vendredi 24 février 2012

Homs dans l’enfer des groupes armés « De Misrata nous sommes venus en Syrie Libre ! »

Homs n’est malheureusement plus qu’un sinistre champ de bataille où les soldats du gouvernement affrontent des groupes armés qui, selon des témoins non alignés sur la rébellion, lancent des obus à l’aveugle, tuent pour tuer et ensuite font croire au monde que c’est uniquement le gouvernement qui pilonne.
Les médias occidentaux continuent, eux, de rapporter, comme des preuves établies, les dires de Comités locaux qui diffusent la propagande des « opposants » armés ; en coordination avec l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH) basé à Londres, un organe créé et financé par les forces liées à la rébellion [1].

Pour comprendre ce qui se passe en Syrie, on ne peut donc pas se fier à l’OSDH ou à des bloggeurs qui sont partie prenante dans cette rebellion ; ni aux envoyés spéciaux dont nous constatons qu’ils se rangent systématiquement du côté d’« opposants » armés qu’ils qualifient de « héros » et qui présentent la bataille qui divise et déchire le peuple syrien sous un angle manichéen : le combat entre une opposition « luttant pour la démocratie » et un méchant dictateur.
Or les choses ne se présentent pas ainsi. Comme cela a encore été démontré par un sondage récent et les manifestations massives de soutien au véto russe et chinois, la grande majorité du peuple syrien ne veut pas de cette rébellion armée que cherchent à légitimer les puissances de l’OTAN et certains États arabes -eux-mêmes fort peu démocratiques- notamment le Qatar.
S’il doit y avoir des « héros » en Syrie il faut prendre en compte tous les côtés de la souffrance, pas uniquement les « héros » que l’Occident reconnaît…

Combien de missiles Milan ont-ils été livrés aux rebelles ?

Très nombreux sont les citoyens syriens qui en appellent à leur président afin que les forces du gouvernement interviennent. À Homs notamment, où la situation est des plus alarmantes pour des secteurs importants de la population, pris en otage par ces groupes qui occupent plusieurs secteurs de leur ville -Baba Amr, Khaldiyeh, Karm el-Zeytoun- les gens appelaient depuis des mois Damas à les protéger [2].
Leur sort est devenu encore plus angoissant depuis que les rebelles font usage des mêmes lance-missiles antichar Milan qui avaient été livrés en Libye aux rebelles libyens, il y a moins d’une année, par la France et le Qatar. On se souvient comment BHL et Sarkozy avaient alors trompé l’opinion publique en attribuant aux forces de Kadhafi l’usage de ces missiles Milan qui faisaient des victimes en Libye.
C’est le même scénario inquiétant qui se répète en Syrie. Les politiques, les ONG et les journalistes, prennent encore une fois fait et cause pour le camp de la guerre que des groupes instrumentalisés par des puissances étrangères provoquent. Ils attribuent -comme hier en Libye, sans aucune vérification sérieuse- aux forces du gouvernement les actes de barbarie perpétrés par des « opposants » armés qui effrayent la grande majorité de la population.
Depuis trois semaines les commentateurs répètent qu’Homs est pilonnée unilatéralement par l’armée syrienne. Or ses patrouilles, attaquées par des missiles Milan, auraient subi de nombreuses pertes dès le début de leur intervention. Il demeure difficile de savoir si les autorités de Damas parviendront à déloger ces groupes dotés d’armes de guerre de tous les quartiers et les villes où ils se sont infiltrés.

Le gouvernement syrien peut-il rester sans réagir ?

Il a été maintes fois démontré -dès le début de leurs faits d’armes- que ces « opposants » armés sont entraînés, encadrés et formés par des forces spéciales étrangères ; qu’il y a parmi les opposants des éléments étrangers qui agissent pour le compte de puissances dont l’implication en Syrie est patente. La télévision syrienne a diffusé il y a quelques jours les images prises récemment à Homs par un « photographe de guerre » étranger qui a suivi et filmé dans un quartier de Homs ces « opposants » armés -que les « grands reporters » glorifient- qui tirent des roquettes ou des missiles à tout va. Une image a retenu l’attention : à l’intérieur d’un immeuble, où les escaliers étaient maculés de sang et le mobilier avait été détruit, il y avait sur un mur cette inscription surprenante et lourde de signification : « De Misrata, depuis la Lybie libre, nous sommes venus en Syrie Libre ! »

Qui est responsable des massacres à Homs et pour quel objectif ?

Ces groupes armés, dont les exactions les plus odieuses sont attribuées aux soldats d’el-Assad qui sont conduits à les affronter, sont systématiquement présentées par la presse occidentale comme des « opposants » luttant pour la « démocratie ».
Pourquoi les « grands reporters » ne font-ils jamais état des témoignages de Syriens qui sont victimes de kidnappings, de tortures, d’assassinats de la part de ces « opposants » armés ?
Pourquoi, tout récemment, le président de Médecins sans frontières a-t-il ajouté à l’intoxication en livrant comme avérés aux médias les témoignages d’anonymes, situés du côté de la rébellion, -les visages masqués et dont certains n’avaient pas un accent syrien mais probablement du Golfe- présentés comme Syriens, qui tous attribuaient aux forces d’el-Assad et aux médecins des hôpitaux des actes de tortures inqualifiables sur des blessés, des enfants, etc ? [3]
Qui peut croire qu’il serait dans l’intérêt de Bachar el-Assad, de torturer son peuple, de violer des enfants et des jeunes filles. Etc ? Qui peut croire que le peuple syrien continuerait à soutenir majoritairement Bachar el-Assad s’il était le tortionnaire sanguinaire que l’on présente en Occident à des fins de propagande de guerre ?
Ces incessantes campagnes qui prennent la défense d’« opposants » violents, et non du peuple que ces « opposants » terrorisent et oppriment, sont dangereuses. Elles apportent de l’eau au moulin aux puissances –France, Grande Bretagne, États-Unis, appuyées par le Qatar et l’Arabie Saoudite- qui, depuis des mois, préparent en secret le terrain pour intervenir militairement en Syrie et n’attendent plus que le feu vert d’Obama.

Silvia Cattori

Silvia Cattori est un collaborateur régulier de Mondialisation.ca.  Articles de Silvia Cattori publiés par Mondialisation.ca

VENEZUELA : Hugo Chavez, un homme à abattre,La majorité de la presse occidentale le diabolise.

Un homme à abattre … Cette expression évoque de mauvais souvenirs pour les Burkinabè. Pourtant, il ne s’agit ni de Thomas Sankara ni de Norbert Zongo, ni même d’un Africain. L’homme dont il est question est l’actuel Président du Venezuela, Hugo Chavez. La majorité de la presse occidentale le diabolise. Il est qualifié de dictateur fou, de clown sinistre, de « populiste belliqueux », on l’accuse d’antisémitisme et d’ « anti-américanisme primaire ». On lui reproche de censurer les médias de l’opposition. On blâme sa politique économique, la nationalisation du pétrole vénézuélien, la criminalité en hausse dans son pays, ses amitiés sulfureuses avec Amadjinedja d’Iran ou le Hamas palestinien. Tout est bon pour le discréditer. Pourtant, son combat a produit des résultats dont peuvent s’inspirer bien de peuples. C’’est peut-être à cause de cela qu’il dérange certains milieux.
La campagne de dénigrement contre le président Chavez a porté ses fruits empoisonnés jusque dans le parti socialiste français qui s’est joint à « la chorale des diffamateurs ». L’influence négative de la presse française a joué en retour sur l’opinion africaine, les partis de l’opposition restant indifférents, et ceux du pouvoir se méfiant comme de la peste de ce leader charismatique (ce qui expliquerait que la langue espagnole ne soit quasiment plus enseignée au Burkina Faso). Pourtant, cet homme qui, en 2009, au IIème sommet Afrique-Amérique latine, a rendu hommage au dirigeant martyr Thomas Sankara, a de quoi susciter notre intérêt.
« La fermeté dans nos relations avec le monde africain est (…) un de nos piliers culturels. Nous avons davantage à faire avec notre continent frère, la Mère Afrique, après avoir fixé nos yeux sur l’univers occidental et capitaliste. Caracas doit devenir un pont pour toutes sortes de coopération culturelle et économique entre l’Afrique et l’Amérique Latine. », avait-il déclaré.
Pourquoi le président Hugo Chavez fait-il l’objet d’un tel déchainement de haine ? Une investigation moins partisane ne peut que provoquer de la surprise. Malgré ses difficultés persistantes, le Venezuela va nettement de l’avant. Ainsi apprenons-nous que : « 71,8% des Vénézuéliens décrivent comme positive l’administration du président Hugo Chavez, selon les résultats de l’enquête menée par l’Institut vénézuélien de données (IVAD) entre le 24 septembre et 2 octobre 2011. » et que : « 63,8 % jugent que la gestion du gouvernement dans les 11 dernières années a été positive ». Les prochaines élections auront lieu en octobre 2012. « Si elles avaient lieu aujourd’hui, toujours selon l’IVAD, Hugo Chavez serait crédité de 53,7% des voix en sa faveur contre 34,6 % à son principal concurrent ». Seulement 53,7% des voix ? C’est peu pour un dictateur… Par ailleurs, personne n’a jamais accusé de fraude ou d’irrégularités les quatre scrutins qui de 1998 à 2006 ont maintenu Chavez au pouvoir.
Le Venezuela avant Chavez
Pour comprendre le rôle de Chavez, il faut rappeler dans quel état se trouvait le Venezuela lorsqu’il a été élu, et évoquer quelques jalons de l’histoire de l’Amérique latine « découverte » par Christophe Colomb vers 1500. Les « Conquistadors » espagnols et portugais, au nom du Christ, pillèrent le continent sans vergogne et massacrèrent férocement les indiens, s’emparant de l’or et de richesses fabuleuses qu’ils rapatriaient en Espagne. L’inépuisable butin contribua à la rapide prospérité de la bourgeoisie européenne au détriment de l’aristocratie. Par la suite, quand la main d’oeuvre indienne -et gratuite- fut décimée, les navires négriers prirent la relève pendant trois siècles. Plus de 50 millions d’Africains furent victimes de ce trafic, et environ une dizaine de millions d’esclaves furent débarqués en Amérique. On peut faire remonter les débuts du capitalisme à ce commerce, car cet enrichissement prodigieux dû à un « libre-échange » sans limites est à l’origine des grandes banques dont certaines existent toujours : La Lloyd Bank, la Barclay’s Bank… Pourquoi s’arrêter en si bon chemin ? Plus tard, le style changea mais le pillage des ressources continua. Les futurs Etats-Unis, affranchis de la tutelle de l’Angleterre, prirent la place laissée par une Espagne en déclin. L’Amérique du Sud devint le pourvoyeur d’un nouvel empire impitoyable. Les Etats-Unis n’eurent pas de mal à corrompre la bourgeoisie locale, blanche et héritière des espagnols. C’est ainsi que les populations indigènes, changeant de maitres, furent exploitées par des présidents entièrement acquis aux multinationales états-uniennes. « Les Etats-Unis qui n’ont que la « démocratie » à la bouche ont ensanglanté l’Amérique latine par le nombre incroyable de dictatures qu’ils ont mis en place ».
Amérique latine
L’ascension de la famille Cisnéros est exemplaire. A la tête d’une petite compagnie de transports, Diégo Cisnéros obtient en 1940 la concession sur les ventes de Pepsi Cola. Par des manœuvres maffieuses (accidents, incendies, sabotages), il élimine la concurrence et fait fortune. Il se lie aux dirigeants états-uniens, devient l’ami du très puissant David Rockefeller (« Tout ce qui n’appartient pas à Rocke appartient à Feller » selon un adage connu) fait main basse sur les médias, sur les centres commerciaux, les compagnies d’aviation, l’agriculture. Et par-dessus tout sur le pétrole, première ressource du pays dont les réserves dépassent même celles de l’Arabie Saoudite. Il est surtout grassement récompensé pour avoir vendu son pays – et le pétrole - aux Etats-Unis. Résultat, la plus profonde misère et la criminalité se partagent un pays pourtant gorgé de richesses et qui comporte le plus grand nombre de millionnaires en Amérique latine.
Le tournant de 1998 avec l’élection de Hugo Chavez
Brièvement brossé, tel est le tableau du Venezuela lorsqu’Hugo Chavez gagne le pouvoir par des élections démocratiques en 1998. L’étincelle est venue, en 1989, d’émeutes de la faim sauvagement réprimées par un gouvernement qui sera bientôt renversé par l’armée. Chavez, un officier issu du peuple (ses deux parents sont instituteurs), organise la résistance. Emprisonné, sa popularité grandit à mesure que la crise s’aggrave. Enfin libéré, il propose la tenue d’une Assemblée constituante pour redéfinir les bases et l’avenir du pays, et permettre aux couches populaires de reprendre leur destin en main. En 1998, élu avec 56% des voix, il proclame la « République Bolivarienne » en mémoire du grand libérateur Simon Bolivar et se met aussitôt au travail. Ses premières mesures consisteront à récupérer les secteurs clés de l’économie dont les profits filaient à l’étranger. Soutenu par le peuple, haï par la bourgeoisie « apatride », il échappera à plusieurs attentats et à un putsch organisé en 2002, lorsqu’il se réappropriera le pétrole. Bien qu’une partie des médias acquis à l’oligarchie pro américaine ait juré sa perte, Chavez maintiendra la liberté de la presse. On comprend l’importance de l’enjeu et l’âpreté de la bataille : 60% du pétrole vénézuélien partait aux Etats-Unis. L’occident ne lui pardonnera pas de vouloir développer son pays et de parvenir à rembourser la dette qui l’enchainait au FMI (qu’il surnomme « Dracula ») et à la Banque Mondiale…
Les résultats de la réappropriation des ressources nationales
Le pétrole vendu enfin à un juste prix va pouvoir financer des projets sociaux, et même aider les pays voisins. Dans le domaine de la santé, un accord « pétrole contre médecins » passé avec Cuba permettra à des médecins cubains de venir soigner gratuitement la population dans les nouveaux centres de santé. L’exode rural résultant de l’abandon des terres au profit de l’industrie du pétrole avait généré d’immenses bidonvilles à la périphérie des villes. Chavez met en œuvre une réforme agraire et redistribue aux paysans environ 3 millions d’hectares de terres accaparées par les grands propriétaires fonciers. Cette mesure vise à réduire la pauvreté et à parvenir à la souveraineté alimentaire, objectif difficile à atteindre. Dans un souci de préserver l’environnement et la diversité biologique, la culture des OGM est interdite, ainsi que la pêche intensive le long des côtes. La rente pétrolière a aussi contribué à éradiquer peu à peu l’analphabétisme et à scolariser tous les enfants, cette scolarité s’accompagne de la distribution de repas quotidiens aux élèves, faisant ainsi disparaître la malnutrition. Le chômage a considérablement diminué. L’armée, issue des classes populaires, reste fidèle et participe aux efforts du gouvernement « bolivarien ».
Les difficultés de la tâche
Si les inégalités ont fortement diminuées, il reste des problèmes très difficiles à résoudre. Chavez pensait qu’en améliorant le niveau de vie du peuple, la criminalité allait baisser automatiquement. Erreur : l’abondance des biens en circulation au contraire a fait monter la délinquance. De plus, la multiplicité des polices existantes, leur allégeance aux notables, la corruption endémique rendent bien de nouvelles lois inefficaces. Changer les mentalités forgées par des siècles d’asservissement n’est pas une mince affaire. L’hostilité virulente de la grande bourgeoisie alliée à Washington et aux multinationales états-uniennes menace sans cesse de renverser Chavez. Attaché aux valeurs démocratiques, il ne veut pas s’opposer directement à elle. Il tente de se protéger en s’alliant avec des pays voisins eux aussi gouvernés à gauche (Cuba, Chili, Brésil, Equateur, Bolivie, Argentine, Nicaragua…) et avec des pays producteurs de pétrole. Chavez est menacé aussi dans sa santé : nul ne sait si le cancer dont il souffre est véritablement en voie de guérison.
Les points faibles de Chavez : son populisme théâtral, sa tendance à attribuer des postes importants à sa famille, ses alliances stratégiques avec des dictateurs reconnus, sa difficulté à réduire l’inflation monétaire et à réguler les importations, sont réels, mais les médias occidentaux les amplifient outrageusement au détriment de l’espoir que Chavez représente pour tous les oubliés de la terre, tant les dirigeants qui se soucient vraiment de leur peuple sont rares. Derrière la caricature qu’on nous présente, il y a un grand homme sensible, intelligent et profondément pacifique.
Françoise Gérard
http://www.lefaso.net/spip.php?article46514

SYRIE : Les Etats-Unis ont reconnu l’infiltration d’Al-Qaida en Syrie... Quelles en sont les conséquences ? (As-Safir)

Suite à James Clapper, une déclaration similaire est venue du chef d’état-major des forces armées américaines (19 février Ndt), le général Martin Dempsey, qui a précisé sur CNN :
« les attentats à Alep et Damas portaient la marque d’Al-Qaïda, que cette organisation a infiltré l’opposition syrienne divisée, et que le régime est toujours capable de se maintenir au pouvoir ».
« Il ya des informations selon lesquelles le réseau terroriste d’Al-Qaïda est impliqué et cherche à soutenir l’opposition… Tant que nous n’aurons pas une vision plus claire de ce qu’est ce mouvement et de qui le compose… je pense qu’il est prématuré de prendre la décision d’armer l’opposition en Syrie »…Il a ajouté : « Une intervention en Syrie sera difficile, car elle est désormais l’arène où se jouent les intérêts de plusieurs intervenants internationaux, comme la Turquie, la Russie et l’Iran… » [1].
Si le ministre de l’Intérieur syrien avait voulu faire une déclaration sur les armes et les groupes armés sévissant en Syrie, il n’aurait pas mieux fait que le patron du renseignement américain James Clapper ; ce dernier ayant affirmé, la semaine dernière (jeudi 16 février Ndt), que « les attentats à Alep et Damas portaient la marque d’Al-Qaïda, que cette organisation a infiltré l’opposition syrienne divisée, et que le régime est toujours capable de se maintenir au pouvoir ».
Suite à James Clapper, une déclaration similaire est venue du chef d’état-major des forces armées américaines (19 février Ndt), le général Martin Dempsey, qui a précisé sur CNN : « Il ya des informations selon lesquelles le réseau terroriste d’Al-Qaïda est impliqué et cherche à soutenir l’opposition… Tant que nous n’aurons pas une vision plus claire de ce qu’est ce mouvement et de qui le compose… je pense qu’il est prématuré de prendre la décision d’armer l’opposition en Syrie »…Il a ajouté : « Une intervention en Syrie sera difficile, car elle est désormais l’arène où se jouent les intérêts de plusieurs intervenants internationaux, comme la Turquie, la Russie et l’Iran… » [1].
L’inquiétude des États-unis est donc de plus en plus grandissante face au phénomène salafiste observé en Syrie. Les hauts responsables de la sécurité à Washington se rendent compte que les salafistes sont à l’avant-scène de la rue syrienne. Par conséquent, si les barbus continuent à occuper le paysage politique et sécuritaire, cette préoccupation américaine pourrait changer le cours des choses. En effet, il est difficile pour Washington d’accepter la mainmise des salafistes sur le pouvoir en Syrie, et il lui est encore plus difficile d’accepter l’encerclement d’Israël par une telle ceinture armée « salafisto-qaidienne ». D’autant plus, qu’il est de notoriété publique que les groupes armés grignotent peu à peu l’opposition politique syrienne et pourraient contribuer à l’éliminer. Autrement dit, la vision sécuritaire américaine se rapproche de celle de la Russie et oblige à la recherche d’une troisième voie ; puisqu’au bout de 11 mois, le régime syrien est toujours aussi difficile à abattre, et l’incapacité de l’opposition à unifier ses rangs toujours aussi évidente. Haytham Manna (responsable 
à l’étranger 
du Comité national 
de coordination pour le changement démocratique [CNCD], l’une des branches de l’opposition syrienne. Ndt) ; critiquant les autres partis de l’opposition après avoir surveillé de près les progrès de l’armée syrienne à Baba Amr, Homs et Idlib ; a déclaré : « Si l’opposition syrienne transforme ses objections en une bataille militaire, la possibilité de son échec ou de sa réussite ne dépendra plus que du militaire ; et demain, même s’il n’y a plus de manifestations armées mais que notre bataille est devenue militaire, nous devrons nous incliner devant le vainqueur ». Quant à Michel Kilo, il s’est écrié : « Est-il possible qu’une révolution puisse être une vraie réussite si elle est décérébrée ou si elle s’est, elle-même, bousillée le cerveau par des interdits ? »
Russie : le feu vert militaire
Des informations fiables et disponibles confirment que le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, n’a pas fixé de délai limite à l’opération militaire des autorités syriennes. Au contraire, lors de sa rencontre d’il y a quelques jours avec le Président Bachar al-Assad, il a confirmé le feu vert de la Russie pour une telle opération, à condition qu’elle soit associée à des avancées politiques. Depuis, l’armée syrienne a poursuivi ses opérations ; Al-Assad a lancé le processus référendaire pour la nouvelle Constitution, et bientôt de nombreux sujets seront débattus au sein du Congrès du Parti Baas…
A la visite de Lavrov a succédé celle du vice ministre chinois des Affaires étrangères Zhai Jun (18 février Ndt). Ses déclarations ont été reprises par la l’agence de presse Chine Nouvelle « Xinhua » : « La résolution pacifique de la crise doit se faire par le dialogue entre l’opposition syrienne et le gouvernement », position soutenue après ses multiples rencontres avec des responsables russes et des personnalités de l’opposition syrienne. Cette position chinoise s’est révélée encore plus ferme une fois qu’il a quitté Damas. En effet, le Quotidien du Peuple, organe du Parti communiste chinois, a été un peu plus précis : « Si jamais les pays occidentaux continuaient à soutenir les forces de l’opposition syrienne, une guerre civile pourrait éclater… la position de la Chine est d’inviter le gouvernement, les opposants, et les individus armés à l’arrêt immédiat des violences ».
Ces deux visites ont coïncidé avec plusieurs autres événements : des drones militaires américains auraient surveillé en permanence la Syrie ; deux navires de guerre iraniens sont arrivés au port de Tartous via le Canal de Suez, et le ministre iranien des Affaires étrangères, Ali Akbar Salehi, a annoncé que la ville turque d’Istanbul sera l’hôte des prochains pourparlers de l’Iran avec le « Groupe 5+1 » [2]. Cette annonce aurait été précédée d’un échange de courriers entre le Haut négociateur iranien Saïd Jalili et la Haute représentante de la politique étrangère de l’Union européenne, Catherine Ashton. La Secrétaire d’Etat américaine Hillary Clinton a, quant à elle, remercié l’Iran sur pour son dernier message concernant ces négociations : « Nous croyons que c’est un pas très important et nous sommes satisfaits de ce discours ». Elle a aussi donné ses indications sur les conditions susceptibles de mener à un accord avec Téhéran, déclarant que c’est aux iraniens de « montrer leur volonté de travailler et de faire des concessions pour aboutir. Ils doivent respecter leurs obligations au niveau international » !
Iran : entre guerre et transactions
Hilary Clinton s’est entretenue de ce sujet avec Catherine Ashton, pendant que le conseiller à la Sécurité Nationale à la Maison-Blanche Tom Donilon et le patron du renseignement américain James Clapper rencontraient, ce week-end, les dirigeants politiques et militaires en Israël pour les dissuader de s’engager dans une aventure militaire contre l’Iran [3]. Ce dernier a déclaré : « Une frappe israélienne ne parviendrait pas à atteindre les objectifs visés pour le long terme, mais contribuerait à l’instabilité de la région et serait une initiative mal calculée ». Une mise en garde similaire est ensuite venue du ministre britannique des Affaires étrangères William Hague : « Toute action militaire menée par Israël contre Téhéran ne serait pas une sage décision. Il faut donner une chance réelle aux sanctions économiques et aux négociations, pour convaincre Téhéran de renoncer à ses ambitions nucléaires ».
L’implication américaine dans la région, qui s’étend du Yémen jusqu’à Israël, a trois objectifs : le premier est la sécurité d’Israël et d’arriver à la persuader de patienter au sujet de l’Iran ; le second est de continuer à contenir les révolutions arabes pour en profiter et tisser des liens avec ses islamistes ; le troisième est de limiter la propagation d’Al-Qaïda et des organisations salafistes. Pour tous ces dossiers les Américains n’ont d’yeux que pour la Syrie et son avenir.
Des sources sûres affirment que les Américains, qui il y a 6 mois se sont précipités pour demander la démission d’Al-Assad, se rendent compte aujourd’hui que l’écarter par la force n’est pas si facile ; tout comme ils réalisent qu’en s’appuyant sur des groupes salafistes, islamistes, ou Al’Qaida pour atteindre cet objectif, ils risquent d’aboutir à une situation encore plus dangereuse pour eux que le régime syrien lui-même. Ils disent qu’ils ne s’attendaient pas à une telle expansion des forces salafistes en Libye, en Tunisie, et en Égypte ; observent avec inquiétude la montée du mouvement salafiste en Jordanie ; le craignent au Yémen… Qu’en sera-t-il si les salafistes arrivaient à dominer la Syrie et y établissaient des Emirats pour Al-Qaida ou d’autres ?
Le facteur russe est également sur la ligne. Moscou semble tenir, plus que jamais, à ce que le régime syrien reste en place tout en l’encourageant à aller de l’avant et à poursuivre les réformes. Le Premier ministre russe Vladimir Poutine (vraisemblablement vainqueur des élections présidentielles dans deux semaines) a déclaré, dans un article publié hier, que la concurrence avec l’Occident n’est pas une question de tactique et que la Russie allait s’armer comme jamais auparavant. Il a parlé de « nouvelles menaces locales et régionales » disant : « Nous voyons d’autres tentatives pour susciter de nouveaux conflits à proximité de nos frontières ou de celles de nos alliés… ». Par conséquent, il ne fait aucun doute que la Syrie est devenue un puissant allié de Moscou et qu’elle est concernée par ces déclarations
Guerre des intérêts
Nous sommes désormais à un carrefour où se télescopent les intérêts cruciaux des États. Les fondamentaux s’écartent pour laisser place à de nouvelles orientations. L’Iran a décidé des modalités de sa négociation avec les pays occidentaux sur son programme nucléaire et cherche à élargir le cadre de la négociation pour arriver à une transaction raisonnable. Ce faisant, l’Iran réfléchit aussi sur la Syrie, l’Irak, le Liban et la région en général. Il n’est plus question de traiter ces dossiers séparément. L’Iran a suffisamment haussé le ton ces derniers temps. Il a menacé de fermer le détroit d’Ormuz. Il a envoyé ses navires de guerre vers Tartous avec le feu vert indiscutable de la Russie et de la Chine, lesquels sont passés par le port de Djeddah puis à travers le Canal de Suez. Le défi était clair, signifiant qu’il est impératif d’élargir le cadre des négociations. L’Iran n’acceptera pas la chute du régime syrien quoi qu’il en coûte. Les iraniens considèrent que la Syrie fait face à une guerre dirigée contre eux-mêmes. La Syrie est donc leur première ligne de défense contre cette guerre.
Toujours dans le langage des intérêts, la Turquie a réglé son problème de gazoduc avec la Russie. Le projet « South Stream » remplace désormais le projet « Nabucco » [4]. Le gazoduc traversera la mer Noire en direction du marché européen et passera par les eaux turques jusqu’à la Bulgarie. L’alliance turco-russe met l’Europe à la merci du gaz russe. Cet accord est intervenu quelques semaines après la colère turque contre la France, en raison d’une loi criminalisant la négation du génocide arménien. Il intervient aussi suite à la visite du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu à Chypre, pour des négociations qui ouvriront la voie à une lutte acharnée sur les gisements gaziers découverts en mer Méditerranée. Est-il raisonnable de dissocier les intérêts de la Russie en Syrie de ses intérêts pour la prospection de gisements gaziers ? Pourrait-elle les abandonner au seul profit des Américains et Européens ?
Dans ce contexte diplomatique régional et international chauffé à blanc sur mer et dans les airs, se tient à Islamabad une réunion entre Iran, Pakistan et Afghanistan. Les dirigeants de ces trois pays ont annoncé leur intention d’empêcher toute ingérence étrangère dans leurs affaires. L’Iran envoie beaucoup de signaux vers l’Egypte, et annonce sa volonté de lier le Liban, la Syrie et l’Irak par un réseau électrique dont elle serait la base. L’Iran dit ce qu’elle a à dire au milieu des déclarations répétées sur son combustible nucléaire et ses centrifugeuses !
En face, les contre-mesures se déchaînent. Des rapports sont publiés insistant sur la détermination des pays occidentaux à faire pression en faveur des mouvements d’opposition aux gouvernements russe et iranien ; les des deux pays se dirigeant vers des élections. Plusieurs incidents ont eu lieu au Kazakhstan en Décembre 2011. Le gouvernement russe craint les tentatives visant à saper la stabilité en Asie centrale… En 10 ans, ont été construits plus de 1500 mosquées au Kazakhstan et 19 écoles coraniques au Tadjikistan qui, chaque année, délivrent 400 diplômes… En Ouzbékistan les Tablighis appellent pour un califat islamique… C’est toute cette réalité qui était sous entendue dans l’article de Poutine parlant de menaces. Il est tout aussi conscient du fait que le bouclier antimissile de l’OTAN n’est pas moins dangereux que le bouclier islamiste.
Les dirigeants russes s’activent dans plusieurs directions à la fois pour accélérer et renforcer leur projet d’ « Union Eurasiatique » [5]. L’« Organisation du traité de sécurité collective » qui comprend la Russie, le Kazakhstan, la Biélorussie, l’Arménie, le Tadjikistan, l’Ouzbékistan, le Kirghizistan décide « d’interdire toute présence militaire étrangère sur les territoires des pays de cette organisation à moins d’obtenir le consentement de tous ses membres ». Le nouveau géant russe s’avance vers les pays lointains et dresse, au Conseil de sécurité, un barrage face aux résolutions occidentales.
Washington tente d’affaiblir le rôle de la Russie. Les responsables américains se succèdent en Turquie sous prétexte de commémorer l’anniversaire de la fondation de l’OTAN. Le ministre turc des Affaires étrangères Ahmet Davutoglu insiste sur l’importance de l’alliance. Le journal israélien « Haaretz » souligne que « compte tenu de la détérioration des relations entre la Turquie et Israël, et en l’absence d’une nouvelle initiative visant à résoudre cette crise, Israël sera forcé d’abandonner un trésor vital (les radars implantés en Turquie). Cette précision intervient suite aux multiples signaux envoyés par Ankara qui s’inquiète des interventions de Netanyahu à Chypre. Israël estime que la Turquie la traite avec trop de condescendance depuis qu’elle a pris le contrôle des Frères Musulmans dans nombre de pays arabes.
Les émissaires américains se répandent dans les pays arabes, très inquiets de l’éventuelle réussite du modèle russe en Syrie et plus qu’anxieux de voir l’alliance Iran - Syrie - Hezbollah reprendre ses positions en Irak et au Liban. Abattre Al- Assad était le moyen efficace pour briser cette alliance, mais la scène a changé. Le spectre salafiste s’est invité… et les États-Unis ont du souci à se faire. Il se dit que des tentatives de rapprochement avec la Russie sont en cours et qu’il ne serait pas inutile que l’Iran et la Turquie y participent pour trouver la sortie.
Des sources sûres indiquent que les États-Unis, qui haussent le ton contre Al-Qaida, pourraient paver la voie à quelque chose d’autre. Les scénarios se multiplient. Le principal étant celui qui envisage un accord sur la période de transition en Syrie de telle sorte que le régime reste tel qu’il est, mais que le Président cède le pouvoir à une personnalité issue du cœur même du régime. La Russie rejette cette proposition. Un deuxième scénario stipule que le Président reste en place mais que le régime s’ouvre à d’autres partis et change de nature. Les États-Unis et la France rejettent cette proposition, parce qu’il leur est très difficile de battre en retraite en cessant de réclamer la démission du Président syrien. D’où un troisième scénario qui met l’accent sur la nécessité du dialogue, entre les autorités actuelles présidée par Bachar al-Assad et l’opposition, pour aboutir à un consensus sur un gouvernement d’Union Nationale et sur une période de transition qui assurerait la tenue d’élections libres et garantirait leur intégrité. C’est sur ce dernier scénario que travaillent la Russie, la Chine et l’Iran ; avec Téhéran qui espère amener Ankara à s’y associer.
Al-Qaïda : invention américaine ?
Une autre possibilité, non moins dangereuse, existe. Il se dit que les États-Unis pourraient fermer les yeux sur les salafistes et Al-Qaida pour accélérer la chute du régime syrien. Dans cette optique, ils coordonneraient leurs efforts avec certaines parties de l’opposition en vue d’accroître leur armement et d’élargir les zones des attentats et assassinats… Beaucoup soulignent le rôle du Qatar, surtout depuis que Doha a cherché à réunir les Talibans et certains responsables américains sur son sol. Certains journaux britanniques ont d’ailleurs souligné la possibilité d’un tel accord entre Al-Qaida et les États-Unis. Il se dit beaucoup de choses… mais la vérité est une ... la Syrie est désormais l’arène d’une lutte d’un autre genre… nombreux sont les intervenants impliqués dans ce jeu sanglant.
Quant aux Arabes qui, comme d’habitude, se sont égarés dans le marasme des équilibres régionaux et internationaux, ils s’escriment à vouloir unir l’opposition et à l’aider politiquement et militairement. Ainsi, bien avant que les responsables américains ne prétendent avoir abandonné l’idée d’armer l’opposition, ils ont annoncé la tenue d’une conférence des « Amis de la Syrie » prévue en Tunisie le 24 Février courant. Si elle a lieu, elle précisera si les américains ont réellement abandonné leur idée d’armement ou bien s’ils ont décidé de le faire sous la table. En effet, il n’est pas exclu que les volontés convergent et que l’objectif des États-Unis et des pays du Golfe demeure centré sur la chute d’Al-Assad.
Les États-Unis continuent à faire pression sur les arabes pour continuer à faire pression sur la Syrie et l’Iran. Les pressions de la guerre menée sur le terrain syrien accentuent la fragmentation de ces mêmes arabes face à la crise syrienne. L’Égypte rappelle son ambassadeur à Damas. Après la Tunisie, c’est au Maroc d’adresser une invitation officielle à l’opposition syrienne. L’Arabie saoudite reprend la main après avoir délégué le Qatar contre la Syrie. Les salafistes s’agitent en Jordanie. Rien ne pourrait les arrêter si ce n’est une coordination étroite entre les organes de sécurité syriens et jordaniens… irakiens, turcs et libanais. Et… ils ont quand même réussi à empêcher Damas de participer au sommet de la Ligue arabe en Irak.
Quelles sont les possibilités ?
Désormais, le véritable désaccord entre la Russie et les États-Unis se concentre sur le Président et non sur le régime syrien. Sarkozy, Obama, et d’autres… accepteraient-ils que le Président syrien reste en poste si cela pouvait garantir de frapper Al-Qaida et les salafistes tout en permettant à l’opposition de partager le pouvoir, ou bien persisteront-ils à vouloir appliquer leur solution yéménite ?
En attendant la réponse, la direction syrienne accélère ses frappes contre les groupes armés, tandis que les insurgés tentent de la contourner par l’escalade des attentats et assassinats qui pourraient se multiplier dans différentes villes, en particulier à Damas et à Alep dans le but de généraliser le désordre et ainsi, embarrasser le régime. La crise syrienne est passée d’une simple demande de réformes à un conflit armé, sectaire, ou se sont glissés les puissances régionales et internationales, et rien n’indique sa fin, aussi longtemps que le dossier iranien reste lui aussi au cœur du conflit et des ajustements exigés, si jamais ils ont lieu !
Rien ne pourra sauver la Syrie si ce n’est le dialogue sérieux pour la mise en œuvre des réformes fondamentales, dialogue parrainé par les Russes et les Chinois avec la participation de l’Iran et de la Turquie, et sous couverture non déclarée de l’Occident pour sauver la face de tous les intervenants. Tant que ce dialogue n’aura pas lieu, la Syrie reste condamnée à verser encore plus de sang.
Sami KLEIB 21/02/2012
Article traduit de l’arabe par Mouna Alno-Nakhal (Biologiste) le 22/02/12
Sources :
http://www.laulan.fr/
http://www.assafir.com/Article.aspx?EditionId=2081&ChannelId=49545&ArticleId=2083&Author=سامي 
URL de cet article 15927 http://www.legrandsoir.info/les-etats-unis-ont-reconnu-l-infiltration-d-al-qaida-en-syrie-quelles-en-sont-les-consequences.html