vendredi 23 mars 2012

Palestine - A l’occasion de la fête des mères, la mère de Hanaa appelle à sauver sa fille : Libérez ma fille en danger de mort !

« En cette journée de la mère, je souhaite que toutes les mères du monde comprennent les mères de la Palestine et comprennent leurs souffrances indescriptibles. Dans cette vie, je ne veux que voir ma fille. Rendez-moi ma fille ! ».
La captive palestinienne Hanaa Chalabi est en grève de la faim depuis plus de trente-cinq jours, une grève ouverte de la faim ; elle est de plus en plus en danger de mort.
A l’occasion de la fête des mères, la mère de Hanaa appelle à sauver sa fille : « La famille est sur les nerfs, après l’arrivée de ces nouvelles parlant de la détérioration de la santé de sa fille ; les nouvelles apportées par les avocats et les comités juridiques ne présagent rien de bon ».
Une vie avant, une vie après
« Comme toute mère, ma vie a chamboulé après l’arrestation de ma fille, a confié la mère au correspondant du Centre Palestinien d’Information (CPI). Je n’avais jamais imaginé pouvoir supporter son arrestation. Comment puis-je supporter de la voir perdre la santé, avec sa grève de la faim ? »
« Ce qui nous aide, ajoute la mère, c’est de voir le moral d’acier de Hanaa, malgré son état de santé. C’est elle qui nous appelle à être patients ; elle est sûre de son combat et de sa victoire. »
Il y a une solidarité populaire très appréciable avec la cause de Hanaa, dit la mère ; elle appelle cependant à plus de réactions pour sauver sa fille dont l’état de santé entre dans une phase critique.
La mère appelle à ce qu’elle puisse rendre visite à sa fille. C’est un droit essentiel à tout captif de voir les siens : « Nous poursuivrons les autorités de l’occupation sioniste pour ce qu’elles font à notre fille ».
Tout le monde est au courant de l’affaire de sa fille, car c’est une cause juste. Elle subit ce régime de "Détention administrative", sans jugement et sans chef d’accusation. La cause de Hanaa gêne les occupants sionistes face aux institutions juridiques et face aux médias.
Les rêves d’une jeune fille
Comme tout homme sur cette terre, Hanaa avait des rêves légitimes dans cette vie, dit la mère : « Elle aurait aimé être infirmière ; elle aimait beaucoup les enfants ; elle achetait des jouets pour les enfants de ses frères ; elle jouait avec eux, en donnant à chacun d’eux un surnom ».
Et à la maison, Hanaa est très serviable, très organisée ; elle prenait soin de sa mère et de son père, dit la mère : « Après sa libération, grâce à la transaction d’échange de prisonniers (Wafaa Al-Ahrar), elle nous préparait le petit-déjeuner, le café ; elle tenait à s’asseoir avec nous dans la cour de la maison pour nous parler ».
Rendez-moi ma fille !
La mère se rappelle la sauvagerie de l’occupation sioniste : « Je ne pourrais jamais oublier la dureté de la scène lorsque les forces sionistes d'occupation sont venus l’arrêter. Les soldats l’ont frappée durement, brutalement, sauvagement. Ses cris sonnent encore dans mes oreilles. Ils l’ont volontairement brutalisée d’une façon farouche dans le but de la briser, sans raison ».
A la fin, la mère s’adresse aux mères : « En cette journée de la mère, je souhaite que toutes les mères du monde comprennent les mères de la Palestine et comprennent leurs souffrances indescriptibles. Dans cette vie, je ne veux que voir ma fille. Rendez-moi ma fille ! ».
Palestine Solidarité

De Turquie : méfiez-vous du génie du discours islamiste

...« C’est nous qui avons le plus souffert sous le règne de Ben Ali , pas les gauchistes. »...

...Cet habile « génie du discours », comme nous nous avons pu nous en rendre compte en Turquie,  ne sert pas seulement les objectifs de son maitre. Il légitime aussi automatiquement toute politique contre la démocratie et l’égalité sociale et s’oppose même parfois au bon sens.....Rachid Ghannouchi, le leader d’Ennahdha, a l’air de considérer que son parti a été le déclencheur du printemps arabe, pas seulement en Tunisie mais dans tout le monde arabe,  sans oublier qu’ils pensent être le seul exemple d’une transition démocratique réussie. Ajoutez cette rhétorique  aux déclarations antérieures du parti : « C’est nous qui avons le plus souffert sous le règne de Ben Ali , pas les gauchistes. »

Tout cela me rappelle les premières années au gouvernement du parti AKP. Pas étonnant que le parti Ennahdha ait répété qu’il adoptait le « modèle turc » durant la campagne électorale pour l’Assemblée constituante. Il est évident qu’Ennahdha a emprunté le « génie du discours » de l’AKP, qui a longtemps paralysé l’opposition turque en établissant son hégémonie discursive  dans les débats publics et dans les cercles intellectuels.
Cet habile « génie du discours », comme nous nous avons pu nous en rendre compte en Turquie,  ne sert pas seulement les objectifs de son maitre. Il légitime aussi automatiquement toute politique contre la démocratie et l’égalité sociale et s’oppose même parfois au bon sens. Un véritable couteau suisse !

Ma participation à une table ronde sur le “Printemps arabe" à Paris m’a amenée à penser que les révolutionnaires tunisiens aussi bien qu’égyptiens devraient être mis en garde contre les merveilles de ce génie discursif. Ce n’est pas parce que le conservatisme sunnite est en train de voler leurs révolutions. Il est plutôt nécessaire de les mettre en garde contre le genre d’atmosphère politique schizophrène auquel ils vont être soumis.

Quand l’AKP est arrivé au pouvoir, il a commencé à utiliser la rhétorique des opprimés à chaque occasion. Et comme l’humiliation des gens à sensibilité religieuse par l’élite modernisée et occidentalisée de l’Etat est une réalité dans l’historie de la Turquie moderne, cette rhétorique n’était pas entièrement sans fondements.

En outre le Premier ministre Recep Tayyip Erdoğan  venait de sortir de prison. Il avait été condamné pour avoir cité un poème considéré comme une atteinte à la laïcité du pays : « Les mosquées seront nos boucliers et les minarets nos lances. ». Au fil du temps nous avons vu les opprimés devenir des oppresseurs, naturellement avec un peu d’aide du génie du discours !

Ennahdha a emprunté le « génie du discours »  de l’AKP  qui a longtemps paralysé les opposants turcs. A chaque fois qu’on l’interrogeait sur les prisonniers politiques, Erdoğan  parlait de son propre emprisonnement, laissant entendre que ceux qui ne l’avaient pas soutenu alors n’avaient pas de droit à la parole maintenant. A chaque fois que l’opposition abordait le thème du recul des libertés individuelles, Erdoğan  et ses experts en brosse à reluire évoquaient les années de restriction de la liberté de culte pour la frange conservative religieuse de la population.

Finalement, lorsqu’ on critiquait la transformation des droits sociaux en bienfaisance et charité religieuses, Erdoğan  utilisait la rhétorique banale selon laquelle « la justice a pour source la religion. »

C’est pourquoi il est devenu fameux par ses remarques décisives pour clore tout débat qui va à l’encontre de ses intérêts. Cela a été particulièrement vrai pendant les premières années de son mandat. L’opposition, à savoir les classes moyennes et supérieures laïques, modernes et occidentalisées étaient horrifiées à chaque discours à référence religieuse. Les Kémalistes qui rêvaient d’un État laïc et occidentalisé, étaient scandalisés à chaque fois qu’on évoquait  le hijab ou les cours de religion à l’école.
Certes, le Premier ministre n’a jamais commis l’erreur de son prédécesseur en disant ouvertement « nous sommes le parti de Dieu », mais, la plupart du temps, ses discours avaient une connotation religieuse.

Dans un premier temps, l’opposition a este choquée. Elle ne savait pas comment réagir face à toutes ces références religieuses dans divers débats politiques. On peut conclure que dans un pays à majorité sunnite, tout débat entre laïcs et religieux s’avère être stérile, vu que seuls les musulmans sunnites ont raison.

C’est ce qui s’est passé : l’opposition qui avait construit son discours sur la laïcité, n’était pas seulement écrasée par le « génie du discours », mais aussi ridiculisée  et humiliée..


Le « génie du discours » était assez malin pour se servir de Dieu et de la démocratie d’une façon cohérente. C’est pourquoi, Tunisiens et Égyptiens, vous devez faire attention.

Aujourd’hui, les Tunisiens, en particulier ceux qui ont combattu pour la démocratie à la Kasbah, et les Égyptiens de la Place Tahrir qui ont formé un ensemble homogène malgré leurs différences, sont traumatisés par les discours d’Ennahdha et du Parti Liberté et Justice  sur la Charia.

En Tunisie, après le dernier discours de Ghanouchi sur la fermeture des bars et la loi islamique comme source d’inspiration de la nouvelle Constitution, la réaction des jeunes me rappelle celle d’un cerf, paralysé par les phares des voitures au milieu de l’autoroute. Je me souviens d’avoir vu les mêmes visages il ya dix ans en Turquie.

Comme leurs homologues turcs, ils sont restés paralysés au lieu de s’engager dans le processus politique du moment. Car dans un pays conservateur à majorité musulmane, il est presque impossible que l’opposition construise un contrepoids laïque, sans apparaitre comme le porte-parole du diable aux yeux des gens simples, ou comme des bourgeois insouciants qui ne se préoccupent que de leurs plaisirs hédonistes .

C’est ce qui a été et est encore le cas de la Turquie. Quand Erdoğan  a annoncé son intention de créer une « génération religieuse », sa déclaration a été fortement critiquée. Il a répliqué : «  Voulez-vous que nos enfants deviennent des toxicomanes ? » Ce qui a laissé ses opposants sans voix. Et il a ajouté : « Je veux une génération religieuse et vindicative. »
Je crois avoir dit qu’il était reconnu par ses remarques décisives.

Il faut reconnaitre que dans les pays à majorité musulmane, il est presque impossible de débattre avec un gouvernement islamique au look moderniste qui s’engage dans le néo -libéralisme. Ce n’est pas seulement que les citoyens de votre propre pays peuvent être facilement montés contre vous, c’est aussi que toute la planète qui, ayant adopté la démocratie made in USA, vous laissera seuls à votre sort désespéré. Le danger réel ne vient pas des partis politiques annonçant ou pensant être le parti de Dieu sauf lorsque, d’une manière ou d’une autre, ils se proclament représentants de la démocratie.

En Turquie ceci signifie que si vous êtes contre l’AKP, vous êtes forcément partisans des coups d’État militaire et de l’intervention des militaires dans la vie politique.


On verra ça prochainement en Tunisie : si vous êtes contre Ennahdha, vous êtes des suppôts de l’ancien régime. Je pense qu’en Egypte le « génie du discours » trouvera quelque chose d’approprié qui s’adaptera aux besoins locaux.

Une autre remarque importante : le « génie du discours » a le don de réécrire l’histoire d’une manière impitoyable. J’attends une rafale rhétorique, sur le mode turc, en Tunisie tout comme en Egypte de : «  Nous sommes le vrai peuple  de ce pays, vous êtes l’élite, taisez-vous. »

Ces  partis politiques créent une impasse, moyennant le « génie du discours » pour affirmer qu’ils sont les vrais citoyens opprimés, représentants de  la démocratie.

Argument imbattable, non ? Les jeunes Tunisiens et Égyptiens dont le sang a coulé pour défendre la liberté et l’égalité, sont-ils donc dans une situation complètement désespérée ? Je ne crois pas.


En observant la politique de l’AKP durant une décennie, j ai vu trois actions d’opposition qui n’ont pas abouti à sa liquidation .Ces groupes ont utilisé à leur tour le « génie du discours » pour déclarer qu’ils étaient les citoyens opprimés et qu’ ils représentaient le peuple et la démocratie.

Un de ces groupes est le Halkevleri (maison du Peuple ),  un mouvement de base agissant pour les droits sociaux. Il est parti en guerre contre la politique de l’AKP, consistant à transformer les droits sociaux en objet de charité. Leur argument principal était que la distribution de pain et de charbon par des organisations religieuses était humiliante et que la nourriture et le logement étaient des droits constitutionnels fondamentaux.

La seconde action émanait des Collectifs étudiants (Öğrenci Kollektifleri), qui ont lancé des actions sur des questions relativement mineures comme le prix des tickets des bus et les frais d’inscription à l’université.
Les deux groupes étaient de gauche, sans aucune connotation religieuse. Le gouvernement les a étiquetés « organisations terroristes », ce qui a montré le vrai visage de l’AKP comme oppresseur des étudiants et des classes démunies.
La troisième action était un « Iftar » qui a  rassemblé ledess gauchistes et des islamistes politiques qui ont l’égalité sociale à leur programme.
Durant le mois de Ramadan, ils ont effectué la rupture du jeûne en face d’un hôtel 5 étoiles, connu pour être un endroit branché par les nouveaux riches de l’AKP.


Ce qui montre qu’on peut sortir de l’impasse créée par le « génie du discours ». La solution est de construire une opposition qui défend les droits sociaux ;y mélanger ou non des connotations religieuses dépend naturellement de l’attitude de chacun.
Ceci dit, ce n’est pas tant une nouvelle génération religieuse que l’AKP ne veut qu'une génération obéissante. Sinon, il aurait été content de voir les jeunes faire la fête durant le Ramadan, sans se soucier du fait qu’ils le fassent dans la rue.
Assurément, adopter cette stratégie ne vous rendra pas moins seuls dans le monde. Les politiques européennes et usaméricaines qui ont déjà étiqueté ces pays démocraties islamiques modérées tamponnées « bon pour l’Orient » ne vont pas se réjouir de voir une opposition fondée sur les problèmes de justice sociale.
Personnellement, je pense que les Occidentaux qui glorifient la démocratie dans ces pays ont la trouille quand ils entendent parler de « justice sociale ». Qu’à Dieu ne plaise ! Cela pourrait finir en guerre de classes !
Ceux qui, dans les médias internationaux, applaudissent les jeunes de la place Tahrir "sans idéologie" n’aimeraient pas être ramenés à reconnaître que les discours gauchistes ont survécu malgré les "compagnes de lutte contre le communisme", lancées dans les années soixante du siècle dernier.
Mais au moins, une opposition basée sur les droits et l’égalité sociale fera, pour changer, du « génie du discours » et non de l’opposition le cerf paralysé par les feux d’une voiture .
Tlaxcala : 21/03/2012

Traduit par  Ibticem Tlili ابتسام التليلي

Amnesty International USA et George Clooney au service de l’Empire (Counterpunch)

Au mois de mars (2012), Frank S. Jannuzi a été nommé à la tête d’Amnesty Internation USA (AIUSA). Ancien membre de la Commission des Affaires Etrangères du Sénat, Frank est membre du Council on Foreign Relations (CFR)
Le CFR est le plus puissant groupe de pression en matière de politique étrangère au monde. 22 secrétaires d’Etat des Etats-Unis sont ou ont été membres du CFR.
Parmi les membres actuels de son conseil d’administration, on trouve Robert E. Rubin, ancien patron de Goldman Sachs, secrétaire du Trésor sous Clinton et conseiller spécial auprès d’Obama ; Madeline Albright, ancienne secrétaire d’Etat qui lors de l’émission « 60 minutes » avait été interrogée par Lesley Stahl sur les effets des sanctions US contre l’Irak : « Il a été dit que 500.000 enfants sont morts. C’est plus que le nombre d’enfants tués à Hiroshima. Alors la question est est-ce que cela en valait le prix ? ». La secrétaire d’Etat Madeleine Albright a répondu : « Je crois qu’il s’agit d’un choix difficile, mais le prix – nous pensons que cela en valait le prix. » ; Peter G. Peterson, de Peter G. Peterson Foundation, qui lutte depuis dix ans pour le démantèlement de la sécurité sociale ; et Penny Pritzker, PDG de PSP Capital, et qui, à part d’être la femme la plus riche de Chicago, siège au Conseil de l’Education de la ville et fait fermer les écoles publiques dans les quartiers les plus pauvres.
Autant de noms qui ne sont pas généralement associés à des causes humanitaires.
En prenant son nouveau poste, Jannuzi a déclaré, selon le site d’AIUSA, « je suis ravi de rejoindre Amnesty International et j’ai hâte de connecter la passion et l’expérience d’AIUSA avec le monde politique de Washington que je connais bien. »
Et comment compte-t-il s’y prendre ?
Dans un débat modéré par le CFR, George Clooney a discuté du sort des Soudanais dans les montagnes Nouba qui sont pris dans une guerre civile. Que la zone soit située sur le tracé prévu d’un oléoduc n’est pas une surprise.
Ainsi, le vendredi 16 mars George est arrêté par la police et le lundi 19 AIUSA lance une campagne demandant que le présidant soudanais Al-Bashir soit poursuivi en juste, avec un bandeau publicitaire qui demandait : que fait George Clooney en prison alors que le président soudanais et le présumé criminel de guerre Omar al-Bashir sont libres ?
Il est intéressant de noter que le 16 mars est le jour qu’AIUSA a annoncé la nomination de Jannuzi à la tête de l’organisation.
Est-ce qu’AIUSA, ainsi que George Clooney et Hollywood en général, soutien le CFR dans ses efforts pour influencer l’opinion publique étatsunienne sur l’Afrique dans le sens des intérêts de la politique étrangère du gouvernement dans la région ?
Pourquoi AIUSA lance-t-elle des campagnes sur l’Afrique – Kony 2012, al-Bashir du Soudan, et les enquêtes sur les morts civils en Libye – mais jamais de campagnes pour traîner en justice les criminels de guerres présents sur le territoire des Etats-Unis ?
Et pourquoi AIUSA ne lance-t-elle pas de compagnes pour empêcher les crimes humanitaires des Etats-Unis avant qu’ils ne se produisent ? La guerre contre l’Iran sera le prochain catastrophe humanitaire, mais AIUSA ne fait rien pour l’empêcher. Pourquoi ?
Les efforts humanitaires louables d’AIUSA servent-ils de paravent à l’engagement de cette organisation au service de l’Empire US ?
John Vincent
http://www.counterpunch.org/2012/03/21/amnesty-international...
Traduction LGS
URL de cet article 16176 http://www.legrandsoir.info/amnesty-international-usa-et-george-clooney-au-service-de-l-empire-counterpunch.html

A QUOI JOUE LE QATAR ?

Le Qatar est le pays de toutes les contradictions :
  • la plus grande base américaine y est implantée, mais les Talibans ont maintenant leur représentation dans l’émirat ;
  • c'est le pays d’Al-Jazeera, le média audiovisuel qui a le mieux couvert la seconde Intifida et le bombardement de Gaza, mais c'est aussi l'un des rares pays arabes qui a une représentation israélienne sur son sol ;
  • c'est un micro-état foncièrement pro-américain, mais c’est aussi celui qui soutient nombre de mouvements islamistes, dont le Hamas, qui y a également installé sa représentation.
Quand on visite le Qatar, ce qui nous choque de prime abord, c'est l’extravagance consumériste et l’ultralibéralisme économique qui y règnent. L’essentiel est en réalité là. En fait, tant que les privilèges sont préservés, tant que l'appropriation des richesses au profit d’une seule caste perdure, tout le reste devient secondaire. Si l’on ne comprend pas ce préalable, on aura du mal à comprendre la logique de cet État.

Coincé entre les deux puissances régionales, l’Arabie Saoudite et l’Iran, le petit émirat a soif de rayonnement international. Le Qatar nourrit aujourd’hui l’ambition démesurée d’être reconnu comme la puissance régionale politique et diplomatique incontournable du monde arabe. Et cela pour deux raisons majeures : d’abord, satisfaire son égo insatiable, et ensuite faire en sorte que personne ne puisse remettre en cause l’appropriation des richesses de son sous-sol par la famille royale.

En acceptant l'installation de la plus grande base américaine de la région sur son sol, et en se mettant donc sous la protection US, la famille royale espère ainsi pérenniser sa mainmise sur les gisements d’hydrocarbures, tout en se protégeant des ambitions régionales de ses deux grands et très redoutés voisins.

Et l'installation de la représentation diplomatique israélienne sur le sol qatari est, bien évidemment, la condition sine qua non de la protection américaine. L'affaiblissement de la puissance financière et économique américaine constitue l'élément nouveau de cette dernière décennie. Cela bouleverse la donne dans cette région qui avait l’habitude, depuis plusieurs décennies, de vivre sous l’ordre américain.

Aujourd’hui, les Etats-Unis n'ont plus les moyens de leur politique hégémonique. De plus, la zone Asie-Pacifique, avec l'émergence de la Chine, devient la région clé pour l'impérialisme américain, beaucoup plus que le Moyen-Orient.

Certes, la protection des gisements d’hydrocarbures et de ses voies d’acheminement vers les pays du Nord restera un enjeu central. Mais la crise économique et financière mondiale, associée à la reconsidération des priorités stratégiques, font que les Etats-Unis n’ont plus les moyens d’agir directement dans cette région pour préserver leurs intérêts.

Cette situation inédite a deux conséquences pour cette région :

-La première est que Washington, face à ses nouvelles restrictions budgétaires, a décidé d’intervenir dorénavant à travers ses relais locaux qui, eux, ont les moyens et l'ambition de devenir des puissances régionales.
Ces relais locaux sont d’abord ceux qui, historiquement, ont toujours été présents dans cette région : au premier plan, les deux anciennes puissances coloniales, la France et la Grande-Bretagne (puissance militaire et technologique), sans oublier la fidèle héritière de l’empire ottoman, la Turquie, nouvelle puissance économique et militaire.
Le Qatar, diplomatiquement et médiatiquement très présent, espère aussi être reconnu comme une nouvelle puissance régionale. Il aspire à devenir un de ces relais de la puissance américaine, qui aura l’avantage d’être le seul à appartenir à la « nation arabe ».
Fait important, ces pays (France, Grande-Bretagne, Turquie et Qatar), qui sont déjà des acteurs influents dans l’évolution des révolutions arabes, sont tous membres de l’OTAN ou hébergent d’importantes bases américaines, et ont en commun d’avoir noué des relations diplomatiques et économiques avec l’État sioniste.

-La seconde conséquence de cette situation nouvelle est que ces relais locaux, tout en agissant pour les intérêts US, œuvrent aussi pour leurs propres intérêts. C'est, très logiquement, une « juste » rétribution qu'« autorise » le gendarme américain :
· ainsi, profitant des révolutions arabes, les anciennes puissances coloniales européennes (France et Grande-Bretagne) tentent de reprendre pied dans cette région, où elles espèrent devenir l’intermédiaire obligé ;
· la Turquie, de son côté, voudrait reconquérir, à travers son dynamisme économique, son aire d’influence qui s’étendait de l’Asie centrale au Maghreb. L’État sioniste qui entretient des relations économiques florissantes avec le capitalisme turc ne fait pas exception. Business is Business ;
· quant au Qatar, fort de sa toute nouvelle puissance financière et médiatique, il promeut une parole libre (mais évidemment orientée) reflétant toutes les tendances politiques du monde arabe, dans le but de s’imposer comme le centre d’un nouveau rayonnement pan-arabe.

C'est à la lumière de ce contexte qu'il faut interpréter l'action du Qatar, ainsi que son rapport avec le Shaykh Al-Qaradawi et la chaîne satellitaire Al-Jazeera. Pour comprendre le rôle du Shaykh Al-Qaradawi, il faut retracer son historique. Issu des Frères musulmans égyptiens, Shaykh Al-Qaradawi a payé très cher son opposition publique et franche à la dictature égyptienne ; il croupit, pendant toute une partie de sa vie, dans les prisons égyptiennes. Jusqu’à très récemment, tous les mouvements politiques islamiques des pays arabes, sans aucune exception, vivaient sous une terrible répression, faite de meurtres, disparitions, emprisonnements, massacres, ou encore de tortures. Et cela, dans l'indifférence de tous les médias occidentaux.

Shaykh Al-Qaradawi a toujours refusé de se taire sur le droit d'expression de tous les peuples et sur son anti-sionisme viscéral. Le seul pays qui a, finalement, accepté de l'accueillir tout en lui laissant sa liberté de parole fut le Qatar. Il fit même plus, il lui attribua un canal (Al-Jazeera) pour lui permettre de s’adresser à toutes les masses arabes. La quasi-totalité des dirigeants des mouvements politiques islamiques en exil, ou subissant la répression, lui emboîtèrent le pas. Contournant la censure exercée par toutes les dictatures arabes, ils purent, à travers Al-Jazeera, exprimer leur point de vue et en débattre avec les autres mouvements d’opposition arabes.

Ainsi, à travers Al-Jazeera et le rayonnement du Shaykh Al-Qaradawi, le Qatar a obtenu ce qu'il voulait : être une puissance médiatique incontournable dans cette région. Grâce au Qatar, le Shaykh Al-Qaradawi et beaucoup de mouvements islamiques réprimés ont obtenu en retour le droit de s'exprimer et de débattre publiquement. Ce qui était irréalisable et inespéré dans leur propre pays, et cela depuis plusieurs décennies.

Aujourd’hui, le Qatar compte bien tirer ses dividendes de sa politique d’ouverture, audacieuse à l’époque, vis-à-vis des mouvements politiques islamiques. L’émirat s’implique, désormais, directement dans les révolutions arabes, financièrement, médiatiquement, diplomatiquement et même militairement, si cela doit s’avérer nécessaire. Pour cela, l’émir du Qatar en personne n’a pas hésité à reprendre en main la chaîne Al-Jazeera. La direction a été remaniée pour qu’elle réponde plus fidèlement aux orientations politiques du pays.

Si la situation du monde arabe n’était pas aussi dramatique, on pourrait sourire de ce petit émirat royal qui soutient les soulèvements populaires et donne des leçons de démocratie, alors que l’émir lui-même est arrivé au pouvoir en destituant son propre père.

Du Nord ou du Sud, musulman ou non, nous n’oublierons jamais ce qui rassemble ces États (France, Grande-Bretagne, Turquie, Qatar) qui se posent aujourd’hui en modèle pour les peuples arabes :
  • un assujettissement à l’ordre US, responsable de toutes les guerres impériales menées dans la région ;
  • des relations normalisées avec l’État sioniste, seule idéologie d’Etat ouvertement raciste du XXIe siècle ;
  • une intégration à un système économique mondial, capitaliste et ultra-libéral, responsable de la pire des catastrophes humaines, spirituelle et écologique (1 milliard de sous-alimentés, inégalités croissantes, consumérisme, réchauffement climatique…).
Dépasser l’impérialisme américain, combattre l’idéologie raciste que représente le sionisme, s'affranchir du modèle consumériste occidental et de sa logique capitaliste, requièrent la mise en place d’un projet alternatif de société pour les pays arabes.

Le chemin sera certainement long et difficile. Par contre, ce qui est déjà clair aujourd’hui, c’est que ni la France avec ses philosophies des Lumières qu’elle renie au quotidien, ni la Turquie avec son orientation islamo-libérale qui trahit l’essence de notre foi musulmane, ni les pétrodollars d’un Qatar consumériste et égoïste, ne sont un exemple pour tous les peuples qui aspirent à se libérer.

Et seul Dieu est Savant de toutes choses.

Source : oumma.com

TURQUIE : Bataille de coulisses dans la Turquie à la sauce islamiste,Le modèle de la vague verte du Printemps arabe vole en éclat.

Le pays d’Atatürk est sous la menace d’un Printemps kurde…alors que les islamistes arabes donnaient sa démocratie version AKP comme leur modèle.
Sérieuses inquiétudes en Turquie dont le modèle de démocratie islamiste a fasciné les islamistes du monde arabe. D’abords, le pays d’Atatürk est lui aussi sous menace d’un printemps, un “Printemps kurde” avec les manifestations de près de deux millions de Kurdes pour les célébrations de Newroz, le nouvel an kurde. La moitié rien que dans leur principale ville de Diyarbakir. Et pour ne pas arranger la situation, l’atmosphère à Ankara n’est plus la même. Après une troisième victoire d’affilée aux législatives, le parti islamiste donne la nette impression de s’essouffler alors que tout le monde, en Turquie et à l’étranger, pensait que l’AKP avait atteint la vitesse de croisière pour un non-retour. Recep Tayyip Erdogan, pensait-on à Ankara, était sur la même voie que Poutine de la Russie voisine. C’est-à-dire, l’opposition au Premier ministre turc est certes réelle mais pas au point de le menacer. Mais, aujourd’hui, à Ankara, on s’interroge sur l’avenir politique du pays. Certains observateurs vont jusqu’à prévenir contre un vide politique. Dans les rangs de l’AKP, une coalition composée de nationalistes, d’islamistes et de libéraux, la perspective fait peur. Tenu d’une main de fer par Erdogan, comme Poutine tient sa “Russie d’aujourd’hui”, cet attelage a apporté une stabilité à la Turquie qui a souffert par le passé des coalitions stériles. La question sur toutes les lèvres en Turquie : l’AKP évitera-t-il l’implosion sans l’autorité de son chef ? En tout cas, depuis trois mois, la discorde règne au sein du gouvernement et de l’État. La presse d’Istanbul va de son train de rumeurs, spéculations et supputations : une compétition sérieuse opposerait Erdogan à Abdullah Gül, le président de la République ! Les deux hommes, fondateurs du parti, ont pourtant longtemps fonctionné en tandem. Un peu comme Poutine et Medvedev qui vont échanger leurs chaises ces jours-ci : le premier retourne au Kremlin tandis que le second récupère la primature. Gül lui ne veut pas se prêter au jeu des chaises musicales. La prochaine élection présidentielle est programmée en 2014, Gül ne veut pas céder son fauteuil à Erdogan. Il serait tenté de créer son propre parti avec des députés de l’AKP frondeurs. Tout ce micmac est intervenu pendant la convalescence du Premier ministre après une intervention chirurgicale de l’intestin fin novembre. Erdogan a fait savoir qu’il ne souffrait d’aucune maladie, bulletin de santé à l’appui avant de s’en remettre à l’autorité divine, pensant clore la question qui taraude la Turquie depuis qu’il a subi une opération : l’AKP implosera-t-il ? Le parti islamiste s’est en effet bâti et fortifié autour de son homme providentiel, Erdogan. Il reste que le Premier ministre est beaucoup moins présent sur la scène intérieure et internationale. Il a tout récemment annulé une visite prévue en Allemagne où devait lui être remis un prix pour 50 ans d'amitié germano-turque qui avait permis l'arrivée de centaines de milliers de Turcs venus travailler dans ce pays. Son séjour dans le bassin industriel de la Ruhr où vit une importante communauté immigrée turque, a été annulé officiellement en raison de la mort, la veille, de 12 soldats turcs dans le crash d'un hélicoptère en Afghanistan. Les associations de défense des droits de l'homme avaient vivement protesté contre l'attribution du “prix de la tolérance et de l’humanisme” à Erdogan. Aujourd'hui, près de 3 millions de Turcs ou de personnes d'origine turque vivent en Allemagne. Pour revenir, aux Kurdes de Turquie, il faut savoir que le gouvernement d’Ankara est sur ses dents depuis le 18 mars, début des fêtes de Newroz, transformé par les Kurdes en jour de la renaissance et de la résistance. Quelque 130 rassemblements ont été organisés à travers le pays rien que pour accueillir la plus grande célébration du Newroz de tous les temps. Aucune force ne pourra arrêter la marche du peuple, avait prévenu le BDP, affirmant que l’interdiction du gouvernement n’était pas légitime. L’APK est ainsi pris en flagrant mensonge quant à la construction par lui d’un État des droits de l’homme. Défiant interdictions, menaces et répressions, des centaines de milliers de personnes sont descendues dans les rues de Diyarbakir, chef-lieu du Kurdistan de Turquie, et d’Istanbul. Un responsable du parti kurde est décédé après avoir été touché par une grenade lacrymogène lancée par la police et plusieurs personnes ont été blessées dont deux grièvement et une députée BDP, Mulkiye Birtane. La police de la démocratie islamiste a procédé également à des arrestations massives. L’AKP a réagi comme à l’époque des militaires faiseurs de rois. Plus de 6 500 membres actifs du BDP dont 31 maires sur 98 et six députés sur 36 sont actuellement en prison dans le cadre de cette affaire. Avec l’incarcération de 101 journalistes, la Turquie est également la plus grande prison du monde pour les journalistes. Voilà le vrai visage de la démocratie islamique que mêmes les islamistes de chez nous érigent en modèle.
Djamel Bouatta
Liberté