lundi 11 avril 2016

ARABIE SAOUDITE : L’effondrement total approche rapidement, il n’y a vraiment rien qui puisse être fait pour arrêter cela.



L’Arabie saoudite n’est pas un État du tout. 
Il y a deux façons de le décrire :
 - comme une entreprise politique avec un modèle d’affaires intelligent mais au final insoutenable et si corrompu qu’il peut ressembler dans son fonctionnement à une organisation criminelle intégrée verticalement et horizontalement. De toute façon, il ne peut pas durer. Cela fait déjà un moment que les décideurs aux USA ont commencé à planifier l’effondrement du royaume saoudien.
 Au cours des dernières conversations avec des militaires et d’autres employés du gouvernement, nous avons été surpris de voir à quel point ils semblaient surpris à cette perspective. Voici l’analyse sur laquelle ils devraient se pencher.
 Comprise dans ce sens, le roi saoudien est le PDG d’une entreprise familiale convertissant du pétrole en actifs financiers qui achètent la loyauté politique. Cela prend deux formes : les subventions en espèces ou des concessions commerciales pour les toujours plus nombreux pions du clan royal, et un minimum de biens publics et de possibilités d’emploi pour les roturiers.
L’Arabie saoudite fonctionne globalement sur un modèle de corruption institutionnalisée. Elle a besoin d’argent en cash pour garder la population dans sa main, pour garder une famille royale sans cesse croissante, riche et heureuse, et pour s’assurer que tout le monde est en train de faire son travail. Ce n’est pas comme cela qu’on conçoit la vie dans la plupart des pays occidentaux, où une grande partie de la population a un sentiment déplacé de devoir civique. Ce système a besoin d’argent, et ne peut pas survivre sur des reconnaissances de dette.
Les élites dans cette société exigent une vie de luxe perpétuelle, et les subventions du gouvernement sont la seule chose qui empêche les masses opprimées de se révolter. Une fois que l’argent manquera, tout va s’effondrer sur sa base.
Mais la situation financière n’est pas le seul problème du royaume saoudien. Une grande partie de son budget est en cours de dilapidation dans une guerre au Yémen, où il se prend une raclée. Des dizaines de leurs mercenaires de Blackwater ont été tués dans une attaque de missiles le mois dernier, les rebelles yéménites ont capturé l’une de leurs bases militaires, il y a deux semaines (sur le territoire saoudien, rien que ça), et la semaine dernière les forces yéménites ont réussi à capturer plus d’une centaine de soldats saoudiens.
C’est un régime qui gouverne par la peur et l’oppression. Comment peuvent-ils faire alors que leur propre armée ne peut pas mater une insurrection dans leur arrière-cour ? Lorsque la mécanique des subventions et des pots de vin se bloque, et que la population est malade et fatiguée d’être dominée par la famille saoudienne, combien de temps pensez-vous que cela prendra pour qu’ils se rebellent? [Sans compter une révolution colorée à l’envers de la part des Iraniens et des Russes… NdT]
Et, en plus de tout cela, l’Arabie saoudite est confrontée à une sévère crise de l’eau. Les Saoudiens sont fortement tributaires des nappes aquifères souterraines, qui ne sont pas renouvelables. Ils utilisent plus d’eau par personne que dans de nombreux pays occidentaux (en fait, deux fois plus qu’une personne moyenne dans l’UE). Ils pourraient manquer d’eau en moins de 13 ans. Cela a incité le régime saoudien à commencer à taxer l’eau pour la première fois, en partie en raison de la crise de l’eau, et en partie en raison de la baisse des recettes pétrolières.
Comme vous pouvez le voir, il y a beaucoup de menaces existentielles qui pèsent sur l’Arabie saoudite. Leurs guerres par procuration avec l’Iran saignent à blanc leurs coffres, alors que les revenus du pétrole sont au plus bas, que leur population opprimée est agitée, qu’ils ne peuvent pas répondre aux exigences de leurs élites gloutonnes et qu’ils sont face à une catastrophe environnementale à l’échelle nationale qui pourrait être la pire des calamités.
En bref, l’un des plus forts alliés de l’Amérique au Moyen-Orient et le pivot du pétrodollar fait face à un effondrement complet, et cela pourrait arriver dans une décennie. Cela pourrait conduire au chaos au Moyen-Orient, et aurait d’énormes conséquences sur l’économie mondiale. Et si on est objectif, il n’y a vraiment rien qui puisse être fait pour arrêter cela.
Source : OSSI
Traduit par Hervé, vérifié par Wayan, relu par Ludovic pour le Saker Francophone

mercredi 6 avril 2016

Les “Panamas Papers” : un moyen de chantage au service des néoconservateurs américains



Les fuites actuelles de données, diffusées, à grand renfort de publicité, par plusieurs empires de presse qui soutiennent l’OTAN et par une organisation non gouvernementale  financée par le gouvernement américain, ont simplement pour but inavouable de salir des personnalités que l’empire américain n’aime pas.

Une vraie fuite de données d’un cabinet d’avocats au Panama serait très intéressante. Beaucoup de gens riches et/ou des politiciens cachent de l’argent dans les sociétés fictives que ces firmes panaméennes fournissent. Mais les fuites actuelles de données, diffusées, à grand renfort de publicité, par plusieurs empires de presse qui soutiennent l’OTAN et par une organisation non gouvernementale  financée par le gouvernement américain, ont simplement pour but inavouable de salir des personnalités que l’empire américain n’aime pas. Elles offrent aussi une belle occasion d’en faire chanter d’autres en promettant de ne pas publier des informations en échange d’une faveur ou d’une autre.
Il y a déjà 16 mois, Ken Silverstein a publié un reportage sur Vice à propos de Mossak Fonseca, un gros fournisseur véreux de sociétés fictives du Panama. (L’Intercept de Pierre Omidyar, pour lequel Silverstein travaillait alors, avait refusé de publier le reportage.) Yves Smith a publié plusieurs longs articles sur le business du blanchiment d’argent de Mossak Fonseca. Silverstein a également redit une chose bien connue, à savoir que Rami Makhlouf, un riche cousin du président syrien Assad, avait de l’argent caché dans des sociétés fictives de Mossak Fonseca. Il a écrit:
Pour pouvoir fonctionner, les sociétés fictives comme Drex ont besoin d’un agent agréé, parfois un homme de loi, qui dépose les documents d’enregistrement nécessaires et dont le bureau sert habituellement d’adresse à la société fictive. Cela crée un intermédiaire entre la société fictive et son propriétaire, surtout si l’entreprise fictive est enregistrée dans un paradis fiscal où l’information sur la propriété est protégée par un mur impénétrable de lois et de règlements. Dans le cas de Makhlouf – et, comme je l’ai découvert, dans le cas aussi d’hommes d’affaires véreux et de gangsters du monde entier – l’organisation internationale qui a permis d’enregistrer sa compagnie fictive et de la protéger contre la surveillance internationale était un cabinet d’avocats appelé Mossack Fonseca, qui a fait office d’agent agréé de Drex du 4 juillet 2000 à la fin de 2011.
L’année dernière, quelqu’un a fourni des tonnes de données de Mossak Fonseca à un journal allemand, le Süddeutsche Zeitung. Le quotidien munichois est politiquement au centre droit et résolument pro-OTAN. Il coopère avec le Guardian, la BBCLe Monde, le Consortium international des journalistes d’investigation et d’autres organes de presse qui sont tous des partisans avérés de l’Establishment.
Le Süddeutsche affirme que les données fuitées concernent quelques 214 000 sociétés fictives et 14 000 clients de Mossak Fonseca. Il y a sûrement beaucoup de boue cachée là-dedans. Combien de sénateurs des États-Unis sont impliqués dans ces sociétés ? Quels politiciens de l’Union européenne ? Quelles sont les grandes banques de Wall Street et les fonds spéculatifs qui se cachent au Panama  ? Oh pardon. Le Süddeutsche et ses partenaires ne répondront pas à ces questions. Voici comment ils analysent les données:
Les journalistes ont réuni des listes des politiciens importants, de criminels internationaux, d’athlètes professionnels bien connus, etc. Le traitement numérique a permis de rechercher ensuite si des noms de ces listes figuraient dans les fuites. La liste «scandale des dons au parti» contenait 130 noms, et la liste des sanctions de l’ONU plus de 600. En quelques minutes, le puissant algorithme de recherche a comparé les listes avec les 11,5 millions de documents.
Pour chaque nom trouvé, un processus de recherche détaillé a été lancé au moyen des questions suivantes: quel est le rôle de cette personne dans le réseau des entreprises ? D’où vient l’argent ? Où va-t-il ? La structure est-elle légale ?
En d’autres termes, le Süddeutsche a pris des listes de criminels célèbres, de personnalités et d’organisations connues que les Étasuniens n’aiment pas et a vérifié s’ils étaient dans les données fuitées. Les résultats obtenus ont ensuite été évalués. Comme résultat, il y a l’éternel retour annuel de la campagne de diffamation contre le président russe Vladimir Poutine, qui n’est pas même mentionné dans les données de Mossak Fonseca, des accusations contre diverses personnes de la fédération de football de la FIFA, fort détestée des États-Unis, et la mention de quelques autres mécréants de moindre importance.
Il n’y a rien sur aucun Étasunien, rien du tout, ni sur aucun politicien important de l’OTAN. La victime la plus politique est bizarrement, à ce jour, le Premier ministre de l’Islande, Sigmundur David Gunnlaugsson, qui possédait, avec sa femme, une des sociétés fictives. Il n’y a aucune preuve que la propriété ou que l’argent détenu par cette société soient illégaux.
Alors, que faut-il déduire de tout ceci ?
Comme l’écrit l’ancien ambassadeur britannique, Craig Murray, pour comprendre le sens (s’il y en a un) de tout ça, il faut se pencher sur ce qui est caché par les organisations qui gèrent la fuite:
Le filtrage des informations de Mossack Fonseca par les médias est le reflet direct de l’agenda gouvernemental occidental. Bien qu’ils soient leurs principaux clients. Aucune grande société occidentale, aucun milliardaire occidental n’est mentionné parmi ceux qui ont utilisé les services de Mossack Fonseca, Et le Guardian se dépêche de les rassurer en disant que «la plus grande partie des informations fuitées ne sera pas divulguée»
A quoi vous attendiez-vous ? La fuite est gérée par un organisme qui porte le nom grandiose, mais qui prête à rire quand on connaît l’oiseau, de Consortium international des journalistes d’investigation. Il est entièrement financé et géré par le Centre des États-Unis pour l’intégrité publique. Leurs bailleurs de fonds comprennent :
La fondation Ford 
La fondation Carnegie
La fondation de la famille Rockefeller
La Fondation W K Kellogg
La Fondation pour une société ouverte (Soros)
La fuite consiste en un ensemble de données sélectionnées par des organisations amies des États-Unis à partir d’une base de données, probablement obtenue par les services secrets américains, qui contient sans aucun doute beaucoup d’informations fort compromettantes sur des personnes et des organisations occidentales.
La publication d’informations triées sur le volet à partir des données fuitées a deux objectifs:
  • Elle salit divers ennemis de l’empire, même si c’est seulement par personne interposée comme les présidents Poutine et Assad.
  • Elle prévient d’autres personnalités, celles qui figurent dans la base de données, mais dont les noms n’ont pas encore été révélés, que les États-Unis ou leurs partenaires médiatiques peuvent, à tout moment, exposer leur linge sale en public. C’est donc un moyen de chantage idéal.
La fuite des Panama Papers a été orchestrée par une petite coterie pour incriminer quelques personnes et quelques organisations qui ne plaisent pas aux États-Unis. Cela permet aussi de montrer les instruments de torture dont ils disposent aux personnes qui ont fait affaires avec Mossak Fonseca, mais dont les noms n’ont pas (encore) été publiés. Ces personnalités sont maintenant entre les mains de ceux qui contrôlent la base de données. Elles devront faire ce qu’on leur dit, sinon…
Article original en anglais :
Par Moon of Alabama, 06 avril 2016