Des millions d'Egyptiens sont descendus dans les rues du Caire et des autres grandes villes du pays, dimanche, pour réclamer la démission de Mohammad Morsi et la fin du régime des Frères musulmans. Cette mobilisation sans précédent, même lors de la révolution contre Honsi Moubarak, en janvier-février 2011, intervient un an jour pour jour après l'entrée en fonction de Morsi. Dans son premier communiqué, la coalition de l'opposition a estimé que le régime était pratiquement tombé et a appelé le peuple à rester dans les rues.
La place Tahrir était donc de nouveau noire de monde. Les rues du Caire sont aux mains des manifestants. Des dizaines de cortèges ont rejoint l'emblématique place Tahrir depuis différents quartiers de la capitale. En fin d'après-midi, ils se sont dirigés vers le palais présidentiel. Dans ces cortèges, toujours le même slogan: «Dégage!», «le peuple veut la chute du régime»,. On voit toujours beaucoup de drapeaux égyptiens et les portraits du président Jamal Abdel Nasser. Même spectacle à Alexandrie.
Les opposants réclament le départ de Morsi. Les partisans du président se trouvent, eux, non loin du palais, devant la mosquée Rabia al-Adawiyya, placée sous haute sécurité. Ce dimanche, des blocs de béton ont été installés devant chaque entrée de ce bâtiment.
Les contestataires, issus de toutes les couches de la population, s’élèvent contre un pouvoir qui veut imposer par la force son idéologie islamique mais aussi contre la crise économique. Les réserves de devises s’écroulent, le prix des denrées alimentaires a augmenté de 10% en un an, le pays subit des coupures d’électricité régulières et un prêt de 4,8 milliards de dollars du FMI n'est toujours pas parvenu à l'Egypte. Selon Al-Ahram, «à ce jour, il n’y a pas eu la moindre réalisation des revendications de la révolution. Aucun de ces dossiers n’a été réellement traité par la présidence».
Par ailleurs, les révolutionnaires de 2011 ont perdu le peu de liberté d’expression qu’ils avaient acquise. De très nombreuses procédures judiciaires ont été engagées contre des journalistes et contre les médias.
En fait, les Frères musulmans ont fait illusion en parvenant au pouvoir. Ils avaient une expérience d’aide sociale aux populations défavorisées mais en aucun cas une expérience de gestion politique et économique d’un État. Selon l'expert des médias Yasser Abdel Azizi, cité par le site Slate.fr, «les Frères ne comprennent pas ce que pluralisme politique signifie, que ce soit sur le plan intérieur ou extérieur du pays. Les Frères croient qu’ils vont résoudre les problèmes qui émergent de leur mauvaise gestion des affaires non pas en modifiant leur politique, mais en faisant taire l’opposition».
Jusque-là insidieuse, la mainmise générale des Frères musulmans sur tous les aspects de la vie s’affirme ouvertement à présent au sein du gouvernement. Le ministre égyptien de la Culture, Alaa Abdel Aziz, s’est donné pour tâche de «purifier» les courants culturels et intellectuels du pays pour «éliminer les mécréants et pour redonner à son peuple son identité perdue».
L’introduction de la nouvelle pensée islamiste passe par l’exclusion puisque le ministre a écarté ceux qui ne sont pas dans le droit fil culturel des Frères musulmans. Les mesures décidées par le ministre touchent tous les secteurs: ont été limogés Inas Abdel-Dayem, directrice de l’Opéra, Ahmed Megahed, directeur de l’Organisme du livre, et Salah Al-Meligui, directeur du secteur des arts plastiques.
L’armée a choisi de se cantonner dans une stricte neutralité.
Source : TENDANCES DE L'ORIENT

