dimanche 5 août 2012

Kateb Yacine et le théâtre de la mer à Alger

En 1971 le  ministère du travail, dont dépendaient les centres de la formation professionnelle, confit au théâtre de la mer, l’animation culturelle pour ses stagiaires. Créé à Oran en 1968, Il monte à Alger en 1970 et siège en définitive dans un ancien centre de formation de jeunes filles à Kouba en face du cimetière chrétien sur le chemin de la cité Jolie-vue où ils sont rejoints par d’autres animateurs. En 1971 à  l’initiative de Ali Zamoum, responsable des centres de formation professionnelle au ministère du travail, le collectif du Théâtre de la mer avait chargé Kaddour Naïmi, Houcine Tanjaouï et Saâdeddine Kouidri à rencontrer Yacine Kateb, qui revenait du Viêt-Nam via le Liban, dans un lycée d’El-Harrach, pour lui confirmer la disponibilité du groupe à un travail commun d’une pièce de théâtre sur l’émigration. Kateb rejoint le groupe, et  pour aller vite entame la pièce Mohamed prend ta valise à partir d’un texte tiré de l’homme aux sandales de caoutchouc,  par la suite il écrivait le soir ses pages en français et dès le matin dans la salle au premier étage, toute l’équipe se mettaient autour d’une table et participaient à traduire  en arabe populaire la scène à  interpréter  l’après-midi, dans la grande salle du rez-de-chaussée. Lors de la traduction, il arrive que la spécificité de la langue adossée à une bonne ambiance transformait le texte initiale, avec l’assentiment de l’auteur. On disait que ces séances de  traduction inspiraient « Mohamed prends ta valise ».  A ce niveau, Il me semble que la contribution de Abdellah Bouzida  dépasse celle des autres acteurs.
Dans la distribution des rôles faite par Kaddour Naïmi, le personnage principal de la pièce Moh-Zitoune, a été attribué dès le début à Mahfoud Lakroune. Personne ne le lui a jamais contesté ce rôle qui lui allait comme un gant,  presque naturellement diraient ceux qui ne savent pas combien d’efforts Mahfoud déployaient aux répétitions. Il faut préciser que lors de cette période  il s’exerçait à la boxe et cette dure discipline lui avait certainement servie. Avec le temps, Il est devenu  l’acteur  fétiche de Kateb et son ami le plus fidèle.
Messaoud Hrikès, l’ami de Kateb, cet ancien et éphémère policier à Annaba est  musicien-parolier, Il a donné à la pièce, la note de l’exil que sollicitait Yacine. L’exil, cette  profonde solitude et non  la nostalgique qui nous est servie aujourd’hui à tout bout de chant. Les souvenirs des déboires communs, de leur séjour en Europe, les ont marqués. Hrikès était la mémoire enivrée de son compagnon d’infortune. Il renfermait à lui seul tout le chant populaire loin de ce chaâbi incompréhensible et décalé dont la télé et la radio, nous abreuvent jusqu’à l’abrutissement ou l’endormissement diront aujourd’hui les ramadaniens. De ses chants et de sa musique, Hrikès redonnait du souffle, au groupe et particulièrement à Yacine, à défaut ou en complément à la poudre d’intelligence. Le paradoxe, est qu’il n’avait qu’un seul poumon disait-on.
Il y avait la cousine de Kateb, une grande comédienne qui ne vous laissait pas indifférent par ses chants.
Sur les planches, l’actrice Fatima Bouchbiki, cette marocaine était une star qui métamorphosait la misère en dévoilant  les raisons, elle l’éclairait au lieu de la ternir, son art, reflétait  ses idées, ceux des indigènes qui continuaient à résister et pour cause, dans la vie elle était une militante pour une république, elle l’avait crié si haut et si fort dans son pays qu’elle s’était  mise aux bancs des accusés. Au théâtre de la mer, elle était sur la scène algérienne plus qu’une reine, une citoyenne, qui a fait souffrir plus d’un sociétaire et particulièrement Mahfoud son compagnon, au point ou Kateb a du intervenir pour protéger son poulain.
 Ils étaient des dizaines** les comédiens, les musiciens, du théâtre de la mer, surnommé  l’A.C.T. par la suite. Il y avait en ces temps pour les entreprises culturelles le turn-over des sociétés précaires à cause des difficultés, qui à mon avis incombent principalement au ministère chargé de la culture de l’Algérie des années 70.
Au moment ou Kateb était chez l’oncle Ho dont il écrivit le livre « l’homme aux sandales de caoutchouc »,  Naïmi et son équipe donnaient leur pièce « la fourmi et l’éléphant » au cinéma le Mouggar. Le dramaturge Abdelkader Alloula, quant à lui donnait ses représentations à quelques pas, au T.N.A. Il était venu une fois encourager la troupe.
C’est lors de la préparation de la Première de la pièce « la fourmi et l’éléphant » au cinéma le Mouggar  que je fus sollicité pour la reproduction de diapositives à projeter lors des présentations. Un ami du « théâtre de la mer », enfant de Kouba, jeune étudiant en médecine  m’aborde en commençant par me dire qu’il ne trouvait pas de photographe pour une reproduction  en diapositive , j’ai répondu qu’il y avait deux possibilités, soit qu’il achetait un film de marque Kodakrome dont le traitement est compris dans le prix d’achat et que  le temps d’expédition- réception des diapositives ne dépassait  pas une quinzaine de jours, il m’interrompit pour me dire  que la troupe devait faire la présentation dans la semaine. Dans ce cas je lui conseillais d’acheter un Aghfachrome et son process qui étaient disponible aux magasins des photographes et dont le traitement peut se faire dans la journée, Il n’avait pas l’oreille à mes explications et tenait à que je m’en charge, ce que je fis. C’est suite à des reproductions photo en diapositives dont celle de Hô Chi Minh pour la pièce « la fourmi et l’éléphant »que j’ai accompagné pendant plus d’une année le « théâtre de la mer »
J’ouvre une parenthèse pour rappeler une pratique  bête et donc nuisible, cette interdiction de photographier pratiquée dans notre pays, en rappelant que le traitement des films dont la prise de vue est soumise à autorisation est dans la plus part des cas fait dans les laboratoires étrangers. Aujourd’hui avec le numérique et le satellite, à quoi répond cette interdiction ?
 Le 31-8-12 un journaliste sur un quotidien national écrit : « une recherche universitaire mal renseigné ou peu scrupuleuse est allée jusqu’à attribuer à Kateb  des qualités de metteur en scène ». Ce jugement m’a rappelé l’interdiction de photographier, dont je parle précédemment et me fait dire que tout celui qui ne peut pas illustrer sur la scène, que la mer s’est noyée dans les raisons de l’exil, n’est pas un metteur en scène.
Il y a quelques années Zina Tanjaouï parlant de certains sociétaires du T.M me disait que c’est de la prétention que de se comparer à Kateb en dramaturgie. Que dira Zina aujourd’hui, quand on juge le dramaturge incompétent. Il n’y a pas meilleurs défense que ses œuvres, malheureusement elles ne sont pas éditées, elles ne sont pas diffusées. La question est pourquoi elles ne le sont pas ?  Ils ne sont pas nombreux les jeunes de mon pays qui ont entendu, vu ou lu les pièces de théâtre de Kateb ? J’espère que cette recherche universitaire dont le journaliste n’indique aucune référence, ni le titre ni l’auteur, ni la date de soutenance, à croire quelle est fictive, a abordé ces questions.
Mohamed prend ta valise, raconte  l’indigène à l’aide de tableaux succincts, des scènes où le chant et la musique tiennent une place importante, relatant les éternelles injustices et des tentatives de résistance sur plusieurs générations. Un jour s’est imposé alors aux novembristes l’unique alphabet qui est : A.L.N-F.L.N.
 Quand cet alphabet est épelé, on est seulement qu’à la moitié de la pièce, à la moitié du chemin.
 Alger le 5-8-2012
 Saâdeddine Kouidri
*Liste non exhaustive des membres fondateurs du théâtre de la mer à Oran : Kaddour Naimi  Benmebkhout Mohamed (Hamid Skif), Noureddine Aich, Mustapha Mengouchi, Mohamed Youcefi  …. 
** Liste non exhaustive des sociétaires du théâtre de la mer de 1972 : Hamida Kateb,  Badi Haj Omar,  Aziz Degga, Karim Heddar,  Rachid Zouba, Smain Henni, Diden Aumer , Zerouki Hamou,  Mohamed Youcefi, Nawal Bengana, Zina Tanjaouï, Houcine Tanjaouï, Fatima Bouchbiki, Mustapha Yalaoui,  Nabil Yalaoui, Mahfoud Lakroune, Mouni Krikrou, …..
Source : MEDIAPART

Grande-Bretagne :Tony Blair, les marchés Olympiques et un aperçu d’une autre Grande-Bretagne...

Dans le quotidien The New Statesman du 21 juin, j’ai répercuté un appel urgent adressé à Coe par l’Union des Femmes du Vietnam lui demandant à lui et ses collègues du Comité de reconsidérer leur approbation de la candidature comme sponsor de Dow Chemical, une des entreprises qui fabriquaient la dioxine, un poison employé contre la population du Vietnam. Du nom de code « Produit Orange », cette arme de destruction massive fut « déversée » sur le Vietnam, selon un rapport du Sénat US de 1970, lors d’une opération appelée « Operation Hades ».

Voici l’histoire de deux lettres et de deux Grande-Bretagne. La première lettre fut rédigée par Sebastien Coe, ancien athlète qui siège au Comité Organisateur des Jeux Olympiques de Londres. On l’appelle Lord Coe à présent. Dans le quotidien The New Statesman du 21 juin, j’ai répercuté un appel urgent adressé à Coe par l’Union des Femmes du Vietnam lui demandant à lui et ses collègues du Comité de reconsidérer leur approbation de la candidature comme sponsor de Dow Chemical, une des entreprises qui fabriquaient la dioxine, un poison employé contre la population du Vietnam. Du nom de code « Produit Orange », cette arme de destruction massive fut « déversée » sur le Vietnam, selon un rapport du Sénat US de 1970, lors d’une opération appelée « Operation Hades ». Selon une estimation, il y a aujourd’hui 4,8 millions de victimes de l’Agent Orange, dont de nombreux enfants déformés de manière épouvantable.
Dans sa réponse, Coe décrit l’Agent Orange comme « un sujet extrêmement sensible » dont le développement et l’utilisation « par le gouvernement US (qui) a procédé à juste titre à l’examen des nombreux problèmes qui en ont résulté ». Il fait référence à un « dialogue constructif » entre les gouvernements US et Vietnamien « pour résoudre les problèmes ». Ils sont « les mieux placés pour aboutir à une réconciliation entre les deux pays. » Lorsque j’ai lu ça, je me suis souvenu des lettres de faux-cul dont le Foreign Office (Ministère des Relations Extérieures) à Londres s’est fait la spécialité en niant les crimes d’état et le pouvoir des entreprises, comme l’exportation lucrative de terribles armes. L’ancien chargé des affaires irakiennes, Mark Higson, a qualifié cet art du sophisme de « culture du mensonge ».
J’ai envoyé la lettre de Coe à un certain nombre d’autorités sur l’Agent Orange. Les réactions furent sans appel. « Il n’y a eu aucune initiative du gouvernement US concernant les effets sur la santé et l’économie des Vietnamiens touchés par la dioxine, » a écrit l’honorable avocat Constantine Kokkoris, qui a dirigé une action en justice contre Dow Chemical. Il a souligné que « des fabricants tels que Dow étaient conscients de la présence et de la dangerosité de la dioxine dans leur produit mais n’ont pas informé le gouvernement afin d’échapper à une réglementation. » Selon la War Legacies League, aucun des problèmes de santé, écologiques ou économiques provoqués par la guerre chimique la plus longue au monde n’a été traité par les Etats-Unis. Des agences non-gouvernementales n’ont aidé « qu’un petit nombre de ceux qui en avaient besoin ». Le « nettoyage » d’un « lieu hautement contaminé par la dioxine  » dans la ville de Da Nang, auquel Coe fait référence, n’est qu’une escroquerie ; aucun des fonds alloués par le Congrès US n’est parvenu directement aux Vietnamiens ou aux plus gravement atteints par les cancers provoqués par l’Agent Orange.
Pour cette raison, la mention par Coe d’une « réconciliation » est une insulte, comme s’il pouvait y avoir une équivalence entre une superpuissance envahisseur et ses victimes. Sa lettre est l’expression même des JO de Londres, un état totalitaire au sein d’un état, entouré de barbelés et alimenté par l’argent et des opérations de communication, où on entre – on n’aurait pas pu l’inventer – par un méga centre commercial. Comment osez-vous vous plaindre des missiles sur les toits de vos appartements, a lancé un élu à 86 habitants du quartier East End de Londres. Comment osez-vous protester contre les « couloirs de circulation privilégiés » qui rappellent Moscou de l’époque de l’Union Soviétique, réservés aux apparatchiks et les gars de chez Dow et Coke. Avec les médias chargés de toute l’excitation autour des JO, comme lors de l’opération « choc et effroi » en Irak en 2003, voici que surgit l’homme qui a joué un rôle clé dans les deux spectacles.
Le 11 juillet, une soi-disant soirée Olympique - « un rassemblement de la tribu Travailliste », a déclaré le dirigeant du Parti Travailliste Ed Milliband – a célébré son « invité vedette », Tony Blair, et son « cadeau » des JO en 2005 et «  a fourni l’occasion parfaite pour le retour de Blair sur l’avant-scène politique, » a écrit The Guardian. L’organisateur de la sauterie était Alistair Campbell, chef de la propagande autour du bain de sang que lui et Blair ont offert au peuple irakien. Et tout comme les victimes de Dow Chemical ne présentent aucun intérêt aux yeux des élites des JO, la criminalité incommensurable de l’invité d’honneur du Parti Travailliste fut passée sous silence.
La source de la sécurité chaotique des JO est elle aussi passée sous silence. Des études sérieuses en Grande-Bretagne ont depuis longtemps admis que ce sont les invasions de l’Afghanistan et de l’Irak et tout le reste de la « guerre contre le terrorisme » qui ont alimenté le recrutement des djihadistes et encouragé d’autres formes de résistance qui ont directement abouti aux attentats du 7/7 à Londres. Ces bombes étaient celles de Blair. Dans le cadre de sa réhabilitation en cours, offerte par son « cadeau » des JO, il y a encore cet autre mensonge selon lequel l’énorme fortune accumulée par Blair depuis son départ du gouvernement serait consacrée à des œuvres de charité.
La deuxième lettre que j’ai mentionnée me fut envoyée par Josh Richards qui vit à Bristol. En mars 2003, Josh et quatre autres sont partis saboter un bombardier américain B-52 sur la base aérienne britannique de Fairford, Gloucestershire, pour l’empêcher de bombarder l’Irak. Quatre autres l’ont accompagné. C’était une action non-violente fidèle aux principes de Nuremberg selon lesquels une guerre d’agression constitue« le crime des crimes ». Josh fut arrêté est accusé d’avoir tenté de poser des bombes. « C’est le résultat de cette idée ridicule, » écrit-il, « qu’un pot de beurre de cacahuète que j’avais sur moi était en réalité le composant d’une bombe. L’accusation fut ensuite abandonnée après que le Ministère de la Défense ait effectué des tests exhaustifs sur mon beurre de cacahuètes croustillant de la marque Tesco. »
Après deux procès où les jurés n’ont pu se départager, Josh a finalement été acquitté. Ce fut un procès historique où il a parlé en plein tribunal de l’embargo génocidaire imposé à l’Irak par les gouvernements US et britannique avant leur invasion et les justifications mensongères de la « guerre contre le terrorisme ». Son acquittement signifia qu’il avait agit au nom de la loi et que son intention avait été de sauver des vies.
La lettre que Josh m’a écrite était accompagnée d’un exemplaire de mon livre, « The New Rulers of the World », dans lequel, a-t-il souligné, il avait trouvé les arguments pour sa défense. Avec ses pages cornées et des passages soulignés avec soin, le livre avait accompagné Josh au cours de son voyage de trois ans à travers les tribunaux et les prisons. De toutes les lettres que j’ai reçues, celle de Josh est un summum de pudeur, de modestie et de détermination au service d’une éthique qui représente une autre Grande-Bretagne et une antidote aux empoisonneurs sponsors des JO et aux réhabilitations des va-t-en guerre. Dans cette époque extraordinaire, un tel exemple devrait encourager et inspirer d’autres à reconquérir cette démocratie en recul.
John Pilger
http://johnpilger.com/articles/blair-olympic-deals-and-the-g...
Traduction "rien de tel que du pain et des jeux" par VD pour le Grand Soir avec probablement les fautes et coquilles habituelles
URL de cet article 17372 http://www.legrandsoir.info/tony-blair-les-marches-olympiques-et-un-apercu-d-une-autre-grande-bretagne.html

La France, futur hôpital du monde...quand les États-Unis, l’Allemagne ou le Royaume-Uni soignent des malades du monde entier, la France demeure à l’écart du "tourisme médical"

En quête de nouvelles recettes, les CHU français s'intéressent à l’accueil de riches patients venus du Golfe, de Russie ou de Chine, ainsi qu'à la vente de conseil en organisation de soins.

C’est une petite révolution à but lucratif : comme le révèle le JDD, l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP) vient de signer un accord avec une société implantée dans une dizaine de pays du Moyen-Orient pour mieux organiser et développer l’accueil, payant, de patients étrangers en France. À terme, 1% des malades soignés à Paris pourraient venir du Golfe, de Chine ou de Russie. Le projet a longtemps dormi dans les tiroirs du navire amiral des CHU français. Aquilino Morelle, aujourd’hui conseiller politique de François Hollande, y avait même consacré un rapport secret, vite enterré. Le sujet restait tabou : quand les États-Unis, l’Allemagne ou le Royaume-Uni soignent des malades du monde entier, la France demeure à l’écart du "tourisme médical", un phénomène mondial en augmentation.
Mais alors que l’hôpital public s’est endetté pour financer ses investissements, l’heure est à la recherche de recettes nouvelles. "Il est anormal que la Sécurité sociale française sponsorise les soins de gens aisés issus de pays qui n’ont pas de problèmes financiers", argumente Stéphane Fériaut, directeur du développement de l’AP. L’AP-HP reçoit déjà chaque année quelque 7.500 patients étrangers. Parmi eux, des touristes pris en charge par les urgences de la capitale, des sans-papiers bénéficiaires de l’Aide médicale de l’État (AME), des proches de ressortissants français qui se cotisent pour financer une opération délicate… Mais aussi des malades payant de leur poche ou couverts par une assurance, souvent originaires du Maghreb et du Proche-Orient, attirés par la médecine de pointe pratiquée dans des hôpitaux comme la Pitié-Salpêtrière ou Necker.

Plusieurs millions d’euros supplémentaires espérés

Jusqu’à présent, ce dernier contingent (environ 2.300 personnes chaque année) avait tendance à disparaître des écrans radar de la gestion hospitalière. "Ils viennent par leurs propres moyens. Ils sont adressés par un médecin à des confrères français mais le système n’était pas organisé", souligne Zohra Bensalem-Djenadi, qui pilote le dossier à l’AP-HP. En gros, la consultation ou l’opération étaient facturées au tarif de la Sécurité sociale. Un prix largement inférieur au coût moyen mondial.
Comment, dès lors, mieux exploiter l’avantage compétitif de taille que représente une médecine de grande qualité jusque-là bradée à des tarifs low cost? En facturant les soins à un prix plus élevé et en augmentant le nombre de malades concernés. Grâce à l’accord qui vient d’être signé, et lorsque des décrets permettant son application seront parus, l’AP-HP pourrait ainsi dégager plusieurs millions d’euros de marge et espérer résorber une partie de son déficit. "Cela permettra aussi de sécuriser le paiement. Certaines créances n’étaient jamais recouvrées", détaille Stéphane Feriaut.

Ne pas léser les patients français

Concrètement, les patients du Moyen-Orient seront désormais chaperonnés par la société Globemed. Envoi des dossiers, établissement des visas, transfert des malades, paiement… Cette filiale d’Axa, basée au Liban mais présente dans toute la région, servira d’intermédiaire entre les hôpitaux parisiens et les assurances privées ou publiques des États concernés : "Nos systèmes de santé ne sont pas encore optimaux. Alors, pour une greffe de moelle osseuse ou une opération du cœur complexe, les gens vont se faire soigner en Allemagne ou aux États-Unis. On est ravis de pouvoir désormais proposer les hôpitaux parisiens, très efficaces, à nos clients. Pour nous, les tarifs français, régulés par l’État, sont intéressants", se félicite le docteur Elia Abdel Massih, directeur des services santé de Globemed.
Paris, hôpital du monde? "On n’a pas vocation à devenir un hôpital privé. La proportion de patients étrangers payants ne devra jamais dépasser 1% du total des malades", met en garde Stéphane Feriaut. Volontairement limitée dans un premier temps, la coopération avec le Moyen-Orient pourrait être élargie à l’Asie, à la Russie et aux anciennes républiques soviétiques. "Les patients français ne seront pas lésés. Ils seront prioritaires et surtout ne se rendront compte de rien. On se contente de réformer notre fonctionnement. On ne fera pas des urgences avec les patients étrangers mais seulement des interventions ou des soins programmés à l’avance", précise Zohra Bensalem-Djenadi, la coordinatrice du projet à l’AP-HP. Président du conseil de surveillance de l’AP-HP et adjoint au maire de Paris chargé de la Santé, Jean-Marie Le Guen martèle, de son côté, qu’"en médecine, plus on travaille, plus on est fort. Il faut sortir d’une vision malthusienne de la santé, cesser de répéter que cela coûte cher. Notre système de santé est un atout dans la mondialisation". Un joker économique mais surtout, aux yeux du député socialiste, "un outil d’influence" utile au "rayonnement et à l’attractivité de la France".

Marseille veut devenir "le CHU de la Méditerranée"

Non contents de devenir une plaque tournante des "voyages pour traitement", terme moins péjoratif que celui de "tourisme médical", les hôpitaux français défrichent aussi la piste de la vente de conseil médical et de conseil en organisation des soins, un marché lucratif trusté par les Allemands. L’AP-HP, qui vient de signer un contrat avec la municipalité de Pékin, comme le révélait cette semaine le site Huffingtonpost.fr, se positionne pour participer au chantier du futur hôpital de Hanoi (Vietnam) et pour venir en aide aux Brésiliens sur une partie du volet sanitaire des JO de 2016.
Ces temps de crise stimulent les patrons d’hôpitaux. À Marseille, le directeur de l’Assistance publique-Hôpitaux de Marseille (AP-HM) a annoncé, le 12 juillet, que son établissement s’apprêtait à réorganiser l’accueil de ses 1.000 patients étrangers payants annuels. "On veut devenir le CHU de la Méditerranée, vendre l’ultraqualité de notre médecine dans le domaine de la chirurgie de la main, de la radiochirurgie, de l’ophtalmologie", plaide Bastien Ripert, chef de cabinet du directeur de l’AP-HM. À Lyon, un projet serait aussi dans les cartons.
Anne-Laure Barret - Le Journal du Dimanche