2 mois après le début du chaos syrien, Obama reconnaît
au micro de la CBN News que son chef du renseignement James Clapper a
sous-estimé la menace djihadiste en Syrie. 42 mois et 200.000 morts plus tard,
il serait sans doute temps de se réveiller...
Nous le disons depuis 42 mois. La révolution syrienne
n’en est pas une. Il s’agit d’une contre-révolution pressée d’abattre le pire
peut-être mais aussi et surtout le meilleur de la Syrie moderne.
Ce printemps de l’Apocalypse a dès ses premières
manifestations, affiché sa volonté de détruire la nation syrienne, la
citoyenneté syrienne, la culture syrienne, la civilisation syrienne et la résistance
syrienne à Israël.
Nous étions les premiers à observer que la Syrie était
déjà une société clivée non pas sur base confessionnelle mais sur base
idéologique bien avant 2011 entre d’une part une population urbaine ou
littorale, patriote, éduquée, multiconfessionnelle, tournée vers le monde et
une autre population suburbaine, rétrograde, mono-confessionnelle et tournée
vers la péninsule arabique.
Bien avant 2011, nous avons pu constater de visu
l’extinction du paradigme baassiste dans cette Syrie profonde où très vite, le
djihad armé a pu installer ses quartiers.
Dans cette Syrie-là, depuis la nuit des temps,
l’alaouite est considéré comme un impur.
Dans cette Syrie-là, on ne salue pas l’alaouite. Sa
main est jugée impure, sa nourriture est impure, sa descendance est impure.
Dans cette Syrie-là, tous les malheurs du pays, tous
les manquements, les abus et les crimes de l’Etat sont imputés aux alaouites.
Dans cette Syrie-là, le mythe du complot alaouite à la
tête de l’Etat syrien, de l’alaouite fourbe qui contrôle tout et tout le monde
ont la cote.
Dans cette Syrie-là, les alaouites sont tenus
collectivement responsables de la sanglante opération de Hama menée en 1982 par
l’armée nationale en représailles à un massacre commis par les Frères musulmans
contre les sunnites baassistes de la ville.
Dans cette Syrie-là, dès avril 2011, les manifestants
reprenaient en chœur des slogans génocidaires comme « les alaouites au tombeau,
les chrétiens à Beyrouth » (El alawiy ‘al tabout wal massihiye la Beyrouth) ou
encore « Pacifistes, pacifistes, jusqu’à l’extermination des alaouites ».
Tout cela, les médias inféodés à l’Elysée ou à la
Maison Blanche ne vous l’ont pas dit ni montré.
Comme on ne vous a pas montré les rassemblements
patriotiques monstres où des centaines de milliers de sunnites, alaouites,
chrétiens, chiites, Arméniens, Arabes, Kurdes et Turkmènes manifestaient main
dans la main contre le faux « printemps syrien ».
Quant à la « bobosphère » française qui hurle au
moindre début de soupçon de préjugé antisémite, elle a totalement ignoré les
ratonnades et lynchages anti-alaouites qui précédèrent la campagne actuelle
d’extermination de cette minorité syrienne.
Leur historien préféré Jean-Pierre Filiu a osé déclarer
qu’il n’y avait « pas un seul djihadiste en Syrie » en mars 2011 (Antoine
Ajoury, L’Orient le Jour, 28 août 2014).
Ainsi donc, selon le grand « spécialiste », cette Syrie
qui cumule toutes les « vices » de la « mécréance », à la fois laïque,
nationaliste et peuplée de « minorités infidèles » et qui de surcroît fut le
berceau du califat omeyyade, aurait été délaissée par les djihadistes alors que
tous ses voisins en regorgeaient (Al Qaïda au pays des deux fleuves en Irak, El
Kaide Türkiye Yapilanmasi en Turquie, Asbat al Ansar, Fatah al Islam, Jund al
Cham au Liban, Brigades Tawhid et Jihad en Palestine etc).
Plus fou encore, ces mêmes « experts » qui prétendent
qu’il n’y avait « pas un seul djihadiste en mars 2011 » vous disent également
qu’Assad les a libérés en 2011 pour « pervertir la révolution syrienne ».
Il eut sans doute été utile de leur demander un minimum
de cohérence.
Piégés par leurs propres contradictions, ces «
syrianologues » ont tardivement avoué du bout des lèvres que les djihadistes
étaient bien là mais marginaux. Puis ils ont inventé une connexion entre Assad
et les djihadistes.
Et enfin, quand leur propagande a été démasquée, ces
mêmes « experts » ont tenté de nous convaincre que le calife Baghdadi est moins
pire qu’Assad.
De son côté, incapable de mener la lutte des classes
dans son propre pays, l’extrême-gauche française s’est réfugiée dans son monde
imaginaire, s’inventant une lutte des classes entre une dictature bourgeoise
cupide et un peuple opprimé vibrant au son de l’Internationale, confondant
Brigades internationales antifranquistes et eurodjihadistes, les nouveaux SS
mobilisés sur le Front de l’Est.
Or, contrairement aux affabulations des groupes
trotskistes européens, le conflit syrien n’a jamais épousé les lignes des
fractures sociales. On trouve en effet prolétaires et bourgeois, ouvriers et
paysans de part et d’autre de la ligne de front. Quant aux prolétaires qui
combattent dans les rangs djihadistes, ils sont loin, très loin de lutter pour
l’instauration d’un paradis ouvrier.
42 mois et 200 000 morts plus tard, il serait sans
doute temps de se réveiller.
Certes des milliers de démocrates honorables ont dès le
début du mouvement, lutté avec courage pour mettre fin à la dictature baassiste
avec la volonté sincère de créer un gouvernement civil.
Mais dès le début, ces militants ont été doublés par
des djihadistes revanchards rêvant d’exterminer les non-musulmans et d’ériger
un califat.
Les premiers n’avaient guère les compétences
organisationnelles requises, ni les moyens humains de leurs ambitions.
Quant aux seconds, ils avaient le peuple de la Syrie
profonde avec eux, l’argent des Etats et des donateurs du Golfe et les armes de
l’Occident.
En somme, depuis 42 mois, hélas, les démocrates syriens
anti-Assad en costume cravate que l’on promène devant nos caméras servent en
fait de cache-sexe aux bourreaux de la Syrie plurielle.
Et voilà que 42 mois après le début du chaos syrien,
Obama reconnaît au micro de la CBN News que son chef du renseignement James
Clapper a sous-estimé la menace djihadiste en Syrie.
De qui se moque-t-on ?
D’abord des 200 000 martyrs de la guerre de Syrie. De
320 millions de citoyens américains. De milliards de musulmans et des
chrétiens.
En fait, de l’humanité toute entière désormais confrontée à une
nouvelle guerre de 100 ans.
Bahar Kimyongür
