samedi 31 mars 2012

Le Moyen-Orient en marche : perspectives croisées - Processus révolutionnaire dans le monde arabe et question palestinienne

Le texte qui suit est la première partie d’un article publié dans l’ouvrage collectif Le Moyen-Orient en marche : perspectives croisées, qui vient de paraître aux éditions du Cygne. À la fin de l’extrait, on trouvera le sommaire du livre. 
Depuis la défaite de juin 1967 et avec le déclin du nationalisme arabe, la Palestine a souvent été considérée comme le dernier bastion (ou l’avant-garde) de la lutte anti-impérialiste et anti-sioniste au Moyen-Orient. La résistance maintenue des Palestiniens à l’occupation et à la colonisation israéliennes, de la lutte armée des années 1970 aux initiatives dites de « résistance populaire » (à partir de 2005), en passant par la première Intifada (décembre 1987), a longtemps servi de point de référence aux peuples de la région, orphelins des idéaux nassériens et/ou panarabes.
Les bouleversements que traverse aujourd’hui le monde arabe interrogent cette approche « classique », selon laquelle les populations de la région accusaient un considérable « retard » sur les Palestiniens, ces derniers étant les seuls à avoir échappé au processus de glaciation politique et sociale entamé dans les années 1970. Certains en étaient même allés jusqu’à considérer que le monde arabe n’était plus un acteur de l’Histoire. Un éditorial du Monde expliquait encore, le 19 mars 2011, au sujet de l’expédition militaire en préparation en Libye, ceci : « Il faut associer le monde arabe aux opérations militaires. Il en a les moyens : il dispose de centaines de chasseurs. Il a l’occasion de faire l’Histoire, pas de la contempler »[1].
Sans tomber dans les excès de l’éditorialiste – anonyme – du Monde, force est de constater que le combat palestinien a longtemps joué un rôle de lutte « par procuration » pour des populations dont les dirigeants avaient depuis longtemps abandonné les idéaux nationalistes. Or, depuis quelques mois, ce n’est plus tant le monde arabe qui « regarde » vers la Palestine, mais bien souvent le peuple palestinien qui « regarde » vers le monde arabe : de même que, par exemple, les bombardements sur Gaza en 2008-2009 avaient fait la « Une » des journaux arabes et généré un élan de solidarité avec la population de Gaza dans toute la région, la chute de Ben Ali, puis de Moubarak, ont occupé la « Une » des médias palestiniens et ont suscité chez les habitants des territoires occupés la sympathie, pour ne pas dire l’admiration, à l’égard des peuples tunisien et égyptien.
Cette sympathie n’est pas seulement à appréhender du point de vue de la « solidarité internationale ». Elles expriment en réalité ce que l’échec des idéologies panarabes avait en partie occulté : la conscience d’une communauté de destin chez les peuples de la région, en raison notamment d’une histoire coloniale et postcoloniale commune, quand bien même les récentes histoires nationales auraient divergé. La singularité de la situation palestinienne et sa surexposition politique et médiatique lui ont conféré une place particulière dans les processus d’identification régionaux. Le renversement que nous venons d’évoquer confirme ce phénomène qui traduisait, en premier lieu, l’aspiration maintenue des peuples de la région à plus de dignité, de justice et de libertés. Avec l’irruption visible des peuples arabes sur la scène politique, les Palestiniens sortent de l’isolement, et semblent en avoir conscience.
S’agit-il pour autant d’un réel renversement de perspective ? En d’autres termes, les bouleversements en cours peuvent-ils contribuer à ce qu’une reconfiguration de la question palestinienne s’opère ? C’est à ces questions que je tenterai de répondre dans cette étude, en trois temps : tout d’abord, en rappelant que la question de Palestine fut, après la création de l’État d’Israël, une question arabe ; ensuite, il conviendra d’interroger l’autonomisation progressive de la question palestinienne avant, dans un dernier temps, de mesurer les premiers effets visibles, sur la scène palestinienne, du processus révolutionnaire en cours.

La question de Palestine : une question arabe

L’histoire récente nous fait souvent oublier que la question palestinienne (lutte pour la satisfaction des droits nationaux des Palestiniens) a d’abord été la question « de Palestine » (lutte pour la libération de la terre de Palestine) et, à ce titre, une question arabe. Les États arabes ont refusé la partition de 1947 et plusieurs d’entre eux ont été en guerre contre Israël à 3 reprises (1948, 1967, 1973). Lorsqu’en 1964 la Ligue des États Arabes soutient la création de l’Organisation de Libération de la Palestine (OLP), ce n’est pas tant pour permettre aux Palestiniens de se doter de leur propre représentation que pour réaffirmer le leadership des États arabes pour tout ce qui touche à la question de Palestine.
Le premier Conseil National Palestinien (CNP, « parlement » de l’OLP), se réunit à Jérusalem en mai 1964 sous l’étroite surveillance des régimes arabes, notamment de l’Égypte et de la Jordanie. Ahmad Choukeyri, à la tête du premier Comité Exécutif de l’OLP (CEOLP), est une personnalité relativement consensuelle auprès des régimes arabes, qui précise, dans son discours inaugural, ce qui suit : « la création de l’entité palestinienne dans la cité de Jérusalem ne signifie pas que la rive occidentale du Jourdain fasse sécession de la Jordanie. Nous voulons libérer notre patrie qui s’étend plus loin, à l’Ouest. En aucune façon nous ne menaçons la souveraineté jordanienne car cette terre a été, tout au long de l’Histoire, le refuge d’une même nation et n’a formé qu’une seule patrie »[2]. Une véritable lutte s’est déroulée, dans les années 60, pour que la question de Palestine soit prise en charge par les Palestiniens eux-mêmes. Ce fut la raison d’être du Fatah, fondé en 1959. Les fondateurs du Fatah en effet déduisent de la débâcle de 1948 et de l’incapacité des régimes arabes à libérer la Palestine, la nécessité d’une prise en charge autonome de la question palestinienne. C’est ce que certains ont nommé la « palestinisation » de la lutte[3], qu’on entendra ici comme le projet de réappropriation par les Palestiniens eux-mêmes d’une cause considérée comme confisquée par les régimes arabes. Pour le noyau dirigeant du Fatah, les États arabes sont incapables de mener à bien la lutte pour la reconquête de la Palestine car ils la subordonnent à leurs intérêts et objectifs propres et l’ont, de fait, reléguée au second plan.
Le Fatah récuse le mot d’ordre en vogue dans les milieux panarabes : « l’unité arabe conduira à la libération de la Palestine ». Ils rendent même responsables les régimes arabes de la défaite de 1948, affirmant par exemple que l’intervention des armées arabes « a échoué car les états arabes ont écarté les forces vives palestiniennes de la bataille en suspendant leurs activités armées révolutionnaires »[4]. Dans la rhétorique du Fatah, la prise en charge de la question palestinienne par les régimes arabes n’est donc pas seulement une erreur, mais un obstacle à la libération de la Palestine. D’où la nécessité d’établir un mouvement palestinien autonome, émancipé de toute tutelle arabe, avec ses propres structures, son propre programme, sa propre direction et ses propres instances de décision. La défaite de juin 1967 donne un écho conséquent au discours du Fatah, qui prendra le contrôle de l’OLP en 1968-69 autour du mot d’ordre de la palestinisation. La guerre de 1973, par laquelle les États arabes indiquent qu’ils n’entendent plus reconquérir militairement la Palestine, confortera les positions du Fatah et le processus de palestinisation qui accompagne la désarabisation du combat pour la Palestine. En effet, l’autonomie acquise par le mouvement national palestinien est aussi le reflet du désengagement des États arabes dans le combat contre Israël, facteur déterminant de la glaciation politique régionale a partir des années 1970.

Une autonomie palestinienne relative

L’autonomie ainsi acquise est cependant à relativiser.
Tout d’abord, le Fatah (et l’OLP) sont dépendantes financièrement des régimes arabes. Dès le début des années 1960, le mouvement de Yasser Arafat, qui prônait la lutte armée, a frappé aux portes des argentiers arabes : en 1962, Abu Jihad se rend en Algérie où il rencontre les dirigeants du FLN qui l’assurent de leurs dispositions à soutenir le Fatah. La Syrie et l’Iraq baathistes accepteront eux aussi d’apporter un soutien matériel au mouvement et d’héberger des camps d’entraînement. Le Fatah entend jouer sur les contradictions internes au monde arabe en s’appuyant, dans le cas de l’Iraq et de la Syrie, sur des régimes en compétition avec l’Égypte nassérienne, a fortiori depuis l’échec de la République Arabe Unie. Cette politique conduira Yasser Arafat à solliciter certains de ses proches pour qu’ils recherchent le soutien financier de l’Arabie Saoudite. En 1964, le leader du Fatah missionne Khalid al-Hassan pour établir un contact direct avec les autorités saoudiennes, en l’occurrence le ministre du Pétrole Ahmad Zaki Yamani. Ce dernier organisera une entrevue entre Arafat et le Roi Faysal, qui offrira une somme d’argent considérable au Fatah.
Dépendant des financements et du soutien matériel étrangers, notamment arabes, le mouvement se place dans une situation doublement contradictoire avec sa revendication d’autonomie. En premier lieu, le soutien matériel est subordonné aux jeux d’alliances régionaux : la fragilité de ces alliances place le Fatah dans une situation de précarité extrême. C’est ainsi que plusieurs décennies plus tard, ce « péché originel » du Fatah aura des répercussions considérables lorsque Yasser Arafat apportera son soutien à Saddam Hussein lors de la première Guerre du Golfe, provoquant une véritable hémorragie financière de l’OLP. En second lieu, les pays « donateurs » exigent d’avoir un droit de regard sur les activités du Fatah. C’est ainsi que l’Iraq, puis la Syrie, préféreront rapidement, après avoir tenté à plusieurs reprises d’interférer dans les affaires internes du Fatah, susciter la création de mouvements « palestiniens » qui leur sont en réalité inféodés, afin de peser au sein de l’OLP.
Un second élément renforce le caractère subalterne de l’autonomie revendiquée par le Fatah (et dont héritera l’OLP) : c’est le principe de « non-ingérence palestinienne dans les affaires intérieures arabes ». Pensé comme la logique et juste contrepartie de la revendication de l’autonomie du mouvement palestinien et donc de la « non-ingérence arabe dans les affaires intérieures palestiniennes », ce principe s’avère en réalité être, lui aussi, une faiblesse structurelle majeure du Fatah, qui aura de tragiques conséquences, en Jordanie puis au Liban. L’idée de la non-ingérence est en effet doublement paradoxale :
- elle trace un trait d’égalité, avec le principe de réciprocité, entre des entités étatiques constituées et un peuple en exil… dans ces entités. Toute activité politique palestinienne au sein des États abritant des réfugiés peut être considérée par ces États comme une ingérence au sein de leurs affaires intérieures. En revendiquant le principe de non-ingérence, le Fatah offre des arguments à des régimes potentiellement hostiles et s’interdit, a priori, d’influer sur la politique des États dans lesquels vivent la majorité des Palestiniens.
- elle sous-entend que les Palestiniens pourraient conquérir une place dans le dispositif étatique arabe sans que celui-ci ne subisse de bouleversement majeur ou, plus précisément, sans que les organisations palestiniennes ne prennent en charge tout ou partie du combat contre des régimes autoritaires, conservateurs, voire réactionnaires. Cette analyse contestable sera source de débats et de tensions avec les futures organisations de la gauche palestinienne.
Le principe de non-ingérence renforce le caractère subalterne, voire contradictoire, de l’autonomie revendiquée par le Fatah. Il indique que, malgré une rhétorique très critique à l’égard des régimes arabes, le mouvement n’entend pas entrer en confrontation directe avec eux. Conscients de leur faiblesse numérique et militaire, les dirigeants du Fatah comptent sur le soutien des États arabes dans la lutte pour la libération de la Palestine. La dépendance à l’égard des États arabes est assumée, elle participe du positionnement paradoxal du Fatah et le l’OLP dans le contexte politique et social régional à partir des années 1970. Ce positionnement paradoxal et le caractère structurellement subalterne de l’autonomie palestinienne marquera durablement le mouvement national palestinien. Si la question de Palestine est progressivement devenue une question palestinienne, elle n’en est pas moins demeurée une question intégrée au dispositif régional. A l’heure où ce dernier est en train de vaciller, rien de surprenant dans le fait que les coordonnées de la question palestinienne soient amenées à être rapidement bouleversées.

Les premières répercussions du processus révolutionnaire(...)

Présentation et sommaire complet de l’ouvrage

Les mouvements de protestation contre les régimes autoritaires qui s’élèvent dans tous les pays arabes donnent à voir un autre visage des mondes arabes jusqu’ici nié dans un amas de clichés nauséabonds. De l’inadéquation supposée entre islam et démocratie, au besoin inventé des peuples arabes d’être dirigés par un leader, ces stéréotypes sont aujourd’hui visiblement balayés par des processus qui ont en réalité mûri depuis le mouvement de la Nahda au XIXe siècle.
Si la métaphore du « printemps arabe » renvoie justement à cette idée d’une renaissance, elle cantonne aussi, le temps d’une saison, un mouvement qui promet de s’étendre sur un temps long. Aussi, parler de « printemps arabe » pour qualifier cette lame de fond semble quelque peu inapproprié. D’autant qu’il ne saurait y avoir un « printemps arabe », mais des « printemps arabes » protéiformes, tributaires de particularismes historiques, de systèmes politiques, de tissus sociaux propres à chacun des pays. D’ailleurs les « printemps arabes » sont loin de n’être qu’arabes... et montrent, à ceux qui en douteraient encore, que le peuple est un acteur politique, économique et social à part entière. Comment s’est construite cette prise de conscience et sur quels particularismes repose-t-elle ?
En abordant ce phénomène dans ces aspects juridiques, historiques, politiques, économiques et sociaux, ce cahier – qui s’inscrit dans une série de trois opus consacrée aux révolutions arabes – propose quelques études de cas réalisées à chaud.
Qu’elles soient entamées, maîtrisées, ou figées, ces révolutions promettent, avec des temporalités et selon des modalités différentes, des bouleversements structurels majeurs que tous doivent désormais intégrer dans leur appréhension de la région. Le Moyen-Orient, jusqu’ici perçu comme une région sclérosée, est bel et bien en marche...
Julien SALINGUE
Introduction
L’élection de l’Assemblée Nationale Constituante en Tunisie : où en est-on ? Meriem Ben Lamine
Egypte : une révolution politique inachevée Clément Steuer
Fin de partie pour le président yéménite Ali Abdallah Saleh David Rigoulet-Roze
La révolution syrienne prendra t-elle le chemin de Damas ? Manon Nour Tannous
Les révolutions arabes et le CCG : entre déni et contre-feux Maxellende Lebras et Heike Thee
Le mouvement de protestation au Kurdistan irakien Arthur Quesnay
Le Liban au miroir du "printemps arabe" : anciens pouvoirs et nouveaux paradigmes Daniel Meier et Giacomo Galeno
Processus révolutionnaire dans le monde arabe et question palestinienne Julien Salingue
L’ouvrage peut être commandé par votre libraire ; il est également disponible sur les divers sites internet de vente de livres.
[1] C’est moi qui souligne. Notons ici que ces propos font écho au (tristement) célèbre discours de Nicolas Sarkozy à Dakar, prononcé le 26 juillet 2007, dans lequel le Président français déclarait notamment : « Le drame de l’Afrique, c’est que l’homme africain n’est pas assez entré dans l’Histoire ».
[2] Cité par Xavier Baron, Les Palestiniens : Genèse d’une nation, Seuil, Paris, 2003, p. 76.
[3] Jean-François Legrain, "Palestine, de la terre perdue à la reconquête du territoire", Cultures & Conflits n° 21-22 (1996), pp.171-221.
[4] Yezid Sayigh, Armed Struggle and the Search for State : The Palestinian National Movement (1949-1993), Oxford University Press, 1998, p. 89.
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SYRIE : Comment le régime est sorti gagnant de la « guerre universelle » contre la Syrie

Au lendemain de la défaite décisive des groupes wahabites au bastion rebelle de Baba Amr, entrainant la fuite des milliers de mercenaires à travers la frontière avec le Liban, les appels des dirigeants atlantiques et des émirs et sultans arabes du Golfe à renverser le régime du président syrien, Bachar al-Assad, paraissent plus futiles que jamais. En effet, après un an de « guerre universelle », la Syrie a réussi jusqu’à présent à dépasser l’étape la plus dangereuse de la conjuration arabo-atlantique, celle du soulèvement armé des groupes islamistes appuyés par des milliers de mercenaires étrangers  [1].

Le front diplomatique : la Syrie sur la défensive

Dans le domaine de la diplomatie, la Syrie a pris, depuis le début de la crise, une position défensive en essayant de repousser les « attaques » continues qui la frappaient de tout côté.
Le régime visait toujours à laisser le dossier syrien dans son cadre arabe –la Ligue – et à ne pas donner d’excuses aux conjurateurs pour le transférer au Conseil de sécurité (CS). Pour compléter cet objectif, la Syrie a pris plusieurs mesures concrètes : premièrement, le président Assad a entamé une série de réformes politiques et constitutionnelles ; deuxièmement, les autorités ont libéré des centaines de détenus politiques ; troisièmement, le régime a salué toute initiative arabe visant à trouver une solution à la crise ; et quatrièmement, les autorités ont collaboré au maximum avec le comité des observateurs arabes et ont facilité leur mission. Cependant, quand le comité a soumis son rapport à la Ligue, cette dernière l’a rejeté ; pour la simple raison que le rapport indiquait la présence de groupes armés dans les rangs de l’ « opposition », et il les rendait aussi responsables des violences et des pertes humaines que le régime. En plus, le rapport a souligné la collaboration des autorités syriennes avec les observateurs.
Évidemment, une telle réalité ne servait pas les objectifs des conjurateurs qui augmentaient leur pression sur la Syrie en transférant le dossier syrien au Conseil de sécurité (CS), le 4 février.
Après le deuxième échec de la Sainte-Alliance arabo-atlantique au sein du CS [2], grâce au veto chinois et russe, le président syrien, Bachar al-Assad, voyait le summum de la campagne arabo-atlantique contre la Syrie. Ainsi, dans le domaine diplomatique, la campagne arabo-atlantique commença à dessiner une ligne descendante. Rien de pire ne pourrait arriver après l’échec du projet de résolution ; le message du double veto était précis et bien déterminé : non à l’intervention militaire directe en Syrie ; non à une résolution du CS entrainant une intervention militaire sous prétextes de type « humanitaire » ; non au renversement du président Assad.
La Syrie a déjà gagné la bataille dans l’arène du CS.

Le front militaire : la Syrie à l’offensive

Au lendemain de la visite du ministre des Affaires étrangères de Russie, Serguei Lavrov, accompagné du directeur du Service des renseignements extérieurs de la Fédération de Russie, monsieur Dmitri Medvedev, le 7 février [3], le président Assad donna le feu vert pour une opération militaire majeure contre les bastions rebelles à Homs, à Idlib et au Rif de Damas. Après quelques semaines de combats féroces, l’armée syrienne a mené une victoire décisive sur les groupes wahabites, armés et appuyés par des milliers de mercenaires arabes et atlantiques ; d’abord au Rif de Damas, puis à Baba Amr, enfin à Idlib. Grâce à cette opération militaire, la plupart des villes et des régions infestées par des combattants wahabites et des mercenaires ont été libérées.
Il est évident que le régime vise à mener une victoire décisive dans les villes principales avant la fin du mois d’avril et de sécuriser les autoroutes principales pour relier les villes l’une à l’autre. Pourtant, jusqu’à présent, le régime ne fait aucune illusion que les opérations militaires pourraient durer longtemps avant qu’il puisse détruire complètement les réseaux de bandits, de mercenaires et de groupes armés.
Le président Assad avait attendu un an avant qu’il a donné le feu vert à une telle opération militaire. À fortiori, le président Assad attendait la présence de deux conditions :
Premièrement, entraîner et préparer les troupes aux tactiques des guerres de villes et des combats de rues. Les résultats d’une telle préparation se sont apparus aux combats de Baba Amr, où l’armée syrienne utilisait les tactiques des forces spéciales, lui permettant de prendre le bastion rebelle ruelle après ruelle, maison après maison, avec un minimum de pertes.
Deuxièmement, choisir le moment politique le plus convenable pour écraser les groupes armés. À preuve, dès le début des violences en Syrie, le président Assad insistait à « traiter les groupes armés en tant que champignon de peau qu’il fallait laisser s’étendre avant de le brûler à l’aide d’un remède le plus efficace » [4]. Dans ce sens, il ne reste plus secret que le président Assad n’aurait pas déclenché l’opération militaire sans la protection diplomatique du double veto chinois et russe.
La victoire décisive à Baba Amr « a cassé le dos » des groupes rebelles et des mercenaires étrangers – selon une expression en dialecte syro-libanais – et des milliers de combattants islamistes et étrangers se sont enfuis à travers la frontière avec le Liban et la Turquie. L’ambassadrice étatsunienne au Liban, Maura Connelly a demandé au gouvernement libanais d’appuyer les soldats syriens désertés et les membres de groupes armés qui s’enfuyaient par milliers à travers la frontière avec le Liban [5].
Une victoire diplomatique au sein du CS et une autre militaire à Baba Amr, la Syrie fut couronnée !

Le début de la « saison de pèlerinage » à Damas

Parallèlement à la fuite des combattants et des mercenaires [6], des diplomates et des émissaires se sont dirigés vers « la capitale des Omeyyades », Damas, pour faire le pèlerinage au sein du « Qasr al-Mouhajerine », le palais présidentiel. La Syrie a approuvé la venue de la responsable des opérations humanitaires de l’ONU Valérie Amos, qui avait auparavant annoncé qu’elle allait se rendre en Syrie pour tenter d’obtenir un accès humanitaire « sans entrave ». Elle était arrivée à Damas le 7 mars et est partie le 9 mars [7]. Par ailleurs, la Syrie avait salué la visite de l’émissaire de l’ONU et de la Ligue arabe pour la Syrie, Kofi Annan, qui est arrivé le 10 mars à Damas : « la Syrie salue la visite de Kofi Annan, émissaire du secrétaire général de l’ONU », a indiqué la chaîne d’État, citant un responsable sous couvert de l’anonymat [8]. M. Annan était accompagné de son adjoint, l’ancien ministre palestinien des Affaires étrangères Nasser al-Qidwa, pour cette première mission en Syrie [9]. Pour rappel, l’ancien secrétaire général de l’ONU Kofi Annan a été nommé le 23 février « émissaire conjoint des Nations unies et de la Ligue arabe sur la crise en Syrie ». La mission déclarée de M. Annan visait à arriver à un cessez-le-feu dans toutes les régions syriennes, sécuriser des accès humanitaires et libérer des milliers de détenus.
En revanche, ce qu’on a déclaré devant les microphones et les caméras ne reflète pas nécessairement ce qu’on avait dit dans les coulisses. On parlait dans ces coulisses que lors de son arrivée au palais présidentiel, monsieur Annan a présenté le projet de la Ligue arabe, mais sans l’appel au renversement du président Assad. M. Annan demandait au président syrien un cessez-le-feu, la libération des milliers de détenus et des accès humanitaires. Pourtant, le président Assad s’est interrogé devant son « hôte » : « comment pouvons-nous arriver à un accord avec l’opposition en présence de groupes armés ? Qui pourrait garantir que ces derniers respecteraient un tel accord ? » ; le président Assad a ajouté : « il n’en reste qu’à dévoiler ceux qui appuient, financent et arment les groupes armés. Il est ridicule de croire que toutes ces armes et tout cet argent tombent du ciel » [10] ; mais l’émissaire international n’a rien dit pour calmer les inquiétudes du président Assad ; il a seulement haussé la tête en murmurant : « vos suggestions méritent d’être étudiées ». Par cette phrase très courte, la rencontre entre les deux hommes a été conclue.
Par ailleurs, et selon la même source d’« informations », les dirigeants syriens auraient retardé leur réponse aux « propositions » de monsieur l’émissaire, pour qu’ils pussent les discuter avec Moscou ; car Damas n’avait confiance ni en l’ONU ni en monsieur Kofi Annan [11] .
En effet, ce qui a renforcé la méfiance des dirigeants syriens c’est que l’émissaire a quitté la Syrie vers le Qatar pour rencontrer son premier ministre, Hamad. On se demande ici, n’aurait-il pas été plus « démonstratif » si l’émissaire de l’ONU et de la Ligue arabe s’était réuni avec le secrétaire de la Ligue, M. Nabil al-Arabi, ou avec le secrétaire de l’ONU, M. Ban-ki Moon ? Au moins que monsieur Annan considérait le Qatar « en état de guerre » avec la Syrie, qu’il fallait négocier avec son émir !

Le début de la fin

Ne trouvant que les injures et la profération de menaces pour exprimer leur indignation face aux victoires de la Syrie, les dirigeant atlantiques, accompagnés des émirs et sultans arabes du Golfe, se rassemblèrent à une conférence à Tunis, dite la « Conférence des amis du peuple syrien » [12]. Cette conférence d’ « Amis », dont le but déclaré prétendait l’offre de l’aide à la prétendue « révolution » syrienne, visait en effet à renforcer et à rassembler la foule opposante qui commença à se disperser en toute direction. L’émir du Qatar, Hamad, et le sultan du Royaume de l’Arabie Saoudite, Faysal, entrèrent la salle de conférence en hurlant la célèbre phrase de Karl Jaspers : « Le désespoir est une défaite anticipée » ; Camarades révolutionnaires printaniers, il ne faut pas désespérer !
Par contre, l’objectif réel caché derrière le vacarme créé par la conférence d’ « amis » avait un usage de « bombe à lacrymogène » plutôt qu’une utilité politique. La foule d’ « amis », rassemblée à Tunis, choisit l’ancien secrétaire général de l’ONU, monsieur Kofi Annan comme émissaire de l’ONU et de la Ligue arabe pour la Syrie.
Malheureusement, ce vacarme « à l’Arabique » n’avait aucun effet sur le terrain et n’a laissé qu’un écho sourd à Damas. Pour ces conférenciers audacieux, la bataille au CS a été déjà perdue, ainsi que celle à Baba Amr.
Ainsi, des figures les plus célèbres du despotisme obscurantiste arabe coalisé avec l’impérialisme occidental, telles que les émirs et sultans de la péninsule Arabique, se précipitèrent au microphone prêchant à la Syrie la démocratie et les droits de l’homme. En définitive, la guerre contre la Syrie constituait le summum de la mascarade du discours philanthrope impérialiste. D’un côté on prêche la démocratie et les droits de l’homme ; de l’autre côté on s’allie au despotisme obscurantiste arabe ; on se précipite « au secours » du peuple syrien, mais on tourne le dos à l’élimination systématique du peuple palestinien.

La déclaration du Conseil de sécurité : la Syrie victorieuse

Loin des brouhahas arabo-atlantiques qui voyaient dans la déclaration du CS [13] une victoire décisive sur le régime syrien, cette déclaration a mis fin aux illusions qui faisaient croire que « les jours du président Assad se comptaient sur les doigts » [14]. À plus forte raison, la déclaration du CS sur la Syrie, le 21 mars, a envoyé plusieurs messages :
Premièrement, la déclaration ne portait aucune allusion au renversement du président Assad, contrairement aux « vœux » du Conseil national syrien et des émirs et sultans arabes du Golfe. En effet, la déclaration a reconnu – sous entendu – le président Assad comme seul représentant de la République arabe syrienne et du peuple syrien.
Deuxièmement, la déclaration a dénoncé les actes de violences venant de tous les partis du conflit ; ceci entraine une reconnaissance sous entendue de la présence de groupes armés et terroristes sur le territoire syrien, qui visent à détruire les infrastructures de l’État. Après cette déclaration, aucune parole sur la nature « pacifique » des oppositions syriennes ne serait échangée au souk d’injures et d’accusations contre le régime syrien.
Troisièmement, la déclaration prenait comme titre principal la reconnaissance du rôle du président Assad dans toute solution future. La communauté internationale semble finalement convaincue que toute solution à la crise syrienne ne pourrait passer sans l’accord du président Assad, et à travers lui ; et que sans lui, aucune solution n’est possible. Désormais, les appels au renversement du président Assad sont devenus des vacarmes du passé.
Quatrièmement, la déclaration a insisté et encouragé le dialogue entre le régime et les oppositions « sous le parapluie du président Assad » et selon son agenda. Ce qui mène à conclure que la communauté internationale ne peut désormais dépasser le rôle du président Assad, non seulement concernant le dossier de la crise syrienne, mais bien plutôt tous les dossiers « chauds » de la région : la Palestine, le Liban, l’Irak et l’Iran.
Maintenant que la Syrie a franchit les deux tunnels les plus obscurs de sa crise, c’est-à-dire l’offensive diplomatique et le soulèvement militaire wahabite, il lui reste deux défis à relever : l’économie et la sécurité.

La Fable des deux Chèvres

En guise de conclusion, il nous reste à dire que le sort du Conseil national syrien et des monarchies absolutistes du Golfe – maintenant que la déclaration du Conseil de sécurité a pris comme titre principal la reconnaissance du rôle du président Assad dans toute solution future – ne semble pas assez étincelant ; ce qui évoque en nous la fable de La Fontaine, Les deux Chèvres :
Faute de reculer, leur chute fut commune.(Fables de La Fontaine / Les deux Chèvres / Livre XII, Fable 4)
Toutes deux tombèrent dans l’eau.
Cet accident n’est pas nouveau
Dans le chemin de la fortune.
Fida Dakroub, Ph.D
Pour communiquer avec l’auteure : http://bofdakroub.blogspot.com/
Docteur en Études françaises (UWO, 2010), Fida Dakroub est écrivaine et chercheure, membre du « Groupe de recherche et d’études sur les littératures et cultures de l’espace francophone » (GRELCEF) à l’Université Western Ontario. Elle est l’auteur de « L’Orient d’Amin Maalouf, Écriture et construction identitaire dans les romans historiques d’Amin Maalouf » (2011).
Cet article a été initialement publié sur Mondialisation.ca
http://mondialisation.ca/index.php?context=va&aid=30020

vendredi 30 mars 2012

Le silence criminel des medias et les nouvelles guerres coloniales

Ceci n’est pas un article, encore moins une note de lecture, mais bien un cri, un appel, une voix de désespoir pour alerter. Une tentative afin qu’une solidarité active se mette en marche pour engager d’autres voix de dénonciation face au silence complice et lâche. Un silence que nous allons tous payer cher. Merci de partager ce message.
Dire aujourd’hui assez ! à la désinformation et la guerre c’est dire quel lendemain, quel avenir nous voulons. S’agit-il de laisser à nos enfants de nouvelles colonies sur les bras ou bien des pays libres ? Les peuples du monde qui sont aux abois ont besoin de nous aujourd’hui.
Pour cela, il faut dire assez au terrorisme médiatique qui consiste à la désinformation quotidienne, à faire passer les victimes, tel que le peuple syrien et son gouvernement, pour les bourreaux
Nous ne pouvons pas abandonner la Syrie et l’Iran. Il nous faut bloquer la main criminelle qui s’abat contre le peuple palestinien et sauver l’humanité. Et aussi, bloquer les plans déjà tout tracés contre Notre Amérique c’est choisir la vie contre la guerre et la mort. Il y va de l’avenir de l’humanité entière en danger historique, pour sa survie, celle de l’espèce et la vie même.
Souvenons-nous : 

Tout d’abord, ils ont attaqué l’Afghanistan. Nous n’avons pas réagi par méconnaissance. Les médias affirmaient que les envahisseurs avaient raison. À ce jour, rien n’est encore clair concernant les tours jumelles, mais depuis 2011 tous les pays sont sous la menace du pouvoir impérial le plus armé et pire mafieux de toute l’histoire.
Ensuite, ils ont attaqué l’Irak. Quelques voix se sont élevées, mais trop isolées et inaudibles. Aussi, les moyens de communication ont vite fait de les balayer et ont ouvert les portes à l’invasion. Parmi les atrocités commises par les envahisseurs, à peine quelques images ont filtré, on ne sait pas trop si pour faire peur ou pour nous distraire.

Ensuite, ils ont camouflé sous le couvert de « printemps arabe » ce qui n’était qu’un plan prémédité pour justement faire avorter les véritables printemps en gestation. Feindre de changer pour que rien ne change.
Plus tard, ce fut le tour de la Libye. Tout d’un coup, ils ont découvert que son dirigeant était un sinistre dictateur. Nous étions dans l’ignorance, nous écoutions seulement les discours, les voix et nous pouvions voir les images filtrées au préalable par l’envahisseur, mais jamais les milliers de morts sous les bombardements ni les massacres perpétrés par les envahisseurs :
Étions-nous confus et avions-nous laissé faire ?

Au tour de la Syrie, à présent, un pays lointain comme les autres, dans une contrée stratégique favorable à ceux qui veulent dominer le monde. La Syrie n’a rien fait, des millions de syriens appuient leur gouvernement au cours des manifestations les plus importantes jamais vues. Toutefois, les médias nous racontent l’histoire à l’envers. Les centaines d’attentats terroristes, les boucheries des mercenaires et les troupes spéciales des puissantes étrangères n’existent pas pour ces médias.
Mais alors, lorsque l’armée défend le pays, ces médias déclarent que les morts sont dus à la répression du gouvernement contre le peuple afin que l’invasion étrangère puisse être présentée comme un « sauvetage humanitaire ».

Difficile de trouver pire perversion fasciste. Jusqu’à quand pouvons-nous tolérer le mensonge criminel impuni ?
Et ce n’est pas fini : derrière cela ou tout de suite, c’est le tour de l’Iran. La campagne contre l’Iran est véritablement sans pareille, tellement démesurée. 

Avec un tel flux de désinformation, de mensonges repris à satiété par des millions d’appareils TV dans le monde, les radios, journaux, toute voix dissonante est submergée, la vérité est ensevelie au point qu’il devient difficile de penser avec nos propres têtes et sentir avec nos cœurs.

Depuis la toute première fois, nous avons été complices de plus d’un million de morts dans des conditions atroces, de milliers de disparus, de la destruction de cultures et traces de l’histoire de l’humanité, de l’aménagement de prisons secrètes, de tortures indescriptibles, du retour du nazisme avec un plus grand raffinement technologique, le tout étant au nom de l’humanisme et la démocratie !

 Mais alors, est-ce cela ? Préférons-nous plutôt ne pas savoir, ne pas nous souvenir, ne pas poser de question ?

Pour paraphraser de loin l’éternel Bertold Brecht, lorsque ce sera notre tour, ce sera trop tard. Ce que nous acquiesçons contre nos frères, nous en serons bientôt les victimes. Sachons-le : tous les gouvernements qui n’obéissent pas à la lettre à l’empire et sa puissance doivent disparaitre de la face de la terre. Tous les pays dont les peuples sont conscients deviennent un danger et sont passibles d’être envahis et recolonisés.
Si nous ne faisons rien aujourd’hui, à qui demanderons-nous secours quand ils viendront pour nous ?
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Stella Calloni
Écrivain, journaliste
Argentine
24.03.2012
Traduit du Castillan Par Rashid SHERIF

SYRIE : Seuls les travailleurs, les paysans et la jeunesse sauront se défaire du régime dictatorial de Bachar Al-Assad et libérer le pays

Des morts par milliers, trente mille réfugiés en Turquie et au Liban, deux cent mille déplacés dans le pays, des prisons pleines de prisonniers politiques, des manifestations réprimées dans le sang, des villes assiégées par les blindés de l’armée, un pouvoir qui montre son visage le plus cynique et brutal, des tractations de couloir entre les principales puissances impérialistes pour accorder leurs violons au sujet d’une possible intervention ou, a minima, le renforcement des sanctions actuelles, afin d’essayer une dérive incontrôlée de la situation qui pourrait leur nuire également. Pourtant, les manifestations continuent, envers et contre tout. Voilà le visage qu’offre aujourd’hui la Syrie, un an après les premières explosions de colère dans la ville de Deraa.
Un mouvement déterminé, par delà la propagande impérialiste et celle du régime
Parallèlement on assiste à une véritable guerre de communiqués entre la propagande du régime d’Al-Assad et les médias pro-impérialistes, Al-Jazeera et Al-Arabyia en tête, relayés par les chaines occidentales, qui ont bien appris de leur mission de désinformation systématique avant et pendant l’agression contre la Libye en 2011. Combien de morts ? Combien de brigades blindées sur le terrain ? Combien de déserteurs dans les rangs de la soi-disant Armée Syrienne Libre(ASL) ? Combien de défections au sein de la haute administration baasiste et du gouvernement ? Si l’on fait exception de la démission du ministre des hydrocarbures, Abdo Hussameddin, et d’une cinquantaine de hauts gradés, tout ceci est difficile à savoir en raison, d’abord et avant tout, du black-out médiatique entretenu par le régime.
La censure syrienne a au moins le mérite de démentir dans les faits la thèse officielle de la dictature. Selon Al-Assad, ce qui a lieu en Syrie ne serait qu’une campagne de déstabilisation orchestrée par des groupes terroristes salafistes liés aux monarchies du Golfe. Le régime continuerait à bénéficier du soutien de la majorité de la population, comme le laisseraient entendre les images de l’importante manifestation pro-Assad du 15 mars à Damas. Que des courants islamistes participent au soulèvement et que les dictatures du Golfe, en lien avec la Turquie, arment une partie de l’opposition syrienne ne fait aucun doute. Mais ce à quoi on assiste, à échelle globale, et par delà le soutien dans la population dont se prévaut le régime (soutien réel quoique très relatif comme nous le verrons plus bas), c’est au contraire à un véritable mouvement populaire massif en Syrie. La secousse populaire n’a pas encore complètement touché les deux grands centres urbains du pays, Alep et Damas, mais la contestation ne courbe pas l’échine en dépit de la répression féroce qui est à l’œuvre [1].
Une course de vitesse entre l’impérialisme et le régime dont risque de faire les frais le soulèvement
Cependant, les limitations du mouvement, à la fois en terme de direction politique et en termes sociaux de secteurs mobilisés (avec, à la différence de ce qui s’est passé en Egypte et en Tunisie, une atonie des principaux bastions de la classe ouvrière syrienne), font peser une menace sourde sur le « printemps syrien ». Parallèlement, les impérialistes trépignent d’impatience pour transformer ce mouvement de fond en « une révolution de couleurarmée », du nom de ces « opérations de changements de régime » pilotées par les pays occidentaux dans l’ex bloc soviétique dans les années 2000. L’idée serait de rééditer, avec ou sans intervention militaire directe mais en accentuant l’ingérence impérialiste, le scénario libyen de l’an dernier. Comme en Libye d’ailleurs, si ce scénario prend corps, ce serait pour le plus grand malheur de la Syrie et au profit d’une plus grande semi-colonisation du pays.
La situation ayant décanté, ce qui se joue actuellement en Syrie est bien plus complexe que ce qui pouvait s’exprimer il y a un peu plus d’un an au tout début de la vague révolutionnaire qui commençait à secouer le monde arabe. Celle-ci avait pris de court non seulement l’impérialisme mais également les régimes despotiques lui étant liés ou étant, au bas mot, partenaires de l’Occident.
Ce qui est à l’œuvre en Syrie est une véritable course de vitesse entre d’un côté la contre-révolution interne exercée par le régime d’Al-Assad qui compte pour l’instant sur le soutien déclinant, mais appui tout de même, de Moscou et de Pékin. De l’autre on trouve la pression exercée par l’impérialisme, flanqué de la Ligue Arabe et de la Turquie. Cette seconde poussée exprime une autre tendance contre-révolutionnaire, parée de ses oripeaux démocratiques et humanitaires, et qui a pour objectif de mettre un coup d’arrêt au « printemps arabe », non seulement en Syrie mais à échelle régionale. Pris entre ces deux feux, le mouvement populaire de contestation tend aujourd’hui à reproduire les mêmes errements que le mouvement libyen de l’année dernière et à plonger dans l’impasse dans laquelle s’est fourvoyée la contestation en Cyrénaïque quelques semaines seulement après le début de l’insurrection de Benghazi [2].
Entre printemps arabe et spécificités nationales
Les causes de la détresse du peuple syrien qui a débouché sur le mouvement actuel sont semblables à celles qui expliquent les soulèvements de la région : un régime dictatorial couplé d’une aggravation des tensions économiques et sociales. Pour analyser les ressorts du processus actuel, il ne faut cependant pas oublier une spécificité de l’histoire syrienne récente. A la différence de la Tunisie ou de l’Egypte par exemple, le régime a peiné, au cours des vingt dernières années, à se réinsérer pleinement dans le nouvel ordre impérialiste hérité de la dislocation du Bloc de l’Est.
En dépit des maigres espoirs d’ouverture bercés par la société syrienne à la suite de l’arrivée au pouvoir du fils de l’ancien dictateur, Bachar Al-Assad, en 2000, la situation, sur le plan politique, n’a aucunement changé, le régime continuant à exercer son pouvoir à travers ses multiples ramifications policières. Si certains camps de concentration dans lesquels ont péri deux générations de militants de la gauche syrienne et de l’opposition islamique ont été fermés, les prisonniers politiques ont été déplacés dans d’autres bagnes.
En même temps, les libéralisations économiques initiées sous Hafez Al-Assad se sont intensifiées au cours des dix dernières années. Elles ont largement bénéficié aux élites locales, associées au capital occidental, notamment européen [3] ; aux financiers véreux liés à la clique au pouvoir ; aux capitalistes syriens dont l’appétit s’est encore plus aiguisé à la suite de la perte de la mainmise partielle sur le marché libanais, après le retrait forcé des forces syriennes d’occupation en 2005. Parallèlement, des pans entiers de la population s’enfonçaient dans la misère, notamment dans les campagnes et les villes de province, largement sunnites, subissant de plein fouet les contrecoups de la dislocation de l’étatisme économique qui avait garanti, des décennies durant, une certaine cohérence intérieure garantie par le régime (contrôle des prix, interventionnisme étatique sur le terrain économique et social, etc.).
Ce double état de fait (libéralisations et paupérisation de la société), couplé au maintien d’un régime dictatorial et à l’aggravation des tensions économiques, explique les causes profondes du mouvement actuel. C’est également ce qui explique ses limitations : l’opposition, notamment celle de gauche (mais également l’opposition bourgeoise, au grand dam des impérialistes d’ailleurs, à la recherche d’interlocuteurs), a été systématiquement liquidée. Le processus de contre-réformes économiques a, quant à lui, ultérieurement transformé le rapport de force au profit de la bourgeoisie. Il a considérablement affaibli et fracturé le monde du travail qui n’a pas été en mesure de résister au rouleau compresseur néolibéral version baasiste, à la différence de ce qui a pu avoir lieu, par exemple, dans certains secteurs de la classe ouvrière égyptienne [4].
Chronique d’une année de mobilisation populaire et de contre-insurrection baasiste
Entre janvier et février les premières manifestations qui surviennent un peu partout en Syrie comme dans de nombreux autres pays arabes ont du mal à percer. Réprimées systématiquement par le régime qui ne laisse aucune marge de manœuvre à la contestation, il semble dans un premier temps que la Syrie ne connaîtra pas la vague révolutionnaire qui secoue la région [5]. Ce n’est que partie remise. En effet, à la mi-mars, à la suite de la répression menée à Deraa, dans le Sud, après l’arrestation et la torture d’adolescents par les services de sécurité, la contestation prend de l’ampleur. Le mouvement croît en ciseaux, secouant tour à tour, et avec une intensité différente, les principales régions et villes du pays, notamment l’intérieur du pays.
Cette mobilisation importante, mais inégale, s’explique en partie par la stratégie mise en œuvre par le régime afin de briser les reins du mouvement, de le circonscrire à la province et, en tout état de cause, éviter au possible qu’il ne secoue les principales villes du pays, notamment Alep et Damas. Dans un premier temps, les manifestations sont réprimées brutalement, et par les forces de sécurité et par les shabeeha, l’équivalent syrien des baltagiyya de Moubarak, des hommes de main à la solde du régime agissant en dehors de tout cadre légal. Tout en comptant sur le soutien des principales autorités religieuses (alaouites bien entendu, mais également sunnites et chrétiennes) dans un pays qui est une véritable mosaïque confessionnelle, le régime ne se contente pas de mobiliser ses partisans et de faire jouer le clivage communautaire en évoquant le spectre des deux décennies de guerre civile libanaise et du chaos iraquien à la suite de l’intervention impérialiste de 2003 [6]. Il poursuit la répression, d’une part en faisant tirer sur les manifestants, et d’autre part en arrêtant puis relâchant, une fois torturés, des milliers de contestataires, suivant ainsi le « modèle » employé par les Ayatollahs iraniens pendant la « Révolution verte » ayant suivi les élections de 2009. Cette terrible stratégie a certes limité un temps le mouvement mais n’a pas brisé son élan comme escompté. Entre temps, les tentatives d’auto-réformes opérées par le régime n’ont eu aucun effet sur les mobilisations. L’enjeu n’était d’ailleurs très certainement que d’alimenter les médias, journaux et télévisions, liés au régime, afin de donner l’illusion qu’Al-Assad était prêt à des concessions [7].
Ce n’est que dans un troisième temps, depuis quelques mois, alors que la contestation a commencé à s’armer et à être alimentée par quelques milliers de soldats déserteurs, que le régime est passé à la vitesse supérieure. La guerre civile ouverte a véritablement commencé lorsqu’Al-Assad a ordonné à l’armée de prendre d’assaut les principales zones de la révolte qui échappent complètement aux mains du régime. Pour certains il s’agit des trois quarts du pays. Pour les analystes proches de Damas, il ne s’agit que de certaines zones, dans des villes de province, ou de localités entières. Ce qui est sûr cependant, c’est que le régime a perdu la main, partiellement, et qu’il lui est extrêmement compliqué de reprendre le contrôle de la situation, d’où sa brutalité redoublée. C’est ce qui a eu lieu par exemple au cours des dernières semaines à Homs, la ville ouvrière de l’Ouest du pays, lors de l’offensive sanguinaire menée contre les quartiers aux mains de l’opposition. C’est ce qui est à l’œuvre actuellement dans le Nord, contre la ville d’Idleb notamment, proche de la frontière turque. En dépit de la puissance de feu de son armée, le fait que l’Etat-major syrien soit obligé de procéder par phases dans son offensive contre les villes rebelles montre néanmoins que même du point de vue militaire, en raison de la profondeur du mouvement, le régime est loin d’avoir gagné la guerre contre-insurrectionnelle.
Un régime qui a rendu de bons et loyaux services à l’impérialisme
Comme lors de l’agression contre la Libye, on a vu fleurir dans la gauche institutionnelle latino-américaine (pro-Chávez notamment) et dans certains courants staliniens en Europe et dans le monde arabe un certain nombre « d’analyses » reprenant l’argument selon lequel les occidentaux trameraient contre la Syrie un vaste complot visant à mettre au pas un régime qui représentait jusqu’à présent une ligne de résistance contre l’ordre impérialiste. Certains se risquent même à dire que les révolutionnaires devraient se ranger en conséquence derrière la Syrie baasiste. Tristes (et inquiétants) « marxistes » que ceux qui, face à une menace d’agression impérialiste, confondent « camp militaire » et subordination politique, voire pire, repeignent en rouge la dictature baasiste [8].
Assad père et fils, par delà ce que peut leur reprocher l’Occident, ont toujours agi en chiens de garde de l’ordre établi, quel que soit l’ordre au service duquel ils ont tour à tour opéré : « Socialistesprosoviétiques » ou « panarabes » dans un premier temps, ils ont été depuis plus d’un quart de siècle toujours plus pro-impérialistes et à l’origine des réformes économiques néolibérales. Ils ont toujours été du côté du manche contre tous ceux qui voulaient remettre en cause le monopole exclusif du pouvoir baasiste et sa politique interne et externe, qu’ils soient Syriens, Palestiniens ou Libanais, à commencer par les militants des courants de gauche.
Au cours des vingt dernières années donc, notamment à partir de la disparition de l’URSS et de la première guerre du Golfe (appuyée par Al-Assad père contre l’Irak, baasiste lui aussi et pourtant honni), un réalignement ouvertement pro-occidental s’est opéré à Damas. En échange de sa reconnaissance pleine et entière, de son retour dans le « concert des nations » et de son association aux premiers flux de capitaux qui ont tôt fait de se diriger vers le pays, le régime a monnayé sa collaboration avec l’Occident. Cela ne veut pas dire que Damas se soit complètement couché cours de ces années et a toujours agi en agent direct de l’impérialisme, comme peuvent le faire certains Etats fantoches de la région. La Syrie baasiste n’a jamais été l’émanation directe de l’impérialisme comme certaines pétro-monarchies du Golfe et n’a jamais non plus été assimilable au régime des militaires égyptiens, réaligné sur la politique de l’impérialisme depuis le retournement de Sadate. Les Al-Assad, le père comme le fils, n’ont jamais complètement remisé leur goût prononcé pour le double-jeu et les coups tordus. Ils ne se sont jamais vraiment départis de leur stratégie de la diplomatie asymétrique sur laquelle reposait l’importance régionale de la Syrie, pays sans ressources en matières premières comparables à ses voisins mais avec potentiel de nuisances suffisamment important pour essayer de peser face aux Occidentaux. On ne prendra qu’un exemple. Si, contraint et forcé, Damas a accepté de se retirer du Liban en 2005, perdant ainsi une position acquise pendant la guerre civile et institutionnalisée en dépit des accords de Taieb, le Baas n’a pas oublié d’y placer quelques voitures piégées avant de partir et de faire sauter, par exemple, l’ancien Premier ministre, l’homme d’affaires véreux et ami de Chirac, Rafic Hariri fin 2005. L’enjeu était de souligner combien Damas avait encore son mot à dire dans les affaires libanaises. Cela allait de concert avec une politique de réalignement, en direction des européens notamment. En témoigne le fait qu’Al-Assad a été par trois fois l’hôte de Sarkozy, qui l’a aimablement reçu à l’Elysée, comme il l’avait d’ailleurs fait avec Kadhafi. Le président français, comme son ministre des Affaires étrangères, Alain Juppé, semblent l’oublier un peu rapidement, eux qui veulent maintenant apparaître comme les porte-étendards de la liberté en Syrie… de la liberté, surtout, pour les multinationales française de reprendre pleinement pied dans une région longtemps dominée par la France.
A quoi jouent les impérialistes en Syrie ?
Avec la pression du « printemps arabe » agissant comme puissant révélateur des contradictions du pays et source d’insubordination en interne, Al-Assad est devenu, pour les occidentaux, plus une source de problèmes qu’un point d’ancrage de stabilité, ce qu’il avait été, tendanciellement, jusqu’à présent [9]. C’est la raison pour laquelle les impérialistes voudraient hâter sa sortie de la scène institutionnelle syrienne. La question qui se pose à eux est « comment ? » et quel est le prix qu’ils sont prêts à payer pour mener à bien cette politique.
Les capitales occidentales ne veulent pas perdre la main dans une région aussi stratégique. C’est en ce sens qu’ils veulent contrôler l’évolution de la situation, en la brusquant si besoin est. D’avis divergents au début du processus de contestation en Syrie, l’ensemble des capitales occidentales sont désormais d’accord sur le fait qu’en l’état actuel des choses, tenant compte du degré de pourrissement avancé du régime et du niveau de contestation diffus dans l’ensemble de la société syrienne, par-delà les bastions résolus de l’opposition actuelle, les jours du régime d’Al-Assad sont comptés. Le pays ne reviendra en effet jamais à la situation antérieure, dont s’accommodaient pourtant les impérialistes européens notamment, et ce même si Al-Assad écrase dans le sang la contestation et qu’il gagne à court terme sur le terrain strictement militaire, une hypothèse qui est loin de s’avérer facile comme nous venons de le considérer.
Plusieurs plans sont aujourd’hui à l’étude, allant de l’intervention extérieure (périlleuse et ardue à mettre en œuvre) à un accord a minima pour déplacer Al-Assad et orchestrer une transition « à la yéménite » comme cela s’est vu avec le déplacement d’Abdallah Saleh, ce qui permettrait de maintenir sur pied les bases de son régime, afin d’éviter un scénario plus chaotique encore. C’est ce à quoi travaille aujourd’hui l’ancien secrétaire général de l’ONU Kofi Annan, mandaté par l’ONU et la Ligue Arabe à la suite des échecs successifs enregistrés par le Conseil de Sécurité en raison des vétos russe et chinois. Pour certains analystes, « la mission [d’Annan] est une façon de sauver la face [à la suite de l’opposition ferme de Moscou et de Pékin à tout scénario à la libyenne] et de masquer l’échec, jusqu’à présent, des opposants au régime [d’en finir avec Al-Assad] » [10]. Il est plus convaincant cependant de croire que la mission d’Annan, qui vient d’obtenir le soutien russe, est une façon pour les impérialistes de temporiser afin de « fourbir leurs armes », qu’elles soient directement militaires ou de soutien à une opposition interne remodelée, en raison de sa faiblesse et de son fractionnement actuel. De son côté, Al-Assad compte bien lui aussi gagner du temps, en acceptant sur la forme le plan en six points proposé par Annan.
La question iranienne
Ce qui se joue en Syrie est aussi une partie de billard à trois bandes. Les impérialistes pensent que dans l’état actuel des choses et compte-tenu de la non-viabilité du régime d’Al-Assad, le dossier syrien pourrait être instrumentalisé pour accentuer la pression sur l’Iran, régime auquel la Syrie est étroitement liée.
Mais si tous les impérialistes s’accordent sur un renforcement des pressions sur Téhéran, tous ne concordent cependant pas sur les méthodes à utiliser. On a en effet d’un côté les partisans d’une realpolitik modérée, avec Berlin à sa tête, et de l’autre les faucons sionistes actuellement au gouvernement, partisans de frappes préventives contre l’Iran, y compris sans l’aval de Washington. Compte-tenu, donc, que toutes les puissances impérialistes n’ont pas les mêmes intérêts vis-à-vis de Téhéran, entre les plus va-t-en-guerre et ceux qui seraient simplement partisans de davantage de sanctions, cette question ne fait pas complètement consensus, même si tous entendent a minima mettre au pas la République islamique.
L’autre difficulté concerne la mise en œuvre de cette stratégie. Les plus frileux à l’égard de frappes contre les installations nucléaires iraniennes considèrent que faire de la Syrie un exemple pourrait morigéner les ardeurs du régime de Téhéran. Un renversement d’Al-Assad affaiblirait considérablement le régime iranien et serait donc considéré comme une alternative à une agression, même circonscrite, contre l’Iran. De l’autre côté, la position d’Israël peut sembler paradoxale. Pour Tel-Aviv, partisan de la manière forte contre Téhéran, Damas agit certes en sous-main contre Israël à travers son soutien au Hezbollah libanais et au Hamas palestinien mais le régime baasiste garantit depuis prés de trente ans une trêve armée (mais une stabilité totale) à sa frontière Nord-est au niveau du plateau du Golan. Le renversement d’Al-Assad, sans solution de rechange offrant suffisamment de garanties, n’est donc pas complètement satisfaisant pour Tel-Aviv, encore moins au moment où la question du Sinaï et de la frontière Sud-ouest est remise en cause par le processus révolutionnaire égyptien en dépit des efforts déployés par la junte au Caire pour sécuriser la région. Ainsi, même si Netanyahou dit vouloir intervenir au plus vite contre l’Iran, un renversement du régime syrien actuel ne serait pas automatiquement favorable pour Israël. La question d’une solution de rechange, au sein même de la clique au pouvoir à Damas ou en dehors, est donc une question centrale pour les impérialistes. C’est ce sur quoi travaille actuellement leur envoyé, Kofi Annan.
L’impérialisme n’a pas renoncé à continuer à placer ses pions pour huiler les mécanismes de l’intervention
C’est notamment la raison pour laquelle certains analystes estiment que « les gouvernements occidentaux semblent avoir abandonné l’option militaire. Les Etats-Unis sont inquiets du rôle joué par Al Qaida [dans l’opposition militaire au régime], et les derniers attentats à Damas et Alep sont peut-être un nouvel exemple de la façon dont l’organisation islamiste tente d’instrumentaliser le chaos dans le pays. La France a rejeté l’appel saoudien et qatari à armer les rebelles. (…) » [11]. Bien que moins immédiate qu’il y a quelques semaines, l’option militaire n’est cependant aucunement remisée par les impérialistes. C’est la raison pour laquelle, en collaboration avec la Turquie, la Ligue arabe et surtout le Conseil de Coopération du Golfe [12], ils continuent à essayer depuis des mois à mettre sur pied l’équivalent d’un « Conseil National de Transition » pour la Syrie, rôle qu’ils souhaiteraient voir assumer par le Conseil Nationale Syrien, officieusement reconnu au mois d’août, flanqué d’une soi-disant Armée Syrienne Libre (ASL). En dépit d’un certain insuccès jusqu’à présent, les impérialistes n’ont pas renoncé à décliner d’une façon ou d’une autre pour la Syrie un scénario à la libyenne.
Sans agent sur place se pliant de bonne grâce au petit jeu d’être le porteur d’eau de l’Occident, toute immixtion de l’impérialisme passerait ouvertement pour de l’ingérence néocoloniale. C’est tout l’enjeu de la constitution du CNS et tout le problème de son fractionnement qui est apparu au grand jour dernièrement. Les impérialistes viennent de se rendre compte combien il était difficile de monter de toutes pièces et dans la hâte une alternative au régime suffisamment solide et cohérente pour être en capacité de mener à bien la « contre-révolution démocratique » sur place [13]. L’autre problème reste que même si le CNS et l’ASL ont été canonisés par la presse occidentale comme la seule opposition sur place, ils restent militairement beaucoup trop faibles face à l’armée syrienne dont les défections sont pour l’instant circonscrites, tant dans la troupe qu’au sein du commandement. L’opposition pourrait alors être utilisée pour devenir un casus belli, en préparant un crescendo de situations instrumentalisables par l’impérialisme (écrasement par l’armée syrienne de nouvelles villes aux mains des insurgés ou du refus par Damas de mettre en place d’une façon ou d’une autre des corridors humanitaires). Ce genre de scénarios pourraient justifier une intervention, notamment si Al-Assad piétinait le plan en six points proposé par Annan.
Mais avec ou sans participation prépondérante de la Turquie et des pays du Golfe, les calendriers électoraux français et surtout américain font que ceux qui en paroles souhaitent la chute d’Al-Assad ne peuvent pas s’en donner les moyens sans en payer le prix fort au niveau politique. La situation, entre-temps, se dégrade et a même abouti à de premières fractures au sein du CNS. Tout ceci montre combien le temps est compté pour les impérialistes eux-mêmes. Sauf à parier sur un scénario à la libanaise dont l’expérience dans les années 1980 a été traumatisante pour les occidentaux, les capitales impérialistes devront prendre, à court terme, des décisions importantes. C’est ce qui rend la discussion encore plus centrale, au sein du mouvement ouvrier occidental et a fortiori au sein de l’extrême gauche, sur notre positionnement en solidarité avec le processus syrien, en complète opposition tant par rapport aux menaces d’agression étrangère que par rapport aux pions que l’impérialisme est en train de mettre en place dans la région, CNS et ASL en tête.
En guise de conclusion, les contradictions du processus et l’alternative révolutionnaire
Ce qui a lieu en Syrie est le fruit d’un « printemps arabe » entendu comme un cycle encore ouvert de révoltes et de processus révolutionnaires. C’est également la conséquence de l’accroissement des tensions au niveau régional à la suite d’une décennie d’interventions impérialistes, en Afghanistan et en Irak notamment, qui n’ont pas permis aux Etats-Unis de freiner leur déclin en tant que puissance hégémonique. Ce qui s’entrecroise aujourd’hui en Syrie, c’est la stratégie double des impérialistes visant à mettre un coup d’arrêt définitif au processus arabe actuel et à réaffirmer leur domination sur le Proche et Moyen-Orient.
N’escomptant plus pouvoir négocier réellement avec Al-Assad (sans pour autant exclure complètement ce scénario), forts de leurs « acquis » libyens en termes de « contre-révolution démocratique », les impérialistes font également, à court ou moyen terme, le pari d’une intervention. Cette offensive contre la Syrie viserait à approfondir la semi-colonisation du pays, éviter le développement d’une guerre civile incontrôlable voire l’explosion d’un processus révolutionnaire. Une telle intervention ne serait pas sans risques. Elle pourrait même être plus périlleuse que l’aventure libyenne de cet été, en raison de l’éventualité d’avoir à affronter une résistance plus structurée, en raison également du rôle régional de la Syrie et de ses liens avec l’Iran et le Liban.
L’impérialisme a réussi à mettre sur pied un Conseil National Syrien (CNS) dont l’équilibre interne reste cependant précaire. L’enjeu est de pouvoir compter sur un agent local de collaboration pour unifier les différentes forces de l’opposition à Al-Assad et contrôler le mouvement de rébellion populaire, en le subordonnant étroitement au programme impérialiste. L’orientation du CNS se base sur la défense de l’Etat syrien et de son armée, une fois purgés des éléments les plus liés à la clique au pouvoir, sur la remise en cause de l’alliance stratégique avec l’Iran et sur le déplacement d’Al-Assad pour mettre en place, dans le cadre d’un gouvernement « d’unité nationale », une transition contrôlée proche du scénario à l’œuvre aujourd’hui au Yémen. Dans les faits, organiser une sortie politique contrôlée de ce qui ressemble de plus en plus à une guerre civile ouverte implique de traiter avec un secteur du régime baasiste et son armée. En effet, le CNS en tant que tel est bien trop faible pour affronter les contradictions sociales et confessionnelles explosives syriennes que le processus actuel, la répression du régime et la pression impérialistes n’ont fait que renforcer. Il n’existe aujourd’hui malheureusement aucun secteur de poids, à la base, y compris parmi les Comités de Coordination Locaux à l’initiative du mouvement d’opposition aux premiers moments du soulèvement, qui dénonce clairement le CNS, son programme pro-impérialiste, et soit en mesure de s’ériger en alternative politique [14].
La contradiction politique principale du soulèvement actuel est que faute de pouvoir se développer à travers une dynamique révolutionnaire parfaitement indépendante des forces bourgeoises de l’opposition, à commencer par les plus pro-impérialistes, le mouvement reste subordonné dans les faits au CNS et risque de finir par devenir un facteur de pression instrumentalisé par les Etats-Unis et les impérialistes européens dans leur stratégie de « changement contrôlé de régime ».
Ce qui fait cruellement défaut en Syrie aujourd’hui ce n’est pas du courage, car celui des manifestants et des opposants au régime force l’admiration. Ce qui manque c’est une stratégie de classe, appuyée sur une dynamique ouvrière et populaire autonome, qui soit en mesure de dénoncer implacablement l’impérialisme et ses velléités interventionnistes toujours plus claires. La satisfaction des revendications démocratiques légitimes du peuple syrien contre la dictature, la satisfaction des revendications nationales desminorités mais aussi et surtout des revendications sociales des travailleurs, des paysans et de la jeunesse de Syrie ne sera possible que sur la base d’une opposition complète à l’égard des différents plans de transition concoctés par l’impérialisme. Ceci présuppose une stratégie de classe et anti-impérialiste alternative à celles du CNS.
Le processus actuel en Syrie a un impact sur l’ensemble de la région, à commencer par la Palestine et le Liban. Il pose plus que jamais la question stratégique de l’expulsion de l’impérialisme du Proche et Moyen-Orient, de la destruction de l’Etat d’Israël afin de construire une Palestine unifiée, ouvrière et socialiste, où puissent vivre en paix juifs et arabes musulmans et chrétiens, et par conséquent de l’unification de toute la région dans le cadre d’une Fédération des Républiques Socialistes mettant à bas les régimes autocratiques, réactionnaires et obscurantistes qui sont alliés de l’Occident.
La question de la construction et de l’extension d’une véritable solidarité internationale, de classe, avec le printemps arabe, est plus que jamais à l’ordre du jour. C’est une tâche par rapport à laquelle aujourd’hui le mouvement ouvrier, en Europe notamment, est défaillant. Il n’y aurait pas pire scénario pour les travailleurs et la jeunesse que de voir se renforcer les différentes puissances impérialistes sur l’autre rive de la Méditerranée. Cela signifierait une condamnation des aspirations de nos sœurs et frères de classe arabe qui sont à la pointe, depuis plus d’un an maintenant, du premier processus révolutionnaire du XXI° siècle. C’est en ce sens qu’il faut de toute urgence, en reprenant le chemin du mouvement anti-guerre du début des années 2000 mais en lui donnant un contenu de classe, construire l’opposition contre les projets d’intervention « humanitaires » ou « démocratiques » de l’impérialisme. C’est le meilleur moyen pour renforcer, de l’autre côté de la Méditerranée, une option de classe pour les révolutionnaires, car seule la classe ouvrière est à même d’offrir une alternative aux tentatives de « contre-révolutions démocratiques » à l’œuvre ou à la guerre civile telle qu’elle se développe actuellement en Syrie.
Si aucune alternative ouvrière et populaire ne surgit et impose un nouvel ordre face au chaos que vit actuellement la Syrie, ce seront l’Occident et ses pions qui essaieront d’imposer le leur. La région présente encore les stigmates de ce qu’un tel rétablissement de l’ordre veut dire. En comparaison, la répression vécue par les insurgés à Homs et à Idleb ne sera rien. Il suffit d’avoir en mémoire la guerre contre-insurrectionnelle menée par Hussein de Jordanie contre la gauche jordanienne et palestinienne au cours du Septembre Noir de 1970, l’invasion du Liban, les massacres de Sabra et Chatila ou l’occupation du Sud Liban par Tsahal dans les années 1980 et 1990 ou encore, plus proche de nous, l’intervention impérialiste en Iraq.
Ciro Tappeste
Source : Courant Communiste Révolutionnaire du NPA
28/03/12

Adieu l’Amérique et bon vent. (Antiwar)

Il  est intéressant de constater à quel point l’impérialisme a "réussi" aux Etats-Unis. A la fin de l’année dernière, les Etats-Unis ont été éjectés de l’Irak après avoir dépensé quelques milliers de milliards de dollars pour tuer des centaines de milliers d’Irakiens et d’Américains. Al-Qaeda, qui n’était pas présent en Irak lorsque les Etats-Unis sont arrivés, a récemment effectué des attentats à la bombe qui ont tué des centaines d’Irakiens, principalement des civils. Et suite à l’intervention des Etats-Unis, le plus proche allié de l’Irak est désormais l’Iran, et non les Etats-Unis.
Epouvanté par les excès de l’armée US, le président Afghan Hamid Karzai a réagit, d’abord en exigeant que les soldats US soient confinés dans leurs bases, une mesure qui signifierait que la présence US en Afghanistan pourrait bien prendre fin plus tôt que prévu ainsi que la perte de quelques milliers de milliards de dollars supplémentaires après la mort de quelques dizaines de milliers de soldats de la coalition et de civils afghans. Même si Karzai accepte une présence états-unienne mise sous le contrôle de son propre gouvernement « souverain », la suite des événements est prévisible et il ne manque plus qu’une date définitive d’évacuation. Sans oublier que les Talibans effectueront certainement un retour sous une forme ou sous une autre.
Pendant ce temps, dans le Pakistan voisin, le parlement discute sur la fin de la coopération avec les Etats-Unis à cause des campagnes de drones qui se poursuivent et qui, comme prévu, tuent principalement des civils. Le Pakistan possède l’arme nucléaire et de vrais terroristes qui rôdent dans les régions tribales. Le retrait du Pakistan révélera au grand jour le gâchis de ces 11 dernières années, lorsque Washington quittera l’Asie Centrale en laissant derrière elle une situation bien pire que lorsque l’armée US et la CIA sont arrivées.
Comment une grande nation, avec de si vastes ressources en matière de renseignement et de diplomatie, peut-elle être aussi sourde et aveugle ? Un article publié la semaine dernière dans le Washington Post illustre parfaitement la futilité absolue de la politique étrangère de l’administration Obama. L’article commence ainsi :
Le président Obama a prononcé mardi son message annuel au peuple iranien, sur un ton bien plus polémique que d’habitude et dans lequel il a déclaré qu’il chercherait des moyens pour briser la barrière électronique que Téhéran a dressée autour de l’Internet et des autres moyens de communication. « Je veux que le peuple iranien sache que l’Amérique cherche le dialogue pour entendre votre point de vue et comprendre vos aspirations, » a dit Obama lors de la commémoration du Nowruz, le nouvel an perse. « Les Etats-Unis continueront à attirer l’attention sur la barrière électronique qui isole le peuple iranien du reste du monde » a-t-il dit. «  Et nous espérons que d’autres se joindront à nous pour faire avancer cette liberté fondamentale du peuple iranien : la liberté d’échanger les uns avec les autres et avec le reste de l’humanité ». Depuis sa prise de fonction, Obama a profité de ses messages délivrés pour le Nowruz pour s’adresser directement aux Iraniens et tenter de trouver un terrain d’entente entre les Etats-Unis et la République islamique.
Malheureusement, ce n’est pas le peuple iranien qui contrôle la politique étrangère de l’Iran mais son gouvernement. La préoccupation du Président Obama pour leurs aspirations est aussi bidon que son intention de donner un véritable état aux Palestiniens. Est-ce qu’il comprend au moins ce qui se passe en Iran ou est-ce seulement un discours destiné à un auditoire interne ? Et parler de la liberté de l’Internet est d’une hypocrisie insondable car il n’y a pas d’autre pays qui s’ingère plus dans la cyber-espace que les Etats-Unis d’Amérique. Et ce n’est pas un Internet plus libre qui empêchera la guerre, surtout lorsque les Israéliens et le Congrès US semblent décidés à y entrer, quoi que puisse faire l’Iran. En réalité, la Maison Blanche cherche à tout prix à éviter le dialogue avec l’Iran parce qu’Obama a l’intention d’être réélu et il ne veut surtout pas s’attirer les foudres du lobby pro-israélien. Ce qui signifie qu’il ne se passera rien cette année, sauf si Israël décide de passer à l’action. Une situation de « ni guerre, ni paix » est précisément ce que l’administration US recherche.
Qui, à part la bande de conseillers en politique étrangère qui entourent les trois principaux candidats républicains à la présidence, qui tous salivent à l’idée d’une guerre, peut nier que les Etats-Unis sont engagés dans la pente raide du déclin ? Si des états habituellement serviles comme l’Irak et l’Afghanistan trouvent le courage pour envoyer balader Obama, alors n’importe qui en est capable. En fait, tout le monde devrait le faire, en prenant exemple sur les Égyptiens qui ont jeté en prison la bande habituelle de militants du National Endowment for Democracy décidés à importer la démocratie américaine au reste du monde. Le président russe Vladimir Poutine serait d’accord avec les Egyptiens, et se demanderait pourquoi il y a tant d’ONG américains et européens qui sillonnent son pays pour expliquer aux gens quel genre de révolution colorée ils auraient besoin pour le renverser. Apparemment, le reste du monde est en manque de démocratie à la sauce US, si on en croit les justifications d’Eric Holder, ministre de la justice, pour les assassinats de citoyens étrangers et ses explications sur les bienfaits de la guerre par drones interposés. Et il y a aussi la déclaration contenue dans la loi National Defense Authorization Act qui stipule que le monde entier est devenu un champ de bataille et que n’importe qui peut devenir un combattant ennemi. Ou le décret présidentiel qui autorisera le gouvernement à prendre le contrôle de toutes les ressources nationales en cas d’état d’urgence. Et qui décrète l’état d’urgence ? La Maison Blanche, pardi !
Lorsque tout le monde aura enfin compris qu’ils n’ont pas vraiment besoin que ce que l’ancienne secrétaire d’Etat Madeleine Albright a appelé « la nation indispensable » qui « voit loin » (les Etats-Unis – NdT pour ceux qui auraient raté un épisode), ils pourront enfin se consacrer à faire le ménage chez eux. Un Moyen Orient débarrassé des ingérences de Washington signifierait que les Israéliens et leurs voisins pourraient enfin se parler et établir un modus vivendi. Les Afghans et les Pakistanais seront obligés de trouver une solution. Les Iraniens pourraient même décider que plus personne ne les menace et se débarrasser d’une partie de leur paranoïa. Idem pour les Nord Coréens. Les Américains pourraient enfin retourner faire ce pour quoi ils sont doués : fabriquer des choses, être inventifs, et mener une vie tranquille sans ressentir le besoin d’envahir un pays ou d’imposer leurs diktats à quelques gouvernements par-ci par-là. Ce serait adieu à toutes ces choses inutiles et bon vent l’Amérique - cette fois dans le bon sens du terme.
Philip Giraldi
Philip Giraldi est un ancien officier de la CIA et contributeur au magazine The American Conservative et directeur exécutif du Council for the National Interest.
Source : http://original.antiwar.com/giraldi/2012/03/28/good-night-am...
Traduction « et même Bon Débarras » par VD pour le Grand Soir avec probablement les fautes et coquilles habituelles.
URL de cet article 16231 http://www.legrandsoir.info/adieu-l-amerique-et-bon-vent-antiwar.html

Maroc - Le suicide d'une jeune fille : Une loi qui protège les violeurs

La loi marocaine aide à se perpétuer des conceptions sociales et religieuses qui réduisent les femmes au statut de marchandise, dépréciée lorsqu'elle a perdu son hymen. Et elle s'appuie sur la misère qui, dans les régions pauvres et sans travail, pousse à marier les filles à l'âge où elles devraient fréquenter l'école....
Le 10 mars, une jeune fille marocaine de 16 ans est morte à Larache, non loin de Tanger, au Maroc. , en avalant de la mort-aux-rats, parce qu'elle avait été mariée de force à l'homme qui l'avait violée.
L'horreur de la situation de la jeune Amina éclate parce qu'elle s'est donné la mort. Mais combien d'autres femmes et jeunes filles la vivent, au Maroc ? Il n'existe bien sûr pas de statistique pour le dire. La loi, en l'occurrence l'article 475 du code pénal, a permis au violeur d'Amina d'échapper à des années de prison pour le « délit » de viol sur mineure, en échange de son mariage avec sa victime.
Tout ce que la société marocaine a de plus moyenâgeux est tombé d'accord, il y a quelques mois, pour condamner... la petite Amina à une deuxième et tragique agression : elle a été forcée d'épouser son violeur. Sa propre famille a retiré sa plainte, préférant ce mariage forcé au déshonneur qu'auraient représenté à ses yeux, comme sans doute à ceux de l'entourage, la virginité perdue d'Amina et sa réputation salie. Puis le mariage a été prononcé par le tribunal de la famille de Larache, suite à une réconciliation arrangée des deux familles.
Le code de la famille, réformé en 2004, a certes permis quelques avancées du statut de la femme, auparavant totalement considérée comme une mineure passant de l'autorité du père à celle du mari ; mais, par exemple, le droit à la polygamie n'en est pas totalement exclu, et surtout, de nombreuses dérogations peuvent être obtenues, en particulier pour le mariage de mineures en principe interdit. C'est ainsi qu'en milieu rural une augmentation de 50 % des mariages de mineures a pu être observée entre 2006 et 2007. Sur ces mariages, combien d'« arrangements » familiaux ?
Le « double viol » d'Amina, suivi de son suicide, a provoqué des rassemblements indignés : 300 personnes devant le tribunal de Larache. Puis des féministes ont organisé un sit-in devant le parlement marocain à Rabat, pour exiger l'abrogation de l'article 475.
La loi marocaine aide à se perpétuer des conceptions sociales et religieuses qui réduisent les femmes au statut de marchandise, dépréciée lorsqu'elle a perdu son hymen. Et elle s'appuie sur la misère qui, dans les régions pauvres et sans travail, pousse à marier les filles à l'âge où elles devraient fréquenter l'école.
Viviane Lafont
Lutte Ouvrière

Palestine - Israël refuse toute enquête sur la colonisation...Ainsi Israël a pu annexer Jérusalem-Est, ainsi que le plateau du Golan appartenant à la Syrie et occuper Gaza et la Cisjordanie au mépris du droit des peuples.

....Lorsque Saddam Hussein avait envahi le Koweït, les grandes puissances, États-Unis en tête, avaient proclamé qu'un pays n'avait pas le droit d'en annexer un autre et lui avaient fait la guerre. Mais lorsqu'Israël fait exactement la même chose, annexant et occupant des territoires étrangers depuis plus de quarante ans, les grandes puissances, toujours États-Unis en tête, laissent faire....
Le Conseil des droits de l'homme de l'ONU a succédé en 2006 à la Commission des droits de l'homme. Il lui arrive de prendre des initiatives bienvenues comme cette proposition d'enquête sur les conséquences de la colonisation israélienne dans les territoires palestiniens occupés. Cette enquête, si elle avait lieu, ne mènerait pas nécessairement bien loin ; mais il n'empêche que ce projet a été jugé insupportable par le gouvernement israélien qui estime que l'organisme onusien est « hypocrite » et « manque d'objectivité » et Israël a donc décidé de rompre avec lui.
Ainsi Israël a pu annexer Jérusalem-Est, ainsi que le plateau du Golan appartenant à la Syrie et occuper Gaza et la Cisjordanie au mépris du droit des peuples. À part Gaza qui est maintenant soumis à un blocus, la colonisation israélienne se poursuit dans tous ces territoires, contre la volonté des populations et aussi contre les décisions de l'ONU.
Lorsque Saddam Hussein avait envahi le Koweït, les grandes puissances, États-Unis en tête, avaient proclamé qu'un pays n'avait pas le droit d'en annexer un autre et lui avaient fait la guerre. Mais lorsqu'Israël fait exactement la même chose, annexant et occupant des territoires étrangers depuis plus de quarante ans, les grandes puissances, toujours États-Unis en tête, laissent faire.
Alors qu'il est question d'une simple enquête, les dirigeants israéliens peuvent se permettre de refuser et de rompre avec ce Conseil de l'ONU qui n'a même pas de pouvoir réel. Autant dire qu'ils considèrent qu'ils peuvent piétiner impunément les droits de tout un peuple, avec la complicité des grandes puissances.
André VICTOR
Lutte Ouvriére