dimanche 24 juillet 2016

UNION AFRICAINE (UA) : Après 32 ans d'absence, le Maroc a demandé son adhésion.



Le Maroc a abandonné l'OUA à cause du Sahara occidental, et 32 ​​ans plus tard, il revient frapper officiellement à la porte de l'organisation en raison de l'isolement qu'il a souffert au niveau continental.

Une étape historique, vu que c'était le seul pays du continent qui ne faisait pas partie de cette organisation majeure au niveau de l'Afrique.
Mais le retour dans la famille africaine ne sera pas si facile que ça pour le royaume marocain. Il avait  quitté volontairement l'institution panafricaine en 1984, pour la même raison qui motive maintenant sa demande instante d'admission: le Sahara occidental.
Le défunt roi Hassan II, père de l'actuel roi Mohamed VI, avait décidé que le Maroc devait cesser de faire partie de l'organisation étant donné que, deux ans auparavant, en 1982, la République arabe sahraouie démocratique (RASD) fondée par le Front POLISARIO en 1976 avait  été admise comme État-membre de plein droit. La RASD, nom officiel du territoire du Sahara occidental, est l'objet depuis 40 ans d'un conflit politique et militaire entre le Maroc et le Front POLISARIO, et est considérée par es Nations Unies comme territoire non autonome et en voie de décolonisation.
Les paroles d'adieu adressées par Hassan II à la défunte Organisation de l'unité africaine (OUA) - dont l'héritier légitime est l'actuelle Union africaine (UA) - étaient laconiques et directes: "Ça y est. Désolé. Il est temps de nous séparer. Nous vous disons adieu et vous souhaitons bonne chance avec votre nouveau partenaire", autrement dit la RASD.
Trois décennies plus tard le pays d'Afrique du Nord, par le biais d'une lettre envoyée par le roi Mohamed VI au président du Tchad et en exercice de l'UA, Idriss Déby, lors de la 27e session ordinaire de l'Assemblée de l'UA tenue la semaine dernière à Kigali ( Rwanda), revendique sa place dans un organisme qui n'est plus le même que celui qu'il avait quitté, et est maintenant régi par d'autres règles et paramètres. Et qui depuis un bon moment, a pris fait et cause pour le Sahara occidental, dont il est devenu le principal soutien au niveau régional et international.

Le difficile retour à l'UA

Le premier obstacle auquel le Maroc devra faire face dans sa nouvelle entreprise, est le fait qu'il n'a jamais fait partie de l'Union africaine, créée en 2002, et il sera donc nécessaire de demander l'adhésion, cette fois-ci comme un nouvel État, à l'instar du Sud-Soudan, par exemple, en 2011. Et dans ce cas, il doit se soumettre au vote des 54 États membres. Et parmi ceux-ci se trouve la République sahraouie, que le Maroc considère comme faisant partie de son territoire, mais que l'UA a reconnu comme un État indépendant et souverain.
Pour le second écueil, il faut reconnaître que le Maroc a écarté a priori la possibilité d'expulsion de la RASD de l'UA, ou dans le meilleur des cas, le «gel» ou «suspension» de sa qualité de membre, comme condition d'entrée dans la famille africaine. Mais cette possibilité sera très difficile à réaliser, parce que les statuts internes de l'UA sont très clairs à cet égard: l'expulsion d'un État membre est interdite, sauf en cas de coup d'État. Et sur ce point, le Maroc aura du mal à faire valoir sa position.

Un appui ferme au niveau africain

Par conséquent, le Maroc trouvera en l'Union africaine un défenseur fidèle de la décolonisation et de l'indépendance du Sahara occidental. Et tout en considérant que l'Espagne reste la puissance administrante du Sahara, l'UA voit le Maroc comme une puissance occupante, et dans toutes ses résolutions et déclarations elle exige qu'il respecte les règles des Nations Unies qui, depuis les années soixante, confirment le droit du peuple sahraoui à un référendum d'autodétermination. Pour cela, l'UA a nommé en 2014 à l'ancien président du Mozambique, Joaquim Chissano, 77 ans, comme envoyé spécial pour le Sahara occidental, une forme de pression sur l'ONU pour qu'elle trouve une solution pour la «dernière colonie africaine» comme on appelle ce territoire dans les couloirs de l'UA.
Il est vrai que le Maroc peut aussi compter sur l'appui de solides alliés au sein de l'UA, en particulier celui de certaines anciennes colonies françaises. Mais il est bien connu que dans cette institution continentale,  le poids des décisions économiques et politiques est entre les mains de pays sous influence anglo-saxonne, comme l'Afrique du Sud ou le Nigeria. Ces deux pays, avec  l'Algérie, sont les trois membres qui soutiennent de la manière la plus inébranlable le droit du peuple sahraoui à l'autodétermination et à l'indépendance, et sont donc les plus fervents alliés de la RASD.

Isolement continental

Le Maroc a abandonné l'OUA à cause du Sahara occidental, et 32 ​​ans plus tard, il revient frapper officiellement à la porte de l'organisation en raison de l'isolement qu'il a souffert au niveau continental, pour la même raison qu'en 1984. Le royaume marocain trouve cette fois une Union africaine qui a défendu la cause sahraouie au cours des dernières années, de sorte que le Maroc  ne peut même pas conditionner son admission à l'UA par la suspension, le gel ou l'expulsion de l'État sahraoui, mais seulement demander que sa présence dans l'institution africaine soit  au moins minimisée et neutralisée Le Maroc, s'il  est finalement admis, devra coexister avec la RASD, donc accepter de facto son existence en tant qu'État souverain, un fait sans précédent en 40 ans de conflit. On saura ce qu'il en sera lors de la prochaine session ordinaire de l'UA au début de 2017 à Addis-Abeba, quand son admission comme nouvel État sera discutée à l'UA.
Source : TLAXCALA

jeudi 21 juillet 2016

L’Ecole de la désillusion…L’impact de l’école a considérablement baissé. Son rôle désormais n’est plus d’éclairer et d’instruire, mais de soumettre et d’adapter à l’ordre établi.



Le déclin du niveau des élèves est une affirmation qui n’est plus à contester. Il suffit de comparer leurs acquis linguistiques et culturels avec ceux de leurs prédécesseurs des années 60 - 70 pour mesurer l’ampleur de ce constat.

D’une explication relative à la fatalité ou au développement technologique ou économique du pays, à un scepticisme à propos des finalités politiques ou encore à une remise en question du système éducatif et de ses différentes pédagogies adoptées, chacun essaye tant bien que mal, et selon son idéologie et ses références à trouver des justifications qui soient logiques et convaincantes à cette baisse du niveau. Et si la cause était un creuset où se mêlent les éléments précités ? Et s’il existait un rapport subtile entre l’économique, le politique et le pédagogique ? Le phénomène devient alors plus délicat et plus compliqué à cerner. Mais ce qui est évident, c’est que cette baisse du niveau scolaire s’aggrave au fur et à mesure que le monde s’enfonce dans le terrain de la modernité et s’enlise dans les affres du système capitaliste qui attribue à l’établissement scolaire des rôles qui servent essentiellement ses intérêts.
La régression du savoir et du savoir–faire de nos élèves n’est pas un fait fortuit. C’est le résultat d’une longue gestation suite à l’interaction de plusieurs facteurs. Il y a une trentaine d’années, on se rappelle qu’on se moquait de la défaillance flagrante d’un grand nombre de jeunes de certain pays beaucoup plus avancés dans le capitalisme, et on s’étonnait de leur ignorance historique à propos de quelques notions trop évidentes. Aujourd’hui on constate avec amertume que cette ignorance existe dans notre société avec la même flagrance, la même amplitude, si ce n’est pire.
Nous étions une société de consommation. Nous le sommes d’avantage. On ne peut pas nier que nous sommes aussi soumis aux contraintes de l’Ordre nouveau. Notre société ne fera pas l’exception et suivra le cheminement esquissé par les théories politico-économiques. C’est une machine qui répond aisément à l’animation du mécanisme intérieur qui n’est autre que le système capitaliste. Autrefois, suivre ces mutations demandait un certain temps : quelques mois voire quelques années mais avec la mondialisation et le développement des moyens de communication, ce suivisme se fait dans l’immédiat. On se demande avec consternation comment on est arrivé à ce mode de vie et à cet acharnement sur la consommation.
Cette augmentation du volume de consommation se faisait en parallèle avec une régression ou une rétrogradation sur le plan éthique. Les valeurs ne se vendent pas. C’est pourquoi le capitalisme ne s’en occupe pas trop. A vrai dire, il ne le fait que lorsqu’elles servent ses intérêts. Si ce n’est pas le cas, elles seront ignorées jusqu’à ce qu’elles tombent dans les oubliettes. Il suffit de citer la modération qui le déplait parce qu’elle fera spéculer des consommateurs avides et déréglés, et l’équité puisque le problème de la disparité sociale le gêne aux entournures pour ne citer que ces deux exemples. C’est pourquoi il ne faut pas s’étonner de la chute de la valeur des valeurs dans la bourse du monde capitaliste.
C’est une grande erreur que de croire que le système éducatif d’un pays puisse en rester indemne, d’autant plus si ce pays adopte une politique libérale. Et c’est donc pour une école capitaliste totale qui forme des sujets consommateurs que l’économie politique mondiale lutte de bonne guerre. Les plus grandes firmes transnationales couvertes par les hautes organisations mondiales ont confié leurs cahiers de charges aux gouvernements et à leurs ministères d’enseignement ; et c’est sans surprise que toutes les réformes et les stratégies soient à ce service à travers des programmes mis en place par des légistes et des pseudo-spécialistes ayant pour consigne de veiller à servir ces finalités. Ces réformes font de l’institution scolaire un lieu où on inculque un savoir flou, provisoire et souvent inutile et à réaliser des compétences routinières adaptées aux contextes voulus de la société moderne de consommation où il ne faudrait pas se poser trop de questions. Dans ces établissements, on donne l’impression de former des citoyens indépendants dans un climat de démocratie et de respect de droits. Or derrière cet arsenal de législations, il y a un objectif non avoué de créer une atmosphère de légèreté où règne une devise connue qui se tait toujours : laisser faire-laisser passer. C’est là qu’il serait légitime de se demander si le rendement n’était pas meilleur avec l’autoritarisme du système d’autrefois et la tyrannie du seigneur de la classe des époques révolues. Retourner à ce genre de pratiques est une chimère, approuver son efficacité est une évidence.
Dans un système libéral, l’appareil éducatif prétend opérer pour former un sujet dit indépendant capable de se décider avec logique et rationalité. Ce n’est pas tout à fait la vérité. Il est vrai qu’au sein de l’école on insiste, suite à des orientations conçues pour parvenir aux finalités voulues, sur des activités susceptibles d’éveiller la personnalité de l’élève et plus tard on lui accorde plus de droits et plus de liberté individuelle. En fait, l’objectif non déclaré de ces mesures est de ‘’vider’’ les programmes du savoir réel et de concevoir un être adapté à la société moderne, capable de choisir délibérément. Mais choisir quoi ?
On suppose souvent dans les mass-médias et on laisse instiguer même dans les programmes scolaires qu’il existe une tutelle exercée par la tradition, la société ou la conscience de laquelle il faudrait s’émanciper, et c’est là que cette panoplie de lois que nous venons de citer vient pour soulager le futur citoyen-consommateur. Je dis consommateur parce qu’en réalité, cette tutelle n’est que celle de la raison, de la mesure, de la modération, en fait de tous ce qui peut entraver la formation d’un consommateur assoiffé. Voilà pourquoi on insiste tant sur cette éducation légère dite citoyenne tellement imbibée de droits qu’elle aboutit à des élèves insolents qui marginalisent de plus en plus les valeurs qu’elle trouve inutiles. « Il est clair, en effet, que la transmission coûteuse de savoirs réels – et, a fortiori, critiques –, tout comme l’apprentissage des comportements civiques élémentaires ou même, tout simplement, l’encouragement à la droiture et à l’honnêteté, n’offrent ici aucun intérêt pour le système » Voilà pourquoi le savoir réel et les valeurs sont de plus en plus négligés.
Il va sans dire que ce que nous venons d’exposer n’est qu’un aspect entre autres qui font de l’école actuelle un établissement au service de la société moderne de consommation. Certes, on ne peut pas ignorer d’autres facteurs qui confluent vers la baisse du niveau scolaire telles les conditions sociales qui déterminent le rapport de l’élève avec les situations de l’enseignement-apprentissage, l’instabilité familiale, la volonté d’exhiber le respect des droits, le déferlement de l’informatique, l’impact de plus en plus attrayant des loisirs et en particulier le football comme produit d’abrutissement par excellence …etc. On pourrait multiplier les causes et les effets qui conflueront tous vers un enseignement de souplesse, de légèreté et de médiocrité. L’impact de l’école a considérablement baissé. Son rôle désormais n’est plus d’éclairer et d’instruire, mais de soumettre et d’adapter à l’ordre établi. Ce rôle fait de l’établissement scolaire un espace au fonctionnement hiérarchique de reproduction qui essaie de cacher les injustices du système dominant. Les finalités non avouées du système libéral-capitaliste de former des citoyens consommateurs relèvent d’une vision diminuée de toutes valeurs de justesse et s’éloignent de l’essence de l’enseignement et de l’éducation. Il faudrait repenser à une école où s’apprend plutôt le vivre ensemble, les valeurs de la solidarité et de justice sociale loin de dispositions qui préparent à l’exploitation du capitalisme.
Adil GOUMMA

lundi 18 juillet 2016

Turquie: prenez garde à une dictature élue.



Le coup d'État raté en Turquie aurait pu prendre une tournure pire. Il aurait pu réussir. Une dictature militaire est l'une des pires formes de gouvernement connues. Mais une dictature élue n'est pas beaucoup moins mauvaise et il y a  maintenant un danger évident  que la Turquie vacille dans cette direction. L' arrestation de 6 000 personnes, et la  mise à pied de 2 700 juges, sont de très mauvais signaux émanant d'un régime qui a déjà fait de son mieux pour intimider la société civile par le harcèlement et la persécution de journalistes. Une purge des forces armées est inévitable dans le sillage d'un coup d'État militaire raté, mais ce ne sont pas les juges qui se sont rebellés contre le gouvernement élu. L'attaque contre le système judiciaire est particulièrement préoccupante quand on sait le mépris d'Erdoğan pour les droits de l'homme et la primauté du droit.
Pourtant, cet homme erratique et ambitieux se trouve dans une position de grande puissance, ou au moins dans celle où il peut faire beaucoup de mal. Bien qu'il y ait un énorme fossé entre l'islamisme du parti AKP d'Erdoğan et celui de l'État islamique, son soutien tacite a été extrêmement important pour renforcer les pires éléments des forces de l'opposition syrienne. Dans le même temps, la Turquie est un membre vital de l'OTAN, avec les forces armées  plus importantes que celles de tout autre pays de l'alliance à part les  USA. Le fait que des éléments de  l'armée de terre et de l'air se sont affrontés est un autre élément très préoccupant. La détermination du gouvernement Erdoğan à mettre toute la faute pour le coup sur un réseau islamique rival dirigé par Fethullah Gülen, un prédicateur actuellement en exil en Pennsylvanie, a mis les relations turco-US à rude épreuve. Peu d'observateurs extérieurs estiment que les conspirateurs n'étaient pas pour une grande part des laïcards  de la vieille école dans la tradition des forces armées turques. Le secrétaire d'État US John Kerry, a tout à fait raison de dire que les demandes d'extradition de M. Gülen doivent être étayées par le genre de preuves tangibles, vérifiables dans les tribunaux, que le gouvernement turc a pour le moment été totalement incapable de fournir.
Une des ironies du coup d'État et de son échec est que M. Erdoğan a peut-être dû sa survie aux réseaux sociaux décentralisés qu'il tente depuis des années de plier à la volonté de son gouvernement. Les comploteurs, apparemment bien préparés pour un coup d'État du 20ème siècle, tout comme les généraux sont généralement prêts à gagner la dernière guerre, avaient saisi la station de télévision d'État, mais négligé de sécuriser l'Internet. En utilisant les stations de télévision privées et le pouvoir des médias sociaux, M. Erdoğan a su rallier ses partisans et les faire descendre dans la rue.
Ce n'est là qu'un exemple de la façon dont les institutions d'une société civile, fonctionnant dans le cadre de la loi, ont sauvé un homme qui semble si souvent les menacer. Les personnes qui se sont répandues dans les rues pour mettre en déroute les forces putschistes n'étaient pas toutes là pour défendre M. Erdoğan. Beaucoup étaient là pour défendre la démocratie elle-même. Le taux de participation des manifestants était élevé, même dans des villes comme Izmir, où le parti AKP est faible. Tous les partis politiques, même le HDP à majorité kurde, se sont ralliés derrière la démocratie sans aucune hésitation. C'était une cause plus grande que le président. La question pour l'avenir est de savoir s'il comprend cela. La suite exigera de la modération du gouvernement victorieux, le respect des droits humains et une réaffirmation de la primauté du droit. Ce qui n'a pas été le fort du règne de M. Erdoğan jusqu'à présent, mais la Turquie en a rarement eu plus besoin.