vendredi 10 mai 2013

Iran : la révolte des travailleurs


Le mouvement ouvrier iranien a une longue histoire derrière lui. Les ouvriers du pétrole, par exemple, ont joué un rôle non négligeable dans la chute du Shah en 1979. Les travailleurs engrangèrent ensuite des acquis avec le nouveau régime, comme la semaine de 40 h et la création d’un droit à l’allocation logement. Mais la guerre entre l’Iran et l’Irak entre 1980 et 1988 fit obstacle au développement de l’action syndicale, tandis que les partis de gauche qui avaient pris part à la révolution étaient démantelés, avec l’exécution de près de 30.000 opposants.
A la fin de la guerre, le gouvernement Rafsanjani inaugure le virage libéral du pays. Les importations ont mis à mal l’industrie locale, tandis que les programmes de privatisations ont profité aux membres du pouvoir et à leurs proches, sur fond de développement de la corruption. La politique libérale est poursuivie par les gouvernements qui se sont succédés ; Ahmadinéjad accélère la privatisation et s’attaque aux subventions des produits de première nécessité (essence, gaz, électricité, eau et aliments de base).
Répression et persistance des luttes
Le pouvoir favorise l’instauration de « Conseils islamiques du Travail » et de « Maisons des travailleurs », en lieu et place des syndicats qui n’ont plus droit de cité, même si leur création reste théoriquement possible selon la constitution. Le mouvement ouvrier est également affaibli par l’instauration de la précarité : les travailleurs sont embauchés sous des contrats temporaires, souvent par des entreprises de main-d’œuvre qui servent d’intermédiaire avec l’employeur réel.
Malgré une féroce répression, des syndicats indépendants font leur apparition pour répondre aux besoins des travailleurs de se défendre. Les leaders syndicaux sont emprisonnés, quelquefois libérés sous la pression internationale, suite aux campagnes de solidarité menés par le mouvement syndical international. C’est notamment le cas de Mansour Onsanlo, du syndicat des autobus de Téhéran (VAHED).
Plusieurs syndicalistes sont actuellement incarcérés, condamnés à de longues peines : Pedram Nasrollahi, Shahrokh Zamani, Reza Shahabi, Mohammad Jarahi, Behnam Ebrahimzadeh, Rasoul Bodaghi, Abdolreza Ghanbari, ce dernier étant passible de la peine de mort. Ces militants subissent mauvais traitements et tortures.
Récemment, des boulangers de la ville kurde de Sanandaj ont été arrêtés, pour avoir tenté d’organiser leurs collègues de travail. Plus couramment, les travailleurs qui tentent de porter des revendications collectives auprès de l’employeur sont purement et simplement licenciés.
Mais cette répression brutale n’a jamais suffi à étouffer totalement les efforts des travailleurs pour améliorer leur sort. A « Saaveh Rolled Tubes and Profile finally », une usine de composants métallurgiques, les travailleurs sont en lutte pour l’amélioration de leurs conditions de travail. Cette usine produit essentiellement pour l’exportation, se fait payer en devises fortes, et paye à ses ouvriers des salaires de misère. L’entreprise, qui fait des profits considérables, a ouvert de nouvelles usines en Iran, mais aussi en Grande-Bretagne et en Allemagne. En 1996, les travailleurs commencent à dénoncer leurs conditions de travail, responsables d’accidents du travail et de maladies professionnelles mortels. Une assemblée du personnel demande des améliorations techniques et de sécurité, ainsi que le droit d’avoir leur propre organisation. Douze représentants sont élus pour négocier ces revendications avec les propriétaires : ils sont licenciés dès le lendemain. Nouvelle tentative en 2006, après des mois de lutte, une pétition signée du personnel sur les mêmes revendications : les protestataires sont également licenciés immédiatement. Pour autant le combat n’est pas abandonné, mais déplacé sur un autre terrain : en octobre 2012, ils obtiennent des autorités qu’elles classent les 23 énormes ateliers de « Saaveh Rolled Tubes and Profile finally » dans la catégorie des établissements dangereux. Ce n’est qu’une étape dans la lutte, car l’employeur use de tous les moyens pour ne pas procéder aux aménagements nécessaires, et les travailleurs devront encore maintenir la pression pour parvenir à des résultats concrets.
Dans la pétrochimie, les salariés ont mené en octobre une grève d’avertissement pour obtenir la concrétisation des promesses qui leur ont été faites : la suppression des intermédiaires et des entreprises de main-d’œuvre « parasites ». En novembre, Bandar Imam Petrochemical Complex accepte la revendication des travailleurs de se passer d’intermédiaires et de signer des contrats directement avec les travailleurs.
Fin avril, la police intervient pour débloquer l’entrée d’une usine de cuivre : les salariés entendent protester contre le non respect des promesses qui leur sont faites, à savoir l’embauche directe et pérenne des travailleurs sous contrat précaire. Dix-huit mois plus tard rien n’a bougé. La lutte continue désormais à l’intérieur de l’usine.
Les coupeurs de canne saisonniers sont également dans une bataille de longue durée pour la reconnaissance de leurs droits. En octobre, 2000 coupeurs se mettent en grève, faisant suite à d’autres actions menées au cours de l’année, pour protester contre la faiblesse de leur salaire et le retrait de leur assurance retraite, et exiger la prise en compte de leur métier dans la classification nationale du travail, et. La revendication de la retraite est d’ailleurs commune à l’ensemble des 12.000 salariés de « Karoon Industrial Agriculture », de la région du Khouzistan, et de bien des travailleurs en Iran !
Signe de la crainte du pouvoir : depuis 2007 le pouvoir n’a plus autorisé aucun défilé pour le premier mai.
L’explosion du chômage et des arriérés de salaire
L’économie iranienne est prise en étau entre l’extraversion de son économie et les sanctions dont elle fait l’objet par la communauté internationale. L’inflation monte dangereusement depuis plusieurs mois.
Les salariés sont confrontés à des baisses de salaires et à des licenciements. Selon une étude du centre de recherche du parlement iranien, la production des entreprises a décru de 40% et l’emploi a diminué de 36%, tandis que le coût des matières premières a augmenté considérablement.­­ Les impayés de salaires explosent actuellement en Iran, déclenchant la colère des travailleurs qui n’ont plus désormais rien à perdre. L’Etat se révèle aussi mauvais payeur que le privé. Tous les secteurs et toutes les régions sont concernés. Les centres industriels, comme celui de Kaveh à proximité de Téhéran, sont sérieusement affectés.
Dix- huit mois de retard pour les ouvriers de l’usine à sucre d’Ahwaz, qui vient d’arrêter la production et de licencier ses ouvriers, à l’exception des techniciens de maintenance. Cette usine appartient à une banque, et pour l’instant personne ne se soucie des 500 salariés de l’usine, pas plus que de l’avenir des 2000 emplois induits. Absence de salaires également depuis 28 mois à l’usine textile de Mazanadaran : les salariés mettent en cause une « privatisation incontrôlée ». Les situations de salaires impayés se multiplient dans toute l’industrie manufacturière, le secteur de la métallurgie n’est pas épargné.
Des arriérés de salaires provoquant des arrêts de travail et des manifestations sont signalés l’agriculture et l’agro-alimentaire.
Les impayés provoquent l’arrêt des chantiers de travaux publics, en autre de construction de barrages, à Azad dans le Kurdistan, à Banir dans le Marivan, à Derek.
Les travailleurs afghans pris en otages
De nombreux afghans se sont établis en Iran, soit pour trouver un travail, soit pour fuir la guerre. Ils seraient 2,4 millions à occuper dans ce pays les postes les plus précaires et les plus dangereux. Certains sont arrivés illégalement, en payant de fortes sommes à des passeurs qui les aident à traverser la frontière.
Mais du fait de l’influence américaine en Afghanistan, de la rivalité régionale des deux pays, et du délabrement de l’économie iranienne, ces migrants ne sont plus vus d’un bon œil par le pouvoir qui n’hésite pas à en faire une monnaie d’échange. En mai 2012, l’Iran a menacé l’Afghanistan d’expulser tous ses ressortissants présents sur son territoire si ce pays signait un pacte de sécurité stratégique avec les Etats-Unis.
En attendant, tous les Afghans sans papier sont en voie d’expulsion ; selon l’agence de l’ONU qui les assiste à leur retour en Afghanistan, ils seraient près de 200.000 à être rentrés dans leur pays d’origine contraints et forcés. Sur les chantiers de construction où ils étaient employés en Iran, il arrivait qu’ils soient payés en opium ; certains en sont devenus dépendants, d’autres se livrent au trafic de drogue une fois rentrés au pays.
En Iran, les afghans doivent faire face à de nombreuses restrictions : ils ne peuvent résider que dans certaines provinces (12 sur 31), certains métiers leur sont interdits.
Par ailleurs, le gouvernement iranien a décidé de mettre fin au statut de réfugiés pour 700.000 afghans à l’horizon de mars 2015.
La résistance s’organise
En 2004 se crée le « Comité de coordination pour aider à la création d’organisations ouvrières » à partir de syndicats actifs engagés dans des luttes, comme le syndicat des autobus de Téhéran ou le syndicat de la sucrerie Haft-Tappeh. En 2012, ce comité dénonce des projets visant à réduire la protection sociale : recul de 5 ans de l’âge de départ à la retraite, augmentation des cotisations salariales, et d’autres mesures qui n’ont pas encore filtré de l’opacité où ces plans s’élaborent. Le Comité alerte les travailleurs et les appelle à se mobiliser.
Durant le deuxième semestre 2012, une pétition demandant une augmentation immédiate des salaires pour faire face à l’inflation et la suppression des articles régressifs de la nouvelle loi sur le travail recueille 30.000 signatures. Les organisateurs de la pétition ont organisé un sit-in aux abords du parlement. Ils ont pu être reçus par le président de la commission des affaires économiques du parlement pour discuter de la situation désastreuse à laquelle les travailleurs doivent faire face.
Cette détermination semble porter ses fruits. Le 24 avril, la plainte déposée par les travailleurs relative au salaire minimum fixé par le ministre du travail a été reçue par la Cour suprême d’administration (l’équivalent de notre conseil d’Etat). Les travailleurs font valoir que le salaire minimum doit être fixé en fonction de l’inflation, or celle-ci est de 30% selon la Banque centrale iranienne, alors que l’augmentation prévue pour le salaire minimum n’est que de 25%. Cette revendication est d’autant plus sensible que pour les travailleurs le taux réel de l’inflation est bien supérieur à celui fixé par la Banque centrale. Pour la soutenir, cent conseillers municipaux ont lancé une pétition demandant au gouvernement de reconnaître les légitimes revendications des travailleurs.
Une campagne très active à l’encontre du projet de loi sur le droit du travail, très défavorable aux travailleurs, a été menée tambour battant par des militants et les syndicats les pus actifs. Le texte a été décortiqué et sa nocivité démontrée, et l’opinion publique est convaincue de la dangerosité de ce projet. Le parlement iranien en a tenu compte en rejetant ce texte en l’état. C’est déjà une victoire ! Mais ce n’est qu’une étape du combat : ce texte est destiné à être représenté au parlement après que le ministre du travail lui ait apporté des modifications. Les militants iraniens sont vigilants et de nouvelles mobilisations sont à prévoir.
Le mouvement ouvrier iranien est fort de son histoire –une centrale syndicale s’est constitué dès 1917-, avec une longue habitude de la clandestinité et de la répression. Les militants syndicaux font preuve d’une infinie détermination et savent remettre sur le tapis des revendications que le pouvoir patronal et l’Etat tentent de balayer définitivement, sous les coups d’une répression qui ne fait pas dans la demi-mesure.
Celle-ci est toujours aussi redoutable, mais face à la situation économique de l’Iran, elle peut de moins en moins fonctionner comme le couvercle qui étouffe de façon efficace la colère populaire. La révolte devient plus forte que la peur. Les salariés qui sont sans salaires depuis de longs mois, voire des années, ne se posent plus la question de perdre un emploi qui ne les nourrit plus depuis longtemps. Quand dans une entreprise, un militant appelle à la rébellion, il trouve en face de lui un écho immédiat ; dans des entreprises, ses collègues empêchent les vigiles d’intervenir ; dans d’autres ce sont ces mêmes vigiles qui s’empressent de laisser faire. Le sentiment de ne plus avoir rien à perdre renforce les luttes, qui finissent par marquer des points. Dans les entreprises, des gains –toujours à défendre-, comme la remise en cause des intermédiaires entre le travailleur et l’entreprise utilisatrice de son travail, sont des avancées particulièrement significatives, même si elles ne sont actuellement le fait que de quelques entreprises. Dans le rapport avec le pouvoir politique, quelque chose semble bouger également, même si le rapport de forces reste fragile.
Il convient d’être attentif à ce qui se passe en Iran, grand pays de 78 millions d’habitants, pris dans des enjeux économiques et géopolitiques cruciaux : l’irruption d’une classe ouvrière en voie d’organisation peut changer la donne.
Le libéralisme est un totalitarisme
Bella Ciao

SYRIE : Selon les Nations-unies, c’est l’opposition soutenue par les Etats-Unis et non le régime syrien qui a utilisé du gaz sarin

Dans une série d’interviews, Carla del Ponté, enquêtrice des Nations-unies a dit que le gaz sarin utilisé en Syrie a été utilisé par l’opposition, soutenue par les Etats-Unis, et non par le régime du président Bashar al-Assad.
Son rapport fait voler en éclats les mensonges sur lesquels Washington et ses alliés européens fondent leur campagne pour une guerre avec la Syrie, et selon lesquels les Etats-Unis et leurs alliés se préparent à attaquer la Syrie pour protéger la population syrienne des armes chimiques d’Assad. En fait, les preuves disponibles concernant l’utilisation de gaz sarin mettent en cause les « rebelles » dominés par les islamistes et qui sont armés par des pays du Moyen-Orient, alliés aux Etats-Unis et sous la supervision de la CIA.
Les déclarations de del Ponte coïncident avec les frappes aériennes totalement illégales d’Israël contre la Syrie et qui ont été approuvées par le président Obama. Ces actes de guerre représentent une intensification majeure de la guerre sectaire, instiguée et soutenue par les Etats-Unis, pour un changement de régime en Syrie, guerre qui est elle-même une préparation à des attaques contre le principal allié du régime syrien dans la région, à savoir l’Iran.
Del Ponte a été précédemment procureur général du Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie ainsi que du Tribunal pénal international pour le Rwanda, tous deux soutenus par l’Occident. Elle siège actuellement dans une commission d’enquête des Nations-unies sur la Syrie. Dans une interview accordée dimanche à la chaîne italiano-suisse RSI, elle a dit, « D’après les témoignages que nous avons recueillis, les rebelles ont eu recours à des armes chimiques, et ont utilisé du gaz sarin. »
Elle a expliqué, « Nos enquêteurs sont allés dans des pays voisins pour interviewer des victimes, des médecins et dans les antennes chirurgicales et d’après leur rapport de la semaine dernière que j’ai vu, il existe des suspicions fortes et concrètes, mais pas encore de preuve incontestable de l’utilisation de gaz sarin, d’après la manière dont les victimes ont été traitées. Et c’est de l’opposition, des rebelles, que cela venait, et non des autorités gouvernementales. »
Elle a ajouté, « Ce n’est pas surprenant, puisque les opposants [c’est à dire l’opposition anti-Assad] sont infiltrés par des combattants étrangers. »
Dans une video interview à la BBC, del Ponte a dit, « Nous avons rassemblé des témoignages qui laissent penser que des armes chimiques ont été utilisées, en particulier du gaz de combat. Ce qui a émergé de notre enquête c’est que cela a été utilisé par les opposants, par les rebelles. Nous n’avons aucune, absolument aucune indication que le gouvernement, les autorités du gouvernement syrien, aient utilisé des armes chimiques. »
Ces déclarations démasquent la campagne des Etats-Unis sur les armes chimiques en Syrie comme étant une série de mensonges concoctés pour justifier une guerre d’agression au Moyen-Orient. Cette campagne a commencé fin mars, au moment où l’armée américaine annonçait les projets d’une intervention intensifiée en Syrie lorsque le régime d’Assad avait accusé l’opposition d’avoir lancé une roquette avec une ogive chimique à Khan al-Asal, près d’Aleppo. Elle avait tué 26 personnes, dont 16 soldats syriens, selon des sources de l’opposition.
L’opposition avait réagi en alléguant que c’était le régime d’Assad qui avait tiré cette roquette chimique. C’était fort peu probable étant donné que la roquette visait des forces pro-Assad.
Néanmoins l’establishment politique et médiatique américain a pris les allégations de l’opposition pour argent comptant, exigeant une intensification de l’intervention en Syrie, sur la base des remarques d’Obama d’août 2012 selon lesquelles l’utilisation d’armes chimiques par le gouvernement syrien serait une « ligne rouge » incitant les Etats-Unis à attaquer.
Le 26 avril, la Maison Blanche a approuvé cette campagne dans une lettre au Congrès déclarant : « La communauté américaine du renseignement, avec différents degrés de certitude, est parvenue à la conclusion que le régime syrien a utilisé des armes chimiques à petite échelle, en Syrie, en particulier du gaz sarin. »
Cette déclaration n’avait en fait aucun fondement et était d’évidence fabriquée sans tenir compte des témoignages rassemblés par les Nations-unies. Même après les interviews de del Ponte, des responsables américains ont continué à faire des déclarations incendiaires laissant entendre qu’ Assad utilisait des armes chimiques. Un conseiller du gouvernement Obama a dit au New York Times hier, « Il apparaît tout à fait clairement à tous qu’Assad est en train de faire des calculs pour voir si ces armes pourraient le sauver. »
L’utilisation de gaz sarin par l’opposition islamiste sunnite soutenue par les Etats-Unis, liée à al Qaïda et qui organise régulièrement des attaques terroristes en Syrie, soulève aussi la question de savoir comment elle a obtenu ce gaz. Le conseil américain des relations internationales décrit le sarin comme un produit « très dangereux et complexe à confectionner, » bien qu’il puisse être fait « par un chimiste formé avec des produits chimiques disponibles pour le grand public. »
Que les islamistes aient reçu le gaz sarin de leurs partisans étrangers, puis l’aient synthétisé eux-mêmes peut-être sous la surveillance de l’extérieur, ou qu’ils l’aient volé dans les stocks syriens, une chose est claire : son utilisation montre clairement la nature criminelle et téméraire du soutien des Etats-Unis à l’opposition islamiste.
Tout au long de la guerre syrienne, l’Etat et les médias américains ont agi suivant l’hypothèse qu’il est possible de manipuler la population par les mensonges les plus outranciers. Il importait peu que ces mensonges soient même vaguement plausibles, car on pouvait compter sur les médias pour les présenter de façon à ce qu’ils justifient l’attaque contre la Syrie.
A maintes reprises, lors du massacre de Houla en mai 2012 et du meurtre du journaliste Gilles Jacquier en janvier 2012, les médias ont fait porter sur le régime d’Assad la responsabilité des atrocités perpétrées par l’opposition, puis ont laissé tomber l’affaire lorsqu’il est apparu que c’était l’opposition qui en était responsable. Même l’annonce du gouvernement américain en décembre dernier que des forces d’opposition liées à Al Qaïda avaient perpétré des centaines de bombardements terroristes en Syrie n’ont pas affaibli le soutien des média pour la guerre.
A présent les médias américains sont en train d’enterrer la nouvelle de l’interview de del Ponte, au moment où Washington se prépare à une intervention directe en Syrie. Il n’a été fait aucune mention hier de son interview dans aucun des programmes d’information du soir des trois principaux réseaux.
Au contraire, après les frappes aériennes d’Israël contre des cibles syriennes jeudi et dimanche, des responsables et des experts des médias américains se sont vanté que les forces américaines étaient en mesure d’attaquer les défenses aériennes syriennes en faisant peu de victimes. (voir Les frappes israéliennes en Syrie.)
Reprenant les mensonges concernant les armes de destruction massive (ADM) utilisés pour justifier la guerre contre l’Irak, l’élite dirigeante américaine place les armes chimiques au centre de sa propagande de guerre contre la Syrie. Hier le Washington Post écrivait : « Les frappes israéliennes, suite aux reportages de ces dernières semaines disant que les forces d’Assad déployaient probablement des armes chimiques en quantité inconnue, semblaient étayer la position de ceux qui pensent depuis longtemps que les Etats-Unis devraient apporter un soutien direct aux rebelles. »
Le New York Times a fait remarquer qu’Obama pourrait utliser les armes chimiques comme prétexte pour faire la guerre s’il attaquait sans l’autorisation des Nations-unies. Il écrit : « Il est presque certain que la Russie mettrait son veto à tout effort visant à obtenir l’autorisation du Conseil de sécurité de l’ONU pour une action militaire. Jusqu’à présent, M. Obama a évité de rechercher une telle autorisation et c’est donc une raison pour laquelle l’utilisation passée ou à venir d’armes chimiques pourrait servir d’argument juridique pour mener des frappes. »
Le journal n’a pas fait remarquer que, dans un tel cas, la guerre d’Obama contre la Syrie serait tout aussi illégale du point de vue du droit international que l’invasion de l’Irak par Bush, il y a dix ans. Cette guerre-là qui a coûté la vie à un million d’Irakiens et a fait des dizaines de milliers de morts et blessé américains, et a aussi coûté des milliers de milliards de dollars, est profondément détestée par la classe ouvrière américaine et internationale.
Ce besoin de l’élite dirigeante américaine de minimiser la guerre en Irak au moment où elle se prépare à lancer un bain de sang similaire en Syrie sous-tend l’article du New York Times d’hier écrit par l’ancien chef de la rédaction du Times, Bill Keller, et intitulé « La Syrie n’est pas l’Irak. » Déplorant le fait que l’expérience de la guerre en Irak, que lui-même et le Times avaient promue avec de faux reportages sur les armes de destruction massive de l’Irak, l’avait rendu « réticent vis à vis des armes », Keller a carrément affirmé, « Pour ne pas se tromper en Syrie, il faut commencer par se remettre de l’Irak. »
Par « se remettre de l’Irak », Keller veut dire surmonter les inquiétudes concernant l’action militaire et les massacres de masse pour écraser ceux qui s’opposent à la politique américaine. Il écrit que, « En Syrie, je crains que la prudence ne soit devenue du fatalisme... Notre réticence à armer les rebelles ou à défendre les civils pour qu’ils ne soient pas massacrés dans leur maison a convaincu le régime d’Assad (et le monde) que nous ne sommes pas sérieux. »
Déclarant que Washington est en train de préparer des plans militaires « au cas où l’utilisation par Assad d’armes chimiques nous force la main, » il demande une intervention rapide et écrit, « Pourquoi attendre la prochaine atrocité ? »
L’article va-t-en guerre de Keller est un exemple particulièrement clair de la manière dont la promotion par les médias d’une politique impérialiste est coupée de la réalité. Le fait qu’il n’existe aucune preuve qu’Assad ait utilisé des armes chimiques, ou que la prochaine atrocité en Syrie sera probablement perpétrée par les forces soutenues par les Etats-Unis, importent peu au Times. La seule chose qui compte est de bien présenter la prochaine guerre américaine, et tant pis pour la réalité des faits.
La faillite intellectuelle et morale collective des médias et de l’élite dirigeante explique le fait que les révélations explosives de del Ponte puissent être enterrées sans commentaire. Enivrée par sa propre propagande mensongère, prête à tout pour effacer les conclusions que la population a tirées de la dernière débâcle sanglante de Washington, la classe dirigeante américaine est en train de se précipiter à tombeau ouvert vers une nouvelle catastrophe.
Alex Lantier
WSWS
* http://www.wsws.org/fr/articles/2013/mai2013/syri-m10.shtml
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