mardi 25 octobre 2011

Tunisie,Egypte,Libye..... : l'Islamisme à le vent en poupe

.......«.....si les islamistes n'ont pas pris l'initiative de la contestation des régimes arabes, comme cela semble être réellement le cas, ils s'empressent de l'exploiter à leur profit....

Afrique du Nord - Les révoltes arabes commencent à révéler leur sens - L'Islamisme a le vent en poupe. La Tunisie a donné le la des révoltes arabes et semble donner le la de l'alternative aux régimes dictatoriaux. Le parti Ennahda tunisien, qui est sur le point d'être proclamé officiellement vainqueur de ce test démocratique, se réfère au modèle turc et promet de ne remettre en cause ni les libertés fondamentales, ni les droits civils des femmes, qui sont l'un des enjeux majeurs des islamistes. La première expérience démocratique arabe, qu'on a tendance à oublier, est l'Algérie, où les islamistes radicaux ont remporté les premières élections communales et législatives pluralistes. Les islamistes du FIS ont clairement promis la fin de la démocratie dès leur arrivée au pouvoir. L'un des leaders les plus en vue du FIS, a qualifié la démocratie de «Kofr» et contraire aux principes de l'Islam.
Le parti Ennahda tunisien a toujours été plus tactique dans ses approches que ses homologues arabes. Il est le premier parti islamiste de la région arabe à avoir investi avec force le Syndicat dans les années quatre-vingts et à défendre les droits des travailleurs face à une syndicratie de l'UGTT plus préoccupée par ses privilèges que par la défense des intérêts matériels et moraux des travailleurs. Ennahda n'a jamais mis en avant son programme maximaliste, pour ne pas effrayer le pouvoir et une société à laquelle on a imposé une forme de laïcité qui ne fait pas l'unanimité. Jamais l'avis des Tunisiens n'a été pris en compte aussi bien par Bourguiba que par Ben Ali. Lorsque les Tunisiens ont été consultés dimanche dernier, ils ont fait leur choix.

Le modèle turc
Certains observateurs occidentaux, qui ont une vision européocentriste du monde, n'analysent les sociétés du Sud qu'à travers leur prisme déformant qui présente l'Islam comme une menace pour l'Occident et détecte l'intégrisme religieux dans le comportement culturel et cultuel de tout musulman, ou s'aveuglent face à des phénomènes politiques qui prennent forme dans les pays musulmans et qui menacent les fondements des Etats et la stabilité nécessaire à un développement harmonieux et progressiste.

À ce propos, Annie Laurent, Docteur d'État en sciences politiques , auteur de «Vivre avec l'islam», Saint-Paul, 1996, estime que «depuis le début des révoltes qui secouent le monde arabe, la plupart des commentateurs européens expriment un optimisme qui manifeste parfois une vraie méconnaissance des données fondamentales caractérisant les sociétés concernées par ces ébranlements.

Un mot revient constamment sur les ondes et dans les journaux : démocratie. Et nos élites se réjouissent d'une perspective qu'elles attendaient et prédisaient depuis longtemps. Elles affirment tenir enfin la preuve que l'islam est compatible avec la démocratie, sans pour autant convaincre une large part de l'opinion publique inquiète des agissements islamistes.

Or, ces deux types de postulats reposent sur une ambiguïté qu'il convient de clarifier. Au risque de surprendre certains lecteurs, il faut dire que l'islam et la démocratie peuvent très bien se conjuguer. Sur le principe, il y a donc accord. Mais subsiste un malentendu qui réside dans la manière dont on comprend cette compatibilité dans l'Occident sécularisé et dans l'Orient islamisé.»

Annie Laurent porte ainsi un regard novateur sur la société musulmane, en faisant la part des choses et en nuançant son analyse non pas à travers une approche comparative avec la praxis démocratique occidentale mais en prenant en compte les éléments constitutifs de la société musulmane et ses propres expériences politiques à travers différentes époques de son histoire.

Donc Annie Laurent explique : «En effet, alors que la démocratie est chez nous synonyme de neutralité religieuse, il n'en est pas ainsi dans les pays où les populations sont à majorité musulmanes. Là, les notions de majorité et de minorité, inhérentes à tout système démocratique, se comprennent selon des modalités confessionnelles et non pas laïques.

Dès lors, des élections législatives organisées selon les critères démocratiques peuvent très bien amener au pouvoir des majorités islamistes qui risquent de surcroît de n'en plus bouger.»

Pour la politologue qui trouve le modèle turc auquel se réfère Ennahda tunisien, assez original : «le kémalisme est une voie originale qui place la religion sous le contrôle de l'Etat, la religion en question étant exclusivement l'islam sunnite.

Un organisme spécial fut créé à cet effet, la Dyanet, qui est rattaché au Premier ministre. L'Etat a donc la responsabilité exclusive de la gestion du culte. C'est lui qui décide de la construction et de l'entretien des mosquées et des écoles religieuses et en assure le financement ; c'est lui aussi qui nomme et rétribue les personnels chargés du culte et de la formation, lesquels ont donc le statut de fonctionnaires.

Ces mesures s'appliquent également aux imams envoyés dans les pays où vivent des expatriés turcs, comme l'Allemagne et la France. Il faudrait aussi, en Europe, s'interroger sur la nature de cette «laïcité» où les sunnites relevant de l'ethnie turque détiennent le monopole des responsabilités politiques, tenant à l'écart les citoyens qui confessent d'autres religions (alévis, chrétiens de différentes dénominations, juifs) et appartiennent à d'autres ethnies (Arméniens, Kurdes).» Ce constat révèle que la Turquie n'est pas aussi laïque que cela.

Du moins, il s'agit d'une laïcité différente de celle en vigueur dans les pays occidentaux. En fait, Atatürk n'a rien inventé, car ce modèle était en vigueur sous les Califats ommeyade et Abasside et en Andalousie. En d'autre terme, la démocratie n'est pas liée uniquement à des éléments culturels mais surtout à une situation économique et un bien-être social.

L'Europe médiévale était inquisitrice et intégriste et les scientifiques étaient taxés d'hérétiques et traqués par les gardiens du temple, alors que les sociétés musulmanes étaient l'exemple de l'ouverture politique, culturelle et scientifique et où y cohabitaient, paisiblement et de façon complémentaires, toutes les composantes ethniques, religieuses, linguistiques de l'empire musulman.

Pourquoi l'islamisme est une alternative ?
Au-delà des approches théoriques, même si l'expérience des pays musulmans postcoloniaux mérite d'être théorisée, le fait est que le pluralisme politique est toujours favorable aux courants islamistes, qu'ils soient modérés ou radicaux.

Manifestement les raisons de cette tendance lourde et générale dans les pays musulmans où l'ordre postcolonial est bouleversé, est à rechercher, d'une part, dans l'attitude de l'Occident vis-à-vis des sociétés musulmanes et, d'autre part, dans celle des gouvernants arabes vis-à-vis de leurs propres sociétés. Ce n'est pas par hasard que l'intégrisme religieux en Islam se soit développé dans deux espaces temps similaires :

En Orient, lorsque les Mogols ont envahi Bagdad, et, en Occident, lorsque les Espagnols ont commencé à menacer sérieusement les cités musulmanes d'Andalousie. L'intégrisme est donc une réaction primitive de préservation lorsque les forces de riposte rationnelle à toute invasion extérieure sont faibles ou inexistantes.

Depuis le Onzième siècle, l'intégrisme a commencé à façonner certaines mentalités et certains comportements au sein des sociétés musulmanes, avant que des théoriciens ne donnent une forme scolastique et intellectuelle au conservatisme sociale, qui puise ses arguments juridiques et sociaux dans les préceptes de l'Islam.

Lorsque le mouvement des Frères musulmans est né à El Ismaïlya, en Egypte, en 1928, l'arsenal théorique de l'intégrisme religieux était déjà finalisé dans ses grandes lignes grâce à Ibn Taymia et à ses disciples à travers les âges.

Le mouvement des Frères musulmans se voulait, à l'origine, une riposte au travestissement socio-culturel généré par la présence britannique en Egypte et à son influence sur la société.

Pourtant, la perception puritaniste des islamistes quant à la société musulmane, aussi bien sous le règne des quatre premiers Califes que celui des abassides et omeyyades, est plus une vision idyllique mythique qu'une réalité historique.

Néanmoins, cette société mythique a connu un âge d'or et était une puissance économique et militaire qui a dominé le monde. Les affres du colonialisme britannique et français ont renforcé cette vision et ce rêve puritaniste, non seulement chez les islamistes mais aussi chez le musulman commun qui ne voyais d'autres alternatives que le retour à l'Islam «originel», excluant du coup de l'héritage commun, tout le capital cumulé pendant les huit siècles de gloire de l'Islam et des musulmans.

Le colonialisme pilleur a exclu les sociétés musulmanes de toute possibilité de progrès collectif, puisqu'il en a fait des indigènes ou des sujets de second ordre. Le mimétisme de la culture occidentale par certaines catégories sociales musulmanes a fait du modèle occidentale dans toutes ses manifestations, non pas un exemple à suivre, mais une menace pour la cohésion de la Oumma, donc un modèle à combattre.

Cependant, et c'est là où résident les contradictions des islamistes et leurs limites politique, aucun mouvement islamiste proprement dit n'a mené un combat de libération nationale.

Les islamistes allaient évoluer à l'ombre des mouvements nationalistes au lendemain des indépendances, occupant des espaces de choix pour mener leurs propagandes et attendre le moment opportun pour occuper les devants de la scène médiatique et politique.

C'est ce qui s'est produit en Algérie lors des événements d'octobre quand ils ont émergé le 10 octobre pour négocier on ne sait quoi et c'est ce qui s'est passé en Tunisie et en Egypte, où ils ont pris le train en marche non sans prudence et calculs politiques précis.
Annie Laurent affirme qu'«en conclusion, si les islamistes n'ont pas pris l'initiative de la contestation des régimes arabes, comme cela semble être réellement le cas, ils s'empressent de l'exploiter à leur profit.

C'est pourquoi, en l'état actuel et sans préjuger d'évolutions plus lointaines, la lucidité oblige à admettre que l'empreinte de l'islam continuera de marquer fortement la vie politique et sociale de ces pays.

Comme en Turquie, dont le modèle séduit un monde arabo-musulman avide de se débarrasser des régimes autoritaristes et concussionnaires, la démocratie sert l'islamisme.»

Abdelkrim Ghezali

La Tribune/25/10/2011

Le lynchage de Kadhafi : une violation de l’article 3 commun aux Conventions de Genève de 1949

Pendant un entretien sur les stations radio Voice of Russia, Radio Russia et Ekho Moskvy, le ministre des Affaires étrangères russe, Sergueï Lavrov, répondit aux questions des auditeurs portant sur la situation en Libye et la mort de Kadhafi, suite à un échange de tirs entre les milices du Conseil national de transition (CNT) et des partisans de l’ancien régime. Le ministre russe déclara que « Kadhafi eut perdu sa légitimité depuis longtemps, mais sa mort évoque des questions sérieuses ».  M. Lavrov indiqua aussi que les vidéos et photos de la mort de Kadhafi montrent que le chef libyen fut tué après sa capture et non pas avant : « Les images que nous vîmes à la télévision indiquaient qu’il [Kadhafi] fut vraiment capturé après qu’il eut été blessé ; et que plus tard, déjà en captivité, il fut exécuté », dit-il.
Ce n’est pas par hasard que M. Lavrov souligna que la mort de Kadhafi constitua une violation des principes du Droit international humanitaire, qui exigent l’application de certaines procédures envers les prisonniers de guerre.
Pour rappel, les règles visant expressément à protéger les prisonniers de guerre furent énoncées pour la première fois de manière détaillée dans la Convention de Genève de 1929. Elles furent affinées dans la Troisième Convention de Genève de 1949, sur la base des leçons tirées de la Seconde Guerre mondiale, ainsi que dans le Protocole additionnel I de 1977. Le statut de prisonnier de guerre s’applique uniquement dans les situations de conflit armé international. Par prisonniers de guerre on entend généralement les membres des forces armées d’une des parties à un conflit étant tombés aux mains de la partie adverse.
La Troisième Convention de Genève fait mention d’autres catégories de personnes auxquelles ce statut peut s’appliquer ou qui peuvent être traitées comme des prisonniers de guerre. : « Les prisonniers de guerre doivent être traités avec humanité en toutes circonstances. Ils sont protégés contre tout acte de violence ou d’intimidation, ainsi que contre les insultes et la curiosité publique ».  Dans le cas de conflits armés non internationaux, tel que le cas de Libye, l’article 3 commun aux Conventions de Genève de 1949 et le Protocole additionnel II stipulent que les personnes privées de liberté pour des raisons liées au conflit soient elles aussi traités avec humanité, en toutes circonstances. « Elles seront notamment protégées contre le meurtre, la torture et les traitements cruels, humiliants ou dégradants ».
En guise de conclusion, l’assassinat militaire de Kadhafi aux mains des milices du CNT montre la volonté de l’Empire à envoyer un message précis et ferme à plusieurs destinataires au Moyen-Orient. Ce message dit : « voilà comment l’Empire punit ceux qui désobéissent sa volonté. Désormais, il n’y aura plus de procès ; les opposants à la volonté de l’Empire ne seront plus condamnés devant la Cour pénale internationale ; au contraire, ils seront lynchés immédiatement, une fois capturés ». La nouvelle politique de l’Empire vis-à-vis ses adversaires fut déjà mise en application à deux occasions : 1) l’assassinat de Ben Laden, le 2 mai 2011, et 2) l’assassinat de Awlaki, le 30 septembre 2011. Ainsi, le lynchage de Kadhafi forme la troisième application de cette politique.

Illustration flashback

Dans l’Antiquité, la crucifixion était d’application à l’Empire romain. Il s’agissait d’une peine particulièrement infâmante qui était théoriquement réservée en priorité aux esclaves, ultérieurement aux brigands et pirates ou à la rigueur aux prisonniers de guerre et condamnés politiques. Contrairement aux esclaves, les citoyens de l’Empire bénéficiaient de leur droit d’être condamnés devant un tribunal ; et d’être soumis à d’autres procédures pénales.

Le pillage de la Libye

Maintenant que le tyran de Tripoli est mort et que les canons se sont tus – nous l’espérons – des points d’interrogation se précipitent devant nos yeux, en provenance de la ville ruinée de Syrte, la dernière forteresse du « roi des rois d’Afrique », détrôné par les cavaliers du Conseil national de transition (CNT), et abattu dans les rues de sa ville natale : Que sera la Libye maintenant que son infrastructure est complètement détruite, ses villes sont ruinées par les bombardements intensifs de l’OTAN ? Que restera de la paix et de la cohabitation entre les différentes tribus, unités composantes de la société libyenne, de part et d’autre, « bédouine », maintenant que le « roi des rois d’Afrique », Kadhafi, fut lynché dans les rues de Syrte et de Misrata, sous les regards de ses frères du clan Ghous et de la tribu Kadhafa ? Qui sera le vrai gagnant de cette guerre, faite par les milices du CNT, et télécommandée par les forces de l’OTAN ? et les ressources pétrolières et gazières, resteront-elles propriété du peuple libyen, ou seront-elles privatisées et baptisées aux noms des compagnies pétrolières occidentales ?
En préambule, la Libye constitue l’une des plus grandes économies pétrolières du monde. Les évaluations les plus récentes estiment les réserves pétrolières de la Libye à 60 milliards de barils et ses réserves de gaz à 1500 milliards de mètres cube (m3). Sa production de pétrole se chiffre entre 1,3 et 1,7 millions de barils par jour. Un tel banquet va sans doute aiguiser l’appétit pantagruélique des puissances impérialistes. Ainsi, la présumée « opération humanitaire » en Libye fait partie du programme militaire de l’OTAN au Moyen-Orient et en Asie centrale, consistant à mettre la main sur plus de 60 % des réserves mondiale de pétrole et de gaz naturel .  En un mot, l’occupation de la Libye servirait les mêmes intérêts privés que l’occupation de l’Irak en 2003. Cependant, l’Empire étatsunien et ses provinciis europais, c’est-à-dire l’OTAN, ne se trouvent pas en mesure d’entamer une troisième guerre en Libye, au moment où leurs legiones trébuchent en Irak et en Afghanistan. La voie la plus courte et la moins couteuse, menant à l’occupation de la Libye, sans l’engagement en bataille des troupes de l’Empire, fut pour l’OTAN une sorte d’éclatement du pouvoir dictatorial de l’intérieur, à l’aide d’une insurrection militaire, et cela en jouant la carte des contradictions tribales de la société « bédouine » libyenne.
De surcroit, dès le début de cette « opération humanitaire », comme il plait à l’OTAN de l’appeler – c’est-à-dire le bombardement intensif de l’infrastructure du pays, selon les données du terrain – l’OTAN précisa un objectif sous-jacent de trois points majeurs : 1) prendre possession des réserves de pétrole de la Libye ; 2) déstabiliser la CPN ; 3) privatiser l’industrie pétrolière du pays, soit transférer le contrôle et la propriété de la richesse pétrolière libyenne dans des mains étrangères .
Sans nul doute possible, le bombardement intensif de la Libye, de son infrastructure et de ses villes, par l’OTAN constitue un crime de guerre au regard des normes internationales compte tenu du fait que la population civile en est la principale victime. Ce drame demeure ignoré par les médias de l’Empire et de ses provinciis europais. Un silence qui fait d’eux des complices .  Les forces aériennes de l’OTAN effectuèrent depuis le 19 mars plus de 10 000 missions d’attaque, larguant environ 40 000 bombes, détruisant plus de 5 000 objectifs sans subir aucune perte. Et l’objectif de la guerre demeure celui d’occuper un pays dont la position géostratégique, à l’intersection entre Méditerranée, Afrique et Moyen-Orient, est de première importance .

Le mensonge « humanitaire »

Sur un autre plan, l’ancien agent de MI5, Annie Machon, contredit le mythe américain sur « l’intervention humanitaire » de l’OTAN. Selon elle, le bombardement intensif de l’infrastructure par les forces de l’OTAN réduisit la Libye en un simple terrain de l’Âge de la pierre. Selon elle, la destruction de la Libye attint un point de non retour. Machon dit que « même si Kadhafi était un dictateur odieux et une épine dans le flanc des pays occidentaux depuis trois décennies, mais cela ne nie pas la réalité que pour la majorité des Libyens leur qualité de vie a été parfaitement bien ».
Sous la tyrannie de Kadhafi, les Libyens « avaient une éducation gratuite, des services de santé gratuits, ils pouvaient étudier à l’étranger. Quand ils se mariaient, ils recevaient une certaine somme d’argent. Plusieurs pays africains les enviaient.
Comme résultat de bombardement intensif de l’infrastructure, les Libyens sont retournés à l’âge de pierre. Ils n’auront pas la même qualité de vie. Les femmes ne bénéficieront probablement pas du même niveau de représentation dans les futurs gouvernements. La richesse nationale probablement va être pillée par les compagnies occidentales. Peut-être le niveau de vie en Libye aurait été légèrement supérieur à ce qu’il est peut-être aujourd’hui en Amérique et au Royaume-Uni sous la récession », ajouta Annie Machon.
Il est évident que les médias de l’Empire n’évoquent pas les réalisations du Tyran de Tripoli dans les domaines de la construction et du développement de l’infrastructure de la Libye, entamée et achevée pendant ses quatre décennies de tyrannie, telles que la nationalisation des hydrocarbures, la construction de la Man Made River (les plus importants travaux d’irrigation au monde), la redistribution de la rente pétrolière (il fit d’une des populations les plus pauvres du monde, la plus riche d’Afrique) .
Apothéose
Maintenant que les cavaliers du CNT se précipitent dans les rues de Tripoli et de Benghazi, célébrant la mort du colonel Kadhafi, le coût de guerre se pèsera lourdement sur l’épaule du peuple libyen. La Libye tomba déjà à la prise des puissances impérialistes ; d’ores et déjà leur indépendance ne sera qu’illusoire. Les chiffres des pertes humaines dépassent les 30 000 morts et 50 000 blessés, le pays est en ruine .
S’il est vrai que le meurtre du colonel Kadhafi par le CNT mit fin à la légende du « roi des rois d’Afrique », il n’est pas moins vrai que ce meurtre donna aussi le coup de grâce à l’indépendance de la Libye.

Le nouveau né

Demain dès l’aube, les cavaliers du CNT se réuniront pour mettre une nouvelle constitution, entamer des élections – « démocratiques » sans doute – et choisir un représentant légitime du peuple libyen. Ainsi, le monde verra naître un nouveau Hamid Karzai, un nouveau Nouri al-Maliki.
Fida DAKROUB
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L'OTAN a assassiné Kadhafi - Les Etats-Unis, la France, la Grande Bretagne ont enfin atteint leur but en Libye : assassiner Kadhafi !

Mardi 25 octobre 2011
Les Etats-Unis, la France, la Grande Bretagne ont enfin atteint leur but en Libye : assassiner Kadhafi !
Les mensonges visant à faire croire que ce sont les « forces du CNT » qui l’ont assassiné ne tromperont personne. D’ailleurs, l’OTAN a reconnu avoir bombardé « un convoi pro-Kadhafi » le jeudi matin. Et comme par hasard, quelques heures après, on annonce « la capture » ou « la mort » de celui-ci.  

Un assassinat de sang froid

Il ne fait donc guère de doute que c’est l’OTAN, assistée par les Forces Spéciales des pays occidentaux, qui a assassiné Kadhafi, de sang froid. On remarquera que ce crime est intervenu deux jours après la visite de la Secrétaire d’Etat des Etats-Unis, Madame Hillary Clinton à Tripoli, au cours de laquelle, elle a dit à propos de Kadhafi :
« j’espère qu’il sera bientôt capturé ou tué ».
C’est donc un crime d’Etat dont la responsabilité repose sur les épaules de Barack Obama, Nicolas Sarkozy et David Cameron, les principaux chefs de guerre de l’agression impérialiste occidentale contre un régime souverain. L’on se souvient que dès le début de cette agression, l’OTAN avait cherché à plusieurs reprises à assassiner le dirigeant libyen, dont un des fils et trois des petits-enfants furent tués lors d’un bombardement sur leur résidence.
Ainsi, cet assassinat de sang froid expose-t-il à la face du monde la nature barbare, tyrannique et cruelle de cette alliance impérialiste. Il faut voir le concert de discours de « satisfaction » de ses dirigeants, certains se disant même « fiers » d’avoir contribué à cet ignoble assassinat. Les dirigeants occidentaux ont ainsi montré leur nature sanguinaire, perverse et despotique. Ce sont des individus immoraux et qui n’hésiteront pas à mentir, à tuer et à massacrer pour arriver à leurs fins.  
La complicité des Nations Unies
Ce qui également saute aux yeux de l’opinion mondiale c’est le rôle peu glorieux joué par les Nations Unies. Ban Ki-Moon, le Secrétaire Général, s’est empressé de lire une déclaration pour parler « d’une transition historique » pour la Libye et surtout proposer les services de l’ONU pour « aider » l’OTAN et ses mercenaires !
On sait déjà que les Nations Unies avaient été complices de l’assassinat d’un dirigeant africain, en la personne de Patrice Lumumba au Congo en 1961. Mais on pensait que cela ne se répéterait plus jamais. Le 20 octobre 2011 restera donc un autre jour d’infamie dans l’histoire de l’organisation onusienne.
Quel avenir pour la Libye ?
L’élimination physique de Kadhafi va peut-être mettre fin –pour combien de temps ?- à la résistance à l’occupation du pays par l’OTAN et ses mercenaires. Mais on peut affirmer que l’avenir ne s’annonce pas des plus heureux pour le peuple libyen. Le pays est déjà en voie de recolonisation. Les forces de l’OTAN et les Forces Spéciales ne sont pas prêtes de quitter la Libye. Les pays membres de l’OTAN, qui ont installé le CNT, vont imposer leurs exigences, non seulement pour le partage et l’exploitation des ressources naturelles du pays, mais également et surtout pour l’octroi de « facilités militaires », autrement dit des bases militaires terrestres, navales et aériennes. Faut-il rappeler que c’est Kadhafi qui avait fermé les bases militaires opérées par les yankees après sa prise de pouvoir en 1969 ?
Ainsi, la Libye risque-t-elle de se transformer en une nouvelle colonie, devenant ainsi une menace pour ses voisins.
Les leçons pour l’Afrique
En osant défier la horde impérialiste de l’OTAN tout seul pendant des mois, sans le moindre soutien de la part d’un Etat africain, essuyant même des trahisons comme celle du président sénégalais Wade, Kadhafi a donné une leçon magistrale aux dirigeants africains : une leçon de courage, de bravoure et de dignité dans l’épreuve. Il avait dit et répété qu’il ne quitterait jamais le pays de ses ancêtres et qu’il préférait y mourir plutôt que d’aller en exil. Il a tenu parole et est entré dans la légende. Jusqu’au bout, il a refusé d’accepter le moindre ultimatum, la moindre injonction de la part des despotes occidentaux. .
Quel contraste avec le comportement de nombre de dirigeants africains, surtout parmi ceux qui ont été les premiers à le trahir, comme Abdoulaye Wade. Ils subissent quotidiennement des humiliations de la part de leurs maîtres occidentaux, recevant des avertissements, des ordres à propos de tout et de rien. Ils vivent dans l’indignité et le mépris de ces maîtres. Ce sont des individus prêts à satisfaire le moindre caprice de ces derniers. Comme le remarquait à juste titre, feu le Professeur Joseph Ki-Zerbo, des gens qui ne savent qu’imiter et obéir, ne méritent pas d’être appelés « dirigeants »
Kadhafi n’était certes pas un démocrate, loin de là. C’était un dictateur à bien des égards, un dirigeant parfois imprévisible. Mais c’était un dictateur éclairé qui aimait son pays et l’Afrique. Il se sentait africain et avait une vision et une grande ambition pour celle-ci.
Aucun Chef d’Etat du continent n’a fait autant pour faire avancer l’unité africaine, pour l’indépendance et la sécurité du continent.
C’est pourquoi on peut affirmer que la chute et l’assassinat de Kadhafi vont sonner le glas efforts entrepris pour former les Etats-Unis d’Afrique, du moins dans un avenir prévisible. Des avancées qui avaient faites dans la construction de l’unité économique du continent seront sans doute mises en veilleuse, voire abandonnées. C’est le cas de la Banque centrale africaine, du Fonds monétaire africain et de la Banque africaine d’investissement. Cette dernière devait justement être établie à Tripoli ! Kadhafi était la force motrice derrière ces projets et était prêt à utiliser les réserves de change de son pays dans ce sens.
Les attitudes racistes du CNT, illustrées par les massacres contre les Libyens noirs et les ressortissants des pays d’Afrique au Sud du Sahara, montrent que les dirigeants installés par l’OTAN ont d’autres priorités que la construction de l’unité africaine.

La conquête de la Libye par les pays membres de l’OTAN annonce de sombres perspectives pour l’indépendance et la sécurité du continent. Elle risque d’ouvrir grandes les portes de celui-ci à AFRICOM –le projet de militarisation du continent par les Etats-Unis - qui, jusque- là, n’avait pas trouvé de pays d’accueil sur le sol africain.
Donc, la mise sous tutelle de la Libye par les occidentaux et l’assassinat de Kadhafi risquent d’être le point de départ de la militarisation de l’Afrique et de l’accélération de sa recolonisation. .
 
 

LIBYE : La mort qui hante les esprits en occident - Les stratèges de la guerre de précision, chirurgicale, ont laissé s’exprimer le sentiment de vengeance et la loi du Talion.

26-10-2011
....Le mal est fait. Si enquête il devrait y avoir , elle doit commencer par situer la responsabilité des alliés dans toute la tragédie libyenne. Sur le lynchage du colonel Kadhafi et de tous ses partisans dont les corps gisent encore sur le sol de Syrte......
La mort tragique du colonel Kadhafi, disons dans la pure tradition barbare, dont le cadavre et celui de son
fils Mouatassim ont été exhibés pendant plusieurs jours aux caméras des portables du grand public assoiffé de vengeance, ont paraît-il choqué en Occident. Beaucoup de dirigeants européens qui étaient les farouches partisans des bombardements aveugles en Libye, au prétexte hypocrite de sauver les populations civiles des bombardements de la barbarie de Kadhafi, se voilent aujourd’hui le visage pour ne pas voir la mise à mort du « tyran », dont ils savent que ce sont eux les commanditaires.
Pour en finir avec le spectacle macabre des visites qui contrarient la morale et le rite musulmans, les puissances occidentales ont instruit les autorités libyennes d’enterrer au plus vite et discrètement les deux cadavres. Un ordre que le CNT a exécuté sans discuter, frustrant ainsi le sentiment de vengeance des visiteurs qui faisaient encore la queue devant la morgue de Misrata.
Pour se donner bonne conscience, les dirigeants occidentaux ont multiplié communiqués et déclaration de « rejet » de ces images relatant un crime de guerre inédit jusque-là, depuis la fin de Mussolini. Après un bon nombre de ses collègues de l’Union européenne, à leur tête le Français Alain Juppé qui est derrière la tragique guerre de Libye, planifiée pour soigner la carrière politique de Nicolas Sarkozy dans l’espoir de voir ce dernier renvoyer l’ascenseur, en 2012, la chef de la diplomatie espagnole a traduit cet état d’esprit quand elle exprime son « rejet total des conditions dans lesquelles est intervenue la mort de Kadhafi ». Un regret sincère chez cette dame attachée au principe des droits de l’homme à deux vitesses — à la veille de se rendre au Maroc au mépris du sort des Sahraouis — et aussi une façon pour elle de dire que cette mort est une dérive libyenne.
Ceux qui, en mars dernier, avaient plaidé en Occident pour une intervention militaire en Libye dont les dérives et dérapages étaient connus d’avance, avaient déjà à l’esprit la mort de Kadhafi. Peut-être pas dans ces conditions, mais une mort quand même qui ne pouvait être que violente.
Oui,  la mort était déjà au programme de l’OTAN ,et les regrets de l’Alliance atlantique ne changeront rien à cette vérité. Les faits sur le terrain ont apporté la preuve que les Occidentaux, qui ont bien planifié cette guerre dans les moindres détails, ne pouvaient pas ne pas prévoir au sol le comportement barbare de leurs alliés au sol.
Les stratèges de la guerre de précision, chirurgicale, ont laissé s’exprimer le sentiment de vengeance et la loi du Talion. Ils porteront la responsabilité devant la communauté internationale du lynchage de Kadhafi.
Il est trop tard pour exprimer des regrets. Ou encore d’avertir comme ils le font les nouvelles autorités libyennes que « n’importe quel criminel pour aussi sanguinaire qu’il soit a droit à un procès », ou encore de réclamer aux auteurs matériels du lynchage « l’ouverture d’une enquête sur la mort de Kadhafi », ou encore de reconnaître que les images diffusées déjà par les chaînes de télévision sur les conditions dans lesquelles celle-ci a eu lieu provoquent un profond rejet. Le mal est fait. Si enquête il devrait y avoir , elle doit commencer par situer la responsabilité des alliés dans toute la tragédie libyenne. Sur le lynchage du colonel Kadhafi et de tous ses partisans dont les corps gisent encore sur le sol de Syrte.
L’hypocrisie est poussée à son comble dans les déclarations des dirigeants occidentaux qui ont « bombardé la dictature » de Kadhafi pour finalement dérouler le tapis du pouvoir sous les pieds d’un régime aux mains des fondamentalistes. Personne parmi les dirigeants occidentaux ne voit d’inconvénient à la présence d’Al Qaeda au pouvoir en Libye, à l’application de la charia tant décriée en Occident, « car beaucoup de pays de la région appliquent la loi islamique, ce qui n’est pas incompatible avec la démocratie».  La démocratie ? C’est selon les cas aux yeux des donneurs de leçons de démocratie et des droits de l’homme. On verra par la suite ce que sera la réaction de Paris dont le l’un des porte-parole dit que Sarkozy garde un œil sur la Libye, et un autre sur la Tunisie où Ghannouchi a raflé le suffrage démocratique de dimanche.
B. H.
EL-MOUDJAHID