lundi 18 juillet 2016

Turquie: prenez garde à une dictature élue.



Le coup d'État raté en Turquie aurait pu prendre une tournure pire. Il aurait pu réussir. Une dictature militaire est l'une des pires formes de gouvernement connues. Mais une dictature élue n'est pas beaucoup moins mauvaise et il y a  maintenant un danger évident  que la Turquie vacille dans cette direction. L' arrestation de 6 000 personnes, et la  mise à pied de 2 700 juges, sont de très mauvais signaux émanant d'un régime qui a déjà fait de son mieux pour intimider la société civile par le harcèlement et la persécution de journalistes. Une purge des forces armées est inévitable dans le sillage d'un coup d'État militaire raté, mais ce ne sont pas les juges qui se sont rebellés contre le gouvernement élu. L'attaque contre le système judiciaire est particulièrement préoccupante quand on sait le mépris d'Erdoğan pour les droits de l'homme et la primauté du droit.
Pourtant, cet homme erratique et ambitieux se trouve dans une position de grande puissance, ou au moins dans celle où il peut faire beaucoup de mal. Bien qu'il y ait un énorme fossé entre l'islamisme du parti AKP d'Erdoğan et celui de l'État islamique, son soutien tacite a été extrêmement important pour renforcer les pires éléments des forces de l'opposition syrienne. Dans le même temps, la Turquie est un membre vital de l'OTAN, avec les forces armées  plus importantes que celles de tout autre pays de l'alliance à part les  USA. Le fait que des éléments de  l'armée de terre et de l'air se sont affrontés est un autre élément très préoccupant. La détermination du gouvernement Erdoğan à mettre toute la faute pour le coup sur un réseau islamique rival dirigé par Fethullah Gülen, un prédicateur actuellement en exil en Pennsylvanie, a mis les relations turco-US à rude épreuve. Peu d'observateurs extérieurs estiment que les conspirateurs n'étaient pas pour une grande part des laïcards  de la vieille école dans la tradition des forces armées turques. Le secrétaire d'État US John Kerry, a tout à fait raison de dire que les demandes d'extradition de M. Gülen doivent être étayées par le genre de preuves tangibles, vérifiables dans les tribunaux, que le gouvernement turc a pour le moment été totalement incapable de fournir.
Une des ironies du coup d'État et de son échec est que M. Erdoğan a peut-être dû sa survie aux réseaux sociaux décentralisés qu'il tente depuis des années de plier à la volonté de son gouvernement. Les comploteurs, apparemment bien préparés pour un coup d'État du 20ème siècle, tout comme les généraux sont généralement prêts à gagner la dernière guerre, avaient saisi la station de télévision d'État, mais négligé de sécuriser l'Internet. En utilisant les stations de télévision privées et le pouvoir des médias sociaux, M. Erdoğan a su rallier ses partisans et les faire descendre dans la rue.
Ce n'est là qu'un exemple de la façon dont les institutions d'une société civile, fonctionnant dans le cadre de la loi, ont sauvé un homme qui semble si souvent les menacer. Les personnes qui se sont répandues dans les rues pour mettre en déroute les forces putschistes n'étaient pas toutes là pour défendre M. Erdoğan. Beaucoup étaient là pour défendre la démocratie elle-même. Le taux de participation des manifestants était élevé, même dans des villes comme Izmir, où le parti AKP est faible. Tous les partis politiques, même le HDP à majorité kurde, se sont ralliés derrière la démocratie sans aucune hésitation. C'était une cause plus grande que le président. La question pour l'avenir est de savoir s'il comprend cela. La suite exigera de la modération du gouvernement victorieux, le respect des droits humains et une réaffirmation de la primauté du droit. Ce qui n'a pas été le fort du règne de M. Erdoğan jusqu'à présent, mais la Turquie en a rarement eu plus besoin.

TURQUIE : La répression bat son plein après la tentative ratée de coup d’État.



La vague d’arrestation dans l’armée, la police et la magistrature était préméditée, selon le commissaire européen Johannes Hahn. La répression bat son plein en Turquie après la tentative ratée de coup d’État.
«On a au moins l’impression que quelque chose avait été préparé. Les listes sont disponibles, ce qui laisse penser que cela était préparé pour servir à un moment ou un autre», a déclaré Johannes Hahn, commissaire de l’Union européenne pour la Politique régionale et de l’intégration européenne.
La vague de représailles qui a couvert l’armée, les forces de l’ordre et les administrations régionales en Turquie devient de plus en plus large. Huit mille policiers ont été mis à pied dans l’ensemble de la Turquie, dont Istanbul et la capitale Ankara, du fait de leurs liens présumés avec le putsch manqué de vendredi soir, a déclaré lundi à Reuters un haut responsable turc. 30 gouverneurs et 50 hauts fonctionnaires ont également été limogés.
Près de 3.000 militaires et autant de juges et de procureurs ont d’ores et déjà été placés en détention provisoire dans la foulée du putsch avorté. De plus, 103 généraux et amiraux sont en garde à vue, selon les dernières informations de l’AFP, citant une agence progouvernementale.
Près de 9.000 fonctionnaires du ministère de l'Intérieur turc ont été limogés après la tentative de coup d'Etat manquée, a rapporté lundi l'agence de presse progouvernementale Anadolu.
Pour la commission européenne, dans la conduite de ces représailles, les autorités turques violent les normes du droit international. Selon Johannes Hahn, ce point de vue est partagé par Federica Mogherini, qui dirige la diplomatie européenne.
En réponse à la déclaration d’Erdogan, qui a indiqué dimanche entendre rétablir au plus vite la peine de mort en Turquie pour punir les participants au coup d’État avorté du 15 juillet dernier, le parti pro-kurde HDP (Parti démocratique des peuples) a fait savoir qu’il ne soutiendra pas un éventuel projet de loi à ce sujet.
«Non, nous ne le soutiendrons pas», a déclaré lundi à Reuters un porte-parole de cette formation, Ayhan Bilgen.
Recep Tayyip Erdogan avait indiqué dimanche qu’il n’allait pas négliger la demande de certains de ses partisans, qui ont réclamé l’exécution des auteurs de la tentative de putsch. Selon Erdogan, il en discuterait avec les partis de l’opposition.
Selon Ankara, la rébellion avortée a fait 290 morts, dont 190 civils et 100 putschistes, ainsi qu’au moins 1.400 blessés. Les autorités soupçonnent Fethullah Gülen, prêcheur islamique et opposant résidant à Saylorsburg (Pennsylvanie, États-Unis), d’avoir organisé la tentative de coup d’État, mais ce dernier dément son implication. À l’heure actuelle, dans l’ensemble, les forces de l’ordre ont réussi à maîtriser la rébellion, même si la tension persiste dans certains secteurs d’Istanbul et d’Ankara.
Source: Sputnik et rédaction