Ce sont les frappes aériennes de la
coalition qui ont causé le plus grand nombre de victimes parmi la population
civile durant le conflit au Yémen.
Des preuves accablantes de crimes de guerre imputables
à la coalition dirigée par l'Arabie saoudite, armée entre autres par les
États-Unis, mettent en lumière la nécessité d'ouvrir une enquête indépendante
sur les violations des droits humains et de suspendre les transferts de
certains armements, écrit Amnesty International dans un nouveau rapport rendu
public mercredi 7 octobre.
Intitulé‘Bombs fall from
the sky day and night’: Civilians under fire in northern Yemen,
ce document se penche sur 13 frappes aériennes meurtrières imputables à la
coalition, à Saada, dans le nord-est du Yémen, qui ont fait une centaine de
morts parmi les civils, dont 59 enfants. Il livre également des éléments
sur l'utilisation de bombes à sous-munitions, interdites par les règlements
internationaux.
« Ce rapport dévoile de nouveaux éléments qui attestent
de frappes aériennes illégales menées par la coalition que dirige l'Arabie
saoudite, dont certaines constituent des crimes de guerre. Il expose de manière
détaillée la nécessité d'empêcher que des armes ne servent à commettre de
graves violations de ce type, a déclaré Donatella Rovera, conseillère
principale à Amnesty International pour les situations de crise, qui a conduit
une mission d'établissement des faits au Yémen.
« Les États-Unis et les pays qui exportent des armes à
l'une des parties au conflit au Yémen sont tenus de veiller à ce que les
transferts qu'ils autorisent ne facilitent pas de graves violations du droit
international humanitaire. »
Le rapport dénonce le mépris flagrant pour la vie des
civils dont fait preuve la coalition militaire conduite par l'Arabie saoudite,
qui a désigné comme cibles militaires, en violation du droit international, les
villes de Saada et de Marran, où vivent des dizaines de milliers de civils.
Dans au moins quatre frappes aériennes sur lesquelles a enquêté Amnesty
International, les maisons ont été touchées à plusieurs reprises, ce qui
indique qu'elles ont été délibérément prises pour cibles alors qu'aucun élément
ne prouvait qu'elles étaient utilisées à des fins militaires.
Amnesty International demande la suspension des
transferts à destination des membres de la coalition dirigée par l'Arabie
saoudite qui prennent part à la campagne militaire au Yémen, d'armes et de
munitions servant à perpétrer des violations du droit international
humanitaire, dont des crimes de guerre. Il faut notamment suspendre le
transfert de bombes de la série Mark (MK) 80 et d'autres bombes d'emploi
général, d’avions de chasse, d’hélicoptères de combat et de pièces et
composants associés.
« Le fait que de larges zones à forte densité de
population soient désignées comme cibles militaires et que des habitations
civiles soient ciblées de manière répétée montre que les forces de la coalition
ne prennent pas les précautions nécessaires pour épargner les civils, comme
l'exige le droit international humanitaire », a déclaré Donatella Rovera.
………………….
La population civile de Saada, qui vit dans la peur des
frappes aériennes, doit aussi faire face à une crise humanitaire majeure,
caractérisée par une coupure générale d'électricité dans la ville,
l'effondrement du système de santé dans les régions reculées et une grave
pénurie de médecins.
Les chercheurs d'Amnesty International ont retrouvé les
restes de deux types de bombes à sous-munitions, les sous-munitions BLU-97 et
leurs disperseurs (CBU-97), et les CBU-105, armes sophistiquées amorcées par
capteur. Les bombes à sous-munitions, prohibées par le droit international,
dispersent d'innombrables petites bombes sur une large zone. Un grand nombre de
ces mini bombes n'explosent pas au moment de l'impact et sont une menace
mortelle pour quiconque entre en contact avec elles.
…………… Amnesty International exhorte les membres de la
coalition à cesser immédiatement d'utiliser des armes à sous-munitions et
demande à tous les États de stopper les transferts de telles armes.
Appels en faveur de l'obligation de rendre des comptes
La semaine dernière, les initiatives du Conseil des
droits de l'homme de l'ONU à Genève visant à ouvrir une enquête indépendante et
internationale sur le conflit ont tourné court et une résolution a été adoptée
qui appuie la création d'un comité national d'enquête.
« L'indifférence du monde face à la souffrance des
civils yéménites dans ce conflit est choquante. Le Conseil des droits de
l'homme de l'ONU n’a pas ouvert d’enquête internationale sur les violations
commises par tous les belligérants et la communauté internationale se montre
incapable de lutter contre l'impunité totale dont jouissent les auteurs de
graves violations au Yémen, a déclaré Donatella Rovera.
« L'absence d'obligation de rendre des comptes
contribue à aggraver la crise. Tant que les responsables pensent pouvoir
échapper à la justice, les civils continueront d'en subir les conséquences. »
Une enquête internationale pourrait être mise sur pied
via l'adoption d'une résolution par l'Assemblée générale ou le Conseil de
sécurité de l'ONU, ou par le secrétaire général ou le Haut-commissariat des
Nations unies aux droits de l’homme agissant de leur propre initiative.
Source : Amnesty International


