jeudi 6 août 2015

QATAR - L’IMAM DE L’APOCALYPSE YOUSSEF AL QARADAWI : Plaidoirie ou regrets ?



«Que les médias occidentaux s’en prennent à moi, cela ne m’étonne guère, mais je ne comprends pas pourquoi les médias arabes ne ratent aucune occasion pour m’attaquer», se plaint-il.

Dans une vidéo, Youssef Al Qaradawi ex citoyen égyptien, le théologien de référence des Frères musulmans surtout, puis du Qatar/OTAN semble désavouer toutes les saloperies qu’il avait émises, souvent sous forme de fatwa. Il devient maintenant, selon lui, la cible de «l’Amérique et le sionisme » qui auraient tout mobilisé contre lui pour mener contre sa personne « une campagne médiatique ». Un revirement spectaculaire après surtout son isolement depuis le renversement de Mohamed Morsi et le remplacement de Hamad Ben Khalifa du Qatar par son fils Tamim.
Diminué par l’âge et sûrement par la maladie et les «regrets » au crépuscule de sa vie, le voilà se métamorphoser en victime après avoir été le soutien le plus écouté des terroristes et le faire-valoir des  commanditaires, monarques du golfe et de l’Occident, par ses pêches et fatwa assassines contre les pays musulmans progressistes dont-il appelait les peuples à se soulever contre leurs dirigeants! Ils lui faisaient dire tout ce qu’il faut pour exécuter le plan impérialo-sioniste !
Par on ne sait quelle inspiration, ou oracle, cette funeste autorité religieuse virevolte pour se présenter en victime. «Que les médias occidentaux s’en prennent à moi, cela ne m’étonne guère ; mais je ne comprends pas pourquoi les médias arabes ne ratent aucune occasion pour m’attaquer», se plaint-il alors qu’il ne faisait depuis des années que servir, par la manipulation religieuse, la politique américano-monarco-sioniste par le stratagème «printemps arabe» suivant la stratégie « Grand Moyen-Orient » que complète le plan sioniste Yinon. Il renie aussi avoir été « l’incitateur au terrorisme et prédicateur en faveur de la haine dans le monde», lui qui a «passé toute vie à défendre la modération et appeler à la paix et à la tolérance».
Al Qaradawi était devenu l’ennemi des « républiques » arabes, des patriotes et des nationalistes par ses prêches virulents sur la chaine qatarie Al-Jazeera pour déstabiliser les régimes en place au profit des monarchies du golfe et des sionistes, incitant les foules, abruties, à la violence chez eux  ou contre les chiites et non contre les sionistes, usurpateurs , qui colonisent et assassinent les Palestiniens.
C’est bien ce sinistre personnage qui avait « décrété » sur Al-Jazeera : «Je lance la ‘fatwa’ d’assassiner Mouammar al Kadhafi, de l’exécuter sans attendre», « que celui qui dans l’armée libyenne peut tirer une balle sur Mouammar Kadhafi pour en débarrasser la Libye, le fasse », balayant ainsi d’un revers de main tous les droits et les principes des droits de l’homme. Les médias occidentaux avaient sauté sur cette occasion inespérée pour conforter leurs thèses sur l’Islam surtout que cela venait d’une référence religieuse indiscutée ! Avait-il pensé aux terribles conséquences ?
Pour la Syrie, Al Qaradawi avait encouragé les jeunes musulmans à aller combattre en Syrie contre Bachar El Assad, allant jusqu’à blâmer le célèbre théologien Said Ramadan Al Bouti l’accusant d’aider le régime de Assad. Ce qui le rendait apostat aux yeux des intégristes. Al Bouti mourra assassiné dans une Mosquée quelques semaines plus avec un groupe de fidèles. Pour lui tuer les soutiens du régime était licite « militaires, civils, oulémas… »
Tous les algériens connaissent ce sinistre personnage et cette chaine lorsqu’elle défendait les assassins du GIA/FIS en leur donnant une tribune pour émettre des ‘fatwa’ autorisant les assassinats des forces de l’ordre, de leurs familles y compris les enfants, les intellectuels et les journalistes !
On attendait de lui des actes de sagesse, caractéristique des hommes de religion, mais le sectarisme des Frères musulmans dont-il est le penseur l’avait emporté sur sa raison !
A 88 ans, il fallait des excuses en attendant le jugement de Dieu et non une plaidoirie !
 « Ce que je crains le plus pour ma communauté, ce sont les Imams qui égarent » (Hadith rapporté par les Imams Ahmad, Abou Dawoud, At-Tirmidhi, Ibn Madjah et Ad-Darimi).
Djerrad Amar
Source : Allain Jules

Les inégalités, ces détonateurs de grandes révoltes



Creusement des «inégalités sociales» de toute nature et «instabilité» à travers le monde… quelle lecture avoir du lien entre ces deux constats

Premiers éléments incontournables: les inégalités sont inhérentes au système capitaliste, elles sont au cœur de sa logique de fonctionnement, il s’en nourrit.
L’extrême pauvreté, la misère sont le levier des grands mouvements de révolte, quand elles n’en sont pas directement à l’origine. Dès lors, l’instabilité qu’entraînent les inégalités se mesure sans doute à l’aune des luttes sociales, des combats et des pressions syndicales, politiques, associatives, comme à travers les soubresauts qui secouent les sociétés, les tensions géopolitiques et les rapports entre pays riches et pays pauvres.
L’histoire récente, celle du printemps arabe, illustre bien le rôle moteur des inégalités dans les soulèvements révolutionnaires contre les dictatures. C’est le suicide par le feu, le 17décembre 2010, du marchand ambulant tunisien Mohamed Bouazizi qui déclencha le soulèvement populaire contre le régime dictatorial de Ben Ali. L’acte désespéré traduisait l’extrême frustration d’une jeunesse condamnée à vivre d’expédients, à végéter dans des régions de l’intérieur laissées à l’abandon, alors que les richesses du pays se concentrent sur le Nord côtier, autour des villes et des sites balnéaires, dans un autre monde, inaccessible.
Le printemps tunisien est né sur les terres de misère, les inégalités ont été le ferment de la colère, entraînant dans son élan les couches moyennes qui aspi­raient à la démocratie. Tout comme d’ailleurs dans les autres pays arabes traversés par des vents de révolte. «Là où se sont produits des soulèvements massifs (Bahreïn, Égypte, Libye, Syrie, Tunisie et Yémen), ce vaste front des groupes les plus défavorisés de la société a été rejoint par l’essentiel des couches moyennes», analysait très justement, en mai2012, dans les colonnes du «Monde diplomatique», Gilbert Achcar (1).
Stratégies néocoloniales et échange inégal...
Les soulèvements populaires de même ampleur en Amérique latine ripostaient aux politiques néolibérales «d’ajustements structurels» imposées par les créanciers, FMI et Banque mondiale, durant les années 1990. Politiques qui ont creusé les inégalités et précipité des millions de citoyens dans la pauvreté. Ces crises salutaires ont mis à bas les régimes néolibéraux soutenus par les États-Unis et l’UE, lesquels avaient alors largement profité des opportunités offertes par ces configurations économiques fondées sur la seule logique du profit, la satisfaction des besoins sociaux restant, au mieux, marginale. Le sociologue James Petras (2) évoque ce «capitalisme prédateur», rappelant que dans l’Amérique latine des années 1990, «plus de 5000 industries d’exploitation des ressources naturelles, banques, télécommunications et autres industries lucratives, sont passées aux mains de multinationales étrangères et de capitalistes locaux. Des intérêts élevés sur les bonds, les prêts et les loyers de transferts technologiques ont enrichi les capitalistes du Nord, alors même que la pauvreté augmentait dans le Sud». Là est l’autre dimension des inégalités à travers le monde, celle qui prend appui sur les puissances financières et la supériorité militaire pour installer des gouvernements fantoches, déployer des stratégies néocoloniales afin de frayer le chemin à des firmes tentaculaires, organiser le pillage des ressources, l’accaparement des terres arables et des ressources naturelles et entretenir l’échange inégal qui fait la prospérité et le progrès des uns, une minorité de pays riches, aux dépens des autres.
Mais que l’on se rassure, la pauvreté «recule», disent les experts, qui mesurent la lente diminution des inégalités dans les pays émergents, avec l’apparition des classes moyennes en Chine, en Inde, au Brésil… L’Observatoire des inégalités note ainsi «une réduction spectaculaire» de la pauvreté en Asie de l’Est et Pacifique: «En 2011, 161millions de personnes vivent avec moins de 1,25 dollar par jour dans cette région du monde (soit 7,9% de la population), alors qu’elles étaient plus d’un milliard en 1981 (78% de la population).» L’Afrique subsaharienne reste en revanche «le seul continent où le nombre de personnes extrêmement pauvres a augmenté. Ce chiffre a même doublé: 210 millions en 1981, à 415millions en 2011», précise l’Observatoire. Un contexte d’inégalités extrêmes, comparées à la richesse sans cesse croissante dans le monde occidental. Un abîme. La paupérisation massive de ces populations est aujourd’hui pain bénit pour les hordes de djihadistes. Ils y trouvent le terreau idéal pour prospérer et s’enraciner. Les dégâts provoqués par une telle inégalité figurent à n’en point douter parmi les plus graves au monde.
Cette « stabilité » qui ne profite qu’aux riches…
Ce sont, enfin, les mêmes politiques d’austérité qui creusent les inégalités dans les pays de l’Europe libérale, entérinent les disparités dans les dispositifs sociaux. En Grèce, les ménages les plus pauvres ont perdu près de 86% de leurs revenus, tandis que les plus riches n’ont perdu qu’entre 17 et 20% des leurs, selon une étude commandée par l’institut allemand de recherche macroéconomique (IMK). En Espagne, selon l’OIT, l’écart entre le dixième de la population le plus riche et le dixième le plus pauvre s’est creusé de 20% entre 2006 et 2010, et la tendance s’est poursuivie depuis. La statistique en la matière est abondante. Elle dessine une courbe croissante des inégalités à travers tout le continent. Quelque 84 millions de personnes (16,9%) vivaient en dessous du seuil de pauvreté en 2011, révèle Eurostat. Conséquence directe de cette dégradation dans une Europe à plusieurs vitesses: la montée en puissance des luttes sociales. Madrid, Rome, Lisbonne, Dublin… partout, les laissés-pour-compte s’insurgent contre une «stabilité» qui ne profite qu’aux riches, laissant des millions de citoyens sur le carreau.
En Grèce, ces derniers ont porté le mouvement de gauche Syriza au pouvoir et soutiennent son bras de fer avec les créanciers. La voie est ainsi ouverte dans le maquis des injustices sociales vers une alternative de rupture avec les règles imposées par les oligarchies financières, pour les seuls intérêts des marchés. Mais pas seulement. En France, le Front national ne s’enracine-t-il pas à la faveur des disparités territoriales, du recul des services publics? N’engrange-t-il pas sans difficulté des voix dans les régions au taux de chômage élevé? Les inégalités, autant de détonateurs sur un terrain miné, peuvent aussi conduire au pire.
Source: L'Humanité Dimanche