dimanche 25 janvier 2015

Procès d’opinion contre notre camarade Saïd Bouamama, La France Républicaine dont la devise est "liberté, égalité, fraternité" est-elle entrain de succomber aux sirènes de l’inversion du racisme contre les victimes du racisme.



Suite à la plainte d’un groupe d’extrême-droite nostalgique de l’Algérie française (l’AGRIF), le sociologue Saïd Bouamama et le rappeur Saïd, dit Saïdou, de Z.E.P. (Zone d’Expression Populaire), ont comparu le mardi 20 janvier 2015 au Tribunal de Grande Instance de Paris (4 boulevard du Palais, Métro Cité) pour « racisme anti-blanc » et « provocation à la discrimination, à la haine ou à la violence ».
L’objet du litige est un livre-disque intitulé Nique la France (raciste, colonialiste et impérialiste) ! Devoir d’insolence.
Le fait même d’enregistrer cette plainte est une inquiétante atteinte liberticide à la liberté d’expression au regard des traditions démocratiques Françaises de l’humour insolent littéraire, artistique, poétique, etc. Même les partisans de "l’intégration-assimilation" colonialiste doivent en être surpris.
La France Républicaine dont la devise est "liberté, égalité, fraternité" est-elle entrain de succomber aux sirènes de l’inversion du racisme contre les victimes du racisme dont certaines expressions les plus illustratives sont : les propos de Finkielkraut, Frêche, de Villiers et Le Pen sur l’équipe de France de football qui aurait notamment "trop de Noirs", de l’académicienne Hélène Carrère d’Encausse en 2005 sur la "polygamie" qui serait à l’origine "des émeutes de banlieues", de Pascal Sevran, animateur de France Télévision, qui a déclaré : "La bite des Noirs est responsable de la famine en Afrique ... Il faudrait stériliser la moitié de la planète !", ceux qui pullulent dans les médias et les campagnes électorales comme "les immigrés volent le travail, les femmes, le pain, les allocations des français", "l’immigration, c’est la délinquance, l’insécurité, la toxicomanie", "l’immigration, c’est la cinquième colonne en cas de guerre", "les immigrés sont des Merah", "l’islam, c’est le terrorisme", de Zemmour suggérant "la déportation des 5 millions de musulmans", etc. Même les ministres de la République n’échappent pas à cette inversion des "valeurs", c’est le cas de Mme Taubira qui a été comparé impunément à une "guenon".
Propos insultants et racistes qui n’ont jamais fait l’objet d’aucune comparution devant la justice mais qui banalisent la stigmatisation, les amalgames racistes qui ont permis à Jean-Marie Le Pen lui-même de fanfaronner : "C’est ça la politique, peser sur son temps, sur les décisions du pouvoir, sur la pensée politique. Je pèse en m’exprimant, j’oblige toute la politique française à se droitiser et à se déterminer par rapport à moi. C’est démocratique parce que ce que je pense, c’est ce que pense le pays" (Le Monde du 21/11/84).
En fait, c’est devenu coutumier en France d’insulter et d’attenter à la dignité des Français récents et des immigré(e)s parce qu’originaires des anciennes colonies ou des Roms en toute impunité.
Mais dès que les victimes dénoncent sous différentes formes artistiques ou littéraires les racisme, la rromophobie, l’islamophobie d’État en pointant de surcroît le passé ou le présent colonialiste ou néo-colonialiste, la démocratie, la liberté d’expression ou d’opinion montre ses limites, voire se transforme en dictature sous couvert de procédure judiciaire.
Ce procès ne peut servir qu’à conforter les mouvements fascistes parce qu’il "est triste que souvent pour être bon patriote on soit l’ennemi du reste des hommes... (Voltaire).

Source : Collectif Afrique.
Saïdou (ZEP) et Saïd Bouamama au tribunal pour "racisme anti-blanc"
NIQUE LA FRANCE - Clip officiel
Le Parquet a estimé que les propos incriminés n’étaient pas illégaux [LGS].

Théorie du drone - Grégoire Chamayou…. le drone est aussi l’arme du lâche : celle de ceux qui ne s’exposent jamais.


Le drone est l’instrument d’une violence à distance, où l’on peut voir sans être vu, toucher sans être touché, ôter des vies sans jamais risquer la sienne.

Cette forme de violence télécommandée, qui à la fois supprime le face-à-face et fait éclater la distance impose de repenser des concepts apparemment aussi évidents que ceux de combattant (qu’est-ce qu’un combattant sans combat ?) ou de zone de conflit (où a lieu, une telle violence, écartelée entre des points si distants ?).
Mais, plus radicalement, c’est la notion de « guerre » qui entre elle-même en crise : le drone est l’emblème de la « chasse à l’homme préventive », forme de violence qui débouche, à mi-chemin entre guerre et police, sur des campagnes d’exécutions extrajudiciaires menées à l’échelle globale.
Cette tentative d’éradication absolue de toute réciprocité dans l’exposition à la violence reconfigure non seulement la conduite matérielle de la violence armée, techniquement, tactiquement, mais aussi les principes traditionnels d’un ethos militaire officiellement fondé sur la bravoure et l’esprit de sacrifice.
Car le drone est aussi l’arme du lâche : celle de ceux qui ne s’exposent jamais.
Cela n’empêche pourtant pas ses partisans de la proclamer être l’arme la plus éthique que l’humanité ait jamais connue.
Opérer cette conversion morale, cette transmutation des valeurs est la tâche à laquelle s’attellent aujourd’hui des philosophes américains et israéliens qui œuvrent dans le petit champ de l’éthique militarisée.
Leur travail discursif est essentiel pour assurer l’acceptabilité sociale et politique de cette arme. Dans ces discours de légitimation, les « éléments de langage » de marchands d’armes et de porte-parole des forces armées se trouvent reconvertis, par un grossier processus d’alchimie discursive, en principes directeurs d’une philosophie éthique d’un nouveau genre – une « nécroéthique », dont il est capital de faire la critique.
* Grégoire Chamayou est chercheur en philosophie au CNRS, dans l’équipe CERPHI à l’ENS-LSH. Il a publié, à La fabrique, Les chasses à l’homme (2010).