vendredi 9 septembre 2011

CHILI - 11 Septembre : en finir ( vraiment ) avec l'ère Pinochet

9 septembre 2011

 Des centaines de milliers de personnes dans les rues des grandes villes du pays (1), et ce depuis plusieurs mois ; le maire de Santiago qui suggère de faire appel à l’armée pour éviter que la commémoration du 11 septembre 1973 (date du coup d’Etat contre le président Salvador Allende) ne fasse l’objet de débordements : le Chili vit une période inédite.

Jamais, depuis la fin de la dictature en 1990, le pays n’avait connu d’aussi importantes mobilisations. Jamais, depuis 1956, un gouvernement démocratique n’avait fait face à une telle contestation populaire. A l’origine de ce mouvement, les étudiants ont placé le gouvernement de M. Sebastián Piñera (droite) dans une position délicate : sa cote de popularité – 26 % – fait d’ores et déjà de lui le président le moins populaire depuis le retour à la démocratie.

Cette longue bande de terre qui longe l’océan Pacifique était pourtant le dernier pays de la région où l’on attendait une telle effervescence. Le « jaguar » latino-américain, « modèle typiquement libéral » (2) ne faisait-il pas l’admiration des éditorialistes en vue ? La stabilité politique y était assurée, expliquaient-ils, puisque « la réalité y avait fini par éroder les mythes et les utopies de la gauche, la plaçant (…) sur le terrain de la réalité, douchant ses fureurs passées et la rendant raisonnable et végétarienne [sic] (3) ». Le 28 avril 2011, pourtant, les étudiants chiliens montraient les dents. Et pas les molaires.

Ce jour-là, les étudiants des établissements publics et privés dénoncent le niveau d’endettement qu’implique l’accès à l’éducation supérieure. Dans un pays où le salaire minimum s’établit à 182 000 pesos (moins de 300 euros) et le salaire moyen à 512.000 pesos (moins de 800 euros), les jeunes déboursent entre 170.000 et 400.000 pesos (entre 250 et 600 euros) par mois pour suivre un cursus universitaire. En conséquence, 70 % des étudiants s’endettent, et 65 % des plus pauvres interrompent leurs études pour des raisons financières (4).

Réunissant huit mille personnes, cette première manifestation ne semble pas, a priori, promise à un quelconque avenir. Elle vient néanmoins gonfler un peu plus le fleuve de la protestation sociale, déjà nourri par diverses mobilisations à travers le pays : en faveur d’une meilleure redistribution des profits liés à l’extraction du cuivre à Calama, du maintien du prix du gaz à Magallanes, de l’indemnisation des victimes du tremblement de terre de janvier 2010 sur la côte, du respect des Indiens Mapuches dans le sud (5), ou encore de la diversité sexuelle à Santiago. Au mois de mai, le projet HidroAysén avait lui aussi participé à unir un peu plus les Chiliens – contre lui.
Piloté par la multinationale italienne Endesa-Enel, associée au groupe chilien Colbún, et soutenu par le gouvernement, les partis de droite et certains dirigeants de la Concertación (6) (centre-gauche), ce projet de construction de cinq immenses barrages en Patagonie avait été approuvé sans la moindre consultation citoyenne. Devant l’ampleur de la mobilisation (plus de trente mille personnes à travers le pays), le gouvernement se trouve dans une situation compliquée.

En juin, la mobilisation étudiante atteint sa vitesse de croisière : le 16 se produit la première manifestation de deux cent mille personnes – la plus grande depuis la période de la dictature.
Organisant des grèves massives et bloquant des lycées, les manifestants dénoncent la « marchandisation de l’éducation » et exigent « un enseignement gratuit et de qualité » : une revendication qui remet en cause les fondations mêmes du « modèle chilien », hérité de la dictature (lire dans cette page « Un héritage encombrant »). Dans les rues, les étudiants ne s’y trompent pas, qui scandent « Elle va tomber, elle va tomber, l’éducation de Pinochet ! », en référence aux slogans entendus lors des manifestations contre la dictature, il y a plus de vingt ans («  Elle va tomber, elle va tomber la dictature de Pinochet ! »).


Car si le Chili de Pinochet a constitué « un laboratoire » pour les politiques néolibérales, c’est aussi dans le domaine de l’éducation. Le rêve que l’économiste monétariste Milton Friedman formulait en 1984, les généraux y avaient travaillé dès leur prise du pouvoir.

Rares en 1973, les écoles privées accueillent désormais 60 % des élèves dans le primaire et le secondaire. Moins de 25 % du système éducatif est financé par l’Etat, les budgets des établissements dépendent, en moyenne, à 75 % des frais d’inscriptions. D’ailleurs, l’Etat chilien ne consacre que 4,4 % du produit intérieur brut (PIB) à l’enseignement, bien moins que les 7 % recommandés par l’Unesco. Dans le domaine de l’université – cas unique en Amérique latine –, il n’existe dans le pays aucun établissement public gratuit. Selon le sociologue Mario Garcés, les réformes Pinochet – maintenues et approfondies par les différents gouvernements depuis la chute de la dictature – ont perverti la mission du système éducatif : il visait à l’origine à favoriser la mobilité sociale ; il assure désormais la reproduction des inégalités (7).

Mais – interrogent les étudiants, auxquels n’ont pas échappé les discours satisfaits sur « le développement » de l’économie chilienne (qui lui a ouvert les portes de l’OCDE en décembre 2009) – si l’éducation était gratuite il y a quarante ans, alors que le pays était pauvre, pourquoi devrait-elle être payante aujourd’hui, alors qu’il est devenu (plus) riche ? Une question qui suffit à faire basculer tout une logique cul par-dessus tête, et dont la portée dépasse évidemment le domaine de l’éducation. Comme les revendications étudiantes : tenue d’une Assemblée constituante pour promouvoir une véritable démocratie, la renationalisation du cuivre (8) ou encore la réforme fiscale ; il s’agit, au bout du compte, «  d’en finir avec l’ère Pinochet ». Suspicieux face à des dirigeants politiques qui ne leur inspirent plus confiance, les manifestants exigent que l’avenir du système éducatif soit soumis à un référendum (pourtant interdit par la Constitution).

Dénoncer les partis politiques ne signifie pas nécessairement promouvoir une forme d’apolitisme béat. Les étudiants ont occupé les sièges de la chaîne de télévision (Chilevisión), de l’Union démocrate indépendante (UDI, le parti issu du pinochétisme) ainsi que celui du Parti socialiste, identifiés comme trois symboles du pouvoir. Les discours apologétiques d’une gauche institutionnelle qui se dit volontiers coupable d’avoir « trop demandé » – déclenchant ainsi la colère, inévitable, des possédants en 1973 – ou ceux visant à promouvoir le retrait de l’Etat, ne semblent pas avoir prise sur une génération qui n’a pas connu le putsch. Les manifestants n’hésitent pas, d’ailleurs, à réhabiliter la figure de l’ancien président, Salvador Allende : ses discours sur l’éducation, prononcés il y a plus de quarante ans, ont récemment battu des records de consultation sur Internet ; son effigie apparaît de nouveau dans les manifestations, où des pancartes proclament que «  les rêves d’Allende sont à portée de main ».

Cette clarté politique n’a pas affaibli le mouvement étudiant – bien au contraire. Ils ont reçu le soutien des universitaires, des enseignants du secondaire, des associations de parents d’élèves, de différentes organisations non gouvernementales (ONG), réunies autour de l’Association chilienne des ONG, Accion (9), et de syndicats importants (professeurs, fonctionnaires, personnels de santé, etc…). Bien souvent, la solidarité s’organise pour soutenir les manifestants occupant un établissement, sous la forme de paniers de nourriture que l’on apporte aux « bloqueurs », par exemple. Selon les sondages, pourtant commandités par des médias tous proches du pouvoir, les étudiants jouissent du soutien de 70 % à 80 % de la population.

Alors, pourquoi maintenant ? Certes, le Chili a déjà connu des mobilisations étudiantes, notamment « la révolution des pingouins » (10), en 2006, sous la présidence de Mme Michelle Bachelet (centre-gauche). Toutefois, jamais les manifestations n’attirèrent autant de monde : pendant deux décennies, les gouvernements de centre-gauche de la Concertación parvinrent à administrer l’héritage de la dictature tout en réduisant la pauvreté. Mais en accentuant les inégalités : à l’heure actuelle, le Chili figure au nombre des quinze pays les plus inégaux de la planète (11). Peu à peu, les espoirs de transformation liés à la chute de la dictature ont été douchés, cependant que s’accumulaient les dettes des étudiants.

L’injustice du système est peut-être apparue sous un jour plus cru avec l’arrivée au pouvoir de M. Piñera, lequel s’est vite donné pour mission de renforcer – encore – les logiques de marché au sein du système éducatif. Les conflits d’intérêts au sein du cabinet ont par ailleurs mis en évidence certaines dérives : le ministre de l’éducation de M. Piñera, M. Joaquín Lavín, était également fondateur et actionnaire de l’Université du développement, un établissement privé (12).

La réponse du gouvernement, pour l’heure, consiste à tenter de criminaliser les manifestants. La presse ne manque pas de souligner les exactions de fractions violentes, parfois infiltrées par des policiers en civil (comme l’ont démontré de nombreuses vidéos et photographies (13)). Le 4 août, estimant qu’il y a « une limite à tout », M. Piñera faisait interdire une manifestation sur l’avenue Alameda (choisie par les étudiants parce qu’évoquée par Allende dans son ultime discours) : la répression y fut systématique, avec plus de 870 interpellations. Mais la violence policière n’a fait qu’accroître le soutien populaire aux manifestants. Le soir même, les cacerolazos (manifestations au cours desquelles chacun maltraite une casserole) retentissaient à travers le pays : l’intransigeance gouvernementale avait transformé le défilé en « protestation nationale », terme utilisé pour décrire… les rassemblements en faveur de la démocratie à l’époque de la dictature.

Les étudiants demeurent mobilisés. Avec l’ensemble de leurs soutiens – qui ne ne se cantonnent plus aux classes moyennes –, ils se joindront à une grève générale les 24 et 25 août, dans l’espoir d’élargir la brèche ouverte.

Un héritage encombrant

Constitution
La Constitution en vigueur date de 1980 : elle fut approuvée (grâce à la fraude) sous la dictature. Antidémocratique, elle assure presque mécaniquement la moitié des sièges du Sénat et de la Chambre des députés à la droite chilienne, pourtant minoritaire.

Education
En 1981, Augusto Pinochet réforme le système universitaire et élimine l’éducation supérieure gratuite. Le 10 mars 1990, la veille de son départ, il promulgue la Loi organique constitutionnelle de l’enseignement (LOCE), qui réduit encore le rôle de l’Etat dans l’éducation et délègue de nouvelles prérogatives au secteur privé.

Protection sociale
En 1980, la dictature privatise le système de retraites (Décrets 3.500 et 3.501 proposés par le frère de M. Piñera, José). En 1981 sont créés les Isapres, systèmes de santé privés. Ils ne seront pas renationalisés lors du retour à la démocratie.

Médias
Le jour du coup d’Etat, la junte publie le bando 15 (arrêt n° 15) qui interdit tous les journaux sauf El Mercurio et La Tercera, à l’origine des deux groupes de presse qui contrôlent le secteur des médias chiliens aujourd'hui.

Victor de La Fuente (Directeur de l’édition chilienne du Monde diplomatique), mercredi 24 août 2011

Notes

(1) Plus de deux cents mille personnes les 16 et 30 juin, le 14 juillet puis, à nouveau les 9 et 18 août.
(2) El regreso del idiota, Alvaro Vargas Llosa, Plinio Apuleyo Mendoza, Carlos Albero Montaner, préface de Mario Vargas Llosa, Random House S.A., Mexico, 2007.
(3) Ibid. Lire également Franck Gaudichaud, « 
Au Chili, les vieilles lunes de la nouvelle droite  », Le Monde diplomatique, mai 2011.
(4) « Estudio sobre las causas de la deserción universitaria »,
Centro de Microdatos, Département d’Economie, Université du Chili.
(5) Lire Alain Devalpo, « 
Mapuches, les Chiliens dont on ne parle pas », La valise diplomatique, 15 septembre 2010.
(6) La Concertation pour la démocratie est une alliance de centre gauche, aujourd’hui composée de quatre partis (Parti socialiste [PS], Parti pour la démocratie [PPD], Parti démocrate-chrétien [PDC] et Parti radical social-démocrate [PRSD]) qui a gouverné pendant vingt ans, à la chute de la dictature.
(7) Mario Garcés Durán, directeur de l’organisation non gouvernementale (ONG) Education et communication (ECO). Entretien avec la BBC Monde.
(8) L’entreprise d’Etat d’extraction du cuivre Codelco n’a jamais été privatisée, mais la dictature a ouvert de nouvelles concessions au profit de multinationales. La Concertación a suivi la même politique. A l’heure actuelle, 70 % du cuivre chilien est exploité par des entreprises étrangères. Voir le site du
Comité de défense et de réappropriation du cuivre.
(9) Voir le site Internet d’
Accion.
(10) Image due à la couleur des uniformes blancs et noirs des élèves des collèges publics.
(11) Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) ; «  
Rapport régional sur le développement humain pour l’Amérique latine et les Caraïbes » (pdf).
(12) Le ministre de l’éducation Joaquín Lavín a été remercié en plein conflit, le 18 juillet. M. Piñera l’a maintenu au sein de son cabinet. Le nouveau ministre de l’éducation se nome Felipe Bulnes.
(13) Voir par exemple « 
Carabineros infiltrados en protestas » sur le site de la chaîne Chilevision.

Source :
Le Monde diplomatique 
Investig'Action

La Libye Italienne


Les années passent dans la province byzantine. Une confrérie fait parler d'elle dans les années 1840 mais son importance n'émeut pas les autorités de l'Empire, du moins pas encore. Au milieu du XXème siècle, l'Italie voisine manifeste un certain intérêt pour la Libye. Le Duce Mussolini ne cache pas ses intentions de récréer la Grande Rome antique dont la Libye était partie intégrante.
Et ce n'est pas la première fois que l'Italie tente sa chance dans ce quart de l'Afrique du Nord. Elle avait bien pensait à l'Algérie mais la France tenait fermement cet avant poste de sa future colonisation. En 1885, le Duc de Gênes (un membre de la famille royale de Savoie) fonda une société d'exploration et de colonisation qui échoua lamentablement en Lybie. Mais l'idée était là et d'autres entreprises italiennes, allemandes ou françaises se créèrent sur ce même modèle avec plus ou moins de succès dans le Djébel. Cette invasion économique agaça profondément la Sublime Porte. L'Italie donna bientôt 24 heures d'ultimatum à la Turquie pour quitter la région tripolitaine. Comme la Turquie ne donnait pas sa réponse, les troupes navales italiennes bombardèrent la ville albanaise de Preveza. Le 25 Septembre 1911, la mobilisation avait été déjà décrétée dans toute la péninsule italienne. La Turquie en appelle à la diplomatie européenne qui ignore cet " homme malade " qu'est l'empire ottoman. Au contraire, les différentes monarchies d'Europe inondent leurs journaux de pamphlets anti- turques. Après s'être entendu avec la France, le 3 Octobre, les troupes italiennes envahissent Tripoli, désertée de ses contingents turcs mal approvisionnés par le Sultanat. Prétextant libérer la ville du joug Ottoman, l'Italie n'a pas prévu de résistance interne. Champions de la chrétienté, les Italiens naïfs se trompent d'époque mais réalisent non sans mal leurs vœux malgré quelques victoires ottomanes. Les Turcomans, dirigés par un certain Mustapha Kémal, s'étaient réfugiés dans les oasis et résistaient malgré la supériorité des troupes italiennes (100000 soldats). L'invasion du pays avait favorablement accueillie par les Italiens mais ces derniers au fil du temps qui passait, se demandaient comment son armée pouvait ne pas mater ces quelques turques qui résistaient encore. L'opinion publique accusa même la France de double -jeu dans cette affaire en encourageant la contrebande de guerre au profit des libyens.

La Libye est finalement cédée par les Turcomans le 18 Octobre 1912 aux italiens (Traité de Lausanne). Non pas grâce à l'action des soldats italiens qui mettaient des mois à conquérir un oasis de 15 km de long, mais bien parce qu'Istanbul connut un coup d'état militaire qui força le gouvernement turque à ramener ses troupes vers sa frontière asiatique. Il faudra encore un deuxième ultimatum pour que les Ottomans acceptent le sacrifice de Tripoli pour sauver ce qui lui reste de son empire.

La réorganisation de la nouvelle colonie va être longue d'autant plus que les italiens ne contrôlent en fait que les côtes du pays. La révolte d'Omar Moukhtar (1862-1931), professeur coranique va donner du fil à retordre à l'occupant. Son intensive guérilla contre l'armée italienne va durer plus de vingt ans. Capturé, il est finalement exécuté le 16 Septembre 1931 à Benghazi.

Entre le 17 mai 1919 et le 24 Janvier 1929, la colonie est administrée sur comme le faisait les Ottomans. Deux provinces, celle de Tripoli et la Cyrénaïque, possèdent leur propre autonomie. On maintint le système tribal afin de s'asseoir sur une certaine légitimité mais ce fut un échec. Le 9 Mars 1927, il fut aboli. Il est vrai que les différents leaders bédouins respectaient peu les ordres du gouvernorat italien bien trop prompt à réprimer toutes révoltes (Le 3 Janvier 1928, les autorités italiennes déportèrent plus de 10000 personnes après avoir mis sous barbelés l'oasis d'Al-Jaghboub)
La Cyrénaïque dont la moitié de la population fut massacrée durant la guerre avec Omar Moukhtar) et Tripoli furent réunis en une seule province puis obtint un véritable statut de colonie en 1934.

Le Duce Mussolini, Président du Conseil Italien, prit d'une inspiration divine se proclame " Protecteur de l'Islam " en Mars 1937 lors d'une visite dans la colonie. Trois ans auparavant pour faire oublier les nombreux massacres perpétrés par ses soldats, le Duce Mussolini proclame que les Libyens conservent le droit à la propriété, la liberté de mouvement ou le droit à rejoindre tous postes administratifs de la colonie. Dans la réalité, les faits en seront tout autrement. De 30 000 italiens présents, la Libye passa à 100 000 colons de plus avant le début de la seconde guerre mondiale.
La Libye va devenir un enjeu important lors du conflit mondial. Les routes construites (4000 Kilomètres) dans toute la colonie se révèlent déterminantes dans l'invasion de l'Egypte via la Tunisie, autre future colonie italienne. Afin de gonfler ses troupes, le régime italien autorise en 1939 les Libyens de pouvoir adhérer au Parti national fasciste ou son alter égo local, l'Association Musulmane des Licteurs. Les combats et défaites de Tobrouk (Avril 1941) ou Benghazi, El Alamein (23 Octobre 1942), ces défaites de l'Afrika Korps (régiments allemands d'Afrique du Nord) en 1943 met fin au rêve impérial de Mussolini. La Cyrénaïque perdue en Novembre 1942, les italiens durent évacués la colonie dès Février. Quelques mois plus tard, le Duce était victime d'un coup d'état. L'hégémonie fasciste en Afrique du Nord avait eu de lourdes conséquences. Si la colonie avait été modernisée, le prix à payer avait été énorme. La moitié de la population Libyenne avait été décimée soit par la guerre soit par les exactions italiennes…

Vendredi 9 septembre 2011
Histoire de l' Afrique  
Sur Cri du Peuple 1871 :
http://www.mleray.info/article-la-libye-italienne-83186370.html

Israel : Sionisme ou lutte des classes ?

Vendredi 9 septembre 2011

La « révolte des tentes » en Israël peut-elle être comparée aux processus révolutionnaires qui traversent le monde arabe ? Boulevard Rothschild à Tel-Aviv (rebaptisé place Tahrir), on pouvait lire le panneau : « Nétanyahou, Moubarak t’attend » (au tribunal bien sûr).

La justice et l’égalité pour qui ?


Mais Israël n’est pas l’Egypte. Ce n’est pas un pays comme les autres. C’est un morceau d’Occident implanté au Proche-Orient. Cette société est fondée sur la colonisation, l’occupation et l’apartheid. Entre Méditerranée et Jourdain, il y a 5,5 millions de Juifs israéliens et 5,5 millions de Palestiniens. Le niveau de vie d’un Israélien moyen n’a rien à voir avec celui d’un Palestinien (50% de la population sous le seuil de pauvreté pour les Palestiniens ayant la nationalité israélienne, beaucoup plus en Cisjordanie et une misère généralisée dans les camps de réfugiés et à Gaza).
 
La révolte de la classe moyenne israélienne ne remet pas en cause le sionisme qui est à la fois une théorie de la séparation (Les Juifs ne pourraient pas vivre avec les autres) et un colonialisme visant à expulser le peuple autochtone. Un opprimé ne peut pas se libérer s’il reste oppresseur. Même le syndicalisme israélien est perverti : la Histadrouth est un syndicat patron qui défend statutairement le « travail juif » et elle est intégrée à l’appareil d’un Etat qu’elle a contribué à fonder.


Omar Barghouti qui est un des porte-parole de l’appel palestinien au BDS (boycott, désinvestissement, sanctions contre l’Etat d’Israël) a donné une interview dans laquelle il est très sévère sur ce mouvement « des tentes » (de la classe moyenne) qu’il qualifie de lutte pour le maintien des privilèges coloniaux de la population juive d’Israël. Il rappelle d’ailleurs un précédent qui s’était déroulé dans l’Afrique du Sud de l’apartheid dans les années 80 où la population blanche avait manifesté pour plus de « justice sociale ».
   
Fractures dans l’idéologie dominante ?


Le sionisme dans lequel toute la population israélienne a été élevée a besoin en permanence de tension et de guerres. Dès qu’on oublie cette tension permanente entretenue, les fractures apparaissent. L’ « Etat juif » est terriblement raciste et inégalitaire. Le racisme ne touche pas que les Palestiniens, il frappe aussi les travailleurs immigrés, les Falashas, les Juifs venus du monde arabe.
 
Comme l’avait dit Ehud Barak, « nous n’avons pas de partenaire pour la paix ». Plus exactement, si le gouvernement israélien en a, il le tuera pour maintenir cette fuite en avant permanente. Quelque part le sionisme et l’ultralibéralisme sont entrés en contradiction. Le libéralisme a détruit de nombreux privilèges que le sionisme avait promis aux Juifs pour mieux les aliéner : une terre, un logement, un travail, une protection sociale.
 
En 2003, Vicky Knafo, une mère célibataire de trois enfants, avait marché depuis le Néguev jusqu’à Jérusalem pour protester contre les réductions drastiques des allocations familiales et la misère qui en résultait. Son geste avait eu une immense popularité. Ces revendications ont été noyées dans la guerre du Liban et l’opération « Plomb durci » contre Gaza.
 
En 2008, un jeune candidat communiste, refuznik (objecteur) et antisioniste (Dov Khenin) avait eu 35% des voix aux élections municipales de Tel-Aviv. Les jeunes avaient largement voté pour un candidat refuznik et la population « européanisée » avait signifié son aspiration à une vie « normale » sans guerre permanente. Bref une « paix pour nous ».
 
Le mouvement des tentes est à rapprocher de cela : dès que la tension artificielle s’estompe, la société israélienne est rattrapée par ses contradictions et par la lutte des classes. Dans cette société où tous les dirigeants politiques sont poursuivis pour viol ou corruption, où la mafia contrôle plusieurs secteurs, la croissance de 5% et les technologies de pointe ne masquent plus la réalité : 60% du budget va à l’armée ou à la colonisation et même la classe moyenne ne peut plus se loger et se soigner décemment. 25% des Israéliens juifs ont moins de 740 euros par mois et une partie de la société ne supporte plus les inégalités.
 
Une clarification indispensable


Jusque-là les grandes manifestations en Israël avaient été celles contre Sabra et Chatila dans les années 80, sur l’assassinat de Rabin en 1995 ou pour les colons dans les années 2000. Cette fois-ci, il y a eu moins de ferveur nationaliste.
 
Comme dans des manifestations « d’Indigné-e-s » ailleurs dans le monde, on a entendu de tout dans les gigantesques manifestations des grandes villes israéliennes. Certain-e-es ne remettaient rien en cause (ce qui explique la popularité du mouvement) et Nétanyahou leur a aussitôt promis des logements à bas prix à Jérusalem Est ou dans les colonies de Cisjordanie.
 
Dans les manifestations d’Haïfa, il y avait très peu de drapeaux israéliens, mais des drapeaux rouges et des slogans plus clairs : « nous ne sommes pas des marchandises, un autre monde est possible » « révolution », « le peuple exige la justice sociale et un avenir ». Le discours prononcé par la militante féministe Shira Ohayon lors de la manifestation monstre de Tel-Aviv du 6 août opposait la prétendue « sécurité » d’Israël à l’insécurité de celles et ceux qui ne peuvent plus vivre dignement.
 
Ce qui va être décisif dans ce mouvement, c’est la recherche de la convergence avec la population palestinienne d’Israël et les anticolonialistes. À Haïfa, la population palestinienne a participé à un des défilés. À Beersheva dans le Néguev, les Bédouins qui luttent depuis des années contre les confiscations de leurs terres et les destructions de leurs villages sont descendus dans la rue.
 
Pour l’instant, la convergence entre le « mouvement des tentes » et les « Palestiniens de 48 » qui vivent en Israël toute une série de discriminations à la possession de la terre, au logement, au travail, à l’éducation est balbutiante. Elle est pourtant décisive sur l’avenir de ce mouvement. À Tel-Aviv, une tente de 1948 « multiculturelle et antiapartheid » s’est installée. Elle a été attaquée par les colons fascistes (pardon pour le pléonasme), mais elle est toujours en place.
 
Il n’y aura pas de solution juste à la guerre du Proche-Orient dans le cadre du sionisme. Il n’y aura pas de rupture « du front intérieur » et donc de rupture avec le colonialisme en Israël sans qu’une certaine souffrance économique et sociale ne pousse à cette rupture. Il est donc décisif que ce « tous ensemble » né en Israël en juillet 2011 ne se limite pas à la population juive. La lutte des classes doit rejoindre la lutte anticoloniale. Sinon, l’issue est connue d’avance : une nouvelle provocation, une nouvelle guerre dont l’actuelle agression contre Gaza est le signe avant-coureur et une nouvelle « union nationale » pour noyer la révolte sociale.
Pierre Stambul
le 21 août 2001  
Cet article est paru dans le dernier numéro d’Alternative libertaire.  

Côte d`Ivoire, printemps arabe: "une révolution de l`espérance s'est levée en Afrique du Nord et au-delà" (Ban Ki-moon)

jeudi 8 septembre 2011  
"nous avons adressé un message clair (aux pays de) la région, selon lequel la démocratie et la volonté populaire doivent être respectées"

SYDNEY, Le secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon, a estimé jeudi à Sydney que la "révolution de l'espérance" qui a balayé l'Afrique du Nord et la Côte d'Ivoire était un "message" aux autres pays sur l'impératif démocratique et la volonté populaire.

"Une révolution de l'espérance s'est levée en Afrique du Nord et au-delà", a déclaré Ban Ki-moon dans un discours à l'université de Sydney, en citant notamment la Libye, la Syrie et la Côte d'Ivoire.

La Libye, a-t-il continué, "est un exemple de la capacité du monde à s'entendre pour protéger un peuple dans le cas où ses propres dirigeants ne peuvent ou ne veulent pas le faire".

"Les Libyens et les autres ont pris beaucoup de risques pour défendre les libertés fondamentales et les droits de l'Homme. Ils ont maintenant besoin de nous pour soutenir les transitions démocratiques", a-t-il dit.

De la même façon, "quand le président sortant de Côte d'Ivoire (Laurent Gbagbo, ndlr) a tenté de voler une élection dans un bain de sang cette année, l'ONU est intervenue et l'en a empêché", a rappelé M. Ban.

A travers cette intervention, "nous avons adressé un message clair (aux pays de) la région, selon lequel la démocratie et la volonté populaire doivent être respectées", a-t-il conclu.

Les Etats-Unis croient une révolte proche en Iran

....si une telle situation devait se produire, les Etats-Unis seraient contraints d'intervenir pour permettre à la révolte d'aboutir à la chute du régime....


Etant donné la vague de soulèvements au Moyen-Orient, une nouvelle révolution en Iran n'est plus qu'une question de temps. Telle est l'estimation de Leon Panetta, nouveau secrétaire d'Etat américain à la Défense en remplacement de Robert Gates. Il estime par ailleurs que si une telle situation devait se produire, les Etats-Unis seraient contraints d'intervenir pour permettre à la révolte d'aboutir à la chute du régime. Ses propos, peu habituels venant de la bouche d'un responsable de l'administration américaine, illustrent peut être le changement de ton employé par Washington à l'égard de la république islamique. Téhéran, qui malgré les appels de la communauté internationale, poursuit toujours son programme nucléaire.

La justice des riches

vendredi 9 septembre 2011

Le 23 août, le procureur du comté de New York, Cyrus Vance Jr., a abandonné les charges envers Dominique Strauss-Kahn, ancien directeur du Fond Monétaire International (FMI) et un des hommes les plus puissants du monde, dans une affaire où, pour beaucoup, le système judiciaire a protégé l'élite possédante. Le 14 mai, une femme de chambre nommée Nafissatou Diallo est retrouvée en état de choc par cinq collègues de travail qui la décrivent comme traumatisée et sur le point de vomir. Nafissatou Diallo rapporte que Dominique Strauss-Kahn, à cette époque à la tête du FMI, et séjournant au Sofitel de Times Square, vient de l'agresser. Alors que l'incident lui-même n'a duré que neuf minutes, selon les dires de Diallo, il s'ensuit des mois d'attaques continuelles contre la victime, menées par les médias mais aussi par chacune des branches de la « justice » mises en branle dans cette affaire. Dès que les accusations sont portées contre Dominique Strauss-Kahn – ou DSK comme aiment à le nommer les médias admiratifs, celui-ci entreprend une campagne, abondamment financée, ayant pour objectif de discréditer Diallo. Cette campagne porte ses fruits. Selon Vance, l'accusation n'est alors « plus persuadée au-delà d'un doute raisonnable[1] qu'un crime a été commis, basé sur les preuves à disposition ».
Les charges contre Strauss-Kahn n'ont pas été abandonnées en raison d'un doute sur le fait qu'un acte sexuel ait été commis. Elles ont été abandonnées parce que Vance et l'accusation ont jugé que Diallo était devenue un témoin peu crédible du fait des changements apportés dans les détails de sa version des faits, et parce qu’elle avait menti pour obtenir l'asile aux États-Unis, en arrivant de Guinée. Toutefois, lorsqu'on s'en tient aux déclarations de Diallo, son récit est resté depuis le début celui d'une agression sexuelle. Diallo a déclaré que Strauss-Kahn l'avait attrapée puis forcée à pratiquer une fellation. L’examen médical effectué à l'hôpital Roosevelt de St. Luke a mis en évidence des commotions et lacérations de la zone génitale, une élongation d'un ligament à l'épaule contracté, selon la victime, lorsqu'elle aurait été projetée au sol, ainsi que le sperme de Strauss-Kahn sur son uniforme. En dépit de ces faits, les médias sont parvenus à jeter un doute sur l'existence même de preuves matérielles. Bon nombre d’entre eux ont ainsi relayé les propos des avocats de Strauss-Kahn, Benjamin Brafman et William W. Taylor, qui ont déclaré lors d'une intervention que le rapport hospitalier n'était pas basé sur des examens médicaux mais uniquement sur « la parole de la plaignante ». Le traitement hargneux subi par Diallo et l'hostilité manifestée envers ses dires sont caractéristiques de ce que de nombreuses femmes doivent subir lorsqu'elles se déclarent victime d'une agression sexuelle. Dans le cas de Diallo, le dénigrement a pour origine les avocats grassement payés de Strauss-Kahn, ainsi que les médias dociles qui ont déformé les propos de Diallo, voire tout simplement menti sur ses déclarations concernant son passé et son agression.
Le jour de l’abandon des charges envers Strauss-Kahn, Slate Magazine a publié le point de vue de William Saletan, qui dénonçait ce qu'il décrivait comme une « charge contre Diallo » qui voudrait, entre autres choses, que Diallo ait inventé une ancienne agression et ait discuté de l'affaire Strauss-Kahn avec une personne incarcérée. Selon lui, les quatre éléments principaux utilisés par l’accusation[2] pour discréditer le témoignage de Diallo ne tiennent pas la route, et ce selon le rapport même du procureur. En premier lieu, alors que les médias ont répété sans vérification la déclaration de l'accusation – Diallo aurait « entièrement fabriqué » un viol ayant eu lieu dans sa Guinée natale et elle aurait même admis ce « mensonge » – le rapport de l'accusation inclut une « petite note de bas de page » qui indique : « [Diallo] a déclaré qu'elle avait bien été violée par le passé dans son pays natal, mais au cours d'un incident complètement différent de celui qu'elle avait décrit au cours d'entretiens précédents. Nos entretiens avec la plaignante n'ont conduit à aucun moyen indépendant de mener l'enquête ou de vérifier cet incident ». Comme l'écrit Saletan, « en d'autres termes, elle n'a jamais dit que le viol avait été "entièrement fabriqué". Elle en a changé les détails. » Saletan fait de plus remarquer que la note de bas de page est faussement neutre, il ajoute : « Dans une lettre du 30 juin, le bureau du procureur déclarait que Diallo ''serait prête à témoigner avoir été violée par le passé dans son pays d'origine, mais au cours d'un incident différent de celui qu'elle avait décrit au cours d'entretiens précédents''. Dans la motion abandonnant les charges, le bureau du procureur a toutefois décrit son second témoignage au sujet de son ancien viol comme ''complètement différent''. En insérant le mot ''complètement'', le bureau du procureur donne du poids à l’accusation de mensonge. Sur quelles bases le procureur justifie-t-il la surenchère par rapport à son allégation originelle ? L'abandon des charges ne mentionne aucun entretien ultérieur avec Diallo et admet que le procureur n'a ordonné aucune enquête sur le viol présumé en Guinée. La seule base permettant de dire qu'elle aurait menti est sa rétractation, mais nous n'avons aucun moyen de savoir dans quelle mesure la nouvelle déclaration diffère de l'originale. Nous devons avoir accès aux détails. »
L'autre allégation largement diffusée au sujet de Diallo concerne la conversation téléphonique qu'elle aurait eue avec un ami incarcéré dans une prison d'Arizona. La version de l'histoire que la plupart des gens ont lu est que Diallo aurait reçu l'appel d'un « petit ami » (elle maintient qu'il s'agit juste d'un ami) le jour suivant l'agression. Les rapports de presse ont suggéré que lors de cette conversation en fulani, Diallo aurait dit « Ne t'inquiète pas. Ce type a beaucoup d'argent. Je sais ce que je fais. » Comme le note Saletan, c'est cette histoire que rapporte le New York Times le 1er juillet, citant comme source « un représentant de l'ordre bien placé ». On retrouve cette traduction de la conversation, avec la même formulation, dans une déclaration sous serment remplie le 22 août par deux assistants du procureur déclarant avoir « capturé » cette conversation sur cassette. Mais Saletan note que lorsque Kenneth Thompson, l'avocat de Diallo, a écouté la conversation avec l'aide d'un interprète du fulani engagé par le bureau du procureur, Thompson en a tiré une interprétation bien différente. Selon Saletan, « [Thompson] a déclaré que 1) Diallo a reçu deux appels mais n'en a passé aucun, 2) elle n'a jamais parlé de la fortune de Strauss-Kahn comme d'un potentiel butin du procès, 3) son ami l'a fait mais elle lui a demandé d'arrêter, 4) elle n'a mentionné la fortune et la puissance de Strauss-Kahn que dans un contexte où elle expliquait le craindre, 5) lorsqu'elle a dit ''Je sais ce que je fais'', elle parlait uniquement de sa sécurité et non pas de stratégie judiciaire. » Ce qui correspond à l'explication donnée par Diallo lors d'un entretien antérieur pour BBC News.
Le compte-rendu de Saletan montre l'étendue des déformations auxquelles l'accusation semble avoir dû se livrer pour discréditer la parole de Diallo et semer le doute dans l'opinion publique quant à son intégrité – en dépit du fait qu'elle, et non Strauss-Kahn, était la victime présumée. Il n'est donc pas surprenant que de nombreuses personnes pensent que le bureau du procureur vient de laisser un violeur en liberté sans aucune forme de procès. L'abandon des charges envers Dominique Strauss-Kahn est un message qui annonce que les riches et les puissants n'auront jamais à répondre de leurs actes. C'est une nouvelle injustice envers les nombreuses femmes, humiliées et abandonnées par le système juridique, qu'on a culpabilisées pour leur propre agression ou viol.
De manière prévisible, presque toute l'attention publique s’est tournée vers Nafissatou Diallo, qui a, en pratique, fait l’objet d’un procès pour son propre viol présumé. Pourtant, le passé de Strauss-Kahn semble être plus pertinent que celui de Diallo pour éclairer les faits – et n'a que peu retenu l'attention des médias américains. Le « grand séducteur », comme on l'appelle en France, a un long passé d'agressions sexuelles présumées derrière lui. Tristane Banon, une journaliste française, fille d'Anne Mansouret (une responsable du Parti socialiste, aux côtés de Strauss-Kahn) et belle-fille de Brigitte Guillemette (la deuxième femme de Strauss-Kahn), a accusé ce dernier de tentative de viol. En février 2007, une chaîne de télévision française avait diffusé une émission au cours de laquelle Banon avait décrit les tentatives de Strauss-Kahn pour lui enlever son jean et son soutien-gorge lorsqu'elle l'avait rencontré pour un entretien au sujet d'un livre qu'elle était en train d'écrire. [...] Il y a eu aussi le cas de Piroska Nagy, une économiste hongroise, subordonnée de Strauss-Kahn au FMI. En 2008, Strauss-Kahn dut s'excuser publiquement pour « une erreur de jugement » concernant sa relation sexuelle, bien documentée, avec Nagy. Il fut finalement lavé de toute accusation d'abus de pouvoir. Mais après que la troisième femme de Strauss-Kahn, Anne Sinclair a qualifié l'histoire avec Nagy d'affaire « d'une nuit », cette dernière écrivit aux enquêteurs dans une lettre au ton outré : « Je n'étais pas préparée à recevoir les avances du directeur général du FMI. Je ne savais pas quoi faire... me sentant grillée si je les acceptais et grillée si je les repoussais. » Alors que Strauss-Kahn a toujours insisté pour dire que sa relation avec Nagy était consentante, cette dernière a déclaré que son patron s’était « sans aucun doute » servi sa position de pouvoir pour l'engager dans une relation sexuelle. « Je pense que cet homme a un problème » a-t-elle ajouté. Elle démissionna par la suite de son poste au sein du FMI. En 2008, la députée socialiste Aurélie Filipetti a déclaré se souvenir d'une « tentative de drague très lourde, très appuyée » de Strauss-Kahn et qu'elle avait toujours pris soin depuis de « ne jamais se retrouver seule avec lui dans un endroit fermé ». Le soi-disant « problème » de Strauss-Kahn avec les femmes semble être un secret de Polichinelle en France – conduisant Danièle Évenou, une actrice française et femme d'un ancien ministre socialiste, à demander à l'antenne d'Europe 1 : « Qui n'a jamais été coincée par DSK ? ». On pourrait penser, devant la longue liste des charges à l'encontre de Dominique Strauss-Kahn couplée à l’évidence physique des faits, que les accusations de Diallo auraient au moins mérité un procès. En particulier, toute personne se disant de gauche devrait s'insurger à l'idée que l'un des hommes les plus puissants du monde, avec l'aide d'une équipe d'avocat et de spécialistes en relations publiques payés à grands coups de millions, soit laissé libre d'utiliser sa puissance pour déformer les propos de sa victime présumée. Étonnamment, certains à gauche ne semblent pas de cet avis. Le World Socialist Web Site[3], par exemple, a semblé gober totalement la diffamation de Diallo. Dans une série d'articles en ligne, le site web a carrément défendu l'ancien patron du FMI contre la femme de chambre afro-américaine, se réjouissant finalement de l'abandon des charges, vues comme une sorte de victoire pour le commun des mortels.
Mais arrêtons-nous un instant sur la logique de ceux qui défendent Strauss-Kahn. Selon leur raisonnement, s'il n'y a pas eu viol, les preuves irréfutables en présence doivent être interprétées comme une « relation sexuelle consentie ». Ainsi donc, une femme immigrée africaine de trente-deux ans aurait décidé, pendant son travail, d'avoir une relation sexuelle de neuf minutes avec un homme blanc de deux fois son âge, qu'elle n'avait jamais rencontré auparavant. A-t-elle simplement agi de manière impulsive ? Pourquoi donc aurait-elle raconté, immédiatement après les faits, à ses collègues et à la police, ce qui venait de se passer ? Nous sommes donc censés croire qu'il s'agissait d'un scénario prémédité de Diallo dans le but d'extirper de l'argent à un homme très puissant. Il n'y a que dans une société imprégnée de sexisme et de racisme que de tels scénarios, aussi tirés par les cheveux, peuvent être concoctés. Alors que la conduite de Strauss-Kahn envers les femmes a été décrite aux États-Unis comme un « phénomène français », le traitement réservé à Nafissatou Diallo montre que la France est loin d'être la seule à ne pas prendre les accusations de viol au sérieux, ou à hausser les épaules devant le comportement de ceux qui pensent que le corps des femmes n'existe que pour satisfaire leurs désirs sexuels. Cette affaire est donc un exemple extraordinaire de la façon dont les femmes ayant été victime d'une agression sexuelle sont traitées aux États-Unis et à travers le monde – comme si elles étaient en réalité les coupables.
À suivre la couverture médiatique de l'affaire Strauss-Kahn, on en viendrait à penser que les femmes montent régulièrement des histoires de viols – et que les hommes sont régulièrement victimes de ces machinations. C'est l'opposé qui est vrai. Le Rape, Abuse and Incest National Network[4] estime que 60 % des agressions sexuelles aux États-Unis ne sont jamais rapportées, et qu’à peine 6 % des violeurs passent un jour en prison. Pire encore, on pouvait lire dans un récent article du New York Times : « Des experts ont déclaré que les centres spécialisés dans la collecte des déclarations de viols voient souvent une chute des cas rapportés dans les suites d'une affaire médiatique d'agression sexuelle, en particulier celles dans lesquelles l'accusation échoue, comme le cas des joueurs de lacrosse[5] de l'Université de Duke, ou l’acquittement récent, pour des charges plus que sérieuses, de deux officiers de police de New York qui rendaient visite à une femme en état d'ébriété de manière régulière dans son appartement. »
Ceci ne surprendra personne. On montre bien aux femmes ayant subi un viol que porter plainte contre leur assaillant implique que toute leur vie passée soit livrée au grand public. Avec un système judiciaire faisant apparemment bloc contre elles, pourquoi s’étonner que tant de femmes pensent qu’il y a de la sagesse à rester silencieuses ? Alors que les pressions de Strauss-Kahn et ses défenseurs ont abouti à ce que la cour de New York abandonne l'affaire, Diallo et quelques activistes demandent toujours justice. Les avocats de Diallo ont fait appel de la décision de ne pas nommer un procureur spécial pour l'affaire – il sera statué sur cet appel le 30 août. Il est important que les activistes de New York viennent devant le tribunal pour soutenir Diallo dans sa quête de justice.[6] Diallo a aussi engagé des poursuites au civil contre Strauss-Kahn pour préjudices émotionnels, physiques et psychologiques, qui s'ajoutent aux tentatives pour ruiner sa réputation. Nafissatou Diallo devrait être félicitée pour son courage et mérite solidarité et soutien. Heureusement, l'abandon des charges contre Strauss-Kahn n'est pas passé inaperçu. Des manifestants en colère se sont bien fait entendre à l'extérieur du tribunal, où l'accusation annonçait qu'elle jetait l'éponge, attirant l'attention sur le fait que l'ancien chef du FMI utilisait pouvoir et argent pour éviter un procès.
Les activistes qui organisaient la Slutwalk[7] de New York, une marche contre les violences sexuelles et la culpabilisation des victimes, ont tenu un rassemblement le matin de l'abandon des charges. Les slogans tels que « Police sexiste, procu sexiste, justice pour Diallo maintenant ! » et « Honte à vous ! » ont longtemps résonné dans les rues voisines. Une manifestante citait le cas de la « joggeuse de Central Park » qui vit cinq adolescents noirs, innocents, condamnés pour viol sans aucune preuve ADN. Bien que les adolescents furent par la suite relaxés, de tels cas mettent en évidence le double standard honteux qu'applique le système judiciaire envers les personnes non-blanches et pauvres. Construire un mouvement contre le sexisme et pour l'égalité des genres était aussi au centre des préoccupation du rassemblement, comme le déclarait Suzy Exposito, membre de la Slutwalk de New York : « À tous ceux qui se sont demandé où était passé le mouvement féministe nous répondons : nous sommes de retour et pour un bout de temps. Pour tous ceux qui se demandent pourquoi il n'y a toujours pas l'égalité ici aujourd'hui, nous répondons qu'il n'y a pas d'égalité sans justice. Et nous ne pouvons pas faire confiance aux politiciens, nous ne pouvons pas faire confiance aux flics, et nous ne pouvons certainement pas faire confiance aux défenseurs du viol comme le New York Post ou le Times pour nous aider à lutter pour la justice. C'est notre combat. »
Cette bataille est loin d'être terminée. Comme l'a déclaré Diallo à ABC News, « Je veux la justice. Je veux qu'il aille en prison. Je veux qu'il sache qu'on ne peut pas utiliser son pouvoir quand on fait quelque chose comme ça. » Il est maintenant temps de lutter pour un monde d'égalité véritable, où plus aucune femme ne vivra dans la peur d'une agression sexuelle. Justice pour Nafissatou Diallo !
Lichi d'Amelio et Natalia Tylim. Publié sur SocialistWorker.org le 29 août 2011 – Traduction Yann Lecrivain.
Source : NPA
Traduction Yann Lecrivain.

[1] Dans les procès de ce type aux États-Unis, un jury populaire composé de 12 citoyens doit prononcer à l'unanimité la culpabilité de l'accusé pour que celui-ci soit condamné. Chaque juré devant faire son choix « beyond a reasonable doubt », « au-delà d'un doute raisonnable » [NdR].
[2] Celle de Strauss-Kahn [NdR].
[3] Le site web du « Comité international de la Quatrième internationale » auquel se rattache le courant lambertiste en France [NdR].
[4] Le RAINN (Réseau national de surveillance des viols, incestes et abus sexuels) est une organisation non-gouvernementale américaine [NdT].
[5] Sport initialement pratiqué par les Indiens d'Amérique du Nord et devenu très populaire aux USA comme sport universitaire [NdT].
[6] La Cour d’appel de New York a rejeté l’appel des avocats de Nafissatou Diallo [NdR].
[7] Littéralement : « Marche des salopes » [NdT].

L'Autre 8 Mai 1945 -- Aux origines de la guerre d'Algerie

Le 8 mai 1945, de part et d'autre de la méditerranée, la Grande Histoire se fêtait dans la liesse libératrice pour les uns, alors qu'elle s'enfonçait dans les ténèbres de la répression pour les autres.

Une seule et même date cruciale, qui a vu la France triompher du crépuscule de la deuxième guerre mondiale, tandis qu'au même moment l'Algérie était en proie à de violentes représailles conduites par l'armée française. Assiégée ou colonisatrice, c'est une France aux deux visages qui a marqué l'histoire de son empreinte des deux côtés de la mer azurée.

Le 8 mai 1945 est une date clé de l'histoire de France. Chaque année, on célèbre la victoire sur l'Allemagne nazie. De l'autre côté de la Méditerranée, en Algérie, il s'agit d'un jour de deuil. Yasmina Adi a mené l'enquête sur la violente répression coloniale qui a eu lieu cet autre 8 mai.
Dans la liesse de la victoire, en 1945, des Algériens ont revendiqué leur volonté d'indépendance. Ils subiront durant plusieurs semaines une violente répression conduite par l'armée française. Elle fera des milliers (45000) de victimes. Soixante ans plus tard, la répression du printemps 1945 en Algérie recèle encore de nombreuses zones d'ombres. Yasmina Adi a retrouvé des documents inédits, des archives du gouvernement français et des services secrets anglais et américains. Elle est allée rencontrer les hommes et les femmes qui ont vécu et subi cette répression. Elle donne la parole aux témoins français et algériens, ainsi qu'au premier reporter arrivé sur les lieux. Cette enquête lève le voile sur les mécanismes et les conséquences de cet autre 8 mai 1945, qui à l'origine de la guerre d'Algérie.

Les massacres de Sétif, Guelma et Kherrata sont des répressions sanglantes d'émeutes nationalistes qui sont survenues en mai 1945 dans le département de Constantine, en Algérie française.

Elles débutent le 8 mai 1945,pour fêter la fin des hostilités et la victoire des Alliés sur les forces de l'Axe, un défilé est organisé. Les partis nationalistes algériens, profitant de l'audience particulière donnée à cette journée, décident par des manifestations d'abord pacifiques de rappeler leurs revendications patriotiques. Mais à Sétif un policier tire sur un jeune scout musulman tenant un drapeau de l'Algérie et le tue, ce qui déclenche une émeute meurtrière des manifestants, avant que l'armée n'intervienne.