Mon très cher pauvre,
3azizi Zawali,
Je t'ai vu marcher dans la
rue et en croisant ton regard, je t'ai reconnu. Aucun autre regard ne ressemble
au tien. C'est le regard de ces quelques uns qui pareils à des tours mal
construites, voient s'effondrer autour d'eux les derniers étais qui la
soutenaient.
J'ai vu aussi comment ton
âme peut se tordre dans le désarroi de la solitude car les pauvres vivent dans
la solitude, c'est même ce qui caractérise leur pauvreté.
Tu as connu l'amour
absolu, cet amour tellement fort qu'en prétextant un RDV avec la vie, il a
détourné les yeux de ton sort, oublié ses propres mots et en te tournant le
dos, s'en est allé remplir sa mauvaise conscience des excuses de la raison.
Tu manques de tout, cher
pauvre, et ceux qui pourraient te donner le fil ténu qui te relie à la vie,
s'en indiffèrent en inventant un ailleurs propice, une envie d'autre chose. Si
tu étais riche, cher pauvre, tu serais entouré et ton amour enfui serait resté
là, à vanter ton existence de repus, à manger sur ton dos les miettes de son
hypocrisie.
Alors tu es seul, tu n'a
rien sur terre,les portes se ferment, et dans ta nuit de cauchemar aucune voix
ne vient apaiser les peurs ancrées au fond de ton ventre vide, et l'oppression
du monde replie ses ailes noires sur ta désespérance.
Des fois, cher pauvre, il
arrive que tu meures, et ton cortège funèbre n'est suivi par personne,Mais au
fond cette mort t'arrange,
Avec ce que la vie t’offrait tu n'as rien perdu,car sous terre tu es au chaud et que ton enfer
était sur terre.
Mon Très cher
pauvre,3azizi Zawali,
En Occident et aux USA
donneurs de leçons de démocratie,les pauvres ne sont pas libres d’aller là où
ils veulent et ne sont pas les bienvenus dans certains quartiers.
Les pauvres gênent,Cette
hostilité est d’autant plus marquée qu’elle s’articule depuis quelques années à
des politiques qui criminalisent la présence des sans abris et qui s’orientent
vers l’invisibilisation de ceux-ci.
Ils n’ont désormais plus
le droit d’afficher leur pauvreté,à la ville comme à la mort.
Même dans la mort,
l’exclusion frappe.Les vivants ont pris soin de quadriller l’espace des morts
selon une logique ségrégative : les riches dans des caveaux, les moins riches
dans des fosses temporaires qui sont attribuées pour 10 ans (renouvellement
selon les moyens de la famille), et les pauvres dans les trous du champ commun.
A l’écart des tombes en
marbre, fleuries, honorées avec surcharge et légèrement kitsch, se dressent de
grandes haies, des frontières vertes qui cachent les périmètres réservés
formant une sorte de bocage de la mort indigente et anonyme.Des monticules de
gravats, alignés en rang, des petits tas de cailloux pour signifier qu’il y a
quelqu’un en dessous, mort. Quelques tombes sont surmontées d’un piquet avec
tout au plus le numéro de la fosse.
Anonymes jusque dans la
mort, les pauvres ne sont pas nommés.La misère est frappante à la vue des ces
tombes de fortune qui tanguent, ornées de bouts de ferraille recyclés parfois
par quelques membres de la famille ou amis qui luttent pour faire exister la
mémoire du défunt. Après 5 ans, les cercueils sont exhumés, direction la
crémation, les cendres sont ensuite dispersées dans un coin du cimetière, la
partie virtuelle de la fosse commune, le jardin du souvenir.
Les pauvres sont doublement décédés, cliniquement et socialement.
Les pauvres sont doublement décédés, cliniquement et socialement.
Les pauvres morts-vivants
socialement. Même au cimetière,il sont séparés des autres, des moins morts
qu’eux,qui continuent d’exister symboliquement dans le monde des vivants car
nommés dans la communauté.
Je t'ai croisé, cher pauvre,
tes yeux perdus cherchaient encore la voix mélodieuse de l'autre. Mais la voix
est morte, elle a ravalé ses promesses ; les promesses n'engagent que ceux qui
y croient.
Mon très cher
pauvre,3azzizi Zawali,
Nous avons fait route
ensemble,toi mort,moi en sursis pour peu de temps,Je sais que maintenant tu
reposes en paix.
Je fais le serment de
continuer sur ton chemin toujours droit devant, toujours dans l’honneur,la
dignité et la lutte permanente contre les inégalités, l’oppression,la discrimination et l’exploitation....La Bourgeoisie,Le Capitalisme....
A bas le capitalisme.
Que le Combat Continue
!....


