vendredi 23 septembre 2011

Les larmes de Gaza - un film documentaire de 81 mn - Tous les Européens devraient le voir pour découvrir le vrai visage d’Israël

vendredi 23 septembre 2011

« Les larmes de Gaza » de Vibeke Lokkeberg est un film documentaire que :
  • tous les Américains devraient voir pour se rendre compte de ce que le gouvernement fait avec nos impôts.
    • Tous les Européens devraient le voir pour découvrir le vrai visage d’Israël.
    • Tous les Arabes devraient aussi le voir pour raffermir leur détermination à ne pas laisser une nation raciste effacer la Palestine et ses enfants de la carte et de l’histoire.
J’avais lu des articles sur la situation de Gaza après l’attaque israélienne dénommée "opération Cast lead". J’avais lu les rapports. Je croyais que j’avais tant pleuré que je n’avais plus de larmes à verser. Mais ce film m’est allé droit au coeur et m’a tellement émue que je me suis remise à pleurer et me revoilà avec un noeud dans le ventre parce qu’on a bombardé des enfants endormis, parce que des hélicoptères ont répandu la mort et la désolation du phosphore blanc sur des citoyens terrifiés qui s’étaient rassemblés dans une école de l’ONU pour se protéger... et parce que personne n’a rien fait pour empêcher cela. "Les larmes de Gaza" dévoilent les mensonges, les dissimulations et le retournement de veste de Richard Goldstone. Il vous emmène au coeur de la bande de Gaza dévastée pour vous montrer la vérité qui se cache derrière les grands titres lâches et mensongers des journaux qui appelent le massacre perpétré par Israël, une "incursion" ou de la "légitime défense". Ce film nous fait découvrir ces réalités à travers les yeux des enfants. Il ne faut pas le manquer !
La première fois que j’ai entendu parler des "larmes de Gaza" a été quand Bernard Henri-Levi nous a attaquées Lokkeberg et moi-même dans les principaux organes de presse européens. Elle et moi avons été en contact depuis et j’ai finalement réussi à voir le film. C’est un travail d’une importance monumentale. C’est un beau film, triste, honnête et dévastateur.
Vibeke Lokkeberg nous offre les noms, les visages et l’histoire de trois enfants ordinaires de Gaza qui ont un courage extraordinaire. On tombe d’abord amoureux de Yehya, un garçon de 12 ans qui veut devenir docteur pour pouvoir soigner les personnes blessées par des balles israéliennes. On le voit apprendre à piloter un petit bateau à moteur, perdu dans la magie de l’enfance. Les yeux brillants et le sourire lumineux qu’il a en cet instant, rendent ses larmes encore plus difficiles à supporter quand il se met à parler de son père tant aimé. Le seul récit des pertes qu’il a eu à subir ensuite vous laisse hébété et atterré.
Jusqu’à ce qu’on rencontre Amira qui a 14 ans et qu’on entre dans son univers.
Amira est belle. Elle a cette sorte de beauté qui recèle une souffrance ineffable qu’on voit rarement chez les jeunes. Sa vie aussi est gâchée par la mort, la destruction et la mutilation de son corps par les balles. Elle dit qu’elle veut étudier la loi pour pouvoir poursuivre les Israéliens en justice pour les crimes qu’ils ont commis. Puis, elle parle de son père et de ses frères, et elle dit qu’elle aurait préféré "partir avec eux".
Comme Amira, Rasmia est beaucoup plus mûre que ses 11 ans. Ceux qui parlent arabique verront peut-être en elle des choses que les autres ne pourront pas voir. C’est à cause de la traduction, et c’est le seul reproche que je ferais au film. Quand Rasmia entre toute éveillée dans une sorte de transe, sa mère dit en Arabique qu’elle "imagine". La traduction dit qu’elle se "souvient" ce qui n’a aucun sens et empêche de comprendre précisément ce qui lui arrive. Sa mère explique que parfois elle "imagine" juste des choses qui sont arrivées pendant les attaques. Je suppose que la plupart des psychologues ont eu affaire à ces symptômes et en entendant l’explication de la mère seraient d’accord pour dire qu’elle a des flashbacks, ce qui est un signe clair de désordre post-traumatique.
Quand Yehya parle de la mort de son père la traduction n’est pas exacte non plus et cela altère le sens profond de son récit. Il parle en fait à la troisième personne : "Quand quelqu’un perd son père c’est comme s’il avait perdu le monde entier...." Mais ses paroles sont traduites à la première personne : "Quand mon père est mort, c’est comme si j’avais perdu le monde entier." La distinction peut paraître triviale jusqu’au moment où on réalise qu’en fait il est incapable d’employer la première personne sans éclater en sanglots. Cela a l’air d’un détail mais en fait cela vous brise le coeur un peu plus.
Et on doit laisser nos coeurs se briser en pensant à Gaza. C’est le moins que l’on puisse faire. Ecouter ces trois enfants et demander à d’autres de les écouter est le moins que l’on puisse faire. Vibeke Lokkeberg a fait un reportage remarquable sur ce qui est arrivé de décembre 2009 à janvier 2010 ; de sorte que personne ne peut dire "Je ne savais pas."
Pour ne pas oublier, pour que nos larmes et notre indignation ne se tarissent pas, et pour que nos coeurs saignent tant que la Palestine n’est pas libre, j’espère que ce film sera projeté sur les écrans du monde entier dans les campus universitaires, les communautés, les organisations et chez les particuliers. Ne considérez pas cet article comme une critique de film mais comme un appel à l’action.
Susan Abulhawa - Dissident Voice
* Susan Abulhawa est l’auteur de Mornings in Jenin, un ouvrage de fiction historique et la fondatrice de Playgrounds for Palestine.


L’Afrique des opposants de bouche : un repaire d’imposteurs

Il est temps de panser une plaie dont la purulence exceptionnelle risque d’endommager gravement la destinée des sociétés africaines contemporaines. Je veux parler d’une sorte de nécrose invisible, de pourrissement intérieur de la parole politique sous l’action de ceux que je nomme les opposants de bouche. Si rien n’est fait contre ces phraseurs sans consistance bénéfique, la parole de l’opposant africain entrera dans la plus terrible des traversées du désert de son histoire.

A cause de nos plaisantins ensanglantés, la noble cause des révoltés s’étiole en Afrique. Il convient donc de se révolter contre le tort que cette engeance cause à la transcendance spirituelle de la révolte humaine légitime. Il faut s’opposer aux faux opposants. Qui sont-ils ? A quoi reconnaît-on cette espèce de perroquets de la faune politique en Afrique noire ? Comment nos sociétés en sont-elles venues à produire cette espèce particulière d’imposteurs, capables de parler et camper le discours des anges de lumière alors même que leur première préoccupation est l’accaparement des peuples, le braquage des libertés et l’exploitation outrancières des terres, mers, forêts et énergies créatrices du continent noir ? Je voudrais d’abord dresser dans cette tribune leur portrait, afin d’augmenter la traçabilité et l’identifiabilité de cette coterie de bonimenteurs postcoloniaux. Ensuite, il m’importera de démonter la mécanique illogique de leur prétention à assurer l’instauration ou la consolidation de la démocratie dans leurs pays. Enfin, j’en viendrai à ce qui me semble être le sens d’une opposition politique véritable dans l’Afrique contemporaine.
Portrait et manières d’imposteurs
Qu’ils aient perdu le pouvoir ou qu’ils l’aient conquis, on peut les reconnaître. Ils bougent des lèvres, mais ne disent rien de sensé à ceux qui savent lire entre leurs lignes tordues. Sur le plan national, sans solidarité de classe réelle avec les plus pauvres, les plus démunis, les laissés pour compte, ils s’improvisent représentants des tout petits face aux grands bonnets de la société postcoloniale. Ainsi s’efforcent-ils de récupérer les frustrations, les colères légitimes, les conflits locaux, pour en faire la preuve de l’efficacité de leur critique de l’Autre. Le fait est qu’ils sont depuis bien longtemps coupés de ces peuples qu’ils prétendent représenter, non seulement parce que leur problème est l’avoir du pouvoir, mais aussi parce qu’ils ont cessé depuis longtemps de comprendre ce que les sociétés africaines sont devenues après la Chute du Mur de Berlin. Clivés dans des catégories mentales héritées de la Guerre Froide, ils brillent par un binarisme intellectuel aveuglant. L’Afrique est à penser au-delà du capitalisme et du communisme, dans une perspective originale qui s’intéresserait davantage aux priorités matérielles, écologiques, sanitaires, économiques et juridiques qu’à la proclamation d’un nouveau corpus idéologique. Au fond, la démocratie, quoiqu’on en dise, est l’urgence locale réelle de l’Afrique contemporaine, tous les autres problèmes africains étant soumis à celui de la justice politique. Mais nos imposteurs n’en ont cure. Ruant dans tous les brancards, on les retrouve donc au cœur de toutes les discriminations criminelles. Opposants leurs concitoyens en allogènes et autochtones, en vrais nationaux et faux nationaux, opposant sans cesse droit du sang et droit du sol, opposant leurs rivaux politiques en gens de l’Etranger et gens du pays, opposants leurs citoyens de la diaspora à ceux de l’intérieur, les hommes aux femmes, la religion à la société, ils ne vivent que de fabriquer sans cesse dans la société, des contradictions qui ne sont pas essentielles, mais servent artificiellement à abonder leur quête jouissive du pouvoir d’Etat.
Leur cirque est aussi international. Ils donnent de la voix pour attirer les peuples dans leur escarcelle de lâches, alors même que dans la nuit, ce sont eux qui vont quérir le soutien des grandes puissances qu’ils vilipendent apparemment. Nos opposants de bouche sont souvent de grands clameurs de thèses anticolonialistes sans soubassement réel dans la praxis. Leur engagement politique, malgré les accents éthiques et la hauteur de l’idéal qu’il put susciter dans leurs peuples, s’est révélé n’être qu’une soif du pouvoir pour la jouissance, une érotisation aveugle de l’agir public. « Avant, nous disent-ils, nous n’avions rien. Maintenant, nous avons un peu ». Parce que la mémoire anticoloniale et antiesclavagiste des peuples africains est encore vive, non seulement en raison des ravages de la raison impériale occidentale, mais aussi à cause des continuités contemporaines de la déshumanisation des africains par les africains, nos opposants de bouche surfent sur ces vagues du ressentiment avec plus ou moins de bonheur. Au fond, ils se foutent de leur pays. Qu’ils aient été au pouvoir ou qu’ils n’y aient pas été, ces gens se reconnaissent à leur pratique invétérée de la politique de la terre brûlée. Ils se proposent comme les seuls et ultimes garants de l’ordre et de la survie de leurs sociétés. Avant eux, disent-ils, c’était le chaos. Après eux, prétendent-ils aussi, ce sera le chaos. Praticiens de la démocratie de propagande, ils ne croient en réalité qu’aux ruses et aux vertus de la duplicité politicienne. Les valeurs de vérité et de justice étant aux antipodes de leurs visées, le clanisme, le tribalisme, l’opportunisme et le cynisme sont leurs refuges immoraux. Ils ont la diabolicité chevillée au corps, revendiquant la tromperie ou boulangerie politique comme carnet d’adresses. Tant que cela marche, il s’en réjouissent, mais quand la farine monte au nez du boulanger, on l’entend requérir la protection de la morale et l’indulgence des âmes charitables.
Des experts en impuissance collective
J’entends donc par opposants de bouche, cette espèce particulière d’acteurs politiques connus pour leur singulière incapacité à offrir de véritables victoires qualitatives à leurs peuples, en termes d’avancées sociales, économiques et politiques. Au plan social, ils excellent dans l’art de diviser pour régner et ne tolèrent ni dans leurs partis, ni dans le pays, l’existence de voix capables de porter un message dissonant envers leurs petits calculs d’apothicaires. Au plan économique, ils ne sont ni capables de créer des richesses, ni capables de commercer utilement avec le reste du monde. La misère et le chômage massifs sont leurs meilleures réussites quand ils passent par le pouvoir. Leur pratique politique est complètement creuse : faite d’esbroufe et de faux procès d’intention, elle consiste à imputer leurs échecs à l’Autre, quitte à l’inventer de toutes pièces avec le bric à brac des circonstances.
Ce sont des chantres de la démocratie quand ils cherchent le pouvoir et des ogres de la démocratie quand ils le prennent. Leur principe est celui du Tout ou Rien. Non seulement ils prévoient un seul cas de figure quand ils vont aux élections (gagner), mais ils sont prêts à casser la figure de leur pays, à lui voler sa souveraineté démocratique dès lors qu’elle ne s’exprime pas conformément à leurs tropismes obtus. Marxistes-léninistes de bouche à l’occasion, ils se servent de la phraséologie révolutionnaire de gauche quand ils ne sont pas au pouvoir ; mais aussitôt y sont-ils qu’ils s’engouffrent dans les grands boulevards infects de l’extrémisme réactionnaire de droite. Voilà par quelles voies, vomis par leurs peuples et délaissés par leurs mentors de l’ombre – y compris quand ils financent les campagnes des présidents occidentaux qu’ils font semblant d’exécrer - , ces gens ne vont jamais bien loin. Après avoir longtemps nagé dans la confusion, leur dos se montre enfin aux démocrates rassemblés et organisés qui les épinglent et les inscrivent dans le placard de la petite histoire, celle des grenouilles qui se prenaient pour plus grosses que des bœufs. Au fond, ce sont des acteurs de l’impuissance africaine.
Noblesse de l’opposition authentique
A contrario, que devrait donc être l’opposition politique africaine de tous nos espoirs ? Celle qui veut prendre le pouvoir d’Etat pour faire franchir un seuil qualitatif positif à la société nationale. Une sous-organisation sociale alliant les acquis de la science et les revendications de liberté et de bien-être en cours dans sa société globale. Composée de gens déterminés à comprendre et capables de comprendre effectivement les mécanismes de la pauvreté, de la misère intellectuelle et morale, de la domination politique nationale et internationale en cours dans son époque et dans son pays, l’opposition politique doit être un alliage d’intelligence théorique et de connaissance pratique de la société civile, mais aussi le maillage des forces sociales, économiques, politiques et spirituelles qui aspirent à un saut qualitatif de la société globale. Noble par essence, l’opposition porte en elle une possibilité créative essentielle pour la société : le NON de la conscience révoltée n’est pas simplement légitime en termes d’objectivité. Le NON constitutif de l’acte de s’opposer politiquement renvoie à la possibilité de bâtir un monde autrement meilleur, de proposer d’autres issues à une communauté politique. Ce n’est pas simplement un NON de bouche, mais une parole créatrice d’un ordre nouveau, mûri et pensé par des citoyens avertis, instruits, libres et responsables. Le NON de l’opposant doit puiser à la fois dans l’éthique de la conviction et dans celle de la responsabilité. C’est à ces deux sources de la moralité collective que se renouvelle authentiquement un corps social.
L’opposition politique africaine doit donc être une opposition d’intelligence, de proposition, d’organisation et de résistance planifiée contre la misère, la violence, la ruse, la domination, toutes tares qui transforment les peuples africains soumis à leur longue durée en véritables zombies marchant comme des aveugles en plein jour, comme si c’était la nuit. Qu’il nous soit permis d’espérer l’attention des intelligences vives aux lieux où se tissent les toiles de l’opposition politique africaine de tous nos espoirs. Celle qui saura se préparer à gouverner autrement que par l’instrumentalisation de la haine, du ressentiment et de la mémoire ensanglantée du continent noir. Celle qui saura constituer des équipes et des assemblées de femmes et d’hommes capables de donner une orientation heureuse à la destinée de l’Afrique. Une opposition spirituelle, éthique, intellectuelle, mobilisatrice, active et géniale. Puissions-nous reconnaître et accompagner l’émergence de ces forces positives.
Pr. Franklin Nyamsi
Source : AFRIC.COM

Les outils de résistance de la jeunesse Africaine

Y allant chacun de ses capacités, de ses compétences et de ses convictions, la jeunesse africaine développe actuellement divers moyens de résistance au néo-colonialisme confirmé par les récentes agressions que subissent les pays Africains..

Depuis les indépendances des pays africains dans les années 60, les jeunes générations d’Africains entendent incrédules, comme des fables ou des légendes, les histoires sécrètes qui jalonnent les relations de leurs pays respectifs avec la France : Guerres sécrètes, crimes économiques, assassinats politiques, fabrication et protection des dictateurs locaux, coups d’états, etc. Ces derniers temps, la France de Nicolas Sarkozy a décidé de passer des méthodes secrètes aux ultimatums et autres frappes ouvertes, publiques et désinvoltes. Les évènements récents en Côte d’Ivoire et en Libye, les confessions de certaines barbouzes françaises, les confirmations de quelques responsables africains, etc. ont fini par transformer ces légendes supposées en réalités affligeantes pour les fils et filles d’Afrique.
Cependant, les médias occidentaux d’audience mondiale ont décidé d’ignorer les cris d’agonies et autres appels à l’aide des Africains. Ainsi, comme au temps de l’holocauste juif, plusieurs de nos contemporains occidentaux diront comme le peuple allemand devant le jugement de l’histoire :« Nous n’avons jamais rien su de ce qui se passait! » Reconnaissons toutefois que certains français refusent de se faire complices de ces crimes contre l’humanité perpétrés en Afrique ces temps derniers. C’est le cas par exemple du docteur Stéphane GAYET qui, dans une vidéo disponible sur sa page Facebook, fait un exposé très schématique des relations qu'entretient le peuple français avec les pays d'Afrique sub-saharienne. Cette vidéo plaide pour un verdict accordant des circonstances atténuantes au peuple français et éclaire un tout petit peu notre lanterne sur l’attitude du peuple français face aux cris de souffrance des Africains suite aux coups que leur inflige le gouvernement français (https://www.facebook.com/video/video.php?v=1815172033945).

Le fait est que les secrets de la FrançAfrique qui continuent progressivement à être rendus publics tombent sur les plus incrédules des jeunes Africains comme des coups de massue. Ils en ont le cœur gros et désirent absolument le faire savoir. Ils en veulent à la FrançAfrique, à leur dirigeants actuels et la France. Ils en ont honte à la place de leurs dirigeants et des dirigeants français. Et plusieurs jeunes africains ont décidé de passer de l’observation médusée du train de l’histoire à l’action.
Les moyens de la résistance
Y allant chacun de ses capacités, de ses compétences et de ses convictions, la jeunesse africaine développe actuellement divers moyens de résistance au néo-colonialisme confirmé par les récentes agressions que subissent les pays Africains. Sans prétendre à l’uniformité ou à l’unanimité, plusieurs de ces outils foisonnent sur internet et sauront certainement être utiles le moment venu. Nous voulons ici présenter d’une manière non-exhaustive quelques-uns de ces moyens de résistance.
Publications engagées : Le ton critique et incisif des intellectuels africains dans leurs publications et autres articles est monté de quelques crans. Leurs publications sont plus que engagées, de quelque bord que soient leurs auteurs. Tous les chats ne sont plus gris dans la nuit du néo-colonialisme et de la FrançAfrique. Les coupables présumés sont interpellés sans ménagement. Les noms sont cités. Les faits sont dénoncés. Les preuves sont exposées. Des ébauches de solutions aux problèmes de l’Afrique sont émises. La jeunesse africaine prend part au débat et espère se faire entendre.
Facebook, Twitter et Youtube : Les médias Facebook, Twitter et Youtube servent de défouloir à plusieurs jeunes africains. Ils se sont appropriés ces outils et publient à longueur de journée des informations qui soutiennent très souvent leur point de vue sur les conflits en cours en Afrique et dans le monde. Avec ces conflits, ces médias ont connu un essor sans précédent en Afrique. Par eux, les africains semblent vouloir plaquer à la face du monde toutes les informations que les grands médias occidentaux ont décidé de passer sous silence.
Manifestations panafricaines : Infatigablement, les Africains résidents en France et ailleurs dans le monde crient leur colère contre la France au travers de diverses manifestations publiques et grandioses qui ne sont jamais mentionnées dans les médias français. Mieux, ces manifestations sont souvent violemment réprimées par la police française. Une de ces manifestions originale a été baptisée « Kodjo Rouge » : une séance de malédiction de la France prononcée par des femmes africaines portant sur du linge blanc un bandeau rouge entre les jambes, symboles de couches féminines en période de menstrues dont la vue par un intrus dans plusieurs traditions africaines est cause de malédiction.
cameroovoice.com

« La République des mallettes »: On a empêché Gbagbo de parler

Gbagbo devait faire des révélations. L’auteur de « La République des mallettes » l’affirme. Les forces spéciales françaises l’en ont empêché... Qui a peur de voir l’otage de Korhogo publier ses Mémoires ?

Si les forces spéciales françaises n’avaient pas travaillé à son arrestation, le président ivoirien renversé se serait confié en avril à Pierre Péan sur les moeurs financières «spéciales» des dirigeants français.

En ce début d’automne, la France continue de vivre au rythme du «grand déballage » sur la grande corruption internationale que ces dirigeants politiques orchestrent en Afrique et dans le Moyen-Orient, en se retrouvant souvent aux côtés de petits bras de la pègre et de mafieux de haute volée. Au centre de toute cette agitation, le livre de Pierre Péan, un des plus célèbres journalistes d’investigation français, dont le nom est plus qu’évocateur... «La République des mallettes». Le livre trace le portrait du sulfureux Alexandre Djouhri, intermédiaire véreux passé – comme Robert Bourgi – de la Chiraquie à la Sarkozie, avec armes... et mallettes, selon toute vraisemblance.

Le livre de Péan raconte notamment les relations financières malsaines qu’entretiennent depuis les  indépendances les chefs d’Etat français et africains. Il révèle que, juste avant son kidnapping, il devait rencontrer le président Laurent Gbagbo pour évoquer, au cours d’un entretien-vérité, les coulisses des aspects les moins ragoûtants de la relation entre Paris et ses anciennes colonies. Pierre Péan écrit : « Je puis livrer ici un souvenir personnel qui étale la vraisemblance de l’anecdote rapportée par Robert Bourgi. Quelques semaines avant la chute de Laurent Gbagbo, qui se produisit en avril 2011, j’ai obtenu l’accord de celui-ci pour venir le rencontrer à Abidjan, avec un seul ordre du jour : son rôle de « père Noël » vis-à-vis des hommes politiques français, notamment Dominique de Villepin (...) En permettant l’arrestation de Laurent Gbagbo, les forces spéciales françaises ont rendu cette interview impossible».
La phrase de Pierre Péan nous donne de comprendre que beaucoup de personnes «propres sur eux» dans le sérail politique français, au courant du projet de voyage de Péan, ont dû pousser un «ouf» de soulagement en voyant le président renversé humilié – et interdit de parole – à l’hôtel du Golf, quartier général d’Alassane Ouattara et de ses alliés étrangers. Ces milieux-là, qui ont profité du principe établi par Gbagbo selon lequel «le chef a le ventre profond» et doit se taire sur certaines choses, craignent aujourd’hui une perspective : celle des Mémoires plusieurs fois annoncées de Gbagbo. Guy Labertit, l’ami de toujours du président renversé, évoque cette éventualité dans le livre de Péan. « Laurent Gbagbo m’a assuré avoir été sollicité en 2002 par l’entourage de Jacques Chirac pour financer sa campagne présidentielle ».

Tout en refusant de confirmer de manière claire que Gbagbo a cédé aux avances pressantes de l’ex-métropole, Guy Labertit prévient : «Je pense que Gbagbo écrira un jour sa vérité dans un livre, lorsqu’il ne sera plus chef de l’Etat.» Dans le contexte créé par les dernières révélations, l’on peut tout simplement dire que la responsabilité morale de l’ONU, qui assure la garde rapprochée du président renversé, est grande. Il ne faudrait pas que certains milieux hexagonaux, en complicité avec un régime Ouattara, cherchent à l’éliminer. Tout simplement parce qu’il en sait trop..
Le nouveau courrier
source : Cameroonvoice.com

Nedjma, de Kateb Yacine.

Nedjma est un roman de Kateb Yacine, publié en 1956.

Au-delà de la colonisation
Le livre, écrit en en langue française par un Algérien, pourrait bien paraître être un roman issu de la colonisation, et donc forcément contestataire. C’est ce qu’on imagine en premier en lisant Nedjma, puisque de nombreuses scènes écrites nous montrent le racisme presque ordinaire entre colons et colonisés, et la répression contre les militants de l’indépendance algérienne. Néanmoins, Kateb Yacine ne délivre à aucun moment dans son livre un message militant. Plus que de contrer la colonisation, Kateb Yacine pose plutôt la question de la survie d’une nation alors même qu’un autre pays s’approprie son identité. En gros, comment l’Algérie peut se construire, si on essaye d’y apposer le modèle français ? Quelques symboles forts semblent d’ailleurs faire état de cette difficulté : l’un des personnages, en pèlerinage, va se mettre à crier « ma mère Jeanne d’Arc ». C’est un homme âgé, proche de la mort : comment peut-il retrouver « son » histoire dans l’Histoire française ? Deuxièmement, la maîtresse d’école est française, tandis que les jeunes élèves parlent arabe depuis toujours. Cette « langue du dehors », le français, contrarie forcément leur « langue intérieure », l’arabe qu’ils parlent avec leur famille. Petit à petit, les enfants sont donc confrontés à privilégier l’une ou l’autre culture : celle du colon, ou celle de leur famille. Un sentiment assez déstabilisant quand on a une dizaine d’année. Kateb Yacine essaye donc de faire passer l’idée d’une nation qui voudrait se construire, mais qui, paradoxalement, pour se faire entendre, va copier le modèle de celle qui l’envahit. Preuve en est le roman même : Nedjma est l’un des premiers romans algériens en langue française. Auparavant, il n’y a pas réellement de tradition romanesque en Algérie. Kateb Yacine se sert donc de cette langue « romanesque » (le roman est né depuis déjà plusieurs siècles en France) pour écrire un livre profondément algérien : la narration et l’organisation des chapitres ne ressemble pas du tout à la narration européenne.

Une histoire d’identité

Nedjma compte plusieurs protagonistes, mais l’intrigue tourne principalement autour de 5 personnes : Mustapha, Lakhdar, Mourad, Rachid, et Nedjma. Les quatre hommes vont, au fil du roman, découvrir qu’ils sont liés par leur origine : ils sont tous descendants d’une tribu algérienne ancestrale : les Kebloutis. Nedjma, elle, est la femme dont ils sont tous amoureux. Elle aussi descendante de Keblout (chef de la tribu), elle représente finalement le délicat passage entre une Algérie « ancienne » et l’Algérie colonisée : elle est née de la liaison d’un Keblout et d’une Française. Figure absolue du désir pour les personnages, elle n’en reste pas moins insaisissable : elle est mariée. Toute l’ambivalence des personnage se comprend dans le comportement qu’ils ont avec Nedjma : même s’ils la désirent (l’un d’eux va l’observer longuement lorsqu’elle prend son bain en pleine nature), ils ne peuvent l’approcher pour autant (elle est déjà « salie » par le mariage et par le sexe d’un autre homme). Leur identité est également mise en cause : leur tribu ancestrale, au temps du récit, est pratiquement éteinte, d’autant plus que l’Algérie est en plein mouvement. En se raccrochant à Nedjma, le symbole même de cette identité qui s’étiole, ils essayent de se comprendre eux-mêmes. De même, les personnages sont tous plus ou moins des vagabonds : la marche est un élément très important dans le récit de Kateb Yacine. En choisissant des vagabonds, il montre la crise identitaire que peut traverser son peuple. Nedjma, en arabe, signifie l’étoile. Ses cinq branches sont finalement les 5 personnages, à la fois réunis et profondément éloignés.

Un roman poétique

L’écriture du roman mérite elle aussi un peu d’attention : loin d’être exclusivement narrative, elle reprend quelques éléments poétiques. On remarque des éléments du modèle pastoral (histoire de berger, la nature, la campagne et tout ça) : l’un des personnages, enfant, doit s’occuper de chèvres (et l’une meurt). Un autre va, lui, jouer du tambour et danser : ceci peut se rallier à une certaine tradition poétique de la pastorale, qui trouve ses racines chez les Grecs, parlant de la vie des champs et des mœurs des bergers. Cette poésie servait également à montrer la réalité des champs par rapport à celle de la ville, ce qui peut se comprendre, dans Nedjma, comme la réalité de l’Algérie agricole, ancienne, par rapport à l’Algérie colonisée par une France moderne.

L’écriture va quelques fois paraître très saccadée, avec des retours à la ligne fréquents durant des pages entières, à la manière des vers en poésie. De même, il n’y a pas vraiment de continuité logique entre les chapitres, c’est au lecteur de faire les raccordements entre les divers passages afin de reconstituer la trame de l’histoire. A l’image d’une longue poésie, Nedjma décompose la logique pour créer une logique interne au roman : celle de l’écriture, de la musicalité.
Nedjma, c’est à la fois un roman issu d’un contexte historique fort, un certain témoignage d’une nation qui se cherche, mais aussi l’exercice de style d’un écrivain qui tente d’allier une langue et une culture qui sont très différentes. Par ce biais, il réinvente une certaine mythologie Algérienne grâce à la tribu Keblouti et la figure de l’étoile, symboles qui se retrouveront dans d’autres œuvres de l’auteur.

Guerre de l'Otan en Libye : Le meilleur et le pire

Le 22 septembre 2011
C'est de l'étranger que le CNT a tiré d'abord sa légitimité. Mais le gouvernement français ne veut pas reconnaître l'Etat Palestinien qui lui, est légitime depuis 60 ans... depuis toujours..

Conformément à la résolution 1973, ou du moins l'interprétation qu'ils en ont faite, l'OTAN ne devrait-il pas à présent bombarder… les positions du CNT ? En effet, c'est celui-ci qui est désormais le pouvoir et ce sont les autres, les «gueddafistes», qui sont à présent «les rebelles».
C'est donc le nouveau pouvoir, le CNT, qui aujourd'hui «bombarde son propre peuple», à Syrte et ailleurs, et qui tombe sous le coup de la résolution 1973 de l'ONU.

Je plaisante ? A peine. Car on voit ainsi à quoi a été réduit le droit international. C'est le cas aussi de la reconnaissance de l'Etat palestinien. Le Gouvernement français s'était empressé de reconnaître le CNT libyen alors que rien ne prouvait sa légitimité. C'est de l'étranger que le CNT a tiré d'abord sa légitimité. Mais le gouvernement français ne veut pas reconnaître l'Etat Palestinien qui lui, est légitime depuis 60 ans… depuis toujours. Alain Juppé, le ministre des Affaires étrangères français, cherche actuellement, sous mille prétextes, à décourager les palestiniens de présenter leur candidature à l'ONU. On se souvient par contre de la vitalité et de l'énergie dont il avait fait preuve pour convaincre de l'intervention étrangère en Libye puis pour que le CNT occupe, sans attendre, le siège de la Libye à l'ONU.

Ce renversement de situation en Libye où c'est désormais le nouveau pouvoir en place qui bombarde des populations civiles n'a semble-t-il pas été prévu. Il explique la gêne actuelle de l'alliance OTAN-CNT libyen, son hésitation à installer le CNT dans la capitale, et son insistance à annoncer que «la lutte n'est pas finie tant que Gueddafi n'est pas mis hors d'état de nuire». Ces contradictions dévoilent chaque jour les buts réels de l'intervention militaire étrangère aux yeux de l'opinion arabe et mondiale.
Comme par un heureux hasard, l'actualité vient elle-même dénoncer cette situation et ceux qui cherchent à la justifier. Au même moment où le CNT s'installait précautionneusement à Tripoli sous la protection de l'OTAN, les Talibans attaquaient le quartier général de l'OTAN à Kaboul. Où sont les « révolutionnaires », à Kaboul ou à Benghazi ? L'OTAN et les insurgés libyens avaient justifié l'intervention militaire par le rapport de force disproportionné entre les forces du régime de Gueddafi et les insurgés, et afin d'éviter qu'ils soient écrasés. Les résistants afghans eux affrontent une armada de l'OTAN infiniment plus puissante et meurtrière. Un 1er novembre 1954 quelques dizaines d'hommes s'étaient levés contre la France et toute la puissance de l'OTAN derrière elle. Ces hommes là ne demandaient pas qu'on fasse la révolution à leur place.
Les révolutions arabes continuent de charrier le meilleur et le pire. Je lisais dans un journal français (« le Nouvel Observateur » 13 septembre 2011) un reportage sur une jeune Libyenne de 24 ans qui s'enorgueillait d'avoir fourni des renseignements à l'OTAN, par le relais d'Eldjazeera, sur les cibles libyennes à attaquer, quand l'intervention militaire se préparait. Elle décrit tout cela avec force détails. Elle rodait, le jour, la nuit, autour des sites, prenait des notes, utilisait plusieurs portables. Vrai ou faux ? On finit par se méfier de tout tant l'intoxication médiatique a pris des proportions nouvelles. Mais c'est significatif d'un état d'esprit où on ne sait même plus ce qu'est la trahison, où elle est banalisée, voire valorisée. Ici 50 ans après l'indépendance, en Algérie, une famille se vantera d'avoir été proche de la France pendant la colonisation, comme d'un label de distinction sociale. Un autre algérien, résident pourtant en Algérie, et même parfois haut fonctionnaire, se vantera lui d'avoir la double nationalité algérienne et française. Il vous expliquera que «c'est uniquement pour des raisons pratiques, pour ne pas avoir à demander de visa», sans se rendre compte qu'il exprime ainsi son peu de considération pour 2 nationalités, aussi bien la Française que l'Algérienne en réduisant un acte majeur à une raison si triviale. Et on les verra souvent, est-ce un hasard, justifier l'intervention étrangère.

LES NOUVEAUX INTELLECTUELS ORGANIQUES
Dans les CNT qui fleurissent actuellement, ici des intellectuels syriens connus appellent à l'intervention étrangère; certains d'entre eux ont la double nationalité : française et syrienne. Là ce sont des cadres intellectuels libyens de nationalité anglaise ou américaine qui avaient appelé l'OTAN à l'aide. On assiste à l'émergence d'une nouvelle catégorie d'intellectuels organiques. Ils ne sont pas comme l'émigration politique intellectuelle du siècle passé qui vivait difficilement et clandestinement dans les pays occidentaux. Ils s'en distinguent par le fait qu'ils bénéficient en général d'une situation confortable, dans des universités occidentales, ou dans les médias chargés d'émettre en direction des pays arabes comme la BBC, France 24 etc. Grâce à la lutte des peuples arabes et après avoir été longtemps ignorés, ils bénéficient désormais de la sollicitude des plateaux de télévision des grands medias occidentaux. Le message, bien que feutré, est clair : «nous vous avons accueilli longtemps, il est temps de nous rendre nos bienfaits ». Ces nouveaux intellectuels organiques semblent être libres et indépendants de pensée. Ne dénoncent-ils pas les pouvoirs dans leur pays. Mais les apparences peuvent être trompeuses. Qu'on y prête attention et on s'apercevra qu'il n'y a jamais, chez eux, la moindre critique du pouvoir du pays où ils vivent où dont ils ont pris la nationalité, le Royaume Uni, La France ou les Etats-Unis. Gueddafi ou Bachir El Assad seront dénoncés mais pas l'action de la France au Sénégal ou en Afghanistan. Pas celle des Etats Unis en Irak ou vis à vis de la Palestine. Comment dénoncer en effet ceux qui vous rémunèrent, dans les universités desquels vous enseignez. Ces nouveaux intellectuels organiques ressemblent comme une goutte d'eau aux mêmes de leur pays natal. A la différence que leur complaisance à l'égard du pouvoir concerne celui du pays occidental où ils vivent.

La mondialisation devient chez eux alors une idéologie de justification leur permettant de masquer toutes ces contradictions ou d'essayer de les concilier, de vivre avec. Elle se transforme en la théorie d'un monde où la nationalité, l'indépendance n'ont plus de réalité et d'utilité si ce n'est dans la vision nostalgique d'une génération qui, comme ils la critiquent, « s'accroche aux idéaux des années 70 et à l'épopée de la lutte anticoloniale et du mouvement de libération ».C'est ainsi que ce sont multipliées, ces derniers temps, sous la plume des nouveaux intellectuels organiques, des analyses qui convergent étrangement toutes vers la justification du droit d'ingérence et des interventions militaires actuelles. Elles puisent d'une manière ou d'une autre leur inspiration dans les théories qui proclament «la fin de l'Histoire», l'universalité du capitalisme occidental, la généralisation de la communication grâce aux nouvelles technologies et donc la fin des antagonismes du 20éme siècle entre l'Occident impérial et le reste du monde, entre pays dominants et pays dominés. Ainsi nous est proposée sous le couvert d'un modernisme de pacotille une réédition de la vieille idéologie colonialiste et de quoi justifier la remise en cause de l'acquis essentiel des révolutions du 20éme siècle : la libération de la domination étrangère et la souveraineté nationale. Ce qu'on nous propose, en fait, c'est un Alzheimer historique.

LA BRIGADE DE TRIPOLI

Sur la chaîne France 24, les 8, 10 et 11 septembre, un reportage passe en boucle, au sujet de la «brigade de Tripoli», une brigade de «rebelles» libyens composés d'émigrés arabes binationaux, d'Angleterre, des USA, d'Irlande... Le reportage vise, d'évidence, à convaincre du rôle joué par les «rebelles libyens» dans la prise de Tripoli. Toujours les mêmes images : armes flambant neuf fournis par l'OTAN, rien à voir avec la Kalach' traditionnelle du « rebelle », débauche de tirs nourris en l'air ou à l'aveuglette, V de la victoire devant les caméras, un ennemi «gueddafiste» invisible, des insurgés qui font retraite pour laisser l'OTAN nettoyer la place. Le héros du reportage, Sam, un homme jeune, la trentaine, de père libyen et de mère irlandaise. Propre, net, rasé de frais, barbe claire effilée, soignée, des gants noirs, une tenue de camouflage élégante, un vrai héros de cinéma. Il ajuste posément, devant la caméra, comme au stand de tir, au loin, un «gueddafiste» juché sur un pickup. Celui-ci ne bouge pas, comme pour la pose, avant d'être abattu et de s'écrouler. Il ne restait plus à notre héros qu'à souffler sur le canon de son arme, comme dans les westerns. Puis il part à l'assaut avec sa brigade. Le commentateur français, soudain islamophile, nous dit que la brigade n'a rien bu ni mangé depuis le matin, vu le Ramadhan. Mais celui qui a monté le reportage a laissé trainer un plan qui surprend notre héros Sam la cigarette aux lèvres en plein jeûne. A la fin du reportage (du film j'allais dire) Sam confie tristement mais virilement qu'un de ses amis est mort et qu'il va devoir annoncer la nouvelle à ses parents à son retour en Grande Bretagne. Puis il s'éloigne lentement du champ de la camera. Coupez !

Tout cela peut prêter à sourire. Mais on ne peut s'empêcher d'en être peiné et de se demander laquelle de leurs deux nationalités ces binationaux servent. Mais aussitôt posée, la question parait injuste. Injuste envers l'immense majorité des émigrés arabes en Europe qui accueillent comme nous, avec réserve et méfiance les appels à l'intervention étrangère, et dont le sentiment national est d'autant plus fort, qu'il est renforcé par leur éloignement du pays et les atteintes à leur identité et leur dignité. C'est notamment le cas des centaines de milliers d'intellectuels et de chercheurs arabes qui se trouvent à l'étranger faute des conditions du travail scientifique dans leur pays. Ceux-là sont bien placés pour connaitre la réalité des pays où ils vivent et les mécanismes de domination.

Ils en témoignent souvent d'autant plus lucidement. Ils font partie de ce que le monde arabe a de meilleur. Mais on ne les verra eux, jamais, sur les plateaux de télévision. Le piège est en effet énorme et nouveau: Créer la suspicion envers ceux des nôtres qui ont émigré et qui sont partis pour des raisons économiques ou autres, et qui ne ressemblent en rien à une certaine émigration de confort. Empêcher la jonction de l'intelligentsia arabe, aussi bien celle vivant au pays qu'à l'étranger, dans l'immense élan qui se dessine de réveil du monde arabe, et de volonté de démocratisation et de modernisation. La crise libyenne est décidément pleine d'enseignements.

Djamel LabidiQuotidien d'Oran.