au bout.
Je voudrais, sans la nommer,
Lui rendre hommage,
Jolie fleur du mois de mai
Ou fruit sauvage,
Une plante bien plantée
Sur ses deux jambes
Et qui trame en liberté
Ou bon lui semble.
C’est elle…
Je voudrais, sans la nommer,
Vous parler d’elle.
Bien-aimée ou mal aimée,
Elle est fidèle
Et si vous voulez
Que je vous la présente,
On l’appelle
Révolution Permanente !
C’est elle…
Sans La Nommer

Sans La Nommer -Without Naming Her
Transalted in ENglish by Lydie H Jones

I would like without naming her to speak about her
as of a beloved one, an unfaithful
a very living girl who wakes up
who has tomorrows which sing under the sun

it is her that we truncheon
that we follow, that we hunt down
it is her that rises up,
that suffers and gets on strike
it is her that we imprison
that we betray, that we abandon
that gives us desire to live,
that gives us the desire to follow her until the end

I would like without naming her to pay tribute to her
pretty flower of May or wild fruit
a plant deeply planted on her two feet
and that wanders freely where she feels like going

it is her that we truncheon
that we follow, that we hunt down
it is her that rises up,
that suffers and gets on strike
it is her that we imprison
that we betray, that we abandon
that gives us desire to live,
that gives us the desire to follow her until the end

I would like without naming her to pay tribute to her
beloved or outcast she is faithful
and if you want me to introduce you to her
we call her Permanent Revolution

it is her that we truncheon
that we follow, that we hunt down
it is her that rises up,
that suffers and gets on strike
it is her that we imprison
that we betray, that we abandon
that gives us desire to live,
that gives us the desire to follow her until the end

BHL : L'art de la guerre, avec un verre de vin

PARIS - Elle se trouvait là, dans un coin discret, jamais repérée par les hordes de touristes : ma petite table favorite depuis les années 80 au Café de Flore à Saint-Germain. J'en ai pris possession, j'ai commandé un croque-monsieur et un verre de Chablis, et j'ai repris mes activités, en lisant et en regardant le monde passer devant moi pour la première fois depuis la chute du Roi Sarko.
Première impression : où diable mon bouquiniste peut-il bien se trouver ? La vénérable librairie La Hune, juste au milieu de mon angle de vision, semblait avoir été frappée par le feu de l'enfer. Zeus merci, elle avait déménagé pas loin. Deuxième impression plus prometteuse : BHL ne se trouvait pas au Flore. En fait, le philosophe français Bernard-Henri Lévy, alias BHL, était occupé ailleurs à assurer la promotion de sa prochaine guerre.
BHL n'est pas simplement un philosophe/écrivain/cinéaste, il est avant tout le patron exécutif d'une gigantesque opération de relations publiques montée à la gloire perpétuelle de lui-même. Il dirige pratiquement l'arène culturelle française, de la même manière que Christopher Hitchens pensait faire la pluie et le beau temps aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne.
Pouvons-nous vivre dans la médiocrité ? Si seulement Sartre était encore vivant pour renvoyer BHL d'un coup de pied dans le derrière vers son jardin d'enfants intellectuel ! BHL s'est rendu dernièrement au Festival du film de Cannes en emportant dans ses bagages quelques rebelles otanesques libyens en guise d'animaux de compagnie - des compagnons de son aventure de « libération », comme Moustafa El-Zagizli, de Bengazi, fièrement présenté comme le « prince des chabab », et le général Ramadan Zarmouth, de Misurata.
Bernard-Henri Lévy et deux combattants syriens
Le colonel Kadhafi avait l'habitude de planter ses tentes à Rome et de faire embrasser ses magnifiques robes par les potentats occidentaux. Les rebelles otanesques libyens, pour leur part, étaient abasourdis et troublés par leur expérience explosive des tapis rouges de Cannes.
Fait décisif, en compagnie de ses Libyens favoris, qui maugréaient contre « l'unité de la révolution », BHL avait également emmené avec lui - qui d'autre ? - ses Syriens favoris, deux Kurdes, des personnages louches en lunettes noires, dont les têtes étaient enveloppées dans des drapeaux syriens. Ils étaient décrits comme « des combattants qui avaient fui la Syrie en cachette, il y a seulement quelques heures, pour découvrir Le Serment de Tobrouk ».
Nous avons donc là le sioniste certifié BHL, emmenant avec lui ses Arabes de service pour visionner la première mondiale de son nouveau film. Oui, toute cette affaire devait faire partie d'un autre exercice de glorification de BHL. Après avoir gagné pratiquement à lui tout seul la guerre de Libye - selon son propre « récit » - BHL a maintenant insisté sur le fait que « ce qui a été fait à Bengazi ne fut pas plus facile que ce qui devrait être fait à Homs ». Garçon ! Apportez-moi un changement de régime avec mon Chablis !
La guerre, c'est moi
Quant au film, diffusé sur les écrans en France et déjà vendu au marché nord-américain, il pourrait aspirer à se qualifier comme pièce surréaliste digne d'Alfred Jarry. Mais en tant que paon hyperactif, BHL n'a pas la moindre faculté d'autocritique, et ce qui reste est un BHL cinéaste se filmant lui-même en tant que réalisateur de l'Histoire en marche. Voilà comment une tradition littéraire et philosophique française vieille de plusieurs siècles se termine : L'Intellectuel est devenu un va-t-en guerre.
En voix off - quelle autre ? - celle de BHL non-stop : un monologue néo-proustien débité qui flirte avec Sun Tzu. BHL parcourt les rues de Bengazi à la recherche d'un héro rebelle postmoderne, et il le trouve en la personne d'Abdul OTAN Jalil.
La scène est à présent installée pour que BHL d'Arabie joue son épopée libératoire, constamment vêtu d'une veste noire, d'une chemise blanche Charvet méticuleusement ouverte pour montrer sa peau blanche, et un téléphone satellitaire collé sur son oreille, depuis les déserts et les montagnes jusqu'aux salons du Palais de l'Elysée et - bien sûr - le Café de Flore qui se révèle à une délégation libyenne éblouie.
Tous, du Roi Sarko à la Reine Hillary « Nous sommes venus, nous avons vu, et il mourut » Clinton et à David Cameron d'Arabie, sont manipulés pour servir d'extras dans une guerre de libération concoctée par BHL. Qui a réellement envie de savoir ce qu'il s'est réellement passé en Libye, comme l'Asia Times Online l'a rapporté pendant des mois ?
BHL rejoue inévitablement le coup de fil tristement célèbre qui aurait converti le Roi Sarko au changement de régime. Sarko lui-même a nourri ce mythe, en déclarant à la télé française en mars 2011 comment cet appel téléphonique l'avait conduit à rencontrer les rebelles de l'OTAN et à démarrer l'offensive franco-britannique. Foutaise ! Le changement de régime avait déjà été décidé à Paris depuis octobre 2010, lorsque le chef du protocole de Kadhafi s'était enfui de Libye pour se réfugier en France.
Maintenant, BHL est très occupé à rappeler au nouveau président français François Hollande « la France fera-t-elle pour Houla et Homs ce qu'elle a fait pour Bengazi et Misurata ? ». Eh bien, la coalition des volontaires est déjà en place : la France, la Grande-Bretagne, les Etats-Unis, la Turquie et la Ligue Arabe contrôlée par le Conseil de Coopération du Golfe ! Ils se nomment eux-mêmes « les Amis de la Syrie » et décideront des prochaines étapes du changement de régime, à Paris début juillet.
BHL concède que « sauver l'euro est une obligation impérieuse », mais le drame grec pourrait ne pas empêcher Hollande de passer un coup de fil, exactement comme BHL l'a fait averc son prédécesseur le Roi Sarko, pour convaincre la Russie et la Chine que l'Etat terroriste syrien relève du passé. Evidemment, BHL ne reconnaîtra jamais la nature terroriste de l'Etat israélien envers les Palestiniens, même s'il était sur le point de se faire écraser par un char de Tsahal. De toute façon, si Hollande cale, BHL se tournera vers David Cameron d'Arabie.
BHL insiste pour dire qu'il a réalisé Le Serment de Tobrouk pour la Syrie. En Libye, dit-il, il y avait « une réelle coalition avec les pays arabes, qui impliquait les forces émiraties et qataries ».

Pour l'Emir du Qatar, le Serment de Tobrouk devrait être perçu comme une comédie musicale façon « The Sound of Music ». Après tout, le Qatar a déjà acheté la moitié de la Place Vendôme, une bonne partie des Champs-Élysées et presque tout entre Madeleine et Opéra.

BHL pourrait faire pire que passer lui-même un coup de fil à l'Emir francophile pour lui demander de financer sa prochaine guerre. Mais dites donc, le Qatar arme déjà les rebelles syriens ! Prochaine étape pour BHL? L'Iran. 
Pepe Escobar
Source : TTAXCALA