vendredi 17 juin 2011

Pourquoi les Etats Unis menent-ils une guerre permanente contre le système de santé Cubain ?

Au mois de janvier (2011) , le gouvernement des Etats-Unis d’Amérique a cru bon de saisir 4,2 millions de dollars alloués à Cuba par les Nations Unies dans le cadre du Fonds Global de lutte contre le Sida, la Tuberculose et la Malaria, pour le premier trimestre 2011.
Le fonds des Nations Unies est un programme d’un montant de 22 milliards de dollars par an et destiné à combattre ces trois pandémies mortelles dans 150 pays. (3)

« Cette politique mesquine, » a déclaré le gouvernement cubain, « vise à saper la qualité des services fournis à la population cubaine et à bloquer l’assistance médicale dans plus de 100 pays fournie par 40.000 travailleurs de la santé cubains. » La majorité des fonds sont consacrés à importer des médicaments onéreux contre le SIDA, où le traitement antirétroviral est fourni gratuitement à quelques 5.000 malades du SIDA. (4)

Les Etats-Unis voient le système de santé cubain et la solidarité engagée par la Havane comme un moyen pour Cuba de se faire des amis et des alliés dans le tiers-monde, particulièrement en Amérique latine. C’est une situation en total contradiction avec la politique américaine qui a longtemps consisté à isoler Cuba. Ces dernières années, les Etats-Unis ont tenté de contrer le succès international remporté par les Cubains en envoyant le navire US « Comfort » dans la région. Equipé de 12 blocs opératoires et de 1000 lits, l’ancien pétrolier reconverti a effectué des centaines de milliers d’interventions chirurgicales gratuites dans les pays comme Belize, le Guatemala, le Panama, El Salvador, le Pérou, l’Équateur, la Colombie, le Nicaragua et Haïti.

Mais les accostages du navire « Comfort » ont peu de chances de renforcer l’influence de l’Amérique sur le continent. « C’est difficile pour les Etats-Unis de concurrencer ainsi Cuba et le Venezuela,  » a dit Peter Hakim, président de Inter-American Dialogue, un groupe de recherches politiques pro-américain à Washington. « Ca donne l’image que nous sommes en train d’essayer de les imiter. Les médecins cubains ne mouillent pas quelques jours dans un port, mais sont présents dans le pays pendant des années. » (5)

Dans une récente révélation par Wikileaks de documents du Département d’Etat US, on trouve ceci : un câble expédié par Michael Parmly depuis la Section des Intérêts des Etats-Unis à La Havane, en juillet 2006, pendant les préparatifs de la conférence des pays du Mouvement des Non-Alignés. Il souligne qu’il est activement à la recherche « d’histoires humaines et autres informations pour briser le mythe des prouesses de la médecine cubaine. »

Michael Moore mentionne un autre câble de Wikileaks du Département d’Etat : « le 31 janvier 2008, un officiel du Département d’Etat basé à la Havane a recueilli une histoire inventée de toutes pièces et l’a transmise à Washington. Voici ce qu’il disait : (l’officiel) a déclaré que les autorités cubaines avaient interdit le documentaire de Michael Moore, « Sicko », pour cause de subversion. Bien que l’objectif du film était de critiquer le système de santé US en soulignant la qualité du système cubain, l’officiel a dit que le régime savait que le film était une falsification et ne voulait pas prendre le risque de provoquer la population cubaine en lui montrant des équipements qui n’étaient à l’évidence pas accessibles à la vaste majorité de la population. » Moore rappelle le communiqué de l’agence de presse Associated Press du 16 juin 2007 (sept mois avant le câble) qui titrait : « Le ministre de la santé de Cuba déclare que le documentaire « Sicko » de Michael Moore montre les « valeurs humaines » d’un système communiste ».

Moore ajoute que les Cubains ont pu voir son film à la télévision nationale, le 25 avril 2008. « Les Cubains ont tellement apprécié le film qu’il est l’un des rares films américains à avoir été diffusé dans les cinémas à Cuba. Je me suis personnellement assuré de faire parvenir une copie en 35 mm à l’Institut du Cinéma à la Havane. Des projections de Sicko ont été organisées partout dans le pays. » (6)

Les Etats-Unis interdisent aussi la vente à Cuba de médicaments et équipements essentiels, comme l’agent inhalateur Sevoflurane qui est devenu le médicament par excellence pour l’anesthésie générale chez les enfants ; et le Dexmetomidine, particulièrement utile chez les patients âgés qui doivent souvent subir de lourdes interventions chirurgicales. Ces deux produits sont fabriqués par la société US Abbot Laboratories.

Les enfants cubains qui souffrent de leucémie lymphoblastique ne peuvent pas utiliser du Erwinia L-asparaginasa, un médicament commercialisé sous le nom d’Elspar, puisque la société pharmaceutique US Merck and Co refuse de vendre son produit à Cuba. Washington a aussi interdit à l’ONG américain Pastors for Peace de donner à Cuba trois ambulances de marque Ford.

Les Cubains se voient aussi refuser des visas pour assister à des conférences sur l’Anesthésie et la Réanimation qui se déroulent aux Etats-Unis. Ce qui complique encore plus la vie des anesthésistes cubains pour se maintenir informés des progrès dans leur domaine, pour soigner les patients gravement malades, et pour être informés des progrès accomplis dans le traitement de la douleur.

Ce ne sont là que quelques exemples de la guerre incessante livrée par les Etats-Unis contre le système de santé cubain, qu’on peut trouver dans le rapport de Cuba à l’Assemblée Générale des Nations Unies du 28 octobre 2009 (et publié ICI sur Le Grand Soir, pardi – NdT)

En enfin, il ne faut pas oublier le programme d’immigration appelé Cuban Medical Professional Parole (CMPP), qui encourage les médecins cubains qui exercent à l’étranger à faire défection et d’entre immédiatement aux Etats-Unis comme réfugiés. Le Wall Street Journal a rapporté au mois de janvier de cette année que jusque décembre 2010, des visas CMPP avaient été accordés par les consulats US dans 65 pays à 1.574 médecins cubains dont la formation a été payée par le gouvernement Cubain au prises avec des problèmes financiers. (7) Ce programme, assez étrangement, a été lancé par le département US Homeland Security. Encore une victoire contre le terrorisme ? Ou le socialisme ? Ou est-ce la même chose ?

Attendez que les conservateurs américains découvrent que Cuba est le seul pays d’Amérique latine où l’avortement est libre et gratuit.

William Blum
http://killinghope.org/bblum6/aer94.html

OBAMA - A la recherche d'un second mandat

16 juin 2011
Le président Obama prépare sa campagne pour un second mandat. Un remake de sa première campagne n'était pas une option. Toutefois, il a parfaitement fait ce qu'il avait promis : la même chose et encore davantage que son prédécesseur quoiqu’avec un style très différent. Il n'a pas déçu, du moins pas ceux qui ont pris la peine de ne pas se limiter aux apparences et qui raisonnent de manière critique.
Les médias publics et commerciaux continueront comme ils l'ont toujours fait d’accorder beaucoup d'attention à la perception, plutôt que de perdre du temps en s’arrêtant sur le contenu. On peut blâmer les médias de masse pour nombre de choses mais pas pour leur imprévisibilité. Que du contraire, il s'agit d'une répétition de la couverture de la deuxième campagne de W. Bush, Bill Clinton, Bush Sr … remplacez les dates, les noms, les adjectifs et prenez le contrepied (selon votre préférence).
Tout d'abord, il y aura comme d'habitude un parti pris évident en faveur des Démocrates et contre les Républicains. Les Républicains excellent franchement dans ce domaine. Le Tea Party Movement ne rate pas une occasion de se ridiculiser au niveau international. Néanmoins, ce type de mouvement est loin d’être récent. Ce type de populisme se retrouve dans presque toutes les décennies de l'histoire américaine. Jusqu'au début des années 60, ce mouvement était largement ignoré par les médias de masse. La nouveauté est que les médias se focalisent tellement sur ces mouvements que ceux-ci ont désormais compris le mode de fonctionnement des médias actuels. S'il y a une chose que l’on ne peut reprocher au Tea Party Movement, c’est la non utilisation d’une stratégie sophistiquée des médias. Au contraire. Ils en ont également besoin et cela fonctionne. Sinon, comment expliqueriez-vous qu’un mouvement minoritaire suscite tant d’attention ?

Républicains-Démocrates : deux partis–une idéologie 

Dans les mois à venir, on n’apprendra certainement pas dans les bulletins d’informations diffusés par les grands médias que les Démocrates ne valent pas mieux que les Républicains et leurs partisans extrémistes. Par exemple, ces derniers mois, il y a eu beaucoup à écrire concernant les gouverneurs républicains qui ont interdit le droit au dialogue social avec les syndicats dans leur Etat. Moins d'attention a été accordée au fait que de nombreux gouverneurs démocrates ont lancé des initiatives similaires et que le parti démocrate pouvait difficilement être mis en concurrence avec les Républicains en termes d'attaque des droits sociaux de la classe moyenne. Cependant, ils ne le disent pas si agressivement ni ouvertement (si honnêtement ?) que leurs collègues républicains. C'est également une vieille tradition dans la politique américaine.
Celui qui ne connaît pas bien la culture politique des Etats-Unis, en particulier la classe moyenne, a bien sûr du mal à comprendre comment tant de grévistes dans le Wisconsin (où l'attaque contre le dialogue social a été déployée) sont également partisans du Tea Party Movement. En effet, comment les citoyens peuvent –ils être partisans d'un mouvement tellement en opposition avec leurs intérêts sociaux ? Comment cela peut-il aller de pair avec les sondages d'opinion indiquant que 70% des Etasuniens sont en faveur des soins de santé publics (selon le modèle canadien, le seul modèle connu des Etasuniens) ?
Obama déçoit-il ? Il a ouvert un second front de guerre en Afghanistan qui menace de s'étendre au Pakistan, la prison de Guantanamo n’a pas été fermée, la guerre en Irak se poursuit sans qu’on en voit la fin. Sa réforme des soins de santé s'est révélée être une boîte vide. Il n'entreprend rien contre les réductions d'aide sociale dans les Etats ... mais l’a-t-il bien promis ?
La couverture médiatique du candidat Obama n’a en effet pas laissé entendre que tout cela aurait bien lieu. On n’a pas perdu de temps à effectuer une analyse en profondeur car les gens ne lisent (écoutent - regardent) de toute façon pas, n’est-ce pas ? De nombreux Etasuniens progressistes se sont volontairement laissé duper. Ils ont entendu ce qu'ils voulaient entendre et ont pris les médias européens dans leur sillage. Obama a été dépeint comme un opposant à la guerre en Irak. Rien n'est moins sûr, cependant. Obama affiche certes des différences tactiques sur la manière de mener la guerre. Mais cet homme n'est pas contre le droit d'intervention des États-Unis, ni contre l’établissement de centaines de bases militaires dans le monde, en d'autres termes, cet homme est à 100% pour l'hégémonie US sur le monde. Il a certes d'autres idées que les Républicains sur la manière de gérer cet empire, ça oui ...
 

Obama : la promesse qui n’en a jamais été une !

Personnellement, je me souviens surtout du sentiment d'incrédulité que j'ai eu quand j'ai vu Obama faire son discours de victoire à la télévision. La foule en délire, les commentaires enthousiastes, c’était également le cas en Belgique. La désillusion qui allait inévitablement en découler était si profondément enracinée que vous ne pouviez pas manquer d’y jeter un œil. Cet homme a été et est toujours un fervent individualiste néolibéral qui n’avait/a pas l'intention de faire quoi que ce soit pour modifier le système politique US, qui s’oppose aux soins de santé publics (encore davantage que la candidate perdante Hillary Clinton), qui favorise l'expansion de la liste des crimes éligibles pour la peine de mort, qui est encore plus extrême à l’égard d’Israël que W. Bush, qui approuve le budget le plus élevé jamais alloué à la défense en temps de crise économique et ainsi de suite.
J'ai relu mes articles concernant le candidat Obama pendant les primaires - quand Obama était loin de faire l’unanimité- et ce que j’ai pu en voir de lui à l’époque se réalise maintenant presqu’à la lettre. … Ce candidat n’est pas parvenu à fermer Guantanamo, n’a pas mis fin à l'occupation de l'Irak, pas un problème de santé publique ... suis-je devin ? , est-ce que je vois des choses que les autres ne voient pas ? Malheureusement pas. J'ai même pensé qu’Hillary Clinton ressortirait vainqueur des primaires. Je suis d'ailleurs loin d’être le seul à avoir pensé qu’Obama ne réussirait pas. De nombreux Etasuniens progressistes ont pensé de la même façon. Ils avaient une chose en commun : ils ont été complètement ignorés par les médias (sauf dans de rares cas où leur voix peut être entendue). J'ai recensé leurs opinions sur de nombreux sites US progressistes. Pour mes articles sur les Etats-Unis, je me base d’ailleurs exclusivement sur des infos US.
 Obama - ou plutôt son équipe de campagne - a magnifiquement créé l'illusion. Il a fait encore mieux que la plupart de ses prédécesseurs. … Ce n’est pas pour rien que sa campagne électorale a été élue campagne de l'année par le secteur de la publicité ... Les Etats-Unis est le pays par excellence où les élections sont privatisées de facto. Il faut effectivement vraiment en faire beaucoup en tant que nouvel arrivant politique avec une expérience d’à peine deux ans au niveau national et malgré cela devenir président. En ce qui concerne la persévérance, cela peut compter. Et pour ce faire en tant que Noir américain, cela a été une réussite, une réussite supplémentaire. Le temps était en effet venu. … Mais de là à conclure que cet homme mènerait une autre politique ...
Cela ne peut bien entendu se produire qu'une seule fois. Tout comme Clinton, Bush père (en vain), Reagan, Carter (également sans succès), Nixon... Il va désormais surtout attirer l'attention sur l'absence d'alternative proposée par l'adversaire. Dans une deuxième campagne, le président en fonction sera en effet tenu de se concentrer sur l'autre partie : « Comme il n'y a pas des concurrents importuns dans leurs propres rangs. Moi-même ou la catastrophe des fanatiques du Tea Party. ». L'élite politique républicaine en est bien consciente mais ne peut plus résister davantage contre la violence verbale de ce mouvement.
 Quiconque pense que la bataille est gagnée, est dans l’erreur. McCain et Sarah Palin ont obtenu ensemble encore 46% des voix. Obama, l'homme du changement a en effet obtenu seulement 54%, malgré le fait que les Républicains ont été avec W. Bush, désignés pour avoir apporté le président le moins populaire de l'histoire d'après-guerre des Etats-Unis. La crise économique survenue pendant la campagne électorale a été une aubaine pour Obama. McCain avait en effet déclaré quelques semaines plus tôt que l'économie se portait "très bien" et qu'il ne prévoyait pas de problèmes. Une fois élu, Obama a immédiatement décidé d'un plan de sauvetage du secteur financier approuvé par le consentement presqu’unanime des Démocrates et des Républicains (certains Républicains ont voté contre parce qu'ils considéraient que ce plan n’allait pas assez loin). C’est logique puisque ce plan avait déjà été préparé par le cabinet de son prédécesseur. En outre, il a nommé comme conseillers économiques des économistes personnellement responsables de l'émergence de cette crise.
Des candidats tels que Sarah Palin ont bel et bien une chance
Cet avantage, Obama ne le possède désormais plus. Les Républicains, dont le contexte historique ne les ébranle pas le moins du monde, ont indiqué qu’ils ne l’aideront pas sous sa propre responsabilité (à juste titre ou non, peu importe).
Celui qui pense que la candidate Sarah Palin n’a aucune chance doit tout de même être prudent. Tout d'abord, l'ignorance de la politique international ou du monde extérieur ne gêne pas l'Etasunien moyen – par exemple John Kerry, l'un des rares Etasuniens à maîtriser une langue étrangère, le français de surcroit, a été attaqué sur ce point par les Républicains. McCain, lors d’une interview radiophonique au cours d'une incursion militaire colombienne en Equateur, a déclaré qu'il condamnait « l'invasion du Venezuela par la Colombie », et à une question concernant le Premier ministre Zapatero, sur le retrait d’Irak des troupes espagnoles, il a répondu qu'il ne traiterait jamais avec la guérilla mexicaine ... La connaissance n'est pas un atout pour les élections présidentielles américaines, au contraire. W. Bush a utilisé ses erreurs de langage en tant qu'élément de ses campagnes et a réussi à se créer l’image d'un gars ordinaire avec lequel vous pouvez aller boire une pinte. Pour un membre des 1% les plus riches de la population, sa prestation en tant que président a été une réussite.
Obama ne le sait que trop. Il sait comment plaire à un public européen autre que son public autochtone. C’est pourquoi il est important de comparer l'un de ses discours faits dans les États US, qui ne se retrouvent pas dans les médias. Ils excellent dans les platitudes « sloganesques » qui ne veulent rien dire et dans lesquelles chacun peut entendre ce qu’il souhaite. C’est ce qu’il a en commun avec ses prédécesseurs.
Les sondages d'opinion des think tanks conservateurs aux Etats-Unis, tels que l'Institut Brookings, révèlent que l'Américain moyen pense que la politique ne défend pas ses intérêts. D’ailleurs, les Etasuniens restent massivement chez eux pour les élections. Les élections présidentielles obtiennent encore un taux de participation « raisonnable » variant de 50 à 55%. Mais dans les parlements régionaux, les représentants sont élus par seulement 20% de leur population. Pour les élections communales, la police et les élections judiciaires (dans la plupart des Etats, les commissaires de police, les juges et les procureurs sont élus !), la participation est encore plus faible. En outre, il y a des millions d’Etasuniens qui ne jouissent pas du droit de vote. Curieusement, ils sont tout de même comptabilisés pour déterminer le nombre de sièges des Etats au Congrès. Au cours de l'esclavage, les esclaves étaient également inclus dans ce quota- ils ne pouvaient bien évidemment pas aller voter. 

Une culture politique basée sur l’ignorance

 Les Etasuniens n'ont aucune expérience, aucune compréhension, aucune notion d'autres systèmes - si tant peu soit-il qu’ils savent ou peuvent s’imaginer que d'autres systèmes existent. Pourtant, la lutte sociale aux Etats-Unis a été beaucoup plus forte qu'en Europe, et la répression beaucoup plus sévère. L'individualisme est tellement ancré dans les mœurs que même les employés des entreprises, sans couverture sociale ni assurance maladie plaident pour l'abolition du dialogue social dans le secteur public et les grandes entreprises ...
Obama, comme tous les présidents avant lui, sera réélu ou non sur la base de sa politique intérieure. La politique étrangère joue un rôle mineur. Cette réélection est loin d'être certaine. Il suffit de demander, à Jimmy Carter et George Bush Sr.
Devrions-nous nous inquiéter s’il ne devait pas être réélu ? Oui quand-même. Obama est un homme du système de la continuité, ce qui est assez mauvais pour le mendiant sans-abri de Manhattan et pour l'agriculteur bombardé en Afghanistan... mais un fanatique républicain est encore pire.
Les mass médias font chaque fois un spectacle de l'élection présidentielle US. Et c’est précisément ce qu’elle est. C’est passionnant à regarder. Mais elle ne va pas à l’essentiel. Les présidents ne changent rien tant que l'opinion publique ne les oblige pas à le faire. Franklin Roosevelt s’est vu contraint de créer le New Deal pour sauver le capitalisme de la destruction, Johnson a été obligé d’accorder le droit de vote aux Noirs américains parce qu'il craignait que le soulèvement populaire ne dégénère. Il en va de même pour Obama. Cet homme ne fera quelque chose que s’il s’ y sent obligé par l'opinion publique de son propre pays – et non à l'étranger ! Pour l'instant, il semble peu probable que ce soit le cas.
Les éditorialistes européens auront largement exposé les nombreuses concessions qu'il a du faire avec les Républicains. C'est vrai, ce ne sont que des concessions tactiques, et non des concessions sur le fond. En effet, le système bipartite US ne le permet pas. Ils sont d’accord sur l’essentiel.
Faut-il pour autant désespérer ? Il va de soi que ce qui se passe aux Etats-Unis nous concerne tous, et même si la puissance des Etats-Unis s’est étayée, un ours blessé peut encore faire de gros dégâts. Mais le changement survient toujours à des mauvais moments. Le mouvement des droits civiques américain a défendu l'égalité des droits en vain pendant 80 ans jusqu'à ce que survienne le changement dans les années 60. C'est justement dans des moments comme aujourd'hui où la situation semble désespérée que la lutte politique est indispensable. Les droits ne sont pas offerts, ils sont extorqués. C'est encore le cas aujourd'hui.
Obama sera probablement réélu, mais au prix de lourds efforts. Cependant, qu’Obama soit réélu ou non, la lutte pour la justice et la démocratie continue de toute façon.
LODE VANOOST
Source : uitpers.be
Traduit du néerlandais par Valérie Théria pour Investig'Action