Le 22 juillet 2015, 33 militants communistes et
révolutionnaires ont été tués dans un attentat perpétré par Daech à Suruç, en
Turquie. Le même jour un accord a été conclu entre les Etats Unis et l’Etat
turc pour l’utilisation de la base militaire d’Incirlik2. Dans la même période
certaines forces se disant en opposition avec le régime syrien ont abandonné
leur base en Syrie proche de la frontière turque aux forces turques ou à des
milices proches de l’armée Turque. Contrairement à la propagande mensongère
propagée par les médias occidentaux, tous les groupes dits « islamistes » en
Syrie sont soutenus par les pays impérialistes et les forces réactionnaires
régionales, en particulier par les USA, la France, la Turquie, le Qatar et
l’Arabie Saoudite. Dans les circonstances présentes on nous dit maintenant que
la lutte contre Daech a été renforcée par le rapprochement avec la Turquie.
Mais en réalité depuis cet événement, à part la publication de quelques photos
de militants de Daech, l’Etat turc n’a rien entrepris contre Daech. Bien au
contraire il a déclaré la guerre au peuple kurde qui lutte en première ligne
contre Daech et qui ne réclame même pas l’auto-détermination. Sur le terrain
l’impérialisme et les forces réactionnaires locales manipulent l’opinion en
montant les minorités les unes contre les autres, notamment en opposant le
peuple Yézidi aux Kurdes en diffusant la rumeur selon laquelle « les musulmans
exterminent le peuple Yézidi ». Mais beaucoup de Yézidis sont Kurdes et ont été
sauvés des griffes de Daech par les Kurdes (dont la majorité est musulmane). Le
plus gros danger au Moyen Orient n’est pas Daech mais l’impérialisme. L’Irak,
la Syrie, la Libye et le Yémen ont été plongés dans le chaos et la guerre. Par
qui et pour quels intérêts ? Nous avons déjà dans notre journal montré le lien
qui unit l’impérialisme et l’EI. Il n’y a aucun doute pour nous : l’EI est une
force réactionnaire et fasciste. Le conflit qui oppose l’EI et les
impérialistes n’est pas un conflit entre l’obscurantisme et les forces de
progrès mais un conflit entre forces réactionnaires. Les médias français
parlent d’un échec face à Daech. S’il ne s’agissait que d’une question
militaire le problème aurait été réglé depuis longtemps. Mais Daech sert les
intérêts géopolitiques des impérialistes occidentaux. Le problème fondamental,
n’est pas Daech, le problème fondamental est : qui contrôle et comment
contrôler le moyen orient ?
De ce point de vue l’utilisation de bases militaires en
Turquie par les USA participe au processus d’éradication de la présence russe
au Moyen Orient. Il s’agit soit de renverser le régime Syrien soit tout au
moins de l’affaiblir et le laisser « mort entre deux eaux » : c’est une vieille
tactique éprouvée. L’accord avec l’Iran, les menaces de guerre entre la Russie
et d’autres forces impérialistes dénotent un conflit essentiellement de
caractère inter-impérialiste. Que ce soit au Yémen, en Irak, en Syrie, en
Libye, aucune organisation n’est indépendante des forces impérialistes. Daech
profite d’une certaine manière des conflits inter-impérialistes. Il vend du
pétrole, achète des armes et de la nourriture sans problème. Il n’y a qu’à voir
le flot de camions qui circulent entre le territoire tenu par Daech et la
Turquie ou l’Irak.
Les Kurdes de Turquie ou de Rojava : une
épine dans le pied de l’impérialisme
A Kobané (Rojava), les kurdes ont fait reculer Daech
par leurs propres forces. Les bombardements américains ont même atteint par «
erreur » des positions kurdes ou des zones en partie contrôlées par le régime
Syrien. Et ce n’est pas tout, quand la Turquie bombarde les bases Kurdes (PKK),
et des populations et villages en Turquie même, y-a-t-il eu un seul pays qui
ait condamné la Turquie ? La Turquie de longue date ne s’est jamais engagée
militairement contre Daech. Les USA ont obtenu la base militaire en Turquie en
contrepartie pour l’Etat Turc de pouvoir mener en toute impunité des actions
militaires contre les Kurdes tout en déclarant avec hypocrisie qu’elle cherche
la paix avec le peuple kurde. Elle a même obtenu le soutien de Barzani,
dirigeant kurde d’Irak, dans son intervention armée contre les Kurdes de
Turquie (notamment contre le PKK). Ce qui dérange les pays impérialistes et les
forces réactionnaires locales chez les Kurdes de Turquie ou de Rojava, c’est
qu’ils ne font pas confiance à l’impérialisme et aux forces réactionnaires. Par
leur propre organisation politique et militaire ils ont pris le chemin de
l’auto-défense. Cela a conduit à une mobilisation massive dans tout le
Kurdistan, et au niveau international au soutien des révolutionnaires et
communistes de divers pays, dont certains ont versé leur sang en se battant aux
côtés du peuple Kurde. L’expérience de Rojava montre que, en profitant des
conflits inter-impérialistes, les peuples peuvent prendre leur destin en main
et se battre pour leurs intérêts propres. Evidemment il faut créer un rapport
de force, avoir un soutien large parmi les peuples, la sympathie d’autres
forces progressistes dans le monde. C’est ce que les USA et d’autres forces
impérialistes n’ont pas apprécié. A Rojava un peuple opprimé montre que la
lutte pour l’indépendance ou l’auto-détermination peut être menée en s’appuyant
sur ses propres forces. Malgré tout, certaines organisations kurdes n’ont pas
perdu leurs illusions d’obtenir des concessions grâce à la pression des pays
impérialistes sur la Turquie et sur les autres pays qui divisent le Kurdistan.
Pourtant toute histoire de la lutte du peuple kurde montre le contraire. C’est
ce qu’illustre aujourd’hui Rojava. Les forces réactionnaires et les pays
impérialistes ont parié sur le règlement du « problème kurde » par Daech. Mais
la résistance kurde a bousculé leurs plans. C’est cela qui a décidé l’Etat Turc
de s’en prendre militairement au peuple kurde en effectuant des bombardements
et des massacres de civils et autres actes qui relèvent de crimes contre
l’humanité. Mais cette situation a entrainé la formation d’une alliance en
Turquie entre le peuple Kurde et d’autres minorités et notamment avec le
mouvement révolutionnaire. Aux élections du 7 juin 2015 cette alliance a
recueilli 6 millions de voix et obtenu 81 députés. Jamais dans l’histoire de la
Turquie des communistes, des progressistes et des représentants du peuple Kurde
n’ont été élu par le peuple avec une telle ampleur. Ce fut un coup très dur
pour le Gouvernement islamiste qui dirige sans partage la Turquie depuis une
décennie. En Turquie une nouvelle dynamique révolutionnaire depuis le mouvement
de Gezi en 2013, bouleverse et traverse toutes les forces politiques. La
bourgeoisie n’a pas pu créer un gouvernement après l’élection de 7 juin. Un
pilier important pour l’impérialisme comme la Turquie qui s’enfoncerait dans
une crise politique serait déstabilisatrice pour sa domination. N’oublions pas
qu’après Israël, au Moyen Orient, les deux pays les plus importants pour le
camp impérialiste occidental sont la Turquie et l’Egypte.
Tant que les peuples n’auront pas abattu
l’impérialisme il n’y aura, ni paix, ni stabilité au Moyen Orient
Depuis début du XXème siècle l’impérialisme a toujours
cherché à dominer le Moyen Orient. Depuis les accords de Sykes-Picot,
l’intervention des impérialistes n’a pas cessé jusqu’au aujourd’hui. Citons :
La création d’Israël et l’occupation des territoires des pays arabes par
Israël, la création du CENTO pour contrer l’influence de URSS, la ceinture verte
contre le communisme, la lutte contre la bourgeoisie nationale indépendantiste
(comme le BAAS dirigé par Nasser), la guerre Iran-Irak, la première, deuxième
et troisième guerre du golfe, la liste est longue… Ce n’est pas une question de
manque d’information ou la complexité de la situation au moyen orient qui
empêche de comprendre ce qui se passe au Moyen Orient. Pour se positionner et
agir de manière juste et efficace, il faut avoir une analyse anticapitaliste et
anti-impérialiste claire. Mais pour cela, et ce serait l’objet d’une autre
débat : sans organisation indépendante de la bourgeoisie aucune lutte
anti-impérialiste ne peut s’achever correctement dans l’intérêt des peuples
opprimés et du prolétariat. La construction d’une telle organisation c’est la
tâche qui s’impose aujourd’hui à tous les communistes.
Source : Bellaciao
