lundi 21 mai 2012

Palestine : La lettre de Thaer Halahleh à sa fille Lamar. " Quand tu grandiras, tu comprendras quelle injustice a été commise contre ton père et contre des milliers de Palestiniens que l’occupation a mis en prison "..

Bien que j’ai été privé de t’étreindre et d’entendre ta voix, de te regarder grandir et te déplacer dans la maison et dans ton être, et que j’ai été privé de mon droit en tant qu’être humain et que père vis-à-vis de sa fille, ton existence m’a donné toute la force et l’espoir, et quand j’ai vu ta photo avec ta mère dans la tente de sit-in, tu étais si calme en regardant les gens avec surprise, comme si tu étais à la recherche de ton père, regardant mes photos accrochées sous la tente en silence et demandant pourquoi ton père ne revenait pas, j’ai senti que tu étais avec moi, constante, dans mes sentiments et mon esprit, comme si tu étais une partie de mes battements de cœur, et du sang coulant dans mes veines, ouvrant toutes les portes pour moi, créant un ciel clair autour de moi, et exprimant ta libre voix enfantine après ce long silence.
Lamar mon amour : je sais que tu n’es pas à blâmer et que tu ne peux pas encore comprendre pourquoi ton père en est à son 75e jour de cette bataille de la grève de la faim, mais quand tu seras grande, tu comprendras que la lutte de la liberté est celle de pouvoir te revenir, afin que je ne puisse plus jamais être emmené loin de toi et privé de ton sourire ou de te voir, de sorte que l’occupant ne puisse plus jamais m’enlever à toi.
Quand tu grandiras, tu comprendras quelle injustice a été commise contre ton père et contre des milliers de Palestiniens que l’occupation a mis en prison et dans des cellules de prison, brisant leur vie et leur avenir sans qu’ils soient coupables de quoi que ce soit si ce n’est leur quête de liberté, de dignité et d’indépendance, tu sauras que ton père n’a pas toléré l’injustice et la soumission, qu’il n’acceptera jamais l’insulte et le compromis, et qu’il fait une grève de la faim pour protester contre l’État juif qui veut nous transformer en esclaves humiliés sans aucun droit ou dignité patriotique.
Lamar mon aimée, garde la tête haute et sois toujours fière de ton père, et remercie tous ceux qui m’ont soutenu, qui ont soutenu les prisonniers dans leur lutte, et n’aie pas peur car Dieu est toujours avec nous, et Dieu n’abandonne jamais ceux qui ont la foi et la patience, nous sommes dans notre droit, et le droit prévaudra toujours contre ceux qui commettent l’injustice et le mal.
Lamar mon amour : ce jour viendra, et je vais le créer pour toi en toutes choses, et te dirai tout, et tes journées qui s’ensuivront seront plus belles, alors laisse tes jours passer maintenant et porte tes plus jolis habits, cours et puis cours à nouveau dans les jardins de ta longue vie, va de l’avant encore et encore, rien n’est derrière toi que le passé, et c’est ta voix que j’entends tout le temps comme une mélodie de liberté. »
Source : La lettre de Thaer Halahleh, en arabe, sur Maan News / http://www.ism-france.org/temoignag...


Thaer Halahleh

Quebec : Le rapt de la démocratie

....La démocratie n’étant que la façon la moins violente de réguler les conflits sociaux, lorsqu’elle est kidnappée, que le pouvoir est accaparé par une élite, la population trouve d’autres manières de se faire entendre. .....

Lorsque des gouvernements font la sourde oreille aux revendications qui sont portées par un si grand nombre de gens, lorsqu’ils refusent d’entendre les aspirations de la population, lorsqu’ils préfèrent régler les conflits sociaux par l’usage de la force, qu’elle s’exerce par une loi injuste ou par les armes, ces gouvernements prennent la voie de la dictature. Avec la loi spéciale décrétée par le Premier Ministre Jean Charest, nous assistons, atterrés et dégoûtés, à un véritable rapt de notre démocratie. Par cette mesure autoritaire, le gouvernement libéral fait une fois de plus preuve de mépris envers les institutions démocratiques mêmes qui l’ont porté au pouvoir ; assemblées délibérantes, vote majoritaire et recherche de compromis.
Pire, il indique à la population que rien ne sert d’exprimer un quelconque mécontentement, puisque ses décisions sont inflexibles. Du moins en ce qui concerne les gens. Car lorsqu’il s’agit des entreprises privées et du capital, le discours est tout autre, plein de complaisance et de compromission. À preuve, Jean Charest était entouré de l’exécutif de la CRÉPUQ au moment d’annoncer sa loi spéciale. Ne soyons pas dupes, c’est à cette élite ainsi qu’aux banques que profite la situation ! La démocratie est prise en otage et ce sont eux, les ravisseurs ! Et les médias de masse, dissimulant leur parti pris en faveur du pouvoir établi sous des faux airs d’objectivité, en sont les complices.
Sur la scène fédérale, la même pièce se joue, mais bien plus dramatiquement. Tant de droits sont atteints par la loi C-38 que la population ne sait pour quelle cause se battre : l’environnement ? La retraite ? L’assurance-emploi ? Les droits des immigrants et des réfugiés ? Les droits des femmes ? La liberté d’expression, d’opinion et de manifestation ? À voir à quelle vitesse et avec quel acharnement le gouvernement conservateur démolit le Canada, nous sommes en droit de nous demander ce qu’il en restera aux prochaines élections ! À part l’armée, s’entend !
Mais du haut de leur pouvoir, nos dirigeants oublient l’essentiel. Les gouvernants ne peuvent gouverner sans le consentement des gouvernés. On a entendu monsieur Charest dire que la politique ne se fait pas dans la rue ; c’est un mensonge ! La démocratie n’étant que la façon la moins violente de réguler les conflits sociaux, lorsqu’elle est kidnappée, que le pouvoir est accaparé par une élite, la population trouve d’autres manières de se faire entendre. Et ce n’est pas en discréditant les protestataires par des lois injustes sur leur accoutrement ou sur le trajet qu’ils prennent que le pouvoir établi parviendra à nous faire rentrer dans le rang comme des moutons. C’est l’une des grandes leçons de l’histoire ; lorsqu’on prend la démocratie en otage, qu’on bafoue les droits légitimes des citoyens, il faut s’attendre à ce que la population s’insurge et organise la sédition.
Marie-Iris Légaré
Source : PRESSE TOI A GAUCHE