samedi 21 novembre 2015

Le déserteur : Chanson de Boris Vian en 1954.



Boris Vian écrit sa chanson le déserteur en 1954, alors que la contre-offensive française face aux attaques du général Giap, en Indochine, se solde par la défaite de Diên Biên Phu. L'armée française, encerclée dans cette cuvette compte 1500 morts. Pierre Mendès France ouvre donc des négociations afin de mettre un terme à la "sale guerre". Les accords de Genève, signés le 21 juillet 1954, reconnaissent l'indépendance de Vietnam, du Laos et du Cambodge.
Pour autant, la France n'en a pas fini avec les guerres coloniales, puisque la "Toussaint rouge", en cette même année 1954, marque le début de la guerre d'Algérie. Or, à la différence de la guerre d'Indochine qui n'avait concerné que le contingent, le conflit algérien entraîne l'envoi de jeunes appelés. Toutes les familles françaises se trouvent donc directement concernées, de près ou de loin, par le "Guerre d’Algérie". La chanson de Boris Vian résume ainsi à merveille la lassitude générale et le sentiment partagé qu'il faut en finir une bonne fois pour toutes avec la fatalité de la guerre. Depuis 1939, les périodes de répits furent en effet bien rares (« Depuis que je suis né / J'ai vu mourir mon père / J'ai vu partir mes frères / Et pleurer mes enfants »).
Le texte de la chanson prend la forme d’une lettre adressée au Président par un homme ayant reçu un ordre de mobilisation pour aller combattre. L’auteur de la missive explique pourquoi il opte pour la désertion. Au fil du texte, il multiplie les provocations. Il incite ainsi son auditoire à suivre son exemple en refusant d’obéir (" Refusez d'obéir / Refusez de la faire / N'allez pas à la guerre / Refusez de partir "). Il va jusqu'à mettre la plus autorité du pays en face de ses contradictions et place le président face à ses responsabilités ("S'il faut donner son sang / Allez donner le vôtre / Vous êtes bon apôtre / Monsieur le Président ").
Or, par une malencontreuse coïncidence, Mouloudji, auquel Boris Vian propose son texte créé « le Déserteur » le 7 mai 1954, le jour même de la défaite de Diên Biên Phu,
Dans le contexte de l'entre-deux-guerres coloniales, les couplets pacifistes de ce pamphlet antimilitariste provoquent un immense scandale et entraînent rapidement l'interdiction pure et simple de la chanson. Vian mécontente décidément les biens pensants qui avaient été choqués par son roman "j'irai cracher sur vos tombes".
En 1955, Paul Faber, conseiller municipal de Paris, obtient son interdiction de passage sur les ondes. En guise de réponse, Boris Vian écrivit une lettre mémorable qu'il diffusa partout sous forme de lettre ouverte, sous le nom de Lettre ouverte à Monsieur Paul Faber, extraits:
« Ma chanson n'est nullement antimilitariste mais, je le reconnais, violemment procivile. »
« D’ailleurs mourir pour la patrie, c’est fort bien ; encore faut-il ne pas mourir tous – car où serait la patrie ? Ce n’est pas la terre –ce sont les gens, la patrie. Ce ne sont pas les soldats : ce sont les civils que l’on est censé défendre – et les soldats n’ont rien de plus pressé que de redevenir civils, car cela signifie que la guerre est terminée.»
.
Vian devient une des cibles favorites des associations d'anciens combattants qui multiplient les chahuts lors des concerts de Vian l'année suivante.
Mais, comme souvent, cette censure aboutit à l'effet inverse recherché par les censeur, puisque le bouche-à-oreille fonctionne parfaitement. Elle se diffuse discrètement dans les milieux pacifistes de l'époque.
La jeune radio Europe n° 1 (fondée en 1955), qui tente d'imposer un ton anticonformiste, flaire le bon coup en diffusant la chanson qui devient au cours de la décennie suivante un véritable succès populaire repris par de nombreux interprètes tels Serge Reggiani, Joan Baez ou le trio folk Peter, Paul and Mary. Ces derniers en font un hymne de protestation contre la guerre du Vietnam.
Derrière l'aspect purement pacifiste et antimilitariste de la chanson, "procivile" disait Vian, n'oublions pas que la version initiale était beaucoup plus menaçante puisqu'elle se terminait par ces mots: « Prévenez vos gendarmes / Que j'emporte des armes / Et que je sais tirer… », au lieu de l'habituel « Que je n'aurai pas d'armes / Et qu'ils pourront tirer… ». La signification de la chanson en est profondément transformée. Cette version s'apparente à une véritable insoumission et propose de répondre à la violence par la violence. Finalement, c'est Mouloudji qui convainc Vian de modifier son texte.

Le déserteur (Boris Vian)

Monsieur le Président
Je vous fais une lettre
Que vous lirez peut-être
Si vous avez le temps
Je viens de recevoir
Mes papiers militaires
Pour partir à la guerre
Avant mercredi soir
Monsieur le Président
Je ne veux pas la faire
Je ne suis pas sur terre
Pour tuer des pauvres gens
C'est pas pour vous fâcher
Il faut que je vous dise
Ma décision est prise
Je m'en vais déserter

Depuis que je suis né
J'ai vu mourir mon père
J'ai vu partir mes frères
Et pleurer mes enfants
Ma mère a tant souffert
Elle est dedans sa tombe
Et se moque des bombes
Et se moque des vers
Quand j'étais prisonnier
On m'a volé ma femme
On m'a volé mon âme
Et tout mon cher passé
Demain de bon matin
Je fermerai ma porte
Au nez des années mortes
J'irai sur les chemins

Je mendierai ma vie
Sur les routes de France
De Bretagne en Provence
Et je dirai aux gens:
Refusez d'obéir
Refusez de la faire
N'allez pas à la guerre
Refusez de partir
S'il faut donner son sang
Allez donner le vôtre
Vous êtes bon apôtre
Monsieur le Président
Si vous me poursuivez
Prévenez vos gendarmes
Que je n'aurai pas d'armes
Et qu'ils pourront tirer
Source : Observatoire Internationale

FRANCE -130 Français tués pour découvrir où se trouvent Raqqa en Syrie : Le renseignement coûte très cher !



La première arme contre le terrorisme c'est bien les renseignements. Ces derniers coûtent chers. Mais alors 130 morts pour des questions de définition et de géographie, c´est quand même dur à avaler.

Le président François Hollande a déclaré à la suite de l´attentat du 13 Novembre : LA FRANCE EST EN GUERRE. Sachant que les avions Français bombardaient la Syrie depuis près de deux mois, cette déclaration peut prêter à sourire mais en fait il s´agit d´un manque de renseignements précis sur des questions de définition des mots et de géographie. La preuve, le lendemain de l´attentat, les avions Français ont enfin découvert et bombardé, disent-ils, Raqqa qu´ils cherchaient depuis près de deux mois de bombardement de la Syrie.
 
Manque de renseignements sur la définition des mots. 
La guerre : se défini comme une lutte armée entre plusieurs pays, peuples ou groupes. Elle peut aussi se mener sans affrontement armé, sans déclaration ou avec déclaration. Bref. Il a fallu 130 Français tués pour que la France réalise qu´elle mène une guerre en Syrie. Pendant qu´on y est, vue le prix de ce renseignement, il faudrait profiter pour rappeler que bombarder la présidence d´un pays comme en Cote d´Ivoire, attaquer sauvagement un dictateur (légitime ou non) à coups de canon, etc.. sont des actes de guerre. 
Le terrorisme : se défini comme l´ensemble d´actes de violence (attentats, prises d´otages, etc.) commis par une organisation pour créer un climat d´insécurité, pour exercer un chantage sur un gouvernement, pour satisfaire une haine à l´égard d´une communauté, d´un pays ou d´un système. Un terroriste est un terroriste, autrement dit il n y a pas de terroristes radicaux, modérés, gentils ou favorables. Le président Poutine s´est égosillé à expliquer cette évidence à l´occident jusqu´à ce que l´attentat de Paris du 13 Novembre vienne lui donner raison en apportant le renseignement aux Français. En complément, rien que le fait d´exiger le départ du chef d´état d´un autre pays, assassiner 3000 Ivoiriens pour installer un chef d´état ou encore supporter des rebelles qui sèment le chaos et la désolation dans le nord de certains pays, sont des actes de terrorisme.
La déformation professionnelle : se défini comme une manière d´agir ou de penser prise dans l´exercice professionnel et appliquée machinalement à une situation autre. Tous les grands professionnels savent que ceux qui sont passionnés par leur travail pratique naturellement la déformation professionnelle. Ainsi il n´est pas nécessaire de perdre 130 vies innocentes pour comprendre que ces jeunes qui ont été poussés, convoyés, financés et armés pour aller terroriser passionnément les peuples de Syrie, allaient se comporter en agneau de Dieu, une fois revenus sur Paris. Nous connaissions les exemples de ces situations que les Américains ont déjà vécu par deux fois : une fois avec Ben Laden et une autre fois avec l´Ambassadeur des USA en Libye. Celui-ci avait soutenu une horde sauvage qui s´est retourné contre lui après avoir abattu Kadhafi.
Il est donc nécessaire, vu le prix très élevé de ces renseignements sur la définition des mots de prendre le temps de revoir les politiques Internationales. Et les peuples des différents pays doivent y veiller car personne n´est à l´abri. Cette remarque est aussi valable pour les questions de géographie.

Manque de renseignements sur la géographie
La Syrie : est un pays de la méditerranée et il est absurde d´imaginer que ce pays est très lointain et que favoriser sa déstabilisation serait sans conséquence sur l´Europe. Nous en avions déjà dégusté une première valse avec les immigrés venus de Syrie. Aujourd´hui, on peut lire sur le visage de certains dirigeants qui encensaient ces terroristes (bon travail, tenez bon, etc..) l´étonnement quand on leur dit que leurs poulains sont de retour. Mais chers Messieurs !, Réveillez-vous !, la Syrie n´est pas sur la planète Mars. Cet étonnement est encore criant quand les services de renseignement Français ne comprennent pas que l´organisateur principal de ces crimes, se retrouve à Saint Denis. Abdelhamid Abaaoud a été abattu ce Mercredi à Saint Denis et ils ont encore du mal à croire que c´est effectivement ce criminel qui a été tué aux portes de Paris alors qu´ils le croyaient encore en Syrie. C´est dire que dans la tête de certaines personnes, la Syrie doit être très loin, probablement quelque part sur la planète Mars.
Raqqa : Cette ville, dans cette histoire, est le symbole même du manque de renseignement géographique. En effet tout le monde, y compris le renseignement Français, sait que cette ville est le fief de ces fous furieux qui ont totalement et brutalement anéanti, saigné les citoyens de cette ville et y ont établi leur base. Malheureusement ces services ignoraient complètement où se trouve Raqqa en Syrie. Ainsi l´Aviation française et les alliés ont bombardé pendant des mois la Syrie sans jamais toucher ou frôler le cœur du groupe terroriste, Raqqa. Il aurait donc fallu plus de 130 Français tués et des milliers de vies bouleversées pour que cette myopie géographique soit effacée. Ainsi, du jour au lendemain de l´attentat de paris, les chasseurs bombardiers Français ont pu localiser la ville de Raqqa en Syrie qu´ils disent maintenant bombarder tous les jours.
En conclusion, il aurait fallu la mort de plus de 130 morts et des milliers de vies affectées en France pour que le gouvernement français réalisent que la France mène une guerre en Syrie et que Raqqa est le siège de Daesh dont on ne sait toujours pas ce que cela veut dire.

Attention ! Vue le prix payé, le compte n´y est pas car voyez-vous ? Le président Français déclare que l´ennemie est bien identifié et s´appelle Daesh. Les Français et les Francophones du monde entier, dans leur majorité (99,99%), ne savent pas ce que veut dire ce sigle Daesh. Essayer donc d´organiser un concours de prononciation de ce sigle et vous allez bien rire. Alors nommer Daesh, comme ennemi, voudrait-il dire que les autres groupes terroristes en Syrie (, ASL, EIIL, EI, Al-quaida, Al Nostra, Ahrar al/Cham, Al…..) sont des amis de la France? Cette question est inquiétante.
Douala Ngando
Source : cameroonvoice

Révolutions inutiles et interventions chaotiques…. Aujourd’hui, dans de nombreuses régions du monde, les Occidentaux apparaissent, non sans raison, comme une menace pour la paix et la stabilité mondiales, tant leurs interventions extérieures créent le chaos partout où elles ont lieu.



Tunisie, Libye, Egypte, Syrie, Ukraine : ces cinq Etats ont accouché, à partir de 2011, de mouvements « révolutionnaires » plus ou moins spontanés, plus ou moins nationaux, qui devaient tous transformer leur pays et améliorer la situation. Aujourd’hui, force est de constater leur échec complet.

Certes, il ne fait aucun doute que les régimes objets de la vindicte populaire aient été autoritaires ou dictatoriaux, policiers ou répressifs et, pour la plupart, corrompus. C’est une réalité. La contestation et les aspirations au changement étaient donc tout à fait légitimes. Mais nous avons montré que la spontanéité de ces « révolutions » était largement factice [2] et que celles-ci s’inscrivaient dans une stratégie conçue outre-Atlantique afin d’installer les Frères musulmans au pouvoir partout au Moyen-Orient. Nul ne peut nier non plus que ces « révolutions » n’ont connu succès et retentissement que dans les pays où les régimes en place déplaisaient à Washington. Aucun allié des Américains – notamment l’Arabie saoudite et le Qatar – n’a connu de tels phénomènes et la révolution populaire au Bahreïn a été réprimée dans le sang sans que l’Occident ne trouve quoi que ce soit à y redire. Deux poids, deux mesures.
Qu’en est-il quatre ans plus tard ? A quoi ont servi ces révolutions ? Force est de constater qu’elles n’ont servi à rien. Si la vie quotidienne n’était pas idyllique auparavant dans tous ces pays, la situation est aujourd’hui bien pire - à l’exception notable de l’Egypte - que celle qui existait avant 2011 : ces Etats sont durablement désorganisés, détruits, divisés. Les conséquences de ces révolutions ont été l’expansion de l’insécurité (guerre civile, terrorisme) et de la criminalité (assassinats, enlèvements, trafic d’armes, etc.), l’effondrement économique (cessation d’activités, départ des entreprises étrangères, destruction des infrastructures, etc.) et l’exode des populations (départ de travailleurs étrangers, réfugiés, migration vers l’Europe), l’expulsion des minorités religieuses (principalement chrétiennes) et la destruction de sites inscrits au patrimoine mondial de l’humanité.
Si nous ne saurions regretter les autocrates déchus, il convient de rappeler qu’en dépit des nombreuses turpitudes du clan Ben Ali-Trabelsi, la Tunisie vivait mieux avant sa révolution. Son tourisme était florissant et l’implantation sur son sol d’entreprises européennes contribuait à son développement. Sous Kadhafi, la Libye avait le plus haut niveau de revenus par tête de toute l’Afrique, les femmes y bénéficiaient du niveau d’éducation le plus élevé de tout le continent ; le pays accueillait 3 à 4 millions de travailleurs étrangers et participait à nos côtés à la lutte contre les djihadistes. La Syrie sortait lentement de la dictature instaurée par Hafez El-Assad, même si le pays avait mis un terme à une tentative de libéralisation en 2000, consécutive à l’arrivée de son fils Bachar au pouvoir. La situation en Irak, depuis l’intervention illégitime des Etats-Unis en 2003, entre dans cette catégorie et présente les mêmes caractères et les mêmes résultats.
Ces « révolutions » n’ont pas seulement concerné l’Afrique du Nord et le Moyen-Orient, mais aussi l’Ukraine où, comble du paradoxe, c’est un président légalement élu à l’occasion d’un scrutin contrôlé et validé par des observateurs européens, qui a été renversé avec le soutien de l’Occident, en violation total d’un droit dont il se réclame à l’envi[3]. Pourtant, si l’opposition ukrainienne avait attendu le terme du mandat de Ianoukovitch, ce dernier aurait été très vraisemblablement chassé du pouvoir par les urnes l’année suivante ; le pays serait aujourd’hui en paix, au lieu d’être déchiré par une guerre civile dans sa partie orientale et d’être un nouveau terrain de jeu de l’extrême-droite néo-nazie soutenue par l’Europe et la CIA.
Le bilan des pseudo mouvements « pro démocratie » encouragés et soutenus - si ce n’est manipulés - par l’Occident est donc désastreux pour les pays concernés, leur population, comme pour l’idéal même de la démocratie. Mais aucune leçon de bon sens n’en a été tirée, puisque la dynamique semble devoir se poursuivre. En effet, nous observons, depuis plusieurs mois, les critiques se multiplier à l’égard des Etats qui dénoncent cette dérive occidentale et s’en désolidarisent (Hongrie, Tchéquie [4]). Une « révolution populaire » pourrait bientôt s’abattre sur eux pour avoir déplu à Washington.
En revanche, aucune critique n’est formulée à l’encontre de l’Arabie saoudite, du Qatar et de la Turquie, qui soutiennent directement ou indirectement le terrorisme islamiste – Al-Qaida et Daesh – et sont obsédés par le renversement de Bachar El-Assad. Rappelons que Ryad conduit au Yémen une sanglante guerre d’agression, mobilisant contre les tribus houthis des moyens militaires (près de 150 000 hommes) que l’on aurait aimé voir déployés contre Daesh. Le conflit yéménite, quasiment absent de nos médias, a fait en quelques mois plus de 5 000 morts et de 25 000 blessés, 1,3 millions de personnes déplacés et 21 millions de démunis. Les affrontements y sont plus violents et font plus de victimes qu’en Ukraine orientale. Rien qu’en avril 2015, la coalition dirigée par l’Arabie saoudite a conduit plus de 1 700 raids aériens, soit parfois 80 par jour. Les frappes ont notamment visé sans aucun état d’âme des quartiers historiques de Sanaa, ville vieille de près de 2 500 ans – ne touchant quasiment que des populations civiles – ou la forteresse médiévale d’Al-Qahira. Mais le silence règne et, pour l’opinion occidentale, ce qui n’est pas montré au journal de 20h n’existe pas ! Deux poids, deux mesures.
Rappelons également, le rôle central de la Turquie dans la récente crise des migrants. Ankara porte en effet une responsabilité dans l’importante vague d’immigration qui a submergé l’Europe de l’Ouest. Ne pouvant faire aboutir sa stratégie sur le théâtre du Moyen-Orient, Erdogan – qui connaît depuis quelques mois des revers électoraux et en matière de politique étrangère [5] – a décidé d’impliquer et de déstabiliser les autres parties prenantes, à commencer par les Européens. C’est pourquoi il est inadmissible d’avoir autorisé le président turc, membre du bureau international des Frères musulmans, à tenir un meeting électoral devant ses partisans, à Strasbourg, le 4 octobre, à l’occasion duquel il a dénoncé avec emphase le terrorisme, non celui de Daesh... mais du PKK !
Toujours au sujet des migrants, il convient de signaler l’exploitation abusive de l’émotion populaire avec l’image tragique de l’enfant mort sur une plage, laquelle a une nouvelle fois pour finalité de renforcer la culpabilité européenne. Elle est par ailleurs hautement partiale et manipulatrice : pourquoi les médias n’ont-ils jamais montré les photos des populations syriennes restées fidèles à Bachar El-Assad – par choix ou par crainte des djihadistes d’Al-Qaida et de Daesh – qui sont depuis quatre ans victimes d’assassinats et de massacres de la part des terroristes et de leur soutiens arabes et occidentaux ? Ils sont pourtant nombreux... mais du mauvais coté ! Nos médias considèrent sans doute qu’il y a des victimes civiles innocentes et d’autres coupables.
Les reportages sur les migrants sont par ailleurs une excellente illustration de l’absence totale d’analyse critique ou objective des médias : aucun commentateur ne semble avoir remarqué la forte proportion d’hommes jeunes, âgés de 20 à 30 ans, parmi les réfugiés « syriens[6] ». Qu’un pays en guerre cherche à évacuer femmes, enfants et vieillards est tout à fait légitime. Mais que des hommes dans la force de l’âge quittent leur terre sans combattre devrait nous interpeller : que ne sont-ils restés se battre chez eux, pour ou contre Bachar ? Non, seule la fuite vers l’Occident et ses richesses fantasmées les intéresse. Mais personne ne semble relever cet état de fait pourtant flagrant. En revanche, une nouvelle fois, les reproches se multiplient vis-à-vis de la Hongrie, qui refuse d’accueillir et de voir transiter sur son sol vrais et faux réfugiés, après que les Européens de l’Ouest se soient plaints, depuis des années, que les Etats d’Europe de l’Est n’effectuaient pas de contrôles efficaces aux frontières, rendant l’espace Schengen ouvert à tous les vents !
Au demeurant, lorsqu’ils rendent compte du conflit en Syrie, les médias présentent la situation comme si, sur les 250 000 victimes estimées de la guerre civile, 90% étaient l’œuvre du régime de Damas ! C’est à la fois grotesque et insensé. Rappelons que plus de 60 000 soldats syriens sont morts au combat et qu’au moins autant de civils opposés aux islamistes ont été tués ou assassinés, en majorité des Alaouites. Si Bachar avait tant massacré, il aurait été renversé ou aurait repris le contrôle du pays ! Les médias omettent systématiquement de rappeler que le régime n’a pas le monopole de l’action violente et que des massacres – malheureusement fréquents dans toute guerre civile – sont commis par les deux camps. La présentation des événements tend à passer sous silence les horreurs des djihadistes ou à les absoudre de toute violence dès lors qu’elle est dirigée contre Bachar et son régime.
Pour mémoire, les pseudo attentats chimiques de fin août 2013 sont toujours attribués par les médias à Damas, alors même que la Defense Intelligence Agency (DIA) étasunienne [7] et le CF2R [8] ont montré que ces actions n’étaient pas de leur fait. Mais le matraquage médiatique perdure et, lentement, la désinformation fait son oeuvre, relayée par des journalistes aveugles, complices et irresponsables.
Or, il convient de réaffirmer avec force que, quels que soient les défauts de Bachar El-Assad – qu’il n’est pas question de défendre, les opposants armés qui lui font face sont des barbares et des fanatiques infiniment pires que son régime [9]. Si ce fait semble a peu près acquis pour Daesh, cela ne semble pas être reconnu pour Al-Nosrah, la branche d’Al-Qaida en Syrie, dont les buts sont pourtant identiques. Al-Qaida, vous vous souvenez, ce groupe responsable des attentats du 11 septembre et de bien d’autres encore, auquel les Étasuniens ont déclaré une « guerre globale », mais qu’ils font cependant soutenir, en Syrie, par leurs alliés saoudiens, qataris et turcs.
Sous l’influence de nos « alliés » étasuniens et arabes, nous nous sommes ainsi attachés à diaboliser Bachar et son régime à tout prix, lui attribuant toutes les exactions observées, surtout celles commises par les djihadistes. Pourtant, en quoi le leader syrien est-il pire que les nombreux petits despotes africains que nous avons soutenus ou continuons de soutenir ? Préférer Al-Qaida et les Frères musulmans à son régime montre à quel point nous avons perdu le sens des réalités.
Le réalisme, en matière de géopolitique et de relations internationales est une vertu cardinale que l’Occident semble avoir oublié. Les Européens de l’Ouest, en particulier, ont perdu leur boussole, leur seul « Nord » semblant être la politique irresponsable et totalement personnelle des Etats-Unis, qui cherchent à les entrainer dans toutes leurs actions et dérives
Seuls quelques pays font encore preuve de bon sens, en premier lieu, les Russes. Leur intervention en Syrie est un tournant qui pourrait contribuer à rétablir un début d’ordre au Moyen-Orient. En second lieu, ne nous en déplaise, l’Iran s’affirme comme un acteur de stabilité dans la région, face à l’agitation terroriste encouragée ou soutenue par certains Etats sunnites. Cela n’empêche ni Moscou ni Téhéran d’avoir des intérêts, ni d’avancer leurs pions. Mais nous serions bien mal inspirés de leur reprocher ce que nous ne cessons de faire.
L’action de ces Etats pourrait bien inverser le cours des événements en Syrie. En effet, il est bon de rappeler que Bachar n’a guère utilisé, au cours des années écoulées, une partie de ses unités composées d’appelés en majorité sunnites, qui n’ont pas fui le service militaire contrairement à beaucoup d’autres, mais qui ne sont pas suffisamment formés ni expérimentés pour être engagés en première ligne. Elles ont été essentiellement cantonnées à des tâches défensives autour de Damas. C’est sur les unités alaouites qu’a reposé l’essentiel des combats offensifs. L’arrivée des Russes, la livraison d’équipements, le soutien aérien, ainsi que l’engagement de plus en plus marqué de l’Iran et du Hezbollah ont toutes les chances de faire basculer la situation en faveur du régime. Damas pourrait engager ces unités, désormais plus confiantes, dans des opérations de reconquête. Première illustration de ce renversement de tendance, le 4 octobre, à Dera’a, un millier de membres des milices islamistes ont déposé les armes et certaines sources évoquent la fuite du pays des premiers combattants de Daesh, qui retournent en Irak.
Bien sûr, les Occidentaux ont immédiatement critiqué les bombardements russes en Syrie, les accusant de faire de nombreuses victimes collatérales et de ne frapper qu’Al-Nosrah, en négligeant Daesh, sans qu’aucune preuve à l’appui de ces allégations ne soit avancée. Surtout une telle argumentation est à la fois fallacieuse et grossière : faut-il rappeler les victimes collatérales de la guerre en Irak (2003) et des bombardements de drones étasuniens au Pakistan et en Afghanistan ? Ou bien encore le bombardement étasunien ayant visé le centre de soins de Médecins sans frontière (MSF) à Kunduz, en Afghanistan, dans la nuit du vendredi 2 octobre au samedi 3 octobre, tuant 12 employés de l’ONG, 7 patients – dont trois enfants – et faisant 37 blessés. Il est également cocasse de voir les Occidentaux critiquer Moscou parce qu’il frappe le Front Al-Nosra, la branche d’Al-Qaida en Syrie, car elle a été en partie formée, équipée et demeure soutenue par les Étasuniens. Encore une fois, deux poids, deux mesures.
Ainsi, l’Occident sous la houlette américaine cherche-t-il toujours à faire jouer le mauvais rôle à la Russie, essayant de la réinstaller dans l’inconscient collectif dans la position de l’ex-ennemi soviétique honni – à juste titre, alors que la situation est aujourd’hui bien différente. On est également abasourdi devant les divagations de certains analystes qui annoncent sans rougir que la Syrie pourrait être le nouvel Afghanistan russe ! Les conditions sont tellement différentes (le théâtre, les alliés, les forces en présence, etc.) qu’un tel jugement ne tient pas debout.
Ne nous y trompons pas, quelle que soit l’issue de cette crise, l’Occident, l’Europe et la France sortiront durablement décrédibilisés de cet épisode et leur influence politique et économique connaitra un fort recul. Aujourd’hui, dans de nombreuses régions du monde, les Occidentaux apparaissent, non sans raison, comme une menace pour la paix et la stabilité mondiales, tant leurs interventions extérieures créent le chaos partout où elles ont lieu.
En effet, nous sommes des pompiers pyromanes. Après avoir envahi illégalement et profondément déstabilisé l’Irak, les Etats-Unis luttent désormais contre Daesh qu’ils ont largement contribué a créer. De même, les interventions françaises au Sahel (opérations Serval, puis Barkhane), ne sont que les conséquences de l’erreur stratégique qu’a été notre action inconsidérée en Libye. L’installation de l’Etat islamique en Cyrenaïque et en Tripolitaine est une sorte de vengeance, posthume et méritée, de Kadhafi !
Nous avons toutes les raisons d’être inquiets devant les errements majeurs de notre politique étrangère depuis 2007. Qu’est devenue la France ? Qu’est il advenu de ses valeurs, de son regard particulier sur le monde, de son autonomie et de sa liberté de parole ? Nous ne pouvons que constater l’incohérence et la cécité de nos dirigeants, ainsi que leur alignement sur des positions et des intérêts étrangers – américains, saoudiens et qataris. Il est légitime que nous nous interrogions sérieusement sur leur compétence et leur aptitude à défendre nos intérêts. Leur obsession à vouloir la chute de Bachar n’est pas une politique. Cela ne fait qu’exprimer l’absence d’idée, de stratégie, de vision... C’est tragique ! Nous ne sommes désormais que des auxiliaires, une force d’appoint, qui plus est, du mauvais côté.
Bien sûr, les tenants du politiquement correct nous accuseront de défendre les dictateurs et des pays avec lesquels la France a été longtemps en opposition. Mais, en refusant de prendre en compte les réalités de terrain et l’évolution du monde, et en gobant ou en relayant la désinformation Mainstream des médias anglo-saxons, nous sommes en train de perdre tout crédit international et nous paierons tôt ou tard le prix de notre alignement aveugle et irresponsable sur Washington et les Etats sunnites soutiens du terrorisme.
Eric Denécé
Directeur du Centre français de recherche sur le renseignement (CF2R)