dimanche 28 juillet 2013

Tunisie: Ennahda a le choix entre le consensus ou le défi

Très bonne analyse de M.Habib Chaghal, universitaire et ancien cadre du PSD et du RCD, qui compare la nouvelle situation égyptienne à la réalité tunisienne, en mettant en évidence l’originalité et la perspicacité du mouvement Attamarrod initié par de jeunes tunisiens. Il a publié cette analyse sur sa page facebook et nous avons jugé qu’elle mérite une plus large diffusion.
Consensus ou défi ? La question n’est évidemment pas posée à M.Marzouki dont les ambitions se résument à occuper le poste protocolaire de président à Carthage partageant avec le chef du gouvernement quelques attributions dont notamment la politique étrangère où il s’est distingué, une première fois, en rompant nos relations diplomatiques avec la Syrie au nom de la sacro-sainte défense des droits de l’homme, puis une deuxième fois en raison de son soutien déclaré à Morsi, risquant ainsi de mettre à mal nos relations avec le plus grand pays arabe, cette fois au nom de la légalité des urnes. Dans ces conditions il est difficile de croire que nos relations avec ces deux pays se normaliseront un jour avec l’actuel président comme chef d’état.
Les frères musulmans au pouvoir.
Les frères musulmans -qui sont en réalité plus compagnons que frères- n’auraient jamais été portés au pouvoir en Tunisie comme en Egypte sans l’aval de l’administration américaine. On se souvient que cette dernière avait mobilisé de grands moyens afin de former, de manipuler puis d’entraîner les forces vives de la jeunesse des deux pays dans une sorte d’arène baptisée « révolution » pour ouvrir ensuite la voie du pouvoir politique à des partis islamistes, lesquels, une fois à la direction des deux pays, et tels des magiciens, avaient vite fait de substituer le manifeste des frères musulmans à leurs programmes électoraux.
Il n’y a aucun doute que les amis de Rached Ghannouchi savent que les conditions de leur victoire, toute relative, du 23 octobre 2011 furent exceptionnelles à plus d’un titre d’où leur désarroi à la suite de l’éviction de Morsi de la présidence de l’Egypte. Les liens du parti Ennahdha avec l’organisation des frères musulmans, à la limite de l’inféodation, est la meilleure preuve que ce mouvement est dans le sillage d’une organisation mondiale dont les objectifs et les ambitions ne coïncident pas nécessairement avec ceux de notre pays, et ceci n’est pas sans risque pour notre indépendance dés lors que ce parti dirige le gouvernement.
Fort heureusement les islamistes tunisiens n’ont jamais réussi à tromper la vigilance de la société civile ni celle des médias et n’eut été la naïveté des membres de l’ANC appartenant aux partis dits laïcs, la légitimité de celle ci n’aurait pas pu franchir la date butoir du 23 octobre 2012. Il est aujourd’hui admis que l’administration américaine s’est lamentablement trompée au sujet de la capacité des islamistes tunisiens à gouverner un peuple jaloux de ses nombreux acquis hérités de l’ère Bourguiba. Et nul doute qu’en l’absence de compétences au sein du gouvernement c’est à la haute administration tunisienne que le pays doit sa relative stabilité tout au long de ces deux dernières années.
Il est surprenant de voir les militants islamistes tunisiens se révolter, au nom de la défense de la légalité, contre le changement qui a eu lieu en Egypte alors que de l’autre coté de la méditerranée, en Espagne comme en Italie ou en Grèce des gouvernements élus démocratiquement ont cédé volontairement le pouvoir à un gouvernement de technocrates ou d’union nationale afin de permettre à ces pays d’affronter dans de meilleures conditions la plus grave crise économique de leur histoire.
Et c’est certainement par référence à la nature des changements dans ces pays européens que le général Rachid Ammar avait proposé à l’ancien chef du gouvernement Jebali, le jour même de l’assassinat de Belaid, la formation d’un gouvernement de compétences hors des partis politiques. Le général R.Ammar avait tout simplement constaté l’échec, sur tous les plans, du gouvernement Jebali- que ce dernier s’empressa de reconnaître publiquement- et avait proposé la formation d’un gouvernement de compétences, comme cela se fait nécessairement en de pareilles circonstances dans les pays démocratiques, devrait-on en conclure que l’armée tunisienne avait tenté un coup de force contre la légalité avec l’assentiment du chef du gouvernement ?
On se souvient que le parti Ennahdha avait préféré amortir le choc du à l’assassinat de Chokri Belaid en cédant sur des questions secondaires pour enfin recomposer un autre gouvernement tout aussi acquis à sa volonté en dépit des conditions posées par son partenaire Attakattol dont les responsables semblent avoir mis en veilleuse, entre autres, la révision de la liste de 3000 cadres désignés arbitrairement dans la haute administration.
Il semble que tous les hommes politiques tunisiens, en dehors du vétéran Beji Caid Essebsi, n’ont jamais compris que le seul souci des camarades du cheikh Rached Ghannouchi est de demeurer au pouvoir, coûte que coûte, jusqu’aux prochaines élections ; pour cela ils sont prêts à céder sur toutes les autres questions il faut simplement leur accorder du temps afin de permettre à la direction de leur parti d’élaborer, à l’intention des militants, l’argumentaire nécessaire au maintien de la cohésion au sein du mouvement.
Il n’y a pas mieux, dans les conditions actuelles de la transition, que les forces armées pour juger de la réussite ou de l’échec du gouvernement. Or, à moins d’être ignorant, inconscient ou de mauvaise foie, il est impossible de ne pas réfléchir sur les dangers réels de la « somalisation » de notre pays auxquels s’était référé le général R.Ammar arguments à l’appui. Ce dernier, qui s’est découvert une compétence d’homme d’état depuis qu’il a fréquenté les hommes politiques actuels, serait le dernier responsable de niveau national originaire du Sahel à quitter avant terme son poste.
Les frères musulmans évincés du gouvernement?
L’opinion tunisienne a été certainement surprise de la réaction quasi-hystérique de certains membres de l’ANC à la suite des événements qui ont abouti, en Egypte à l’éviction de M.Morsi. Est-ce par peur de perdre le pouvoir en Tunisie que les nahdhaouis multiplient les meetings et les déclarations pour fustiger tous ceux qui penseraient que le scénario égyptien pourrait se répéter en Tunisie ? Ce qui n’arrange en rien les projets d’Ennahdha c’est qu’au moment même de l’éviction de M. Morsi, le mouvement tunisien Attamarrod annonce plus de deux cent milles signatures.
Ce mouvement à l’instar du mouvement égyptien, mais avec une meilleure argumentation au sujet de l’illégalité actuelle de l’ANC, se propose de renvoyer tous les partis politiques de nouveau devant les urnes sous le parapluie de la constitution de 1959 (sans les modifications ultérieures) il est demandé, en outre, la formation d’un gouvernement de compétences qui sera chargé de gérer le pays pour une période transitoire. Cependant, des voix se sont déjà élevées au sein de l’ANC pour rétorquer que dans la mesure où les élections sont de toute façon prévues selon le processus actuel dans quelques mois, pourquoi prendrait-on le risque de faire sortir la population dans les rues afin d’imposer les propositions du mouvement Attamorrod ?
En réalité, la proposition du mouvement Attamarrod est très subtile car non seulement elle appelle à des élections générales selon la constitution de 1959 mais elle met fin, surtout, au mandat de l’ANC donc de l’emprise des nahdhaouis sur les structures de l’Etat. L’objectif recherché par ce mouvement serait donc de mettre le parti Ennadha sur le même pied d’égalité que les autres partis politiques lors des prochaines élections présidentielles et législatives.
Dans de telles conditions, le parti islamiste perdrait une bonne partie des voix obtenues lors des précédentes élections. Rappelez-vous qu’une grande partie des bureaux de vote étaient supervisés par des nahdhaouis ou de leurs sympathisants car pour l’ISIE de Kamel Jendoubi la chasse aux sorcières ne concernaient, à l’époque, que les destouriens qui furent exclus de faire partie des bureaux de vote.
La dissolution de l’ANC telle que prévue dans le projet d’Attamarrod empêchera le parti islamiste tunisien de s’opposer à la candidature des destouriens aux prochaines élections ainsi que leur main mise sur les bureaux de vote. On comprend dés lors la peur des nahdhaouis, de ne pas être au gouvernement lors des prochaines élections et c’est ce qui explique le refus opposé à leur secrétaire général H.Jebali de constituer un gouvernement de compétences selon la proposition du général R.Ammar.
Les responsables de la troïka ne se rendent pas compte que la proposition du mouvement Attamarrod de former un gouvernement de compétences hors des partis avant les prochaines élections permettra le passage d’une période de transition mouvementée à une période de stabilité sans contestation, ni exclusion politique à l'instar de l'Espagne de 1975.
Consensus ou défi ? On sait que M.Morsi avait choisi le défi.
Tunisie-Secret.com
Habib Chaghal 


Syria: disillusioned rebels drift back to take Assad amnesty

Hundreds of men who took up arms against President Bashar al-Assad are defecting back to the government side, The Telegraph has learnt.

8:23PM BST 23 Jul 2013
Disillusioned by the Islamist twist that the "revolution" in Syria has taken, exhausted after more than two years of conflict and feeling that they are losing, growing numbers of rebels are signing up to a negotiated amnesty offered by the Assad regime.
At the same time, the families of retreating fighters have begun quietly moving back to government-controlled territory, seen as a safer place to live as the regime continues its intense military push against rebel-held areas.
The move is a sign of the growing confidence of the regime, which has established a so-called "ministry of reconciliation" with the task of easing the way for former opponents to return to the government side.
Ali Haider, the minister in charge, said: "Our message is, 'if you really want to defend the Syrian people, put down your weapons and come and defend Syria in the right way, through dialogue'."
Mr Haider, who has a reputation as a moderate within the regime, has established a system in which opposition fighters give up their weapons in exchange for safe passage to government-held areas.
Rebel fighters have privately said that they are aware of the amnesty offer, and that some men had chosen to accept it, although they say that the numbers involved remains a small proportion of those fighting the government.
"I used to fight for revolution, but now I think we have lost what we were fighting for," said Mohammed, a moderate Muslim rebel from the northern town of Raqqa who declined to give his last name. "Now extremists control my town. My family has moved back to government side because our town is too unsafe. Assad is terrible, but the alternative is worse."
The prevalence of extremist Islamist groups in rebel-held areas, particularly in the north, has caused some opposition fighters to "give up" on their cause.
Ziad Abu Jabal comes from one of the villages in Homs province whose residents recently agreed to stop fighting the regime. "When we joined the demonstrations we wanted better rights," he said. "After seeing the destruction and the power of jihadists, we came to an agreement with the government."
Mr Haider said that he had attended a ceremony yesterday at which 180 opposition fighters rejoined the government's police force, from which they had previously defected.
Although it was not possible to verify this claim, when The Daily Telegraph previously visited the reconciliation ministry's headquarters in Damascus the office was crowded with the family members of rebels fighting in the city's suburbs who said their men wanted to return.
A ministry negotiator, who gave his name only as Ahmed, was in the process of arranging the defection of a rebel commander and 10 of his men from the Ghouta district.
"It took us three months of negotiation and this is a test," he said. "If this goes well, the commander says that 50 others will follow."
He described the steps taken to allow the return of fighters willing to lay down their arms. First, he said, a negotiator must cross the front line for a meeting on rebel-held territory. "We have to hope the rebel commander orders his snipers not to shoot us."
Would-be defectors were given papers allowing them to pass through Syrian army checkpoints, and then waited in a safe house until the officials could get their names removed from wanted lists held by the more hardline defence ministry and intelligence agencies.
The rebels "did not sign up to be part of extremist Islamist groups that have now gained influence", he said. "Now they want to come back to a normal life."
In the days before the regime took the town of Qusayr last month, The Telegraph saw mediators on the Lebanese border work with the Syrian army to secure an amnesty for fighters wanting to surrender.
The phone rang with desperate calls from the parents of the rebels. "These mothers know that this is the last chance for their sons. If they don't give up their weapons now they will die because they are losing the battle," said Ali Fayez Uwad, the mediator.
The Telegraph

SYRIE : Des rebelles syriens passent dans le camp du gouvernement (The Daily Telegraph)....Déçus par la tournure islamiste prise par la « révolution » en Syrie, épuisés après plus de deux années de conflit et ayant le sentiment d’être en train de perdre, un nombre croissant de rebelles acceptent une amnistie négociée offerte par le régime d’Assad.

Par Ruth Sherlock, The Daily Telegraph (UK) 24 juillet 2013 traduit de l’anglais par Djazaïri
Beyrouth : Des centaines d’hommes qui avaient pris les armes contre le président Bachar al-Assad font de nouveau défection pour repasser du côté du gouvernement.
Déçus par la tournure islamiste prise par la « révolution » en Syrie, épuisés après plus de deux années de conflit et ayant le sentiment d’être en train de perdre, un nombre croissant de rebelles acceptent une amnistie négociée offerte par le régime d’Assad.
Dans le même temps, les familles des combattants qui se retirent du combat ont entamé discrètement leur retour dans le territoire contrôlé par le gouvernement, considérée comme un endroit sûr pour vivre tandis que le régime continue une offensive militaire intense contre les zones tenues par les rebelles.
Cette évolution est un signe d’une plus grande confiance en lui du régime, qui a mis en place ce qu’il appelle un « ministère de la réconciliation" avec pour tâche de donner la possibilité à d’anciens opposants de revenir du côté du gouvernement.
Ali Haider, le ministre chargé de ce dossier, a déclaré : « Notre message est :« Si vous voulez vraiment défendre le peuple syrien, déposez vos armes et venez défendre la Syrie dans le droit chemin, à travers le dialogue. "
M. Haider, qui a une réputation de modéré au sein du régime, a mis en place un système dans lequel les combattants de l’opposition déposent leurs armes en échange d’un sauf conduit vers des zones tenues par le gouvernement.
Les combattants rebelles reconnaissent en privé être au courant de l’offre d’amnistie, et que certains hommes ont choisi de l’accepter, même si ils disent que les effectifs concernés ne représentent encore qu’une petite proportion de ceux qui luttent contre le gouvernement.
« Je me suis battu pour la révolution, mais maintenant je pense que nous avons perdu ce pour quoi nous nous battions", déclare Mohammed, un rebelle musulman modéré de la ville septentrionale de Raqqa qui a refusé de donner son nom de famille. "Maintenant les extrémistes contrôlent ma ville. Ma famille a déménagé vers la zone gouvernementale, car notre ville est trop dangereuse. Assad est terrible, mais l’alternative est pire."
La prévalence des groupes islamistes extrémistes dans les zones tenues par les rebelles, en particulier dans le nord, a amené certains combattants de l’opposition à « abandonner » leur cause.
Ziad Abu Jabal est originaire de l’un des villages de la province de Homs dont les habitants ont récemment convenu de cesser de combattre le régime. « Quand nous avons rejoint les manifestations, nous voulions avoir plus de droits droits", dit-il.. "Après avoir vu la destruction et la puissance des djihadistes, nous sommes arrivés à un accord avec le gouvernement."
M. Haider dit avoir assisté à une cérémonie mardi après-midi au cours de laquelle 180 combattants de l’opposition ont rejoint les forces de police du gouvernement, d’où ils avaient fait auparavant défection.
Bien qu’il n’ait pas été possible de vérifier cette affirmation, lorsque le Daily Telegraph de Londres avait visité le siège du ministère de la réconciliation à Damas le bureau était bondé de membres de familles de rebelles qui combattent dans la banlieue de la ville qui affirmaient que leurs hommes voulaient rentrer.
Un négociateur du ministère, qui n’a donné comme nom que Ahmed, était en train d’organiser la défection d’un commandant rebelle et de 10 de ses hommes dans le secteur de la Ghouta.
« Il nous a fallu trois mois de négociations et ceci a valeur de test", a-t-il dit. "Si tout se passe bien, le commandant dit que 50 autres suivront."
Il a décrit les mesures prises pour permettre le retour des combattants prêts à déposer les armes. Tout d’abord, dit-il, un négociateur doit traverser la ligne de front pour une réunion dans le territoire tenu par les rebelles. « Nous devons espérer que le commandant rebelle ordonne à ses tireurs embusqués de ne pas nous tirer dessus. »
Les transfuges potentiels reçoivent des documents qui leur permettent de passer les contrôles de l’armée syrienne avant de rejoindre un lieu sûr en attendant que les officiels puissent faire retirer leurs noms des listes de personnes recherchées tenues par les administrations plus dures que sont le ministère de la défense et les services de renseignements.
Les rebelles « ne s’étaient pas engagés pour appartenir aux organisations islamistes extrémistes qui ont maintenant gagné en influence, » dit-il. « Ils veulent maintenant retourner à une vue normale. »
Dans les jours qui avaient précédé la prise de la ville de Qusayr le mois dernier, le Daily Telegraph avait vu des médiateurs à la frontière libanaise travailler avec l’armée syrienne pour obtenir une amnistie pour les combattants qui acceptaient de se rendre.
Le téléphone sonnait avec les appels désespérés des parents des rebelles. « Ces mères savent que c’est la dernière chance pour leurs fils. S’ils ne déposent pas les armes maintenant, ils mourront parce qu’ils sont en train de perdre la bataille, » affirme Ali Fayez Uwad, le médiateur.
Ruth Sherlock
SOURCE : http://www.telegraph.co.uk/news/worldnews/middleeast/syria/10198632/Sy...
traduit de l’anglais par Djazaïri http://mounadil.wordpress.com/2013/07/25/syrie-au-tour-des-rebelles-de...
* http://mounadil.wordpress.com/2013/07/25/syrie-au-tour-des-rebelles-de...
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