jeudi 5 mai 2011

LES REVOLUTIONS ARABES ET LA CAUSE PALESTINIENNE !

Les révolutions arabes se poursuivent au Maghreb comme au Machrek, le vent de la révolte souffle, on assiste à une vague de contestation radicale dans plusieurs de ces pays contre l’injustice, pour la démocratie, pour un changement de pouvoir et de régime, et pour la justice sociale.
Les jeunes, le mouvement national, et les différents courants sociaux et politiques participent à des manifestations quotidiennes qui réclament le changement d’un système corrompu, autoritaire et répressif, un système qui, au pouvoir pendant de très, de trop, nombreuses années, n’a jamais réalisé leurs aspirations les plus élémentaires à vivre dans la dignité (économique et politique) et dans le respect de leurs droits de citoyens à la liberté d’expression, la liberté d’organisation, et à une justice équitable.
Nous souhaitons que les peuples arabes aillent jusqu’au bout de leurs révolutions pour se débarrasser, une fois pour toutes, de ces bourreaux, internes et externes, afin de se réapproprier leur dignité et les richesses qui leur ont été confisquées !
Nous Palestiniens, sommes, pour notre part, très attentifs à l’évolution de ces derniers mois dans un monde arabe en pleine révolution, dont les régimes, restés longtemps aux commandes des pays, sont en train de s’effondrer.
Au cours de l’histoire de ces 20, voire 30 dernières années, entre ces régimes arabes et les représentants du peuple palestinien, ses institutions, tels l’Organisation de la Libération de la Palestine (OLP), l’Autorité palestinienne et les différents partis politiques, les relations ont été souvent tendues, du fait de l’alliance des ces régimes avec la politique américaine, politique de soutien permanent à celle de l’occupation israélienne.
Et c’est le peuple palestinien, à l’intérieur comme à l’extérieur, qui en a fait les frais et en a souffert, et en souffre encore ; citons comme exemple l’expulsion des Palestiniens du Koweït après la première guerre du Golfe lorsque l’OLP a pris position aux côtés de l’Irak ; le blocus cruel et inhumain imposé à la population de Gaza en est un autre ; et l’on pourrait en énumérer encore bien d’autres.... !
La réaction des grandes puissances internationales, qui semblent toutes avoir été prises de court devant ces révoltes arabes, est surtout marquée par une grande hypocrisie, et l’application constante de la politique du « deux poids, deux mesures » : d’une part, réaction rapide contre les dirigeants arabes contestés, leurs plus fidèles alliés de la veille, au non du non-respect, dans leur pays, de la démocratie et des droits de l’homme ; et de l’autre, la perpétuation de leur silence complice devant les crimes israéliens quotidiens contre les Palestiniens. 
Nous, Palestiniens, qui suivons avec beaucoup d’attention les événements de ces derniers mois dans le monde arabe, attendons l’instauration d’un nouveau pouvoir dans ces pays afin d’observer quelle sera leur position vis-à-vis de la cause palestinienne.
Dans cette expectative, l’opinion palestinienne se divise actuellement deux points de vue :
- Le premier, optimiste, pense que ces événements sont positifs et rassurants pour la cause palestinienne et notre peuple ; le changement va toucher tout un système, complice des Américains et des Israéliens ; les forces nationalistes et démocratiques qui vont prendre le pouvoir dans ces pays vont soutenir les Palestiniens dans leur lutte légitime contre l’occupant et ainsi, la Palestine trouvera de la part de peuples frères, longtemps contraints d’ignorer son attente, un soutien officiel et populaire.
- Le second est pessimiste et exprime l’inquiétude des Palestiniens qui craignent que le nouveau pouvoir de ces pays soit long à organiser des élections, à instaurer un nouveau régime ; ceci ne pourra se faire du jour au lendemain et nécessitera beaucoup de temps et d’efforts, ce nouveau pouvoir aura beaucoup de défis à relever et de priorités à assurer qui relégueront la cause palestinienne au second rang de leurs préoccupations.
Ces deux positions montrent, une fois de plus, combien les événements du monde arabe peuvent influencer l’évolution de la situation en Palestine. Les Palestiniens, instigateurs de deux Intifada héroïques qui ont servi en partie de modèle ou de source d’inspiration aux révoltes des populations arabes, sont actuellement dans une situation d’encerclement et d’avancée du projet de colonisation israélienne dramatique. Les divisions interpalestiniennes et les graves questions de leadership renforcent leur impuissance et l’absence de perspectives du moment, apparentes, face à une situation d’oppression de plus en plus forte. 
Les frères arabes qui se réveillent dans leur combat pour la démocratie et la justice peuvent être à leur tour une source d’inspiration pour nous et représenter un espoir pour l’avenir et le renforcement d’une solidarité concrète.

Certes, il y a encore beaucoup d’incertitude quant à l’avenir de ce printemps des peuples arabes pour l’émancipation, la dignité et la justice - combat pour lequel tant de jeunes martyrs ont déjà donné leur vie ! -, mais nous avons confiance que ces peuples ne se laisseront pas confisquer leur révolution et continueront leur combat. 
Nous-mêmes, Palestiniens, ne resterons pas silencieux très longtemps. Nous allons bouger, nous devons bouger contre les forces d’oppression de l’occupation, pour l’unité de notre peuple, la défense de notre terre et de nos droits, la liberté et la justice.
En attendant le changement, la solution, nous, Palestiniens, sommes toujours debout, et allons continuer de nous attacher à ce principe : « Résister à l’occupation, c’est être libre ! ».
ZIAD MEDOUKH
MICHELCOLLON.INFO

CINQ REMARQUES SUR L'INTERVENTION MILITAIRE EN LYBIE .

1. Humanitaire, mon œil ! 2. Qui a le droit de « changer un régime » ? 3. Les buts cachés. 4. La « communauté internationale » existe-t-elle ? 5. Apprendre des précédents médiamensonges.



1. Humanitaire, mon œil !
Vous croyez aux raisons humanitaires ? Obama, Cameron et Sarko sauveurs des Libyens alors qu’ils envoient des troupes saoudiennes massacrer les démocrates du Bahrein ? L’Occident soucieux de démocratie alors qu’il protège la répression du dictateur au Yemen ?
Vous croyez que Bernard-Henri Lévy se soucie vraiment de « sauver des Arabes », lui qui applaudissait aux bombardements sur les civils de Gaza ? « Le plus remarquable dans l’affaire, le vrai sujet d’étonnement, ce n’est pas la « brutalité » d’Israël. C’est, à la lettre, sa longue retenue » avait-il affirmé.

2. Qui a le droit de « changer de régime » ?
Le peuple libyen mérite certainement un meilleur leader qu’un dictateur qui a rempli les comptes suisses de toute sa famille. Kadhafi a aussi soutenu quelques dictateurs africains détestés.
D’un autre côté, il a fermement soutenu les Palestiniens et nationalisé le pétrole pour assurer des services sociaux à sa population. Le contraire de Moubarak et Ben Ali. Et c’est pour ça que l’Empire voudrait le remplacer par une parfaite marionnette.
Si demain, les Libyens étaient dirigés par un Chavez ou un Evo Morales, pour une véritable démocratie avec une justice sociale, qui n’applaudirait pas ? Mais si c’est pour le remplacer par des agents US comme Karzaï ou Al-Maliki et plonger ce pays dans le chaos pour des décennies comme l’Irak et l’Afghanistan... Comment appeler ça un progrès ?
Chaque peuple a le droit de se débarrasser de dirigeants qui ne lui conviennent pas, mais ce droit n’appartient pas aux grandes puissances impériales : USA, France et Grande-Bretagne. Celles-ci ne poursuivent que leurs intérêts propres. En fait, les intérêts de leurs multinationales.

3. Les buts cachés.
S’il n’y avait pas de pétrole en Libye, jamais l’Occident ne serait intervenu. Il faut quand même rappeler que la plupart des dictateurs africains ont été mis en place et sont protégés par les Etats-Unis ou la France, ou les deux ensemble.
Le véritable but de cette guerre, comme en Irak, c’est de conserver le contrôle du pétrole. A la fois source de profits énormes et instrument de chantage pour contrôler toutes les économies. En fait, les USA n’utilisent pas eux-mêmes le pétrole du Moyen-Orient, mais veulent contrôler l’or noir dans le monde entier. Comme instrument d’hégémonie.
Pour garder ce contrôle, il leur faut absolument sauver Israël. Et pour ça, lui assurer un cordon protecteur de régimes arabes corrompus mais présentant trois qualités :

  • Dociles envers Washington
  • Conciliants avec Tel-Aviv
  • Refusant d’appliquer la volonté de leurs peuples de faire respecter les droits des Palestiniens.
4. La « ommunauté internationale » existe-t-elle ?
Manipulé par l’argent et les chantages des USA, l’ONU n’est pas démocratique et ne représente pas les peuples. Les grandes puissances (néo)coloniales - USA, France et Grande-Bretagne - prétendent parler au nom de la « communauté internationale ».
Mais leur agression n’est soutenue ni par l’Allemagne, ni par la Russie, ni par la Chine. De plus, le Conseil de l’Europe avait exigé que l’Union africaine donne son acord, pour une intervention en Libye ; or, celle-ci a rejeté l’intervention.
Et toute l’Amérique latine a soutenu l’idée d’une médiation lancée par Hugo Chavez. Pourquoi les Occidentaux ont-ils refusé ? Parce que ce qui les intéressait n’était pas de sauver des gens, mais de s’emparer du pétrole.
En fait, les agresseurs sont une minorité. Comme par hasard, il s’agit des puissances les plus riches et les plus coloniales, et le terme « communauté internationale » est juste un terme de marketing. Car la politique des multinationales (vol des matières premières, surexploitation de la main d’œuvre, destruction de l’agriculture locale et des ressources naturelles, maintien de dictatures, provocation de guerres civiles) maintient dans la pauvreté une grande partie de l’humanité. Les intérêts sont donc entièrement opposés. Parler de « communauté internationale » est donc une imposture politique. Quand les médias reprennent cette expression, ils se rendent complices.
Si un peuple est uni et déterminé contre un dictateur, il trouvera la force de le renverser. Mais s’il s’agit d’une guerre civile (et personne ne nie que Kadhafi a également des soutiens importants), la solution de ce conflit n’est pas dans l’agression par les grandes puissances. Partout où elles sont intervenues (Irak, Afghanistan, Yougoslavie), la situation s’est aggravée. Elles ne poursuivent que leurs intérêts indignes, et s’ils l’emportent, le peuple libyen sera appauvri et plus exploité.
Dans le tiers monde, on comprend tout ceci beaucoup plus facilement. Mais dans les pays riches, non. Pourquoi ?

5. Chaque guerre est précédée d’un grand médiamensonge.
Même dans la gauche européenne, on constate une certaine confusion : intervenir ou pas ? L’argument – massue « Kadhafi bombarde les civils » a pourtant été démenti par des sources occidentales et des sources de l’opposition libyenne. Mais répété des centaines de fois, il finit par s’imposer.
Etes-vous certains de savoir ce qui se passe vraiment en Libye ? Quand l’Empire décide une guerre, l’info qui provient de ses médias est-elle neutre ? N’est-il pas utile de se rappeler que chaque grande guerre a été précédée d’un grand médiamensonge pour faire basculer l’opinion ? Quand les USA ont attaqué le Vietnam, ils ont prétendu que celui-ci avait attaqué deux navires US. Faux, ont-ils reconnu des années plus tard. Quand ils ont attaqué l’Irak, ils ont invoqué le vol des couveuses, la présence d’Al-Qaida, les armes de destruction massive. Tout faux. Quand ils ont bombardé la Yougoslavie, ils ont parlé d’un génocide. Faux également. Quand ils ont envahi l’Afghanistan, ce fut en prétendant qu’il était responsable des attentats du 11 septembre. Bidon aussi.



MICHEL COLLON
Source : michelcollon.info