lundi 10 octobre 2011

Un lion, une fourmi et un coq dans un gouffre politique animal


Dans la vie nous devons avoir un peu d’humour ! La Béotie dans son « Discours de la servitude volontaire » nous dit : Le maître n’a rien de plus que le dernier habitant de nos villes. Cette phrase est une tisane efficace qui calme l’arrogance des leaders de tous les temps.
Le concept de dignité est propre à chacun, celui de la Nation est collectif. Il ne varie pas avec les occasions, les événements politiques et économiques. Son index ne fluctue pas comme celui du pétrole à la bourse de Wall Street. Un crime contre l’Humanité ne s’efface pas de l’histoire par un pardon semblable au chiffon. L’arrogance et le complexe de supériorité ignorent souvent le pardon, la modestie et l’honneur reconnaissent toujours son existence. La poignée de dollars que vous attendez de la main droite cache la main gauche qui étrangle votre honneur. Nous vivons le 21e siècle. L’âge de la communication de masses et de l’éducation globale. Une éducation à distance où le maître est une ombre cachée derrière un écran. Une communication de groupes qui ont, en commun, un satellite et des pseudonymes. Ce monde est dangereux car il est virtuel. Un monde fou qui se rencontre et se recherche sur internet. Ce monde fait rêver nos jeunes et brille un eldorado d’espoir inconnu. Un monde où tout le monde est à la prospection d’une vie facile et sans effort. La morale de comment mener sa vie est devenue trop rudimentaire.
Les idées froides dans des têtes congelées et les cerveaux chaotiques et obsolètes, ne sont plus acceptées, aujourd’hui. Une idée désirée, un souhait attendu, un hommage demandé, un pardon voulu dans une historie faussée, circulent dans les fibres optiques et chauffent les communiqués inutiles. Une télévision aux couleurs fanées n’attire plus les regards égarés. La fenêtre d’une nation s’est transformée en télé babélique. Le monde nous regarde à travers cette petite fenêtre. Faisons très attention aux mauvais yeux qui nous observent. Les autres fenêtres sont ouvertes sur notre nation et les rayons de lumière qui nous arrivent, difractent nos couleurs. Nous avons des compétences capables. Elles peuvent capturer les yeux perdus de ce monde. Les couleurs agréables et le son bien rythmé, en stéréo, adoucissent les mœurs et construisent des ponts de fraternité dans le monde. Vous êtes ce que l’image animée en fait de vous. Certains pays sont des stations d’images animées, ni plus ni moins.
L‘enseignement des bonnes conduites se faisait à l’école, sur la base de livres bien rédigés. Les auteurs étaient de vrais maîtres et les élèves de vrais disciples. Le printemps n’était pas un automne. Les fleurs avaient du charme dans nos jardins. Leur enchantement existait. Leur odeur était appréciée, même dans un vase mal équilibré sous une tente d’un nomade dans un pâturage, non loin de mon village. La cigale ne chantait jamais en hiver. Le hibou était très heureux à côté de sa femme qui était toujours chouette. Le bœuf était toujours un malheureux insatisfait et un mécontent notable à côté de sa femme qui était souvent vache. Le lion était un roi dans son monde animal et le renard un malin qui jouait des coups bas aux ânes et aux mulets. Le monde animal avait un sens. Le monde des humains apprenait la morale de ce monde très identique.
Comme notre monde, le monde animal a aussi changé, nous dit un renard très expérimenté dans la ruse financière. Pour nous démonter sa thèse, il demanda au lion s’il était narcisse, le lion lui répond d’une manière très démocrate et sans rancune : le narcissisme animal n’est pas encore connu. Il est lié au pouvoir, à l’argent, au plaisir, au désir et à l’amour de soi-même. Il ne diffère pas trop du narcissisme des humains.
C’est le monde animal qui nous guide. C’est le monde animal qui nous dicte comment se comporter. Les gens d’Hollywood nous donnent bien des films de science-fiction très proche de la réalité. Une réalité aux couleurs exaltantes qui inspirent nos regards.
Dès les premiers jours de notre vie, nos parents, nos voisins, nos maîtres d’école et nos professeurs à l’université, nous apprenaient comment se tenir dans notre vie quotidienne. Ils nous ont toujours répété : la vie est un challenge ! Il faut être raisonnable ; éviter de réagir comme des bêtes féroces. Soyez des gens de bonne souche pour bien comprendre la mécanique de ce monde. Aujourd’hui si vous prenez sérieusement ce conseil votre vie deviendra un gouffre. Dans ce gouffre tous les gens normaux se rencontrent pour causer sérieux dans un monde pas trop sincère. Une fois dans le gouffre, on vous dit : lorsque vous prétendez tout savoir vous finissez dans la case des sots. Votre esprit devient obtus et voit votre horizon sous un angle étroit.
De la même manière on vous affirme : entre un hiver trop rigoureux et un été étouffant, il ne faut pas toujours attendre un printemps agréable. Les choses ne changent pas par les souhaits et les désirs. Elles changent par les initiatives et les actes, pris au bon moment. Les aiguilles de votre montre ne tournent jamais vers la gauche.
Au loin de ce précipice, les gens pensent que la vie est un équilibre. La déviation ou le départ de cet état d’équilibre n’est pas fatal dans votre vie, il dépend de votre violenté. Le ciel ne fait pas tomber les miracles, la société les fabrique à bonne volonté.
Certains pensent que je plaisante. Je ne plaisante pas mais je décris des images réelles de la vie moderne. Ecoutez-moi… je vous raconte.
Le lion de l’Atlas était magrébin un jour. Au zoo de Washington ce lion vit comme un clown dans une cage semblable aux cellules de Guantánamo. Dans une terre qui n’est pas la sienne, ce roi est pris pour un démon. Il partage sa cage avec un coq venu de France. Par intérêt ou obligation d’une vie compliquée, ces deux créatures, de rangs différents, sont devenues amies. Ils parlent le même langage et partagent une partie de l’histoire. Une histoire dont les archives cachent la réalité de nos jours. Ici, dans le nouveau monde, ils partagent un coin dans le zoo et gèrent la vie comme tous les politiciens en fonction des nuages et des volcans.
Le lion restera lion même s’il cohabite avec un coq, pense un vieux tigre d’Amérique du Sud. Ce tigre a une ligne de conduite claire. Il le dit tout haut. Il n’y a que deux concepts dans la société animale moderne : les vendus et les invendables. Le lion est modeste, il parle a son ami le coq et lui confie des secrets de bonne gouvernance : celui qui connaît ses limites mérite le respect. Quand l’arrogance dépasse les limites, elle devient une haine sans limite. Elle détruit les nations animales et image le ridicule des bestiaux. Nous vivons dans ce lieu très différent de notre Afrique. Vous les Français, vous nous comprenez très bien car vous n’êtes pas trop loin de ma tanière. Vous avez même occupé illégalement ce lieu avant d’être chassés par nos léopards. Vos animaux féroces, commandés par une vieille sauterelle, ont saccagé nos champs et brûlé nos forêts. Ils ont dévoré nos richesses et détruit l’ordre de chez nous. Ils ont écrasé nos temples, ravagé nos écoles et démonté nos esprits. Ils ont brûlé nos vieillards aux feux de napalm et bombardé nos enfants aux noyaux nucléaires. Si mes animaux sont dans cet état aujourd’hui, la faute incombe à cette sauterelle et ses bataillons venus de tous bords.
« Bien sûr mon Seigneur le lion, répond le coq, vous avez raison mais la raison ne suffit pas dans notre monde. Écoutez-moi bien, je vais vous raconter quelques histoires contemporaines bien amusantes. Ces histoires vont vous faire oublier les souffrances de votre passé.
Voici comment se déroule ma vie dans la capitale des âneries de lumière. Je sors de chez moi, boulevard de la Grande Armée, sans oublier mon passeport diélectrique, pour rencontrer les autres, voir dans leurs yeux, leur âme, sentir les odeurs, m’extasier devant notre mère nature. Je me promène un moment au jardin du Luxembourg. Dans cette prairie très agréable, je rencontre quelques brebis galeuses venues de notre ancien Outremer. Nous discutons. Nous critiquons les chacals d’ailleurs. Vos brebis sont devenues des amies. Elles échangent les bonnes idées avec nos loups et nos chacals. Elles ne veulent plus des moutons de Panurge qui vivent dans votre royaume. Elles veulent une démocratie. Elles préfèrent une tête haute dans les nues semblable à la nôtre. Ici, elles se sentent parfaitement libres et non concernées par ce qui pourrait leur être reproché, là-bas chez vous.
Les temps ont changé mon Seigneur ! Le monde animal chez nous en Europe vit le 21e siècle. Si un âne s’éternue en France le monde animal d’Afrique crie à ses souhaits. Un hippopotame à ventre pendant, habitant la tour de Montparnasse, fait trembler les lapins et les lézards dans votre empire. Une rumeur via email d’une vieille grenouille habitant un trou au quartier latin, rue de la Huchette, trouble les étangs de chez vous. Elle peut même les transformer en mare au diable à la George Sand la baronne. Des aboiements de quelques chiens des terrasses de l’hôtel Mariotte aux Champs Elysées, font grand écho chez vous. Ils calment les boucs et excitent les dauphins. Une démarche légère d’une gazelle au faubourg Saint-Denis ou à Pigalle oblige vos dobermans de remplacer leurs cravates de rigueur par des bavettes de bébés bien attachées au cou. En plus bref « l’esclave moderne commence par la servitude volontaire ».
Je suis un coq qui fait du bon travail en politique… Je suis expert en diplomatie et je sais comment serrer les mains avec une grande hypocrisie napoléonienne. Je salue tout le monde et tout le monde m’estime et adore ma longue aile de droite. Je n’ai pas une crinière qui pend sur mon cou. J’ai une crête rouge comme le sang et un bec de rancune trop pointu, aiguisé au racisme. Mon cou est déplumé et les idées me glissent sur la tête. Mes idées survolent là-bas chez vous. Mes yeux verts m’introduisent partout. Je suis très connu chez vous et vos voisins me respectent comme toujours. Ici dans ce nouveau monde les aigles fascistes adorent mon américain mélangé au patois de Bretagne. Une fois dans mon appartement, je retourne dans le monde virtuel (je travaille aussi sur mon ordinateur comme tous les animaux modernes). Le « facebook » et les blogs sont une manière de communication chez nous pour semer la pagaille et les hurlements chez vous…. Navigant sur le Net, j’apprends qu’un hibou de chez vous, profitant de sa double nationalité, fut nommé pigeon voyageur dans votre forêt vierge. La double nationalité de certains animaux de chez vous a une grande dialectique chez nous. Ces animaux doubles peuvent être une chèvre ou un loup selon les circonstances et l’état des vents. En consultant le facebook, j’ai été très ému par mon comportement bizarre. J’ai lu où on disait : d’après les médias, la colombe allemande se sent toujours un peu « agressée » dans sa personnalité, lorsque le coq lui tapote les ailes ou lui donne une bise à coups de bec bien aigu. Elle n’aime pas les manières familières de ce coq, mais face à la basse-cour, elle s’efforce de ne pas montrer son désœuvrement. Elle perçoit dans le comportement de ce coq une grande indélicatesse, un défaut grossier de savoir-vivre. Elle ne veut plus voir ce coq turbulent battant ses ailes déplumées dans tous les shows du cirque international. Elle dit clairement devant les dindons et les vautours « se toucher ne fait pas partie de la culture allemande ». Vouez ! Mon seigneur les medias me ridiculisent …en démocratie nous acceptons les critiques même si elles viennent d’un barbon chez vous. Sans vous mentir… Je suis fier d’avoir Sa Majesté comme ami. Chez nous en France, les coqs n’ont pas l’habitude de rencontrer un seigneur aussi humble et modeste comme vous.
Le lion se souvient de tout et n’a pas la mémoire courte. Il note tout sur son calepin et relit ses notes tous les soirs. Un jour, son ami lui a parlé de l’oiseau du paradis. L’oiseau de paradis est originaire de l’Afrique du Sud. Il vit au bord des cours d’eau. Le coq ne parlait pas du héron qui guettait madame la carpe dans un cours d’eau limpide en France. L’oiseau de paradis est un parfum. Un parfum trop cher pour les animaux d’Afrique qui travaillent sérieusement et se douchent au goutte-à-goutte de leur sueur qui coule de leurs fronts.
Une bouteille de 100 cc coûte plus de 9.000 DA. Il faut travailler un mois tout entier en tant qu’animal de besogne pour se permettre 100 cc de ce parfum. Entre le parfum provocant et l’eau limpide où Madame la carpe fait ses voyages, les imaginations de nos jeunes lionceaux besogneux errent et planent.
Le coq n’est pas trop bête, il utilise sa « cabeza », tête espagnole, et renvoie la balle dans le camp économique de mon seigneur « entre l’hiver et l’été ce n’est pas toujours un printemps ». Regardons bien autour de nous. Ne mélangeons pas les torchons et les serviettes ». Ceux qui ne se fatiguent pas trop dans la vie sentent le parfum et sont nommés serviettes. Ceux qui sentent la sueur après un mois de sale besogne sont simplement des torchons. Dans cette « conversaciona solas », une conversation en tête-à-tête à l’espagnole, le lion ne trouvant rien à faire, il entend son ami coq parler d’un autre parfum…Le seigneur est intelligent, il entend mais n’écoute pas. Cette fois-ci notre coq parle de la passion.
La fleur de la passion est un beau parfum de marque Yves Saint Laurent. Ce parfum coûte 4.000 DA. Le coq français voyage dans son passé et s’exclame « Ives Saint Laurent vivait non loin de chez vous ». Il vivait à Oran. Oran la coquette, Oran la joyeuse. Majesté ! Connaissez-vous Oran ?
Et comment ! Répond mon seigneur le lion. Je suis de l’Atlas. Un de mes enfants vivait non loin de cette ville. Il vivait dans une montagne, la montagne du lion. « Djbel Esbaa ». Sa Majesté continue… J’ai un autre fils qui s’appelle « ahara ». Ahara veut dire lion en chaoui. Il vivait en famille dans un village des « aharas », les lions. Ce coin s’appelle aujourd’hui, Souk Ahras pour certains et peut-être Aris ou Aharis pour votre sauterelle. Envoyez un email à madame la sauterelle. Elle va vous raconter comment elle a mal appris la leçon de bataille dans ce coin. Cette bataille était plus dure que la bataille du Djurjura ou de l’Ouarsenis. Sa mère s’appelle Tihert. C’était une lionne féroce. Vos animaux reconnaissent sa bravoure. Demandez à votre frère Trézel, il vous raconte en détail son histoire. Vos archives sont peut-être, un peu timides, elles cachent la honte et le déshonneur chez vous.
Ne contrôlant pas sa joie le coq dépasse ses limites de coquerie. Il ose dire à son seigneur « si vous utilisez un minimum de votre cerveau, vous pigeriez ». Comme roi et maître de notre monde animal, vous êtes qu’un pauvre malheureux pour ne pas dire un naïf ! En parlant des parfums de ces bêtes, je voulais insinuer la région dans laquelle ces parfums se trouvent. L’Afrique du Sud n’est pas loin de chez vous…et l’oiseau de paradis pousse chez vous. Il coûte plus cher que le baril de votre énergie.
Vos animaux responsables de l’énergie échangent un baril d’énergie contre un petit flacon de ce parfum. Les animaux de chez nous fabriquent les idées, ces idées se vendent très chères dans le monde animal de chez vous.
Réalisant l’erreur très grave et son manque de respect, il dit : Je m’excuse mon seigneur, je voulais dire vos conseillers sont un peu maladroits. Les animaux de conseil qui vous sont très proches, ne vous disent pas la réalité de votre royaume. Ce royaume est plein de trésors. Vous n’avez que faire d’un pardon de démagogie gratuite qui vous cause des problèmes.
Une fourmi passagère entendit la conversation de nos deux créatures. Elle tomba par simple hasard au plus beau de ce tapage. Elle s’étonna de l’audace de cet oiseau mal débarqué.
Elle se dit en elle-même : Etre coq aux yeux verts ne suffit pas pour être un défendeur des droits de l’animal. Je l’ai bien entendu et je ne suis pas sourde. Sa langue vicieuse et fourchue détruit l’ordre dans notre monde animal. Je suis très fâchée et je traduis ma colère. Le respect, dans notre monde, ne se mesure pas par la force des muscles, des dents, des cornes, des griffes, des becs et des pattes. Pauvre fourmi ! Je me souviendrai de cette ironie durant toute ma vie. Une vie qui n’est longue que de quinze ans !
Moi fourmi que je suis, avec ma taille de mannequin minuscule, j’ai pu conquérir le cœur de Sa Majesté le roi Salomon. Ce coq « arriviste » connaît bien l’empire de ce seigneur redoutable. A coup sûr, il pratique sa prière et suit ses paroles. Le roi Salomon s’est inspiré de mes idées et a bien respecté mon principe. Salomon a pris au sérieux ce que je disais. Pour me faire plaisir, il sourit et ordonna à son armée de quitter mon territoire.
Elle continue à voix très basse : je vais utiliser mon expertise dans le domaine juridique pour amener ce coq à la cour internationale. La cour est une haie où la loi animale se clôture ou se couture. Il ne faut pas laisser ce monde dans le désordre. Ce coq doit être jugé pour les actes criminels que ses grands pères ont commis. Il doit s’excuser et payer tous les dégâts de ses féroces. Si non, je vais le rôtir et l’avoir comme repas.
Dans le domaine de la dignité surtout, il ne peut y avoir une clémence intégrale. Les animaux qui s’occupent de la loi sont un peu pris par le désordre mondial et la crise financière qui déséquilibre le monde. Ils oublient ce qui se passe dans la forêt. La corruption fait ravage, les vautours jouent des sales tours dans la jungle animale.
J’ai passé la moitié ma vie à supporter toutes les menteries impensables, toutes les histoires créées de toutes pièces, toutes les extravagances des coqs avec leurs fins ignobles…au sujet de la loi et de son application… mais cette fois-ci, je ne ferme pas les yeux. L’amour propre de mes grands pères est touché… Justice sera établie est notre coq ne sera pas gai dans son poulailler gaulois. Il ne va plus avoir le courage de chanter des cocoricos marseillais sur mon toit une deuxième fois.
Enfin, chez nous les fourmis, nous prenons la vie comme un jeu très honnête. Le nationalisme chez nous est héréditaire. Nous travaillons en équipe et nous organisons notre vie. Notre militantisme est continu et non occasionnel. Je suis experte juridique, je vous donne ma parole. Les tricheurs dans la vie se font vite remarquer. Les messieurs arrogants vont devenir simples ridicules dans un futur très proche.
Une fourmi vous rappelle « Les Américains ont bâti un monument à Washington à la mémoire des martyrs du Vietnam (The Vietnam Wall). Tôt ou tard, la France bâtira un monument, non loin de la place de la Concorde, à la mémoire de nos martyrs (The Algerian Wall).
Omar Chaalal
Professeur Associé Génie des Procédés
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Il y a vingt ans - Le début de la dislocation tragique de la Yougoslavie

Il y a vingt ans, en 1991, alors que Tito était mort depuis plus de dix ans, l’État fédéral de Yougoslavie existait encore, même s’il était en proie à de graves difficultés économiques et à des tensions politiques centrifuges sur des bases ethniques.
À la fin de janvier 1992, les instances internationales, Allemagne en tête, reconnaissaient officiellement les États indépendants de Slovénie et de Croatie. La Fédération yougoslave, sous la forme qu’on lui connaissait depuis quarante ans, était amputée de ses provinces les plus favorisées. L’armée du pouvoir central de Belgrade s’était rapidement fait une raison de la sécession de la Slovénie mais, en Croatie, elle avait assiégé et détruit la ville de Vukovar, puis assiégé Dubrovnik.
Deux mois plus tard, c’était la Bosnie-Herzégovine qui était à feu et à sang, et cela allait durer jusqu’en 1995.
À l’époque, il se trouva François Mitterrand, et avec lui un bon nombre d’intellectuels patentés, pour évoquer à ce sujet « la résurgence d’antagonismes multiséculaires », comme on le ré-entendit plus tard à propos des massacres des Tutsis au Rwanda.
Les siècles ont bon dos ! Quelques années plus tôt pourtant, les Serbes, Croates et autres nationalités (qui, d’ailleurs, parlent pour la majorité la même langue) vivaient ensemble, bon an mal an, comme dans bien d’autres pays. Dans la réalité, le mouvement centrifuge était venu d’en haut, des cercles dirigeants des différentes républiques composant la Fédération, et non de profondes aspirations de leurs peuples.
La mort de Tito avait ouvert les vannes à une lutte ouverte pour le pouvoir au sein des milieux dirigeants, à la faveur de l’affaiblissement du pouvoir central. Chaque clan chercha à s’appuyer sur les bouts de l’État yougoslave à sa portée. Dans le contexte d’une crise économique profonde et de luttes sociales, ils recoururent tous à l’exaltation du nationalisme de chacun : c’était tout trouvé, et le feu des idées de l’extrême droite hyper-nationaliste, tirant parti d’un fatras réactionnaire, des cendres du passé, fut activement alimenté de plusieurs côtés, y compris par les cercles intellectuels et artistiques, des écrivains connus, etc., sans oublier naturellement l’Église.
Aujourd’hui, les puissances occidentales jouent la comédie du Tribunal pénal international de La Haye, en faisant comparaître notamment les principaux leaders de l’époque.
Après Milosevic, dirigeant de la Serbie, après Karadzic, dirigeant de la République serbe de Bosnie, c’est le général Ratko Mladic qui vient d’être arrêté (26 mai 2011), après une cavale de quinze ans. Il fut le commandant en chef de l’armée de la République serbe de Bosnie (VRS) pendant la guerre de Bosnie entre 1992 et 1995. Il est accusé d’être responsable du siège de Sarajevo de 1992 à 1995 qui fit plus de 10 000 morts, des nombreux massacres perpétrés sous ses ordres par les milices serbes dans de nombreux villages de Bosnie, et en particulier à Srebrenica où plus de 8 000 personnes furent assassinées.
En fait de « cavale », il avait trouvé refuge dans un village de Serbie où il vivait sans trop se cacher… Il faut dire que, dans le cadre des négociations qui se mènent actuellement entre la Serbie et l’Union européenne, l’arrestation de Mladic était une des conditions posées par les autorités de Bruxelles à une éventuelle adhésion de la Serbie.
Quelle que soit l’issue de ce procès – rappelons que Milosevic est mort avant qu’un verdict ait été prononcé et que le procès de Karadzic, commencé en 2008, est toujours en cours – Mladic a assurément mérité le surnom de « boucher des Balkans » et sa responsabilité dans les massacres de dizaines de milliers de personnes est incontestable. Mais bien d’autres hommes, portant une responsabilité au moins aussi grande que celle de Mladic, échapperont à tout jugement. Une grande partie du personnel politique actuel des États issus de la désintégration de la Yougoslavie ont joué un rôle actif, à différents niveaux, dans les affrontements sanglants de cette période de 1991 à 1995.
Mais, derrière eux, au-dessus d’eux, ceux-là mêmes qui organisent les procès, les dirigeants des puissances impérialistes, portent aussi une responsabilité décisive, et qui est très ancienne.

Les Etats d’Europe centrale et balkanique, création de l’impérialisme

Toute cette région du sud de l’Europe orientale que l’on appelle les Balkans a connu depuis des siècles un important brassage de populations. De très nombreux peuples coexistaient, très souvent dans les mêmes villes, constituant des groupes imbriqués les uns dans les autres, sans qu’on puisse distinguer de territoire ethniquement homogène. Pendant très longtemps, deux vastes empires se partagèrent la région, les empires austro-hongrois et ottoman, au sein desquels, en l’absence de frontières intérieures, il était possible de se déplacer sans entrave.
Les États qui se créèrent tout au long du 19e siècle en profitant de l’affaiblissement de ces deux vieux empires furent immédiatement le jouet des rivalités des grandes puissances européennes. Leurs frontières varièrent en fonction des rapports de forces et des résultats de leurs affrontements périodiques.
Pour l’essentiel, les États actuels sont issus de la Première Guerre mondiale et des traités de Versailles imposés par les puissances impérialistes française et britannique après leur victoire sur leur rival germanique. Le découpage des frontières avait beau avoir été fait au nom du principe du « droit des peuples à disposer d’eux-mêmes », il ne respectait pas du tout les sentiments et le vœu des peuples. Bien au contraire, les dirigeants impérialistes réunis à Versailles se livrèrent à un charcutage cynique dans la chair des peuples, séparant de part et d’autres de frontières artificielles des populations qui avaient vécu pendant des siècles ensemble.
Chacun de ces États comprenait une ou plusieurs minorités nationales qui se retrouvaient opprimées par la nationalité dominante. De la part des puissances impérialistes, c’était une politique délibérée : les nouveaux États leur étaient d’autant plus liés qu’ils étaient faibles et contestés.
La Yougoslavie, créée en 1918, réunissait les « peuples slaves du sud » sous la domination de la monarchie serbe, alliée traditionnelle de la France. D’ailleurs, significativement, cet État conserva le nom de royaume de Serbie jusqu’en 1929, année où il prit le nom de Yougoslavie.

La Yougoslavie de Tito

Pendant la Deuxième Guerre mondiale, derrière le parti communiste dirigé par Tito, un mouvement de résistance à l’occupation allemande s’organisa sur la base d’un nationalisme yougoslave dépassant les oppositions nationales. Dans le contexte de recul des troupes allemandes face à l’armée soviétique, il devint suffisamment fort pour permettre à Tito de prendre le pouvoir sans avoir besoin du soutien des forces militaires de l’URSS.
Tito mit en place une fédération de six républiques (Slovénie, Croatie, Bosnie-Herzégovine, Serbie, Monténégro et Macédoine – la République de Serbie comprenant en outre deux « provinces autonomes », la Vojvodine et le Kosovo) qui constituait indéniablement un progrès par rapport au régime précédent car aucune nationalité ne dominait officiellement les autres. Pour la première fois dans l’histoire de ce pays, une partie de la population finissait par s’identifier à la nationalité yougoslave, beaucoup de couples « mixtes », de plus en plus nombreux, et leurs enfants se revendiquant de cette seule nationalité.
Le régime de Tito était une dictature et, ne serait-ce que pour cette raison, il ne pouvait répondre totalement aux aspirations des peuples, surtout des plus pauvres de la Yougoslavie, comme les Albanais du Kosovo, qui pouvaient légitimement se sentir victimes d’une discrimination, sinon d’une oppression. Cela étant, le Kosovo avait fini (comme la Vojvodine) par se voir reconnaître, en 1974, le statut de province autonome qui accordait un pouvoir local à la population albanaise et sa représentation, avec droit de veto, au sein des instances fédérales.
En tout cas, l’éveil des nationalismes, pour reprendre une expression si fréquemment utilisée, n’est pas venue d’en bas, de la population, mais d’en haut, des cercles dirigeants. Dans les années qui ont suivi la mort de Tito en 1980, le drapeau du nationalisme a été brandi pour légitimer la part croissante de pouvoir que cherchaient à accaparer les dirigeants de chacune des républiques constitutives de la fédération yougoslave et, au sein de ces républiques, ceux qui se disputaient la direction de l’État. Comme toujours, il s’est trouvé des soi-disant intellectuels, des écrivains, des juristes, des membres de l’intelligentsia pour se faire les complices de cette entreprise d’embrigadement de la population. Et dans un contexte d’aggravation de la crise économique – rappelons aussi la responsabilité des banquiers occidentaux auprès desquels la Yougoslavie était endettée et qui exigeaient alors le remboursement de leurs créances et, par la voix des représentants du FMI, l’application de plans d’austérité –, d’augmentation du chômage, sur le terrain des frustrations et du mécontentement engendrés par une vie de plus en plus difficile, les démagogues nationalistes finirent par rencontrer un certain écho.
À partir du moment où les cliques nationalistes et les milices paramilitaires commencèrent à se livrer aux premières exactions, un engrenage s’enclencha, alimenté de part et d’autre par la volonté de venger ses morts, de trouver protection auprès « des siens ». Et c’est ainsi que les différents peuples se retrouvèrent de plus en plus séparés par des fossés de sang.

Les luttes pour le pouvoir entre les dirigeants nationalistes ont fait éclater la Yougoslavie

La logique nationaliste ne pouvait que conduire à des affrontements et à des massacres car aucune de ces républiques – à l’exception peut-être de la Slovénie – ne pouvait constituer un État-nation tant les populations étaient mélangées et les peuples dispersés dans l’ensemble de la région. Vouloir constituer un État serbe ou un État croate amenait à se disputer le contrôle de territoires où coexistaient des populations de nationalités différentes et à chercher à les « purifier ethniquement », comme il se disait.
Telle fut la politique menée par Milosevic, dirigeant de l’ancien parti communiste, ancien membre de la bureaucratie titiste, qui était parvenu à s’imposer face à ses concurrents à la tête de l’État serbe en reprenant à son compte la démagogie des courants nationalistes serbes. Et telle fut aussi la politique de Tudjman, devenu le premier président de la République de Croatie après un passé d’opposant nationaliste qui lui avait valu des séjours en prison du vivant de Tito.
La position des dirigeants serbes n’était pas la même que celle des autres : le poids de la Serbie dans la Yougoslavie, où les Serbes représentaient en 1991 plus de 40 % de la population totale de la Fédération, évaluée à 23,3 millions d’habitants, lui ayant permis d’imposer sa mainmise sur l’appareil d’État central, les dirigeants serbes pouvaient tout à la fois se présenter en protecteurs des intérêts du peuple serbe et en même temps en défenseurs de l’unité de la Yougoslavie dont les institutions étaient devenues des rouages de l’État serbe. Mais cette Yougoslavie défendue par Milosevic, tout à la fois président de la Serbie et de la République fédérale yougoslave, s’apparentait en réalité à une Grande Serbie.
Profitant de l’éclatement de l’État central yougoslave, des politiciens ou des chefs militaires, à la tête de bandes armées, firent régner leur loi, justifiant par des discours nationalistes extrémistes leurs méfaits, les spoliations, les meurtres et les viols dont ils se rendirent responsables à l’égard des ressortissants des nationalités désignées comme ennemies, mais aussi à l’égard de ceux qui, pour une raison ou une autre, étaient désignés comme des « traîtres à leur patrie ». Dans la mesure où cela servait leurs plans de conquête de nouveaux territoires, les dirigeants des États serbe ou croate les ont encouragés, leur ont fourni des hommes et des armes.
Mais ces roitelets et leurs bandes armées échappaient en grande partie à leur contrôle. Car, dans ce genre de situation, ce sont toujours les pires éléments de la société qui trouvent une occasion inespérée pour se livrer à l’arbitraire le plus total. C’est ainsi qu’un Karadzic, ancien médecin condamné pour détournement de fonds, put s’autoproclamer président d’une « République serbe de Bosnie » où un ramassis d’hommes en armes permit à Mladic, ancien officier de l’armée yougoslave, de justifier son titre de commandant en chef.
Tel fut le mécanisme qui donna naissance à une guerre qui fit entre 200 000 et 300 000 morts et plus de 4,5 millions de réfugiés et de personnes déplacées.

La guerre en Croatie…

Les premiers combats commencèrent quand la Slovénie et la Croatie proclamèrent leur indépendance en 1991. Les dirigeants de ces deux républiques, qui étaient les plus riches de la fédération – la Slovénie surtout – considérèrent qu’ils pouvaient voler de leurs propres ailes. Les premiers combats commencèrent alors : l’armée yougoslave – devenue en réalité une armée serbe, dirigée en tout cas par un état-major serbe – intervint pour tenter de maintenir par la force ces deux républiques au sein de la fédération. Les dirigeants serbes se résignèrent très rapidement au départ de la Slovénie – les combats ne durèrent que dix jours – où l’absence de population serbe les privait d’appui. Mais tel n’était pas le cas en Croatie où vivaient 581 000 Serbes (12 % de la population de Croatie). Ces Serbes pouvaient légitimement redouter de devenir une minorité opprimée au sein du nouvel État croate. Spéculant sur ces craintes, attisant les haines, des milices se constituèrent, proclamèrent la naissance d’une République serbe de Croatie dans les deux régions (la Krajina et la Slavonie) où les Serbes étaient les plus concentrés. Dans ces zones, ils organisèrent les premières opérations d’épuration ethnique, obligeant plus de 30 000 Croates à fuir pour échapper à la mort.
Après trois mois de combats, un cessez-le-feu provisoire intervint. La Croatie se retrouvait amputée d’un quart de son territoire, passé sous contrôle serbe. Mais, en réalité, ces territoires et les populations serbes qui y vivaient ne constituaient, aux yeux de Milosevic, qu’une monnaie d’échange dans un plan plus vaste. Milosevic et Tudjman, avant même le déclenchement des hostilités, lors d’une rencontre restée longtemps secrète à Karadjordjevo en mars 1991, avaient conclu un accord pour se partager la Bosnie. Les conquêtes serbes en Croatie ne constituaient en réalité qu’un butin destiné à être échangé au moment du dépeçage de la Bosnie. En 1995, conformément à ce plan, l’armée croate en reprit possession et une grande partie de la population serbe, abandonnée à son sort par Milosevic, dut à son tour prendre le chemin de l’exil. Les Serbes ne représentent plus aujourd’hui que 4 % de la population de la Croatie.

… et en Bosnie

La Bosnie offrait l’image, plus encore que tout le reste de la Yougoslavie, d’une mosaïque de populations entremêlées (sur 4,3 millions d’habitants, elle comptait environ 31 % de Serbes, 17 % de Croates et plus de 43 % de Musulmans, dénomination passablement arbitraire désignant les autres habitants qui n’étaient pas forcément pour autant de confession musulmane). Du temps de la Yougoslavie, ces populations vivaient souvent dans les mêmes quartiers, se mélangeant sans tenir compte des origines nationales. C’est ce mélange qui donna un caractère particulièrement horrible à la guerre qui commença en 1992.
Cette année-là, refusant de prolonger un tête-à-tête avec la puissante République serbe au sein de la Fédération yougoslave, la Bosnie proclama à son tour son indépendance. Les dirigeants nationalistes bosniaques durent faire face aux milices serbes, soutenues par Milosevic, aux troupes de Mladic, qui se livrèrent à un « nettoyage ethnique » systématique.
Ils durent aussi affronter les milices croates. Tudjman déclarait que les Bosniaques étaient en fait des Croates convertis à l’islam. Restait à les en « convaincre », et les milices croates se livrèrent, elles aussi, à une « épuration ethnique » dans la partie nord de la Bosnie.
Le nationalisme des dirigeants bosniaques, qui se présentaient comme les défenseurs de la coexistence des peuples au sein d’une Bosnie multiculturelle, paraissait plus défendable que celui des Serbes et des Croates. Mais ces discours ne suffisaient pas pour convaincre les Serbes ou les Croates, devenus des minorités nationales au sein de la Bosnie indépendante, qu’ils n’avaient rien à craindre.
Toutes les logiques nationalistes, dans cette région d’Europe, comme dans bien d’autres régions du monde, ne pouvaient que conduire les peuples dans la barbarie sanglante et dans des affrontements sans fin.

L’intervention des puissances impérialistes

Si les luttes pour le pouvoir des dirigeants nationalistes serbes, croates et slovènes ont constitué le facteur déclenchant du processus qui a conduit à la désintégration de la Yougoslavie, l’intervention des puissances impérialistes, à chaque étape du conflit, l’a aggravé et l’a accéléré.
Les Balkans sont redevenus, pour les impérialistes, un champ de manœuvres sur lequel leurs intérêts concurrents se sont affrontés. La France et l’Allemagne, à la recherche de points d’appui, ont retrouvé tout naturellement leurs alliés d’avant 1945, avec lesquels les liens n’avaient jamais complètement disparu.
L’impérialisme allemand, dans le passé, s’était appuyé sur le nationalisme croate : pendant la Deuxième Guerre mondiale, le dépeçage de la Yougoslavie imposé par Hitler avait donné naissance à un État croate indépendant allié de l’Allemagne. Ainsi, quand la Slovénie et la Croatie proclamèrent leur indépendance, le gouvernement allemand s’empressa de les reconnaître.
De son côté, le gouvernement français commença par apporter son soutien aux dirigeants serbes – la monarchie serbe entretenait des relations privilégiées avec la France avant 1945 – en se déclarant en faveur du maintien des frontières de la Yougoslavie. Puis, quand cette position finit par devenir difficilement défendable, la diplomatie française se fit le champion de la défense de l’indépendance de la Bosnie contre les Serbes.
S’il est impossible de connaître les motivations exactes des méandres des politiques des chancelleries européennes et américaine, ce qui est certain, c’est que le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes était le dernier de leurs soucis.
Leur première préoccupation, comme à chaque fois et partout, a été le retour à l’ordre. Le fait qu’une région d’Europe, si proche des grandes capitales occidentales, s’enfonce dans la guerre n’était pas de nature à les réjouir. Ils s’évertuèrent donc à trouver une solution politique qui ramène la stabilité. Et, pour ces dirigeants d’un ordre fondé sur l’exploitation des peuples et sur leur soumission, il ne pouvait être question de faire appel aux populations. Bien au contraire, ils traitèrent avec ceux-là mêmes qui étaient responsables de l’explosion de violence et des massacres, avec Milosevic, qui fut leur principal interlocuteur, avec Karadjic, avec Mladic…
Les troupes envoyées en Croatie et en Bosnie sous le drapeau de l’ONU à partir de 1992 se contentèrent d’assister aux massacres sans intervenir pour les empêcher. Quand certains soldats n’ont pas carrément noué des liens de complicité avec les tortionnaires. Faut-il rappeler le rôle lamentable des forces de l’ONU à Srebrenica qui, après avoir promis leur protection aux populations, les laissèrent massacrer par les hommes de Mladic.
Les accords de Dayton, signés sous le patronage des dirigeants occidentaux en 1995 et qui mirent fin aux combats, organisèrent une partition de la Bosnie entre une République serbe dont les frontières avaient été fixées sur le terrain par les milices serbes (puisqu’elles intégraient les zones « purifiées ethniquement » !) et une Fédération croato-musulmane. Cela revenait à avaliser le résultat du nettoyage ethnique. De leur point de vue, l’homogénéité ethnique [1], obtenue au prix des déplacements de millions de personnes, était d’ailleurs un gage de stabilité.
Pour imposer ces accords aux nationalistes serbes de Bosnie qui se montraient récalcitrants, les avions de l’OTAN se livrèrent à une campagne de frappes aériennes et surtout, les dirigeants occidentaux s’appuyèrent sur Milosevic, qui devint ainsi un « pivot de la paix en Bosnie ». Le Tribunal pénal international qui demanda à l’époque l’ouverture d’une procédure contre Milosevic se vit rappeler à l’ordre.
En 1999, les États-Unis décidèrent finalement d’utiliser leur force militaire contre Milosevic pour amener l’armée serbe à évacuer le Kosovo. Les avions de l’OTAN bombardèrent les forces serbes, mais aussi et surtout les villes et les infrastructures de Serbie : des routes, des voies de chemin de fer, des centrales électriques... L’armée serbe fut très peu affaiblie par ces actions militaires et ce n’était pas l’objectif des dirigeants impérialistes : l’armée serbe devait conserver la capacité de tenir les populations en respect, à commencer par la population serbe. C’est cette dernière qui a payé le prix fort des bombardements.
Aujourd’hui, les armes se sont tues dans la région et, du point de vue des impérialistes, on peut parler d’une relative stabilisation. Mais à quel prix et pour combien de temps ? Il ne suffit pas de grand-chose pour que, régulièrement, des affrontements se produisent de nouveau au Kosovo, entre Albanais et minorité serbe.
Plus généralement, c’est l’ensemble de la région qui est menacé de connaître de terribles affrontements si les mêmes logiques nationalistes venaient à se renforcer car, comme nous l’avons déjà évoqué, dans tous ces États créés au lendemain de la Première Guerre mondiale, il existe des minorités nationales : en Hongrie vivent notamment des populations roumanophones tandis qu’en Roumanie vit une forte minorité hongroise ; en Bulgarie vit une importante population turcophone ; et, dispersés dans chacun de ces États, vivent des Roms.
Le mélange des populations est tel qu’aucun État « ethniquement pur » n’est possible. Exactement comme en Yougoslavie.
Et ce mélange, qui pourrait et devrait être source de richesse dans tous les domaines, devient au contraire source de menaces. Car, ces dernières années, la crise économique avec ses conséquences sur la vie des populations offre un terreau favorable au développement de l’extrême droite nationaliste : on l’a vu dernièrement en Hongrie et en Roumanie, où des mouvements de ce type ont rencontré un écho dans la population, notamment sur le terrain de la démagogie contre les Roms.
La Yougoslavie a montré comment pouvait s’enclencher un mécanisme infernal sur le terrain de la surenchère nationaliste et à quoi il pouvait conduire, peut-être signal avant-coureur d’une régression encore plus ample.
Dans cette région, aucune véritable solution permettant aux peuples de vivre durablement en paix, ne pourra être trouvée, sans le renversement de ces États dont le maintien ne profite qu’à une minorité de possédants. Et sans le renversement de l’impérialisme qui a transformé cette région du monde en une poudrière qui menace en permanence de s’enflammer.
[1] 90 % des 1,73 million de Musulmans ou Croates qui vivaient avant la guerre dans les territoires de l’actuelle République serbe en ont été chassés ou ont été tués, tandis que 90 % de la population serbe bosniaque ont quitté le territoire de la Fédération croato-musulmane, sous la contrainte ou poussés à l’exode par leurs propres dirigeants.
18 septembre 2011
lutte ouvriére

brutalité des flics israéliens - Texte + Vidéo

dimanche 9 octobre 2011
Une vidéo récemment publiée par des militants des droits de l’homme montre que la police israélienne a brutalement battu une famille palestinienne dans les territoires occupés, a montré Press TV.


La vidéo montre la police israélienne en utilisant une force sans aucune retenue contre une femme sans défense en face d’un enfant, tout en tabassant un jeune garçon qui est emmené prisonnier minutes plus tard, a rapporté la télévision ce samedi.
Dans le même temps, un rapport publié jeudi par le Bureau central palestinien de statistique (PCBS) a déclaré qu’Israël avait kidnappé depuis 1967 environ 750 000 Palestiniens, dont près de 12000 femmes et des dizaines de milliers d’enfants.
Le PCBS a déclaré qu’Israël détenait actuellement quelque 6000 Palestiniens dans ses prisons, dont 35 femmes et 285 enfants.
Un ou plusieurs membres de presque toutes les familles palestiniennes ont déjà été arrêtés par la police israélienne.
Le PCBS a ajouté que plus de 200 détenus ont été tués depuis 1967 en raison de négligence médicale, de torture d’assassinats par des soldats israéliens et des gardiens de prison.
Ce vendredi, environ 12000 Gazaouis ont organisé un rassemblement de masse, appelé par le gouvernement Hamas [élu en 2006], pour exprimer leur solidarité avec les prisonniers palestiniens qui sont en grève de la faim pour la deuxième semaine consécutive en réponse à l’aggravation de leurs conditions de détention.
« Nous n’aurons de cesse que tout prisonnier palestinien soit retourné dans sa famille. Nous continuerons notre lutte et notre résistance jusqu’à obtenir la libération de tous nos frères et sœurs qui sont détenus en captivité par les sionistes », a déclaré l’un des manifestants Presse TV.
Info-Palestine.net