vendredi 19 juillet 2013

EGYPTE : Ces femmes qui font la révolution égyptienne ....« On peut battre une révolutionnaire, mais pas battre la Révolution »

« Ce n’est pas parce qu’on s’est séparé du pire, Moubarak, que nous sommes prêts à accepter le mauvais, c’est-à-dire Morsi »

Elles sont le visage de l’Égypte. Et l’âme de cette révolution qui secoue de nouveau le pays depuis quelques semaines. Nada, Inès, Yosra et Pasant sont présentes sur la place Tahrir, au Caire, dès que la liberté de leur peuple est en danger. Y revenant sans cesse, tant que la transition démocratique n’aura pas abouti. Rencontre avec quatre jeunes femmes qui rêvent de justice sociale, de démocratie, et d’un avenir meilleur pour leur pays.
Jeunes, diplômées, avec ou sans emploi, ces jeunes femmes ont participé à la Révolution égyptienne. Où plutôt « aux deux Révolutions », comme le souligne Inès. La première qui a entraîné la chute de l’ancien président Hosni Moubarak en janvier 2011, après trente ans de dictature. Et la seconde, le 3 juillet 2013, a provoqué la destitution de Mohamed Morsi, premier président (islamiste) élu de l’ère post-révolutionnaire. Nada, Inès, Yosra et Pasant rêvent d’une Égypte plus solidaire, avec davantage de justice sociale. Conscientes que le processus sera long. Et déterminées à se battre pour défendre cette révolution en cours.
Nada, 20 ans : « Continuer jusqu’à ce que l’Égypte soit un bon pays pour tous »
Nada, 20 ans, est sur la place Tahrir avec sa mère, sa petite sœur, son fiancé Mustafa, et un ancien militant communiste irakien de passage, venu soutenir la Révolution. Tous partagent l’iftar, le repas de rupture de jeûne du Ramadan, sous une tente où trônent plusieurs portraits : aux côtés de Nasser et d’Anouar el-Sadate, deux anciens présidents égyptiens, on aperçoit Abdel Fattah al-Sissi, commandant en chef de l’armée égyptienne, ministre de la Défense et responsable de l’intervention militaire qui a destitué le président Mohamed Morsi.
Nada paraît faussement candide, laissant souvent Mustafa, beau parleur, assurer la traduction de l’arabe vers l’anglais. Mais comme elle le dit elle-même, « elle parle peu et agit plus ». Depuis le début du mouvement révolutionnaire, elle est presque tous les jours sur la place Tahrir. Elle était là pour réclamer la chute de Moubarak, elle est revenue pour exiger la chute de Morsi. « Ce n’est pas parce qu’on s’est séparé du pire, Moubarak, que nous sommes prêts à accepter le mauvais, c’est-à-dire Morsi », explique-t-elle avec douceur et fermeté.
Deux raisons l’ont parfois maintenue loin de la place Tahrir. Tout d’abord, ses études de commerce. Le 30 juin, jour de la plus grande mobilisation anti-Morsi (près de trente millions de personnes seraient descendues dans les rues à travers tout le pays), Nada passait un examen universitaire. Elle a donc « raté ça », dit-elle avec une certaine déception dans la voix. L’autre raison : la sécurité, ou plutôt l’insécurité, qui fait qu’elle ne campe jamais sur la place Tahrir la nuit. « Pour les femmes, c’est difficile. Il y a eu de nombreux cas d’attouchements, voire de viols » [1]. Elle préfère venir en journée, manifester, marcher, protester et rentrer ensuite chez elle, dans une famille assez aisée.
Nada revient sans cesse place Tahrir. Elle le fera tant que la transition démocratique n’aura pas abouti. Elle le doit à son pays, affirme-t-elle. « Nous devons suivre la voie de la Révolution, jusqu’à ce que l’Égypte soit un bon pays. Non pas un grand pays, nous n’en avons pas besoin, juste un bon pays pour tous ».
Yosra, 29 ans : « On peut battre une révolutionnaire, mais pas battre la Révolution »
Yosra, est très différente de Nada. Elle a 29 ans, et vient d’un milieu pauvre. Elle vit dans le quartier populaire du Fayoum, massivement acquis à la cause des Frères musulmans. Elle est plus volubile, porte un regard plein de détermination et parle un français parfait. Depuis trois ans, elle s’est lancée à fond dans la Révolution.
Avant 2011, elle travaillait dans les ressources humaines, après des études de commerce. Puis elle a perdu son emploi, et s’est alors consacrée entièrement à la Révolution. Elle a été de tous les sit-ins, de toutes les manifs, de toutes les marches et autres protestations, via Facebook ou Twitter. Avec ses amies « musulmanes, chrétiennes et athées », elles se battent « pour leur avenir ». A-t-elle subi des violences ? Yosra finit par expliquer qu’elle a été battue par des policiers. Avant d’ajouter, sourire aux lèvres : « On peut battre une révolutionnaire, mais pas battre la Révolution ». Avant de faire remarquer que d’autres femmes ont vécu des sorts pires que le sien.
Yosra a rejoint la campagne Tamarod (« Rébellion »), qui a exigé le départ de Morsi, notamment en annonçant avoir récolté les signatures de 22 millions d’Égyptiens. Elle est « musulmane pratiquante », explique-t-elle. Et, pour autant, elle n’a pas voté Morsi lors des dernières élections. Mais pour l’un des candidats de gauche eu premier tour. Et au second tour, sommée de choisir entre un ancien dirigeant du régime de Moubarak et un membre de la confrérie des Frères musulmans, elle a voté blanc. « Les Frères musulmans sont prêts à tout pour le pouvoir en le faisant passer au nom de l’Islam. Or l’Islam n’a rien n’avoir avec ce qu’ils proposent. L’Islam c’est le respect des autres dans toutes leurs différences, l’Islam, c’est le dialogue. L’Islam, c’est surtout et avant tout la démocratie. »
Cette exigence, Yosra la revendique pour tous. Lors d’un séminaire organisé par le docteur Alaa el-Aswany, grand écrivain égyptien, proche du nouveau gouvernement et du nouveau vice-président Mohamed el-Baradei, elle rappelle que la rue « maintiendra la pression sur eux, eux qui ne sont plus jeunes et qui peuvent avoir perdu contact avec la réalité du terrain ». Aux militaires qui sont intervenus pour destituer Mohamed Morsi, elle rappelle que tant qu’ils sont là pour protéger le peuple, « ils seront acceptés ». Et dans le cas contraire ? « On manifestera contre eux ! »
Inès, 32 ans : « Les Frères musulmans ont reproduit le programme néo-libéral de Moubarak »
Inès n’accorde pas non plus beaucoup de confiance aux militaires. Cette avocate de 32 ans, fille d’avocats engagés et dont la sœur et le frère cadets exercent le même métier, se situe politiquement à gauche. « Même si être de gauche en Égypte suppose des choses très contradictoires. »
« Les militaires devaient intervenir, sans quoi on risquait un bain de sang ». Mais pour Inès, « les militaires n’avaient jamais vraiment quitté le pouvoir. Ils avaient passé un deal avec les Frères musulmans, qui leur permettait de garder le contrôle
sur une partie du budget et de l’économie égyptienne,
décrit-elle. Ce deal aurait pu se poursuivre si les Frères musulmans n’avaient pas fait en un an autant d’erreurs, qui ont poussé près de trente millions d’Egyptiens à demander leur départ ». « L’armée, continue-t-elle dans un français qu’elle maîtrise parfaitement, veut continuer à faire son business et que personne n’interfère. Ni les Frères musulmans, ni les révolutionnaires, ni les États-Unis. »
« Ne pas faire de faux procès à l’islam »
Si elle regrette le poids du patriarcat, accentué par les discours des Frères musulmans, Inès ne veut pas qu’on fasse de faux procès à l’islam. Ce que la jeune femme reproche à l’ancien président Mohamed Morsi, ce sont surtout les nombreuses violations des libertés collectives et individuelles, les arrestations extra-judiciaires, les cas de violences, de tortures, voire de meurtres. Elle connaît bien le sujet, car son frère cadet, Karim, défend bénévolement – avec d’autres avocats regroupés au sein du centre Adala (« justice », en arabe) – des personnes ou des familles victimes de ces violations ou de celles commises par l’armée et la police.
Ce qu’Inès condamne le plus, c’est la misère économique dans laquelle les Frères musulmans ont laissé les gens. « Les Frères musulmans se sont contentés de reproduire le programme économique du régime Moubarak, c’est-à-dire tenter de générer de la croissance selon le dogme néo-libéral. De la croissance et non du développement. Or la croissance ne bénéficie qu’à quelques uns. » Inès reconnaît qu’elle vient d’un milieu favorisé. « Mais, mets-toi à la place d’un jeune Égyptien qui a 35 ans, qui est sans emploi et forcé de continuer à vivre chez ses parents, qui est amoureux mais qui ne peut se marier car il n’a pas de moyen... » Elle garde le silence un moment, avant de poursuivre : « Ce jeune Égyptien n’a d’autre choix que de se révolter. Et moi avec lui. Les revendications du peuple égyptien sont de plus en plus précises. Même si les gens n’utilisent pas les notions liées au clivage gauche-droite, la rue a de plus en plus des exigences de gauche, en matière d’emploi et de justice sociale. La Révolution continue. »
Pasant, 26 ans : « Continuer la révolution sans être dupe »
Pasant fait entendre une voix plus discordante. Dans la société égyptienne, elle détonne. Assumant totalement son mode de vie : elle boit, fume et a des camarades du sexe opposé, avec qui elle aime se balader dans les rues bondées du Caire, en pleine nuit de ramadan. A 26 ans, cette mère d’un jeune garçon, qui parle anglais avec un impressionnant accent britannique, a elle aussi fait la Révolution contre Moubarak, signé la pétition lancée par la campagne Tamarod, exigé le départ de Morsi. Mais condamne énergiquement l’intervention des militaires.
« Dans ce pays, j’assume mes idées, je ne me les laisse dicter par personne, ni par des barbus, ni par des pseudo gens de gauche . » Or, fait-elle remarquer, « je ne peux pas soutenir que des militaires viennent renverser un pouvoir civil. » Les gens ont la mémoire courte, estime Pasant, et oublient un peu facilement les exactions commises par cette armée, aujourd’hui louée comme une libératrice.
« Écoute, dit-elle en tirant énergiquement sur une cigarette, si les Frères musulmans avaient mis en place tout leur programme, j’aurais été l’une de leur première victime. Regarde-moi, ajoute la jeune femme en souriant, en montrant son haut qui dévoile ses bras et son nombril. J’ai une conscience extrême de ce que nous avons dû sacrifier pour la Révolution. Je connais trop bien le prix de la démocratie : je ne peux pas accepter cette intervention. »
Pour Pasant, ceux qui ont contribué à mener une campagne contre l’ex-président Morsi, alliant certaines vérités et les pires mensonges sur lui, sont les détenteurs de chaînes de télévision et de radio privées qui ont bénéficié des largesses du régime de Moubarak et veulent maintenir leurs privilèges. Pasant est donc prête à continuer la Révolution, et refuse d’être dupe quant au « jeu des militaires ». « Le général Al-Sissi est malin, très malin ! », glisse-t-elle, en rappelant qu’il est l’ancien responsable des services secrets militaires égyptiens. « Aujourd’hui il est glorifié, mais demain d’autres voix comme la mienne se feront enfin entendre et on verra que l’on doit continuer cette Révolution. »
De nombreuses organisations de gauche demandent à Pasant de les rejoindre, explique-t-elle, pour « entrer en politique, plus concrètement ». Mais elle ne veut pas. Pas encore. Pour ne pas perdre sa liberté d’expression et d’action. « Le poids des organisations politiques est tel que c’est un risque qu’il faut bien mesurer ». Pasant préfère continuer d’agir au sein de la société civile, hors cadre, hors pesanteur politique… Libre.
Source : basta!

Qatar : fin de partie…L’honneur était sauf et le Qatar pouvait reprendre son rang, celui de 138e au classement des démocraties dans le monde.

Libye, Égypte, Syrie, Mali : tous les fers placés au feu par le petit émirat ont cessé d’être rouges. Doha doit revenir dans ses étroites frontières, celles d’une principauté théocratique et dictatoriale, guère plus vaste qu’un immense hall de banque.

Il faut se souvenir de la violente algarade qui, à l’ONU lors de l’un des multiples débats sur la Syrie, a opposé le représentant du Qatar à celui de la Russie. Le premier intervenant avec une telle arrogance qu’on croyait Condoleeza Rice revenue. Et le représentant de Poutine de s’écrier : « Tu es qui toi ? Le Qatar ? Alors il nous suffit d’appuyer sur un bouton et, hop, il n’y a plus de Qatar… ». Il y a six mois encore, juste avant l’opération Serval au Mali, à défaut d’être les maîtres du monde, l’émir de Doha et Hamad Ben Jassem, « HBJ » son cousin premier ministre, étaient convaincus de dominer le jeu politique de Saint-Louis du Sénégal à Kaboul. Hélas, comme celle des Rois mages l’étoile de Doha n’a fait que passer dans le ciel. Aujourd’hui l’heure est venue où, penaud, il faut amener les voiles et se faire discret. Libye, Égypte, Syrie, Mali : tous les fers placés au feu par le petit émirat ont cessé d’être rouges. Doha doit revenir dans ses étroites frontières, celles d’une principauté théocratique et dictatoriale, guère plus vaste qu’un immense hall de banque.
Lancée par le duo émir Al-Thani - Nicolas Sarkozy, l’offensive contre Kadhafi a provoqué la surprise des Étasuniens. Ils ne sont allés à la guerre que munis de pincettes. Quand Washington, avant même l’assassinat de son ambassadeur à Benghazi, s’est rendu compte que la « libération » de la Libye avait aussi pour but de saisir les 165 milliards du trésor du colonel et de prendre en main les réseaux de la Jamahiriya en Afrique de l’ouest, l’administration Obama a trouvé son indéfectible allié de Doha quelque peu envahissant…
En Égypte, le parrainage du Qatar accordé aux Frères Musulmans tombait dans le cœur de cible de la politique de Washington. Depuis Nasser, les « Frères » sont les bienvenus à Washington où, en son temps, une délégation a même été officiellement reçue par le président Eisenhower. Les services spéciaux suisses n’ont-ils pas détecté que le père de Tarik Ramadan, réfugié aux pays des lacs, était en contact avec la CIA… Ne jamais oublier que, sur le billet du dollar est écrit « In God We Trust » : la solution religieuse aux problèmes politiques est toujours bien vue au pays des évangélistes.
C’est la tutelle de fer de Morsi et de ses amis, la prise des pleins pouvoirs par les « Frères », qui a défrisé l’espoir des Étasuniens mis dans les disciples d’Allah. Faut-il ajouter à cela la détresse économique et l’absence de toute initiative capable de faire bouger d’un centimètre le dramatique dossier de Palestine. Bailleur à fonds perdus, en milliards, le Qatar et son arme de destruction idéologique, Al-Jazeera, a fini par se faire détester par une bonne partie de la population égyptienne. Un quotidien du Caire a publié un dessin qui résume cette séquence, on voit une mère tirer l’oreille de son fils en lui posant la question « tu sais où vont les menteurs ? » et le gamin de répondre « Oui, à Al-Jazeera »… Le risque, pour les États-Unis, était d’être, eux aussi, un jour jetés avec l’eau du bain, les eaux usées des « Frères ». Indice, au Caire lors de la révolte de juillet, l’ambassadrice américaine a échappé de peu au lynchage.
Washington a donc rendu les rênes à l’armée et laissé tomber la solution de d’un « islam soluble dans la démocratie », à la turc. Fin du protectorat qatari sur l’empire des pharaons. Et deuxième échec d’une colonisation rêvée par Doha puisque l’émir Al-Thani, qui se présentait naguère comme le Bolivar bédouin, n’est plus davantage le bien venu à Tripoli.
Sonnant le tocsin, Washington a fait savoir à Doha qu’il était temps que l’équipe en place, le terrible tandem de l’émir et de « HBJ » passe la main. Après quelques hurlements et un soupçon de brouhaha menaçant d’une rébellion, « HBJ » a décidé de filer vers Londres. À 60 ans, celui qui est sûrement l’homme le plus riche du monde à de beaux jours devant lui. Pour l’émir Al-Thani le scénario était plus simple. Le souverain, potentat de droit divin, étant malade, laisser le trône à son fils semblait s’imposer dans l’urgence. L’honneur était sauf et le Qatar pouvait reprendre son rang, celui de 138e au classement des démocraties dans le monde. Par ailleurs, les caisses du pays n’étant pas un puits sans fond et les perspectives gazières étant ébréchées par la naissance de l’exploitation du schiste, il fallait bien que cet état très endetté serre sa propre vis.
Avalant son chapeau, le prince Tamim, émir à la place de l’émir, a pu sans rougir assister à la défaite du clan qatarien sur le front syrien : Ghassan Hitto, le premier ministre de la coalition rebelle vient d’être déboulonné. Frère Musulman, ce saint homme, pion numéro 1 du Qatar, a cessé de plaire et doit laisser sa place à un successeur non inféodé à Doha. Une double peine puisque Ahmad Assi Al-Jarba, le nouveau chef de la coalition porte fièrement le maillot de Riyad. Quelle ingratitude pour Doha qui a déjà investi plus de trois milliards de dollars dans sa guerre syrienne.
Des chapeaux, Tamim va en manquer. Puisqu’après l’épisode syrien est venu le temps des talibans. Le père du prince et son cousin « HBJ » avaient trouvé judicieux d’ouvrir à Doha une représentation de « L’émirat Islamique d’Afghanistan ». Le local ? Un petit palais tout neuf avec de grands murs de défense. Après une chaleureuse réception de bienvenue, les talibans ont hissé leur drapeau sous l’œil mouillé des caméras d’Al-Jazeera. Las, l’honnête Hamid Karzaï, voyant ces images, s’est mis en colère contre ses maîtres étasuniens. Le président Afghan exige la fermeture de cette sinécure. Pour une fois dociles, les talibans ont amené leur étendard pour un (court) séjour dans la naphtaline. Désormais l’émir Tamim a plus de loisirs pour se consacrer à ce qui l’occupe vraiment : le succès du PSG et les progrès de l’islam wahhabite dans la communauté musulmane de France. Plus souvent aussi, il pourra partager un thé avec Valérie Trierweiler dont il apprécie la compagnie.
Jacques-Marie Bourget
Source : http://www.espritcorsaire.com/?ID=111/Jacques-Marie_Bourget/
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Devoir d’ingérence humanitaire : Une comédie,un colonialisme des temps modernes.


Cette comédie du « devoir d’ingérence humanitaire » a été inventée pour justifier l’ingérence de certains pays dans les affaires intérieures des autres, en d’autres termes, le devoir d’ingérence, c’est la loi du plus fort, c’est le colonialisme des temps modernes. Un exemple ? La France et ses alliés ont évoqué les raisons humanitaires pour intervenir en Libye et protéger les « civils désarmés attaqués par les forces de Kadhafi ». Quelle blague ! Ils ont pris le parti des insurgés contre le pouvoir en place et ont bombardé des villes dont Tripoli en tuant beaucoup de civils. Ils veulent traduire les dirigeants syriens et libyens en justice pour crime contre l’humanité ? C’est Sarkozy, Juppé et consorts qu’il faut accuser de crimes contre l’humanité. Le droit d’ingérence humanitaire les autorise t-il à renverser les pouvoirs en place ? Au nom de quel droit, Sarkozy peut décider que ce président, fût-il un dictateur, devrait être renversé ? Que les pays occidentaux commencent à balayer devant leurs portes et qu’ils renversent les dictateurs qu’ils ont soutenus depuis des années. Qu’auriez-vous fait si un président du tiers monde avait déclaré, lors des émeutes des banlieues en France ou des manifestations contre le nouveau régime des retraites, que la situation en France est intolérable et que le président français devrait quitter le pouvoir ?

Les Envahisseurs : Les États-Unis ont envahi environ 70 pays depuis leur Déclaration d’Indépendance, dont environ cinquante depuis 1945.

Lorsque les États-Unis d’Amérique ont proclamé la Déclaration d’indépendance le 4 juillet 1776, ils ont, également, affirmé « que tous les hommes naissent égaux, qu’ils ont reçu de leur Créateur des droits inaliénables, que parmi ceux-ci, il y a la Vie, la Liberté et la Poursuite du bonheur. »
Malheureusement, le racisme étasunien a largement violé ces principes et la pire forme de ce racisme réside dans l’invasion des autres pays. Les États-Unis ont envahi environ 70 pays depuis leur Déclaration d’Indépendance, dont environ cinquante depuis 1945.
La liste suivante classe les pays envahis d’après un article de Zoltan Grossman, chercheur étasunien, intitulé “ De Wounded Knee à la Libye : un siècle d’intervention militaire américaine ”, du livre de Gideon Polya, A Body Count, et de celui de William Blum, A Rogue State (Un État voyou). Cette liste inclut des exemples de déploiements violents des forces étasuniennes sur le sol des États-Unis (contre des manifestants, des mineurs etc) et des bombardements à petite échelle, des opérations d’intervention militaire, des évacuations militaires de citoyens étasuniens et des exemples spécifiques de menaces explicites d’utilisation d’armes nucléaires. La liste n’inclut pas la guerre de 1801-1805 contre les pirates basés au Maroc, en Algérie, en Tunisie et en Libye et ignore les subversions massives dans pratiquement tous les pays du monde.
- Nations indiennes américaines, génocide 1776 – 1862 et après.
- Achat de la Louisiane, 1844, bannissement des Indiens de l’est du Mississipi à partir de 1861, génocide en Californie ; massacre des Indiens Lakota 1890
- Mexique 1836-1846, 1913, 1914-1918, 1923
- Nicaragua : 1856-1857, 1894, 1896, 1898, 1899, 1907, 1910, 1912-1933, 1981-1990
- Déploiement des forces américaines contre les Américains 1861-1865, guerre civile, 1892, 1894, 1898, 1899-1901, 1901, 1914, 1915, 1920-1921, 1932, 1943, 1967, 1968, 1970, 1973, 1992, 2001
- Argentine : 1890
- Chili : 1891, 1973
- Haïti : 1891, 1914-1934, 1994, 2004-2005
- Hawaï, 1893
- Chine : 1895-1895, 1898-1900, 1911-1941, 1922-1927, 1927-1934, 1948-1949, 1951-1953, 1958
- Corée : 1894-1896, 1904-1905, 1951-1953
- Panama : 1895, 1901-1914, 1908, 1912, 1918-1920, 1925, 1958, 1964, 1989
- Philippines : 1898, 1901-1914, 1908, 1912, 1918-1920, 1925, 1958, 1964, 1989, 2002
Cuba : 1808-1902, 1906-1909, 1912, 1917-1933, 1061, 1962
- Porto Rico : 1898, 1950
- Guam : 1898
- Samoa : 1899
- Honduras : 1903, 1907, 1911, 1912, 1919, 1924-1925, 1983-1989
- République dominicaine : 1903-1904, 1914, 1916-1924, 1965-1966
- Allemagne : 1917-1918, 1941-1945, 1948, 1961
- Russie : 1918-1922
- Yougoslavie : 1919, 1946, 1992-1994, 1999
- Guatemala : 1920, 1954, 1966-1967
- Turquie : 1922
- El Salvador 1932, 1981-1992
- Italie : 1941-1945
- Maroc : 1941-1945
- France : 1941-1945
- Algérie : 1941-1945
- Tunisie : 1941-1945
- Libye, 1941-1945, 1981, 1986, 1989, 2011
- Égypte : 1941- 1945, 1956, 1967, 1973, 2013
- Indes : 1941-1945
- Burma 1941-1945
- Micronésie : 1941-1945
- Papouasie-Nouvelle Guinée : 1941-1945
- Vanuatu : 1941-1945
- Autriche : 1941-1945
- Hongrie : 1941-1945
- Japon : 1941-1945
- Iran : 1946, 1953, 1980, 1984, 1987-1989
- Uruguay : 1947
- Grèce : 1947-1949
- Vietnam : 1954, 1960-1975
- Liban : 1958, 1982-1984
- Irak : 1958, 1963, 1990-1991, 1990-2003, 1998, 2003-2011
- Laos : 1962
- Indonésie : 1965
- Cambodge : 1969-1975, 1975
- Oman : 1970
- Laos : 1971-1973
- Angola : 1976-1992
- Grenade : 1983-1984
- Bolivie : 1986
- Iles Vierges : 1989,
- Libéria : 1990, 1997, 2003
- Arabie saoudite : 1990-1991
- Koweït : 1991
- Somalie : 1992-1994, 2006
- Bosnie : 1993
- Zaïre : 1996-1997
- Albanie : 1997
- Soudan : 1998
- Afghanistan : 1998, 2001
- Yémen : 2000, 2002
- Macédoine : 2001
- Colombie : 2002
- Pakistan : 2005
- Syrie : 2008, 2011
- Ouganda : 2011
- Mali 2013
- Niger : 2013
Selon les rapports de l’ONU, depuis 1950, le nombre total de morts suite aux interventions ou occupations étasuniennes dans le monde s’élève à 1,3 milliard, 1,2 milliard pour les pays non européens et 0,6 milliard pour le monde musulman, soit pour ce dernier, un chiffre cent fois plus élevé que le nombre des victimes de l’Holocauste (5 à 6 millions). Ces données ne prennent pas en compte les opérations américaines de subversion dans le monde, ni les conséquences de la présence de bases militaires américaines sur la planète.
Selon le Pr. Jules Dufour, géographe canadien, les États-Unis ont établi leur contrôle sur 191 gouvernements membres des Nations Unies par des réseaux de bases militaires (700 à 800 dans le monde), et aujourd’hui, via les dispositifs types « grandes oreilles ». L’armée étasunienne déploie actuellement plus de 260 000 personnels militaires sur la planète et 845 441 bâtiments et autres équipements.
Gideon Polya
* http://www.countercurrents.org/polya050713.htm