mercredi 31 août 2011

La Che Guevara sexy qui fait trembler le Chili

30 août 2011
Contestation estudiantine
Une jeune diplômée en géographie de 23 ans est devenue le visage de la contestation estudiantine qui secoue le Chili depuis plus de trois mois. Son nom: Camila Vallejo.

La Confédération des étudiants du Chili doit rencontrer, mardi 30 août, Sebastian Pinera, le président du pays, pour discuter du conflit sur l'éducation qui dure depuis plus de trois mois. Cette rencontre est le fruit d'une longue lutte de jeunes emmenés notamment par la jolie Camila Vallejo.
À 23 ans, cette diplômée universitaire en géographie est la présidente de l'un des principaux syndicats étudiants chiliens, la Federación de Estudiantes de la Universidad de Chile. Dotée d'un charisme indéniable et bonne oratrice, cette Chilienne d'obédience communiste veut faire bouger les choses: «Il est temps de changer de système politique, de système économique, afin de parvenir à une redistribution plus juste du pouvoir et des richesses. Ce modèle de développement a uniquement servi à enrichir énormément une poignée de personnes», a-t-elle déclaré, la semaine dernière.
«L'Angelina Jolie de Santiago»
Depuis quelques semaines, sa figure a pris beaucoup d'importance au niveau de la scène nationale. Elle est très présente dans les médias locaux et séduit tant par son discours que par son physique. De nombreux fans lui consacrent des vidéos ou des chansons sur Youtube.
«Certains la surnomment «l'Angelina Jolie de Santiago»; d'autres la comparent à Che Guevara. Avec son joli minois et son éloquence dure mais posée, Camila Vallejo s'est imposée comme le symbole du mouvement de contestation qui secoue actuellement le pays», analyse le site LCI.fr. «Rapidement, sa beauté naturelle, son petit piercing à la narine, et ses talents d'oratrice ont totalement effacé les autres membres de la fédération», relève, pour sa part, Le Nouvel Observateur.

«Si on tue la chienne, on se débarrasse de la portée»
Sa médiatisation et son charisme en excèdent certains. Récemment, la Cour suprême du Chili a décidé de mesures de protection policière pour Camila Vallejo et pour sa famille. Celle-ci avait en effet fait l'objet de diverses menaces via les réseaux sociaux. Certaines de ces menaces proviennent d'une responsable du ministère de la Culture, en personne.
Tatiana Acuña, secrétaire exécutive du Conseil pour le livre, avait écrit à son propos sur son compte Twitter: «Si on tue la chienne, on se débarrasse de la portée». Cette phrase de sinistre mémoire avait été prononcée par le général Augusto Pinochet, le 11 septembre 1973, jour du coup d'État contre le président Salvador Allende, évoquant ce dernier et ses partisans. La fonctionnaire a présenté des excuses par le même biais, mais a été démise de ses fonctions.
(L'essentiel Online/cgo)

Camila Vallejo : A la tête de la révolte en cours au Chili, Camila Vallejo est perçue par de nombreux chiliens comme la digne héritière de Che Guevara.
Camila Vallejo est une jeune femme de 23 ans qui s’est imposée depuis plusieurs mois à la tête du syndicat étudiant qui mène la révolte au Chili. Charismatique, déterminée, bonne oratrice et accessoirement photogénique, la nouvelle Che Guevara soulève les foules au point d’inquiéter les autorités.
Cette  jolie chilienne ne lésine pas sur les références communistes pour raviver la flamme révolutionnaire de ses compatriotes. A ce titre, Camila Vallejo n’est pas sans rappeler un certain Ernesto Guevara et ses idées révolutionnaires.
Camila Vallejo est plus qu’une porte-parole, elle est en passe de devenir une icône révolutionnaire, plébiscitée par les indignés et les médias sociaux. Elle incarne les revendications de la jeunesse chilienne et plus globalement de l’ensemble de la population.
La « Federacion de Estudiantes de la Universidad de Chile«  exige un enseignement public de qualité alors que le Chili est paralysé par des grèvistes qui réclament la redistribution équitables des fruits de la croissance. Travail, éducation, impôts, les sujets de revendication s’assemblent dans une seule et même contestation.
Mais Camila Vallejo n’est pas le Che angélique que l’on fantasme sur des t-shirts à 20 euros. En bonne révolutionnaire, Camilla Vallejo attise le feu de la révolte des « encapuchados » qui sévissent lors des manifestations. Les violences se répètent partout dans le pays allongeant la liste des dégâts mais aussi des blessés. Un jeune homme a même perdu la vie lors d’une manifestation.

Des traits similaires, la tignasse rebelle, le même regard déterminé.
Alors Camila Vallejo, fille spirituelle de Che Guevara ? Le Che s'est-il réincarné ? D’autres observateurs lui trouve d’autres qualités, sans doute moins dangereuses et l’ont simplement surnommée l’ « Angelina Jolie de Santiago »

Les figures qui montent ne s'illustrent pas que dans le domaine de la télé-réalité. A l'autre bout du monde, au Chili, dans un pays mué par des soulèvements de la population, la figure de proue du principal syndicat estudiantin fait tourner les têtes, ont notamment remarqué Le Nouvel Observateur et L'Essentiel.

La Révolution Arabe : Bahreïn, Oman, Yémen, Jordanie... Le point sur les mouvements de contestation

Mardi 30 Aout 2011

Notre attention tournée vers la Libye, l’Égypte ou la Tunisie, il est important de noter que les mouvements de contestation arabes sont contagieux dans toute la région. Tour d’horizon de l’état des mouvements populaires dans les pays environnants.
Lorsque les révolutions ont éclaté, la plupart des monarchies du Golfe ont pu acheter provisoirement la paix sociale grâce à la richesse qu’elles tirent du pétrole. Mais cette possibilité n’existait pas à Barheïn où les ressources en hydrocarbures s’épuisent. Pendant quatre semaines, la place de la Perle au cœur de la capitale est devenue le centre de la contestation qui a donné lieu à une répression sans merci. À Oman, des mouvements sociaux et démocratiques ont éclaté dès le 17 janvier et, en mars, les travailleurs du pétrole ont déclenché une grève.
L’armée a investi la ville de Sohar interrompant très provisoirement le mouvement. La Jordanie a connu plusieurs mois de manifestations qui ont débouché sur un changement de Premier ministre et des réformes. Ce qui n’a pas empêché une manifestation massive le 15 juillet. Au Yémen, pays pauvre de la région et principalement agricole, le mouvement a commencé dès le 16 janvier et, le 27, des dizaines de milliers de manifestants demandaient le départ du président Saleh au pouvoir depuis 33 ans. Le 16 juillet, les forces de l’opposition ont créé un Conseil de transition pour construire l’alternative à Saleh qui, blessé, s’est réfugié en Arabie saoudite mais annonce régulièrement son retour.
L’épicentre du mouvement de révolte dans la région du Golfe arabo- persique était situé dans l’État insulaire du Bahreïn. Les premières manifestations y ont commencé le 14 février 2011, trois jours après la démission forcée du président égyptien Hosni Moubarak.
Au moment des révoltes de masse dans d’autres pays arabes, les monarchies du Golfe ont pu déverser de très fortes sommes d’argent pour «  acheter  » temporairement la paix sociale, ces dépenses étant toutefois toujours accompagnées de mesures de répression. Ainsi le roi d’Arabie saoudite a-t-il augmenté, fin février et mi-mars 2011, les dépenses publiques de 67 milliards de dollars  ; en faveur de besoins sociaux par exemple le logement, mais aussi pour renforcer la police, l’armée et la «  police des mœurs  ».
L’émirat du Koweït a fait offrir, fin janvier 2011, une somme d’environ 3 500 dollars à titre de «  cadeau  » à chaque ménage koweïtien (à l’exclusion des habitants n’ayant pas la nationalité koweïtienne qui représentent 70 % de la population totale de ce pays riche en pétrole mais ne comptant qu’un million de sujets-citoyens). Pendant un an, les aliments de base ont été rendus gratuits pour ces mêmes ménages. Ce qui n’a pas empêché des milliers de jeunes Koweïtiens de manifester à plusieurs reprises, le 8 mars, puis fin mai et début juin 2011.
Barheïn, une terrible répression
Au Bahreïn, la situation est très différente. Ici, les ressources pétrolières sont déjà sur le point de se tarir. Par ailleurs, 70 % de la population appartiennent à la confession chiite, alors que la monarchie régnante (au pouvoir depuis 1783) est sunnite. Sur le plan social, des sunnites – originaires du Bahreïn ou encore d’autres pays de la région – sont systématiquement favorisés, notamment sur le plan de l’emploi.
Le clivage principal au sein de la société n’est ainsi pas de nature théologique, mais la différence d’appartenance religieuse débouche sur une discrimination sociale, matérielle. Des membres de la population chiite participaient aux protestations avec des sunnites progressistes (le parti Alliance démocratique nationale, notamment). La confédération des syndicats, la General Federation for Bahrain Trade Unions (GFBTU, dirigée par Salman Jaffar Al-Mahfoodh), soutenait également le mouvement de protestation, dont une partie demandait des «  réformes  » politiques et sociales alors qu’une autre allait jusqu’à mettre en question ouvertement la monarchie.
Après quatre semaines de manifestations et rassemblements incessants, dont le centre était la désormais célèbre place de la Perle de la capitale Manama, le pouvoir décide de mater la révolte par la répression. Le 14 mars, des troupes du Conseil de coopération du Golfe (réunissant six monarchies conservatrices et réactionnaires), surtout d’Arabie saoudite, entrent à Bahreïn sur demande du pouvoir royal.
Ce dernier décrète l’état d’urgence à partir du 15 mars, et fait évacuer la place de la Perle, le 16 mars. Le fameux monument d’une hauteur de cent mètres, au bout duquel se trouvait une boule représentant une perle, fut d’ailleurs détruit par des bulldozers, le 18 mars  : il fallait surtout ne laisser aucune trace de la rébellion de masse  ! Dans un pays qui compte 1, 2 million d’habitants (dont 650 000 de nationaux), les manifestations dans la capitale s’étiraient, quelques jours plus tôt, sur plus de trois kilomètres de long.
Depuis, c’est une répression terrible. 24 manifestants ont été tués pendant les mois de février et mars (dont vingt dans la rue, et quatre probablement sous la torture). 2 000 personnes ont été licenciées, après le 15 mars, pour avoir participé aux rassemblements de protestations. Le 19 mai dernier, neuf opposants ont été condamnés à vingt ans de prison, puis huit autres – le 22 juin – à la prison à vie. Des dizaines de médecins et infirmières ont été traduits en justice, pour avoir soigné des manifestants blessés et «  exagéré leurs blessures face aux médias internationaux  ».
Mais le 1er juin, le roi a officiellement levé l’état d’urgence, mesure qui fut tout de suite suivie de tentatives de manifester (vite étouffées). Le 2 juillet, la monarchie a ouvert un «  dialogue national  » auquel le plus grand parti d’opposition chiite (le Bloc Wefaq) a d’abord participé. Or, le 17 juillet, ce parti, revendiquant des réformes politiques, s’est retiré de ce pseudo-dialogue. L’avant-veille, plusieurs dizaines de milliers de partisans de l’opposition avait de nouveau manifesté à Manama.
Oman, grèves des pétroliers
Un autre pays du Golfe, le sultanat d’Oman (qui compte environ trois millions d’habitants), a connu de forts mouvements sociaux et démocratiques, à partir du 17 janvier 2011. Les mobilisations (grèves et sit-in) ont surtout concerné la fonction publique et les sociétés nationales. Elles ont été accompagnées de rassemblements et sit-ins de plusieurs centaines de chômeurs et d’intellectuels – manifestant pour l’emploi et pour les libertés d’expression et d’information et contre la corruption dans plusieurs villes – et, du 15 au 20 mars, la première grève de travailleurs du pétrole est déclenchée dans le Golfe pendant le «  printemps arabe  ».
L’armée a fini par investir la ville de Sohar, épicentre industriel de la contestation qui s’est provisoirement interrompue. À la suite de procès où des manifestants ont été condamnés à de lourdes peines d’emprisonnement, les manifestations pour exiger leur libération ont repris en juillet, vite réprimées.
Les concessions obtenues (salaire minimum mensuel porté de 364 à 520 dollars, instauration d’une allocation de chômage de 390 dollars mensuels, remaniement ministériel, annonce de la création de milliers d’emplois dans le public et le privé, distribution de terres constructibles aux foyers, annonce d’une féminisation relative de l’assemblée consultative qui serait dotée de pouvoirs législatifs et dont le renouvellement est prévu à l’automne, etc.) ne sont toutefois pas parvenues à endiguer la révolte des travailleurs du privé exigeant d’être traités à égalité avec ceux du public ou des chômeurs oubliés des mesures.
Jordanie, des réformes insuffisantes
La Jordanie, pays voisin d’Israël, de la Syrie et de l’Irak, compte environ 6, 5 millions d’habitants. Son pouvoir monarchique est étroitement lié aux États-Unis. Notons que le Conseil de coopération du Golfe a décidé de s’étendre à la fois à la Jordanie et au Maroc  ; deux pays situés loin du Golfe arabo-persique, mais qui partagent cette caractéristique d’être gouvernés par des monarchies conservatrices.
Le pays a connu pendant plusieurs mois des manifestations massives. Elles ont commencé, le 16 janvier 2011, dans la capitale Amman, rassemblant plusieurs milliers de personnes venant de trois pôles politiques  : la gauche, les syndicats et le Parti d’action islamique (proche des Frères musulmans). À partir de la mi-mai, ces différentes forces ont d’ailleurs formé un Front national pour la réforme, une sorte de coordination commune.
À plusieurs reprises, le 15 février (en journée) puis dans la nuit du 24 au 25 mars 2011 à Amman, des rassemblements et campements d’opposants ont été attaqués par des nervis pro-régime en civil. À l’instar des attaques des «  baltagyas  » en Égypte, ou plus récemment des milices de civils pro- pouvoir au Maroc.
Le pouvoir monarchique a changé de Premier ministre et de gouvernement, le 1er février, mais a nettement refusé au cours des semaines suivantes les revendications de réformes politiques de l’opposition (dissolution du Parlement et système de vote plus démocratique). Le 13 juin, un convoi de voitures du roi Abdallah ii a été attaqué à Tafileh, à environ 150 km au sud de la capitale Amman, par une soixantaine de jeunes jetant des pierres et des projectiles.
Récemment, le 15 juillet, une nouvelle manifestation massive a eu lieu à Amman, au cours de laquelle au moins dix-sept personnes (dont neuf journalistes) ont été blessées.
Yémen, Saleh résiste
La situation au Yémen est différente, dans la mesure où le mouvement ouvrier est extrêmement faible dans ce pays le plus pauvre de tout le monde arabe, et encore largement agricole. L’agriculture représente 75 % de la population active, mais seulement 10 % du PIB  ; alors que les ressources pétrolières, en voie de s’épuiser, procurent un quart des recettes du pays mais 70 % des finances du gouvernement. Le pays compte par ailleurs l’une des populations les plus jeunes du monde, avec un âge moyen de 24 ans.
Au Yémen, la première mobilisation «  pour des réformes  » a commencé le 16 janvier 2011, au surlendemain du renversement de Ben Ali, en Tunisie, avec deux rassemblements successifs sur le campus de l’université de la capitale Sanaa. Ils étaient suivis, le 20 janvier, par un premier rassemblement dans la ville de Taëz. Mais c’est surtout l’arrestation, dans la nuit du 22 au 23 janvier, de la journaliste et militante Tawakel Karman qui a déclenché les protestations.
Madame Karman, membre de la direction du parti Islah («  Réforme  », de tendance islamiste modérée), anime par ailleurs une association, Journalistes sans chaînes, qui lutte pour la liberté de la presse. Elle avait été la principale animatrice d’un rassemblement «  de solidarité avec le peuple tunisien  ». Environ 200 journalistes ont manifesté, le 23 janvier, pour la libération de leur collègue (qui a d’ailleurs été relâchée le lendemain).
Dès lors, le processus était déclenché. Le 27 janvier 2011, pour la première fois, ils étaient des dizaines de milliers à se rassembler à Sanaa contre le régime du président Ali Abdallah Saleh. Au pouvoir depuis juillet 1978 – 33 ans  ! –, ce dernier s’appuyait jusqu’ici sur les structures tribales, encore extrêmement puissantes  ; les tribus soutiennent financièrement leurs membres en cas de maladie ou incapacité de travail, aucune protection sociale publique n’existant dans ces domaines.
Par ailleurs, le régime était soutenu par les États-Unis puisque le président Saleh agitait le chiffon rouge de la présence d’Al-Qaida dans le pays  ; même si l’administration américaine se méfiait de lui et était convaincue que Saleh jouait un jeu tactique avec cet argument. Or, au fur et à mesure que son pouvoir perdurait et montrait de l’usure, certaines structures tribales se sont détournées de Saleh.
Ainsi, il y a eu deux mobilisations en parallèle contre le régime de Saleh. D’un côté, un mouvement de masse, non armé, majoritairement jeune, misant sur les rassemblements publics et les manifestations, dans les centres urbains. Une mobilisation à laquelle le pouvoir tentait d’ailleurs de répondre par des contre-­manifestations de partisans du Congrès général du peuple (parti au pouvoir).
Mais ces dernières restaient nettement plus petites que les manifestations de l’opposition, soutenues par le parti Islah, le Parti socialiste (anciennement au pouvoir au Yémen du Sud avant 1990, ex-marxiste-léniniste) et des nationalistes arabes nasséristes. De l’autre côté, dans les zones rurales et montagnardes, les tribus entrées en «  dissidence  » mobilisaient des combattants armés contre le régime, venant parfois rejoindre les manifestants en ville. Mais les uns se méfiaient nettement des autres.
Le 3 juin 2011, le président Saleh est blessé dans son palais présidentiel, probablement par une bombe placée à l’intérieur (alors que des premières théories avaient porté sur des obus lancés sur le palais par les combattants de tribus, entrés fin mai à Sanaa). Depuis, il est soigné en Arabie saoudite, mais il a à plusieurs reprises annoncé son retour que l’opposition refuse fermement. Le 16 juillet, les forces de l’opposition ont annoncé avoir créé un Conseil de transition pour mettre sur pied une alternative au pouvoir de Saleh.
mardi 30 août 2011, par Bertold du Ryon
Source : PESSE-TOI A GAUCHE !- Une tribune pour la gauche québécoise en marche

Quelles sont les causes de la famine ?

La Somalie, malgré les sécheresses, était naguère un pays autosuffisant.
 
Nous vivons dans un monde d’abondance. Selon les chiffres de l’Organisation des Nations Unies pour l’Agriculture et l’Alimentation (FAO), on produit aujourd’hui de la nourriture pour 12 milliards de personnes, alors que la planète compte 7 milliards d’êtres humains. De la nourriture, il y en a. Alors pourquoi dans ce cas une personne sur sept dans le monde souffre de la faim ?
 
La menace alimentaire qui touche plus de 10 millions de personnes dans la Corne de l’Afrique remet en lumière la fatalité d’une catastrophe qui n’a pourtant rien de naturelle. Sécheresses, inondations, conflits armés... tout cela contribue à aggraver une situation d’extrême vulnérabilité alimentaire, mais ce ne ce sont pas les seuls facteurs explicatifs.
La situation de famine dans la Corne de l’Afrique n’est pas une nouveauté. La Somalie vit une situation d’insécurité alimentaire depuis 20 ans. Et, périodiquement, les médias nous remuent de nos confortables divans en nous rappelant l’impact dramatique de la faim dans le monde. En 1984, près d’un million de morts en Ethiopie ; en 1992, 300.000 somaliens ont perdu la vie à cause de la faim ; en 2005, près de cinq millions de personnes au bord de la mort au Malawi, pour ne citer que quelques cas.
La faim n’est pas une fatalité inévitable qui affecterait seulement certains pays. Les causes de la faim sont politiques. Qui contrôle les ressources naturelles (terres, eau, semences) qui permettent la production de nourriture ? A qui profitent les politiques agricoles et alimentaires ? Aujourd’hui, les aliments sont devenus une marchandise et leur fonction principale, nous nourrir, est mise à l’arrière plan.
On pointe du doigt la sécheresse, avec les pertes de récoltes et de bétail consécutives, comme l’une des principales explications de la famine dans la Corne de l’Afrique. Mais alors comment expliquer que des pays tels que les Etats-Unis ou l’Australie, qui subissent régulièrement de graves sécheresses, ne souffrent pas de famines extrêmes ? Evidement, les phénomènes météorologiques peuvent aggraver les problèmes alimentaires, mais ils ne suffisent pas à expliquer les causes de la faim. En ce qui concerne la production d’aliments, le contrôle des ressources naturelles est la clé pour comprendre pour qui et pourquoi on les produits.
Dans plusieurs pays de la Corne de l’Afrique, l’accès à la terre et un bien rare. L’achat massif de sols fertiles de la part d’investisseurs étrangers (agro-industrie, gouvernements, fonds spéculatifs...) a provoqué l’expulsion de milliers de paysans de leurs terres, diminuant ainsi leur capacité à satisfaire leurs propres besoins alimentaires de manière autonome. Ainsi, tandis que le Programme Mondial Alimentaire tente de nourrir des milliers de réfugiés au Soudan, des gouvernements étrangers (Koweït, Emirats arabes unis, Corée...) y achètent des terres pour produire et exporter des aliments pour leurs propres populations.
  1. Il faut également rappeler que la Somalie, malgré les sécheresses récurrentes, était un pays autosuffisant dans la production d’aliments jusqu’à la fin des années 1970. Sa souveraineté alimentaire a été mise en pièce au cours des trois décennies suivantes. A partir des années 1980, les politiques imposées par le Fonds Monétaire International et la Banque Mondiale pour que le pays puisse rembourser sa dette au Club de Paris se sont traduites par l’imposition d’un ensemble de mesures d’ajustement. En ce qui concerne l’agriculture, ces dernières impliquaient une politique de libéralisation commerciale et d’ouverture des marchés, permettant ainsi l’entrée massive de produits subsidiés - comme le riz et le blé - des multinationales agro-industrielles nord-américaines et européennes, qui ont commencé à vendre leurs produits en dessous de leur prix de production, faisant ainsi une concurrence déloyale aux produits autochtones.
  2. Les dévaluations périodiques de la monnaie somalienne ont également provoqué une hausse des prix des intrants agricoles tandis que la politique en faveur des monocultures pour l’exportation a progressivement forcé les paysans à abandonner les campagnes. La même chose s’est produite dans d’autres pays, non seulement en Afrique, mais aussi en Amérique latine et en Asie.
  3. La montée des prix des céréales de base est un autre des éléments désignés comme détonateurs des famines dans la Corne de l’Afrique. En Somalie, les prix du maïs et du sorgho rouge ont respectivement augmenté de 106 et 180% par rapport à l’année dernière. En Ethiopie, le coût du blé a augmenté de 85% par rapport à 2010. Et au Kenya, la valeur du maïs a augmenté de 55% en un an. Des hausses qui ont rendus ces aliments inaccessibles.
Mais quelles sont les raisons de cette escalade des prix ? Plusieurs indices pointent la spéculation financière sur les matières premières alimentaires. Les prix des aliments sont déterminés dans les Bourses de valeurs, dont la plus importante, à l’échelle mondiale, est celle de Chicago, tandis qu’en Europe les aliments sont commercialisés dans les marchés à terme de Londres, Paris, Amsterdam et Francfort. Mais, aujourd’hui, la majeure partie de l’achat et de la vente de ces marchandises ne correspond pas à des échanges commerciaux réels.
On estime, d’après Mike Masters, responsable du fonds de pension Masters Capital Management, que 75% des investissements financiers dans le secteur agricole sont de caractère spéculatif. On achète et on vend des matières premières dans le but de spéculer avec elles en faisant un profit qui se répercute finalement dans l’augmentation du prix de la nourriture pour le consommateur final. Les mêmes banques, fonds à hauts risques, compagnies d’assurances, qui ont provoqué la crise des “subprimes” sont celles qui spéculent aujourd’hui avec la nourriture, profitant de marchés globaux profondément dérégulés et hautement rentables.
La crise alimentaire à l’échelle globale et la famine dans la Corne de l’Afrique en particulier sont les fruits de la globalisation alimentaire au service des intérêts privés. La chaîne de production, de distribution et de consommation des aliments est entre les mains d’une poignée de multinationales qui placent leurs intérêts particuliers au dessus des nécessités collectives. Tout au long de ces dernières décennies, elles ont miné, avec le soutien des institutions financières internationales, la capacité des Etats du sud à décider sur leurs politiques agricoles et alimentaires.

Revenons au début. Pourquoi la faim existe-t-elle dans un monde d’abondance ?

La production d’aliments a été multipliée par trois depuis les années 1970, tandis que la population mondiale n’a fait que doubler depuis lors. Nous ne sommes donc pas face à un problème de production de nourriture, mais bien devant un problème d’accès à la nourriture. Comme le soulignait le rapporteurs de l’ONU pour le droit à l’alimentation, Olivier de Schutter, dans une interview au journal “El Pais” :
“La faim est un problème politique. C’est une question de justice sociale et de politiques de redistribution”.
Si nous voulons en finir avec la faim dans le monde, il est urgent d’opter pour d’autres politiques agricoles et alimentaires qui mettent au centre de leur préoccupation les personnes et leurs besoins, ceux qui travaillent la terre et l’écosystème. Il s’agit de parvenir à ce que le mouvement international Via Campesina appelle la “souveraineté alimentaire”, et de récupérer la capacité de décider sur ce que nous mangeons. En reprenant un des slogans les plus connus du Mouvement du 15-M : “une démocratie réelle, maintenant” dans l’agriculture et l’alimentation est nécessaire.
Esther Vivas
*Esther Vivas participe au Centre d’études sur les mouvements sociaux (CEMS) de l’Universitat Pompeu Fabra (UPF) en Catalogne.
**Cet article a été publié comme opinion dans le journal “El País”, 30/07/2011.
***Traduction française par Ataulfo Riera pour le site www.lcr-lagauche.be
URL de cet article 14445 http://www.legrandsoir.info/quelles-sont-les-causes-de-la-famine.html

BHL,le CNT et Israel - BHL,petit télégraphiste d'Israél à Bengh

Samedi 11 juin 2011 
Par : Gilles Munier
 
BHL et les soldats du désert
Une base israélienneà la frontière algérienne ?

 On sait qu’à chaque voyage en Cyrénaïque (Est de la Libye), BHL s’emploie à persuader le CNT de l’intérêt d’entrer en contact avec Tel-Aviv et qu’il n’hésite pas – selon ses dires - à évoquer  la « grandeur d’Israël » devant des insurgés perplexes (2). Quelques dirigeants rebelles se sont laissés convaincre car la présence de conseillers militaires israéliens à Benghazi – des juifs d’origine libyenne ou maghrébine, dit-on – a fini par bruiter. Le document douteux, remis au gouvernement libyen par un officier de renseignement ukrainien, selon lequel le CNT accepterait l’installation d’une base militaire israélienne dans le Djebel Akhdarpour menacer l'Algérie (3)non démenti par les rebelles -  peut maintenant être interprété comme un appel du pied .  

 On imagine la consternation - voire la panique - des chefs de l’insurrection qui ne s’attendaient pas à ce que leur décision de nouer des relations avec Israël soit ébruitée de cette façon. Abdel Hafiz Ghoga, vice-Président du CNT, a aussitôt démenti avoir chargé l’activiste pro-israélien de quoi que ce soit. Trop tard, le mal était fait dans l’opinion publique arabe. Les initiateurs de l’opération s’en moquent. Leur but est de convaincre les Etats qui n’ont pas reconnu le CNT en raison de la présence Al-Qaïda en Cyrénaïque. Israël, disent-ils, n’accueillerait pas favorablement les propositions des rebelles si l’influence des djihadistes était aussi importante que les spécialistes le prétendent.
 
Prendre l’Egypte en tenaille

En visite officielle en Israël, Alain Juppé, ministre français des Affaires étrangères, a avalé une nouvelle couleuvre en apprenant que le porte-parole de Benyamin Netanyahou avait confirmé les dires de BHL, son vibrionnant rival sur la scène libyenne. Le Premier ministre israélien qui reproche à la France de vouloir reconnaître la Palestine dans ses frontières de 1967, s’est fait un malin plaisir à remercier Nicolas Sarkozy pour l’intervention militaire française en Libye. Pour Netanyahou, le renversement du Colonel Mouammar Kadhafi permettrait à Israël de s’approvisionner plus facilement en pétrole - une denrée lui manquant cruellement - et l’avantage de prendre l’Egypte en tenaille en cas de conflit.
 
Source : le cri du peuple

mardi 30 août 2011

Apocalypse now : les réfugiés climatiques

Inondations, sécheresses, cyclones dévastateurs... Si rien n’est fait, les changements climatiques en cours pourraient, d’ici à quelques décennies, provoquer des cataclysmes d’une violence inouïe. D’où l’importance capitale de la conférence de Copenhague, en décembre.

Bangladesh, an 2099. Tout au long du XXIe siècle, le niveau de la mer n’a cessé de monter : entre 11 et 88 cm selon le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC). Imaginez maintenant qu’un cyclone, phénomène fréquent dans la région, fasse encore monter les eaux… Ou, pis encore, qu’un tsunami d’une force équivalente à celui de 2004 frappe ce pays déshérité où environ 20 % des quelque 200 millions d’habitants, trop pauvres pour migrer, vivent dans des zones inondables à moins de 1 mètre au-dessus du niveau de la mer… En quelques minutes, la moitié du pays serait rayée de la carte. Bilan inévitable : des millions de morts.
À en croire les climatologues, ce scénario catastrophe – dont la gravité n’a rien à envier à celle d’une apocalypse nucléaire – n’est nullement invraisemblable. Il illustre bien la manière dont les changements climatiques en cours aggravent les conséquences des catastrophes naturelles auxquelles les trois quarts des habitants de la planète, qu’ils vivent en bord de mer ou dans une zone de mousson tropicale, sont déjà exposés.
« Il est désormais très probable que des catastrophes liées au climat – inondations, sécheresses ou tempêtes – deviennent plus fréquentes et plus violentes », estime Bekele Geleta, secrétaire général de la Fédération internationale des sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge (IFRC).
« Dans les années 1990, nous avons enregistré une moyenne annuelle de 200 catastrophes naturelles liées au climat. Au cours de la décennie 2000, la moyenne est de 350 », renchérit Maarten van Aalst, un des auteurs du rapport 2009 de l’IFRC. Lequel évalue le coût des dégâts à plus de 181 milliards de dollars pour la seule année 2008. Une goutte d’eau dans l’océan des catastrophes naturelles à venir, si l’on en croit les experts, dont les rapports – tous plus alarmistes les uns que les autres – se multiplient à un rythme effréné : pas moins d’une dizaine depuis un mois. Normal, après tout, à six mois de la Conférence des Nations unies sur le changement climatique, à Copenhague (Danemark), qui a pour but de mettre sur pied la relève du protocole de Kyoto (qui expire en 2012). Des milliers d’économistes, de scientifiques, de diplomates, de lobbies industriels et d’ONG sont sur le pied de guerre. Au centre des discussions : les centaines de milliards de dollars que les pays riches devront débourser pour financer l’adaptation de l’économie mondiale à des normes de production moins gourmandes en gaz à effet de serre. Qui paiera quoi, à qui, et sous quelle forme ? Les négociations Nord-Sud s’annoncent serrées. Un échec de ce grand marchandage coûterait très cher à tout le monde.
Depuis le rapport publié en octobre 2006 par Nicholas Stern, l’ancien vice-président de la Banque mondiale, il est généralement admis que consacrer chaque année entre 1 % et 2 % du PIB mondial suffirait à atténuer efficacement l’impact économique du réchauffement, évalué à plus de 5 500 milliards de dollars pour la période 2005-2015. En mars dernier, ce même économiste a revu son estimation à la hausse et juge que son rapport « sous-estimait gravement » les risques liés aux bouleversements climatiques. Catastrophisme ? Tel n’est pas l’avis des militants écologistes, bien sûr, mais aussi de l’immense majorité de la communauté scientifique et de quelques personnalités de premier plan comme le Prix Nobel d’économie Joseph Stiglitz.

CLIVAGE NORD-SUD

Même les États-Unis, pourtant non-signataires du protocole de Kyoto, se mettent à sonner le tocsin. Rompant avec l’immobilisme de l’ère Bush, le gouvernement de Barack Obama a, le 16 juin, publié un rapport soulignant les risques de recrudescence des sécheresses et des ouragans dont la première économie mondiale pourrait faire les frais et militant ouvertement – grande première – pour la réduction des émissions de CO2 dans l’atmosphère. Obama a également présenté au Congrès un projet de loi visant à réduire lesdites émissions de 17 % d’ici à 2020 (par rapport à 2005). Entre démocrates et républicains, la bataille fait rage. Elle pourrait durer jusqu’en 2010.
Obama entend donner des gages de bonne volonté à l’Inde, à la Chine et au Brésil, qui, préalablement à tout effort de leur part, exigent que les pays riches s’engagent à réduire leurs émissions de gaz carbonique. Ce clivage Nord-Sud s’est encore aggravé lors d’une récente session de négociations préalables à la conférence de Copenhague (Bonn, 2-12 juin). Échaudés par l’échec des négociations de Doha, les pays émergents attendent de sérieuses garanties avant d’accepter d’entraver leur développement « classique » au profit d’une économie verte dont les premiers bénéficiaires seraient les pays occidentaux.

Mais si le principe « pollueur payeur » relève d’une saine morale (les pays pauvres ne sont pas responsables du réchauffement), il est à double tranchant. D’abord parce que les pays du Sud « paient » le plus lourd tribut humain au réchauffement climatique. Selon une étude publiée le 29 mai par le Forum humanitaire mondial, que préside Kofi Annan, l’ancien secrétaire général de l’ONU, le changement climatique serait déjà responsable de plus de 300 000 morts par an – un véritable tsunami silencieux. Mais ce n’est pas tout.
Le nombre des « éco-réfugiés » – non protégés par la Convention de Genève sur les droits des réfugiés – devrait exploser à l’horizon 2050, passant, selon l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), de 25-50 millions aujourd’hui à plus de 200 millions. Voire 700 millions, selon les prévisions les plus pessimistes. Quelles sont les populations les plus vulnérables ? Le rapport publié le 10 juin par l’ONG Care dresse la carte des régions où l’adaptation au changement climatique sera le plus difficile (voir ci-dessus).
Premières régions touchées, les deltas des grands fleuves – Gange, Mékong et Nil en tête –, victimes désignées de l’élévation du niveau des mers et des inondations saisonnières. À quoi il convient d’ajouter, dans le cas du Nil, la désertification. Plus du quart des 40 millions d’Égyptiens vivant dans le delta du Nil habitent dans des zones risquant d’être englouties, dès 2050, sous 1 ou 2 mètres d’eau. Le delta serait ainsi privé d’un tiers de ses 1,5 million d’hectares de terres cultivées. D’où de gravissimes problèmes de subsistance pour une population piégée entre la montée des eaux, d’un côté, et la désertification de l’arrière-pays, de l’autre.
L’Afrique de l’Ouest ne sera pas épargnée. Le phénomène d’érosion touche déjà 65 % de ses terres cultivables. Les sécheresses dramatiques pourraient se multiplier. Alors que 300 millions d’Africains ont toujours les plus grandes difficultés pour s’approvisionner en eau, les pénuries hydriques devraient s’accroître de 30 % en 2050.

DISPARITION INÉLUCTABLE

Autre région touchée de plein fouet : l’Amérique centrale, où les précipitations pourraient diminuer de 50 % d’ici au milieu du siècle, tandis que la fréquence et la puissance des cyclones seraient fortement accentuées en raison d’une élévation de la température de la mer. Enfin, il y a ces petites îles du Pacifique sud et de l’océan Indien vouées à un inéluctable engloutissement : Tuvalu, Maldives, Salomon, Fidji… « La question n’est pas de savoir si nous allons être submergés, mais quand », affirmait déjà, en 2001, un homme politique local. Dans l’archipel de Tuvalu, l’exode a d’ailleurs déjà commencé, en accord avec la Nouvelle-Zélande.

Or les réfugiés climatiques sont comme les vents : ils ne respectent pas les frontières. Un accroissement des flux de migrants pourrait déstabiliser les États les plus fragiles, susciter des problèmes économiques et des tensions sociales. Pays du Sud et du Nord sont, de ce point de vue, logés à la même enseigne. À ceci près que les seconds portent la responsabilité du réchauffement climatique. Vont-ils enfin renoncer, sous la pression de leurs opinions, à l’arrogance dont ils ont fait montre durant le cycle des négociations de Doha ? C’est tout l’enjeu du grand marchandage écologique en cours.
Source : le cri du peuple

WASHINGTON (US) : Une entreprise de Démolition et de Restauration

Mercredi 31 août 2011
L’art de la guerre  : Démolitions & Restaurations Corp.
 
Il existe une société multinationale qui, malgré la crise, travaille à n’en plus pouvoir. Elle s’occupe de démolitions et restaurations. Pas d’édifices, mais d’Etats entiers. La maison mère est à Washington, où réside, dans la White House, le Chief executive officer (Ceo), l’administrateur délégué.  
Les principaux quartiers généraux régionaux se trouvent à Paris et Londres, aux mains de directeurs rampants et d’avides comités d’affaires, mais la multinationale a des filiales dans tous les continents.
 
Les Etats à démolir sont ceux qui sont situés dans des aires riches en pétrole ou dans une position géostratégique importante, mais qui sont totalement ou en partie hors du contrôle de la multinationale. On privilégie, dans la liste des démolitions, les Etats qui n’ont pas une force militaire capable, par des représailles, de mettre en danger celle des démolisseurs. L’opération débute en fichant des coins dans les fissures internes, présentes dans tout Etat.
 
Dans la Fédération Yougoslave, dans les années 90, furent fomentées les tendances sécessionnistes, en soutenant et en armant les secteurs ethniques et politiques qui s’opposaient au gouvernement de Belgrade. En Libye, aujourd’hui, on soutient et on arme les secteurs tribaux hostiles au gouvernement de Tripoli.
 
Cette opération est réalisée en s’appuyant sur de nouveaux groupes dirigeants, souvent formés d’hommes politiques passés à l’opposition pour s’accaparer dollars et postes de pouvoir. On demande ensuite l’autorisation au bureau compétent, le Conseil de sécurité de l’ONU, en motivant l’intervention par la nécessité de virer le dictateur qui occupe les étages supérieurs (hier Milosevic, aujourd’hui Kadhafi).
 
Il suffit d’un tampon avec écrit « on autorise toutes les mesures nécessaires » mais, si on ne l’obtient pas (comme dans le cas de la Yougoslavie), on continue quand même. L’équipe de démolisseurs, déjà préparée, entre en action avec une attaque aéronavale massive et des opérations terrestres à l’intérieur du pays, autour de quoi le vide a été fait par un embargo drastique. Pendant ce temps le secteur publicité de la multinationale martèle une campagne médiatique présentant la guerre comme nécessaire pour défendre les civils, menacés d’extermination par le féroce dictateur.
 
La démolition terminée, on procède à la construction d’un nouvel Etat (comme en Irak et en Afghanistan) ou d’un ensemble d’Etats croupions (comme en ex-Yougoslavie) aux mains d’administrateurs inféodés. L’autre important secteur de la multinationale est celui de la restauration d’Etats branlants. Comme l’Egypte et la Tunisie, le Yémen et le Bahrein, dont les fondements ont été secoués par le mouvement populaire qui a défenestré ou mis en difficulté les régimes garants des intérêts des puissances occidentales.
 
Selon la directive du Ceod’assurer une transition rangée et pacifique, la restauration est organisée en consolidant avant tout le pilier sur lequel s’appuyait déjà le pouvoir -la structure portante des forces armées- en le repeignant avec les couleurs arc-en-ciel de la démocratie. On restaure ainsi les Etats touchés par le tremblement de terre social, sur lesquels la multinationale fonde son influence en Afrique du Nord et au Moyen-Orient, et, en provoquant en même temps une secousse artificielle, on en démolit un autre relativement indépendant.

A la maison mère on trinque déjà au danger écarté de la révolution arabe. Mais en profondeur, dans les sociétés arabes, sous les fondations du palais impérial grondent les tensions qui préparent un nouveau séisme.  
par Manlio Dinucci
contribution Marie Ange Patrizio
Edition de mardi 30 septembre 2011 de il manifesto
Source : Le cri du peuple

Et si Nafissatou avait été blonde aux yeux bleus?

SlateAfrique a posé la même question à différentes personnes, à Paris, New York et Conakry, qui ont défendu Nafissatou ou été proches du dossier.

Thierno Diallo, cousin de Nafissatou Diallo 

«Si Nafi avait eu les yeux bleus ou verts et si elle avait été Américaine, il y aurait eu une suite, cela ne fait aucun doute! On ne l’aurait pas jetée comme ça à la poubelle! Mais pour les initiés, pas de surprise. Benjamin Brafman (VIDEO), l’avocat de DSK, avait dit dès le 22 mai depuis Jérusalem, qu’il n’y aurait pas de suites à l’affaire. Nafissatou a menti pour les papiers il y a plus de dix ans. Tous les immigrés le font. Cela n’a rien à voir avec le viol. Maintenant, quelqu’un qui ment une fois dans sa vie peut être agressé, c’est lui qui n’est pas crédible! DSK va pouvoir devenir Premier ministre en France sans problème... J’y mettrai ma main au feu. Le voilà qui joue déjà la carte du grand économiste, sollicité partout sur la crise... Je suis dégoûté!»

Blake Diallo, Sénégalais installé à New York, gérant du Café 2115 à Harlem, ami proche de Nafissatou Diallo

«Si elle avait eu les yeux bleus et les cheveux blonds, tout aurait été très différent! C’est l’impression qu’a toute la communauté africaine a ici à New York! Le procureur n’a pas fait ce qu’il fallait faire. Si elle avait été blanche et juive, elle n’aurait pas eu ce genre de traitement. Chacun a le droit à un jugement devant un jury dans un pays de droit. Le procureur ne lui a pas donné cette chance, et ses raisons ne tiennent pas. Mentir sur des dossiers d’immigration n’a rien à voir avec les faits, avec ce qu'il s’est passé dans cette chambre d’hôtel. Cyrus Vance a refusé un procès à une femme, une soeur, une mère. C’est la défaite de toutes les femmes du monde, et c’est ce que crient les organisations féministes de New York. Nafi reste mon amie. Hier soir encore (le 25 août, ndlr), nous avons discuté longuement. Elle n’est pas bien, évidemment. Elle est très étonnée. Comme toujours, je lui dis de ne pas baisser les bras et de croire en elle-même.»
«Elle n’a rien fait de mal. Le procureur a fait ce qu’il voulait faire, je ne sais pas au nom de quoi. Il lui a soutiré ses vérités. C’est de l’abus, ce qu’il a fait, croyez-moi! Il n’a pas voulu que Nafissatou aille au procès, alors qu’il y a des arguments à faire valoir. Ils ne veulent pas que ces arguments prennent forme. C’est la sanction finale, qui a sans doute quelque chose à voir avec la taille, la mesure de l’homme, l’agenda de DSK. On ne va pas le retenir à New York pour des affaires de fesses! Tout le lobby juif est derrière: ils veulent le pousser à prendre la direction de la France. Les intérêts sont beaucoup plus importants que les gens ne le pensent…»

Tierno Monénembo, écrivain guinéen installé en France, prix Renaudot en 2008 pour Le roi de Kahel (Seuil):

«Il n’y a pas que la couleur des yeux ou des cheveux, mais aussi la richesse et le milieu social qui jouent. Nafissatou Diallo n’a pas les armes pour se défendre. Elle n’est pas plus coupable que DSK, un homme coupable de partout, depuis toujours. Soyons honnêtes: voici des gens au despotisme éclairé, qui ont tout pour eux, qui envisagent le pouvoir comme le règne du bling-bling et du bounga-bounga, avec l’idée que toutes les femmes du monde leur appartiennent… Le plus grave, c’est qu’il n’y a personne en France pour réagir. Avant, il y avait au moins les communistes, les gauchistes. Aujourd’hui, il n’y a plus personne en face.»
Les relents racistes et machistes

Rokhaya Diallo, Française d’origine sénégalaise, chroniqueuse pour Canal Plus, fondatrice en 2006 de l’association les Indivisibles, qui décerne chaque année les Y’a bon Awards. Auteure en 2011 de Racisme, mode d’emploi (Editions Larousse) et co-signataire d’un ouvrage collectif, avec la journaliste Audrey Pulvar et d'autres femmes, sur l'affaire DSK, Un troussage de domestique, à paraître le 15 septembre aux Editions Syllepse.
«La mise en doute de la parole des femmes qui portent des accusations de viol a quelque chose de systématique. Elle ne dépend pas de leur couleur. Il est vrai, cependant, qu’on n’aurait pas fouillé de la même manière dans le passé de Nafissatou Diallo si elle n’avait pas été une immigrante. On n’aurait pas non plus créé le mythe de la brave femme qui a traversé l’Atlantique dans l’espoir d’une vie meilleure. Quitte à fabriquer une icône idéale ensuite tombée de son piédestal, parce que la vraie Nafissatou n’y correspondait pas. Elle a ensuite été traitée de prostituée et prise au piège des poncifs sexistes, qui veulent que les victimes de viols soient irréprochables, totalement innocentes. Aux Etats-Unis, elle a bénéficié d’une solidarité ethno-raciale intéressante à observer. En France, je suis étonnée par les réactions des cadres du Parti socialiste (PS), qui se réjouissent du fait que DSK ait été blanchi, alors qu’il ne l’est pas du tout. Je suis étonnée de la légèreté avec laquelle on traite une affaire criminelle. Il y a comme une absence de conscience sur la gravité d’un viol, une atteinte à l'intégrité physique d'une personne.»


Sanaba Coné Camara, Guinéenne installée en France, co-fondatrice du comité de soutien Justice pour Nafissatou Diallo

Colère et amertume
«Nous ne nous posons pas la question en ces termes, pour ne pas rentrer dans le schéma noir-blanc. Beaucoup de femmes blanches, noires et jaunes sont agressées sexuellement et ont les mêmes problèmes que Nafissatou. Dans cette affaire, rappelons qu’elle n’a pas été la seule à mentir. DSK a d’abord nié tout contact avec elle, c’était un mensonge aussi. Il a fallu que ses avocats reviennent là-dessus, pour dire que c’était une relation consentie. Les tabloïds ont fouillé la vie de Nafissatou, mais pas celle de DSK. Pourtant, les deux ne sont pas comparables! Il n’y a pas eu de justice, et je me sens très amère. Je suis amère pour ma soeur, qui n’a pas eu de chance. Elle est d’abord tombée sur des avocats véreux qui l’ont obligée à mentir pour avoir ses papiers. Et puis sur un autre avocat, Kenneth Thompson, qui la prend pour une bête de foire et qui pense à sa carrière plutôt qu’à la défense de sa cliente.»                  
                                                                                         
Nabbie Soumah, juriste et anthropologue d’origine guinéenne, installée en France, membre du comité de soutien Justice pour Nafissatou Diallo:

«En fait, elle n’a pas la chance d’être une noire Américaine. Ce procès me rappelle l’affaire Orenthal James «0.J.» Simpson (un ancien footballeur professionnel et acteur africain-américain accusé d'avoir assassiné son ex-épouse et le compagnon de celle-ci en 1994, avant d’être acquitté au pénal un an plus tard, puis reconnu coupable au civil en 1997, ndlr). Là aussi, l’affaire n’avait pas été jugée sur le fond, mais sur les positions de policiers accusés d’être racistes – trois ans après les émeutes raciales de Los Angeles. O.J. Simpson avait été «blanchi», si je peux m’exprimer ainsi, avec l’aide de Benjamin Brafman parmi ses avocats, à cause d’un détective blanc de la police de Los Angeles qui tenait des propos racistes et qui a été accusé d’avoir déposé des éléments incriminants pour l’accusé sur la scène du crime. On s’est focalisé sur les dépositions d’un policier et son usage du mot «nigger», pour mettre en doute sa crédibilité. Là aussi, on a mis en doute la crédibilité de Nafissatou Diallo, bien qu’elle ait menti sur des éléments qui n’ont rien à voir avec l’affaire. O.J. Simpson était un bourgeois qui ne s’intéressait pas aux conditions des Noirs, mais il a incarné le Noir qu’on cherche à abattre. Nafissatou, même si elle avait été grande et belle comme une Suédoise, n’aurait pas été plus avancée. Si elle avait été Américaine, le dénouement aurait été tout autre
Mamadou Niang, journaliste sénégalais, ancien producteur du bureau de France 2 à New York, à la tête de la société de production, Next Media, basée à New York:
«C’est plutôt la classe et la nationalité qui posent problème, et non le fait qu’elle soit noire. Au contraire, être une noire américaine aurait beaucoup plus joué en sa faveur dans l’appréciation du procureur. Il est indéniable que ses origines ethniques, sa nationalité guinéenne ont pesé énormément. S’il fallait fouiller dans les dossiers des immigrés, qu’ils soient Africains, Mexicains, Asiatiques, on se rendrait compte que dans 70% des cas, les gens sont obligés de mentir parce que ça paye. Sur un plan plus général, la question fondamentale est celle-ci: quelle confiance, quelle audace auront les femmes à attirer l’attention sur leur sort quand elles seront victimes de violences sexuelles?»
«En fait, la question raciale se pose plus en France qu’ici à New York, parce que le camp DSK s’en est servi, sur le mode: un homme blanc et riche a été lynché parce que cette Amérique bien pensante et moralisante a jugé bon de punir le blanc sur l’accusation de la noire déshéritée et pauvre. J’ai d’ailleurs lu une tribune du grand philosophe Pascal Bruckner dans Le Monde, qui dénonçait le 24 août cette Amérique moralisante, avec sa justice en panne, etc. Alors qu’au début de l’affaire, il a dit tout le contraire: il racontait que chaque fois qu’il rencontrait les femmes du Parti socialiste (PS), il leur faisait savoir que ce type n’appartenait pas à l’Elysée mais plutôt aux psychiatres... C’est tellement français, ce revirement incompréhensible! Ici, l’affaire est finie, terminée. C’est un peu désolant. Le camp de Nafissatou Diallo n’a pas été préparé à ce monumental déballage. Le document du procureur ressemble à du travail bien fait, qui a l’air de clore le débat. Du moins pour l’instant, en attendant d’éventuels rebondissements.»
Sabine Cessou

Missiles cruise à l’uranium appauvri sur la Libye. Une première étude d’impact sur l’environnement et la santé.

Les questions concernant l’Uranium  appauvri et sa toxicité ont parfois débordé, ces dernières années, du champ de la science. L’auteur [1] s’occupe de radioprotection depuis une vingtaine d’années et d’Uranium appauvri (ou Depleted Uranium, DU, qui sera utilisé aussi dans le texte, NdT) depuis 1999. Après une expérience de publication de travaux scientifiques dans des revues, actes de colloques internationaux et conférences en Italie sur l’uranium appauvri, cet article essaie de faire une estimation du possible impact sur l’environnement et la santé de l’emploi d’ uranium appauvri dans la guerre de Libye (2011). Des informations concernant son utilisation sont parues dans les organes d’information depuis le début du conflit [2].

Par ses caractéristiques physiques spécifiques, en particulier sa densité qui le rend extrêmement pénétrant, mais aussi son faible coût (l’uranium appauvri coûte à la production environ 2 $ au kilo) et la difficulté de le traiter en tant que déchet radioactif, l’uranium appauvri a trouvé d’excellentes modalités d’utilisation dans le domaine militaire.

S’il est traité de façon adéquate, l’alliage U-Ti (Uranium-Titane) constitue un matériau très efficace pour la construction de pénétrants à énergie cinétique, des barres métalliques denses qui peuvent perforer un blindage quand elles sont tirées sur celui-ci à vitesse élevée.

Le processus de pénétration pulvérise la plus grande partie de l’uranium qui explose en fragments incandescents (combustion violente à presque 5.000° C) quand il atteint l’air de l’autre côté du blindage perforé, en en augmentant l’effet de destruction. Cette propriété est appelée « pyrophoricité», comme, par exemple, la caractéristique du soufre des allumettes. Donc, outre la densité élevée, la pyrophoricité augmente l’intérêt de l’uranium appauvri pour ces applications, en particulier comme arme incendiaire (API : Armour Piercing Incendiary, c’est-à-dire pénétrateur d’armatures incendiaire).

Enfin, dans la phase d’impact sur l’objectif, la relative dureté de l’uranium appauvri (en alliage avec le Titane) fournit au projectile des capacités auto-affilantes : en d’autres termes, le projectile ne « s’aplatit pas » contre le blindage qu’il doit enfoncer, en formant une « tête plate » -comme le fait par exemple un projectile de Pb (plomb) -mais garde sa forme fuselée jusqu’à la fragmentation complète, sans donc perdre les propriétés de pénétration.

Sur le champ de bataille, le DU a sûrement été employé dans la Guerre du Golfe de 1991, pendant les bombardements OTAN/ONU sur la République Serbe de Bosnie en septembre 1995 ; sur la Yougoslavie au printemps 1999 ; dans notre siècle, pendant l’attaque contre l’Afghanistan puis, encore, en Irak en 2003.

L’utilisation de dispositifs au DU dans les guerres de Somalie et Bosnie centrale et centre-orientale (surtout dans de larges zones autour de Sarajevo) dans les années 1990, en Palestine et dans les polygones de tir de la compétence des forces militaires de l’OTAN, est pour le moment incomplètement documentée [3].

Parmi les armements qui emploient du DU, citons aussi le missile Cruise Tomahawk dont l’utilisation pendant la guerre des Balkans du printemps 1999, bien que non reconnue par l’OTAN a été confirmée par ce qui a été retrouvé sur place et par des sources de l’Union européenne [4].

Par ailleurs, dans le décalogue des officiers, remis à tous les hommes en uniforme expédiés au Kosovo, se trouvaient des recommandations à suivre à la lettre, concernant la présence d’uranium appauvri sur le territoire et en particulier dans les missiles Tomahawk. L’introduction indique ceci :

« Les véhicules et matériels de l’armée serbe au Kosovo peuvent constituer une menace contre la santé des militaires et des civils qui pourraient être à leur contact.  Les véhicules et les équipements trouvés détruits, endommagés ou abandonnés doivent être inspectés et manipulés seulement par du personnel qualifié. Les dangers peuvent dériver de l’uranium appauvri en conséquence des dommages dus à la campagne de bombardements OTAN, relativement aux engins touchés directement ou indirectement. En outre, les collimateurs contiennent du tritium  et les instruments et indicateurs peuvent être traités au vernis radioactif, dangereux  pour ceux qui accèderaient à ces engins pour les inspecter ». Suivent des conseils sur comment éviter l’explosion à l’UA. Textuellement : « Evitez tout engin ou matériel que vous suspectez avoir été frappé par des munitions contenant de l’uranium appauvri ou des missiles de croisière Tomahawk. Ne pas ramasser ou collecter des munitions avec DU trouvées sur le terrain. Informez immédiatement votre commandement sur l’aire que vous jugez contaminée. Où que vous soyez, délimitez la zone contaminée avec n’importe quel matériel trouvé sur place. Si vous vous trouvez dans une zone contaminée mettez, au minimum, le masque et les gants de protection. Procédez à la meilleure hygiène personnelle. Lavez fréquemment votre corps et vos vêtements ».

Les évaluations sur la quantité de DU utilisée dans les missiles divergent.

En particulier, elles varient, selon les diverses sources, entre des valeurs autour de 3kgs, pour aller par contre jusqu’à environ 400kgs. Voir en note la compilation des diverses sources qu’on peut trouver à ce sujet, assez importante pour faire une estimation de l’impact environnemental [5].

Les démentis prévisibles sur la présence d’uranium dans ces missiles peuvent être comparés à la compilation rapportée en bas de page, ainsi qu’aux sources d’origine militaire[6].

Cette grande variabilité dans les données peut facilement être expliquée. Certains Cruise sont à tête lestée à l’uranium appauvri, d’autres non. Ces autres aussi, cependant, ont de l’uranium appauvri : non pas dans la tête du missile mais dans ses ailes, comme stabilisateur pendant le vol.
  
Nous pouvons alors définir deux cas :

  - Hypothèse haute : Cruise à l’uranium dans la tête du missile. Nous retenons 400kgs de DU ;
   - Hypothèse basse : Cruise qui n’ont PAS d’uranium dans la tête. Nous retenons 3kgs de DU dans les ailes.


Calcul de l’impact environnemental et sur la santé

Dans la vaste littérature consacrée par l’auteur au problème de l’uranium appauvri [7] avait déjà été abordé un calcul de contamination radioactive à l’uranium du aux missiles Cruise : en particulier ceux lancés contre la Bosnie en 1995. L’étude est consultable aussi sur Internet, ainsi que sur la revue  scientifique Tribuna biologica e Medica [8] et [9].
  
Si l’on reprend les modèles utilisés dans l’article cité, on peut déduire quelle est la situation sur le terrain, sur les lieux d’inhalation, avec un calcul destiné seulement à asserter si, du moins dans un cas réaliste, l’ordre de grandeur des doses en jeu ne permet pas de négliger le problème.
  
Considérons l’impact d’un missile Cruise Tomahawk qui porte 3kgs (meilleur cas) ou 400kgs (pire cas) de DU.
  
L’impact produit un nuage de détritus de dimension variable, après combustion violente à environ 5.000°C. Les grains de poussière sont, comme on l’a dit, composés de particules  de dimensions dans un écart de [0.5 - 5] microns. Entre 500 à 1.000 mètres de l’impact on peut respirer des nuages de densité suffisante pour causer des doses significatives, composées de particules qui ont une masse d’environ 0.6 à environ 5 nanogrammes (6-50x10-10gr.). Une estimation a été effectuée selon le code de calcul de doses GEN II[10], en négligeant les effets dus à l’incendie et en considérant seulement l’exposition pour une inhalation d’une heure due à la dispersion simple du matériau, sans considérer certains facteurs qui pourraient faire ultérieurement augmenter l’exposition. En une heure on peut inhaler des grains de poussière radioactifs  provenant du nuage en quantités déjà notables.

Il convient de tenir compte du fait que de nombreux fluides-dynamiques du corps atmosphérique (direction et vitesse du vent, gradient vertical de la température, etc.) peuvent causer, dans des angles solides relativement petits, des concentrations de polluant de plusieurs ordres de grandeur supérieurs même à ceux qu’on aurait avec un calcul de dispersion uniforme, qui n’est pas compatible avec ce scénario. Le groupe critique, dans ce cas, se trouve être justement ces personnes « touchées » par le nuage de grains de poussière.
Un missile qui atteint l’objectif peut prendre feu et répandre des poussières oxydées dans l’environnement, selon l’estimation des probabilités qui sera faite dans ce travail.
   
Environ 70% du DU, contenus dans les missiles dont on suppose, étant « intelligents », qu’ils vont toujours au but, brûlent. La moitié environ de ceux-ci sont des oxydes solubles.
   
La granulométrie des particules constituant la poudre d’oxyde de DU appartient totalement aux poussières respirables, et des poussières ultrafines sont aussi  créées.  En particulier, le diamètre des particules est dans ce cas plus fin par rapport aux poussières d’uranium d’origine industrielle, communes dans le milieu de l’industrie nucléaire. On parle ici de la grande majorité des poussières contenue dans un écart de [1-10] micron, avec une partie significative de diamètre inférieur au micron.
  
Pour ce qui concerne le destin des poussières de DU dans le corps humain, la voie d’absorption principale est -on le sait- l’inhalation. Comme on l’a dit, une partie des poussières sont solubles et les autres sont insolubles dans les fluides corporels.
  
Etant données les caractéristiques des oxydes de DU d’origine militaire, il convient de relever de quelle manière leur comportement diffère par rapport aux poussières industrielles d’uranium. On peut en tous cas encore supposer, selon l’IRCP [11] qu’environ 60% de ce qui est inhalé se dépose dans l’appareil respiratoire, le reste étant expiré.
  
On peut retenir que 25% environ des particules de diamètre aux alentours d’1 micron sont retenues pendant une longue période dans les poumons, tandis que le reste se dépose dans les voies aériennes supérieures, passe dans l’appareil digestif et de là est éliminé pour la plus grande part à travers les voies urinaires, alors que de petites parties vont s’accumuler dans les os.
  
Des 25% de microparticules restées dans les poumons, la moitié environ se comporte comme un matériau de classe M selon l’ICRP, c’est-à-dire qu’elle est soluble lentement dans les fluides corporels, alors que le reste est insoluble.
  
Ce type de comportement et d’exposition n’a été étudié dans aucune situation précédente d’exposition à des alfas émetteurs dans les poumons, rencontrées en milieu civil. La modalité d’exposition est ainsi très différente de celles sur la base desquelles on a recueilli les équivalences doses-dommages en radioprotection.
  
Il n’est donc pas du tout correct -bien que cela constitue un point de référence- d’extrapoler des évaluations de risque par exposition à ce type de micropoussières radioactives depuis des données recueillies pour les mineurs d’uranium, ni même évidemment pour les personnes gravement irradiées de Hiroshima et Nagasaki.

Les standards de radioprotection de l’ICRP se fondent sur ces expériences, et par conséquent peuvent aboutir à des sous-estimations du risque dans ce cas.

   Quand on passe ensuite à d’autres types de toxicité que celle radiologique, il est alors plausible que :

 - vue la composante fine et ultrafine des poussières de DU d’origine militaire,

 - vue la toxicité chimique de l’uranium,

la contamination environnementale par des oxydes de DU d’origine militaire ait une toxicité et chimique et radiologique : il faut évaluer l’effet synergique de ces deux composantes.

En d’autres termes, la radioactivité et la toxicité chimique de l’uranium appauvri pourraient agir ensemble en créant un effet « cocktail » qui augmente ultérieurement le danger.

On doit ensuite mettre en relief le fait que le climat aride de la Libye favorise la dispersion dans l’air des particules d’uranium appauvri, qui pourront être respirées par des civils pendant des années. Le mécanisme principal d’exposition à moyen-long terme concerne la re-suspension de poussières et leur conséquente inhalation.
 
La méthodologie et les résultats relatifs à ce modèle ont déjà été publiés dans d’autres travaux de l’auteur[12] auxquels on renvoie en note. Ne sont ici mises en évidence que  les applications et variations au modèle appliqué et déjà publié, et en particulier :

-         le calcul d’engagement (semi vie, NDT) de dose est à 70 ans et non plus à 50 ans, selon ce qui est recommandé par l’ICRP.
-          On a utilisé des données actuellement approchées sur la distribution de la population autour des points d’impact, qui tiennent aussi compte de l’utilisation principale des projectiles au DU dans des zones peuplées.

Les résultats du modèle peuvent être résumés ainsi :

     - CEDE (Committed effective dose equivalent) (Dose collective) : 370 mSvp in 70 y, pour 1 kg de DU oxydé et répandu dans l’environnement.

     - CEDE annuelle maximale dans la première année (76 mSvp),  puis la seconde année (47 mSvp) et la troisième  (33mSvp).

     - La voie d’exposition est entièrement par inhalation des poussières. Les poumons sont l’organe cible (97.5% de la contribution à la CEDE).

      - Parmi les nucléides responsables, 83% de la CEDE l’est par U238 et 14% par U234. 

En ce qui concerne la quantité totale de DU oxydé répandu dans l’environnement, on part pour cette évaluation des données rapportées par la presse internationale : au premier jour de guerre, environ 112 missiles Cruise (Tomahawk) ont touché le sol libyen[13], et les missiles lancés pendant la première semaine de l’opération se montent à plus de 200. Combien de missiles seront  lancés avant la fin de la guerre ? Comme il ne nous est pas possible de le savoir, nous ferons une hypothèse tout à fait prudente d’environ 1.000 missiles lancés, et dans tous les cas les valeurs qui seront estimées seront variables par simple  proportion : par exemple, et dans le meilleur des cas, où seulement 200 missiles seraient finalement décomptés, les estimations retenues ici pourront simplement être divisées par cinq.

Si tous les missiles étaient « dépourvus » de DU, on aurait de toutes façons une quantité de :

1000 * 3  = 3000kgs = 3 Tonnes de DU (meilleur cas)

Si tous les missiles avaient une tête au DU, nous aurions une quantité jusqu’à

400.000kgs = 400 tonnes de DU.

On confrontera cette donnée avec les 10-15 tonnes de DU lancées sur le Kosovo en 1999 pour en évaluer la gravité.

Supposons qu’environ 70% de l’uranium  brûle et soit répandu dans l’environnement, arrivant ainsi à une estimation de la quantité d’oxydes de DU égale à environ 2,1 tonnes (meilleur cas)  et 280 tonnes (pire cas).

Ceci permet d’estimer par conséquent une CEDE (dose collective) pour toute la population équivalente à :

-  meilleur cas : 370 mSvp/kg * 2100  kg = 780 Svp environ.

- pire cas : 370 mSvp/kg * 280.000 kg = 104.000 Svp environ. 

Nous rappelons qu’il n’est pas correct -bien que cela constitue un point de référence- d’extrapoler des évaluations par exposition à ce type de micropoussières radioactives à partir des standards de radioprotection de l’ICRP, qui sont ceux adoptés par le code GEN II.

Si toutefois nous appliquons ici aussi le coefficient de 6% Sv-1 pour le risque d’apparition de tumeurs, nous obtenons environ :

- meilleur cas : environ 50  cas de tumeurs de plus, prévues en 70 ans.

- pire cas : environ  6200 cas de tumeurs de plus, prévues en 70 ans.


Conclusions


Les risques d’exposition à l’uranium appauvri de la population libyenne à la suite de l’utilisation de ce matériau dans la guerre de 2011 ont été évalués selon une approche la plus large possible, en essayant de tenir compte de certains résultats récents d’études dans ce secteur.
  
Ce type d’exposition n’a été étudié en aucune situation précédente d’exposition à des alphas récepteurs dans les poumons, rencontrée en milieu civil.
  
Toutefois, l’évaluation faite des doses et du risque conséquent aux deux situations (Cruise « sans uranium » ou « avec uranium ») permet de tirer certaines conclusions.
  
Dans le premier cas (meilleur cas) le nombre de tumeurs attendues est très exigu et absolument non significatif du point de vue statistique. Cette difficulté statistique - comme il est presque inutile de remarquer- n’a rien à voir avec une absolution de ce type de pratique, avec son acceptation, ou moins encore avec une assertion d’importance faible voire d’innocuité.

Dans le second cas (pire cas), par contre, nous sommes face à un nombre d’apparition de tumeurs de l’ordre de plusieurs milliers. Celles-ci pourraient clairement être relevables à un niveau épidémiologique et posent, sans aucun doute, une forte préoccupation.

Il convient, de ce fait, que les armées qui bombardent la Libye clarifient par des preuves certaines, et non par des assertions de commodité,  la présence ou pas, et en quelles quantités, d’uranium appauvri dans leurs missiles.

Dans le passé, il y a eu des « démentis officiels » de la présence d’uranium dans les missiles Cruise[14], mais ceux-ci provenant de milieux militaires, l’auteur se permet de les considérer, pour le moins, avec une certaine prudence.

Sur la base des données qui sont à notre disposition, les estimations sur l’évolution des cas de tumeurs dans les prochaines années en Libye, à cause de cette pratique  totalement injustifiée, sont absolument préoccupantes. La discussion sur l’incidence relative de chacun des agents tératogènes utilisés dans une guerre (chimiques, radioactifs, etc.) nous semble -à un certain niveau- peu significative et même, qu’on nous le permette pour conclure, peu respectueuse d’une donnée de fait : les morts en Libye à cause de cette attaque dépassent et dépasseront de loin n’importe quel chiffre qui puisse un jour être défini comme « le prix à payer ».

Il est important, enfin, de recueillir des données et des études -et il y en a beaucoup- dans le domaine des effets des « nouvelles guerres » sur l’homme et  l’environnement ; il faut montrer comment nos armes modernes, nullement chirurgicales, produisent des dommages inacceptables ; il faut étudier ce qu’ont causé, aux hommes et à l’environnement qui les ont subies, les guerres « humanitaires » à partir de 1991.
  
Publié le 21 mars 2011 sur le site ComeDonChisciotte,
Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio. 
Le missile Tomahawk utilisé ces jours-ci contre la Libye, est un exemplaire de la classe Cruise.
Source : Mondialisation.Ca