vendredi 16 septembre 2011

Mercredi 21 Septembre 2011,Tous ensembre pour la Palestine.

Journée de mobilisation internationale pour la reconnaissance de l’Etat palestinien, à  l’ouverture des débats  de la 66è session de l’Assemblée générale de l'ONU :
A Bruxelles : Rassemblement place de l’Albertine: venez nous retrouver, on aura besoin de vous pour distribuer les tracts, brandir de grands drapeaux, … !
Appel à ce que chaque organisation mette un drapeau palestinien sur sa façade et nous fasse parvenir la photo !


Extension du domaine de la manipulation : Que se passe-t-il en Syrie ?

Alors que des centaines de Syriens, civils et militaires, viennent de tomber sous les coups de snipers financés par les saidiris et encadrés par la CIA, les médias occidentaux accusent le gouvernement de Bachar el-Assad de tirer sur sa population et sur ses propres forces de l’ordre. Cette campagne de désinformation vise à justifier une possible intervention militaire occidentale. Le philosophe Domenico Losurdo rappelle que la méthode n’est pas nouvelle. Simplement, les nouveaux moyens de communication l’ont rendue plus sophistiquée. Désormais, le mensonge n’est pas seulement véhiculé par la presse écrite et audiovisuelle, il passe aussi par Facebook et YouTube.

Depuis quelques jours, des groupes mystérieux tirent sur les manifestants et, surtout, sur les participants aux funérailles qui ont suivi les événements sanglants. De qui sont composés ces groupes ? Les autorités syriennes soutiennent qu’il s’agit de provocateurs, essentiellement liés aux services secrets étrangers. En Occident, par contre, même à gauche on avalise sans aucun doute la thèse proclamée en premier lieu par la Maison-Blanche : ceux qui tirent sont toujours et seulement des agents syriens en civil. Obama est-il la bouche de la vérité ? L’agence syrienne Sana rapporte la découverte de « bouteilles de plastique pleines de sang » utilisé pour produire « des vidéos amateurs contrefaites » de morts et blessés chez les manifestants. Comment lire cette information, que je reprends de l’article de L. Trombetta dans La Stampa du 24 avril ? Peut-être les pages qui suivent, tirées d’un essai qui sera bientôt publié, contribueront-elles à jeter quelque lumière là-dessus. Si quelqu’un se trouvait étonné voire incrédule à la lecture du contenu de mon texte, qu’il n’oublie pas que les sources que j’y utilise sont presque exclusivement « bourgeoises » (occidentales et pro-occidentales). (Voir aussi addenda en fin de texte, NdT).
Depuis quelques jours, des groupes mystérieux tirent sur les manifestants et, surtout, sur les participants aux funérailles qui ont suivi les événements sanglants. De qui sont composés ces groupes ? Les autorités syriennes soutiennent qu’il s’agit de provocateurs, essentiellement liés aux services secrets étrangers. En Occident, par contre, même à gauche on avalise sans aucun doute la thèse proclamée en premier lieu par la Maison-Blanche : ceux qui tirent sont toujours et seulement des agents syriens en civil. Obama est-il la bouche de la vérité ? L’agence syrienne Sana rapporte la découverte de « bouteilles de plastique pleines de sang » utilisé pour produire « des vidéos amateurs contrefaites » de morts et blessés chez les manifestants. Comment lire cette information, que je reprends de l’article de L. Trombetta dans La Stampa du 24 avril ? Peut-être les pages qui suivent, tirées d’un essai qui sera bientôt publié, contribueront-elles à jeter quelque lumière là-dessus. Si quelqu’un se trouvait étonné voire incrédule à la lecture du contenu de mon texte, qu’il n’oublie pas que les sources que j’y utilise sont presque exclusivement « bourgeoises » (occidentales et pro-occidentales). (Voir aussi addenda en fin de texte, NdT).

« Amour et vérité »

Ces derniers temps, par les interventions surtout de la secrétaire d’État Hillary Clinton, l’administration Obama ne rate pas une occasion de célébrer Internet, Facebook, Twitter comme instruments de diffusion de la vérité et de promotion, indirectement, de la paix. Des sommes considérables ont été attribuées par Washington pour potentialiser ces instruments et les rendre invulnérables aux censures et attaques des « tyrans ». En réalité, pour les nouveaux media comme pour les plus traditionnels, la même règle est de mise : ils peuvent aussi être des instruments de manipulation et d’attisement de la haine et même de la guerre. La radio a été savamment utilisée en ce sens par Goebbels et par le régime nazi. Pendant la Guerre froide, plus encore qu’un instrument de propagande, les transmissions radio ont constitué une arme pour les deux parties engagées dans le conflit : la construction d’un efficient « Psychological Warfare Workshop » est un des premiers devoirs assignés à la CIA. Le recours à la manipulation joue un rôle essentiel aussi à la fin de la Guerre froide ; entre-temps, à côté de la radio, est intervenue la télévision. Le 17 novembre 1989, la « révolution de velours » triomphe à Prague, avec un mot d’ordre qui se voulait gandhien : « Amour et Vérité ». En réalité un rôle décisif est joué par la diffusion de la fausse nouvelle selon laquelle un étudiant avait été « brutalement tué » par la police. C’est ce que révèle, satisfait, à vingt ans de distance, « un journaliste et leader de la dissidence, Jan Urban » protagoniste de la manipulation : son « mensonge » avait eu le mérite de susciter l’indignation de masse et l’effondrement d’un régime déjà périclitant.
À la fin de 1989, bien que fortement discrédité, Nicolae Ceausescu est encore au pouvoir en Roumaine. Comment le renverser ? Les mass media occidentaux diffusent massivement dans la population roumaine les informations et les images du « génocide » perpétré à Timisoara par la police de Ceausescu. Qu’était-il arrivé en réalité ? Laissons la parole à un prestigieux philosophe (Giorgio Agamben), qui ne fait pas toujours preuve de vigilance critique à l’égard de l’idéologie dominante mais qui a synthétisé ici de façon magistrale l’affaire dont nous traitons : « Pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, des cadavres à peine enterrés ou alignés sur les tables des morgues ont été déterrés en hâte et torturés pour simuler devant les caméras le génocide qui devait légitimer le nouveau régime. Ce que le monde entier avait sous les yeux en direct comme vérité sur les écrans de télévision, était l’absolue non-vérité ; et bien que la falsification fût parfois évidente, elle était de toutes façons authentifiée comme vraie par le système mondial des media, pour qu’il fût clair que le vrai n’était désormais qu’un moment du mouvement nécessaire du faux ».
Dix ans après, la technique décrite ci-dessus est de nouveau mise en acte, avec un succès renouvelé. Une campagne martèle l’horreur dont s’est rendu responsable le pays (la Yougoslavie) dont le démembrement a déjà été programmé et contre lequel on est déjà en train de préparer la guerre humanitaire : « Le massacre de Racak est atroce, avec des mutilations et des têtes coupées. C’est une scène idéale pour susciter l’indignation de l’opinion publique internationale. Quelque chose semble étrange dans la tuerie. Les Serbes tuent d’habitude sans procéder à des mutilations […] Comme la guerre de Bosnie le montre, les dénonciations d’atrocités sur les corps, signes de tortures, décapitations, sont unearme de propagande diffuse […] Peut-être n’est-ce pas les Serbes mais les guérilleros albanais qui ont mutilé les corps » . Si ce n’est qu’à ce moment-là, les guérilleros de l’UCK ne pouvaient pas être suspectés d’une telle infamie : c’étaient des freedom fighters, des combattants de la liberté. Aujourd’hui, au Conseil d’Europe, le leader de l’UCK et père de la patrie au Kosovo, Hashim Thaci, « est accusé de diriger un clan politico-criminel né à la veille de la guerre » et impliqué dans le trafic non seulement d’héroïne mais aussi d’organes humains. Voici ce qui arrivait sous sa direction au cours de la guerre : « Une ferme à Rripe, en Albanie centrale, transformée par les hommes de l’UCK en salle d’opération, avec comme patients des prisonniers de guerre serbes : un coup dans la nuque, avant d’explanter leurs reins, avec la complicité de médecins étrangers » (on présume occidentaux) . Et vient ainsi au jour la réalité de la « guerre humanitaire » de 1999 contre la Yougoslavie ; mais pendant ce temps son démembrement a été porté à terme et au Kosovo s’installe et veille une énorme base militaire étasunienne.
Faisons un autre saut en arrière de plusieurs années. Une revue française de géopolitique (Hérodote) a mis en relief le rôle essentiel joué, au cours de la « révolution des roses » qui a lieu en Géorgie à la fin de 2003, par les réseaux télévisés qui sont aux mains de l’opposition géorgienne et par les réseaux occidentaux : ils transmettent sans discontinuer l’image (qui s’est révélée ensuite fausse) de la villa qui serait la preuve de la corruption d’Edouard Chevardnadze, le dirigeant qu’il s’agit de renverser. Après la proclamation des résultats électoraux qui signent la victoire de Chevardnadze et qui sont déclarés frauduleux par l’opposition, celle-ci décide d’organiser une marche sur Tbilissi, qui devrait sceller « l’arrivée symbolique, et pacifique même, dans la capitale, de tout un pays en colère ». Bien que convoquées de tous les coins du pays à grands renforts de moyens propagandistes et financiers, ce jour-là affluent pour la marche entre 5 000 et 10 000 personnes : « ce n’est rien pour la Géorgie » ! Et pourtant grâce à une mise en scène sophistiquée et de grande professionnalité, la chaîne de télé la plus diffusée du pays arrive à communiquer un message totalement différent : « L’image est là, puissante, celle d’un peuple entier qui suit son futur président ». Désormais les autorités politiques sont délégitimées, le pays est désorienté et abasourdi et l’opposition plus arrogante et agressive que jamais, d’autant plus que les médias internationaux et les chancelleries occidentales l’encouragent et la protègent. Le coup d’État est mûr, il va porter au pouvoir Mikhaïl Saakashvili, qui a fait ses études aux USA, parle un anglais parfait et est en mesure de comprendre rapidement les ordres de ses supérieurs.

Internet comme instrument de liberté

Venons-en maintenant aux nouveaux media, particulièrement chers à Madame Clinton et à l’administration Obama. Pendant l’été 2009 on pouvait lire dans un quotidien italien réputé : « Depuis quelques jours, sur Twitter, circule une image de provenance incertaine […] Devant nous, un photogramme d’une valeur profondément symbolique : une page de notre présent. Une femme avec le voile noir, qui porte un t-shirt vert sur des jeans : extrême Orient et extrême Occident ensemble. Elle est seule, à pieds. Elle a le bras droit levé et le poing fermé. Face à elle, imposant, la gueule d’un SUV, du toit duquel émerge, hiératique, Mahmoud Ahmadinejad. Derrière, les gardes du corps. Le jeu des gestes touche : de provocation désespérée, celui de la femme ; mystique, celui du président iranien ». Il s’agit d’ « un photomontage », qui certes semble « vraisemblable », pour arriver plus efficacement à « conditionner des idées, des croyances ». D’autre part, les manipulations abondent. À la fin du mois de juin 2009, les nouveaux media en Iran et tous les moyens d’information occidentaux diffusent l’image d’une belle fille touchée par une balle : « Elle commence à saigner, elle perd conscience. Dans les secondes qui suivent ou peu après, elle est morte. Personne ne peut dire si elle a été prise dans le feu croisé ou si elle a été touchée de façon ciblée ». Mais la recherche de la vérité est la dernière chose à laquelle on pense : ce serait de toute façon une perte de temps et ça pourrait même se révéler contre-productif. L’essentiel est ailleurs : « à présent la révolution a un nom : Neda ». On peut alors diffuser le message désiré : « Neda innocente contre Ahmadinejad  », ou bien : « une jeunesse courageuse contre un régime vil ». Et le message s’avère irrésistible : « Il est impossible de regarder sur Internet de façon froide et objective la vidéo de Neda Soltani, la brève séquence où le père de la jeune femme et un médecin essaient de sauver la vie de la jeune iranienne de vingt-six ans ». Comme pour le photomontage, dans le cas aussi de l’image de Neda, nous sommes en présence d’une manipulation sophistiquée, attentivement étudiée et calibrée dans tous ses détails (graphiques, politiques et psychologiques) dans le but de discréditer et de rendre la plus odieuse possible la direction iranienne. (Voir addenda en fin de texte, NdT).
Et nous arrivons ainsi au « cas libyen ». Une revue italienne de géopolitique a parlé à ce propos d’ « utilisation stratégique du faux », comme le confirme en premier lieu la « déconcertante affaire des fausses fosses communes » (et d’autres détails sur lesquels j’ai attiré l’attention). La technique est celle dont on se félicite et qu’on utilise depuis des décennies, mais qui à présent, avec l’avènement des nouveaux média, acquiert une efficience terrible : « La lutte est d’abord représentée comme un duel entre le puissant et le faible sans défense, et rapidement transfigurée ensuite en une opposition frontale entre le Bien et le Mal absolus ». Dans ces circonstances, loin d’être un instrument de liberté, les nouveaux media produisent le résultat opposé. Nous sommes en présence d’une technique de manipulation, qui « restreint fortement la liberté de choix des spectateurs » ; « les espaces pour une analyse rationnelle sont comprimés au maximum, en particulier en exploitant l’effet émotif de la succession rapide des images ».
Et ainsi, on retrouve pour les nouveaux media la règle déjà constatée pour la radio et la télévision : les instruments, ou potentiels instruments, de liberté et d’émancipation (intellectuelle et politique) peuvent se renverser et souvent se renversent aujourd’hui en leur contraire. Il n’est pas difficile de prévoir que la représentation manichéenne du conflit en Libye ne résistera pas longtemps ; mais Obama et ses alliés espèrent dans l’intervalle atteindre leurs objectifs, qui ne sont pas vraiment humanitaires, même si la novlangue s’obstine à les définir comme tels.

Spontanéité d’Internet

Mais revenons au photomontage qui montre une dissidente iranienne défier le président de son pays. L’auteur de l’article que je cite ne s’interroge pas sur les artisans d’une manifestation si sophistiquée. Je vais essayer de remédier à cette lacune. A la fin des années 90 déjà, on pouvait lire dans l’International Herald Tribune : « Les nouvelles technologies ont changé la politique internationale » ; ceux qui étaient en mesure de les contrôler voyaient augmenter démesurément leur pouvoir et leur capacité de déstabilisation des pays plus faibles et technologiquement moins avancés.
Nous sommes là en présence d’un nouveau chapitre de guerre psychologique. Dans ce domaine aussi les USA sont décisivement à l’avant-garde, ayant à leur actif des décennies de recherche et d’expérimentations. Il y a quelques années Rebecca Lemov, anthropologue de l’université de l’État de Washington, a publié un livre qui « illustre les tentatives inhumaines de la CIA et de certains parmi les plus grands psychiatres de "détruire et reconstruire" la psyché des patients dans les années 50 ». Nous pouvons alors comprendre un épisode qui s’est déroulé dans cette même période. Le 16 août 1951, des phénomènes étranges et inquiétants vinrent troubler Pont-Saint-Esprit, « un village tranquille et pittoresque » situé « dans le Sud-est de la France ». Oui, « le pays fut secoué par un mystérieux vent de folie collective. Cinq personnes au moins moururent, des dizaines finirent à l’asile, des centaines donnèrent des signes de délire et d’hallucinations […] Beaucoup finirent à l’hôpital avec la camisole de force ». Le mystère, qui a longtemps entouré ce coup de « folie collective », est maintenant dissipé : il s’agît d’une « expérimentation menée par la CIA, avec la Special Operation Division (SOD), l’unité secrète de l’Armée USA de Fort Detrick, au Maryland » ; les agents de la CIA « contaminèrent au LSD les baguettes vendues dans les boulangeries du pays », causant les résultats que nous avons vus ci-dessus. Nous sommes aux débuts de la Guerre froide : bien sûr les États-Unis étaient des alliés de la France, mais c’est justement pour ça que celle-ci se prêtait facilement aux expérimentations de guerre psychologique qui avaient certes comme objectif le « camp socialiste » (et la révolution anticoloniale) mais pouvaient difficilement être effectuées dans les pays situés au-delà du rideau de fer.
Posons-nous alors une question : l’excitation et l’attisement des masses ne peuvent-ils être produits que par voie pharmacologique ? Avec l’avènement et la généralisation d’Internet, Facebook, Twitter, une nouvelle arme a émergé, susceptible de modifier profondément les rapports de force sur le plan international. Ceci n’est plus un secret, pour personne. De nos jours, aux USA, un roi de la satire télévisée comme Jon Stewart s’exclame : « Mais pourquoi envoyons-nous des armées s’il est aussi facile d’abattre les dictatures via Internet que d’acheter une paire de chaussures ? ». À son tour, avec une revue proche du département d’État, un chercheur attire l’attention sur « comment il est difficile de militariser » (to weaponize) les nouveaux media pour des objectifs à court terme et liés à un pays déterminé ; il vaut mieux poursuivre des objectifs de plus ample envergure . Les accents peuvent varier, mais la signification militaire des nouvelles technologies est dans tous les cas explicitement soulignée et revendiquée. Mais Internet n’est-il pas l’expression même de la spontanéité individuelle ? Seuls les plus démunis (et les moins scrupuleux) argumentent ainsi. En réalité —reconnaît Douglas Paal, ex-collaborateur de Reagan et de Bush senior— Internet est actuellement « géré par une ONG qui est de fait une émanation du Département du Commerce des USA » . S’agit-il seulement de commerce ? Un quotidien de Pékin rapporte un fait largement oublié : quand en 1992 la Chine demanda pour la première fois à être reliée à Internet, sa requête fut rejetée en raison du danger que le grand pays asiatique ne put ainsi « se procurer des informations sur l’Occident  ». Maintenant, au contraire, Hillary Clinton revendique l’ « absolue liberté » d’Internet comme valeur universelle à laquelle on ne peut renoncer ; et cependant —commente le quotidien chinois— « l’égoïsme des États-Unis n’a pas changé  » .
Peut-être ne s’agit-il pas seulement de commerce. À ce sujet, l’hebdomadaire allemand Die Zeit demande des éclaircissements à James Bamford, un des plus grands experts en matière de services secrets états-uniens : « Les Chinois craignent aussi que des firmes américaines (étasuniennes, NdT) comme Google soient en dernière analyse des outils des services secrets américains (étasuniens, NdT) sur le territoire chinois. Est-ce une attitude paranoïde ? » « Pas du tout  » répond-il immédiatement. Au contraire même —ajoute l’expert— des « organisations et institutions étrangères [aussi] sont infiltrées  » par les services secrets étasuniens, lesquels sont de toutes façons en mesure d’intercepter les communications téléphoniques dans tous les coins de la planète et doivent être considérées comme « les plus grands hackers du monde  » . Désormais —affirment encore dans Die Zeit deux journalistes allemands— cela ne fait aucun doute : « Les grands groupes Internet sont devenus un outil de la géopolitique des USA. Avant, on avait besoin de laborieuses opérations secrètes pour appuyer des mouvements politiques dans des pays lointains. Aujourd’hui il suffit souvent d’un peu de technique de la communication, opérée à partir de l’Occident […] Le service secret technologique des USA, la National Security Agency, est en train de monter une organisation complètement nouvelle pour les guerres sur Internet  » .
Il convient donc de relire à la lumière de tout ceci quelques événements récents d’explication non aisée. En juillet 2009 des incidents sanglants sont survenus à Urumqi et dans le Xinjiang, la région de Chine habitée surtout par des Ouigours. Sont-ce la discrimination et l’oppression contre des minorités ethniques et religieuses qui les expliquent ? Une approche de ce type ne semble pas très plausible, à en juger du moins par ce que réfère de Pékin le correspondant de La Stampa : «  De nombreux Hans d’Urumqi se plaignent des privilèges dont jouissent les Ouigours. Ceux-ci, de fait, en tant que minorité nationale musulmane, ont à niveau égal des conditions de travail et de vie bien meilleures que leurs collègues Hans. Un Ouigour, au bureau, a l’autorisation de suspendre son travail plusieurs fois pas jour pour accomplir les cinq prières musulmanes traditionnelles de la journée […] En outre ils peuvent ne pas travailler le vendredi, jour férié musulman. En théorie ils devraient récupérer le dimanche. Mais le dimanche les bureaux sont en fait déserts […] Un autre point douloureux pour les Hans, soumis à la dure politique d’unification familiale qui impose encore l’enfant unique, est le fait que les Ouigours peuvent avoir deux ou trois enfants. En tant que musulmans, ensuite, ils ont des remboursements en plus dans leur salaire étant donné que, ne pouvant pas manger de porc, ils doivent se rabattre sur la viande d’agneau qui est plus chère  » .
Elles apparaissent alors pour le moins unilatérales ces accusations portées par l’Occident contre le gouvernement de Pékin de vouloir effacer l’identité nationale et religieuse des Ouigours. Alors ?
Réfléchissons sur la dynamique des incidents. Dans une ville côtière de Chine où, malgré les différentes traditions culturelles et religieuses préexistantes, des Hans et des Ouigours travaillent côte à côte, se répand tout d’un coup la rumeur selon laquelle une jeune fille han a été violée par des ouvriers ouigours ; il en résulte des incidents au cours desquels deux Ouigours perdent la vie. La rumeur qui a provoqué cette tragédie est fausse mais voici que se répand alors une deuxième rumeur plus forte encore et encore plus funeste : Internet diffuse dans son réseau la nouvelle selon laquelle dans la ville côtière de Chine des centaines de Ouigours auraient perdu la vie, massacrés par les Hans dans l’indifférence et même sous le regard complaisant de la police. Résultat : des tumultes ethniques dans le Xinjiang, qui provoquent la mort de presque 200 personnes, cette fois presque toutes hans. Eh bien sommes-nous là en présence d’une intrication malheureuse et fortuite de circonstances ou bien la diffusion des rumeurs fausses et tendancieuses visait-elle le résultat qui s’est effectivement produit ensuite ? Nous sommes dans un situation où il s’avère désormais impossible de distinguer la vérité de la manipulation. Une société étasunienne a réalisé des « programmes qui permettraient à un sujet engagé dans une campagne de désinformation de prendre simultanément jusqu’à 70 identités (profils de réseaux sociaux, account in forum etc.) en les gérant parallèlement : le tout sans qu’on puisse découvrir qui tire les ficelles de cette marionnette virtuelle ». Qui a recours à ces programmes ? Il n’est pas difficile de le deviner. Le quotidien cité ici, non suspect d’antiaméricanisme (anti-étasunien, NdT) précise que la société en question « fournit des services à diverses agences gouvernementales étasuniennes, comme la CIA et le ministère de la Défense ». La manipulation de masse célèbre son triomphe tandis que le langage de l’Empire et la novlangue se font, dans la bouche d’Obama, plus doux et suaves que jamais. Revient alors en mémoire l’ « expérimentation conduite par la CIA » pendant l’été 1951, qui produisit « un mystérieux vent de folie collective » dans « le village pittoresque et tranquille » de Pont-Saint-Esprit. Et de nouveau nous voici obligés de nous poser la question initiale : la «  folie collective » peut-elle être produite seulement par voie pharmacologique ou bien aujourd’hui peut-elle être le résultat du recours, aussi, aux « nouvelles technologies  » de la communication de masse ?
On comprend alors les financements par Hillary Clinton et par l’administration Obama destinés aux nouveaux media. Nous avons vu que la réalité des « guerres sur Internet » est désormais reconnue même par de réputés organes de presse occidentaux ; sauf que dans le langage de l’Empire et dans la novlangue la promotion des « guerres sur Internet » devient la promotion de la liberté, de la démocratie et de la paix.
Les cibles de ces opérations ne restent pas sans rien faire : comme dans toute guerre les faibles cherchent à combler leur désavantage en apprenant des plus forts. Et voici que ces derniers crient au scandale : « Au Liban ceux qui maîtrisent le plus les news media et les réseaux sociaux ne sont pas les forces politiques pro-occidentales qui soutiennent le gouvernement de Saad Hariri, mais les "Hezbollah" ». Cette observation laisse poindre un soupir : ah, comme ce serait beau si, ainsi qu’il en a été pour la bombe atomique et pour les armes (proprement dites) les plus sophistiquées, même pour les « nouvelles technologies  » et les nouvelles armes d’information et de désinformation de masse, ceux qui détiennent le monopole étaient les pays qui infligent un interminable martyre au peuple palestinien et qui voudraient continuer à exercer au Moyen-Orient une dictature terroriste ! Le fait est —se lamente Moises Naïm, directeur de Foreign Policy— que les USA, Israël et l’Occident n’ont plus affaire aux « cyberidiots d’autrefois ». Ceux-ci « contre-attaquent avec les mêmes armes, font de la contre information, empoisonnent les puits  » : une véritable tragédie du point de vue des présumés champions du « pluralisme » . Dans le langage de l’Empire et dans la novlangue, la timide tentative de créer un espace alternatif à celui qui est géré ou hégémonéisé par la superpuissance solitaire devient un « empoisonnement des puits ».
Domenico Losurdo
* Professeur d’histoire de la philosophie à l’université d’Urbin (Italie). Il dirige depuis 1988 la Internationale Gesellschaft Hegel-Marx für dialektisches Denken, et est membre fondateur de l’Associazione Marx XXIesimo secolo. Dernier ouvrage traduit en français : Staline : histoire et critique d’une légende noire (Aden, 2011).
Addenda du Réseau Voltaire
Sur Facebook en Syrie
Dès le début des manifs à Deraa, une page Facebook a été ouverte sous le titre "Révolution syrienne 2011" : slogan publicitaire inimaginable pour de vrais révolutionnaires : si on n’y arrive pas en 2011, on laisse tomber ?. Dans la journée, cette page comptait 80 000 amis, presque tous des comptes Facebook créés le même jour. Ceci est impossible sauf si les "amis" sont des comptes virtuels créés par des logiciels.
À propos de l’affaire Neda en Iran
Si l’on reprend la vidéo de la mort de la jeune Neda en la passant au ralenti, on constate qu’en tombant la jeune fille a le réflexe d’amortir sa chute avec son bras. Or, toute personne touchée par balle —a fortiori dans la poitrine— perd ses réflexes. Le corps devrait tomber comme une masse. Ce n’est pas le cas. Il est impossible que la jeune fille ait été touchée par balle à ce moment-là. Quelques secondes plus tard, la vidéo montre le visage de la jeune fille. Il est propre. Elle passe sa main sur son visage et il est alors recouvert de sang. L’agrandissement de la main montre qu’elle dissimule un objet dans sa paume et qu’elle étend elle-même le sang sur son visage. La jeune fille est alors emportée par ses amis à l’hôpital. Elle meurt durant le transport. Arrivée à l’hôpital, on constate que le décès est dû à une balle en pleine poitrine. Celle-ci ne peut avoir été tirée que par ses "amis" durant son transport.

Le silence et la peur reviennent dans les rues de Tripoli (Russia Today)

Considérations sur la guerre de Libye et sur le dit « printemps arabe »

mercredi 14 septembre 2011

1. J’ai récemment adhéré à une manifestation et j’ai signé un appel pour demander la démission de Napolitano, Berlusconi, La Russa et Frattini pour violation de la Constitution à cause de notre intervention en Libye. Je sais parfaitement qu’il s’agit d’un acte symbolique parfaitement inutile. Comme a écrit Brecht, « la colère aussi, contre l’injustice, rend la voix rauque ». Il serait facile d’être insolent sur l’unanimité guerrière qui a uni gauche et droite, extrême gauche et extrême droite, ex communistes et ex fascistes (ici le couple Napolitano/La Russa est absolument impayable, pour qui s’intéresserait, en dehors des livres d’école, à ce qu’on appelle le « transformisme »). J’essaie de ne pas me laisser emporter par l’indignation et je me limiterai à offrir quelques points pour la réflexion.
2. Trop de choses ne sont pas encore connues et ne se sauront peut-être que dans les années qui viennent. Combien a duré et quand a commencé la préparation des services secrets français et anglais en Cyrénaïque et dans la zone berbère de la Tripolitaine ? Combien a compté la collaboration entre la sorcière sioniste [1] Hillary Clinton et le fossoyeur du gaullisme Nicolas Sarkozy pour pousser un (peut-être) hésitant Obama à donner le feu vert à l’intervention armée ? Comment a-t-il été possible de tromper la Russie et la Chine à l’ONU pour laisser la voie libre à l’hypocrite no fly-zone, ou combien au contraire y a-t-il eu de sale connivence ? Qui, au cas où elle aurait vraiment eu lieu, ferait perdre tout espoir dans le BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du sud, NdT) et dans la politique eurasiatiste ? Je voudrais en savoir plus, mais je ne sais pas.
3. Etant un chercheur spécialisé en histoire de la philosophie, je ne cesse de m’étonner de la facilité avec laquelle la légitimation de la guerre est passée de la doctrine de la « guerre juste » à la doctrine de ce qu’on appelle « intervention humanitaire ». J’épargne au lecteur de doctes reconstructions possibles de cette histoire. Initialement, la guerre juste était la guerre justifiée par la nécessité d’exporter le christianisme, et était de ce fait une guerre de « croisade ». Puis la guerre juste devint la guerre de défense de la patrie envahie (en latin pro aris et focis), mais il est clair que de cette façon on peut faire hypocritement passer l’attaque préventive pour une guerre de défense.
L’apparent succès du pacifisme dans le dernier cinquantenaire ne doit tromper personne. Il a toujours été une protestation contre l’ « extermination nucléaire », et du coup, si on pouvait faire une guerre sans utiliser de bombes nucléaires, la guerre était re-légitimisée (Norberto Bobbio pour l’Irak en 1991 et la Yougoslavie en 1999). Les rites panurgiques et hypocrites des dites Marches pour la paix d’Assise ont toujours et seulement été des cérémonies institutionnelles, dans lesquelles les bêlements rituels s’accompagnaient toujours de l’exécration pour les dictateurs et de la possibilité d’exporter les droits humains.
Dans l’histoire de l’humanité, il est rare qu’on ait conduit des guerres sur la base de cartes fournies par l’état major ennemi. Ces trente dernières années par contre on nous a fait assister à ce paradoxe kafkaïen. Les pacifistes bêlaient leurs demandes rythmées de remplacer les armes par les droits humains, juste au moment où les fabricants d’armes eux-mêmes écrivaient sur leurs missiles « peace is our profession », et les contingents d’envahisseurs étaient rebaptisés « contingents de paix ».
Tout cela évidemment est amplement connu. Il faut par contre se demander, en dehors de tous les identitarismes de parti ou d’organisation, comment a été possible, en l’espace de quelques décennies seulement, le passage du Grand Mensonge, de la guerre juste à l’intervention humanitaire, rendu plus aisé aussi par le passage du service militaire obligatoire (qui requérait des motivations de manipulation idéologique élargie) au métier de professionnel des armes (femmes comprises), qui est compatible avec des stratégies idéologiques moins sophistiquées (qu’on pense à l’émission de Sky-tv appelée Herat-Italia, sans oublier qui est Murdoch, le milliardaire sioniste [2] patron de Sky).
4. Selon le modèle médiatique publicitaire étasunien, les guerres sont aujourd’hui « vendues » à ce qu’on appelle l’« opinion publique » sous forme personnalisée, à travers la personnalisation diabolique et démoniaque du « Dictateur Sanguinaire ». Ici le scénario se répète. En 1999, le sanguinaire dictateur était le serbe Milosevic (rebaptisé Hitlerovic sur une couverture obscène de l’Espresso, le navire amiral du groupe Scalfari-De Benedetti) ; en 2003 c’était Saddam Hussein et maintenant en 2011 le dictateur sanguinaire est Kadhafi. Ce retour personnalisé du dictateur sanguinaire doit faire réfléchir. Tout cela est certes lié au medium télévisuel qui requiert des icônes facilement reconnaissables, mais ça ne suffit pas.
Le dictateur sanguinaire est aussi une métamorphose dégénérative extrême de l’imaginaire antifasciste de la seconde guerre mondiale. L’imaginaire antifasciste partait certes de la triade diabolique personnifiée par les trois grands dictateurs (dans l’ordre de mauvaiseté : Hitler, Mussolini et Franco), mais ne se limitait pas du tout à cette dernière, car s’y ajoutaient le socialisme, le communisme, la lutte contre le colonialisme, contre le racisme, l’impérialisme, et cætera. Après la catastrophe des années 1989-1991 et la victoire tennistique [3] dans les cercles universitaires du paradigme du Totalitarisme de Hannah Arendt, tous ces éléments ont été balayés, et n’est resté que le stéréotype du dictateur sanguinaire, si possible avec ses villas aux robinets en or et les vasques de jacuzzi recouvertes de peau humaine (de vierges généralement violées au préalable par le « dictateur » et/ou ses « sbires »… NdT).
Ceci pourrait en partie expliquer comment la culture de « gauche » s’est totalement rendue au modèle du dictateur sanguinaire. Même Samir Amin (cf. il manifesto du 31 août 2011), tout en condamnant l’intervention OTAN et en diagnostiquant précisément les raisons « impérialistes » de la guerre en Libye, ressent le besoin de s’acharner sur le vaincu en qualifiant Kadhafi de « bouffon ». Je suis opposé à l’acharnement sur les vaincus, fut-ce avec des motivations pseudo marxistes. Je n’éprouve aucun intérêt à corriger au crayon bleu les ingénuités du Livre Vert ou à sanctionner les indubitables éléments kitsch de son comportement. Kadhafi a été et est un grand patriote et un combattant anti-impérialiste, panarabe et panafricain, mille fois supérieur aux chiens et aux porcs qui lynchent les noirs et qui ont gagné exclusivement grâce aux bombardements de l’OTAN [4].
5. La honte de la culture de gauche à propos de la guerre de Libye a atteint un point quasiment difficile à décrire. Ils se sont tous faits stupidement duper par la rhétorique sur le « printemps arabe » sponsorisée par l’émir du Qatar et par Al Jazeera. Le fait est que cette « culture de gauche » (exemplaire est ici le journal il manifesto, dont Liberazione n’est qu’une variante syndicale) n’est plus désormais qu’une variante radicale de l’individualisme de gauche post soixante-huitard, sans aucun doute post-bourgeois, mais aussi et surtout ultra-capitaliste.
Dans cette honte s’est particulièrement distingué le trotskisme, dans toutes ses variantes (italiennes ; en France seul le POI a eu une autre analyse [5], NdT) [6] de Sinistra Critica au Partito Comunista dei Lavoratori (de Ferrando) au Partito di Alternativa Comunista (de Ricci) [7]. Tous ceux-ci ont mordu à l’hameçon de la superbe révolte des masses libyennes, qui, étant dépourvues cependant d’un bon parti révolutionnaire trotskiste, se sont vues « chipée » leur magnifique victoire par l’intervention de l’OTAN.
Ici, la couillonnade doctrinaire a célébré en solitude son plus grand triomphe. Les résidus dogmatiques du trotskisme veulent toujours une révolution « pure », purissime même, parce que si elle n’est pas pure elle est toujours bonapartiste, bureaucratique, « campiste » (« campista » ? NdT) (Castro, Chavez, et cætera). Ces malchanceux me font penser à un frustré qui, ne pouvant pas avoir la plus belle femme du monde, la seule qu’il aurait voulu avoir, s’enferme dans la salle de bain pour se masturber en rêvant à cette Vénus idéale. Misérables ! L’OTAN, les sionistes et les USA massacrent un combattant anti-impérialiste, et ces idiots célèbrent la chute du dictateur sanguinaire !
6. Je ne m’en prends absolument pas à Napolitano et aux ex PCI (Parti Communiste Italien, NdT). Ils se sont bien recyclés, en 1956 ils étaient avec l’URSS et aujourd’hui, en 2011, ils sont avec les USA [8]. Comme je ne les ai jamais estimés auparavant, ils ne m’ont même pas déçus. Les seuls qui ont conservé une attitude honnête ont été les collaborateurs de L’Ernesto (aujourd’hui Marx XXI), mais ceux-là sont les mêmes qui par anti-berlusconisme veulent s’allier avec Bersani et Napolitano, c’est-à-dire avec ceux qui bombardent la Libye. Qu’ils l’expliquent à leurs militants, et s’ils y arrivent on pourra en conclure que leurs militants ne sont pas des militants mais des mirlitants (traduction du jeu de mots un peu forcée en français, pour « militonti », NdT).
Le véritable problème est de faire des hypothèses sur les dits « printemps arabes ». Comme l’a dit très justement Zygmunt Bauman dans une interview à La Stampa, la chose intéressante sera l’été arabe, parce que le printemps est déjà passé. Nous sommes pour le moment dans le domaine des hypothèses. Je crois que d’une certaine façon le 2001 arabe est, vingt ans après, le correspondant du 1991 soviétique. Le 1991 soviétique fermait le cycle des révolutions communistes du 20ème siècle dans leur aspect de révolutions ouvrières et prolétaires (bureaucratiquement dégénérées ou pas, c’est une autre histoire), à travers une majestueuse contre-révolution restauratrice des nouvelles classes moyennes qui avaient grandi à l’intérieur même de l’appareil formellement « communiste » [9]. Le 2011 arabe referme le cycle des révolutions nationalistes arabes qui s’est déroulé à partir de 1945 (nassérisme égyptien, kadhafisme libyen, baathisme irakien et syrien, etc.), dans lesquelles les nouvelles classes bourgeoises favorisées justement par le despotisme [10], de parti et militaire, précédent se sont autonomisées, et cherchent un rapport direct et non militairement médiatisé avec la grande globalisation financière capitaliste.
Je me trompe ? Je suis trop pessimiste ? L’avenir nous le dira rapidement.
Costanzo Preve, philosophe et historien de la philosophie italien
Publié sur le blog de D. Losurdo
http://domenicolosurdo.blogspot.com...
Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio.

Les Médias avouent qu'il désinforment sur la Libye

15 septembre 2011
Jamais l’agression de l’OTAN sur la Libye n’aurait été possible sans un parfait contrôle des médias. Le voyage de Sarkozy à Tripoli semble être la goutte d’eau qui a fait déborder le vase de la désinformation. Un média officiel, le Nouvel Observateur, craque et révèle le pot aux roses : depuis des mois, les journalistes ne faisaient plus leur travail car ils avaient été remplacés par le service de propagande de l’OTAN. 

Voici l'aveu formulé dans l'édition du 14 septembre :
VIDEO. Le Tripoli merveilleux de l'Otan


L'Organisation, qui a épaulé le CNT dans son offensive anti-Kadhafi, diffuse des images d'une capitale qui a déjà tourné la page, où le calme et la sécurité sont de retour.

Le calme et les espoirs sont revenus en Libye. Les habitants le disent, ils vont de l’avant et sont très heureux. C’est la situation merveilleuse du pays dépeinte par l’Otan dans une vidéo mise à disposition de la presse. Après les conflits, les morts, le manque de médicaments et d’eau, la joie ne peut être qu’au rendez-vous des images tournées par l’Alliance elle-même

L’Otan réalise ses propres reportages. Ou clips de promotion. C’est selon. Ils sont délivrés gratuitement aux journalistes ayant besoin d’images et d’interview pour illustrer leur couverture du pays. Il suffit de demander les séquences vidéos auprès du service presse de l’Otan ou de les télécharger directement sur des sites relais professionnels destinés aux journalistes et documentalistes. Des images a priori neutres, sans présence de militaire ou de porte-parole de l'Otan.

Tout en discrétion

Deux versions sont disponibles. D’abord celle prête à diffuser avec habillage et récit de l’Otan. L’autre version est délivrée "nue" permettant aux rédactions d'ajouter le commentaire d’un journaliste maison et d'incruster leur logo. L’internaute ou le spectateur ne s'en rendra sans doute jamais compte.

Le système est pratique. Les rédactions accèdent à des contenus gratuits et parfaitement formatés pour la diffusion sans devoir dépêcher de reporters sur place et financer leurs déplacements. Et l’Otan distille discrètement sa communication au détour d’images bien choisies.

Le Nouvel Observateur

 
Capture d'écran de OTAN TV.

TRADUCTION ; Reportages prêts à l'emploi des reporters de l'OTAN présents à travers le monde. Fournis en haute définition. Rendez-vous sur le site de la chaîne de télévision de l'OTAN sur http://www.natochannel.tv/
Commentaire : inutile de regarder TF1, vous y trouverez la désinformation en avant-première sur la chaîne de l'OTAN
Source : Investig'Action

Libye: l'Alba demande à l'ONU de ne pas reconnaître le CNT

Vendredi 16 septembre 2011

Les pays du bloc de gauche latino-américain Alba (Alternative bolivarienne pour les Amériques) a demandé au président de l'Assemblée générale de l'ONU que « le gouvernement illégitime » du Conseil national de transition (CNT) ne puisse pas occuper le siège de la Libye.

« Le siège de la Libye aux Nations unies ne doit pas être occupé par unefaction ou un gouvernement provisoire illégitime imposé par une intervention extérieure », demande la lettre signée aux noms des ambassadeurs de l'Alba par le représentant permanent du Venezuela auprès de l'ONU à New York Jorge Valero,  et dont l'AFP a obtenu une copie.

Le courrier, daté de mardi et adressé au président de la 66ème Assemblée générale de l'ONU, le qatari Nasser Abdulaziz Al-Nasser, recommande un « débat en profondeur » sur le sujet par le Comité des mandats qui doit se réunir  mercredi à New York. Pour l'Alba, le Comité des mandats doit « empêcher l'occupation du siège de la Libye (à l'ONU) jusqu'àl'établissement d'un gouvernement légitime, sans intervention étrangère, d'un gouvernement qui reflète la volonté libre et souveraine de la Libye ».

Si le bloc de gauche latino-américain persiste, cela pourrait obliger les193 Etats membres de l'ONU à voter pour savoir s'ils admettent la présence d'une représentation du CNT. En règle générale, le Comité des mandats émet une recommandation qui est adoptée par consensus par l'Assemblée générale. L'Alba est composée de Cuba, le Venezuela, l'Equateur, la Bolivie, le Nicaragua, la Dominique et les deux petits Etats caribéens de Saint-Vincent-et-Grenadines et Antigua et Barbuda.
L'Expression

Libye : La "révolution" aéroportée

26/08/2011
En 1815, lors de la restauration monarchique en France, les républicains ne manquaient pas de railler les nobles revenus au pouvoir dans « les fourgons de l’étranger », ceux de la coalition des monarchies européennes.
Aujourd’hui, les progrès technologiques aidant, ce sont les avions, les porte-avions et les missiles qui intronisent les dirigeants que les Etats impérialistes ont choisi d’imposer aux pays dont ils cpnvoitent les ressources naturelles ou la position géostratégique.
Ainsi, en Libye, en février dernier, les pays occidentaux, avides - depuis longtemps sans doute - de prendre le contrôle d’un territoire riche en pétrole, ont décidé de faire la promotion des manifestations contestataires intervenues dans l’Est du pays, à Benghazi et sa région.
Presse, radios et télévisions ont joué leur rôle habituel en pareilles circonstances : convaincre les populations des pays agresseurs du bien-fondé d'une intervention militaire.
Rien n’a manqué que nous n'ayons déjà subi pour l'Irak ou pour la Serbie : images repoussantes de Mouammar Kadhafi, chiffres (incontrôlables) de victimes imputables au même, prestations de journalistes présents sur le terrain pour confirmer la ligne éditoriale décidée à Paris, « experts » sur les plateaux TV expliquant doctement la même chose mais avec des cartes, etc.
L’ONU, qui, en 2003, avait retiré son personnel de Bagdad pour permettre l’invasion anglo-américaine de l’Irak, pouvait reprendre du service et voter une résolution ouvrant la voie aux bombardements.
On avait annoncé un soulèvement populaire contre un dictateur reclus dans son bunker. Nul doute que l’affaire se serait soldée en peu de temps... si cela n’avait été du « bourrage de crânes ».
UN DELUGE DE FEU
Il aura fallu six mois de combats, 19.751 sorties et 7.459 frappes des avions de l’OTAN pour que les « rebelles » parviennent finalement dans Tripoli. « Sous ce déluge de feu précis et dévastateur, les unités de Kadhafi n’ont pu que peu à peu céder, se repliant dans les villes où elles tentaient de s’enterrer jusqu’à ce qu’une offensive plus ou moins coordonnée des rebelles les en déloge », écrit Slate Afrique.
Parler du rôle ambigu de l’OTAN est un « euphémisme », poursuit Slate. Il y a cinq mois, les « rebelles » qui ne disposaient d’aucun moyen aérien se sont retrouvés, avec l’intervention de l’OTAN, épaulés par une force ultramoderne. « Dotés de capacités de destruction bien supérieures à celles des rares appareils de Kadhafi qui pouvaient encore prendre l’air, les avions français, britanniques, américains et autres se sont rapidement assuré la maîtrise du ciel libyen. Dès lors, le lent grignotage des forces terrestres et navales du colonel a débuté ».

Un « rebelle » affiche la couleur au bout de son AK-47
DES FORCES SPECIALES AU SOL
La résolution de l'ONU empêchait toute intervention au sol mais la France et la Grande-Bretagne sont passées outre en envoyant des « conseillers militaires ».
Les insurgés « bénéficient de l’entraînement et d’une assistance considérable de contractants occidentaux [...] qui planifient et accompagnent désormais leurs missions ». (The Independant)
Depuis plusieurs semaines, des agents français et britanniques, opérant en civil, se sont installés dans l'enceinte d’une raffinerie qui sert de PC au « rebelles ». Ils disposent de moyens de communication, de cartes d'état-major et de photos satellites. (AFP, 25 août)
C'est la présence de forces spéciales occidentales sur le sol libyen qui « ont permis l'avancée spectaculaire des rebelles ». (Sarah Diffalah, Nouvel Observateur)
Ainsi, ce qui n'était au départ qu'une contestation populaire, circonscrite principalement à une région et à une partie seulement des Libyens, a pu être instrumentalisée et servir de couverture à une intervention militaire caractérisée des Etats impérialistes contre un gouvernement pas moins légitime que beaucoup d’autres dans le monde.
La France a joué un rôle moteur dans cette macabre mystification. Plus grave, aucune force politique de notre pays n’a jugé bon d'appeler à protester contre pareille ignominie.
JPD
Source : Le Petit Blanquiste

Libye : c’est maintenant qu’ils le disent (Consortium News)