Le 16 mai dernier, Luis Moreno Ocampo, le procureur général de la Cour Pénale Internationale (CPI) de la Haye, a officiellement émis un mandat d’arrêt à l’encontre du dirigeant libyen, Mouammar Kadhafi pour « crimes contre l’humanité ». Parmi les accusés, il y avait également les fils du dirigeant, Seif al-Islam Kadhafi, et le chef des services de renseignement libyens, Abdullah Senoussi.
Le juriste usaméricain David Scheffer a déclaré à l’AFP : « L’enquête et les accusations de la CPI à l’encontre des dirigeants libyens de haut niveau, dont Kadhafi, seront certainement appréciées par l’OTAN ».
Eh bien, oui. Et personne n’est mieux placé que Scheffer pour savoir si l’OTAN appréciera ou pas.
Le jour précédent, Tripoli avait fait une nouvelle proposition de trêve, en lançant un appel à l’arrêt des bombardements de l’OTAN et à des négociations de paix avec les rebelles armés basés à Benghazi. Mais la réponse de l’OTAN est venue sous forme d’actes d’accusation de la part de la CPI. Lorsque l’OTAN bombarde un pays pour faire tomber un dirigeant, le dirigeant ciblé devra être traité comme un vulgaire criminel. Sa place n’est pas autour d’une table de négociations, mais derrière les barreaux. Une accusation internationale est un excellent moyen pour transformer une agression militaire de l’OTAN en un action policière pour l’arrestation « d’un criminel accusé de crimes de guerre » – une expression qui exclut, d’emblée, la présomption d »’innocence jusqu’à preuve du contraire ».Ceci est devenu une habitude.Le 24 mars 1999, l’OTAN a commence à bombarder la Yougoslavie pour soutenir les rebelles albanais du Kosovo. Deux mois plus tard, à la mi-mai, lorsque les bombardements ont été intensifiés contre les infrastructures serbes, le Procureur Général du Tribunal Pénal International pour la Yougoslavie (TPIY) de la Haye, Louise Arbour, a émis un acte d’accusation contre le président Slobodan Milosevic pour crimes contre l’humanité. Cependant, tous les actes qualifiés de « crimes contre l’humanité » qui ont été commis au Kosovo, à l’exception d’un seul, ont été causé par les bombardements mêmes de l’OTAN.
Le 31 mars 2011, l’OTAN a commencé une campagne de bombardements contre la Libye, et cette fois, la Cour Pénale Internationale a été plus rapide, et les accusations moins importantes. Ocampo a dit qu’il y avait des preuves que Kadhafi a personnellement ordonné des attaques contre des « civils libyens innocents ».
En Libye, comme dans la guerre du Kosovo, les accusations sont faites par des rebelles armés et soutenus par l’OTAN, sans qu’il n’y ait la moindre enquête neutre et indépendante.
Au printemps 1999, David Scheffer, qui étai, alors l’ambassadeur de la Secrétaire d’Etat US Madeleine Albright pour les crimes de guerre, a rencontré Louise Arbour et lui a fourni des rapports de l’OTAN sur lesquels elle devait baser ses accusations. En effet, Scheffer avait contribué, auparavant, à la création du TPIY sur l’instruction de Mme Albright. Les accusations de mai 1999 ont servi leur objectif immédiat principal : bloquer les négociations pour justifier la poursuite des bombardements de l’OTAN. Comme l’a affirmé Madeleine Albright, « Nous ne négocierons pas avec Milosevic … Je crois que les accusations clarifient la situation, parce qu’elles montrent que nous sommes en train de faire la bonne chose en ce qui concerne notre réponse aux crimes contre l’humanité que Milosevic a perpétrés ». (Voir Michael Mandel, How America Gets Away With Murder, PlutoPress, 2004, pp.141-145.)
Pour résumer, dans les deux cas, “un/e tribunal/cour international/e » intervient au milieu des bombardements de l’OTAN pour accuser de « crimes contre l’humanité » le dirigeant d’un pays en proie aux bombardements, sur la base de preuves très insuffisantes fournies par l’OTAN elle-même ou par ses clients qui font office de rebelles.
Par conséquent, il s’avère que la Cour Pénale Internationale n’est que la continuation du TPIY, c’est-à-dire, un instrument qui ne représente pas la justice internationale, mais qui est, plutôt, le bras judicaire des interventions de l’Occident contre les pays faibles. Donc, la CPI pourrait bien servir de couverture pour les crimes impérialistes.
Elle ne mérite certainement pas sa dénomination officielle, puisqu’elle ignore délibérément les vrais crimes « internationaux » comme les agressions de l’OTAN et des USA ou les multiples massacres de civils qui en résultent. Les seuls crimes prétendus contre lesquels cette Cour a engagé des poursuites ont tous été le résultat de conflits internes qui se sont déroulés dans des pays africains. En d’autres termes, la CPI agit principalement comme un moyen de pression ou de justification d’actions militaires contre des gouvernements faibles que les puissances occidentales veulent remplacer par des dirigeants de leur choix.
Concernant l’accusation portée contre Kadhafi, Scheffer A affirmé, selon l’AFP, que cette action pourrait exercer encore plus de pression contre Kadhafi pour le pousser à chercher à se réfugier dans un pays qui ne reconnaît pas la juridiction de la CPI. Cependant, cette remarque est dénuée de sens, puisque la Libye elle-même ne reconnaît pas la juridiction de la CPI. Idem pour le Soudan, pourtant ceci n’a pas empêché la CPI de poursuivre son président, Omar Al Béchir, même si les lois de la CPI ne sont supposées s’appliquer que dans les pays ayant reconnu sa juridiction. Ceci démontre que même la non-reconnaissance de la CPI ne peut pas protéger les pays faibles.
Au moment où l’OTAN et la CPI engagent des poursuites contre Kadhafi pour, soi-disant, avoir « tué son propre peuple », en Afghanistan, les forces armées de l’OTAN continuent à tuer des gens qui leur sont étrangers, en toute impunité.
La CPI est devenue l’exemple le plus flagrant du système des deux poids, deux mesures. Les USA manipulent la CPI sans même reconnaître sa juridiction, tout en se protégeant par des accords bilatéraux avec une longue liste de pays pour garantir l’immunité des citoyens usaméricains, et tout en faisant passer des lois par le Congrès, pour protéger les citoyens usaméricains de la CPI.
D’autres pays de l’OTAN ont reconnu la juridiction de la CPI, mais rien n’indique qu’ils seraient un jour ennuyés par la Cour internationale.
Dimanche dernier, deux avocats français connus pour leur non-conformisme, Jacques Vergès et l’ex-ministre des Affaires étrangères Roland Dumas, ont annoncé qu’ils avaient l’intention de poursuivre le président Nicolas Sarkozy en justice pour « crimes contre l’humanité » commis en Libye. Lors d’une conférence de presse tenue à Tripoli, Dumas a déploré le fait que la mission de l’OTAN censée protéger des civils les tuait, et a affirmé qu’il était prêt à défendre Kadhafi devant la CPI. En même temps, les deux avocats ont l’intention de représenter les familles des victimes des bombardements de l’OTAN ayant attaqué Sarkozy devant des tribunaux français. « Nous allons briser le mur du silence », a annoncé Vergès.
Les preuves sur les victimes civiles des bombardements de l’OTAN, dont trois bébés petits-enfants de Kadhafi, sont plus solides que celles avancées pour les « crimes contre l’humanité » attribués par Ocampo au dirigeant libyen. Cependant, le public français a été hypnotisé par la propagande présentant Kadhafi comme un ogre assoiffé de sang et dont le seul désir est de « tuer son propre peuple ». Puisque la majorité des gens, à l’Ouest, ne connaissent absolument rien de la Libye, tout peut passer.
Le lundi, alors que la France et la Grande-Bretagne se préparaient à envoyer des hélicoptères de combat pour soutenir les rebelles armés et faire tomber Kadhafi, le secrétaire général de l’OTAN, Anders Fogh Rasmussen a annoncé que le « règne de la terreur de Kadhafi arrive à sa fin ». Cependant, le vrai règne de terreur est la « pluie de la terreur »* de l’OTAN qui continue à bombarder les civils sans défense de Tripoli, avec l’intention affichée de terroriser les Libyens et de les obliger à se rendre aux rebelles soutenus par l’OTAN. Et rien n’indique que ce règne arrive à sa fin.
* Jeu de mots intraduisible de l’auteure entre “reign” (règne) et “rain” (pluie).
Traduit par Omar Mouffok عمر موفق
Edité par Fausto Giudice
Source: http://www.informationclearinghouse.info/article28241.htm
Le juriste usaméricain David Scheffer a déclaré à l’AFP : « L’enquête et les accusations de la CPI à l’encontre des dirigeants libyens de haut niveau, dont Kadhafi, seront certainement appréciées par l’OTAN ».
Eh bien, oui. Et personne n’est mieux placé que Scheffer pour savoir si l’OTAN appréciera ou pas.
Le jour précédent, Tripoli avait fait une nouvelle proposition de trêve, en lançant un appel à l’arrêt des bombardements de l’OTAN et à des négociations de paix avec les rebelles armés basés à Benghazi. Mais la réponse de l’OTAN est venue sous forme d’actes d’accusation de la part de la CPI. Lorsque l’OTAN bombarde un pays pour faire tomber un dirigeant, le dirigeant ciblé devra être traité comme un vulgaire criminel. Sa place n’est pas autour d’une table de négociations, mais derrière les barreaux. Une accusation internationale est un excellent moyen pour transformer une agression militaire de l’OTAN en un action policière pour l’arrestation « d’un criminel accusé de crimes de guerre » – une expression qui exclut, d’emblée, la présomption d »’innocence jusqu’à preuve du contraire ».Ceci est devenu une habitude.Le 24 mars 1999, l’OTAN a commence à bombarder la Yougoslavie pour soutenir les rebelles albanais du Kosovo. Deux mois plus tard, à la mi-mai, lorsque les bombardements ont été intensifiés contre les infrastructures serbes, le Procureur Général du Tribunal Pénal International pour la Yougoslavie (TPIY) de la Haye, Louise Arbour, a émis un acte d’accusation contre le président Slobodan Milosevic pour crimes contre l’humanité. Cependant, tous les actes qualifiés de « crimes contre l’humanité » qui ont été commis au Kosovo, à l’exception d’un seul, ont été causé par les bombardements mêmes de l’OTAN.
Le 31 mars 2011, l’OTAN a commencé une campagne de bombardements contre la Libye, et cette fois, la Cour Pénale Internationale a été plus rapide, et les accusations moins importantes. Ocampo a dit qu’il y avait des preuves que Kadhafi a personnellement ordonné des attaques contre des « civils libyens innocents ».
En Libye, comme dans la guerre du Kosovo, les accusations sont faites par des rebelles armés et soutenus par l’OTAN, sans qu’il n’y ait la moindre enquête neutre et indépendante.
Au printemps 1999, David Scheffer, qui étai, alors l’ambassadeur de la Secrétaire d’Etat US Madeleine Albright pour les crimes de guerre, a rencontré Louise Arbour et lui a fourni des rapports de l’OTAN sur lesquels elle devait baser ses accusations. En effet, Scheffer avait contribué, auparavant, à la création du TPIY sur l’instruction de Mme Albright. Les accusations de mai 1999 ont servi leur objectif immédiat principal : bloquer les négociations pour justifier la poursuite des bombardements de l’OTAN. Comme l’a affirmé Madeleine Albright, « Nous ne négocierons pas avec Milosevic … Je crois que les accusations clarifient la situation, parce qu’elles montrent que nous sommes en train de faire la bonne chose en ce qui concerne notre réponse aux crimes contre l’humanité que Milosevic a perpétrés ». (Voir Michael Mandel, How America Gets Away With Murder, PlutoPress, 2004, pp.141-145.)
Pour résumer, dans les deux cas, “un/e tribunal/cour international/e » intervient au milieu des bombardements de l’OTAN pour accuser de « crimes contre l’humanité » le dirigeant d’un pays en proie aux bombardements, sur la base de preuves très insuffisantes fournies par l’OTAN elle-même ou par ses clients qui font office de rebelles.
Par conséquent, il s’avère que la Cour Pénale Internationale n’est que la continuation du TPIY, c’est-à-dire, un instrument qui ne représente pas la justice internationale, mais qui est, plutôt, le bras judicaire des interventions de l’Occident contre les pays faibles. Donc, la CPI pourrait bien servir de couverture pour les crimes impérialistes.
Elle ne mérite certainement pas sa dénomination officielle, puisqu’elle ignore délibérément les vrais crimes « internationaux » comme les agressions de l’OTAN et des USA ou les multiples massacres de civils qui en résultent. Les seuls crimes prétendus contre lesquels cette Cour a engagé des poursuites ont tous été le résultat de conflits internes qui se sont déroulés dans des pays africains. En d’autres termes, la CPI agit principalement comme un moyen de pression ou de justification d’actions militaires contre des gouvernements faibles que les puissances occidentales veulent remplacer par des dirigeants de leur choix.
Concernant l’accusation portée contre Kadhafi, Scheffer A affirmé, selon l’AFP, que cette action pourrait exercer encore plus de pression contre Kadhafi pour le pousser à chercher à se réfugier dans un pays qui ne reconnaît pas la juridiction de la CPI. Cependant, cette remarque est dénuée de sens, puisque la Libye elle-même ne reconnaît pas la juridiction de la CPI. Idem pour le Soudan, pourtant ceci n’a pas empêché la CPI de poursuivre son président, Omar Al Béchir, même si les lois de la CPI ne sont supposées s’appliquer que dans les pays ayant reconnu sa juridiction. Ceci démontre que même la non-reconnaissance de la CPI ne peut pas protéger les pays faibles.
Au moment où l’OTAN et la CPI engagent des poursuites contre Kadhafi pour, soi-disant, avoir « tué son propre peuple », en Afghanistan, les forces armées de l’OTAN continuent à tuer des gens qui leur sont étrangers, en toute impunité.
La CPI est devenue l’exemple le plus flagrant du système des deux poids, deux mesures. Les USA manipulent la CPI sans même reconnaître sa juridiction, tout en se protégeant par des accords bilatéraux avec une longue liste de pays pour garantir l’immunité des citoyens usaméricains, et tout en faisant passer des lois par le Congrès, pour protéger les citoyens usaméricains de la CPI.
D’autres pays de l’OTAN ont reconnu la juridiction de la CPI, mais rien n’indique qu’ils seraient un jour ennuyés par la Cour internationale.
Dimanche dernier, deux avocats français connus pour leur non-conformisme, Jacques Vergès et l’ex-ministre des Affaires étrangères Roland Dumas, ont annoncé qu’ils avaient l’intention de poursuivre le président Nicolas Sarkozy en justice pour « crimes contre l’humanité » commis en Libye. Lors d’une conférence de presse tenue à Tripoli, Dumas a déploré le fait que la mission de l’OTAN censée protéger des civils les tuait, et a affirmé qu’il était prêt à défendre Kadhafi devant la CPI. En même temps, les deux avocats ont l’intention de représenter les familles des victimes des bombardements de l’OTAN ayant attaqué Sarkozy devant des tribunaux français. « Nous allons briser le mur du silence », a annoncé Vergès.
Les preuves sur les victimes civiles des bombardements de l’OTAN, dont trois bébés petits-enfants de Kadhafi, sont plus solides que celles avancées pour les « crimes contre l’humanité » attribués par Ocampo au dirigeant libyen. Cependant, le public français a été hypnotisé par la propagande présentant Kadhafi comme un ogre assoiffé de sang et dont le seul désir est de « tuer son propre peuple ». Puisque la majorité des gens, à l’Ouest, ne connaissent absolument rien de la Libye, tout peut passer.
Le lundi, alors que la France et la Grande-Bretagne se préparaient à envoyer des hélicoptères de combat pour soutenir les rebelles armés et faire tomber Kadhafi, le secrétaire général de l’OTAN, Anders Fogh Rasmussen a annoncé que le « règne de la terreur de Kadhafi arrive à sa fin ». Cependant, le vrai règne de terreur est la « pluie de la terreur »* de l’OTAN qui continue à bombarder les civils sans défense de Tripoli, avec l’intention affichée de terroriser les Libyens et de les obliger à se rendre aux rebelles soutenus par l’OTAN. Et rien n’indique que ce règne arrive à sa fin.
* Jeu de mots intraduisible de l’auteure entre “reign” (règne) et “rain” (pluie).
Traduit par Omar Mouffok عمر موفق
Edité par Fausto Giudice
Source: http://www.informationclearinghouse.info/article28241.htm
Samedi 11 juin 2011
Date de parution de l’article original: 03/06/2011
Date de parution de l’article original: 03/06/2011
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