" La répression politique a plutôt
concerné les militants de gauche, en les interpellant, en les enlevant. Deux
cent syndicalistes ou pagsistes (militants du PAGS) ont été sauvagement
torturés à la veille du 5 octobre"
« NOUS ne craignons personne. Les communistes et les
syndicalistes sont nos seuls ennemis, et nous les avons matés. Il n'y a aucun
risque d'Intifada en Algérie... » C'est ainsi qu'en janvier 1988 l'un des
patrons de la Sécurité militaire résumait à une délégation palestinienne la
situation politique intérieure. Quelques mois plus tard, le 4 octobre au soir,
débutaient des émeutes d'une incroyable violence. Elles s'amplifieront le
lendemain et plongeront, durant plusieurs jours, Alger puis d'autres villes
dans un chaos sans égal depuis l'indépendance. En intervenant pour rétablir
l'ordre, l'armée fait plusieurs centaines de victimes. Le traumatisme de la
société est d'autant plus profond que des dizaines de jeunes sont sauvagement
torturés après leur arrestation.
Le 5 octobre 88, en vérité, n'était que le débouché
d'une vague de contestations populaires et de grèves ouvrières observées dans
beaucoup d'usines depuis le début de la décennie auquel s’ajoutent le mouvements de contestation
estudiantins qu'ont connus certaines universités algériennes et qui
traduisaient déjà le malaise qui couvait dans le pays.
En effet, tous les ingrédients, étaient réunis et les
signes avant-coureurs d'une explosion populaire étaient perceptibles des mois
voire des années à l'avance.
Octobre 88 n'est pas arrivé comme ça : il y a d'abord
eu le printemps berbère de 1980, les manifestations des femmes contre le code
de la famille en 1982, le mouvement social dans des villes de l'intérieur comme
Sétif et Constantine en 1986, la grève ouvrière de 1987... Puis le potentiel de
cette violence enkystée a grandi et a explosé parce qu'il n'a pas trouvé de
réponse de la part de l'Etat.
En 1988, la révolte de la jeunesse d'Alger, était en
substance l’expression d’une vague de grèves ouvrières commencée à SNVI
(Société Nationale de Véhicules Industriels) de Rouiba le 3 juillet et reprise
en septembre. D’un atelier combatif à l’ensemble du complexe industriel, de
celui-ci à l’ensemble de la zone industrielle de Rouiba, les grèves s’étaient
étendues, par contagion, d'abord à la zone industrielle de Oued Smar puis à la
zone d’El Harrach puis enfin aux unités industrielles d’Hussein dey, Belcourt
et Alger centre.
Tout a commencé la veille, le 4 octobre, quant des
jeunes sont sortis dans la rue pour crier leur ras-le-bol et un avenir sans
perspective, et ce, en s’en prenant à tout ce qui symbolisait l’Etat : édifices
publics - surtout les fameux souks el-fellah (supermarchés) et les sièges du
FLN, le Front de libération nationale, le Parti unique.
Après ces affrontements du 4 octobre à Bachdjarah et
Bab el Oued, toujours à Alger, des manifestations violentes surviennent
mercredi 5 octobre dans la matinée à Alger centre et s’étendent-en après midi
aux quartiers périphériques. Jeudi matin, toute la Mitidja, à quelques kilomètres
d'Alger, est en mouvement notamment dans les sites de recasement des victimes
de l’opération «débidonvillisation».
Vendredi Soir, à la TV, Khediri, ministre de
l’intérieur, reconnaît son impuissance devant une révolte devenue nationale. La
répression s'est acharnée sur les adolescents, bastonnés, violés, castrés,
assassinés...
Cette répression a nourri la rage inextinguible des
jeunes qui a chanté ses martyrs et construit ses comités de quartier à Ain
Taya, Bab el Oued, Ain Bénian, Dély Brahim etc.… Ni les brigades antiémeutes,
ni le déploiement de l’armée, ni les tireurs mystérieux n’ont empêché les
manifestations quotidiennes qui n'ont cessé qu'après la promesse de réformes
politiques concédée par Chadli le 10 octobre, au soir des tirs meurtriers
devant la DGSN, à Alger centre.
Le lendemain, le 5 octobre, toute la capitale était
assiégée par une population en furie qui voulait en finir avec un système
politique qui ne répondait pas à ses aspirations. Vu l’ampleur des dégâts et de
la protestation, l’état de siège fut décrété le 6 octobre à Alger. Toutefois,
le mouvement de protestation reprend avec la destruction de plusieurs
commissariats et autres édifices publics et se propage à d’autres wilayas, à
l’instar de Blida qui est à quelques encablures d'Alger et Bordj Bou-Arréridj
dans l'Est du pays.
Des groupes de jeunes affrontent les forces de l’ordre
qui essayaient de maîtriser la situation, alors qu’à Ouargla et Djelfa, dans le
Sud, c’était le début des émeutes.
Les premiers morts sont enregistrés. Le 10 octobre, une
marche improvisée et encadrée par le courant islamiste, à Bab El-Oued, a été
réprimé par l’armée.
De nombreux morts ont été enregistrés. Etant donné que
l’ébullition populaire ne cessait de prendre des propensions alarmantes, le
président Chadli lance un appel au calme dans un discours télévisé dans la
soirée du même jour. Deux jours après, le 12 octobre, le président Chadli
annonce un référendum constitutionnel qui a donné naissance à l’ouverture
démocratique.
En somme, le 5 Octobre 1998 était le résultat du
cheminement de tout un processus de luttes populaires pour le changement,
conjugué au marasme social. En d’autres termes, comme l’a si bien expliqué le
sociologue M’hamed Boukhobza, «c’est l’évolution des rancœurs vers la rupture».
En octobre 1988, commençait une nouvelle période dans
l'histoire contemporaine algérienne. Ce mois là de violentes émeutes, à travers
tout le pays, allait entrainer l'effondrement du système du parti unique (FLN)
qui, avec l'armée, encadrait de manière autoritaire la société algérienne. Un
an avant la chute du mur de Berlin de novembre 1989...
Le Bureau politique du FLN condamne « des
irresponsables », « manipulés par des commanditaires occultes ».
Le journal El Moudjahid titre « Halte au vandalisme «.
Dans une interview à Radio-Beur, en France, le président de l'Amicale des
Algériens en Europe (organisation du FLN), Ali Ammar, déclare: « C'est un
chahut de gamins qui a dérapé, un point c'est tout. « Ce même jour, l'élément
principal, nouveau, est l'entrée en scène des islamistes. Dans le quartier
Belcourt, à l'issue de la prière du vendredi, un cortège de 7 000 à 8 000
sympathisants islamistes se heurte aux forces de l'ordre. Le soir du 10
Octobre, Chadli Bendjedid prononce un discours à la télévision. Une voix off
l'interrompt: « 33 morts à Bab-el-Oued. ».
Sur l'origine de ces émeutes, les thèses les plus
contradictoires s'affrontent encore, mais Octobre 1988 offre avant tout la
preuve sanglante que les dirigeants, quel que soit leurs clans , ne connaissent
pas leur propre peuple, à l'image des colons français qui étaient incapables de
déceler les mutations des sociétés indigènes qu'ils asservissaient.
Une semaine après les émeutes, un bilan provisoire fait
état de plus de 500 morts en Algérie (dont 250 à 300 à Alger), des milliers
d'arrestations ont été opérées.
Certains chiffres, émanant, semble-t-il, de milieux
hospitaliers, font état de 14300 blessés dont 5000 par balles et de 850 morts
dont 670 par balles.
5 octobre 1988 – 5 octobre 2019 : ON
ENTERRE LE RÊVE !
Nos jeunes se sont soulevés, des morts, des
torturés, des mutilés à vie, s’en est suivie une démocratie de façade qui a
plongé le pays dans un deuil perpétuel, seuls les véreux ont profité de la situation,
le fleuve a été détourné une seconde fois !
Il a été détourné et les rêves de la
jeunesse avec !