samedi 18 août 2012

Fidel Castro : discours prononcé le 7 septembre 1973 au Quatrième Sommet des pays non alignés, tenu à Alger.

Monsieur le Président ;
Respectables chefs d’État et de gouvernement ;
Représentants des héroïques mouvements de libération nationale ;
Messieurs les délégués :
Tout en vous transmettant, à vous, compañero Boumediene, à vos compatriotes et aux respectables représentants des peuples réunis à cette Conférence le salut de la délégation cubaine, nous voudrions souligner l’importance que nous attachons au fait que cette Quatrième Conférence des pays non alignés se tienne en Algérie, dont le peuple, par sa lutte héroïque et soutenue, a éveillé l’admiration et stimulé les pays qui, comme le nôtre, ont lutté contre leurs oppresseurs pour accéder à l’indépendance nationale.
Je tiens à rappeler que Cuba est un pays socialiste, marxiste-léniniste, dont le but final est le communisme ! (Applaudissements.) Et nous en sommes fiers ! C’est en partant de cette conception de la société humaine que nous élaborons notre politique nationale et internationale. Nous sommes par-dessus tout loyaux aux principes de l’internationalisme prolétarien, et mes paroles seront dans le droit fil de ces idées. Tout révolutionnaire a le devoir de défendre courageusement ses points de vue, et c’est ce que je me propose de faire ici.
On a parlé au cours de cette Conférence de différentes divisions du monde. Le monde, pour nous, se divise en pays capitalistes et en pays socialistes, en pays impérialistes et en pays néo-colonisés, en pays colonialistes et en pays colonisés, en pays réactionnaires et en pays progressistes ; bref, en gouvernements qui sont pour l’impérialisme, le colonialisme, le néo-colonialisme et le racisme, et en gouvernements qui sont contre l’impérialisme, le colonialisme, le néo-colonialisme et le racisme.
Voilà ce qui nous semble fondamental dans ce problème de l’alignement et du non-alignement, car absolument rien ne nous exonère de lutter énergiquement contre les crimes qui ont été commis et qui se commettent contre l’humanité.
Ce Mouvement s’est incontestablement élargi, et nous nous en réjouissons : tel est le cas de l’Amérique latine, la présence de trois nouveaux États –le Pérou, le Chili et l’Argentine – traduisant les changements politiques progressistes qui y sont survenus. Mais, compte tenu des fins du Mouvement, c’est la qualité, et non le nombre, qui importe, si nous voulons vraiment posséder une force morale et politique devant les peuples du monde. Sinon, nous courons le risque de voir les forces réactionnaires pénétrer en son sein pour torpiller ses objectifs, et l’unité et le prestige des pays non alignés se perdre irrémédiablement (applaudissements).
Quoique les questions économiques touchant aux intérêts des pays que nous représentons revêtent une importance justifiée et inéluctable, les points de vue politiques que nous soutiendrons sont et seront le facteur clé de notre activité.
Dans ce domaine politique, au cours des mois de préparation de cette Conférence, nous avons noté avec préoccupation – car c’est indubitablement au détriment de notre cause et uniquement au bénéfice de l’impérialisme – une tendance à opposer pays non alignés et camp socialiste.
La théorie des deux impérialismes, l’un dirigé par les États-Unis et l’autre censément par l’Union soviétique, théorie encouragée par les théoriciens de l’impérialisme, a été reprise – tantôt délibérément tantôt par ignorance de l’histoire et des réalités du monde contemporain – par des porte-parole et des dirigeants de pays non alignés. Sans parler, bien entendu, de la contribution de ceux qui, à partir de positions prétendument révolutionnaires, trahissent lamentablement la cause de l’internationalisme.
Nous voyons affleurer ce courant d’une manière ou d’une autre, avec des nuances variées, dans certains documents politiques et économiques mis au point à l’occasion de cette Conférence. Le gouvernement révolutionnaire de Cuba s’y oppose et s’y opposera fermement en n’importe quelle circonstance. Aussi sommes-nous obligé d’aborder ici, parce que c’est une question essentielle, ce thème délicat.
Certains, faisant preuve de toute évidence d’injustice et d’ingratitude historiques, oubliant les faits réels, l’abîme profond et insurmontable qui existe entre le régime impérialiste et le socialisme, prétendent ignorer les services glorieux, héroïques et extraordinaires que le peuple soviétique a rendus à l’humanité (applaudissements), comme si l’écroulement du colossal système de domination coloniale implanté dans le monde jusqu’à la deuxième guerre mondiale, les conditions qui ont rendu possible la libération de dizaines et de dizaines de peuples jadis directement soumis aux pays coloniaux, la disparition du capitalisme dans de vastes régions du monde et l’émergence de forces qui font pièce à la voracité insatiable et à l’esprit agressif de l’impérialisme, n’avaient rien à voir avec la glorieuse révolution d’Octobre ! (Applaudissements.)
Comment peut-on taxer l’Union soviétique d’impérialiste ? Où sont ses entreprises monopolistiques ? Où est sa participation dans les compagnies multinationales ? Quelles industries, quelles mines, quels gisements pétrolifères possède-t-elle dans le monde sous-développé ? Quel est l’ouvrier qui est exploité dans n’importe quel pays d’Asie, d’Afrique ou d’Amérique latine, par le capital soviétique ?
La coopération économique que l’Union soviétique offre à Cuba et à de nombreux autres pays ne provient pas de la sueur et des sacrifices d’ouvriers exploités d’autres peuples, mais de la sueur et des efforts des travailleurs soviétiques.
D’autres déplorent que le premier État socialiste de l’histoire humaine soit devenu une puissance militaire et économique. Nous, pays sous-développés et spoliés, nous ne devons pas le déplorer. Cuba s’en réjouit. Sans la révolution d’Octobre et sans la prouesse immortelle du peuple soviétique, qui a d’abord résisté à l’intervention et au blocus impérialiste, qui a repoussé plus tard l’agression du fascisme et a écrasé celui-ci au prix de vingt millions de morts, qui a développé sa technique et son économie en déployant des efforts et en faisant preuve d’un héroïsme incroyables, sans exploiter le travail d’un seul ouvrier d’aucun pays de la Terre, la fin du colonialisme n’aurait pas été possible et le rapport de forces mondial qui a permis à tant de peuples de lutter héroïquement pour leur libération, ne se serait pas instauré.
On ne saurait oublier, fût-ce un instant, que les armes avec lesquelles Cuba a écrasé les mercenaires de Playa Girón et s’est défendue des États-Unis, celles qui permettent aux peuples arabes de résister à l’agression impérialiste, celles que les patriotes africains utilisent contre le colonialisme portugais et celles que les Vietnamiens ont empoignées dans leur lutte héroïque, extraordinaire et victorieuse, proviennent des pays socialistes, fondamentalement de l’Union soviétique (applaudissements).
Les résolutions des pays non alignés nous aident à comprendre par où passe la ligne de démarcation en politique internationale. Quel État a été condamné par ces résolutions, de Belgrade à Lusaka, pour son agression au Viet Nam et dans toute l’Indochine ? Les États-Unis impérialistes. Qui accusons-nous d’avoir armé et appuyé, et de soutenir toujours l’État agresseur israélien qui mène une guerre rapace contre les pays arabes et occupe cruellement les territoires où les Palestiniens ont le droit de vivre librement ? L’impérialisme des États-Unis. Contre qui les pays non alignés ont-ils protesté pour l’invasion et les blocus de Cuba, pour l’intervention à Saint-Domingue, pour le maintien de bases à Guantánamo, au Panama ou à Porto Rico, contre la volonté des peuples respectifs ? Qui était derrière le meurtre de Lumumba ? Qui appuie les assassins d’Amilcar Cabral ? Qui contribue à maintenir au Zimbabwe un État blanc raciste et aide l’Afrique du Sud à devenir une réserve d’hommes et de femmes noirs vivant dans des conditions de semi-esclavage ? Dans tous ces cas, il n’apparaît qu’un seul coupable : l’impérialisme étasunien, qui soutient aussi le colonialisme portugais contre les peuples de Guinée-Bissau et du Cap Vert, d’Angola et du Mozambique.
Quand nos résolutions énumèrent les millions de dollars, de livres sterling, de francs ou de marks qui sortent tous les ans des pays en développement, néo- colonisés ou colonisés, par suite d’investissements spoliateurs et de prêts léonins, elles condamnent l’impérialisme, non un autre système social. Il n’est pas possible de changer la réalité par des expressions équivoques.
Toute tentative d’opposer les pays non alignés au camp socialiste est profondément contre-révolutionnaire et sert, purement et simplement, les intérêts impérialistes. Inventer un faux ennemi ne peut viser qu’un seul but : fuir l’ennemi véritable (applaudissements).
Le succès et l’avenir du Mouvement non aligné dépendront de sa capacité à ne pas se laisser intoxiquer, confondre et tromper par l’idéologie impérialiste. Seule l’alliance la plus étroite entre toutes les forces progressistes du monde nous donnera la vigueur nécessaire pour vaincre les forces encore puissantes de l’impérialisme, du néo-colonialisme, du colonialisme et du racisme, et pour lutter avec succès en faveur des aspirations de tous les peuples du monde à la justice et à la paix.
Étant donné les ressources énergétiques et les matières premières dont les pays capitalistes développés ont toujours plus besoin, de façon angoissante, pour maintenir les absurdes sociétés de consommation qu’ils ont créées, l’impérialisme, si l’extraordinaire mur d’endiguement que représente le camp socialiste n’existait pas, se partagerait le monde en morceaux, de nouvelles guerres ravageraient l’humanité et maints pays indépendants qui font aujourd’hui partie de ce Mouvement n’existeraient même pas. Actuellement, dans les cercles dirigeants des États-Unis, il y a même des partisans décidés d’une intervention militaire au Proche-Orient si les approvisionnements en combustible l’exigeaient.
Perdre l’amitié du camp socialiste, c’est nous affaiblir et rester à la merci des forces encore puissantes de l’impérialisme. Ce serait une stratégie bornée et une terrible myopie politique.
Monsieur le Président,
L’Amérique latine constate avec préoccupation que le Brésil, sous les auspices des États-Unis, se dote d’un potentiel armé qui dépasse celui dont ses dirigeants ont besoin pour réprimer militairement, assassiner, torturer, emprisonner le peuple et qu’il cherche de toute évidence à devenir une enclave militaire au cœur de l’Amérique latine, sous les ordres de l’impérialisme étasunien. Le gouvernement brésilien qui, aux côtés de celui des États-Unis, a pris part à l’invasion de Saint-Domingue, a travaillé, avec leur complicité, à renverser le gouvernement progressiste de la Bolivie et a récemment aidé à instaurer une dictature réactionnaire en Uruguay, non seulement est un instrument des États-Unis, mais se transforme progressivement en État impérialiste. Il a envoyé un observateur à cette Conférence, de même que la Bolivie. Nous espérons que de tels gouvernements, dont sont encore victimes certains peuples de notre continent, ne seront jamais admis dans le Mouvement des non alignés ! (Applaudissements.)
On a longuement parlé ici de la situation qui prévaut dans le Sud-Est asiatique et au Proche-Orient, des peuples opprimés et saignés à blanc par le colonialisme portugais, de la brutale répression raciste en Afrique du Sud, au Zimbabwe et en Namibie.
L’impérialisme yankee continue à soutenir le régime néo-colonialiste du Viet Nam du Sud, qui refuse d’appliquer les Accords de Paris, et le gouvernement fantoche de Lon Nol au Cambodge. Israël bafoue les accords des Nations Unies et se refuse à rendre les territoires occupés par la force. Le Portugal, avec le soutien des États-Unis et de l’OTAN, méprise l’opinion mondiale et les résolutions prises par les organismes internationaux. Les gouvernements racistes, non seulement augmentent la répression, mais menacent d’autres États africains.
Voici des réalités amères et révoltantes qui mettent à l’épreuve la force, l’unité et la volonté de lutte des pays non alignés. Les dirigeants et les représentants de plus de soixante-dix États sont ici réunis. Adoptons des mesures et des accords concrets pour isoler et anéantir les agresseurs ! Soutenons décidément et résolument les peuples arabes agressés et l’héroïque peuple palestinien, les combattants pour l’indépendance de la Guinée-Bissau et du Cap Vert, de l’Angola et du Mozambique ! (Applaudissements.) Les peuples opprimés d’Afrique du Sud, du Zimbabwe et de Namibie ! Luttons contre les pays impérialistes qui appuient et soutiennent ces crimes ! Que tous les pays non alignés reconnaissent le Gouvernement révolutionnaire provisoire de Viet Nam du Sud (applaudissements) et lui apportent leur soutien total dans sa lutte pour mettre en œuvre les Accords de Paris ! Appuyons les patriotes du Laos et du Cambodge ! Alors, aucune force du monde ne pourra empêcher la solution des problèmes qui affectent nos peuples au Proche-Orient, en Afrique et dans le Sud-Est asiatique !
C’est à la fermeté avec laquelle nous agirons qu’on mesurera la véritable force et la profondeur réelle du Mouvement des pays non alignés. Cuba soutiendra avec la plus grande décision les accords pris dans ce sens, même si cela implique que nous versions notre propre sang ! (Applaudissements.)
Nous ne pouvons passer sous silence la République démocratique du Viet Nam. Son peuple mille fois héroïque a été victime de la plus dévastatrice des guerres d’agression, des millions de tonnes de bombes ont été larguées sur ses installations économiques, ses villes, ses villages, ses écoles et ses hôpitaux. Sa lutte sacrifiée et victorieuse contre l’agression impérialiste a servi les intérêts de toute l’humanité. Nous ne devons pas nous contenter de simples manifestations de sympathie. Actuellement, ce pays admirable est confronté aux dures tâches de la reconstruction. Nous proposons aux pays non alignés de participer à la reconstruction du Viet Nam du Nord, chacun de nous contribuant à la mesure de ses moyens. Cela donnerait une nouvelle dimension révolutionnaire à l’action des pays non alignés dans le domaine de la solidarité internationale.
Il faut que les pays non alignés se solidarisent avec la Zambie et la Tanzanie face aux agressions de l’Afrique du Sud et de la Rhodésie. Il est également nécessaire que les pays non alignés soutiennent les efforts de la République populaire démocratique de Corée pour réunifier pacifiquement le peuple coréen ; que nous donnions tout notre appui au peuple panaméen dans sa juste lutte pour recouvrer sa souveraineté sur la Zone du Canal ; que nous exprimions notre solidarité avec le peuple chilien face à la conspiration impérialiste (applaudissements) ; que nous nous unissions à l’Argentine dans sa juste réclamation sur le territoire usurpé des îles Malvinas (applaudissements) et défendions le droit du peuple portoricain à sa pleine souveraineté ! (Applaudissements.)
Notre pays doit supporter la présence humiliante, sur un morceau de son territoire, d’une base yankee maintenue par la force contre la volonté absolue de notre peuple qui fait face à un blocus économique, rigoureux et criminel, de la part des États-Unis. Néanmoins, notre peuple se maintient ferme et mène de l’avant avec succès la construction du socialisme aux portes mêmes des États-Unis. Notre pays a pu résister parce qu’il a réalisé une véritable révolution qui a supprimé radicalement toutes les formes d’exploitation de l’homme par l’homme, en édifiant sur cette base une volonté de lutte élevée et une unité solide et indestructible.
Si l’on veut vraiment libérer un pays de l’exploitation impérialiste, il faut libérer aussi le peuple du pillage auquel les féodaux, les propriétaires fonciers, les oligarques et les parasites sociaux de tout genre se livrent sur les fruits de son travail. Nous demandons aussi votre solidarité pour le peuple cubain.
Si l’entente avec les pays socialistes est un facteur vital pour notre victoire, l’unité entre les pays qui luttent pour l’indépendance et le développement en est la condition indispensable. Nous soutenons toutes les prises de position en faveur de la plus grande unité possible des pays non alignés devant les problèmes capitaux de la vie internationale qui figurent aux diverses motions présentées à la Conférence ; mais nous nous inquiétons, mieux que cela, nous nous indignons, d’apprendre qu’un dirigeant de la taille de Sékou Touré doit se défendre non seulement des colonialistes portugais mais aussi des conspirations fomentées au sein même de son Afrique sous-développée (applaudissements).
Notre foi en certaines déclarations et en certains postulats d’unité diminue lorsque nous voyons que la République populaire du Congo et la République de Somalie ne sont pas à l’abri de menaces émanant d’autres forces africaines, et lorsque nous apprenons les difficultés du régime révolutionnaire de la République populaire et démocratique du Yémen face à une hostilité qui trouve peut-être sa source à Washington mais qui se traduit concrètement depuis d’autres régions moins lointaines.
Ce qui prouve encore une fois que notre unité véritable ne dépend pas d’un non-alignement circonstanciel, mais d’une identité plus profonde et permanente : celle qui plonge ses racines dans les principes révolutionnaires, dans le programme commun anti-impérialiste et dans l’aspiration à des transformations sociales substantielles et définitives.
Telles sont les prises de position de Cuba. Certes, les points de vue que je viens d’exposer ne seront pas partagés par tous les dirigeants ici réunis, mais je me suis acquitté du devoir de vous les exposer à tous avec respect et loyauté.
Je vous remercie. (Ovation.)
Fidel Castro
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Témoignage - Syrie : Une guerre confessionnelle inspirée et alimentée de l’extérieur…« les rebelles » ne sont pas les « gentilles » victimes de l’armée régulière mais des bourreaux qui entrent dans les villes et les villages, s’y implantent par la force, terrifient, massacrent, contraignent les habitants qui ne se rallient pas à eux à s’enfuir. - (Silvia Cattori)

Un témoin (*) raconte ce qui s’est véritablement passé ces dernières semaines dans le quartier qui abrite le tombeau de Sayyda Zaynab (**), un haut-lieu de pèlerinage. Il décrit avec quelle férocité les troubles fomentés par des groupes sunnites se sont déroulés. Son récit, fondé sur des faits précis démontre que, contrairement à ce qui est rapporté par la presse internationale, « les rebelles » ne sont pas les « gentilles » victimes de l’armée régulière mais des bourreaux qui entrent dans les villes et les villages, s’y implantent par la force, terrifient, massacrent, contraignent les habitants qui ne se rallient pas à eux à s’enfuir. - (Silvia Cattori)
Témoignage sur les combats qui depuis juillet bouleversent le quartier de Sayyda Zaynab et ses environs (banlieu de Damas)
Damas, 15 août 2012
Ce compte rendu rapporte très précisément ce dont je suis témoin, tel qu’il s’est passé et a été vu par les habitants présents dans le quartier qui abrite le sanctuaire de Sayyda Zaynab à 15 km au sud-est de Damas.
Toute cette zone comprend des communautés multiethniques et multiconfessionnelles. Les gens qui habitent dans les quartiers environnants viennent essentiellement du Golan syrien ; il s’agit de Syriens qui ont été déplacés de ce territoire sous occupation israélienne et qui vivent dans cette zone. Tandis que le quartier qui abrite le sanctuaire de Sayyda Zaynab est habité par environ 60% de chiites. Ces derniers sont souvent propriétaires d’hôtels et proviennent principalement de Syrie, d’Irak, et d’Afghanistan. On y trouve des centres d’enseignement et des séminaires islamiques ; les diverses confessions y pratiquent leurs activités religieuses très librement. Les institutions religieuses et éducatives chiites et les séminaires (principalement gérés par des non-syriens) sont ouverts à de nombreux étudiants qui proviennent de toutes les parties du monde, et parrainent également des étudiants locaux. Tous les fonds viennent de l’étranger par l’intermédiaire d’organismes de bienfaisance, de centres éducatifs et de grands clercs. Étant donné les prix attractifs de l’immobilier, d’autres chiites, pauvres pour l’essentiel - qu’ils soient Syriens, Afghans ou alors réfugiés irakiens - vivent en tant que minorité dans des zones voisines à majorité sunnite originaire du Golan (des régions appelées Hijjirah, Ghurbah, Thiyabiyyah, Speanah, Bibbilah, etc). Ses habitants sont essentiellement des familles pauvres ayant un faible niveau d’éducation scolaire.
Depuis environ une année, de petites manifestations quotidiennes contre les autorités syriennes ont eu lieu dans les quartiers environnants. Mais cela ne fut pas le cas dans le quartier qui abrite le Saint sanctuaire ; ni les chiites ni les sunnites n’ont pris part à ces manifestations. Les sunnites vivant aux abords du Saint sanctuaire étaient conscients que tout renversement politique consécutif à l’opposition islamiste sunnite éliminerait le tourisme religieux et ses pèlerins chiites. Si il avait lieu, un tel changement de pouvoir signifierait la faillite de leurs commerces, tout comme celui des chiites. Et même si ces derniers n’étaient pas éliminés, cela aurait au minimum comme conséquence une restriction de leurs libertés et droits religieux. C’est pourquoi, jusqu’à ces derniers jours [3 août 2012], les sunnites ont toujours continué de pratiquer leur religion dans le calme, au sein des nombreuses mosquées sunnites qui entourent le sanctuaire de Sayyda Zaynab.
Ce ne fut pas le cas cependant dans les zones voisines. Des gens jalousaient les habitants de la zone du sanctuaire à qui le tourisme religieux offre plus d’opportunités commerciales. Les groupes d’opposition sunnite reprochent vivement aux minorités religieuses en Syrie (en particulier aux chiites) de ne pas soutenir leurs revendications. Ils voient dans ce silence une manière de soutenir le « régime syrien ». Ainsi, certaines personnes, - en particulier les extrémistes sunnites « wahhabites » et « salafistes » - utilisent ce genre de critique politique pour véhiculer une haine sectaire.
Une nouvelle étape du conflit a commencé à partir d’avril 2012.
Des personnes liées à des groupes d’opposition ont commencé à assassiner des chercheurs ou enseignants des établissements religieux chiites, en particulier ceux qui vivaient parmi eux près des points chauds. Cependant la communauté chiite s’est efforcée de rester impassible malgré quelques cas de violence, ce qui a permis aux étudiants de terminer l’année scolaire.
Le lundi 16 juillet 2012, les tensions ont atteint un point culminant.
Dans la matinée, des habitants de ces zones ont remarqué la présence de groupes armés (de pistolets, fusils, épées ou haches) composés d’étrangers accompagnés par quelques personnes locales liées à des groupes d’opposition. C’était la première fois qu’ils voyaient des groupes armés s’afficher et traîner dans les rues. À 12 heures, on a entendu dans les mosquées sunnites et dans les rues des haut-parleurs appelant au « jihad islamique » et ordonnant aux chiites de quitter immédiatement l’endroit sous peine d’être tous tués. Après quelques minutes, d’autres appels ont intimé à toutes les personnes sunnites qui ne soutenaient pas l’opposition l’ordre de quitter également l’endroit sans quoi ils connaîtraient le même sort que les chiites. Les gens terrifiés et déconcertés s’enfuirent dans toutes les directions sans rien emporter. La plupart des chiites et nombre de sunnites non liés à l’opposition ont cherché refuge à proximité du sanctuaire de Sayyda Zaynab, cette zone apparaissant comme étant plus sûre en raison de ses bâtiments modernes plus solides et de ses rues très étroites, plus faciles à garder.
Le mardi 17 juillet 2012.
Une attaque a eu lieu contre le poste de police situé dans la rue principale jouxtant le sanctuaire. Les tirs ont duré environ deux heures ; les assaillants se sont retirés après l’arrivée d’un groupe de policiers. Dans la soirée, on a entendu des tirs d’armes lourdes et des bruits de bombes. Des hommes armés qui prétendaient appartenir à « l’armée libre » (d’opposition) ont déclaré que leurs zones (Hijjira, Mashtal, Thiyabiyya, etc) étaient sous leur contrôle et qu’ils étaient maintenant prêts à entrer dans celle du sanctuaire de Sayyda Zaynab, abritant principalement des chiites de différents pays.
Dans cette zone, la majorité des gens parmi lesquels je réside étaient des civils politiquement neutres. En dehors d’un poste de police local, il n’y avait sur les lieux ni l’armée syrienne ni aucune milice. À minuit, une bataille acharnée éclata entre les opposants armés et les résidents du quartier qui s’étaient immédiatement organisés en une petite milice locale pour défendre la zone. Après avoir à plusieurs reprises tenté de pénétrer la zone, les opposants armés ont attaqué avec des roquettes et des bombes une mosquée iranienne au nord, ainsi que le bureau de l’Imam Khamenei.
Des jeunes hommes armés ont attaqué du côté opposé l’hôpital caritatif Imam Khomeyni et ont volé tout son contenu. Deux membres du personnel (essentiellement composé de chiites) ont disparu, personne ne les a plus revus.
Le lendemain, à partir du toit de notre immeuble, j’ai pu voir des hélicoptères aller bombarder dans la région de Thyabiya l’hôpital que « l’armée libre » (d’opposition) venait d’occuper pour en faire le bastion d’où elle mènerait ses opérations.
Il semblait y avoir deux camps distincts. Le camp des résidents syriens chiites se trouvant à proximité du saint sanctuaire qui faisait face au camp des sunnites retranchés de l’autre côté de la zone. Nous avons assisté à une véritable bataille qui opposait les jeunes de ces deux régions voisines. Une bataille caractérisée par son caractère sectaire. Il y eut des deux côtés de nombreux morts, blessés et kidnappés, en plus du saccage des maisons et des meurtres de leurs habitants. Jusqu’à ce moment là, l’armée n’était pas intervenue.
Le mercredi 18 juillet 2012.
Les hélicoptères sont arrivés et ont ouvert le feu sur toute la zone aux mains des groupes d’opposition. La plupart des mosquées sunnites appelaient au Jihad par haut-parleurs en criant continuellement « Allahu Akbar » pendant l’attaque. Les groupes armés ont tiré contre les hélicoptères en utilisant des missiles et d’autres armes, mais sans succès. Les bâtiments, les portes et les fenêtres tremblaient à cause de cette bataille féroce qui s’est pratiquement arrêtée l’après-midi.
En fin d’après midi, un grand nombre d’hommes armés étrangers [la prétendue opposition] ont débarqué dans la rue « irakienne » et la place « irakienne » (à seulement 500 mètres du sanctuaire), soit la porte nord de la zone. C’est là que se trouvaient la plupart des réfugiés chiites, ainsi que des réfugiés en provenance de Homs. La majorité de ces habitants sont des Irakiens sunnites et chiites, mais aussi des hommes d’affaires irakiens. Les hommes armés ont ordonné à tous les Irakiens de quitter les lieux sur le champ, et en ont tué plusieurs d’entre eux durant les derniers jours. Il n’y avait pas assez de moyens de transport pour évacuer les milliers de familles. Dans la soirée, de grandes batailles ont eu lieu entre les assaillants armés et des jeunes chiites de la région ainsi que plusieurs tentatives des opposants armés de pénétrer la zone s’étendant sur moins d’un km2. De nombreux appels demandant à la police et aux forces armées d’intervenir ont été lancés par les résidents mais il n’y eut aucune réponse. Des personnes ont été tuées et blessées des deux côtés.
Jeudi 19 juillet 2012.
Un hélicoptère a lancé un missile sur un enterrement ayant lieu dans la zone de Hijjirah à 3 km du sanctuaire de Sayyida Zaynab. Un porte-parole de l’opposition a affirmé que près de 100 personnes ont été tuées et blessées, dont nombre d’entre-elles étaient inconnues. Plusieurs autres hélicoptères sont arrivés et ont ouvert le feu sur des bâtiments abritant les rebelles armés.
De nombreux civils se sont échappés de cette zone pour se rendre dans la zone du sanctuaire. Là, les habitants de ce quartier accueillent dans leurs maisons, même des gens qu’ils ne connaissent pas. Plus de 3’000 familles vivent désormais dans ce quartier au frais de ses habitants ; les familles et les orphelins sont nourris et logés et les pauvres soutenus financièrement.
Contrairement à ce qui a été rapporté, je n’ai pas remarqué de milices irakiennes, ni libanaises du côté chiite.
Jeudi après-midi, les groupes d’opposition appelaient par haut-parleurs depuis les mosquées à tuer tous les chiites en criant « Allahu Akbar ». Ces groupes ont bloqué toutes les routes vers Damas et ailleurs. Des chiites ont été capturés et parfois tués ce qui a soulevé la peur parmi eux.
Dans la soirée, de violents combats ont éclaté entre les groupes armés et les jeunes chiites armés dans la zone de Sayyida Zainab. Le lendemain des cadavres ont été retrouvés dans les rues, semant la confusion et la panique parmi la population. La peur et l’anxiété étaient palpables pour tout le monde, y compris moi-même et ma famille.
Au petit matin, un grand nombre d’hommes armés se préparaient dans la région d’Hijjirah pour une attaque sur la zone du sanctuaire en représailles aux événements de la veille. Beaucoup de gens ont perdu la vie ou ont été blessés suite à des bombardements venant d’hélicoptères. Du côté du sanctuaire, les gens ont commencé à craindre des massacres de masse, surtout quand les opposants armés ont déclaré leur volonté de détruire la région. Armés de fusils, les habitants ont clairement affiché leur volonté de défendre leur quartier jusqu’à la mort. Il n’y avait jusqu’à lors aucune force gouvernementale excepté quelques vols d’hélicoptères de temps à autre.

Vendredi 20 juillet 2012.
Cette journée a été un tournant décisif contre les rebelles. Couvertes par des hélicoptères, les troupes de l’armée de terre sont arrivées dans la zone. D’énormes bombardements nous ont obligés à nous réfugier dans un abri précaire de notre immeuble. Nous ne savions pas ce qui se passait. Aucun magasin n’était ouvert, aucun soin n’était dispensé et notre rue était déserte (à environ 400 mètres du sanctuaire). La quasi totalité de mes voisins se sont échappés sans prévenir. Il n’y avait plus de nourriture, pas d’eau potable et pas de moyens de transport vers l’extérieur. L’après-midi, mon ami, un Irakien professeur d’arabe et sa famille, ont insisté pour quitter le pays quoi qu’il arrive. J’ai pu les aider à porter leurs bagages sur un fauteuil roulant. Nous avons marché 1’200 mètres jusqu’à la station de bus « irakienne », des tirs lourds au dessus de nos têtes. Je l’ai salué à mi-chemin puis suis rapidement retourné vers ma famille.
Samedi 21 juillet 2012
Il y avait partout des bombardements. J’ai réussi à réserver des places de bus pour ma famille à un prix très élevé. Les rues étaient vides, hormis quelques jeunes gens armés qui bloquaient les routes de la zone aux inconnus. J’ai transporté les bagages lourds de ma famille sur une distance de plus de 1’200 mètres et réussi à les évacuer. C’était un chemin très risqué. Dans la soirée, j’ai entendu que les troupes de l’armée gouvernementales se dirigeaient vers « Thyabiya » et quelques autres zones. Cette nuit a été la pire de toutes. Beaucoup d’hommes armés ont réussi à s’échapper du champ de bataille et sont venus se cacher dans notre bloc, sur les toits des bâtiments vides. Ils ont alors commencé à ouvrir le feu contre le point de contrôle de la porte sud de la zone du sanctuaire. Des tireurs d’élite [opposants armés] occupaient des endroits stratégiques sur les toits.
Une bataille acharnée s’est déroulée dans la nuit noire ; il n’y avait plus d’électricité, pas de cliniques, pas de pharmacies, etc ... Les fenêtres explosaient ; les bris de vitres étaient partout visibles au lever du jour. Je remercie Dieu de m’avoir permis d’évacuer ma famille à temps.
Dimanche 22 juillet 2012
La matinée a été très calme puis la situation a soudain explosé dans l’après-midi. Des troupes de l’armée accompagnées d’hélicoptères ont commencé à attaquer les zones « chaudes » également aux alentours du sanctuaire où des milliers de familles déplacées et les réfugiés étaient hébergés. Les hôpitaux de la région qui avaient d’abord été occupés par les rebelles armés pour y installer leur base, ont été repris par les forces gouvernementales. Les mosquées également occupées comme bases par les rebelles armés ont aussi été bombardées et endommagées. Cette situation s’est poursuivie les deux jours suivants.
Le mardi 24 juillet la situation s’est améliorée grâce à certaines personnes qui ont commencé à aller chercher de la nourriture, de l’eau et d’autres produits de première nécessité. J’ai été en mesure de trouver un ami qui possède un taxi pour me rendre à Damas afin de réserver des billets en cas d’urgence. Le chemin de Damas était vide et absolument terrifiant. Si des hommes armés barraient la route et venaient à savoir que moi et mon compagnon étions chiites, ils nous auraient capturés. Nous avons été en mesure de passer et de revenir à nouveau. À notre retour, il semblait que les combattants avaient été chassés ou alors qu’ils se reposaient. Dans la soirée, nous avons de nouveau entendu des combats mais cette fois-ci plus loin qu’auparavant. Le lendemain se déroula de la même manière sauf que les organisations de bienfaisance, l’équipe du Croissant-Rouge et les sauveteurs ont commencé à arriver et à aider les personnes en difficulté.
Les jours suivants, et jusqu’à maintenant, la situation s’est beaucoup améliorée mais elle n’est toujours pas stabilisée. De temps à autres, des rebelles peuvent saisir une opportunité pour attaquer un point de contrôle ou un poste de police. Cependant, certains magasins ont commencé à ouvrir de nouveau et nous pouvons apercevoir quelques taxis dans les rues. Je suis allé à Damas le mercredi 1er août 2012 pour recevoir des aides destinées aux pauvres et aux personnes déplacées. La route était sécurisée. Les habitants des zones « chaudes » ont pu commencer à retourner dans leurs maisons. Certains les ont trouvées endommagées. Certains chiites sont retournés à leurs écoles pour constater les vols, les incendies causés par les opposants armés ou les dommages dus aux bombardements. Mais parmi eux, certains syriens ou afghans que je connais et qui étaient attendus par les hommes armés ont été tués.
Actuellement, il n’y a plus de troupes dans la zone, c’est la police qui occupe principalement les rues.
Anonyme, 15 août 2012
(*) La personne qui a fait parvenir ce récit fort instructif au blog Karbalaqsa, par le biais d’un des contacts du blog, souhaite garder l’anonymat pour des raisons de sécurité.
(**) Les 48 pèlerins iraniens, parmi eux des femmes et des enfants, kidnappés par la prétendue « Armée libre » (ASL), le 4 août, alors qu’ils se rendaient à l’aéroport pour rentrer en Iran après avoir visité le tombeau de Zaynab, c’est à des fins de propagande qu’ils ont été présentés comme appartenant aux « Gardiens de la révolution » iranienne.
Source originale et traduction :
Karbalaqsa http://karbalaqsa.blogspot.ch/

Après Saddam, Kadhafi et Bachar,...Le scénario syrien est en fait un remake de la pièce jouée en Irak en 2006 et en Libye plus récemment. Le glas sonne pour tous ceux qui osent contrarier les plans de l’empire américain.


En 2006, j’ai publié un billet d’humeur peu après la pendaison de Saddam Hussein à l’intention de ceux qui parmi nous s’étaient trop vite réjouis de cette macabre exécution. Six ans sont passés et «l’histoire comme une idiote mécaniquement se répète».
De Saddam à Bachar: les Américains tirent les ficelles
L’exécution de Saddam Hussein le 30/12/2006 fit couler beaucoup d’encre et continuera probablement de susciter les commentaires les plus divers et les plus contradictoires. En effet, selon que l’on est partisan ou adversaire de la peine de mort, les positions diffèrent. Selon que l’on considère l’ex-président irakien comme un tyran ou bien comme un grand homme d’Etat, les avis divergent. De même, les opinions s’opposent en fonction du degré de légitimité que l’on octroie à un tribunal censé rendre la justice dans un pays occupé.
Je pense personnellement que Saddam Hussein fut un tyran et un dictateur. Mais son exécution fut la pire des réponses qu’on apporta aux crimes qu’il commit. Et nous étions nombreux à ne pas nous en réjouir considérant qu’on a répondu à la barbarie par la barbarie.
Mais au-delà des divergences ou nuances que l’on peut avoir sur tel ou tel point, une chose ne souffre aucun doute à mes yeux: la capture de Saddam Hussein, son jugement et jusqu’à la mise en scène macabre de sa pendaison, tout a été méticuleusement organisé par les Américains pour assouvir leur soif de vengeance d’une part, et humilier voire insulter à travers lui une grande partie des Arabes et des Musulmans d’autre part. Ceux-là mêmes qui n’ont jamais accepté de cautionner la politique guerrière des néo-cons américains.
Que ceux qui s’étaient réjouis de l’exécution honteusement orchestrée de Saddam Hussein méditent bien cette citation du poète anglais John Donne: «N’envoie jamais demander pour qui sonne le glas; il sonne pour toi». Désormais, la justice américaine s’impose à l’échelle mondiale. En 2006 ce fut Saddam, mais demain à qui le tour? Il y a comme une mise en garde sévère pour tous ceux qui oseraient contrarier les plans de l’empire américain.
Les dirigeants arabes et la diplomatie du néant
Et voici venu le tour de la Syrie. La crise syrienne en cours confirme sans surprise la lâcheté et l’impuissance des dirigeants arabes. Ceux-ci nous livrent chaque jour la démonstration de leur incompétence. Ils ont réinventé la diplomatie du néant et transformé la ligue arabe en un club d’intérêt privé, un réseau de prostitution d’état dirigé par des proxénètes à la bannière étoilée. D’autres «responsables» ont tout bonnement confié leur souveraineté nationale aux américains en échange de la garantie de stabilité de leur régime.
Lors de l’invasion de l’Irak, ils assistaient contents à l’agression d’un des leurs. Aujourd’hui, en livrant des armes aux «mercenaires», ils participent activement à la guerre en Syrie.
Je n’ai aucune sympathie pour le régime syrien autoritaire et répressif, et j’appelle de mes vœux l’avènement de la démocratie et de la liberté dans ce beau pays. Mais pensez-vous un seul instant que ces chefaillons d’Etat, roitelets et autres émirs d’opérettes sont porteurs de liberté et de démocratie pour le peuple syrien? Oh que non! Lâches parmi les lâches, veules parmi les veules, ces thuriféraires de l’oncle Sam, ces poltrons collaborateurs sont passés maîtres dans l’art du coup de sabre dans le dos de leurs frères.
Hillary Clinton s’est indignée l’autre jour du double véto russe et chinois à une résolution sanctionnant le régime syrien. Mais la crédibilité des Etats-Unis sur ce point est largement entamée car on ne compte plus le nombre de vétos que les Américains ont opposé pour empêcher la condamnation de l’enfant chéri : Israël.
Ainsi va le monde, Israël peut en toute impunité envahir le Liban, massacrer des milliers de Palestiniens à Sabra et Chatila, bombarder Hammam Chott, semer la terreur et la mort à Gaza et en Cisjordanie…, l’occident laisse faire comme on passe ses caprices à un enfant gâté, tout au plus nous gratifie-t-il de quelques lamentos sur le thème de «l’escalade» ou de «l’engrenage de la violence». Cela ne prend plus et la couleuvre est difficile à avaler.
Le scénario syrien est en fait un remake de la pièce jouée en Irak en 2006 et en Libye plus récemment. Le modus operandi est identique : réformer de l’extérieur en soutenant les réformateurs de l’intérieur et en surfant sur l’authentique soif de liberté des Syriens en butte à un régime liberticide et répressif. Cela peut se concevoir. Mais imposer manu-militari ces réformes au risque de transformer le pays en un véritable enfer est criminel. Les jardiniers de l’enfer sont tous ceux qui, par leur courte vue et la poursuite de leurs intérêts immédiats, ont délibérément tué dans l’œuf la mission de paix de Kofi Annan.
La boîte de Pandore est entrouverte, et bien malin celui qui pourra nous dire ce qui en sortira. Mais de grâce, n’envoyez pas demander pour qui sonnera le glas. Il sonnera pour nous.
Dr Salem Sahli
Copyright © 2011 Kapitalis. Tous droits réservésPublié le 17 août 2012 avec l'aimable autorisation de Kapitalis
Source : Palestine Solidarité.