1 - Qu'est ce que le lumpenprolétariat
Créé
par Karl Marx et Friedrich Engels, le terme allemand "Lumpenprolétariat",
composé de "Lumpen" = loque, chiffon, haillon et "Prolétariat",
se traduit le plus souvent en français par "Sous-prolétariat" et
désigne les masses urbaines marginales, vivant de manière parasitaire et
fondamentalement incapables d’accéder jamais à une conscience révolutionnaire.
Mais attention, il ne s'agit pas d'amalgamer lumpenprolétariat
et pauvres. Selon Marx, le paupérisme vient de la surpopulation relative ; Marx
parle de surpopulation relative pour indiquer qu’il n’y a surpopulation que par
rapport aux besoins toujours variables de l’exploitation capitaliste. Les
surnuméraires forment l’armée de réserve du travail. Ce sont aussi bien des
chômeurs par accident que la réserve de main-d’œuvre des campagnes, à domicile,
ou, plus misérables encore, les exclus du processus de travail en raison de
leur âge, de leurs infirmités ou de la désuétude de leur qualification. Tous
sont susceptibles, en certaines conjonctures, de reprendre du service actif.
Exclus, victimes du système étant passés "par la dure mais fortifiante
école du travail" ou disposés à passer par elle, ils sont, à tous ces
titres, potentiellement révolutionnaires. Le lumpenprolétariat, à l’opposé,
n’est jamais passé par cette "dure mais fortifiante école" ; c’est
pourquoi il est a-révolutionnaire. Formé de "gens sans aveu ni feu",
il est vénal et prêt à se mettre au service de la bourgeoisie.
Voici enfin deux citations représentatives
de la vision qu'avaient Marx et Engels du lumpenprolétariat :
"Quant au lumpenprolétariat, ce produit passif de
la pourriture des couches inférieures de la vieille société, il peut se
trouver, çà et là, entraîné dans le mouvement par une révolution prolétarienne
; cependant, ses conditions de vie le disposeront plutôt à se vendre à la
réaction." Le manifeste du parti communiste
"Le lumpenprolétariat - cette lie d'individus
déchus de toutes les classes qui a son quartier général dans les grandes villes
- est, de tous les alliés possibles, le pire. Cette racaille est parfaitement
vénale et tout à fait importune. Lorsque les ouvriers français portèrent sur
les maisons, pendant les révolutions, l'inscription : « Mort aux voleurs ! »,
et qu'ils en fusillèrent même certains, ce n'était certes pas par enthousiasme
pour la propriété, mais bien avec la conscience qu'il fallait avant tout se
débarrasser de cette engeance. Tout chef ouvrier qui emploie cette racaille
comme garde ou s'appuie sur elle, démontre par là qu'il n'est qu'un
traître." La sociale démocratie allemande
2 - La question "raciale"
Avant de voir quels sont les liens entre le lumpenprolétariat
et les élites capitalistes, il est important de faire un point sur un aspect
qui est inévitable en France lorsque l'on parle du sous-prolétariat : le
racisme. Tout d'abord, il convient de rappeler qu'un français, qu'il soit ou
non d'origine étrangère, est avant tout un français. Cela étant dit, dans les
débats médiatiques comme dans les conversations entre citoyens lambdas, il
n'est pas rare que se voient distingués les français dits de souche des
français d'origine étrangère, ou issus de l'immigration. Pour ma part, cette
distinction n'a pas lieu d'être car un français est un français et un
sous-prolétaire est un sous-prolétaire ; qu'il soit blanc, noir, jaune ou vert,
il se définit par sa position au sein de la société et non par sa couleur.
Toutefois il est très important d'aborder cette question car nous allons voir
comment les oligarques créent du racisme sous couvert d'anti-racisme afin de
protéger leur armée sous-prolétaire.
Voici un exemple de cause de polémique : "Selon
une étude menée en Isère, deux tiers des mineurs délinquants sont d'origine
étrangère" Le Monde, 16 Avril 2004. Pourquoi préciser cela, il ne s'agit
SURTOUT PAS pour moi de vouloir démontrer une propension plus grande qu'auraient
les étrangers, et donc les français d'origine étrangère, à la délinquance.
Seulement voila, si quelqu'un voulait dénoncer certains de ces actes de
délinquance, il citerait statistiquement une majorité de cas dans lesquels
l'agresseur portera un prénom ou un nom à consonance étrangère. Et c'est là que
l'antiraciste de mauvaise foi, qui est en fait un défenseur de l'oligarchie,
dira : "Mais pourquoi vous ne citez que des noms à consonance étrangère ?
Vous êtes un raciste ?". Et le procès en sorcellerie pourra commencer, et
la lutte légitime contre la délinquance sera oubliée au profit d'une lutte
contre un racisme fantasmé et immiscé par notre auto proclamé anti-raciste.
Ainsi, OUI je pense que les français d'origine
étrangère sont sur-représentés parmi le lumpenprolétariat. Et NON je n'en tire
aucune conclusion raciste. Aucune culture, aucune couleur de peau, aucun gène,
ne prédispose selon moi à devenir un voleur, un dealeur, un violeur ou un
casseur. En revanche, cette sur-représentation génère ce que j'appelle une
solidarité raciale, qui est une forme de tribalisme et par là même un véritable
racisme. Je vais tâcher d'expliquer cela avec des mots simples. Comme on voit
beaucoup de noirs et d'arabes dans les faits-divers sordides, et comme des gens
comme Marine Le Pen associent en permanence la délinquance et l'immigration ;
dés que l'on veut s'attaquer à la délinquance, le français noir ou arabe qui
n'a rien d'un sous-prolétaire se sent visé également. Alors qu'il ne l'est
absolument pas et qu'il devrait lui aussi dénoncer les délinquants. Ainsi, et
parce qu'on lui martèle que parler de sécurité c'est réservé à la droite et aux
racistes, le français honnête et travailleur, si il est noir ou arabe, aura
tendance à s'attaquer, par solidarité raciale, à ceux qui dénoncent la
délinquance plutôt qu'aux délinquants, protégeant ainsi ces derniers.
Cette question raciale est donc en France
particulièrement importante car c'est par ce levier que l'élite bourgeoise à la
fois utilise et protège le lumpenprolétariat.
3 - Lumpenprolétariat et oligarques
Remarquons tout d'abord que lumpenprolétariat et
oligarques ont des points communs : vénalité, malhonnêteté, goût pour l'argent
facile, mépris pour ceux à qui ils le volent etc. Ainsi, Marx écrivait :
"L'aristocratie financière, dans son mode de gain
comme dans ses jouissances, n'est pas autre chose que la résurrection du
lumpenprolétariat dans les sommets de la société bourgeoise." Les luttes
de classes en France
Mais pourquoi ai-je titré cet article "Le lumpenprolétariat
ou l'armée du capitalisme" ? Autrement dit, pourquoi l'oligarchie
favorise-t-elle autant l'émergence du lumpenprolétariat tout en assurant avec
soin sa protection ? Selon moi il s'agit d'une part de clientélisme et d'autre
part du bon vieil adage : "Diviser pour mieux régner". En effet, un
sous-prolétaire choyé est un bon client tant aux niveaux politique
qu'économique. Clientélisme politique car un sous-prolo sera plus enclin à
voter pour un parti proposant une justice plus souple et évitant de parler de
sécurité de peur de stigmatiser les français d'origine étrangère. Clientélisme
économique également car les sous-prolétaires sont de parfaits consommateurs
avides de grandes marques et totalement à la merci des publicitaires. Mais le
second point me semble plus important : la division de la société française.
Opposer le prolétariat au sous-prolétariat, les racistes aux antiracistes, les
français de souche aux français d'origine-étrangère (et nous voyons là pourquoi
l'oligarchie veut absolument racialiser ces questions sociales) est absolument
bénéfique à ceux qui dirigent réellement. Ainsi, pendant que l'ouvrier est
occupé à se racheter la voiture qu'on lui a brûlé la nuit précédente, et qu'il
est également occupé à s'engueuler avec son collègue arabe qui le traite de
raciste parce qu'il a dit que ce sont des arabes qui avaient brûlé sa
voiture... ces 2 collègues ne pensent pas à s'attaquer à celui qui vend les
voitures tout en incitant les sous-prolos à les brûler.
Le lumpenprolétariat est donc une véritable armée, une
armée civile, une armée intérieure, dont la violence sert les intérêts des
puissants. L'image est à la fois banale et simple : On brûle les voitures de
son quartier, pas celles des quartiers riches.


