vendredi 5 octobre 2018

Algérie – Octobre 88 : On a beau travestir ou pervertir la teneur de cette révolution, elle restera une date marquante de l'histoire de l’Algérie.



" La répression politique a plutôt concerné les militants de gauche, en les interpellant, en les enlevant. Deux cent syndicalistes ou pagsistes (militants du PAGS) ont été sauvagement torturés à la veille du 5 octobre"

« NOUS ne craignons personne. Les communistes et les syndicalistes sont nos seuls ennemis, et nous les avons matés. Il n'y a aucun risque d'Intifada en Algérie... » C'est ainsi qu'en janvier 1988 l'un des patrons de la Sécurité militaire résumait à une délégation palestinienne la situation politique intérieure. Quelques mois plus tard, le 4 octobre au soir, débutaient des émeutes d'une incroyable violence. Elles s'amplifieront le lendemain et plongeront, durant plusieurs jours, Alger puis d'autres villes dans un chaos sans égal depuis l'indépendance. En intervenant pour rétablir l'ordre, l'armée fait plusieurs centaines de victimes. Le traumatisme de la société est d'autant plus profond que des dizaines de jeunes sont sauvagement torturés après leur arrestation.
Le 5 octobre 88, en vérité, n'était que le débouché d'une vague de contestations populaires et de grèves ouvrières observées dans beaucoup d'usines depuis le début de la décennie auquel  s’ajoutent le mouvements de contestation estudiantins qu'ont connus certaines universités algériennes et qui traduisaient déjà le malaise qui couvait dans le pays.
En effet, tous les ingrédients, étaient réunis et les signes avant-coureurs d'une explosion populaire étaient perceptibles des mois voire des années à l'avance.
Octobre 88 n'est pas arrivé comme ça : il y a d'abord eu le printemps berbère de 1980, les manifestations des femmes contre le code de la famille en 1982, le mouvement social dans des villes de l'intérieur comme Sétif et Constantine en 1986, la grève ouvrière de 1987... Puis le potentiel de cette violence enkystée a grandi et a explosé parce qu'il n'a pas trouvé de réponse de la part de l'Etat.
En 1988, la révolte de la jeunesse d'Alger, était en substance l’expression d’une vague de grèves ouvrières commencée à SNVI (Société Nationale de Véhicules Industriels) de Rouiba le 3 juillet et reprise en septembre. D’un atelier combatif à l’ensemble du complexe industriel, de celui-ci à l’ensemble de la zone industrielle de Rouiba, les grèves s’étaient étendues, par contagion, d'abord à la zone industrielle de Oued Smar puis à la zone d’El Harrach puis enfin aux unités industrielles d’Hussein dey, Belcourt et Alger centre.
Tout a commencé la veille, le 4 octobre, quant des jeunes sont sortis dans la rue pour crier leur ras-le-bol et un avenir sans perspective, et ce, en s’en prenant à tout ce qui symbolisait l’Etat : édifices publics - surtout les fameux souks el-fellah (supermarchés) et les sièges du FLN, le Front de libération nationale, le Parti unique.
Après ces affrontements du 4 octobre à Bachdjarah et Bab el Oued, toujours à Alger, des manifestations violentes surviennent mercredi 5 octobre dans la matinée à Alger centre et s’étendent-en après midi aux quartiers périphériques. Jeudi matin, toute la Mitidja, à quelques kilomètres d'Alger, est en mouvement notamment dans les sites de recasement des victimes de l’opération «débidonvillisation».
Vendredi Soir, à la TV, Khediri, ministre de l’intérieur, reconnaît son impuissance devant une révolte devenue nationale. La répression s'est acharnée sur les adolescents, bastonnés, violés, castrés, assassinés...
Cette répression a nourri la rage inextinguible des jeunes qui a chanté ses martyrs et construit ses comités de quartier à Ain Taya, Bab el Oued, Ain Bénian, Dély Brahim etc.… Ni les brigades antiémeutes, ni le déploiement de l’armée, ni les tireurs mystérieux n’ont empêché les manifestations quotidiennes qui n'ont cessé qu'après la promesse de réformes politiques concédée par Chadli le 10 octobre, au soir des tirs meurtriers devant la DGSN, à Alger centre.
Le lendemain, le 5 octobre, toute la capitale était assiégée par une population en furie qui voulait en finir avec un système politique qui ne répondait pas à ses aspirations. Vu l’ampleur des dégâts et de la protestation, l’état de siège fut décrété le 6 octobre à Alger. Toutefois, le mouvement de protestation reprend avec la destruction de plusieurs commissariats et autres édifices publics et se propage à d’autres wilayas, à l’instar de Blida qui est à quelques encablures d'Alger et Bordj Bou-Arréridj dans l'Est du pays.
Des groupes de jeunes affrontent les forces de l’ordre qui essayaient de maîtriser la situation, alors qu’à Ouargla et Djelfa, dans le Sud, c’était le début des émeutes.
Les premiers morts sont enregistrés. Le 10 octobre, une marche improvisée et encadrée par le courant islamiste, à Bab El-Oued, a été réprimé par l’armée.
De nombreux morts ont été enregistrés. Etant donné que l’ébullition populaire ne cessait de prendre des propensions alarmantes, le président Chadli lance un appel au calme dans un discours télévisé dans la soirée du même jour. Deux jours après, le 12 octobre, le président Chadli annonce un référendum constitutionnel qui a donné naissance à l’ouverture démocratique.
En somme, le 5 Octobre 1998 était le résultat du cheminement de tout un processus de luttes populaires pour le changement, conjugué au marasme social. En d’autres termes, comme l’a si bien expliqué le sociologue M’hamed Boukhobza, «c’est l’évolution des rancœurs vers la rupture».
En octobre 1988, commençait une nouvelle période dans l'histoire contemporaine algérienne. Ce mois là de violentes émeutes, à travers tout le pays, allait entrainer l'effondrement du système du parti unique (FLN) qui, avec l'armée, encadrait de manière autoritaire la société algérienne. Un an avant la chute du mur de Berlin de novembre 1989...
Le Bureau politique du FLN condamne « des irresponsables », « manipulés par des commanditaires occultes ».
Le journal El Moudjahid titre « Halte au vandalisme «. Dans une interview à Radio-Beur, en France, le président de l'Amicale des Algériens en Europe (organisation du FLN), Ali Ammar, déclare: « C'est un chahut de gamins qui a dérapé, un point c'est tout. « Ce même jour, l'élément principal, nouveau, est l'entrée en scène des islamistes. Dans le quartier Belcourt, à l'issue de la prière du vendredi, un cortège de 7 000 à 8 000 sympathisants islamistes se heurte aux forces de l'ordre. Le soir du 10 Octobre, Chadli Bendjedid prononce un discours à la télévision. Une voix off l'interrompt: « 33 morts à Bab-el-Oued. ».
Sur l'origine de ces émeutes, les thèses les plus contradictoires s'affrontent encore, mais Octobre 1988 offre avant tout la preuve sanglante que les dirigeants, quel que soit leurs clans , ne connaissent pas leur propre peuple, à l'image des colons français qui étaient incapables de déceler les mutations des sociétés indigènes qu'ils asservissaient.
Une semaine après les émeutes, un bilan provisoire fait état de plus de 500 morts en Algérie (dont 250 à 300 à Alger), des milliers d'arrestations ont été opérées.
Certains chiffres, émanant, semble-t-il, de milieux hospitaliers, font état de 14300 blessés dont 5000 par balles et de 850 morts dont 670 par balles.
5 octobre 1988 – 5 octobre 2019 : ON ENTERRE LE RÊVE !
Nos jeunes se sont soulevés, des morts, des torturés, des mutilés à vie, s’en est suivie une démocratie de façade qui a plongé le pays dans un deuil perpétuel, seuls les véreux ont profité de la situation, le fleuve a été détourné une seconde fois !
Il a été détourné et les rêves de la jeunesse avec !