mercredi 21 mars 2012

SOUDAN : Histoire de sang et de Pétrole

Le conflit qui dure au Soudan depuis des décennies a été généré et voulu, comme ailleurs en Afrique, par les puissances mondiales au XIX°s, qui se sont réparti le continent en délimitant leur sphère d’influence et en dessinant les frontières de chaque pays de façon à favoriser les conflits ethniques, tribaux, religieux et économiques. Si on ajoute à cela les potentats qui ont été mis en place ou tolérés par ces mêmes pays pour éviter les velléités d’indépendance et de démocratie des populations et qui ont perpétué les divisions et les privilèges d’une caste, on en arrive à ce qui se passe au Soudan actuellement, où les conflits et la guerre durent depuis des décennies. La sécession du Sud-Soudan, qui possède 80% du pétrole national, est une aubaine pour les Etats-Unis, qui voyaient d’un très mauvais œil que la Chine domine l’exploitation de la manne pétrolière dans le pays. Hélas, ce référendum, sous haute surveillance extérieure et présenté comme ouvrant la voie à la fin des conflits et à l’instauration de la démocratie, n’est encore qu’une des fourberies de la “communauté internationale” menée à grand train par les USA. Voir ce qu’en dit l’article : “Sudan A tale of blood and oil in Africa”, d’Anne Talbot, publié par WSWS le 11 janvier 2011.
Histoire de sang et de pétrole au Soudan Les reportages sur le référendum pour déterminer si les provinces du Sud-Soudan doivent faire sécession ont pris des accents de réjouissances, et, cela, même avant la fin du scrutin à la fin de la semaine. Et c’est le même ton qu’emploie le président Barack Obama dans une tribune libre parue dans le New York Times.

Ce « scrutin historique est la mise en application d’un processus d’autodétermination de longue date, déclare-t-t-il, une victoire aux élections sera un motif de réjouissances et un pas en avant vers le long cheminement de l’Afrique sur la voie de la démocratie et de la justice”.

Ces propos sont mensongers. Il y a lieu, certes, de se réjouir d’une sécession du Sud dans l’espoir qu’un trait sera tiré sur la guerre civile qui dure depuis des dizaines d’années entre le nord et le sud. Deux millions de personnes sont mortes au cours du conflit qui a commencé sitôt après la déclaration d’indépendance du pays en 1956 et s’est poursuivi jusqu’en 2005, les 21 dernières années ayant été les plus dévastatrices. Il y a près de 4 millions de déplacés. Des générations entières ont grandi dans des camps de réfugiés. Mais ce référendum n’a rien à voir avec l’autodétermination, la paix ou la démocratie. Il est dicté par la volonté des Etats-Unis de prendre le dessus stratégique sur la Chine, qui domine l’industrie pétrolière au Soudan, dont 80% de la production est située dans le sud. Leur objectif est de mettre en place un état fantoche qui servira de tremplin à la domination des Etats-Unis dans toute la région. La sécession du Sud et la création d’un nouvel état capitaliste ne fera que pérenniser le conflit religieux et ethnique avec pour résultat probable la reprise de la guerre. Déjà plus de 30 personnes auraient été tuées dans des conflits le long de la frontière envisagée entre le nord et le nouvel état du sud. Les Etats-Unis sont parfaitement conscients d’une telle éventualité. Washington arme et entraîne l’’Armée populaire de libération du Sud-Soudan (l’APLS, en anglais : Sudan People’s Liberation Army/Movement – SPLA) pour la préparer à une éventuelle attaque contre Khartoum dans le Nord, soutenue par les Etats-Unis. C’est la menace qui sous-tend les avertissements voilés qu’adresse Obama au gouvernement d’Omar el-Bashir :

“Si vous remplissez vos obligations, et choisissez la paix, il sera possible d’établir des relations normales avec les Etats-Unis, à savoir, par exemple, que nous mettrons fin aux sanctions économiques et nous envisagerons, conformément aux lois US, de rayer le Soudan des listes des états qui soutiennent le terrorisme. En revanche, ceux qui transgresseront leurs obligations internationales devront subir davantage de pressions et d’isolement”.

Les quelque cinquante états qui existent actuellement en Afrique et leurs frontières sont tous marqués du sceau des intrigues historiques des anciennes puissances coloniales. Ce sont la Grande-Bretagne, la France, l’Allemagne, la Belgique, le Portugal, etc., qui ont défini les frontières actuelles pour délimiter leurs sphères d’influence par rapport à leurs rivaux, et qui en ont dessiné les contours précisément pour inciter et exploiter les conflits ethniques dans le cadre d’une stratégie de division, de conquête et de domination. C’est l’héritage de la « ruée vers l’Afrique » du XIX°s qui a eu des conséquences qui se sont répercutées jusqu’à aujourd’hui. La création d’un état tel qu’il a été proposé au Sud-Soudan n’est pas moins ignoble en substance que celle de la République du Biafra pendant la guerre civile au Nigeria. Comme au Soudan, les frontières du Nigeria avaient été définies à partir des revendications rivales des puissances impérialistes. A la suite de la proclamation de l’indépendance en 1960, le pays avait été déchiré par des conflits entre les états féodaux musulmans semi-autonomes dans le nord quasi désertique et les royaumes chrétiens et animistes au sud et à l’est, où se situent les réserves de pétrole du pays. En 1967, le gouvernement militaire au pouvoir dans la région de l’est proclamait l’indépendance du Biafra— ce qui déclenchait une guerre où 1 million de civils étaient tués jusqu’à ce le Biafra soit réintégré au Nigeria. La Grande-Bretagne, l’ancienne puissance coloniale, qui n’avait pas reconnu la république du Biafra, était restée insensible aux malheurs du peuple Ibo car elle était soucieuse de protéger les intérêts de la Shell Oil, qui étaient tributaires des relations entre Londres et le Nigeria. Washington avait également soutenu le Nigeria. La France, le Portugal, Israël, la Rhodésie, l’Afrique du Sud et le Vatican soutenaient, eux, les séparatistes du Biafra. Il faut également se rappeler le terrible passé d’intrigues qu’a connu également le Soudan. A partir des années 1880, la Grande Bretagne voulait s’emparer du Soudan pour empêcher la France d’annexer une région qui avait la mainmise sur les sources du Nil. Le Soudan est devenu une colonie britannique en 1898 à la suite du massacre systématique de soldats africains. La partition nord-sud actuelle est l’héritage de la domination britannique. La Grande-Bretagne dressait les groupes tribaux, ethniques et religieux les uns contre les autres. Obama suit les traces des Britanniques en renforçant ces divisions. Les dépêches diplomatiques publiées par WikiLeaks expliquent la façon dont les US ont fait parvenir clandestinement des armes au sud du pays tout en parlant de paix en public. Selon les d’accords de paix signés en 2005, qui mettaient un terme à la guerre civile, les Etats-Unis ont le droit de fournir du matériel non létal et des séances d’entraînement à l’’Armée populaire de libération du Sud-Soudan. WikiLeaks confirme que la cargaison de tanks, de lance-grenades et de fusils anti-aériens saisie par des pirates somaliens dans le Golfe d’Aden en 2008 était bien destinée au sud- Soudan, et non pas au Kenya comme l’avaient prétendu les Etats-Unis à l’époque. Cette cargaison d’armes faisait partie de la volonté d’armer l’APLS pour préparer le référendum actuel et la sécession. La politique US en Afrique est motivée par son hostilité vis-à vis de l’essor de la Chine dans la région. WikiLeaks a publié des déclarations de Johnnie Carson, le Sous-Secrétaire aux Affaires africaines sur la présence de la Chine en Afrique, où il a identifié ce qu’il a appelé des “tripwires” qui déclencheraient une riposte militaire US :

“Ont-ils signé des accords de base militaire ? Entrainent-ils les armées ? Ont-ils mis en place des services secrets ? Une fois que ces domaines se seront développés, les Etats-Unis pourront commencer à s’inquiéter”.

Carson poursuit : “La Chine n’est pas en Afrique pour des motifs altruistes. La Chine est en Afrique essentiellement pour la Chine.” Il en va de même, bien entendu, pour l’Amérique, et ce sont les Etats-Unis, pas la Chine, qui cherchent à déclencher un conflit militaire et qui fournissent des armes aux gouvernements sur tout le continent africain. Robert Gates, le Secrétaire américain de la Défense, a récemment exprimé ses inquiétudes quant au potentiel militaire chinois. Avant de se rendre à Beijing, Gates avait annoncé que les Etats-Unis augmenteraient leur puissance militaire en réponse à l’investissement militaire croissant de la Chine. “Nous devons réagir en conséquence selon nos propres programmes”, avait-il dit, d’un ton menaçant. Les Etats-Unis lancent une course à l’armement sur le continent africain, qui, grâce au pétrole et aux ressources en minéraux, est prêt à devenir un des champs de bataille stratégiques dans la lutte qui est menée actuellement pour une nouvelle répartition du monde. Les populations du Soudan et de tout le continent africain sont prises en otage par les desseins cupides des grandes puissances et des élites locales qui leur servent d’intermédiaires. Ce qu’il faut absolument à l’heure actuelle, c’est que se développe un mouvement politique de masse de la classe ouvrière et paysanne en Afrique qui militerait pour une libération socialiste du continent, conjointement avec les classes ouvrières des Etats-Unis, de l’Asie et de l’Europe et de l’Amérique latine.

Ann Talbot

Médias sociaux ou anti-sociaux ? "Si nous voulons changer l’humanité et la vie, il faut mettre fin au système capitaliste" - Evo Morales, président de la Bolivie

....Les Palestiniens continuent d’être occupés par un état colonisateur d’apartheid financé par les aides massives des contribuables étasuniens mais aucun miracle de l’internet, tweet ou autre, ne permet à cette information d’atteindre personnellement les célébrités et les millions de gens qui n’ont pas de vie à eux et qui suivent les célébrités.....
On nous ressasse en boucle que l’économie repart —une fois de plus— et cette fois pendant une campagne présidentielle qui coûte des milliards de dollars. Mince alors ! Les menaces de nouvelles guerres à l’étranger n’ont aucun rapport avec la politique, ni les signes de dépression physique et mentale de notre armée et d’ailleurs rien de tout cela ne doit nous inquiéter puisque l’économie repart ! Une fois de plus ! Malheureusement cette logique marchande optimiste domine encore notre conscience, mais la pensée critique gagne de plus en plus de sujets de ce système. Même si c’est parfois très lentement, comme lorsque des personnes honnêtes et droites sont emportées dans des tsunamis émotionnels par un outil de manipulation appelé média social.
Il y a eu récemment un buzz sur Internet à propos des Enfants Invisibles* qui a provoqué une tragédie dans les esprits invisibles de beaucoup d’adultes. Les mêmes médias sociaux qui contribuent à l’évolution de ceux qui cherchent la démocratie permettent aussi à la minorité qui s’y oppose de maintenir un contrôle anti-social. Grâce à de nouveaux outils de manipulation, ils peuvent semer la confusion chez beaucoup de monde par des contacts apparemment individuels qui se nourrissent de la culture consumériste centrée sur elle-même et obsédée par elle-même. Les messages personnels envoyés à des personnes en les suppliant de les partager sans limite peuvent se révéler plus convaincants que les méthodes anciennes de diffusion médiatique de masse. Mais les textos, les tweets, les mails, tout en rapprochant les gens d’une manière que les utilisateurs de moyens électroniques ne comprennent pas encore bien, offrent beaucoup d’opportunités aux contrôleurs du système qui prennent ainsi de plus en plus de pouvoir sur la planète et tous ses habitants. Il n’a jamais été plus nécessaire d’écouter Morales.
Les campagnes actuelles en faveur de l’intervention en Syrie et de l’attaque contre l’Iran sont les symptômes du stress d’une économie globale qui enrichit furieusement une toute petite minorité tout en réduisant la vaste majorité à l’endettement, la guerre et la misère. La confusion populaire n’est pas seulement due aux grands groupes médiatiques mais aussi à l’arme de désinformation et d’endoctrinement de masse constituée par les nouveaux médias sociaux. Et que ce soit en Orient ou en Occident, les souffrances augmentent pour que quelques personnes puissent vivrent dans le grand luxe.
Les Palestiniens continuent d’être occupés par un état colonisateur d’apartheid financé par les l’aide massive des contribuables étasuniens mais aucun miracle de l’internet, tweet ou autre, ne permet à cette information d’atteindre personnellement les célébrités et les millions de gens qui n’ont pas de vie à eux et qui suivent les célébrités.
En attendant, la soi-disant renaissance de l’industrie automobile aux Etats-Unis est entièrement due à des aides publiques payées par les contribuables à des entreprises privées qui ont embauché de nombreux travailleurs mais à moitié prix des anciens travailleurs. A Tel Aviv, Detroit ou Wall Street, c’est une aubaine pour la minorité des investisseurs mais c’est une catastrophe pour la majorité. Voilà comment il faut voir toutes les soi-disant menaces étrangères et les soi-disant redressements des marchés boursiers : Ils profitent à très peu de personnes tout en causant de grandes pertes à la majorité et, ce faisant, ils compromettent de plus en plus l’avenir de tous.
Les élections étasuniennes offriront aux électeurs le choix habituel du moindre mal, ce qui leur garantit la continuation de leurs maux ; les politiques sociales nécessaires pour transformer la réalité ne feront pas partie de leurs programmes. La demande pour des banques publiques, un salaire maximum, un impôt sur la richesse, la sécurité sociale pour tous, beaucoup plus de dépenses sociales et beaucoup moins de dépenses militaires, continuera à venir de l’extérieur de ce qu’on appelle les deux courants dominants de la politique mais qui sont en fait les deux ailes d’une seul parti entrepreneurial qui représente la minorité qui détient le capital. La majorité, dont on comprend la colère, est divisée entre les mouvements du tea-party et de Occupy et des groupes identitaires, et il faudrait qu’elle élabore en commun un projet de démocratie qui réponde aux besoins de la population toute entière et pas seulement à ceux d’une cabale de milliardaires. Mais une évolution vers une telle démocratie peut se révéler impossible à des gens qui ont été élevés dans l’inégalité, l’élitisme et le mépris des autres et qui dans leur grande majorité ne croient pas en la démocratie et ne la pratiquent pas. Ils soutiennent le pouvoir basé sur les doctrines du "peuple élu" ou de la "race supérieure", d’une minorité qui essaie de dissimuler la réalité de la république pervertie et de la religion patriarcale du libre marché capitaliste sous des éléments de langage cosmétiques.
La domination de l’opinion publique diminue même si ce n’est pas assez vite pour garantir un issue positive. Mais dès que les gens ont repris le contrôle de leur vie, de leur communauté et de leur environnement, le progrès est beaucoup plus rapide que la destruction réactionnaire dont on a mis si longtemps à comprendre les causes. Mais il ne faut pas que ceux qui aspirent à la démocratie se laissent séduire par des doctrines sociales terriblement nocives qui engendrent les divisions, les oppositions, les luttes au profit de minorités nationales et aux dépens de l’immense majorité.
La maladie de l’économie politique capitaliste a conduit l’humanité à un point de non retour mais elle offre aussi l’accès à un monde meilleur pour tous et pas seulement pour quelques uns. Il faudrait mettre en place une vraie démocratie dans notre pays non pas en assassinant des étrangers mais en s’organisant et en s’unissant avec nos compatriotes. Cela demande plus de respect mutuel que celui auquel notre éducation anti-sociale nous a habitués, mais une fois que nous aurons compris que la liberté individuelle n’est possible qu’en communauté et non dans l’isolement nous y parviendrons sûrement.
D’abord il faut faire taire les bruits de guerre avant qu’ils ne nous mènent vraiment à la guerre et il faut contrecarrer le pouvoir de la minorité financière sur la planète. Cela ne sera pas la conséquence des élections de Novembre et cela ne se fera certainement pas si on permet l’utilisation des médias sociaux à des fins anti-sociales, mais il faut que cela arrive vite.
Frank Scott
Frank Scott est un commentateur politique qui écrit pour le Coastal Post et The Independent Monitor et collabore au blog Legalienate.
Pour consulter l’original : http://dissidentvoice.org/2012/03/social-or-anti-social-medi...
Traduction : Dominique Muselet pour LGS
URL de cet article 16127 http://www.legrandsoir.info/medias-sociaux-ou-anti-sociaux-dissident-voice.html