C’est vous dire la précieuse diversité humaine de cette région (et de ses
connexions méditerranéennes) qui dit les origines et les péripéties de la
formation de la pensée et de l’imaginaire du Monde Occidental. Croyances,
écriture et Ecritures, mythes et Raison, cosmogonies, géométrie et arithmétique,
philosophie, concepts et modèles politiques, tout ou presque de la culture
occidentale vient de cette région, musée vivant qu’aucun incendie, y compris les
croisades et le Sykes-Picot, n’a pu détruire.
Un monde sensé et une humanité intelligente auraient témoigné au pays du Sham
la même attention respectueuse manifestée à la biodiversité sans laquelle rien
ne peut se régénérer. La dispersion des Chrétiens d’Irak montre le désastre
infligé à cette diversité par les politiques des Etats-Unis, d’Israël et de
leurs auxiliaires wahhabites. Un jour, il faudra bien rajouter aux crimes de
l’impérialisme l’atteinte à l’« homo diversité » au même titre que l’atteinte à
la biodiversité.
En réglant les petits et les grands problèmes de ses auxiliaires turcs et
israéliens, en redonnant de l’éclat à un Erdogan bien terni par ses déceptions
syriennes, en anesthésiant avec quelques dollars un roi jordanien effrayé par
son inexorable départ au profit d’une nouvelle entité islamiste
jordano-palestinienne qui soulagera Israël de ses Palestiniens de Cisjordanie,
en ordonnant la démission d’un Mikati, qui a tout fait pour faciliter les
activités de l’ASL et d’El Qaïda, et en donnant ipso facto le signal d’une
offensive généralisée contre la Syrie et contre les positions du Hezbollah,
Obama vient de mettre de l’ordre dans ses troupes. Cette offensive sera sans
merci.
La concentration de troupes mercenaires et djihadistes au Liban, en Turquie,
en Jordanie paraît suffisante pour donner l’estocade à l’armée syrienne. Obama a
mis dans cette annonce tous les signes d’une lutte pour la vie ou pour la mort.
En réaffirmant que le minimum est le départ d’El Assad, il brûle ses vaisseaux
et s’interdit toute retraite. Il avertit ses troupes qu’elles jouent leur
survie. La formation de ce gouvernement sous chefferie américaine porte le même
sens. Que reste-t-il à négocier si ce gouvernement d’une faction politique – car
il existe d’autres oppositions en dehors de la coalition et notamment celle de
Manaâ – occupe le siège de toute la complexe Syrie et sous ce
nouveau-ancien ?
En Côte d’Ivoire, en Libye, aujourd’hui en Syrie et au Mali, la ligne de
conduite invariable des puissances coloniales reste le refus de toute issue
négociée. En imposant cette ligne de conduite, les Etats-Unis poussent sciemment
à l’irréparable pour préparer dans les têtes le recours à un refuge
communautaire et à un état confessionnel ou ethnique. Voilà le crime que commet
en ce moment Obama en mettant en bon ordre de marche Netanyahu, Erdogan,
Abdallah II, le Qatar, l’Arabie saoudite et des forces libanaises agglomérées
autour de Hariri. Il doit aboutir à la mort de la nation syrienne et libanaise,
à la mort de la vie commune, dans une identité nationale et humaine commune de
cette extraordinaire diversité. Le meurtre d’El Bouti par son message de terreur
et de promesse de nettoyage participe de cet ordre de guerre.
Obama a échoué dans les trois premiers plans offensifs. Il en est au
quatrième avec la même obstination, car il mesure ce qu’un échec américain en
Syrie signifierait pour sa force de dissuasion déjà mise mal par Chavez, par
l’Iran et moins spectaculairement par les Brics. Il ne s’agit plus de l’hybris
d’une Clinton survoltée par l’audace de la volonté adverse syrienne, mais de la
froide évaluation qui a investi l’hybris dans la nécessité de la guerre de
destruction de toute la région.
Pour réussir sa guerre, qui devait rester circonscrite à la Syrie, Obama est
obligé de l’élargir au Liban pour frapper le Hezbollah tenu pour facteur
essentiel de la résistance syrienne, de mobiliser encore plus de forces incluant
Israël et la Jordanie, de faire encore plus de place au Qatar et aux djihadistes
et, donc, faire peser plus de menaces à cette diversité humaine qui n’aura plus
que le choix de la résistance. Quand ils organisent le 2 et le 4 août 1964 la
provocation du Golfe du Tonkin, les Etats-Unis ne doutaient pas de leur victoire
au Vietnam. La même
hybris les aveugle aujourd’hui.
Mohamed Bouhamidi
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