vendredi 13 mai 2011

La France, boucher raciste de Haïti, du Vietnam, de la Syrie, de l’Algérie est le premier pays à bombarder la Libye

Les armes françaises de haute technologie qui tuent des Libyens par humanisme désintéressé, nous rappellent les massacres français perpétrés de 1954 à 1960 en Algérie, à une distance de seulement quelques kilomètres de l’endroit où les Français tuent depuis samedi dernier.


Le Mirage, ce magnifique avion de combat français aux lignes pures mais à la puissance mortelle qui largue des missiles pour imposer une "zone d’exclusion aérienne" à l’allure inoffensive, rappelle aux Arabes les avions meurtriers utilisés contre la population civile arabe du protectorat français de la Syrie.

Les Français qui bombardent fièrement "par mesure de protection" l’Afrique du Nord qu’ils ont jadis possédée et exploitée, nous rappellent le triple génocide en Indochine française. Le premier pendant l’occupation brutale et raciste du Vietnam, du Laos et du Cambodge ; le second quand l’armée coloniale de Vichy qui gérait les colonies de l’armée impériale japonaise a prêté son concours à la confiscation du riz pour l’exporter au Japon laissant un million de Vietnamiens mourir de faim ; le troisième, quand les troupes françaises, arrivées au Vietnam sur des navires étasuniens presque tout de suite après les joyeuses célébrations de la libération de l’occupation nazie dans les rues Paris, ont passé huit ans à assassiner des Vietnamiens.

On peut aussi se rendre compte du manque d’humanité passé de la France si on se rappelle la triste histoire des cinq génocides français perpétrés en Haïti. Le premier en réduisant les Africains à l’esclavage ; le second en les faisant travailler jusqu’à ce que mort s’ensuive en Haïti pour enrichir la France ; le troisième, en réprimant la rébellion des esclaves d’Haïti ; le quatrième en exigeant de Haïti des réparations financières qui ont coûté beaucoup de vies ; et le cinquième, en refusant de rendre à Haïti les sommes exorbitantes qui leur ont été extorquées alors que le pays a été détruit par un tremblement de terre, et souffre de la pauvreté, de l’exploitation des USA et de l’occupation étrangère.

La France opportuniste, CNN et la CIA ont encouragé et soutenu la rébellion de l’est de la Libye qui, jusqu’en 1951, a eu une histoire séparée sous le nom de Cyrénaïque* et la France a amené d’autres parangons d’hégémonie politique vertueuse à brandir la démocratie comme étant le droit légitime de ceux qui se rebellent en Libye.

Mais la démocratie, et ce qui est plus important encore, la liberté, a été pendant des siècles refusée à la population non blanche du globe.

Les milliards d’être humains qui ne sont pas blancs, qui étaient autrefois occupés par un pouvoir colonial et sont aujourd’hui encore exploités par des puissances néocoloniales, se souviennent que les Français et les Anglais, tout en pratiquant orgueilleusement la démocratie parlementaire chez eux, refusaient à la pointe du fusil toute espèce de démocratie et de liberté aux millions de sujets qu’ils colonisaient.

Pour quasiment toute la planète, il est évident que ce sont les dépôts de pétrole de la Libye qui ont besoin d’être libérés du contrôle africain. Libérer l’Afrique de ses richesses, voilà ce qui a toujours motivé l’intervention armée des nations industrialisées et déshumanisées.

Contrôler leurs propre richesse pétrolifères a permis aux Libyens et à leurs voisins algériens, de jouir du plus haut niveau de vie de l’Afrique (L’Afrique du Sud est plus riche mais les inégalités sont plus grandes).

Il n’y a pas grand monde que la France et les autres puissance néocoloniales actuelles (qui se trouvent toutes être blanches) parviennent à tromper aujourd’hui.

C’est le pétrole libyen qu’il faut libérer -libérer du contrôle africain. Et les objectifs humanitaires ne sont que le prétexte à cette "libération".

Note :
En 1934, l’Italie a adopté le nom "Libye" (utilisé par les anciens Grecs pour toute l’Afrique du nord sauf l’Egypte) pour ses colonies de la Cyrénaïque italienne et de la Tripolitaine italienne, les deux ayant été dirigées par des gouverneurs italiens différents. L’Italie avait pris les deux aux Turcs ottomans en 1911. De 1943 à 1951, la Tripolitaine et la Cyrénaïque ont été administrées par les Britanniques pendant que les Français contrôlaient Fezzan et les USA détenaient la grande base aérienne de Wheelus.

* Jay Janson a passé huit ans comme chef d’orchestre assistant de l’orchestre symphonique du Vietnam à Hanoi et a fait des tournées dans le pays, y compris avec Dan Tai-son qui répétait dans un abri anti-bombes.
L’orchestre a été fondé par Ho Chi Minh et il a donné la plupart de ses concerts à l’Opéra qui est une copie de l’Opéra de Paris en plus petit. En 1945 notre allié Ho, flanqué d’un major étasunien et d’un colonel anglais, a déclaré l’indépendance du Vietnam d’un balcon qui dominait la grande place. Tout le monde dans l’orchestre a perdu un membre de sa famille "tué par les américains" comme ils disent sobrement suivant l’habitude bouddhiste de ne pas porter d’accusation.

  
Source : Info-Palestine

Maghreb et Proche-Orient : de la révolte à la Révolution !

Au Maghreb et au Moyen-Orient les mobilisations populaires contestant l’ordre établi se poursuivent et la marée montante bouscule progressivement les différents pouvoirs en place sous son flot. Le monde change sous nos yeux : et d’une façon qu’aucun aurait prédit il y a seulement 6 mois.
Partie de la Tunisie, la révolte a gagné l’Egypte (les deux chefs de ces Etats sont tombés) : elle gagne progressivement l’Algérie, la Lybie, le Maroc, la Mauritanie, Djibouti, jusqu’au Proche-Orient et au Moyen-Orient pour toucher désormais le Bahreïn, la Jordanie, le Yémen. Ces mobilisations se consolident dans leur capacité de « questionnement » des systèmes étatiques au service des classes dominantes, elles-mêmes outils des grandes puissances impérialistes. Le départ des dictateurs en Tunisie et en Egypte n’a pas fait disparaître la contestation et les révoltes ; les grèves interrogent désormais les « systèmes », les pouvoirs d’état, etc. Ces aspects communs à tous les processus en cours ne doivent pas masquer des situations qui restent à chaque fois spécifiques. L’ampleur et les acquis des mouvements populaires restent non seulement incertains pour le moment, mais aussi hétérogènes en fonction des pays. L’histoire continue de se dessiner sous nos yeux au grès des rapports de forces et des complexités multiples en jeu dans chaque contexte national particulier, lui-même inscrit dans un cadre géopolitique international spécifique.
Analyser, distinguer les éléments, pour comprendre les raisons et les conséquences de ces révoltes
La distance aux faits est encore courte mais quelques observations peuvent néanmoins être dégagées. Si nous voulons les comprendre nous devons particulièrement distinguer les éléments déclencheurs, des causes et des révélateurs.
L’élément symbolique déclencheur des révoltes en Tunisie a été l’immolation par le feu le 17 décembre 2010 de Mohamed (Tarek) El Bouazizi à Sidi Bouzid. Travailleur diplômé mais précaire, âgé de 26 ans, il était marchant ambulant, et s’est immolé pour protester contre les humiliations et les violences policières quotidiennes, sa condition de pauvreté intenable et la surdité de plomb du régime face à la vie indigne du peuple tunisien. Cet acte a été l’étincelle qui a rallumé les braises brûlantes d’une situation prête à l’explosion sociale. En effet, les causes des révoltes préexistaient à cette étincelle. L’Afrique du Nord, comme l’Afrique Noire, Le Proche-Orient et bien d’autres pays dans le monde sont au bord de l’implosion et de l’explosion depuis de nombreuse années : le système capitaliste mondialisé y impose la nature politique et économique des régimes, les conditions d’existence déshumanisées pour le plus grand nombre (pauvreté, chômage, précarité, absence de perspective), absence de démocratie et de liberté, dépendance à l’impérialisme occidental (Européen et Etats-unien), bourgeoisies nationales compradores « vendues » à leurs intérêts et aux plus offrants. L’insoutenable caractérise la situation sociale de tous ces pays en révolte. Si l’immolation du jeune Bouazizi est le déclencheur, ce qui est révélé au travers de ces révoltes c’est la nature de notre monde : un monde inégal où la course au profit des différents impérialismes produit guerres, famines et misères.
Cette situation sociale inhumaine est en place depuis le tournant libéral mondial de la décennie 80, conséquence de l’offensive impérialiste après la chute des pays dit de « l’Est » et avec elle de la disparition des équilibres issus de la seconde guerre mondiale. Elle s’est encore brusquement aggravée avec la « crise mondiale » de ces deux dernières années. Si cette crise a signifié dans les pays capitalistes du Nord une aggravation de la pauvreté des classes populaires, elle a signifié pour les pays du Sud, capitalistes et dépendants, la misère à grande échelle et dans certains d’entre eux la perspective de la famine à court terme. Une des raisons de la cécité devant ces révoltes qui mûrissaient progressivement est le regard occidentalo-centré sur la crise, mais aussi le recul de la vision mondialisée des processus économiques et politiques, l’oubli que le capitalisme a unifié la planète tout en la structurant de manière inégale, et en conséquence l’abandon des perspectives internationalistes.
Que nous révèle dès lors la situation : d’une part que les peuples sont saignés depuis des années par les politiques nationales (choix des gouvernants) et internationales (FMI, Banque mondial, Union européenne, Françafrique, etc.), qui produisent leur existences quotidiennes limitées à la survie. Ensuite, que la dite « crise financière » internationale a été analysée à tort de manière occidentalo-centrée. Parce que les mouvements sociaux de révoltes sont des conséquences, par « effet domino », économiques et sociales de cette crise.
Dans un tel contexte, il convient de caractériser ces processus révolutionnaires en partant des intérêts matériels qui s’affrontent et des classes sociales que représentent ces intérêts. Plusieurs caractérisations ont été mises en avant par les médias dominants pour détourner de la conscientisation des enjeux réels. Elles ont en premier lieu été présentées comme de simples émeutes de la faim, comme les pays du Sud ont en connu depuis plusieurs décennies. Il y a bien sûr des causes économiques immédiates aux révoltes, liées à l’augmentation des prix de premières nécessités mais ces causes immédiates n’ont été que le dernier changement quantitatif qui a suscité un saut qualitatif dans les comportements et les consciences. En témoigne la nature politique des revendications : le départ des dictateurs et de leurs régimes. Si les révoltes ont une base économique, elles ne se réduisent pas à des « émeutes de la faim ».
La seconde caractérisation proposée par les médias dominants est exactement inverse. Les révoltes populaires ne seraient issues que d’une aspiration abstraite à la démocratie. Il s’agit ici de nier la base économique des révoltes dans l’espoir de changer de pions au sommet de l’état, pour que la calme revienne. On a ainsi mis en avant le rôle des couches moyennes pour sous-estimer celui des masses populaires ouvrières et paysannes, en emploi ou au chômage ; on a glosé sur le rôle de facebook, etc. En réalité il ne s’agit pas de révoltes pour la liberté. Si les révoltes ont mis en avant la question des droits démocratiques c’est parce que ceux-ci sont objectivement nécessaires (que les révoltés en aient conscience ou pas ne change pas la situation), tout comme ils sont indispensables pour mener les combats pour la défense des intérêts populaires. En témoigne la vague de grèves qui a suivit le départ de Moubarak. Il n’y a pas d’un côté le combat pour la liberté (droits démocratiques) et de l’autre celui pour l’égalité (revendications économiques) mais un seul processus dans lequel les droits démocratiques permettent de mener la lutte pour les revendications économiques d’une part et dans lequel ces revendications économiques renforcent le combat démocratique, d’autre part. Ni simple émeute de la faim, ni simple combat pour la liberté, ces révoltes sont des processus révolutionnaires justement parce qu’il y a articulation de l’infrastructure[1] et de la superstructure[2] dans les mouvements en cours.
Au-delà, si les acquis des processus révolutionnaires tunisien et égyptien, sont fragiles, s’est effectivement parce que rien n’est joué. Les forces en présence s’affrontent pour définir la suite. Le 11 février 2011 les tunisiens ont dû mettre en place un Congrès (comité) National de Sauvegarde de la Révolution. Hier est tombé, mais demain n’est pas encore dessiné. Des têtes sont tombées, mais les « systèmes » n’ont pas encore été changés. Aujourd’hui, rien ne garanti que les aspirations populaires vont pouvoir être confirmées à travers la mise en place de nouveaux systèmes politiques, sociaux et économiques. L’inverse reste également possible.
C’est justement pour cela qu’il n’est pas juste de parler de « révolution ». Dans une approche matérialiste une révolution se caractérise par un changement des rapports de production ce qui est loin d’être encore acquis. Une révolution c’est le passage d’un seuil qualitatif qui change durablement les structures et non seulement l’apparence. Cela n’enlève rien à l’importance des processus en cours. En témoigne la peur qui a saisie les grandes puissances impérialistes et leurs frénésies pour « accompagner le changement », c'est-à-dire le stopper et le contenir. Mais au-delà d’autres acquis doivent également être mis en évidence : le « redémarrage » en avant de l’histoire[3] !!

Le retour des peuples sur la scène de l’histoire… et des révolutions sur le devant de la scène.
Au moment de la chute du mur de Berlin et de l’URSS, les néo-libéraux (socio-libéraux et conservateurs) avaient proclamé la « fin de l’histoire », c'est-à-dire la victoire du capitalisme à l’échelle planétaire et les disparitions des hypothèses communistes. Pendant 20 ans, les peuples avaient été écartés de la scène historique et politique. Les « démocraties » et les dictatures célébraient ensemble la victoire du capitalisme à l’échelle planétaire. Les révoltes actuelles réaffirment pourtant que les peuples ne sont pas morts, qu’ils ne sont pas faibles, mais qu’ils ont été sans doute affaiblis, mais surtout invisibilisés et niés. Les peuples reprennent leur place d’acteur politique. Les premiers signes de cette marche en avant ont d’abord été perceptibles en Amérique Latine avec les processus révolutionnaires engagés au Venezuela, en Equateur, en Bolivie, tout en s’appuyant sur l’expérience Cubaine. Les révoltes du Maghreb et du Machrek[4] sont un élargissement du périmètre de ce mouvement historique. Au minimum il s’agit de la fin d’une période de reflux, les chapitres des défaites sont ainsi achevés, cassés et dépassés. Toutefois il ne faut pas nous laisser emporter par l’enthousiasme et risquer de déformer la réalité en prenant nos désirs pour celle-ci : les chapitres des victoires populaires ne sont ni assurés, ni encore écrits, l’essentiel reste à faire de ce point de vue.
Mais là encore les peuples en révolte là-bas nous donnent une leçon par la manière dont ils construisent réalistement ce processus révolutionnaire, sans demander l’impossible : ils s’assurent d’abord de créer les conditions en mettant en avant des revendications de changements démocratiques des systèmes étatiques et donc de libre expression, d’accès aux médias et l’expression du peuple. Cela passe par la reconnaissance des partis d’opposition, qui s’est traduite par exemple en Tunisie par la récente autorisation du Parti Communiste Tunisien (PCOT). En même temps que des revendications de changements des conditions de vie quotidienne et d’abord d’accès et de partage des richesses nationales (les fruits du tourisme, du pétrole ou des autres ressources), ou encore des revendications visant à redéfinir au service de qui sont l’état et l’économie ?
Par contre, il faut également savoir maîtriser son enthousiasme et encore une fois ne pas prendre ses désirs pour des réalités en faisant remarquer qu’il s’agit moins de « révolutions » auxquelles nous assistons que de processus révolutionnaires qui sont à l’œuvre. L’histoire nous dira ultérieurement si ce sont effectivement des révolutions, et ce parce que si deux têtes sont tombés, et que peut être d’autres tomberont, les systèmes ne sont pas encore pour autant remplacés. Parce que comme nous l’avons dit une révolution se caractérise par les changements des rapports de production et les rapports de force entre classes dominantes et classes dominées. Et donc que pour le moment, rien ne permet de dire qu’il s’agisse de révolutions, ce sont encore les classes dominantes qui se battent pour savoir qui va prendre la place des anciens dirigeants.
Nous avons dit précédemment que ces révoltes ne sont pas tombées du ciel, ni ne sont issues de ce qui en a été le déclencheur (en Tunisie, l’immolation de Mohamed El Bouazizi). Si ce ne sont pas des émeutes de la faim ce ne sont pas plus des révoltes spontanées, telles que les qualifient beaucoup de commentateurs. Si elles présentent un caractère de spontanéité, ou plutôt d’imprévu, elles n’ont rien qui relèverait d’une génération spontané, venue de « nulle part ». Des conditions économiques, sociales, et politiques étaient réunies qui en sont les racines profondes. Si aucune organisation n’a structuré, préparé, coordonné ces révoltes et mobilisations, c’est en cela qu’il y donc, dans une certaine mesure un caractère spontanée, non planifié. Pour autant cela n’était pas spontané dans le sens où ces mobilisations ont été précédées par une accumulation de faits (nombre, régularité, radicalité, secteur de la société en lutte) relevant du mécontentement, du ras-le-bol, du rejet, etc., mais aussi de grèves, de manifestations, de formes diverses de protestations. Ces faits se sont cumulés quantitativement et se sont traduits par des changements qualitatifs progressifs et aujourd’hui par un basculement qualitatif majeur.

Contre-offensive et organisation des classes dominantes
Au-delà, la situation actuelle ne peut être comprise sans intégrer à l’analyse le jeu des contradictions entre les grandes puissances impérialistes pour la redéfinition des « chasses gardés » et des zones d’influence. La fin des équilibres issus de la seconde guerre mondiale a signifié le retour à la logique pure du système impérialiste. Il n’y a désormais plus de « peur du rouge » pour contraindre cette logique pure. Concrètement cela se traduit entre autre par une aggravation de la lutte entre grandes puissances impérialistes pour le partage du monde et de ses richesses. L’impérialisme français hérite de son passé colonial une place particulière dans les pays en révolte. Il est considérablement affaibli aujourd’hui. L’impérialisme américain ne pouvait pas ne pas tenter de « tirer les marrons du feu » de cet affaiblissement d’un concurrent et derrière lui du bloc impérialiste auquel la France appartient, l’Europe impérialiste.
Aucun de ces deux blocs n’est donc inactif. Si la « diplomatie française » est officiellement silencieuse elle n’en est pas moins active pour maintenir ses intérêts stratégiques en Afrique. Si la « diplomatie américaine » et Obama sont bavards pour dénoncer la répression et inviter au « changement » ce n’est pas par progressisme, mais par intérêt. L’appareil américain et l’OTAN se prépare déjà à d’éventuelles interventions armées à commencer par la Lybie. N’oublions pas que ce n’est pas la première fois que l’impérialisme américain brandit le drapeau du soutien à « l’autodétermination » pour faire avancer ses pions contre ses concurrents et toujours au détriment des peuples. Après la seconde guerre mondiale cette stratégie a été employée pour tenter de profiter des luttes d’indépendance nationale. Plus récemment c’est le même discours idéologique qui a été utilisé pour démembrer la Yougoslavie et disloquer l’URSS. Les peuples n’ont bien sûr rien gagné à cette « libération » et pseudo « autodétermination ».
Il y a bien risque de récupération. Mais si la récupération est possible c’est aussi parce qu’il y a quelque chose à récupérer : récupérer et également à contenir. La question égyptienne est cruciale de ce point de vue. Sa proximité de l’Etat d’Israël fait de ce pays hier comme aujourd’hui un élément central. Quelles vont être alors les options des Etats-Unis et de l’Europe ? L’usage de pantins socio-démocrates (El Baradeï, etc.) à la solde de l’occident mais au visage progressiste, restant dans le cadre stricte de pensée du capitalisme mondial ? Le soutien aux intégristes « modérés » pour calmer les velléités d’émancipation trop étendue de ces peuples ? Il nous semble qu’il faut répondre « les deux » : dans une scène politique binaire empêchant les masses populaires de construire leur propre chemin.
La situation algérienne est à cet égard elle aussi éclairante. Rappelons-nous, les révoltes actuelles ressemblent fortement à ce qu’a connu l’Algérie en 1988 : une véritable révolte populaire noyée dans le sang et récupérée par l’organisation d’une terreur à grande échelle. Nous savons aujourd’hui quel a été le rôle des Etats-Unis d’abord puis de l’Europe ensuite dans l’émergence de groupes comme le GIA instrumentalisant l’Islam à des fins politiques et économiques ultralibérales. De l’Afghanistan à l’Algérie ces groupes ont été des alibis en or pour déclencher des guerres pour le pétrole (Afghanistan, Irak) ou privatiser en masse (Algérie). En Algérie ce sont des centaines d’entreprises publiques qui ont été ainsi sacrifiées pendant que les travailleurs étaient dans la difficulté de se protéger de la mort immédiate. Car au-delà de l’affrontement entre état et groupes armés, un point central d’accord subsiste entre eux : l’ultralibéralisme. Au final les deux adversaires ont finit d’ailleurs par s’entendre dans une « réconciliation » sur la base du libéralisme économique. Le tout s’est soldé par plusieurs dizaines de milliers de morts, un bilan qui forcément joue de tout son poids dans la prudence à se lancer à nouveau dans une révolte, au sein du peuple algérien.
Cela ne veut pas dire que l’Algérie sera préservée d’une nouvelle révolte mais que les conditions à réunir pour celles-ci sont plus complexes mais aussi plus fortes. En particulier la question de l’alternative économique et des revendications sociales sera un incontournable pour que s’enclenche un mouvement populaire massif. C’est d’ailleurs un des points de faiblesse des manifestations actuelles dont les organisateurs refusent d’inclure dans les revendications celles qui relèvent des intérêts matériels des masses populaires. Le peuple algérien observe ces manifestations sans y participer parce qu’il ne s’y reconnaît pas en dépit de sa colère contre le régime et la classe dominante qu’il représente.
Aujourd’hui, ici comme ailleurs les puissants tentent une nouvelle fois la carte de l’épouvantail des intégristes et du chaos. Pour le moment, cet épouvantail, cheval de Troie habituel de l’impérialisme occidental, semble ne pas fonctionner. Les intégristes sont isolés par les peuples. Au Maroc, en Algérie et ailleurs la crainte de vivre (ou revivre) ce que l’Algérie a connu dans la décennie noire des années 1990 est ancrée dans les esprits.
Si le processus révolutionnaire a été confisqué dans les années 1990 en Algérie, on peut se demander s’il le sera aujourd’hui pour la Tunisie et l’Egypte ou pour l’Algérie et le Maroc, si ces pays s’engagent plus avant dans la contestation des pouvoirs et des systèmes en place. Encore une fois les peuples « feront leur propre histoire, mais ils ne le feront pas arbitrairement, dans les conditions choisies par eux »[5]


[1] L’infrastructure est composée des forces productives (outils de production, forces de travail des hommes et des femmes, savoirs et techniques en vigueur, organisation du travail), et des rapports sociaux de production (rapports de pouvoir, d’inégalités et de domination entre classes sociales possédant les moyens de production et les classes sociales devant vendre leur force de travail).
[2] La superstructure renvoie aux formes politiques, institutionnelles et aux lois, aux idées et aux valeurs, aux idéologies, à la morale, et aux religions, etc.
[3] On fait bien entendu référence ici à la théorie de la fin de l’histoire qui pour nous n’a jamais existé et est une mystification idéologique.
[4] Le Machrek (ou Machreq, Mashreq ; en arabe : مشرق) désigne l'Orient arabe.
[5] K. Marx, Le 18 brumaire de Louis Bonaparte, 1852.  

Libye : Nous refait-on le coup du Kosova ?

Moins de 12 ans après que l’OTAN ait mis la Yougoslavie en pièce sous les bombes, et détaché la province du Kosovo de la Serbie, il y a des signes que l’alliance militaire se prépare pour une autre petite « guerre humanitaire » victorieuse, cette fois contre la Libye. Les différences sont, bien entendu, énormes. Mais penchons-nous sur quelques-unes des similitudes troublantes.

Un chef de file diabolisé
En tant que "nouvel Hitler", l’homme que vous adorez détester et avez besoin de détruire, Slobodan Milosevic était en 1999 un néophyte par rapport à Mouammar Kadhafi aujourd’hui. Les médias avaient eu moins d’une décennie pour transformer Milosevic en un monstre, alors qu’avec Kadhafi, ils ont disposé de plusieurs décennies. Et Kadhafi est plus exotique, parle moins l’anglais et se présente devant le public dans des tenues qui pourraient avoir été créées par John Galliano (un autre monstre récemment démasqué). Cet aspect exotique suscite les moqueries et mépris ancestraux envers les cultures inférieures avec lesquels l’Occident a gagné sa place victorieuse, avec lesquels l’Afrique a été colonisée, et avec lesquels le Palais d’Eté de Beijing a été ravagé par les soldats occidentaux se battant pour rendre le monde sûr pour la dépendance à l’opium.

Le choeur des « nous devons faire quelque chose »
Comme avec le Kosovo, la crise en Libye est perçue par les faucons comme une opportunité pour affirmer la puissance. L’inénarable John Yoo, le conseiller juridique qui a coaché l’administration Bush II dans les avantages de la torture des prisonniers, a utilisé le Wall Street Journal pour conseiller à l’administration Obama d’ignorer la Charte des Nations Unies et de sauter dans la mêlée libyenne. « En mettant de côté les règles archaïques de l’ONU, les États-Unis peuvent sauver des vies, améliorer le bien-être global, et, en même temps, servir ses propres intérêts nationaux » a proclamé J.Yoo. Et un autre théoricien de l’impérialisme humanitaire, Geoffrey Robertson, a déclaré à The Independent que, malgré les apparences, violer le droit international est légal.

Le spectre des « crimes contre l’humanité » et du « génocide » est évoqué pour justifier la guerre
Comme avec le Kosovo, un conflit interne entre un gouvernement et des rebelles armés est présenté comme une « crise humanitaire » dans lequel un seul côté, le gouvernement, est supposé être « criminel ». Cette criminalisation a priori est exprimée en faisant appel à un organe judiciaire international pour examiner les crimes qui sont supposés avoir été commis, ou être sur le point d’être commis. Dans son éditorial, Geoffrey Robertson rend clair comme du cristal la manière dont la Cour pénale internationale est utilisée pour préparer le terrain à une intervention militaire éventuelle. La CPI peut être utilisé par l’Occident pour contourner le risque d’un veto du Conseil de sécurité à une action militaire, explique-t’il :
"Dans le cas de la Libye, le Conseil a au moins à un important précédent en endossant à l’unanimité une référence à la Cour pénale internationale. [...] Alors, qu’advient-il si les inculpés lybiens non-arrêtés aggravent leurs crimes - par exemple en pendant ou en fusillant de sang-froid leurs adversaires, des témoins potentiels, des civils, des journalistes ou des prisonniers de guerre ? [Notons que jusqu’à présent il n’y a pas d’"inculpés", et aucune preuve des "crimes" que ces inculpés pourraient "aggraver" de diverses façons imaginaires. Mais Robertson est désireux de trouver un moyen pour l’OTAN de "relever le gant", si le Conseil de sécurité décide de ne rien faire.]
"Les imperfections du Conseil de sécurité exigent la reconnaissance d’un droit limité, sans son mandat, pour une alliance comme l’OTAN d’utiliser la force pour empêcher la perpétration de crimes contre l’humanité. Ce droit se pose une fois que le Conseil a identifié une situation comme une menace à la paix mondiale (et c’est ainsi qu’il a identifié la Libye, en la déferrant, à l’unanimité, au procureur de la CPI). " 
Donc déferrer un pays au procureur de la CPI peut être un prétexte pour mener une guerre contre ce pays ! Soit dit en passant, la compétence de la CPI est censée s’appliquer aux Etats qui ont ratifié le traité l’instituant, ce qui, si je ne m’abuse, n’est pas le cas de la Libye - ni des États-Unis. Une grande différence, cependant, c’est que les États-Unis a été en mesure de convaincre, d’intimider ou de corrompre de nombreux Etats signataires afin qu’ils acceptent des accords selon lesquels jamais, en aucune circonstance, ils n’envoyeront aucun contrevenant américain à la CPI. C’est un privilège refusé à Kadhafi.
Robertson, membre du conseil de justice des Nations Unies, conclut que : « Le devoir d’arrêter un massacre d’innocents, comme étant le mieux que nous pouvons faire s’ils implorent notre aide, a "cristallisé" le fait que faire usage de la force par l’OTAN est non seulement "légitime", mais "légal". »

L’idiotie de gauche
Il ya douze ans, la plus grande partie de la gauche européenne a soutenu "la guerre du Kosovo" qui a mis l’OTAN sur le chemin sans fin qu’elle poursuit aujourd’hui en Afghanistan. N’ayant rien appris, beaucoup semblent prêts à une répétition. Une coalition de partis qui se fait appeler la Gauche Européenne a publié une déclaration « condamnant fermement la répression perpétrée par le régime criminel du colonel Kadhafi » et exhortant l’Union européenne à « condamner l’usage de la force et à agir rapidement pour protéger les personnes qui manifestent pacifiquement et luttent pour leur liberté ». Dans la mesure où l’opposition à Kadhafi n’est pas exactement en train de « manifester pacifiquement », mais a en partie pris les armes, cela revient à condamner l’usage de la force par certains et pas par d’autres - mais il est peu probable que les politiciens qui ont rédigé cette déclaration réalisent même ce qu’ils disent.
La vision bornée de la gauche est illustrée par la déclaration d’un document trotskyste selon laquelle : « De tous les crimes de Kadhafi, celui qui est sans doute la plus grave et le moins connu est sa complicité avec la politique migratoire de l’UE ... » Pour l’extrême gauche, le plus grand péché de Kadhafi est de coopérer avec l’Occident, de même que l’Occident doit être condamné pour avoir coopéré avec Kadhafi. C’est une gauche qui complète utilement le cortège pour la guerre".

Les réfugiés
La masse des réfugiés fuyant le Kosovo alors que l’OTAN commençait sa campagne de bombardement a été utilisée pour justifier ces bombardements, sans enquête indépendante sur les diverses causes de cet exode temporaire - une cause principale étant probablement les bombardemernts mêmes. Aujourd’hui, à la manière dont les médias rapportent sur le grand nombre de réfugiés qui quittent la Libye depuis que les troubles ont commencé, le public pourrait avoir l’impression qu’ils fuient la persécution faite par Kadhafi. Comme c’est souvent le cas, les médias se concentrent sur l’image superficielle sans rechercher des explications. Un peu de réflexion peut combler le déficit d’information. Il est très peu probable que Kadhafi chasse les travailleurs étrangers que son gouvernement a amené en Libye pour réaliser des projets d’infrastructure importants. Au contraire, il est assez clair que certains des rebelles « démocratiques » ont attaqué les travailleurs étrangers par pure xénophobie. L’ouverture de Kadhafi aux Africains Noirs en particulier, a contrarié un certain nombre d’Arabes. Mais il ne faut pas dire trop à ce sujet, puisqu’ils sont maintenant nos "Bons". C’est un peu la façon dont les attaques albanaises contre les Roms au Kosovo ont été négligés ou excusé par les occupants de l’OTAN au motif que « les Roms avaient collaboré avec les Serbes ».

Oussama ben Laden
Une autre ressemblance entre l’ex-Yougoslavie et la Libye, c’est que les États-Unis (et ses alliés de l’OTAN) se retrouvent une fois de plus du même côté que leur vieil ami du temps des moudjahidin afghans, Oussama ben Laden. Oussama ben Laden a été un allié discret du parti islamiste d’Alija Izetbegovic au cours de la guerre civile en Bosnie, un fait qui a été soigneusement négligé par les puissances de l’OTAN. Bien entendu, les médias occidentaux ont largement rejeté l’affirmation actuelle de Kadhafi selon laquelle il se bat contre Ben Laden comme les divagations d’un fou. Cependant, le combat entre Kadhafi et Ben Laden est très réel et antérieure au 11 Septembre 2001, les attentats contre les Twin Towers et le Pentagone. En effet, Kadhafi a été le premier à essayer d’alerte Interpol sur Ben Laden, mais n’a obtenu aucune coopération de la part des États-Unis. En Novembre 2007, l’AFP a rapporté que les dirigeants du "Groupe islamique combattant" en Libye avaient annoncé qu’ils se joignaient à Al-Qaïda. Comme les moudjahidin qui ont combattu en Bosnie, le groupe islamiste lybien a été créé en 1995 par des vétérans de la lutte contre les Soviétiques en Afghanistan dans les années 1980, lutte parrainée par les USA . Leur objectif déclaré était de renverser Kadhafi en vue d’établir un état islamiste radical. La base de l’Islam radical a toujours été la partie orientale de la Libye où la révolte en cours a éclaté. Puisque cette révolte ne ressemble en rien aux manifestations de masse pacifiques qui ont renversé les dictateurs en Tunisie et en Egypte, mais a visiblement une composante de militants armés, on peut raisonnablement supposer que les islamistes prennent part à la rébellion.

Le refus de négociations 
En 1999, les États-Unis était désireux d’utiliser la crise du Kosovo pour donner au nouveau rôle « hors zone » de l’OTAN son baptême du feu. La mascarade des pourparlers de paix à Rambouillet a été sabordée par Secrétaire d’Etat étatsunienne Madeleine Albright, qui a mis à l’écart les dirigeants albanais du Kosovo plus modéré en faveur de Hashim Thaci, le jeune chef de l’"Armée de Libération du Kosovo", un réseau notoirement lié aux activités criminelles. Il y avait un peu de tout dans les rebelles albanais du Kosovo, mais comme cela arrive souvent, les États-Unis sont arrivés et en ont pris le pire.

En Libye, la situation pourrait être encore pire
Mon impression, en partie en raison de la visite que j’ai faite à Tripoli il y a quatre ans, c’est que la rébellion actuelle est un ensemble beaucoup plus varié, avec de graves contradictions internes potentielles. Contrairement à l’Egypte, la Libye n’est pas un État fort peuplé, qui a des milliers d’années d’histoire, un fort sentiment d’identité nationale et une longue culture politique. Il y a un demi-siècle, c’était l’un des pays les plus pauvres de la planète, et il n’est pas encore complètement sorti de sa structure clannique. Kadhafi, à sa manière excentrique personnelle, a été un facteur de modernisation, utilisant les revenus du pétrole pour élever le niveau de vie à l’un des plus élevés sur le continent africain. L’opposition vient, paradoxalement, à la fois de réactionnaires islamistes traditionnels d’une part, qui le considèrent comme un hérétique pour ses opinions relativement progressistes, et d’autre part des bénéficiaires occidentalisé de la modernisation, qui sont gênés par l’image de Kadhafi et veulent encore plus de modernisation. Et il y a d’autres tensions qui peuvent conduire à la guerre civile et même à un éclatement du pays selon des critères géographiques. 
Jusqu’à présent, les chiens de guerre sont en train de renifler ici et là pour avoir d’avantage d’effusions de sang qu’il n’y en a déjà. Les États-Unis ont mené l’escalade du conflit au Kosovo dans le but « d’avoir à intervenir », et c’est c’est ce qui risque de se passer actuellement avec la Libye, où est encore plus grande l’ignorance de l’Occident sur ce qu'il y produira. 
La proposition de Chavez de médiation neutre pour éviter la catastrophe est la voie de la sagesse. Mais en Otanie, la notion même de résoudre les problèmes par la médiation pacifique plutôt que par la force, semble s’être évaporée.

DIANA JOHNSTONE 
Source : Jacques Tourtaux

La Balkanisation de la Libye : Les Plans des Etats Unis et de l'OTAN

Cet entretien avec Mahdi Darius Nazemroaya réalisé le 26 avril 2011 traite de l’impasse de la guerre en Lybie, et de la stratégie du Pentagone et de l’OTAN pour diviser ce pays. Il aborde également le rôle de la Turquie et de l’Allemagne, ainsi que les plans de l’Union européenne d’envoyer une force de maintien de la paix. Il souligne l’importance économique de Misrata.XU JINGJING : Il semble que la coalition occidentale ait ralenti ses actions durant les trois dernières semaines. À votre avis, quelles sont les raisons de cette impasse ?


NAZEMROAYA : L’impasse en Libye est calculée. Les États-Unis et l’OTAN veulent maintenir une impasse stratégique entre le Gouvernement libyen à Tripoli et le Conseil transitoire à Benghazi. Ils se servent de cette impasse pour manipuler à la fois Tripoli et Benghazi. Plus les parties seront fatiguées et affaiblies, plus elles seront disposées à se tourner vers les États-Unis et ses partenaires de l’OTAN pour mettre fin au conflit. Le Conseil transitoire sera également enclin à faire davantage d’offres aux États-Unis et à l’UE. Le régime libyen à Tripoli demandera aux États-Unis et a l’UE de mettre fin au conflit et fera aussi des concessions. Les États-Unis et l’UE veulent que les deux côtés, à Benghazi et à Tripoli, soient plus dépendants de Washington et de Bruxelles comme arbitres de la situation en Libye.
Le résultat final sera que la Libye va se transformer en ce que les États-Unis et l’Europe de l’Ouest voulaient qu’elle soit depuis la fin de la seconde guerre mondiale en 1945. Leur objectif est de faire de la Libye un pays divisé. Ils sont experts en cela. Ce sont des experts à dresser les gens les uns contre les autres et à détruire des nations.

Ils ont divisé les Arabes qui devraient n’être qu’une seule nation. Ils ont contribué à diviser le peuple de l’Inde. Ils ont divisé les Slaves du sud dans les Balkans. Ils ont divisé les peuples de l’Asie du Sud-est. Ils ont travaillé à diviser l’île de Taiwan de la Chine continentale. Ils ont œuvré pour que l’Ukraine se batte contre la Russie. Avec Israël et l’Arabie Saoudite, ils ont divisé politiquement les Palestiniens et les Libanais. Maintenant les États-Unis et l’UE ont l’intention de diviser davantage les Arabes, et de créer aussi des divisions dans les pays d’Afrique et d’Amérique du Sud. Et ils continuent à diviser les musulmans en les identifiant comme chiites ou sunnites. Ils continuent aussi à travailler d’arrache-pied pour diviser la Russie, l’Iran et la Chine.

Avant 1951, les États-Unis, la France, l’Italie et la Grande-Bretagne avaient tous des accords entre eux pour diviser la Libye en sphères d’influence et ils ont même tenté d’empêcher la Libye de devenir un pays uni et indépendant. Ces puissances impérialistes voulaient à l’origine que la Libye soit divisée en trois territoires distincts. Le peuple libyen s’y est farouchement opposé.

Washington, Londres et Paris ont même eu des entretiens avec l’URSS sur l’établissement de trois mandats des Nations Unies appelés tutelles en Libye. Un de ces mandats aurait concerné la Cyrénaïque sous contrôle britannique, un autre le Fezzan sous contrôle français et le dernier la Tripolitaine sous contrôle italien. Les États-Unis supervisant l’ensemble. Mais les Soviétiques avaient des idées différentes sur la question et désiraient le mandat en Tripolitaine ou le partager avec l’Italie. Finalement, aucun accord ne put être conclu et la Libye devint indépendante après un débat à l’ONU.

Quand les États-Unis, la Grande-Bretagne, la France et l’Italie tombèrent d’accord pour donner l’indépendance à la Libye, il fut décidé que cela se ferait sous la forme d’un État fédéral sous la férule du roi Idris. Idris fut placé comme chef de l’État libyen par les Britanniques et les puissances coloniales et, dans le cadre de ce système fédéral, les autres petits émirs dirigeraient la Cyrénaïque et le Fezzan et seraient les représentants non-élus de ces deux territoires.

En Tripolitaine, où se concentrait la vaste majorité de la population libyenne, les représentants libyens seraient choisis par le peuple, mais dans le cadre d’un système fédéral qui donnerait une importance équivalente à la Tripolitaine, à la Cyrénaïque et au Fezzan. Les représentants choisis par le peuple libyen seraient ainsi placés en minorité face aux émirs et aux cheikhs.

Dans le système fédéral souhaité par Washington, les émirs non élus représentant les populations plus réduites de la Cyrénaïque et du Fezzan seraient majoritaires dans l’Assemblée nationale libyenne. Ce que les États-Unis et leurs alliés essayaient de faire était d’éliminer toute forme d’auto-détermination de la part des Libyens. Les États-Unis et leurs alliés tentaient de transformer la Libye en un émirat comme le Bahreïn, le Qatar, le Koweït ou les Émirats Arabes Unis.

Aujourd’hui les États-Unis et l’UE sont en route pour imposer un nouveau système fédéral en Libye ou pour diviser le pays entre au moins deux administrations, à Tripoli et à Benghazi. Ces pays poussent à une guerre tribale en Libye, ce qui transformerait le pays en une seconde Yougoslavie. Les guerres tribales en Libye se répandraient au-delà des frontières de la Libye dans le reste de l’Afrique, de l’Afrique de l’Ouest à l’Afrique centrale et à l’Afrique de l’Est.

XU JINGJING : Les négociations politiques sont-elles dans une impasse ou au-delà ? Comment voyez-vous ces pays attribuer les obligations de la guerre et les intérêts de l’après-guerre ?

NAZEMROAYA : Les Britanniques ont élaboré un schéma selon lequel les membres arabes de la coalition contre la Libye enverront leurs troupes en Libye ou financeront une armée massive de mercenaires étrangers.

Une invasion terrestre partiellement privatisée de la Libye aura lieu. À cet égard, les Britanniques veulent que les pays arabes comme le Qatar et les Émirats Arabes Unis financent des mercenaires britanniques et américains en Libye. Comme les Britanniques l’ont déjà fait à Oman il y a plusieurs années, Londres va même autoriser des membres de l’armée britannique à quitter temporairement l’armée pour aller travailler ou combattre en Libye comme mercenaires. Voilà pourquoi les États-Unis étaient contre l’inclusion d’un article dans la résolution de l’ONU 1973, qui aurait permis de poursuivre en justice des mercenaires étrangers qui ne sont pas parties à la cour internationale de justice.

Alors que les États-Unis ont été chargés de diriger l’attaque contre la Libye, ce seront les Européens de l’Ouest qui se chargeront de l’occupation.

L’UE veut maintenant occuper la Libye. Ils le feront sous la couverture d’un mandat d’une force de maintien de la paix. Ceci ne fera que diviser la Libye plus avant. Et ce sera sous les yeux d’une force de maintien de la paix de l’UE que les deux gouvernements de Tripoli et de Benghazi s’éloigneront irrémédiablement l’un de l’autre. Très probablement, la Libye sera gouvernée par deux gouvernements séparés ou dans le cadre d’un système fédéral.

Les États-Unis et l’UE ont contribué à créer à Benghazi une nouvelle banque centrale, ainsi qu’une nouvelle compagnie pétrolière nationale. Les États-Unis veulent sans doute se positionner militairement en Libye et peut-être même essayer d’y établir plus tard le QG de l’AFRICOM. Wall Street et les grosses banques européennes géreront également les finances de la Libye. Le secteur de l’énergie sera partagé entre les États-Unis et l’UE, avec l’inclusion du Qatar en récompense à son émir pour les services rendus. Celui-ci est déjà responsable de l’accord entre la nouvelle compagnie pétrolière nationale à Benghazi et Al Jazeera a également contribué à créer les stations médiatiques du Conseil national transitoire.

XU JINGJING : Voyez-vous des dissensions au sein des pays de la coalition se battant contre Kadhafi ? Ont-ils des buts et des intérêts nationaux différents ?

NAZEMROAYA : Je ne vois aucune preuve de dissensions majeures entre les États-Unis et leurs alliés. S’il y en avait cela ne pourrait se produire qu’entre la partie anglo-américaine d’un côté et franco-allemande de l’autre. Ce sont les deux piliers de l’OTAN. Tout le monde au sein de l’OTAN suit un de ces fronts.

Il a été dit que l’Allemagne et la Turquie ont des vues opposées à celles des États-Unis, de la Grande-Bretagne et de la France. Avec Rome quelque part entre les deux. Mais les actions des dirigeants de ces pays en disent plus long que leurs paroles. Le gouvernement allemand a soutenu la guerre dès le début. Parce que le peuple allemand ne l’aurait pas permis, Berlin n’a pas pu prendre directement part à l’attaque contre la Libye. Ce que le gouvernement allemand a fait en revanche, est d’envoyer plus de ressources militaires en Afghanistan de façon à ce que davantage de ressources de l’OTAN puissent être consacrées à la Libye.

La Turquie et l’Allemagne auraient pu empêcher l’utilisation de l’OTAN si elles avaient vraiment été contre cette guerre. Un des QG opérationnel de cette guerre est basé en Turquie. La Turquie est aussi l’autorité administrative à l’aéroport de Benghazi et elle fournit une aide dans les opérations navales contre la Libye.

Oui, il y a des intérêts divergents entre le bloc américano-britannique et le bloc franco-allemand, surtout en ce qui concerne le contrôle des réserves énergétiques en Libye et en Afrique du Nord. Contrairement aux États-Unis, les pays de l’UE sont dépendants de l’énergie libyenne, en particulier l’Italie. Il est dans leur intérêt stratégique de contrôler les ressources pétrolières et gazières en Afrique du Nord. Si Washington et Londres gagnent le contrôle majeur de ces réserves, ils contrôleront la sécurité énergétique de l’UE. Mais je crois que les États-Unis et l’UE travaillent en associés en Afrique du Nord et coordonnent en fait des opérations contre la Chine et ses alliés en Afrique.

XU JINGJING : Les combats dans la ville de Misrata attirent toute l’attention maintenant. Que pensez-vous de l’importance de cette ville ? Comment le résultat de cette bataille peut-il influer sur les mouvements de l’opposition libyenne ?

NAZEMROAYA : La ville de Misrata est le Shanghai de la Libye. Pour le Conseil transitoire ce serait une victoire économique majeure. Elle est une importante base industrielle et commerciale pour la Libye et l’Afrique. Certaines des plus grosses compagnies africaines sont basées à Misrata, y compris la Libyan Iron and Steel Company. Misrata est aussi un port très important. Beaucoup de compagnies nationales libyennes et d’industries ont leur siège à Misrata et dans les districts avoisinants.

Voilà pourquoi l’Allemagne et l’UE veulent envoyer des troupes à Misrata sous prétexte de maintien de la paix. L’UE veut envoyer des militaires là-bas pour des raisons purement stratégiques et économiques et pas du tout pour des raisons humanitaires. La force de l’UE est composée des mêmes pays qui font partie de l’OTAN. Ils utilisent simplement un autre nom. La différence entre la force de l’UE et l’OTAN est purement technique.

Ceci qui est aussi ridicule, c’est que les pays qui veulent envoyer leurs soldats comme soldats de la paix, sont des combattants de cette guerre. De fait, parce que l’OTAN est entrée en guerre de manière collective, toute nation faisant partie de l’OTAN est une nation combattante. Ceci inclut l’Allemagne. Ceci devrait disqualifier l’ensemble des nations européennes comme force de paix en Libye. Seules des parties neutres et non combattantes peuvent faire office de force d’interposition et de maintien de la paix.

Des nations comme la Russie, la Chine, l’Algérie, le Kazakhstan, l’Ukraine, l’Iran, la Biélorussie, le Brésil, la Malaisie et le Venezuela devraient envoyer des forces de maintien de la paix. Les Russes et leurs partenaires militaires dans l’espace post-soviétique pourraient tous jouer un rôle majeur en tant que gardiens de la paix. Même l’Organisation de Coopération de Shangai pourrait jouer un rôle. Il est dans l’intérêt stratégique de la Chine et ses alliés de s’assurer que la Libye ne soit pas colonisée ou victimisée comme l’est l’Afghanistan sous les forces d’occupation de l’OTAN. Pour l’alliance militaire occidentale, les évènements de Libye sont des préalables dans sa politique d’isolement et de confrontation vis-à-vis de l’Iran, de la Russie, et de la Chine et de l’Eurasie.

XU JINGJING : Pensez-vous que les États-Unis sont toujours l’acteur décisif ? Pourquoi ?

NAZEMROAYA : Oui, sans l’ombre d’un doute.

Pour répondre à cette question, définissons en premier lieu la coalition qui est impliquée dans cette guerre d’agression contre la Libye. Le Pentagone a transféré les opérations militaires à l’OTAN après quelques jours. Ainsi la guerre est officiellement pilotée par l’OTAN. Quelques autres pays comme le Qatar, la Jordanie, les Émirats Arabes Unis et la Suède, sont aussi partenaires sous commandement de l’OTAN.

Dès lors et avant que je n’analyse l’OTAN, voyons de plus près une autre alliance militaire datant de la guerre froide appelée le Pacte de Varsovie. Washington et l’Europe occidentale avaient l’habitude de critiquer l’ancienne Union soviétique en disant que le Pacte de Varsovie était en fait une organisation fictive, qu’en fait ce n’était que l’Armée Rouge soviétique. En d’autres termes que la Bulgarie, la Roumanie, l’Allemagne de l’Est, la Pologne, la Tchécoslovaquie, la Hongrie et l’Albanie n’avaient pas de force réelle au sein du Pacte de Varsovie et que ce Pacte n’était que l’Union soviétique agissant sous le masque du multilatéralisme en Europe de l’Est. Je ne discuterai pas ce point.

L’OTAN est bien plus compliquée que le Pacte de Varsovie et n’est pas gérée par un seul pays. Les États-Unis, la Grande-Bretagne, la France et l’Allemagne sont les piliers de cette force et ils sont le vrai pouvoir décisionnaire à Bruxelles. La Turquie, à cause de l’héritage de Kemal Atatürk a aussi une certaine indépendance au sein de l’OTAN. Toutes les autres nations ou bien suivent les anglo-américains ou bien suivent le bloc franco-allemand. Mais dans tout cela, l’OTAN est juste un Pacte de Varsovie plus sophistiqué Les États-Unis devraient se regarder dans le miroir. L’argument critique de Washington envers le Pacte de Varsovie s’applique à eux-mêmes et à l’OTAN.

L’OTAN d’aujourd’hui n’est pas très différente de ce que les États-Unis qualifiaient le Pacte de Varsovie d’être, à savoir l’Union soviétique sous un drapeau multilatéral. L’OTAN elle-même et les commandants du Pentagone disent que l’OTAN n’est presqu’exclusivement constituée que de l’armée états-unienne. En d’autres termes, l’OTAN est l’armée états-unienne, renforcée par la Grande-Bretagne, la France, l’Allemagne, la Turquie, le Canada, l’Italie et quelques autres pays européens comme auxiliaires. Les États-Unis font la guerre, puis envoient ces pays pour occuper les pays défaits, pour privatiser leurs économies sous contrôle étranger. Au bout du compte, l’OTAN est en réalité l’armée états-unienne avec le soutien politique et financier de ces autres pays. Le sénateur MC Caïn et le Sénat états-unien ont demandé il y a quelques semaines que le reste de l’OTAN finance les États-Unis pour la guerre contre la Libye. La plupart des membres de l’OTAN sont en fait des pays satellites des États-Unis.

L’OTAN sans les États-Unis n’aurait jamais pu faire la guerre en Yougoslavie et en Afghanistan, sans même parler de lancer une guerre dévastatrice contre la Libye. Il suffit de regarder le rôle que les États-Unis ont joué dans les bombardements en Libye. Ils y ont fait l’essentiel des bombardements et du pilonnage. En fait, réellement, les États-Unis se cachent derrière l’image de multilatéralisme offerte par l’OTAN. Ils ne veulent pas apparaître comme étant en charge de tout ce qui se passe. Washington a peur de l’opinion publique. C’est pourquoi Obama, Clinton et Gates ont prétendu publiquement que le gouvernement états-unien était contre la création d’une zone d’exclusion aérienne au dessus de la Libye et ce jusqu’au tout dernier moment lorsque les véritables objectifs des États-Unis sont devenus transparents. Dans le même temps où l’Administration Obama disait être contre la zone d’exclusion, les États-Unis se préparaient pour attaquer la Libye. Paris et Londres ont juste joué les rôles principaux sur la scène publique.

Je désire ici faire une remarque finale et importante. Le président Obama, le premier ministre Cameron, le président Sarkozy se cachent tous derrière le paravent de l’OTAN ; parce que l’OTAN est une organisation internationale qui échappe à toute forme de responsabilité politique. Il n’existe aucune circonscription d’électeurs vis-à-vis desquels l’OTAN doive rendre des comptes. Les États-Unis et la Grande-Bretagne peuvent bombarder la Libye pendant des mois et clamer que tout cela est dans les mains de l’OTAN, que l’OTAN est en charge de la guerre. De fait. Obama, Cameron et Sarkozy essaient tous d’échapper à leurs responsabilités d’hommes politiques vis-à-vis du public en laissant l’OTAN faire la guerre et en se cachant derrière elle pour se protéger.

Entretien avec Mahdi Darius Nazemroaya spécialiste du Moyen-Orient et de l’Asie Centrale, réalisé le 26 avril 2011 par Xu Jingjing pour le magazine chinois Life Week Magazine.
Mahdi Darius Nazemroaya est chercheur associé du “Centre for Research on Globalization” (CRG), spécialisé en géopolitique et stratégie.

Source : silvaicattori.net
Source originale : globalresearch
Traduit de l'anglais par resistance71 révisée par JPH

L'OPPORTUNISME NE TUE PAS,MAIS C'EST RIDICULE !

L'OPPORTUNISTE

Je suis pour le communisme
Je suis pour le socialisme
Je suis pour le capitalisme
Et pour l'islamisme
Parce que je suis opportuniste
Il y en a qui conteste
Qui revendique et qui proteste
Moi je ne fais qu'un seul geste
Je retourne ma veste, je retourne ma veste
Toujours du bon côté
Je n'ai pas peur des profiteurs
Ni même des agitateurs
Je fais confiance aux électeurs
Et j'en profite pour faire mon beurre
Il y en a qui conteste
Qui revendique et qui proteste
Moi je ne fais qu'un seul geste
Je retourne ma veste, je retourne ma veste
Toujours du bon côté
Je suis de tous les partis
Je suis de toutes les patries
Je suis de toutes les coteries
Je suis le roi des convertis
Il y en a qui conteste
Qui revendique et qui proteste
Moi je ne fais qu'un seul geste
Je retourne ma veste, je retourne ma veste
Toujours du bon côté
Je crie vive la révolution
Je crie vive les institutions
Je crie vive les manifestations
Je crie vive la collaboration
Non jamais je ne conteste
Ni revendique ni ne proteste
Je ne sais faire qu'un seul geste
Celui de retourner ma veste, de retourner ma veste
Toujours du bon côté
Je l'ai tellement retournée
Qu'elle craque de tous côtés
A la prochaine révolution
Je retourne mon pantalon

Derriere l'attaque contre la Libye : LES STRATEGIES DE LA GUERRE ECONOMIQUE

L’agression occidentale contre la Libye n’a pas eu pour but de s’emparer du pétrole local que des compagnies occidentales avaient déjà été autorisées à exploiter depuis la normalisation des relations diplomatiques. Il ne s’agit donc pas d’une guerre de ressources. Par contre, relate Manlio Dinucci, cette guerre, la reconnaissance précipitée par la France du Conseil national de transition (10 mars) et le sommet de Londres (30 mars), ont permis aux multinationales occidentales de modifier les termes de leurs contrats et de ne plus payer que des droits d’exploitation symboliques. De ce point de vue, il s’agit donc d’une guerre coloniale classique.

L’OTAN a concentré ses interventions de « support aérien » aux rebelles armés autour de la raffinerie de Ras-Lanouf, qui concentre les 2/3 des capacités de raffinage du pays.
L’invasion de la Libye, contrairement à ce qui se dit, a déjà commencé. Les unités d’assaut qui, opérant depuis longtemps sur le territoire libyen, ont préparé la guerre sont en train de l’effectuer : ce sont les puissantes compagnies pétrolières et les banques d’investissement étasuniennes et européennes.

Quels sont les intérêts en jeu ? Ceci émerge d’un article du Wall Street Journal, le réputé quotidien d’affaires et de finance [1]. Après l‘abolition des sanctions en 2003, les compagnies pétrolières occidentales ont afflué en Libye avec de grandes attentes, mais ont été déçues. Le gouvernement libyen, sur la base d’un système connu sous le nom d’Epsa-4, concédait les licences d’exploitation aux compagnies étrangères qui laissaient à la compagnie étatique (National Oil Corporation of Libya, NOC) le pourcentage le plus élevé du pétrole extrait : étant donnée la forte compétition, ce pourcentage arrivait à environ 90 %. « Les contrats Epsa-4 étaient ceux qui, à l’échelle mondiale, contenaient les termes les plus durs pour les compagnies pétrolières », dit Bob Fryklund, auparavant président de la société étasunienne ConocoPhillips en Libye. 
En 2005-06, après la normalisation des relations de la Libye avec l’Occident, la NOC a réalisé trois appels d’offres internationaux pour l’exploration et l’exploitation de ses réserves pétrolières, les plus importantes d’Afrique. Cependant, les contrats passés avec les multinationales étrangères ont pris la forme de joint-venture particulièrement favorables à la nation libyenne. C’est pour « libéraliser » ce système que le Conseil national de transition a créé la LOC et que les « volontaires » lui ont reconnu le droit d’exporter le pétrole libyen, lors du sommet de Londres, le 29 mars 2011. La gestion de la LOC a été confiée au Qatar qui, en échange, a mis Al-Jazeera à disposition des « volontaires » pour déstabiliser la Syrie.
Les raisons apparaissent ainsi clairement —par une opération décidée non pas à Benghazi mais à Washington, Londres et Paris— de la création par le Conseil national de transition de la « Libyan Oil Company » : une coquille vide, semblable à une des sociétés clé en mains, prêtes pour les investisseurs dans les paradis fiscaux [2]. Elle est destinée à se substituer à la NOC, quand les « volontaires » auront pris le contrôle des zones pétrolifères. Sa mission sera de concéder des licences à des conditions extrêmement favorables pour les compagnies étasuniennes, britanniques et françaises. Seraient par contre pénalisées les compagnies qui, avant la guerre, étaient les principales productrices de pétrole en Libye : avant tout l’italienne ENI qui a payé en 2007 un milliard de dollars pour s’assurer les concessions jusqu’en 2042, et l’allemande Wintershall qui venait au deuxième rang. Plus pénalisées encore seraient les compagnies russes et chinoises, à qui Kadhafi a promis le 14 mars (2011) de donner les concessions pétrolières retirées aux compagnies européennes et étasuniennes. Les plans des « volontaires » prévoient aussi la privatisation de la compagnie d’État, qui serait imposée par le Fond Monétaire International en échange d’ « aides » pour la reconstruction des industries et infrastructures détruites par les bombardements des « volontaires » mêmes.
Il apparaît aussi clairement pourquoi a été créée, en même temps, à Bengazi, la « Central Bank of Libya », autre coquille vide mais avec une mission future importante : celle de gérer formellement les fonds souverains libyens —plus de 150 milliards de dollars que l’État libyen avait investi à l’étranger— quand ils seront « dégelés » par les États-Unis et par les plus grandes puissances européennes. Qui les gèrera effectivement est démontré par le colosse bancaire britannique HSBC, principal « gardien » des investissements libyens « congelés » au Royaume Uni (environ 25 milliards d’euros) : une équipe de hauts cadres d’HSBC est déjà au travail à Bengazi pour lancer la nouvelle « Central Bank of Libya » [3]. Il sera facile pour HSBC et d’autres grandes banques d’investissement d’orienter les investissements libyens en fonction de leurs stratégies.
Un de leurs objectifs est de couler les organismes financiers de l’Union africaine, dont la naissance a été rendue possible en grande partie par les investissements libyens : la Banque africaine d’investissement, avec siège à Tripoli ; la Banque centrale africaine, siège à Abuja (Nigeria) ; le Fond monétaire africain, siège à Yaoundé (Cameroun). Ce dernier, avec un capital programmé à plus de 40 milliards de dollars, pourrait supplanter en Afrique le Fond monétaire international, qui a jusqu’à présent dominé les économies africaines en ouvrant la voie aux multinationales et aux banques d’investissement étasuniennes et européennes. En attaquant la Libye, les « volontaires » essaient de couler les organismes qui pourraient un jour rendre possible l’autonomie financière de l’Afrique.
Manlio DINUCCI 
Traduction Marie-Ange Patrizio
Source : Il Manifesto

les evenements en Syrie - QUEL CAMP AVEZ-VOUS CHOISI ?

Quand l’impérialisme américain s’engage dans une agression contre l’un ou l’autre gouvernement ou mouvement, il est essentiel que les mouvements ouvriers et les mouvements politiques progressistes en faveur du changement puissent collecter le maximum d’informations disponibles et prendre position.

Il est lâche de rester neutre et c’est une trahison à l’égard de sa classe que de se ranger dans le même camp que celui de la pieuvre impérialiste qui cherche à dominer le monde.
C’est le b a ba des mouvements ouvriers depuis un siècle et demi de lutte des classes. C’est la base même du marxisme. Cela se retrouve dans les chants syndicaux qui posent la question : « Which side are you on ? » (De quel côté êtes-vous ?) et chez les organisateurs ouvriers qui ne cessent de répéter « En blesser un, c’est les blesser tous. »
Une explosion sociale ébranle le monde arabe. L’impérialisme américain et tous les anciens régimes qui lui sont liés dans la région tentent désespérément de gérer et de contenir ce soulèvement de masse incessant dans des voies qui ne mettent pas en péril la domination impérialiste sur le Proche et Moyen-Orient.
Les États-Unis et leurs collaborateurs essaient également de diviser et de saper les deux ailes de la résistance – les forces islamiques et les forces nationalistes laïques – qui, ensemble, ont renversé les dictatures soutenues par les États-Unis en Égypte et en Tunisie. On assiste actuellement à un effort américain concerté en vue de dresser ces mêmes forces politiques contre deux régimes de la région qui, dans le passé, se sont opposés à la domination américaine : en Libye et en Syrie. 
Ces derniers pays ont tous deux leurs propres problèmes de développement, lesquels sont exacerbés par la crise capitaliste mondiale en général et par des décennies de compromis qu’on leur a imposés du fait qu’ils tentaient de survivre dans un environnement hostile d’attaques incessantes – politiques et parfois militaires, le tout comprenant également des sanctions économiques.
Les bombardements de la Libye des œuvres des États-Unis et de l’Otan ont clairement montré où en est l’impérialisme vis-à-vis de ce pays. Les exploiteurs transnationaux sont bien décidés à s’emparer totalement des réserves pétrolières les plus riches de l’Afrique et de mettre un terme au flux de milliards de dollars par lequel la Libye contribuait au développement de pays africains beaucoup plus pauvres.
La Syrie est également visée par l’impérialisme – en raison de sa défense héroïque de la résistance palestinienne des décennies durant et de son refus de reconnaître l’occupation sioniste. L’aide de la Syrie au Hezbollah dans sa lutte pour mettre un terme à l’occupation israélienne du Liban et dans son alliance stratégique avec l’Iran ne peut être oubliée non plus.
Même si une grande partie de la situation interne de la Syrie est malaisée à comprendre, il convient de faire remarquer que, dans la lutte qui se déroule actuellement, des déclarations claires de soutien au gouvernement syrien et d’hostilité aux efforts américains de stabilisation ont été prononcées par Hugo Chávez au Venezuela, par le secrétaire général du Hezbollah, Seyyed Hassan Nasrallah, au Liban et par plusieurs dirigeants en exil du Hamas, l’organisation palestinienne élue par les habitants de Gaza. Ces dirigeants politiques ont vécu aux premières loges les campagnes américaines de déstabilisation, qui recouraient à l’invention de mythes par les médias traditionnels, à des groupes d’opposition financés de l’extérieur, à des assassinats bien ciblés, à des opérations spéciales de sabotage et se servaient d’agents bien entraînés travaillant sur Internet.
Du côté de ce qui est censé être « l’opposition démocratique », on trouve des réactionnaires comme le sénateur Joseph Lieberman, président de la puissante Commission sénatoriale pour la sécurité intérieure, qui a lancé un appel pour que les États-Unis bombardent la Syrie, après la Libye. Parmi les partisans déclarés de l’opposition en Syrie, on trouve également James Woolsey, ancien directeur de la CIA et conseiller de la campagne électorale du sénateur John McCain.  

Wikileaks dénonce le rôle des États-Unis
 Un article intitulé « Les États-Unis ont soutenu secrètement les groupes d’opposition syriens » et rédigé par Craig Whitlock (Washington Post, 18 avril) décrivait par le menu les informations contenues dans les câbles diplomatiques américains que Wikileaks avait adressés aux agences d’information du monde entier et publiés sur son site Internet. L’article résume ce que ces câbles du ministère américain des Affaires étrangères révèlent à propos du financement secret des groupes syriens d’opposition politique, y compris la transmission dans le pays d’émissions antigouvernementales et ce, via la télévision par satellite. 
L’article décrit les efforts financés par les États-Unis comme faisant partie d’une « campagne de longue haleine visant à renverser le dirigeant autocratique du pays, Bashar al-Assad », qui a fait ses débuts sous le président George W. Bush et a poursuivi sa carrière sous le président Barack Obama, même si ce dernier a prétendu qu’il reconstruisait les relations avec la Syrie et qu’il a installé un ambassadeur en Syrie pour la première fois depuis six ans.
Selon un câble d’avril 2009 signé par le diplomate le plus élevé en grade à Damas à l’époque, les autorités syriennes « considéraient sans aucun doute tout financement de groupes politiques illégaux comme équivalant à appuyer un changement de régime ». L’article du Washington Post décrit plus ou moins en détail les liens entre la chaîne de TV de l’opposition Barada, financée par les États-Unis, et le rôle de Malik al-Abdeh, qui fait partie de son conseil d’administration et diffuse des vidéos de protestation. Al-Abdeh fait également partie de la direction du Mouvement pour la justice et la démocratie, présidé par son propre frère, Anas Al-Abdeh. Les câbles secrets « font état de craintes persistantes, parmi les diplomates américains, que les agents de la sécurité d’État syrienne n’aient découvert que la piste de l’argent remontait jusqu’à Washington ».
  
Le rôle d’Al Jazeera
Peut-être le défi de la campagne de déstabilisation en Syrie, ainsi que sa dénonciation, sont-ils venus avec la démission de Ghassan Ben Jeddo, le journaliste bien connu des nouvelles émissions de télévision d’Al Jazeera et le responsable de l’agence d’Al Jazeera à Beyrouth. Ben Jeddo a démissionné pour protester contre la partialité d’Al Jazeera, mettant tout spécialement en exergue une « campagne de diffamation contre le gouvernement syrien » qui a transformé la chaîne de TV en « vulgaire organe de propagande ». 
Al Jazeera a couvert favorablement l’incontrôlable soulèvement de masse de millions de personnes en Égypte et en Tunisie. Cependant, cette chaîne d’information par satellite a également fait état par le détail de toute revendication et accusation politique, sans égard pour la façon dont elles pouvaient n’être pas fondées, qui ont été exprimées par l’opposition politique, tant en Syrie qu’en Libye. Al Jazeera est devenue la voix la plus forte de la région – elle est captée par des millions de spectateurs – pour réclamer l’intervention « humanitaire » des États-Unis, des zones d’exclusion de vol et le bombardement de la Libye. Ainsi donc, il est important de bien comprendre la position d’Al Jazeera en tant que société d’information, et tout particulièrement lorsqu’elle prétend s’exprimer en faveur des opprimés.
Al Jazeera, dont le siège est au Qatar, ne fait jamais état du fait que 94 pour 100 du travail au Qatar est effectué par des immigrés qui n’ont absolument aucun droit et qui survivent dans des conditions proches de l’esclavage. La répression brutale du mouvement de masse dans le royaume à monarchie absolutiste de Bahrein, voisin immédiat du Qatar et actuellement occupé par les troupes saoudiennes, ne reçoit que peu de couverture non plus de la part d’Al Jazeera.
Cette censure est-elle due au fait qu’Al Jazeera TV News a été fondé par le monarque absolu du Qatar, l’émir Sheikh Hamad bin Khalifa Al Thani ? 
Il est particulièrement important de faire remarquer qu’Al Jazeera ne mentionne jamais l’énorme base aérienne militaire du Commandement central américain, installé au Qatar précisément. Des drones en mission secrète dans la région décollent régulièrement de cette base. Le Qatar a également envoyé des avions pour participer aux bombardements en Libye des États-Unis et de l’Otan.
Le Qatar travaille en étroite collaboration avec le ministère américain des Affaires étrangères pour appuyer à fond l’intervention des États-Unis dans la région. Le Qatar a été l’un des premiers États arabes, et le premier des États du Golfe, à établir des relations avec israël. Lors des bombardements de Gaza par Israël, en 2009, il a suspendu ces relations mais, depuis, a proposé de les renouer.
  
Facebook et la contre-révolution
La CIA et le NED (National Endowment for Democracy – Fondation nationale en faveur de la démocratie) sont devenus des experts dans l’utilisation des barrages des médias sociaux tels que Facebook, Twitter et Youtube pour submerger les gouvernements visés de millions de messages fabriqués, de rumeurs et d’images incontrôlées.
Les alertes fabriquées sur les luttes et les scissions entre les factions rivales de l’armée syrienne, lesquelles auraient abouti à des démissions, étaient fausses. Par exemple, le général de division al-Rifai (retraité) a nié comme dénuées de fondements les informations par TV satellite prétendant qu’il dirigeait une scission au sein de l’armée. Il a ajouté qu’il était retraité depuis dix ans. 
Izzat al-Rashek, du Bureau politique du Hamas, et Ali Baraka, représentant du Hamas au Liban, ont infirmé publiquement des allégations prétendant que la direction de cette organisation palestinienne de résistance quittait Damas pour se réinstaller au Qatar. Ali Baraka a expliqué que c’était un bobard monté par les États-Unis pour exercer des pressions sur Mahmoud Abbas, du Fatah, et entraver la réconciliation palestinienne tout en attisant le conflit entre les mouvements de résistance et la Syrie. 
Le gouvernement syrien a accusé des snipers d’avoir tiré sur des manifestations, sur l’armée et sur la police dans l’intention de voir la police ouvrir à son tour le feu sur les manifestants. 
Les rumeurs, les messages anonymes sur Internet et les rapports émis par TV satellite dans l’intention d’exacerber les divergences sectaires font partie de la campagne de déstabilisation.

Le caractère dual de la Syrie
Il n’est pas difficile de comprendre pourquoi l’impérialisme américain et ses pions dans la région, y compris Israël et les monarchies corrompues et dépendantes que sont la Jordanie, le Qatar, les Émirats arabes unis et l’Arabie saoudite, aimeraient voir un « changement de régime » en Syrie. 
La Syrie est l’un des rares pays arabes à n’entretenir aucune relation avec Israël. Plusieurs organisations de résistance palestinienne ont des « bureaux en exil » en Syrie, y compris le Hamas. La Syrie est alliée de façon étroite à l’Iran et au Liban.
La Syrie aujourd’hui n’est ni un pays socialiste, ni un pays révolutionnaire. Le capitalisme - et l’inégalité qui en résulte - n’y a pas été renversé. Il existe une classe capitaliste, en Syrie : nombreux sont ceux qui, en sont sein, ont bénéficié des « réformes » au cours desquelles des industries anciennement aux mains de l’État ont été vendues à des capitaux privés. 
Toutefois, l’État syrien représente des forces contradictoires. Le pays a été un bastion de protection des gains obtenus lors des luttes et soulèvements anticoloniaux des masses arabes dans les années 60 et 70. Au cours de cette période, de nombreux gains sociaux importants ont été réalisés, des industries et ressources majeures ayant appartenu au capital étranger ont été nationalisées et d’importants progrès ont été enregistrés dans la garantie des soins de santé, dans le niveau de vie et l’enseignement.
La Syrie sous le parti socialiste arabe Ba’ath est résolument laïque. Elle a maintenu la liberté religieuse pour tous tout en n’autorisant aucun groupement religieux à dominer l’État ou à être promu par ce dernier. 
Mais le régime syrien a également réprimé sévèrement les efforts des mouvements de masse basés au Liban et en Syrie et qui voulaient poursuivre la lutte. Il a justifié sa répression des mouvements passés en insistant sur sa position précaire à proximité d’Israël, sur l’impact des deux guerres contre Israël, en 1967 et 1973, et sur l’occupation et l’annexion par Israël de l’importante région syrienne que sont les hauteurs du Golan, et ce, depuis 44 ans. 
Les années de sanctions de la part des États-Unis et les efforts de déstabilisation du passé ont également eu un effet cumulatif. L’appareil d’État, craignant depuis longtemps les perpétuelles interventions de l’extérieur, craint désormais le changement.
Il est essentiel de reconnaître ce caractère dual et de ne pas excuser ni d’ignorer tous les problèmes qui en découlent. 
La Syrie a assumé le fardeau supplémentaire de nourrir et d’héberger plus de 500.000 réfugiés palestiniens et leurs descendants ces 63 dernières années. Les conditions sont meilleures que dans n’importe quel pays avoisinant parce que, contrairement à ce qui se passe au Liban et en Jordanie, les soins de santé, l’éducation et le logement sont accessibles aux Palestiniens vivant en Syrie.
  
L’impact de la guerre en Irak 
L’invasion et la destruction massive par les États-Unis du pays voisin, l’Irak, la discussion entre Bush et Blair d’une semblable agression contre la Syrie en 2003 et les nouvelles sanctions très dures contre la Syrie ont encore accru l’intensité des pressions. 
Mais le facteur le plus destructeur n’a jamais été discuté dans les médias traditionnels : plus de 1.500.000 Irakiens ont afflué en Syrie afin d’échapper à l’occupation américaine de ces huit dernières années. 
Ceci a eu une importante influence sur un pays dont la population était de 18 millions d’habitants en 2006. Selon un rapport sorti en 2007 par le bureau du haut commissaire américain pour les Réfugiés, l’arrivée quotidienne de 2000 Irakiens désespérés a eu un impact extrême sur toutes les facettes de la vie en Syrie, particulièrement sur les services proposés par l’État à tous ses citoyens et à tous les réfugiés. La Syrie a le plus haut niveau de droits civiques et sociaux pour les réfugiés, dans toute la région. D’autres pays des alentours exigent un minimum de solvabilité bancaire et expulsent les réfugiés nécessiteux. 
L’arrivée inattendue de ces réfugiés irakiens a eu un impact dramatique sur les infrastructures, sur les écoles primaires et supérieures à la gratuité garantie, sur les soins de santé gratuits, sur la disponibilité des logements et sur les autres domaines de l’économie. Elle a provoqué une hausse des prix dans toute l’alimentation. Les prix des denrées alimentaires et des biens de première nécessité ont augmenté de 30 pour 100, les prix des propriétés de 40 pour 100 et les prix des loyers de 150 pour 100.
Les réfugiés irakiens ont également bénéficié de la part de l’État syrien de subsides pour le carburant, la nourriture, l’eau et autres produits essentiels pour tout le monde. Une telle masse de personnes sans emploi a amené une baisse des salaires et a augmenté la concurrence autour des emplois. L’impact du ralentissement économique mondial durant cette période difficile a encore aggravé les problèmes. (Middle East Institute, 10 décembre 2010, rapport sur la Coopération au profit des réfugiés).
Les États-Unis ont créé la crise des réfugiés, qui a amené le déplacement de plus de 25 pour 100 de la population irakienne en raison des violences sectaires. Pourtant, ils acceptent le nombre le plus bas de réfugiés et ils ont contribué aux frais des secours des Nations unies pour une somme moindre que le coût d’un seul jour de guerre en Irak. Les sanctions américaines contre la Syrie ont encore accru la désorganisation économique du pays. 
Tout cela a accru la conscience du gouvernement et du peuple de Syrie à propos des dangers de l’occupation américaine et de la déstabilisation interne et du bain de sang qui pourraient venir de la violence sectaire attisée par les États-Unis.
Washington prétend être ennuyé à propos de l’instabilité qui règne en Syrie. Mais l’impérialisme américain en tant que système est amené à créer l’instabilité. La domination et le pouvoir débordants de l’armée et des sociétés pétrolières sur l’économique américaine et les énormes profits résultant des contrats militaires renforcent cette motivation à rechercher des solutions militaires. 
Chaque déclaration faite par le gouvernement syrien a reconnu l’importance de réaliser des réformes internes tout en maintenant en place l’unité nationale dans un pays extrêmement diversifié présentant des différences historiques sur le plan de la religion, des tribus et des régions, et qui héberge actuellement près de deux millions de réfugiés. 
Les diverses nationalités, religions et groupes culturels en Syrie ont absolument le droit de faire partie de ce processus. Mais ce dont ils ont le plus besoin, c’est que soit mis un terme à l’intervention constante et sans relâche des États-Unis.
USA, bas les pattes !
 Sara FLOUNDERS
Source : workers.org
Traduction : JMF / Investig'Action