samedi 27 août 2011

Lettre ouverte de 200 intellectuels Africains contre l'OTAN.

27 août 2011
Un groupe de « Concerned Africans » (« Africains concernés ») a écrit une lettre ouverte critiquant les attaques militaires de l'OTAN contre la Libye, disant que l'Afrique court le risque d'être re-colonisé.
« L'OTAN a violé le droit international ... ils avaient un changement de régime à l'ordre du jour », a déclaré l'un des signataires, Chris Landsberg, chef du département de science politique de l’université de Johannesburg.« La recolonisation de l'Afrique est devenu une menace réelle », a-t-il déclaré à Johannesburg.
La lettre est signée par plus de 200 importantes personnalités africaines, dont Jesse Duarte membre exécutif de l'ANC, Willie Esterhuyse analyste politique de l'Université de Stellenbosch, l'ancien ministre du Renseignement Ronnie Kasrils, l'avocat Christine Qunta, l'ancien vice-ministre des Affaires étrangères Aziz Pahad, l'ancien ministre la présidence Essop Pahad, Sam Moyo de l'Institut africain d'études agraires, Mukoni Ratshitanga, l'ancien porte-parole du président Thabo Mbeki, le poète Wally Serote.
« Il est très difficile pour nous de voir une quelconque paix en Libye », a déclaré Serote, qui s'est également adressé aux médias.
« Le problème a maintenant été exacerbée ... à la fin l'Union africaine aura encore à entrer en jeu ».
Selon lui, même si la critique que l'UA était une organisation faible était exacte, alors les Africains devaient trouver un moyen de soutenir l'organisation.
[...] La lettre dit : « Contrairement aux dispositions de la Charte des Nations unies, le Conseil de Sécurité a autorisé et a permis la destruction et l'anarchie qui s'est abattue sur le peuple libyen. A la fin de tout cela, de nombreux Libyens auront été tués et de nombreux Libyens auront été mutilés (et) beaucoup d'infrastructures auront été détruites. »
Le Conseil de sécurité n'avait pas produit de preuve démontrant que son autorisation de l'usage de la force était une réponse appropriée à la situation en Libye.
« Ainsi, ils (le Conseil de sécurité) se sont ouvertement donné pleins pouvoirs pour poursuivre l'objectif de "changement de régime", et donc pour l'utilisation de la force et de tous les autres moyens pour renverser le gouvernement de Libye, lesquels objectifs sont complètement en contradiction avec les décisions du Conseil de sécurité de l'ONU », dit cette lettre qui a également été soutenue par le Congrès des syndicats sud-africains, la Parti communiste d'Afrique du Sud, et le Réseau d'examen des médias (? "Media Review Network").Le Conseil de sécurité a également « répudié la règle du droit international » en ignorant le rôle des institutions régionales légitimes dans la résolution du conflit.Landsberg déclare que la Grande-Bretagne, la France et les Etats-Unis « continuent à agir comme des Etats voyous ».« Un voyou est un Etat dévoyé qui ne respecte pas les lois ... la tragédie, c'est qu'ils ne sont pas susceptibles d'être accusés devant la Cour Pénale Internationale. »
Le président Jacob Zuma a déclaré au début de cette semaine que les nations puissantes avait abusé de la résolution de l'ONU « pour des intérêts autres que protéger les civils et d'aider le peuple libyen »
.Source : IOL

Libye : Massacre des noirs par "Les Rebelles Démocrates"- Investig'Action avait rencontré les victimes

26 août 2011
The Associated Press a annoncé froidement le massacre d'un groupe de personnes noires installées dans un campement en face de la résidence présidentielle libyenne. Des dizaines de corps sans vie ont été retrouvés avec les mains attachées dans le dos. L'agence précise que ce n'étaient pas des combattants. Michel Collon et la délégation qui s'étaient rendus sur place au mois de juillet avaient rencontré ces hommes qui aimaient la Libye.

MICHEL COLLON :
“J’ai rencontré ces personnes lors de ma mission à Tripoli. J’ai pu converser avec certains. Ce n’étaient nullement des “mercenaires” comme nous le prétendent les “rebelles” et les médias. Les uns étaient des Libyens à la peau noire (une grande partie de la population est de type africain en fait), les autres étaient des civils venus de pays d’Afrique noire et séjournaient en Libye depuis longtemps. Tous soutenaient Kadhafi justement parce qu’il s’opposait au racisme et qu’il traitait Arabes et Africains sur pied d’égalité.

Au contraire des “rebelles” de Benghazi, connus pour leur racisme anti-Noirs et qui se sont rendus coupables d’atrocités épouvantables et systématiques dès les premiers jours de guerre. Le paradoxe, c’est que l’Otan prétend apporter la démocratie et qu’il s’allie à une section libyenne d’al Qaeda et à des racistes du type Ku Klux Klan !"

Toute l'équipe d'Investig'Action est bouleversée par cette triste nouvelle.




Mohamed Hassan, spécialiste de l'Afrique avec un chef africain. Lire son interview à propos de la mission à Tripoli.
Tony Busselen, journaliste à, l'hebdomadaire Solidaire, participait à la même mission, il y a quelques semaines : 

"Nos photos montrent que ces gens étaient des civils sans armes, il y avait même beaucoup de femmes et d'enfants. Je leur ai parlé, ils étaient très mobilisés contre la guerre et ils ne comprenaient pas ce que l'Europe voulait.

Ils me disaient : “Mais ici, c’est un pays qui marche, les réalisations sont bien mieux qu’en Afrique, c’est très bon pour nous, et l’Europe vient bombarder ! C’est incompréhensible. ” Ils étaient très motivés pour défendre la Libye car ils pouvaient comparer avec leur pays d’origine.

C’est vraiment barbare qu’on massacre ces gens désarmés en leur attachant les mains dans le dos, c’étaient de simples gens, des travailleurs venus spontanément défendre leur nouvelle patrie. C’est vraiment la terreur et j’ai vu des photos des mêmes actes commis à Benghazi par les “rebelles” qui pratiquement vraiment la terreur. Alors, quand je vois à Tripoli des gens qui “applaudissent” les rebelles, je me dis qu’ils sont terrorisés tout simplement. L’Otan apporte la terreur. “


Un mercenaire ?

Où sont maintenant ces femmes et ces enfants ?
Nous publierons prochainement le témoignages de ces hommes et de ces femmes.

Captures d'écran d'une vidéo de Reuters qui ose dire qu'on ne sait pas encore qui a perpétré ce massacre.


Les photos suivantes proviennent d'un compte Facebook de partisans du CNT. Les lieux et dates sont difficilement définissables. Mais ce qui est certain, c'est que les hommes arrêtés ne sont pas des combattants et sont menacés, voire déjà assassinés au moment où nous publions ces photos. Tout cela grâce à l'ONU, l'OTAN, les élus européens et leur sinistre envoyé spécial Bernard-Henri Levy sous le prétexte de protéger les population et instaurer la
démocratie.
.

Comment tenir une arme avec un bras dans le platre ?


Bab-al-Aziziyah - Libye


Libye : Ruée vers l'Or noir des compagnies occidentales aprés la chute de Kadhafi.

Samedi 27 août 2011
 
le CNT lui aurait réservé 35% des futurs contrats pétroliers

Le président Nicolas Sarkozy s’indignerait en privé qu’on puisse penser que la France a mené une « guerre pour le pétrole » rapporte le journal Le Monde. Le chef du CNT fait preuve de moins de pudibonderie. Il a annoncé les pays seront récompensés en « fonction du soutien » apporté aux insurgés. La chute du régime de Kadhafi libère la course à l’or noir où des reclassements sont prévisibles. Sous la forme d’un retour sur investissement dans la guerre.
   
«Nous promettons de favoriser les pays qui nous ont aidés, notamment au travers du développement de la Libye. Nous les traiterons en fonction du soutien qu'ils nous ont apporté», a déclaré Moustapha Abdeljalil.  Le propos du chef du Cnt a suscité des inquiétudes en Italie où l’engagement en faveur des rebelles du gouvernement Berlusconi a été d’abord très hésitant.
 
Le  ministre de l’information du CNT, Mahmoud Shamman, avait déjà évoqué, de Paris, le 29 juin dernier, une possible révision des contrats conclus sous le régime de Kadhafi.  « Les contrats signés par la Libye seront étudiés et s'il apparaît qu'il y a des preuves de commission ou de corruption financière, nous considérerons qu'ils ne nous engagent pas », avait-t-il déclaré. Il avait provoqué l’émoi général car il était de notoriété publique que la conclusion des contrats était sous supervision directe du guide et de ses fils et que l’octroi de commissions était une pratique banale.
 
Tous les contrats pouvaient ainsi être remis en cause. Mais le propos était davantage motivé par la volonté d’exercer une pression sur les pays qui ont des intérêts pétroliers et gaziers et qui ne reconnaissaient pas le CNT. C’était le cas de la Chine, de la Russie et… de l’Algérie. Le CNT avait rectifié le tir le 18 juillet en affirmant que les contrats conclus seront respectés et s’est engagé à «coopérer avec les pays industrialisés, y compris la Russie, la Chine et les Etats-Unis. ». L’Algérie dont l’entreprise publique Sonatrach a des intérêts en Libye a été délibérément omise, traduisant clairement le climat de défiance, qui persiste jusqu’à présent, entre le régime algérien et le CNT.  

L’Italie défend ses positions  

Jeudi, le chef du gouvernement italien, Silvio Berlusconi a travaillé au corps le numéro deux de la rébellion libyenne Mahmoud Jibril avec le souci, non caché, de vouloir préserver les positions, fortes, acquises par le groupe italien ENI en Libye sous le régime de Kadhafi. L’empressement de la France à convoquer une réunion à Paris, des « amis de la Libye » le 1er septembre, date anniversaire de la prise de pouvoir de Kadhafi, a clairement donné aux italiens le signal que la course aux hydrocarbures libyens est ouverte.
 
L’Italie qui a fini par rallier le CNT préservera de toute évidence ses positions. Paolo Scaroni, le patron d'ENI, a souligné qu’elle « a été la première entreprise internationale à rencontrer le CNT (Conseil national de transition) dès le 3 avril. » Et qu’elle est depuis « en contacts intenses, constants, quasi-quotidiens » avec les rebelles. ENI, présente en Libye depuis 1959, devrait préserver ses positions, mais elle  devra compter avec de nouveaux acteurs. La France qui avait attendu, en vain, des contrats substantiels de l’ordre de 10 milliards de dollars après la visite homérique de Kadhafi à Paris en décembre 2007 (Airbus, réacteurs nucléaires, hélicoptères, rafales…) va pouvoir se rattraper. Et enregistrer ainsi un retour rapide sur investissement dans la guerre contre Kadhafi.  

Le Jackpot Total

Total aurait déjà obtenu le jackpot, le CNT lui aurait réservé 35% des futurs contrats pétroliers. Même si tout dépend de la configuration du futur pouvoir libyen, de sa stabilité, de sa capacité à former un consensus et de son autonomie par rapport aux occidentaux « amis ». Nicolas Sarkis, directeur du Centre Arabe d'Etudes Pétrolières, souligne que les « pays comme la France et la Grande-Bretagne, qui ont aidé au renversement de Kadhafi, pourraient raisonnablement être sollicités ».
 
Le Qatar qui a mis la plateforme d’Al Jazira au service de la rébellion pourrait escompter également des dividendes dans le substantiel domaine gazier, encore peu exploré, de la Libye. Les Allemands, en dépit de leur refus de s’engager militairement, restent dans la course, tout comme les Autrichiens. « Il y a de la place pour tous le monde et il y aura plus de concurrence » affirment des experts aussi bien dans l'exploration pétrolière que gazière. Mais tous ne seront pas traités de la même manière. Les Russes, les Chinois et les Brésiliens pourraient le constater. Sonatrach, présente dans deux blocs, également.

Avant la guerre civile, la Libye produisait 1,6 million de barils de pétrole par jour (2% de la production mondiale) et se classait comme le 3ème producteur en Afrique et le 17ème mondial. Elle dispose des plus importantes réserves de pétrole en Afrique avec 44 milliards de barils, loin devant le Nigeria (37,2 milliards de barils) et l'Algérie (12,2). Les principaux acheteurs de brut libyen étaient l'Italie (28 %),  la France (15 %), la Chine (11 %), l'Allemagne (10%), l'Espagne (10 %) et les États-Unis (3%).
Maghreb émergent

Des rebelles devant un puits de pétrole, un des enjeux de 'l'après-guerre' (DR)

GAZA Frappée et abandonnée : Coupable tant que son innocence n’a pas été prouvée

Samedi 27 août 2011
Les frappes aériennes israéliennes se poursuivent à Gaza où les gens se sentent piégés et abandonnés du monde entier.
 
22 août 2011"Al-Jazeera" — la mini-guerre conduite par Israël sur Gaza suite aux incidents survenus au sud d’Israël est une preuve supplémentaire que Gaza est le "plus grand perdant" du Moyen-Orient. Coincés dans un réseau épineux d’intérêts égoïstes et d’objectifs différents, les 1,5 million d’habitants de Gaza sont vraiment les grands perdants, quoiqu’il arrive au Moyen-Orient.
Nous ne sommes pas maîtres de notre destin. Le contrôle nous échappe jusque dans les plus les moindres détails de notre vie. Nous n’avons pas le luxe de faire des projets pour le lendemain encore moins pour la semaine prochaine. Nous, le peuple de Gaza,, nous essayons de vivre chaque jour comme si tout était normal. Mais il y a des moments où tout va très mal et où tout ce que nous avons essayé de construire s’écroule en un clin d’oeil.
 
Jeudi soir, nous avons eu une dure nuit avec de nombreuses attaques aériennes israéliennes dans différents endroits de la bande de Gaza, et nous nous sommes éveillés à une nouvelle journée torride de Ramadan qui a été interrompue par la nouvelle de l’attentat d’Eilat où 5 soldats israéliens ont perdu la vie et 36 autres ont été blessés. Immédiatement et sans attendre les détails de l’incident, tout le monde s’est mis à craindre une attaque israélienne sur Gaza.

Cela ressemblait beaucoup à la réaction instantanée des musulmans de Norvège aux attaques terroristes qui ont secoué Oslo dernièrement ; ils craignaient les attaques racistes qui n’auraient pas manqué de se produire si le terroriste avait été musulman. Les médias ont constitué d’ailleurs la principale menace en se hâtant d’attribuer, sans la moindre preuve, l’attaque terroriste à Al Qaeda et aux extrémistes musulmans. Quand le meurtrier s’est révélé être Norvégien les musulmans norvégiens ont poussé un soupir de soulagement.  

"Nous ne sommes jamais en sécurité"

Le scénario n’a pas été très différent à Gaza. "L’opération" a tué 5 soldats mais personne ne sait qui est responsable de l’opération. Nous avons d’abord lu des articles disant que l’Egypte était impliquée puis Israël a vite nié toute implication égyptienne avant que l’Egypte ne le fasse elle-même. Tout de suite après est venue la déclaration d’ Ehud Barak accusant "Gaza" des attaques et jurant de "punir les responsables". Comment il est arrivé à cette conclusion, quelle preuve a-t-il, et qui à Gaza est responsable selon lui, nous n’en avons pas la moindre idée (ni lui non plus, me semble-t-il). Ce que nous tenons pour certain c’est que nous sommes maudits et que ce qui nous attend est sans doute une réédition de Cast Lead malgré le fait qu’il n’y ait pas la moindre évidence de l’implication des Gazaouis dans l’opération d’Eilat..
C’est la seule différence entre les musulmans norvégiens et nous. Ces derniers ont retrouvé la sécurité quand la vérité a été révélée, tandis que nous, nous ne sommes jamais en sécurité- que la vérité soit faite ou pas. Que ce soit Israël, le Hamas, l’Autorité Palestinienne, l’Egypte, les USA, ou qui que se soit qui se trouve au mauvais endroit au mauvais moment, c’est nous le peuple innocent de Gaza qui nous retrouvons en train d’haleter sous la botte des ces égoïstes géants chaque fois que quelque chose se produit. Ce qui arrive aujourd’hui n’est pas exceptionnel -et comme d’habitude, personne d’autre ne peut être accusé à tort en toute impunité que le peuple de Gaza. Même si l’Egypte y est pour quelque chose, Israël insiste sur la responsabilité unique de "Gaza" parce que ça lui donne une excuse pour se venger et punir. Je ne serais pas étonnée que le black out des communications qui a été imposé à Gaza il y a 10 jours ne soit le premier d’une longue série et que nous en ayons un autre si une opération militaire est vraiment déclenchée.
Les prières du vendredi dans la bande de Gaza ont calmé les gens perturbés par les rumeurs, les fuites et les spéculations sauvages, les menaces constantes d’Israël et le nombre croissant des personnes tuées et blessées par Israël. Dans des moments comme celui-là, les mosquées jouent un rôle très important en lisant des prières apaisantes, en diffusant les annonces urgentes, etc. Vendredi dernier, cependant, au moment où Israël bombardait Gaza, l’Iman qui menait les prières à la mosquée nous parlait de tout autre chose. Il avait consacré son sermon et ses prières à la Somalie et il demandait aux gens de faire des dons. Cette humanité, cette palpitante conscience humaine et ce respect pour la vie humaine sont les qualités qui caractérisent les Palestiniens même si le monde préfère penser qu’il n’en est rien.

Nous ne savons pas si l’avenir nous réserve un nouvelle cruelle attaque israélienne où nous jouerions le double rôle d’agresseurs et de victimes ou un nouvel épisode d’un décevant feuilleton politique où nous jouerions fois cette le rôle de spectateurs passifs. Nous ne pouvons qu’attendre et voir car c’est ce monde égoïste qui décide de notre sort. Parce que nous, le peuple de Gaza, sommes coupables tant que la preuve de notre innocence n’a pas été faite, en admettant qu’elle le soit jamais.


Yasmeen El Khoudary

Yasmeen El Khoudary est un écrivain freelance de Gaza en Palestine occupée. Elle est diplômée de l’Université Américaine du Caire en Science Politique. Elle a un blog : yelkhoudary.blogspot.com. On peut aussi la suivre sur Twitter :- @yelkhoudary
Pour consulter l’original : http://www.informationclearinghouse.info/article28907.htm
Traduction : Dominique Muselet

Le Grand Soir Info
 

Sept points sur la Libye

Samedi 27 août 2011
Domenico Losurdo
contribution Marie Ange Patrizio
 
 
Désormais même les aveugles peuvent être en mesure de voir et de comprendre ce qui est en train d’arriver en Libye :

1. C’est une guerre promue et déclanchée par l’OTAN qui est en cours. Cette vérité finit par filtrer sur les organes mêmes d’ « information » bourgeoise.  Sur La Stampa  du 25 août, Lucia Annunziata écrit : c’est une guerre « entièrement "extérieure", c’est-à-dire faite par les forces de l’OTAN » ; c’est « le système occidental, qui a promu la guerre contre Kadhafi ». Une vignette de l’International Herald Tribune du 24 août nous montre des « rebelles » qui exultent, mais ils sont commodément installés sur un avion qui porte l’écusson de l’OTAN.

2. Il s’agit d’une guerre préparée depuis longtemps. Le Sunday Mirror du 20 mars a révélé que déjà « trois semaines » avant la résolution de l’ONU étaient à l’œuvre en Libye des « centaines » de soldats britanniques, encadrés dans un des corps militaires  les plus sophistiqués et les plus redoutés du monde (SAS). Des révélations ou admissions analogues peuvent être lues sur l’International Herald Tribune du 31 mars, à propos de la présence de « petits groupes de la Cia » et d’une « ample force occidentale en action dans l’ombre », toujours « avant l’éclatement des hostilités le 19 mars ».

3. Cette guerre n’a rien à voir avec la protection des droits humains. Dans l’article déjà cité, Lucia Annunziata observe avec angoisse : « L’OTAN qui a atteint la victoire n’est pas la même entité qui a lancé la guerre ». Entre temps, l’Occident est gravement affaibli par la crise économique ; réussira-t-il à garder le contrôle d’un continent qui, de plus en plus souvent, perçoit l’appel des « nations non occidentales » et en particulier de la Chine ? Par ailleurs, ce même quotidien qui présente l’article d’Annunziata, La Stampa, ouvre le 26 août sur un titre en pleine page : « Nouvelle Libye, défi Italie-France ». Pour ceux qui n’auraient pas encore compris de quel type de défi il s’agit, l’éditorial de Paolo Paroni (Duel de la dernière affaire) est clair : depuis le début des opérations guerrières, caractérisées par l’activisme frénétique de Sarkozy, « on a immédiatement compris que la guerre contre le Colonel allait se transformer en un conflit d’un autre type : guerre économique, avec un nouvel adversaire, l’Italie évidemment ».

4. Voulue pour des motifs abjects, la guerre est menée de façon criminelle. Je me limite  seulement à quelques détails repris dans un quotidien au-dessus de tout soupçon. L’International Herald Tribune du 26 août, dans un article de K. Fahim et R. Gladstone, rapporte : « Dans un campement au centre de Tripoli ont été retrouvés les corps criblés de balles de plus de 30 combattants pro-Kadhafi.  Deux au moins étaient ligotés avec des liens en plastique, et ceci laisse penser qu’ils ont subi une exécution. Parmi ces morts, cinq ont été trouvés dans un hôpital de fortune ; l’un était sur une ambulance, étendu sur un brancard et ligoté par une ceinture et portant encore une perfusion intraveineuse dans le bras ».

5.  Barbare comme toutes les guerres coloniales, la guerre actuelle contre la Libye démontre comment l’impérialisme se fait de plus en plus barbare. Dans le passé, innombrables ont été les tentatives de la Cia d’assassiner Fidel Castro, mais ces tentatives étaient conduites en secret, avec un sentiment si ce n’est de honte du moins de crainte des possibles réactions de l’opinion publique internationale. Aujourd’hui, par contre, assassiner Kadhafi ou d’autres  chefs d’Etat non appréciés à l’Occident est un droit ouvertement proclamé. Le Corriere della Sera du 26 août 2011 titre triomphalement : « Chasse à Kadhafi et à ses fils, maison par maison ». Tandis que j’écris, les Tornado britanniques, se prévalant aussi de la collaboration et des informations fournies par la France, s’emploient à bombarder Syrte et à exterminer l’entière famille de Kadhafi.

6. Non moins barbare que la guerre a été la campagne de désinformation. Sans le moindre sentiment de pudeur, l’OTAN a martelé systématiquement le mensonge selon lequel ses opérations guerrières ne visaient qu’à la protection des civils ! Et la presse, la « libre » presse occidentale ? Elle a, à un moment, publié avec ostentation la « nouvelle » selon laquelle Kadhafi bourrait ses soldats de viagra de façon à ce qu’ils puissent plus facilement commettre des viols de masse. Cette « nouvelle » tombant rapidement dans le ridicule, voici alors une autre « nouvelle » selon laquelle les soldats libyens tirent sur les enfants. Aucune preuve n’est fournie, on ne trouve aucune référence à des dates et des lieux déterminés, aucun renvoi à telle ou telle source : l’important est de criminaliser l’ennemi à anéantir.
 
7.   Mussolini en son temps présenta l’agression fasciste contre l’Ethiopie comme une campagne pour libérer ce pays de la plaie de l’esclavage ; aujourd’hui l’OTAN présente son agression contre la Libye comme une campagne pour la diffusion de la démocratie. En son temps Mussolini n’avait de cesse de tonner contre l’empereur éthiopien Hailé Sélassié comme « Négus des négriers » ; aujourd’hui l’OTAN exprime son mépris pour Kadhafi « le dictateur ». De même que la nature belliciste de l’impérialisme ne change pas, ainsi ses techniques de manipulation révèlent de significatifs éléments de continuité. Pour  clarifier qui exerce réellement aujourd’hui la dictature à niveau planétaire, plutôt que de citer Marx ou Lénine, je veux citer Emmanuel Kant. Dans un texte de 1798 (Le conflit des facultés), il écrit : « Qu’est-ce qu'un monarque absolu ? Celui qui, quand il commande : "la guerre doit être", la guerre suit en effet ». En argumentant de la sorte, Kant prenait pour cible, en particulier, l’Angleterre de son époque, sans se laisser tromper par les formes « libérales » de ce pays. C’est une leçon dont nous devons tirer profit : les « monarques absolus » de notre époque, les tyrans et dictateurs planétaires de notre époque siègent à Washington, à Bruxelles et dans les plus importantes capitales occidentales.
 
Publié vendredi 26 août 2011 sur le blog de l’auteur
Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio