jeudi 30 août 2012

SYRIE : Les plans américano-turcs, Des mirages et des illusions...les Etats-Unis, la Turquie et les pétromonarchies du Golfe, voient leurs marges de manœuvres de plus en plus réduites, surtout qu’ils ont épuisé presque tout ce que leur imagination est capable de produire pour nuire à la Syrie.

Les Etats-Unis et la Turquie ont intensifié leurs ingérences directes en Syrie à travers le renforcement du nombre, du matériel et des prérogatives des chambres d’opérations militaires. Les déclarations des derniers jours laissent penser qu’une nouvelle étape de l’agression contre la Syrie est en voie de préparation.
Les concertations intensives, menées par Washington et Ankara, interviennent après les cuisantes défaites infligées par l’Armée arabe syrienne aux groupes terroristes à Alep et dans d’autres régions troubles du pays, où s’activent les escadrons de la mort, les agents de l’Otan et les mercenaires financés par les pétromonarchies obscurantistes du Golfe. Les discussions entre les parties turques et américaines à Ankara ont porté sur le renforcement des opérations de contrebande d’armes et d’argent, et sur les moyens d’améliorer les liaisons et les communications cryptées entre les chambres d’opérations militaires installées en Turquie et les groupes terroristes en Syrie. L’objectif est de mieux structurer, guider et déplacer les groupes armes, sur la base des informations recueillies par les images des satellites ou collectées par les espions sur le terrain, sur les mouvements des troupes syriennes, de leur organigramme et de leurs méthodes de combat, qui restent un mystère impénétrable pour les Occidentaux et leurs auxiliaires turcs et du Golfe, surtout après les résultats des batailles de Damas et d’Alep.
Le ton élevé des responsables américains et turcs concernant les événements en Syrie est en totale contradiction avec les propos échangés dans les coulisses et les salons diplomatiques. Citant de hauts responsables sécuritaires à Washington et Ankara, des visiteurs arabes rapportent que le projet de renverser le président Bachar el-Assad et de négocier les conditions politiques pour une transition, ainsi que les tentatives de prolonger la guerre des escadrons de la mort, se heurtent à des murs solides aussi bien à l’intérieur de la Syrie que sur le plan des positions de la Russie et de la Chine.
Les réalités montrent que la force de l’Armée arabe syrienne, sa solidité et le soutien populaire dont elle bénéficie, augmentent de jour en jour, tandis que les exactions, les actes de barbarie et les échecs successifs essuyés par les bandes armées ne passent plus inaperçus, même dans les medias occidentaux.  La population éprouve un rejet de plus en plus marqué pour les terroristes, dont une grande partie sont des jihadistes extrémistes étrangers, qui sèment la terreur dans les villes et les villages syriens, et qui sont venus détruire l’Etat syrien dans toutes ses dimensions, pour ramener la Syrie cent ans en arrière. Le sentiment d’appartenance nationale s’est exacerbé et un vaste élan pour la défense de la patrie est visible, pour des observateurs et des journalistes qui ne peuvent pas être accusés de sympathie pour le pouvoir syrien. La bataille médiatique est pratiquement perdue pour les bandes extrémistes à l’intérieur de la Syrie, et un début de changement est palpable auprès de l’opinion publique internationale.
Face à ces réalités, les pays impliqués dans la guerre contre la Syrie ont procédé à une vaste opération mediatico-psychologique pour tenter de remonter le moral des groupes armés, décimés par les pertes énormes subies face à l’armée syrienne. La mediasphère a été inondée par des nouvelles sur une offensive par-ci et une offensive par-la, par l’occupation de 80% d’Alep etc… Les autorités syriennes ne prennent même plus la peine de répondre à ces mensonges, d’autant que les journalistes qui connaissent bien le terrain, comme le Britannique Robert Fisk (connu pour ses critiques impitoyables contre le régime syrien), qui était récemment à Alep, connaissent la vérité. Ils écrivent dans leurs reportages et leurs comptes-rendus que sur tous les fronts, l’armée syrienne est passée à l’offensive et que les miliciens extrémistes ne parviennent pas a résister à l’avancée irrésistible des troupes régulières, qui frappent d’une main de fer les QG, les lignes de ravitaillement et les zones de regroupements des mercenaires et des jihadistes. Le soutien apporté par la population à l’armée –et que ces journalistes ne parviennent plus à cacher- apparaît dans la coopération entre les militaires et les civils, qui ont surmonté le mur de la peur et informent la troupe des repères et des caches des terroristes. Sans parler que de nombreux civils ont carrément rejoint les rangs de l’armée pour combattre ce qu’ils considèrent désormais comme une invasion étrangère de leur pays.
Dans le même temps, les conséquences de l’implication en Syrie du gouvernement de «l’illusion ottomane» commencent à apparaître à l’intérieur même de la Turquie ces deux dernières semaines:
-Les propos confessionnels de Recep Tayyeb Erdogan, qui multiplie les déclarations sur la «guerre civile» en Syrie, menacent la stabilité en Turquie même, où des voix s’élèvent pour dénoncer les dérives sectaires du Premier ministre.
-Par ses maladresses, Erdogan a ouvert la boite à Pandore des Kurdes. La guérilla kurde, qui s’était presque éteinte, reprend vigoureusement dans le Sud-est de la Turquie.
-La Turquie, qui tirait profit des accords économiques avec la Syrie, voit sa porte vers l’hinterland arabe fermée hermétiquement. Les pertes essuyées par les commerçants et les industriels turcs se chiffrent à des milliards de dollars.
Dans un tel contexte, les projets de zone tampon ou de passages sécurisés en Syrie se transforment en mirage, surtout que la Syrie a clairement annoncé, par la bouche de la conseillère présidentielle en visite à Pékin, qu’elle considérerait de tels arrangements comme des actes de guerre et qu’elle défendrait sa souveraineté nationale avec toute la force dont elle dispose. Les stratèges américains craignent que de la mise en œuvre de tels projets ne provoquent une grande guerre régionale qui mettrait en danger l’existence même d’Israël.
Le quotidien britannique The Guardian a rapporte l’échec des concertations américano-turques, qui ne sont pas parvenues à une vision commune autour de la zone tampon. Selon le journal, les Américains auraient transmis une mise en garde aux Turcs et auraient clairement exprimé leur refus d’imposer par la force, et en dehors du cadre des Nations unies, des régions sécurisées en Syrie.
Impliqués jusqu’au cou dans la guerre contre la Syrie, les Etats-Unis, la Turquie et les pétromonarchies du Golfe, voient leurs marges de manœuvres de plus en plus réduites, surtout qu’ils ont épuisé presque tout ce que leur imagination est capable de produire pour nuire à la Syrie.
Les dernières gesticulations de cette coalition ne sont que les ultimes tentatives pour sauver de l’effondrement un complot qui a nécessité des efforts colossaux et des investissements considérables. Mais les indices du fiasco inéluctables ne trompent pas, même s’il faudra encore quelques mois avant que les comploteurs n’admettent ouvertement leur défaite.
source : Tendances de l'Orient

Afrique du Sud : un massacre qui marque un tournant, dans une histoire.Ces luttes et le massacre mettent en question la légitimité du pouvoir de l’ANC (Congrès national africain, au gouvernement depuis 1994) et la machinerie mise en place...

« Il vaut mieux mourir que travailler pour cette merde… Je ne vais pas arrêter de faire la grève. Nous allons protester jusqu’à ce que nous obtenions ce que nous voulons. Ils ne nous ont rien dit. La police peut bien essayer de nous tuer, mais nous ne bougerons pas. » Comme l’a expliqué un mineur au journal sud-africain Mail and Guardian

 Dans la foulée du massacre des mineurs de la firme Lonmin, à Marikana, le 16 août 2012, les médias ont présenté « cette violence » comme résultant, en dernière instance, d’un affrontement entre deux organisations syndicales rivales. De plus, ils inscrivaient ces « faits » dans une sorte de « violence naturelle » qui serait propre à l’Afrique du Sud, mettant entre parenthèses aussi bien les legs nombreux du régime d’apartheid (« aboli » en 1994) que les terribles inégalités et conditions présentes d’exploitation.
Tiré du site de À l’encontre

Les mineurs de fond – quelque 3000 – revendiquaient une augmentation de leur salaire : de 485 à 600 dollars actuellement à une somme mal définie (mais qui a souvent été exagérée par les médias dans le but de déconsidérer les grévistes). A ces revendications et à cette mobilisation s’opposait la direction officielle du National Union of Minewokers (NUM). Le NUM est directement lié au système de gouvernement de l’ANC (Congrès national africain). Il est important de remettre dans un contexte historique ce qui constitue l’arrière-fond historique de cette tuerie dans cette mine de platine, ce que fait Chris Webb dans l’article que nous publions ci-dessous. Ce massacre s’inscrit donc dans une longue durée : celle des formes d’exploitation et d’oppression des travailleurs des mines d’Afrique du Sud.
Devant le choc provoqué par la tuerie du 16 août – qui renvoyait à celles de l’époque de l’apartheid – le président Jacob Zuma a été contraint de déclarer un « deuil national ». Les propriétaires de la mine (Lonmin) ont renoncé, dans l’immédiat, à l’injonction faite, de suite, aux mineurs, de reprendre le travail ou d’être licenciés. Frans Baleni, secrétaire général du NUM, le matin de la grève demandait aux mineurs de reprendre le travail. Et suite au massacre, le porte-parole du NUM, Lesib Seshoka, condamna « les violences », mais rendit hommage aux policiers qui mettaient de l’ordre « contre les éléments criminels et provocateurs » !
L’initiative de Zuma – « deuil national » d’une semaine – en mettant l’accent, après des hésitations, sur l’hommage à rendre aux « victimes » tente d’effacer une réalité : depuis cinq ans, les travailleurs des mines de platine mènent des luttes contre les compagnies minières de ce secteur : Angloplat, Implat et Lonmin. L’émergence du syndicat opposé au NUM – division que des firmes ont cherché à utiliser – l’Association of Minerworkers and Construction (AMCU) est le résultat du refus par les travailleurs des compromissions accentuées des appareils officiels avec les directions des firmes et le pouvoir. En effet, leurs conditions de travail étaient inacceptables et se péjoraient. La direction du NUM non seulement a dénoncé, depuis sa création, l’AMCU comme un organe patronal, mais, en ce mois d’août 2012, a même demandé l’arrestation des dirigeants de l’ACMU comme « fomenteurs de violences » ! Diverses études indiquent aussi le déplacement de la base du NUM vers les « cols blanc », éloignés des mineurs et sa perte d’emprise sur les travailleurs-mineurs ; d’où la violence des attaques du NUM contre l’ACMU.
Ces luttes et le massacre mettent en question la légitimité du pouvoir de l’ANC (Congrès national africain, au gouvernement depuis 1994) et la machinerie mise en place. La grève des travailleurs de Lonmin traduit l’émergence d’un secteur significatif de travailleurs qui ne sont pas (ou plus) intégrés, de fait, au régime de la triple alliance politico-syndicale qui a géré politiquement l’Afrique du Sud depuis 1994 : celle de l’ANC, de la COSATU (Congress of South African Trade Unions) et du PC. Pour rappel, un des dirigeants historiques du syndicalisme de l’époque de l’apartheid, Cyril Ramaphosa, est l’un des actionnaires de Lonmin. Cela en tant que dirigeant du grand fonds d’investissement Shanduka. Il est aussi au conseil d’administration de Coca-Cola. Parmi les actionnaires de Lonmin on trouve aussi Mike Davis (ex-Eskom) de Xstrata, société sise à Zoug. Ils siègent aux côtés d’investisseurs majoritaires anglo-saxons. Sous forme résumée et extrême, il y a dans la trajectoire de Ramaphosa l’évolution socio-politique du régime de la « triple alliance ». Cette dernière s’insère dans le réseau établi entre la « vieille élite » blanche et la « nouvelle élite » noire – configuration qualifiée de Black Economic Empowerment – dont la firme Lonmin est une sorte de synthèse. Les relations de Blade Nzimande, membre du PC et ministre, avec le « monde des affaires » sont tout sauf un secret. Voilà qui complète le tableau.
Les actuelles initiatives des dirigeants de l’ANC et de la COSATU traduisent la crainte – qui est nourrie par une montée de nombreuses « petites » luttes depuis 2009 – d’une rébellion sociale. Elle est qualifiée de « rébellion des pauvres » par des sociologues sud-africains. Ce « mécontentement actif » commence à mettre en question à la fois le régime de « partenariat social » syndical et de gestion politique de l’ANC, comme sa légitimité historique. Les déclarations des grandes firmes minières sur la nécessité d’une « stabilité sociale » pour assurer la poursuite des investissements internationaux sont un signal clair donné à Zuma et à ses complices comme « opposants » au sein du système. (Rédaction A l’Encontre)
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Le 4 août 1946, plus de mille mineurs se sont rassemblés sur le Market Square à Johannesburg en Afrique du Sud. Il n’y avait pas dans cette ville de salle suffisamment grande pour les accueillir. Et même s’il y avait eu, personne ne la leur aurait louée. Les mineurs étaient des membres du African Mine Workers’ Union (AMVVU), un syndicat des travailleurs des mines non-européens qui avait été créé cinq ans plus tôt pour gérer le problème de l’écart salarial de 12 à 1 entre les mineurs blancs et noirs. Le rassemblement a voté à l’unanimité une résolution : les mineurs africains revendiqueraient un salaire minimum de 10 shillings (environ 1 Rand) par jour. Si la Transvaal Chamber of Mines n’accédait pas à cette revendication, tous les travailleurs des mines africains se mettraient immédiatement en grève. Des travailleurs sont montés sur la tribune les uns après les autres pour témoigner : « Quand je pense comment nous avons quitté nos foyers dans les réserves, nos enfants nus et affamés, nous n’avons plus rien à dire. Chaque homme doit accepter de se mettre en grève le 12 août. Il vaut mieux mourir que de rentrer chez nous les mains vides ». Le journal progressiste Guardian a rapporté qu’un vieux mineur s’était levé et a dit à ses camarades : « Nous qui travaillons dans les mines sommes déjà des hommes morts ! » [1]
Le massacre 34 mineurs [par la suite huit qui vont décéder de leurs blessures, parmi les 78 blessés graves), à Marikana, le 16 août 2012, dans la province du Nord-ouest, est le résultat inévitable d’un système de production et d’exploitation qui traite depuis toujours la vie humaine comme un produit bon marché et jetable. S’il y avait une origine fondamentale traversant l’histoire de l’Afrique du Sud, un tronc commun dont tous les autres événements seraient les branches, ce serait l’exigence de la main-d’œuvre à bon marché pour les mines sud-africaines. « Il n’y a aucune industrie de cette ampleur et de ce niveau de prospérité qui a réussi à conserver avec autant de succès sa politique de main-d’œuvre bon marché », écrivait Ruth First en se référant à la capacité de la Chamber of Mines de faire pression sur le gouvernement pour qu’il adopte des mesures afin de déplacer les Africains de leurs terres et les mettre sous la botte des patrons des mines. [2]
Maîtres et serviteurs
Des mécanismes tels que les impôts (cens), les « pass laws » [lois sur les laissez-passer qui limitaient strictement les déplacements de la population non blanche], le Masters et Servants Acts [lois réglant les rapports entre employeurs et employés, interdisant notamment la syndicalisation], ainsi que la misère rurale contribuaient, tous, à assurer un approvisionnement ininterrompu et à un prix dérisoire de travailleurs pour les mines. Les Pass Laws ont été créés afin de forger une société où la seule option d’emploi viable pour la population noire était le travail dans les fermes ou dans les mines. Pourtant, tout au long du XIXe et du XXe siècles les salaires de misère et les conditions de vie dangereuses ont tenu à l’écart beaucoup de travailleurs des populations locales, obligeant la Chamber of Mines à recruter des travailleurs issus de régions lointaines, comme le Malawi et même la Chine. Des marchandages sordides entre l’Afrique de l’Est portugaise et le régime d’apartheid sud-africain ont permis de recruter du travail forcé pour les mines. C’est ainsi qu’en 1929, 115’000 Mozambicains travaillaient sous-terre. Dans son étude sur les mineurs mozambicains migrants, First a écrit : « On a dit que la richesse des mines d’or du Reef tient non pas à la richesse du filon, mais aux coûts de production maintenus à un niveau bas par du travail bon marché ». [3]
Lorsque le African Mine Workers Union (Syndicat des mineurs africains – AMWU) fut créé en 1941, les mineurs noirs gagnaient 70 Rand par année, alors que les travailleurs blancs recevaient 848 Rand. Les mineurs blancs étaient organisés depuis de longues années. Mais comme l’a montré la Rébellion du Rand de 1922 dirigée par les Syndicat des Travailleurs des Mines réservé aux Blancs, il n’y avait pas beaucoup de solidarité (pour le moins) entre les deux groupes. Des mineurs blancs se sont mis en grève contre la tentative par la direction d’affaiblir la pratique de discrimination raciale afin de faciliter l’accès de travailleurs noirs moins payés à des postes qualifiés. Soutenue par le Parti communiste d’Afrique du Sud avec le mot d’ordre « Unissez-vous et luttez pour une Afrique du Sud blanche ! », la rébellion fut brutalement écrasée par l’Etat, faisant plus de 200 morts. La croissance des syndicats non-européens pendant les années 1940 a été très forte et, pour la toute première fois, il fut question des intérêts des mineurs africains. Mais leurs revendications menaçaient les fondements même du système de la main-d’œuvre à bon marché. C’est la raison pour laquelle le Premier ministre Jan Smuts a présenté, en 1944, le War Measure 1425, interdisant tout rassemblement de plus de 20 personnes sur la propriété de la mine. Malgré ces difficultés, le syndicat a continué sa progression et, en 1946, ses membres ont adressé à la Chamber of Mines leurs revendications d’augmentations salariales. Une lettre appelant à des négociations de dernière minute avec la Chamber of Mines a été, comme d’habitude, ignorée.
Le 12 août des dizaines de milliers de mineurs noirs étaient en grève depuis l’est jusqu’à l’ouest du Rand. L’Etat a fait preuve d’une brutalité inouïe, chassant des mineurs en bas des puits de la mine en tirant à balles réelles et en réprimant les grèves de soutien potentielles dans la ville de Johannesburg. Le 16 août, l’Etat avait réussi, à coups de matraque, à obliger 100’000 mineurs à reprendre le travail. Il y a eu 9 morts. Au cours de quatre jours de grève, des milliers de dirigeants syndicaux ont été arrêtés, et le comité central du Parti communiste et les dirigeants locaux de l’ANC (African National Congress) ont été arrêtés et jugés pour trahison et pour insurrection. La violence est arrivée à son comble pendant les élections de 1948 qui ont été suivies de nouvelles vagues de répression et par le début de l’hystérie anti-communiste du pays.
Quand le NUM rappelait 1946
Même si la grève n’a pas atteint ses objectifs immédiats, elle a marqué un moment décisif dans la politique de l’Afrique du Sud, et elle a changé pour toujours la conscience du mouvement des travailleurs. Trente ans plus tard, Monty Naicker, une des figures importantes du Congrès sud-africain indien, a déclaré au sujet de la grève : « Elle a transformé du jour au lendemain la politique sud-africaine. Elle a mis un terme à la tendance aux compromissions et aux demandes de concession qui avaient dominé la politique africaine. L’opportunisme timide et les demandes de faveurs ont disparu. » [4] Le Native Representative Council, formé par l’Etat en 1937 pour traiter de la « vieille histoire des autochtones », a été démantelé le 15 août et le Dr. A. B. Xuma, président de l’ANC, a réitéré la demande de « reconnaissance des syndicats africains et de salaires adéquats pour les travailleurs africains, y compris les travailleurs des mines. » [5]
En 1946, la grève des mineurs a été l’étincelle qui a enflammé le mouvement anti-apartheid. Le programme d’action de la Ligue des jeunes de l’ANC, tout comme la campagne de défi des années 1950 et l’émergence de l’aile armée de l’ANC Umkhonto we Sizwe (Lance de la nation) doivent beaucoup au militantisme de ces travailleurs. Il est trop tôt pour savoir quel sera l’impact de l’actuelle grève de Lonmin sur la politique sud-africaine, mais il semble peu probable qu’elle sera aussi riche de conséquences que celles du passé. Le Syndicat national des travailleurs des mines (NUM), qui peut être considéré comme l’héritier de la grève de 1946, est actuellement engagé dans une série de disputes territoriales avec l’Association of Mineworkers and Construction Union (AMCU), une branche dissidente. Pendant ce temps, la réaction mitigée de la COSATU (Congress of South African Trade Unions) fait écho à la position de l’ANC sur une culpabilité partagée et un deuil public. Le Parti communiste sud-africain, de plus en plus incohérent, a appelé à l’arrêt des dirigeants de l’AMCU, alors que certains de ses prétendus cadres défendent l’action de la police. L’appel de Julius Malema, l’ancien dirigeant de la Ligue des jeunes de l’ANC aux mineurs pour qu’ils tiennent bon et forment un syndicat plus militant pue l’opportunisme politique.
Toujours dépendants d’une main-d’œuvre à bon marché et flexible
Ce que personne – à part les mineurs eux-mêmes – n’a osé dire, c’est que l’industrie minière reste dépendante d’une main d’oeuvre bon marché et flexible, dont beaucoup continue à venir des pays voisins. Du point de vue historique, c’est ce qui a été la source de la plupart des doléances des mineurs. Une étude récente de la Fondation Bench Marks sur les mines de platine dans la province du Nord-ouest a divulgué un certain nombre de facteurs qui entraînent le mécontentement croissant des travailleurs de la région.
La mine de Lonmin s’est distinguée par son niveau élevé d’accidents mortels, les piètres conditions de vie des travailleurs et le fait qu’elle n’engage pas assez de mineurs de la région. Le fait peut-être le plus significatif est que presque un tiers de la force de travail de Lonmin est engagé par des entreprises sous-traitantes. [6] Cette forme d’emploi n’est pas nouvelle dans l’industrie minière. En effet, depuis la découverte de ces ressources minérales au XIXe siècle des recruteurs de main-d’œuvre ont sillonné la moitié sud du continent à la recherche de travailleurs. La présence continuelle de ces « courtiers de travail » sur les mines et la réticence de l’ANC à les bannir – optant au contraire pour un système de régulation croissante – est la vérité sanglante de la soit-disante « flexibilité régulée » en Afrique du Sud.
Cette même étude de Bench Marks livre bon nombre de conclusions qu’il vaut la peine de mentionner dans la mesure où elles éclairent certaines des critiques réelles qui se sont perdues au milieu des photos de machettes brandies. Le nombre d’accidents mortels à Lonmin a doublé depuis 2011 et la compagnie a systématiquement ignoré les demandes de recruter parmi les populations locales, favorisant les sous-traitants et les travailleurs migrants. Voici ce qu’a révélé une visite de l’équipe de recherche de la Fondation Bench Marks à Marikana :
« Une prolifération de cahutes et de bidonvilles, la détérioration rapide de l’infrastructure formelle et des logements à Marikana même, et le fait qu’un secteur du township construit par Lonmin n’a pas reçu du courant électrique pendant plus d’un mois au moment de notre dernière visite. Au Township RDP nous avons trouvé, dans trois emplacements différents, des systèmes d’égouts endommagés qui se déversaient directement dans le fleuve. » [7]
L’étude prédisait d’ailleurs qu’il y aurait d’autres protestations violentes à Marikana dans l’année à venir. Le licenciement de masse de 9’000 travailleurs, en mai de l’année passée, a exacerbé les rapports déjà tendus entre la population et la firme minière puisqu’en étant renvoyés les travailleurs perdaient également les logements fournis par la compagnie.
Encore une fois, ces faits ne sont pas du tout nouveaux dans le monde des mines sud-africaines. Derrière les bidonvilles sordides qui entourent les puits des mines d’énormes profits peuvent être faits. Au cours les récentes années, l’industrie des mines de platine a prospéré comme aucune autre grâce à la popularité croissante des bijoux en platine et à l’utilisation de ce métal dans les pots d’échappement catalytique des véhicules aux Etats-Unis et dans les pays européens. La production a augmenté de 60% entre 1980 et 1994, alors que les prix ont presque quintuplé. La valeur des ventes, presque toutes dans l’exportation, a ainsi augmenté pour atteindre presque 12% des ventes totales de l’industrie minière. Le prix du platine a augmenté de manière si forte dans les années 1990 qu’il est au même niveau que l’or en tant que ressource minérale d’exportation. [8] L’industrie sud-africaine de platine est la plus importante du monde. En 2011, elle a rapporté un revenu total de 13.3 milliards de dollars. On s’attend d’ailleurs à ce qu’il augmente encore de 15.8% au cours des cinq prochaines années. Lonmin est lui-même un des producteurs le plus important de platine au monde. Le gros de son tonnage provient de la mine de Marikana. La compagnie a enregistré des revenus de 1.9 milliards en 2011, représentant une augmentation de 25.7%, dont la plus grande partie proviendrait des puits de Marikana. [9]
Les travailleurs de fond de Marikana ne gagnent que 4000 Rand par mois, soit 480 dollars, alors qu’ils risquent quotidiennement la mutilation et la mort. Comme l’a expliqué un mineur au journal sud-africain Mail and Guardian : « Il vaut mieux mourir que travailler pour cette merde… Je ne vais pas arrêter de faire la grève. Nous allons protester jusqu’à ce que nous obtenions ce que nous voulons. Ils ne nous ont rien dit. La police peut bien essayer de nous tuer, mais nous ne bougerons pas. » Des expressions de frustration et de colère comme celle-ci pouvaient s’entendre aussi bien en 1922 ou en 1946 qu’aujourd’hui. Elles constituent une mise en cause cinglante d’une industrie qui continue à traiter ses travailleurs comme s’ils étaient jetables et d’un Etat que maintient la politique du travail à bon marché de l’apartheid.
(article écrit 21 août 2012, Traduction A l’Encontre)

EGYPTE : Morsi est le premier civil à accéder à la magistrature suprême depuis le renversement de la monarchie par les Officiers libres en 1952....des militaires en coulisses et en poste

« Vous savez, le président dans ce pays, pour les 50 ans à venir, doit être un militaire. Les dirigeants de la guerre priment sur les autres », ainsi aurait confié l’ancien président Anouar Al-Sadate [président de 1970 à 1981] à l’écrivain Hassanein Heikal. Les militaires régnaient déjà depuis un quart de siècle sur le pays. Mais lors de cette conversation qui a eu lieu en 1975, Sadate faisait la distinction entre les militaires de Juillet 1952 et ceux d’Octobre 1973. Aussi aurait-il dit : « La génération de Juillet n’est plus adéquate et il est temps pour elle de remettre les rênes à la génération d’Octobre ».

En mettant à la retraite le ministre de la Défense, le maréchal Hussein Tantaoui, et le chef d’état-major, Sami Anan, le tout nouveau président Mohamad Morsi a mis fin au rôle de cette génération d’Octobre à qui Sadate avait remis les rênes. Morsi est, en effet, le premier civil à accéder à la magistrature suprême depuis le renversement de la monarchie par les Officiers libres en 1952, et il semble bien qu’il y ait eu des négociations entre la présidence et les militaires à propos de ces changements à la tête de l’armée.
Dans la foulée de la révolution qui a fait tomber Moubarak, successeur de Sadate, et tout au long des 18 mois de la transition, les Egyptiens révoltés scandaient « à bas le pouvoir militaire », appelant les militaires à remettre le pouvoir aux civils. Ces mots allaient au-delà d’une simple protestation contre une transition mal gérée. Ils donnent une description précise de la situation en Egypte depuis que l’armée est arrivée au pouvoir avec la révolution de Juillet. Une élite militaire qui n’est pas rentrée aux casernes comme le désirait le premier président Mohamad Naguib [1952-1954, présidence 1953-1954]. Au contraire, les Officiers libres et leurs héritiers se sont solidement implantés en occupant les postes les plus importants au sein de l’Etat. Et à chaque fois qu’un général partait à la retraite, il se voyait attribuer un poste dans un appareil administratif de l’Etat. La discussion que Sadate a eue avec Heikal s’achève par le choix de Hosni Moubarak comme vice-président. Durant les trois décennies que ce dernier passera à la tête de l’Etat, les militaires sont au premier rang des institutions étatiques, une stratégie.
Le remaniement initié par Morsi apparaît donc comme une décision historique, puisque pour la première fois, depuis la création de l’Etat égyptien moderne, des chefs militaires sont limogés par une autorité civile élue. C’est également la première fois que la légitimité des urnes prend le dessus sur la légitimité des victoires militaires. La légitimité de Naguib et Nasser [1954-1970] était le putsch de 1952, celle de Sadate était la guerre d’Octobre contre Israël [1973]. Quant à Moubarak, il a basé sa légitimité sur l’attaque aérienne qui a servi de couverture aux troupes égyptiennes pour traverser le Canal de Suez et dont il était l’architecte. Morsi, lui, tire sa légitimité de la volonté de la rue, des citoyens qui ont voté pour lui en mai dernier.
Le remaniement initié par Morsi au sein de l’armée a été pourtant vu comme une étape pour « frériser » le pays, c’est-à-dire renforcer la main des Frères musulmans dont il est issu. Les dirigeants militaires limogés n’ont pas été remplacés par des membres de la confrérie et ont d’ailleurs été honorés. Tantawi a reçu le très prestigieux Ordre du Nil qui lui vaut d’être traité comme un chef d’Etat, et Anan a reçu l’Insigne de la République. Les autres dirigeants remplacés se sont vu attribuer des postes importants au sein de l’administration comme celui de PDG de l’Organisme du Canal de Suez.
Ce changement à la tête de l’Etat, suivi d’un autre à la tête de l’armée, ne met pourtant pas fin au pouvoir des militaires.
Selon le professeur de sciences politiques, Rabab Al-Mahdi, « c’est vrai que l’institution militaire n’est plus à la tête de l’exécutif, mais cela ne signifie pas la fin de son rôle politique. Elle continue à jouer un rôle dans les coulisses ».
Et sur scène, ils sont déjà très présents dans l’administration et dans l’économie. Fait révélateur, 16 des 27 gouvernorats d’Egypte sont dirigés par des généraux ou colonels. Et 13 des 25 chefs de quartier du Caire sont des militaires sans compter les municipalités.
On les trouve dans des ministères comme l’Environnement et le Transport, dans les compagnies d’eau et de pétrole.
Les officiers à la retraite dirigent trois secteurs très importants, à savoir l’agriculture, l’urbanisation et le tourisme. Ils dirigent également des usines de pâte, d’huile et d’eau minérale. L’historien Mohamad Al-Gawadi parle d’un changement de rôle et non d’un rôle affaibli de l’armée, et base sa vision sur les activités économiques des forces armées qui restent d’ailleurs un tabou. Ces activités représenteraient entre 25 et 40 % de l’économie. On ne sait pas comment les décisions se rapportant aux projets d’investissement géants sont prises au sein de l’armée, combien coûtent ces projets et qui en récolte les bénéfices, car l’armée s’applique à dissimuler toutes les informations ayant trait à ses intérêts, ce qui fait d’elle un Etat dans l’Etat, surtout que ses activités échappent à tout contrôle de l’exécutif.
Il semble donc exagéré de parler de la fin des militaires, selon Seifeddine Abdel-Fattah, professeur de sciences politiques à l’Université du Caire. « L’armée continuera à jouer un rôle politique et continuera aussi à soulever des questions », conclut-il.
Article publié dans Al-Ahram le 22 août 2012

Maria Alekhina des Pussy Riot : “Je n’ai pas peur de vous”...Le pouvoir en rougira, et pas qu’une fois, et il en aura honte. Chacune de ses étapes est la quintessence de l’arbitraire.


Après plus de six mois passés dans une cellule, j’ai compris que la prison, c’était la Russie en miniature. C’est la même verticale du pouvoir, où le règlement du moindre problème passe par la décision exclusive et directe du chef....
...Et je n’ai pas peur de vous. Je n’ai pas peur du mensonge, je n’ai pas peur de la fiction, je n’ai pas peur de cette mystification mal fagotée, je n’ai pas peur du verdict de ce soi-disant tribunal. Parce que vous ne pouvez me priver que d’une soi-disant liberté. C’est la seule qui existe sur le territoire de la Fédération de Russie. Ma liberté intérieure, personne ne pourra me l’enlever.Elle vit dans le verbe, elle continuera à vivre quand elle parlera grâce aux milliers de gens qui l’écouteront. Cette liberté continue dans chaque personne qui n’est pas indifférente et qui nous entendent dans ce pays.

Voici le texte écrit par Maria Alekhina une des Pussy Riot, lu à son procès par son avocate. Avec Nadejda Tolokonnikova et Ekaterina Samoutsevitch, elle a été condamnée à deux ans de prison. Les Inrockuptibles, solidaires des Pussy Riot.

Ce procès est exemplaire. Le pouvoir en rougira, et pas qu’une fois, et il en aura honte. Chacune de ses étapes est la quintessence de l’arbitraire. Comment notre démarche, à l’origine une action modeste et plutôt farfelue, s’est-elle muée en cet immense malheur ? Il est évident que, dans une société saine, ce serait impossible. La Russie, en tant qu’Etat, apparaît depuis longtemps comme un organisme rongé par la maladie. Et cet organisme réagit de manière maladive dès qu’on effleure l’un de ses abcès purulents. D’abord il passe longuement cette maladie sous silence. Ensuite, il trouve une solution en dialoguant. Et voici ce qu’il appelle un dialogue. Ce tribunal n’est pas simplement une mascarade grotesque et cruelle, il est le « visage » du dialogue tel qu’il se pratique dans notre pays. Au niveau social, pour aborder un problème par le dialogue, il faut une situation – une motivation. Ce qui est intéressant, c’est que notre situation a été, dès l’origine, dépersonnalisée.
Parce que, lorsque nous parlons de Poutine, ce n’est pas Vladimir Vladimirovitch Poutine que nous avons en vue ; c’est Poutine en tant que système créé par lui-même, cette verticale du pouvoir où pratiquement toute la gestion s’effectue à la main.
Et cette verticale ne prend pas en compte, ne prend absolument pas en compte, l’opinion des masses. Et, c’est ce qui m’inquiète le plus, l’opinion des jeunes générations. Et cela dans tous les domaines.
Dans ce dernier mot, je veux dire ma propre expérience, ma propre confrontation avec ce système. L’éducation, là où commence la formation de la personne sociale, ignore ce qui constitue cette personne. Mépris de l’individu, mépris de l’éducation culturelle, philosophique, mépris des connaissances élémentaires qui font une société civile. Officiellement, toutes ces matières sont au programme. Mais elles sont enseignées sur le modèle soviétique. Résultat : la marginalisation de la culture dans l’esprit de chaque individu, la marginalisation de la réflexion philosophique, et le sexisme érigé en stéréotype. L’homme-citoyen est un idéal balancé au fond du placard.
Toutes les institutions en charge aujourd’hui de l’éducation s’efforcent avant tout d’inculquer aux enfants les principes d’une existence automatique. Sans tenir compte de leur âge et des questions propres à cet âge. Elles inoculent la cruauté et le rejet de toute idée non conformiste. Dès l’enfance, l’homme doit oublier sa liberté.
J’ai une certaine expérience de l’hôpital de jour psychiatrique pour les mineurs. Je peux affirmer que tout adolescent qui, de manière plus ou moins active, fait preuve d’anticonformisme peut être aussitôt interné. Dans ces établissements échouent nombre d’enfants qui viennent d’orphelinats. Oui, dans notre pays, il est normal de placer en hôpital psychiatrique un enfant qui a voulu fuir l’orphelinat. Et de lui administrer des tranquillisants comme l’aminazine, qui était utilisée dans les années 70 pour mater les dissidents soviétiques.
Dans ces établissements, c’est la répression qui est privilégiée et non l’accompagnement psychologique. Le système est basé exclusivement sur la peur et sur la soumission inconditionnelle. Ces enfants deviennent inévitablement des enfants cruels. Beaucoup d’entre eux sont illettrés. Et personne ne fait quoi que ce soit pour y remédier. Bien au contraire. Tout est fait pour briser, tout est fait pour étouffer la moindre aspiration, le moindre désir de progresser. Ici, l’être humain doit se fermer et perdre toute confiance dans le monde.
Voilà ce que je veux dire : une telle conception de l’homme interdit la prise de conscience des libertés individuelles, y compris religieuses, et cela touche toute la population. La conséquence de ce processus, c’est la résignation ontologique, c’est-à-dire la résignation ontique socialisée. Ce passage, ou plutôt cette fracture, est remarquable en ceci que, si on l’examine dans un contexte chrétien, on s’aperçoit que les significations et les symboles se substituent en significations et en symboles exactement inverses. Ainsi, aujourd’hui, la résignation, qui est l’une des catégories essentielles du christianisme, est entendue ontologiquement non plus comme moyen de purifier, d’affermir et de conduire à la libération définitive de l’homme mais, au contraire, comme moyen de l’asservir. On peut dire, en citant Nikolai Berdiaiev : « L’ontologie de la résignation — c’est l’ontologie des esclaves de Dieu, non des enfants de Dieu. »
En ce qui me concerne, c’est quand je me suis lancée dans la lutte écologique pour la forêt de Krasnodar que j’ai pris conscience de la liberté intérieure comme fondement de l’action. Ainsi que de l’importance, et l’importance immédiate de l’action en tant que telle.
Je ne cesse de m’étonner que dans notre pays il faille rassembler plusieurs milliers de personnes pour faire cesser l’arbitraire d’un ou d’une poignée de fonctionnaires.
La réaction de milliers de gens de par le monde à ce procès est en est la preuve éclatante. Nous sommes toutes trois innocentes. Nous sommes innocentes, le monde entier le dit. Le monde entier le dit pendant les concerts, le monde entier le dit sur Internet, le monde entier le dit dans la presse et dans les parlements.
Les premiers mots que le Premier ministre britannique a adressé à notre président n’ont pas concerné les Jeux olympiques mais il lui a demandé : « Pourquoi trois jeunes femmes innocentes sont-elles en prison ? C’est une honte. »
Mais ce qui m’étonne davantage encore, c’est que les gens ne croient pas qu’ils puissent influencer le pouvoir de quelque manière que ce soit. Alors que nous organisions piquets et meetings pour défendre la forêt de Krasnodar, alors justement que je récoltais les signatures pour les pétitions, beaucoup de gens me demandaient, et avec un étonnement tout à fait sincère, qui ça pouvait intéresser… Oui, peut-être, d’accord, c’était la dernière forêt séculaire de Russie, mais qu’est-ce que ça pouvait bien leur faire, cette forêt dans la région de Krasnodar ? Ce bout de terre paumé. C’est vrai, qu’est-ce que ça pouvait leur faire que la femme de notre Premier ministre Dmitri Medvedev ait l’intention d’y faire construire une résidence ? Et de détruire l’unique réserve de genévriers de Russie ?
Voici comment réagissent les gens… Voici encore une preuve que les gens dans notre pays ont cessé de considérer que le territoire appartenait à ses citoyens. Ils ont cessé de se considérer comme des citoyens. Ils se considèrent tout simplement comme des masses automatisées. Ils ne comprennent pas qu’une forêt leur appartient même si elle ne se trouve pas à proximité immédiate de leur domicile. J’en viens même à douter qu’ils aient conscience que leur propre maison leur appartient. Si une excavatrice s’approche de l’entrée de leur immeuble, que l’on demande aux gens d’évacuer les lieux et qu’on leur dise : « Excusez-nous, nous allons démolir votre maison pour y construire la résidence d’un fonctionnaire », ils ramassent leurs affaires, leurs sacs et ils quittent leur maison. Et ils resteront là, dans la rue, en attendant tranquillement que le pouvoir leur dise ce qu’il faut faire. Ils sont absolument amorphes, c’est très triste.
Après plus de six mois passés dans une cellule, j’ai compris que la prison, c’était la Russie en miniature. C’est la même verticale du pouvoir, où le règlement du moindre problème passe par la décision exclusive et directe du chef.
En l’absence d’une répartition horizontale des fonctions et des attributions qui faciliterait considérablement la vie de chacun. En l’absence également de toute initiative individuelle. Ici, c’est le règne de la délation. De la suspicion mutuelle. En prison, de la même façon que dans le reste du pays, tout est basé sur la dépersonnalisation et sur l’assimilation de l’individu à sa fonction. Qu’il s’agisse d’un employé ou d’un détenu. Le règlement sévère de la prison, auquel on s’habitue rapidement, ressemble au règlement de la vie qu’on impose à chacun dès sa naissance. Dans le cadre de ce règlement, les gens commencent à s’attacher aux choses insignifiantes. En prison, c’est par exemple une nappe ou de la vaisselle en plastique qu’on ne peut se procurer qu’avec la permission du chef. Dehors, l’équivalent, c’est le statut social, auquel les gens sont particulièrement attachés. Ce qui m’a toujours beaucoup étonnée.
Il y a aussi quelque chose d’important, c’est le moment où l’on prend conscience de ce régime en tant que spectacle. Qui, dans la réalité, se traduit par le chaos, mettant à nu la désorganisation et la non-optimisation de la majorité des processus. Cela ne favorise pas le bon fonctionnement politique. Au contraire, les gens sont de plus en plus désorientés, y compris dans le temps et dans l’espace. Le citoyen, où qu’il se trouve, ne sait pas où s’adresser pour régler tel ou tel problème. C’est pour ça qu’il s’adresse au chef de la prison. Hors de prison, ce chef s’appelle Poutine.
Nous sommes contre le chaos poutinien qui n’a de régime que le nom. Nous donnons une image composite de ce système où, d’après nous, presque toutes les institutions subissent une mutation, tout en gardant leur apparence extérieure. De ce système qui détruit cette société civile qui nous est si chère. Nos textes, s’ils recourent au style direct, ne réalisent rien directement. Nous considérons cela comme une forme artistique. Mais la motivation, elle, est identique. Notre motivation reste identique dans une expression directe. Cette motivation est très bien exprimée par ces mots de l’Evangile : « Car quiconque demande, reçoit ; et qui cherche, trouve ; et à celui qui frappe à la porte, on ouvrira. » Et moi, et nous tous, nous croyons sincèrement qu’on nous ouvrira. Aujourd’hui, hélas, on nous a enfermées. En prison.
C’est très curieux que les autorités, en réagissant à nos actions, ne tiennent absolument pas compte de l’expérience historique passée des manifestations d’hétérodoxie, d’anticonformisme. “La simple honnêteté est perçue dans le meilleur des cas comme de l’héroïsme. Et dans le pire, comme un trouble psychique », écrivait dans les années 70 le dissident Boukovski. Il ne s’est pas écoulé beaucoup de temps et pourtant tout le monde fait comme si la Grande Terreur n’avait jamais existé, ni les tentatives de s’y opposer. Je considère que nous sommes accusées par des gens sans mémoire. Nombre d’entre eux disaient : « Il est possédé du démon, et Il a perdu le sens ; pourquoi l’écoutez-vous ? » Ces paroles, ce sont les juifs qui ont accusé Jésus Christ de blasphème qui les ont prononcées. Ils disaient : « Nous vous lapidons pour un blasphème » (Jean 10.33).
Il est remarquable que c’est précisément ce verset auquel fait référence l’église orthodoxe russe pour exprimer son avis sur le blasphème. Cet avis est dûment certifié sur un document versé à notre dossier criminel. En émettant cet avis, l’église orthodoxe russe se réfère à l’Evangile comme à une vérité religieuse immuable. L’Evangile n’est plus considéré comme un livre révélé, ce qu’il fut pourtant dès l’origine. L’Evangile est considéré comme un bloc de citations qu’on peut tirer et fourrer où bon vous semble. Dans n’importe quel document et à toute fin utile. Et l’église orthodoxe russe ne tient même pas compte du contexte dans lequel est employé le mot « blasphème ». En l’occurrence, il était appliqué à Jésus Christ.
Je considère que la vérité religieuse ne doit pas rester immobile. Qu’il est indispensable de saisir les voies immanentes pour l’évolution de l’esprit. Que les expériences de l’homme, ses dédoublements, ses fissurations doivent être pris en compte. Qu’il faut avoir vécu toutes ces choses pour se construire. Que c’est uniquement après avoir vécu tout cela que l’homme peut atteindre quelque chose et continuer à avancer. Que la vérité religieuse est un processus, et non un résultat définitif qu’on peut fourrer où bon vous semble. Et toutes ces choses dont j’ai parlé, ces processus, sont pensés par l’art et la philosophie. Y compris par l’art contemporain.
Une situation artistique peut, et se doit selon moi, comporter un conflit intérieur. Et je suis particulièrement irritée par toute cette « soi-disance » qui émaille les paroles de l’accusation lorsqu’elle mentionne l’art contemporain.
Je tiens à remarquer que les mêmes termes ont été employés lors du procès du poète Brodsky. Ses vers étaient désignés comme des « soi-disant » vers, mais les témoins ne les avaient pas lus. Comme une partie des témoins de notre procès, qui n’étaient pas présents lors de notre action, mais qui ont regardé le clip sur Internet. Il est probable que nos excuses soient également présentées par l’esprit généralisateur de l’accusation comme « soi-disant ». C’est une insulte. C’est un préjudice moral. C’est un traumatisme. Parce que nos excuses étaient sincères. Vous n’imaginez pas à quel point je regrette que tant de paroles aient été prononcées et que vous n’ayez toujours rien compris. Ou alors vous rusez, quand vous dites que nos excuses n’étaient pas sincères. Je ne comprends pas ce que vous voudriez encore entendre. Pour moi, c’est ce procès qui est un soi-disant procès.
Et je n’ai pas peur de vous. Je n’ai pas peur du mensonge, je n’ai pas peur de la fiction, je n’ai pas peur de cette mystification mal fagotée, je n’ai pas peur du verdict de ce soi-disant tribunal. Parce que vous ne pouvez me priver que d’une soi-disant liberté. C’est la seule qui existe sur le territoire de la Fédération de Russie. Ma liberté intérieure, personne ne pourra me l’enlever.
Elle vit dans le verbe, elle continuera à vivre quand elle parlera grâce aux milliers de gens qui l’écouteront. Cette liberté continue dans chaque personne qui n’est pas indifférente et qui nous entendent dans ce pays. Dans tous ceux qui ont trouvé en eux les éclats de ces processus, comme autrefois Franz Kafka et Guy Debord. Je crois, que c’est justement l’honnêteté et la puissance de la parole, et la soif de vérité qui nous rendront tous un peu plus libres. Cela, nous le verrons.
Maria Alekhina, 8 août 2012,
traduction Helmut Brent
Source : PRESSE-TOI A GAUCHE

SYRIE : Des armes chimiques en provenance de Libye aux mains des « opposants » syriens ?

Début août, l’agence Reuters annonçait : « Les rebelles d’Alep sont, désormais, dotés d’armes chimiques, armes qui se trouvent, à foison, en Libye ».

Cette nouvelle a été ensuite retirée de son site. Comme ont également été retirées les images montrant des combattants salafistes en train de manier des masques à gaz fabriqués aux États-Unis.

Un autre journaliste de Reuters basé à Amman a lui aussi évoqué peu après l’existence à Alep d’armes chimiques en provenance de Libye : « On croyait ces armes détruites, après la chute de Kadhafi, or, il n’en est rien. Ce sont des armes au gaz moutarde et sarin ».

La crainte d’un usage d’armes chimiques par les groupes armés, soutenus par les pays occidentaux et les monarchies du Golfe, grandit parmi les Syriens qui envers et contre tout font front uni avec le gouvernement de Bachar el-Assad ; ils sont conscients que ces pays hostiles à Damas sont déterminés à tout pour contourner les vétos russes et chinois, peu importe les moyens et les crimes pour y arriver.

L’usage d’armes chimiques par les groupes armés - crime qui sera tout de suite imputé à Damas - pourrait servir de prétexte pour intervenir militairement en Syrie.

Israël, qui est formellement en guerre avec la Syrie - depuis la guerre des six jours et l’occupation du plateau du Golan syrien en 1967 et son annexion illégale en 1981 par l’Etat hébreu - n’attend que cela...

Silvia Cattori


Amérique Latine : Pouvoir, élections et libération nationale en Amérique Latine : Qui détient le pouvoir ?...Peut-on prendre le pouvoir au moyen d’élections ? Lorsque l’on accepte de jouer à un jeu, il faut aussi accepter ses règles.

...Et s’il s’agit des élections, nous savons déjà que les intérêts qui contrôlent les médias et le financement des partis politiques sont les vrais gagnants. Le "supporter" - pour ainsi dire - l’électeur, ne reste pas avec le joueur, mais le club qui paie le plus. Parce-que dans ce jeu, les dés sont truqués.
Le pouvoir n’est jamais individuel, tout pouvoir a une base sociale sur laquelle s’appuyer. L’individu qui l’exerce, soi un monarque ou un président, est seulement le chef visible, la personnification du pouvoir. Si le roi meurt il est substitué par un autre roi, mais le féodalisme ne disparaît pas pour autant. Alors, pour savoir qui a le pouvoir politique, il faut voir quels intérêts sont derrière celui-ci, en d’autres mots, il faut chercher ses bases sociales.
Bismarck disait que “tout homme est aussi grand que la vague qui déferle sous ses pieds”. Il est dangereux de ne pas prêter attention aux vagues qui déferlent dans la société, car celles-ci au lieu de se placer au-dessous des nos pieds peuvent nous passer au-dessus de la tête.
C’est précisément cela qui arriva à De La Rúa quand il a du fuir en hélicoptère en décembre 2001*. Et nous voyons que le pouvoir, non seulement n’est pas individuel, mais il ne se trouve pas non plus dans un lieu spécifique, palais présidentiel, parlement ou caserne, mais dans la société même. Et il n’y a pas non plus de “pouvoir civil” et “de pouvoir militaire” : cette position naïve mène à la conclusion de ce que “le problème sont les militaires”.
Le pouvoir est exercé par une classe ou plusieurs classes sociales sur d’autres, et les antagonismes qui existent dans une société répercutent sur toutes ses couches, y compris l’armée. Si non, comment expliquer qu’aient existé des militaires nationalistes, comme Perón, et d’autres au service de l’impérialisme, comme Videla ? Il ne faut pas s’imaginer naïvement qu’avoir le pouvoir politique s’est d’être assis au bon endroit, comme un chauffeur qui est assis derrière le volant d’un véhicule et décide comment le conduire. S’il n’y a pas de “moteur social”, pour autant que nous soyons assis derrière le volant, la voiture n’ira nulle part !
Les deux choses sont nécessaires : les leviers gouvernementaux et “le moteur social”.
L’État
Selon Marx, l’État est un organe de domination de classe, un organe d’oppression d’une classe par l’autre, c’est la création de l’’ordre" qui légalise et garantit cette oppression, en amortissant les chocs entre les classes.
Il l’est uniquement bien sûr si la société est divisée en classes et le même État cessera d’exister dans une société socialiste.
Mais tant que les bases sociales ne changent pas il continuera d’être un organe d’oppression. Et dans le cas d’une semi-colonie, une double oppression, parce que c’est en même temps l’oppression d’une classe sur l’autre, et l’oppression d’une nation (ou de plusieurs) sur une autre nation.
Le jeu électoral
En considérant les arguments ci-haut mentionnés, peut-on prendre le pouvoir au moyen d’élections ? Lorsque l’on accepte de jouer à un jeu, il faut aussi accepter ses règles. En général les règles ont été créées par l’inventeur du jeu ou par celui qui s’est acheté le brevet et le moule à son goût.
Et s’il s’agit des élections, nous savons déjà que les intérêts qui contrôlent les médias et le financement des partis politiques sont les vrais gagnants. Le "supporter" - pour ainsi dire - l’électeur, ne reste pas avec le joueur, mais le club qui paie le plus. Parce-que dans ce jeu, les dés sont truqués. Cependant, à la lumière des certains événements historiques, on peut me faire l’objection suivante : Perón, Chavez et Evo Morales sont arrivés au pouvoir grâce à des élections. Nous pourrions répondre ceci : les mouvements nationaux qu’ils représentaient - ou qu’ils représentent dans le cas du Venezuela et de la Bolivie - avaient déjà acquis un poids dans la société. Et dans ce sens le vote a été plutôt une formalité de confirmation du changement social qui s’était dans une certaine mesure déjà produit.
Parce que si un mouvement national acquiert de la force, il peut accepter “de jouer aux dés” : la force déjà acquise lui offre la possibilité d’exiger que les dés en question ne soient pas truqués. Et c’est à ce moment là que les forces réactionnaires, après avoir perdu le pouvoir, montrent leur vrai visage et font ou essaient de faire un coup d’État. C’est pourquoi le pouvoir est toujours acquis d’abord dans la société.
Cela peut être positif qu’il y ai des élections, mais elles ont l’énorme défaut de créer l’illusion que quelque chose peut être gagné à travers elles sans une lutte sociale préalable. Ceci n’est jamais vrai.
La lutte sociale et la création d’un front national anti-impérialiste sont indispensables.
Par la suite, que la prise du pouvoir se fasse grâce à un mécanisme électoral ou autrement, dépendra des circonstances, et cela, l’histoire le décide.
Pablo Rivera
pour Izquierda Nacional
http://www.izquierdanacional.org
*Fernando de la Rúa a été président de l’Argentine entre 1999 et décembre 2001, il dut fuir le palais présidentiel lors d’une révolte populaire contre ses politiques néolibérales.
URL de cet article 17555 http://www.legrandsoir.info/pouvoir-elections-et-liberation-nationale-en-amerique-latine-qui-detient-le-pouvoir.html